PATRIOTISME EUROPÉEN
naux cessent de se combaltre el arrivent à se coordonner dans une \aste solidarité, en \ue du salut public.
L'Europe ne peut se sauver que par la création d'un patriotisme EUROPÉEN.
C'est au nom des nationalités mêmes et de leur salut qu'il faut proclamer que l'ère des nationalités exclusives est finie. 11 est insensé de se disputer avec acharnement quelques lambeaux de pays frontières, quand c'est le domaine entier de la famille qui est menacé.
Dans cette phase nouvelle de l'histoire, qui n'est que la suite et le développement de la Révolution française, l'initiative revient encore à la France, en vertu de sa tradition, de sa position et de son génie ; on peut le reconnaître à ce signe : le patriote, chez la plupart des nations, c'est l'homme qui se préoccupe exclusivement des intérêts de son pays ; le patriote, en France, c'est l'homme qui se préoccupe bien moins des intérêts que de ce qu'il appelle la mission de son pays, c'est-à-dire de l'action de son pays au dehors dans un but de justice internationale et d'intérêt général. C'est de l'extension, de la généralisation de ce sentiment que dépend l'avenir de l'Europe.
Nous constatons un fait et ne posons pas une prétention : nous parlons d'initiative et non de suprématie. Il ne peut être question de suprématie pour aucun peuple dans une œuvre dont le but est l'égalité des droits entre les peuples comme entre les hommes.
Que doit faire la France pour s'arracher à la voie de mort où l'on veut l'entraîner, et pour se préparer au rôle qui lui appartient?
Que doit-elle faire au dedans et au dehors?
Ceux qui lui conseillent de ne pas s'occuper des affaires des autres ne la comprennent pas et la perdraient ; mais, s'ils se bornaient à lui dire de ne pas négliger ses affaires propres, de s'intéresser au dedans comme au dehors, ils
auraient raison. Elle doit faire l'un et l'autre. Elle ne peut être libre et durablement prospère sans que les autres soient libres à côté d'elle, et sans que les forces ennemies qui oppriment et dénaturent l'Europe soient brisées ; mais elle ne peut les briser, ces forces malfaisantes, ni arriver à fonder l'ordre et la paix véritables en Europe, sans avoir la liberté au dedans, c'est-à-dire sans être rentrée en possession de toutes ses forces et de toutes ses activités. Elle a pu, sans être libre, commencer d'agir, et d'agir utilement; elle a pu faire la guerre d'Italie ; mais elle n'a pu acbever : l'haleine a manqué bien vite! — Pour parler sans métaphore, le pouvoir qui dirigeait la France a dû s'arrêter dans l'action commencée, parce qu'il n'eût pu continuer, comme il l'a dit lui-même avec franchise, qu'en s alliant à la Révolution, et qu'il ne s'est point décidé à cette nécessaire alliance.
L'œuvre est difficile et ardue; les moyens périlleux, parfois même, à ce qu'il semble, contradictoires; il faut surmonter ces difficultés, concilier ces contradictions ; un seul mot répond à tout : la nécessité. Il faut à la fois la liberté et la gloire; la gloire, c'est-à-dire l'action en grand vers un but légitime et nécessaire; pour l'action, il faut les armes, et les armes sont un danger pour la liberté. — Ce danger, il faut le subir et le vaincre.
Tous les arguments des libéraux contre les grandes armées permanentes sont bien fondés : elles ne sont pas seulement un péril pour la liberté politique, elles pèsent d'un poids énorme sur les finances et rendent presque impossible la bonne administration des États. Tout cela est incontestable. Et néanmoins, tant que l'Europe sera ce qu'elle est aujourd'hui, tant que les nationalités ne seront point affranchies et la nouvelle Europe constituée et confédérée, les cadres d'une grande armée permanente nous restent indispensables ; les armées permanentes peuvent seules
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porter la guerre hors des frontières ; on ne sort pas de chez soi avec des gardes nationales; or, ce n'est pas sur son territoire que la France devra attendre I'ennemi de l'Europe ; elle devra l'aller chercher au loin ; elle y sera inévitablement appelée. Certes, l'exemple de l'Amérique est à méditer dans les choses de la guerre comme dans tout le reste : on y a vu avec quelle rapidilé un peuple libre sait se transformer en armée ; mais, pourtant, il faut là un noviciat, si court qu'il soit. L'Amérique pouvait risquer cette dangereuse épreuve; son ennemi n'étant pas capable, comme on l'a vu, de l'envahir à fond; — la France^ elle, doit être au complet de sa force dès la première campagne; il faut qu'elle la commence avec une armée faite et non à faire.
Est-ce à dire qu'il n'y ait rien de possible pour répondre aux réclamations du pays, pour diminuer les inconvénients moraux et sociaux, financiers et politiques, des trop larges effectifs militaires, et pour ménager, tant que dure la trêve, les ressources de la guerre?
La question, telle qu'elle se pose, chaque année, devant la chambre, nous parait insoluble : tant que la réforme proposée consistera purement et simplement dans la réduction des contingents, c'est-à-dire dans la diminution de la force disponible, on répondra invariablement que la force disponible n'est pas trop grande; on répondra qu'il faut que la France puisse compter, au premier signal, sur six cent mille combattants, et, à notre avis, on en donnera des raisons au moins fort spécieuses.
Si, la question des contingents réservée, on réclamait la réduction de l'effectif, nous croyons que la question changerait de face, et que les orateurs du gouvernement, qui, suivant nous, défendent avec avantage leurs cadres de six cent mille hommes, ne prouveraient point que, sur ces six cent mille hommes, il en faut quatre cent mille toujours présents sous les drapeaux.
Ayons des corps savants capables de faire face aux nécessités de l'avenir, et une cavalerie suffisante ; quant au fantassin français, dès qu'on lui a enseigné l'essentiel du métier des armes, pourvu qu'il s'entretienne par des exercices périodiques et par des appels annuels à des camps de manœuvres, la vie de garnison n'ajoute rien à ce que vaut le soldat et nuit à l'homme. Que des cadres solides et un fort noyau de soldats aguerris, c'est-à-dire un vrai fond d'armée, soient maintenus en permanence pour recevoir et diriger les jeunes, la grande infanterie française sortira toujours d'entre les sillons au premier coup de tambour. Laissons-la donc en majeure partie à la charrue ou à l'atelier. Le soldat se fait incomparablement plus vite chez nous que chez aucun autre peuple d'Europe. Ayons foi dans la spontanéité unique de notre race guerrière, et sachons tirer parti de nos qualités !
Le vrai désarmement, la suppression des grands cadres, ne sera possible que lorsqu'il y aura une Allemagne reconstituée et alliée de la France, une Pologne affranchie de ses trois tyrans et une Italie complète ^
C'est, au contraire, en augmentant l'armement qu'on diminuera le péril qui vient de l'armée ; l'armée, ce doit être, à des degrés divers, toute la France. Il faudrait,^ qu'on ne pût distinguer, selon les paroles d'un général illustre*, « où commence le soldat et où finit le citoyen. »
Tandis qu'on rêvait la paix universelle régnant sur un monde purement industriel, les événements prouvaient de plus en plus que la France doit, pour un temps encore,, être un vaste camp, un camp de travailleurs, sans doute,.
' C'est avec étonnement que nous avons vu récemment, pour une médiocre économie, toucher aux cadres , et aux cadres de l'artillerie ! au lieu de diminuer refiectil.
* L'auteur des Idées napoléoniennes adopte et commente ces paroles dansle passage où il explique le rôle qu'il voudrait assigner à la garde nationale comme gardienne du territoire en temps de guerre.