‹ La Russie et l'EuropeChapitre 63 sur 119 · LA FRANCE MILITAIRE · texte numérisé non relu

LA FRANCE MILITAIRE

mais de travailleurs tenant leur outil d'une main et le glaive de l'autre, comme furent, chez les Juifs, les constructeurs du second temple.

Il faut que l'effectif réduit de l'armée ait derrière lui une large réserve, et que la réserve ait derrière elle une garde nationale sérieuse. On a raillé puérilement et injustement accusé la garde nationale, cette grande force morale qui n'eût jamais manqué à qui eût associé la cause du progrés à celle de l'ordre. On sera bien obligé d'y revenir, de rendre à cette institution toute son ampleur, avec le complément que ne lui avait point donné le gouvernement de 1830. C'est-à-dire que, de la force morale, devrait se dégager à volonté une force d'action : la garde mobile, la jeunesse exercée périodiquement au maniement des armes et à la tactique, formant le second ban de la réserve et pouvant, en cas de péril national, entrer immédiatement dans des cadres tout préparés, occuper les places fortes et dégager l'armée entière du soin de l'intérieur. Ainsi seulement pourra-t-on diminuer ce contingent de 100,000 hommes qui pèse sur nos populations. Dans l'organisation militaire comme dans l'instruction publique, on devra, croyons-nous, revenir aux plans de 1848. Le lumineux rapport présenté parle général LaMoricière à la Constituante, le 5 avril 1849, se contente de cadres pour 500,000 hommes, dont 500,000 d'effectif en temps de paix, mais il donne pour arrièreban à la réserve de 300,000 à 400,000 gardes mobiles K

' Ce projet de la commission de 1849 présente en outre un système qui nous paraît le meilleur connu pour la constitution de l'armée. Pas de remplacement: tout citoyen doit ou le service personnel ou la compensation de ce service. Les jeunes gens non-appelés à la suite du tirage au sort sont tenus, solidairement avec leurs parents, au payement d'une cotisation dont la base est prise dans les contributions directes, et dont le produit est destiné à assurer un pécule aux jeunes soldats appelés et à favoriser les engagements et réengagements. Ce produit sera grossi par les sommes que verseront les jeunes gens qui voudront s'assurer à l'avance contre les chances du tirage. Cette pensée d'indemnité, de pécule, pour le jeune soldat était

Ce n'est pas seulement le maniement des armes qu'il serait utile de répandre, mais tous les exercices propres à forlifier et assouplir le corps. Imitons les excellentes institutions de tir fédéral des cantons suisses, mais empruntons aussi et généralisons les institutions gymnastiquesdes Allemands. Chose remarquable, dans ce temps accusé, non sans fondement, de matérialisme pratique, le corps a été singulièrement négligé et amoindri : quelles qu'en soient les causes, manque d'équilibre entre les facultés humaines dans le système d'éducation des classes aisées, mauvaise hygiène dans les habitudes de travail et d'alimentation chez les masses, il importe de refaire les corps pour raffermir les âmes et rétablir chez nous l'harmonie humaine. Les pertes d'hommes à la guerre par les maladies et l'épuisement sont disproportionnées, quoique bien moindres que celles des Russes, qui ont d'autres causes : chez nous, elles attestent un affaiblissement physique auquel il est possible de remédier. Un général disait, avec un peu d'exagération sans doute, qu'il faut consommer dix hommes pour faire un zouave : il importe que pareille chose ne puisse plus se dire !

La même nécessité qui nous impose l'armée permanente jusqu'au dénoûment du grand drame européen, exige, reconnaissons-le nettement, un pouvoir énergique, pourvu des moyens de faire jouer efficacement les grands ressorts d'action que nous venons de signaler ; mais, entendons-nous bien ! un pouvoir libre sur son terrain, et non pas maître sur le terrain de la liberté ; un pouvoir énergique associé à une démocratie énergique, représentant cette démocratie au dehors, mais ne la suppléant ni ne la supprimant au dedans ; un pouvoir fort vis-à-vis de

profondément équitable et démocratique dans le meilleur sens du mot. V. le Compte rendu des séances de l'Assemblée nationale, t. IX, Annexes, p. 1 10 et suivantes.

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