‹ La Russie et l'EuropeChapitre 7 sur 119 · ARYAS ET TOURANIE.NS · texte numérisé non relu

ARYAS ET TOURANIE.NS

SCS ctablissemenis plus durables ont été ceux des Mongols dans l'Inde et des Turcs ottomans dans l'Asie occidentale et l'Europe orientale; enfin, rétablissement actuel, beaucoup plus puissant et plus redoutable, des Moscovites ou Grands-Russes, transformés en Empire de toutes les Russies.

Les Touraniens semblent, sur l'arbre du genre humain, la branche intermédiaire entre les blancs par excellence, les Aryas, et la race jaune des Chinois et Indo-Chinois. Plus rapprochés de nous que des Chinois par le type physique, ils sont beaucoup plus près des Chinois que de nous parles tendances morales et sociales.

Les Touraniens se divisent en deux rameaux : au sud, les Touraniens proprement dits ou Turcs, qu'à l'exception des Turcs ottomans nous appelons vulgairement Tartares occidentaux, et, aunord,lesOuraliens ou Finnois. Les uns et les autres sont réunis presque en totalité sous l'empire russe.

Aux Touraniens proprement dits se rattache, par les mœurs,les idées et les langues, le rameau nomade de la race jaune, les Mongols, Mantchoux, Kalmoucks, etc., nos Tartares orientaux, toujours associés aux Touraniens dans les grandes invasions d'Orient et d'Occident. Si l'ethnographe les distingue des Touraniens, l'historien et le politique les confondent ; leurs visages diffèrent, leur esprit ne diffère pas. C'est là ce qui légitime l'application, à la masse totale de ces peuples divers, du nom commun dans lequel l'usage européen les enveloppe : le nom de Tartares, scientifiquement impropre, exprime le sentiment juste d'une communauté d'idées et de mœurs.

L'antique opposition des deux familles aryenne et touranienne' en Asie, qui fait le fonds des légendes héroïques

de la Perse, y esl symbolisée par la lulle d'Iran et de Touran. Touran domine aujourd'hui dans l'Asie centrale, au berceau commun des deux races; il entame l'Asie aryenne (Indo-Persc/; travesti à l'européenne sous le nom de Russe, ayant quitté sa langue originaire pour une langue d'Europe, il a entamé] l'Europe elle-même, le domaine sacré de la civilisation aryenne; il a le pied au milieu des nations d'Occident.

Iran el Touran se disputent le vieux monde et sont comme les deux pôles opposés du genre humain, la race jaune tendant de plus en plus à devenir une simple dépendance de la touranienne, après l'avoir maintes l'ois dominée. Les autres familles primitives de l'antique Asie, les races bibliques de Sem et de Cham, semblent n'avoir été que des intermédiaires entre ces deux branches extrêmes, qui ont recouvert el comme étouffé ce qui les séparait, et qui sont aujourd'hui seules en présence.

Leurs penchants et leurs facultés sont profondément contraires. Signalons-en seulement ici quelques-uns des traits principaux.

Chez les Aryas, qui n'ont pris leur complet développement qu'en Europe, génie inventif, individuel, religieux, métaphysi(iue, artiste; disposition, dès la haute antiquité, à se diviser en corps de peuples marqués de caractères distincts et indélébiles, ayant chacun leur raison d'être et leur rôle providentiel; forte constitution de la famille et de la cité; lien étroit entre l'homme et la terre; penchant à l'agriculture et à la fixité des existences; aspiration à la liberté civile et politique, et à la propriété comme conséquence de l'individualité ; forte personnalité; esprit de progrès.

Chez les Touraniens, inaptitude aux hautes conceptions

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religieuses et idéales; aucune grande religion, aucun art élevé ne sont sortis d'entre ces peuples. Absence non moins complète de cette invention et de cette initiative qui se sont manifestées à un si haut degré, dans l'ordre matériel et industriel, parmi la race jaune pure, chez les Chinois et les Japonais; incapacité presque générale à former de vraies nations ; fluctuation constante entre deux extrêmes: léparpillement en simples tribus et l'agglomération en vastes empires despotiques aspirant à englober le monde ; inaptitude au gouvernement libre * ; soumission aveugle à Tautorité; faible individualité qui, associée à un esprit très-compréhensif, a pour conséquence une faculté extraordinaire d'imitation et d'appropriation de toutes les formes extérieures inventées par d'autres; tendances à la vie nomade et à la communauté; corps mobiles, esprits stationnaires ou, du moins, dépourvus de mouvement propre ; absence de tout progrès spontané, tandis que dans la race jaune pure il y a progrès spontané, mais s'arrêtant à un certain degré.

La branche orientale de la race jaune a fondé, par ses propres forces, des sociétés civilisées, la Chine et le Japon; les Touraniens etleurs associés, les nomades de race jaune, si fameux dans l'histoire comme puissance destructive, n'ont établi des empires analogues aux antiques monarchies orientales qu'en empruntant des formes de religion et de civilisation étrangères; ainsi les Mongols dans l'Inde et les Turcs ottomans dans l'empire grec, initiés les uns et les autres à l'islamisme, c'est-à-dire à la religion sémi-

* On ne peut guère citer d'exception jusqu'ici, que les Hongrois, et, à ce qu'il semble, les Finlandais.

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tique des Arabes; ainsi, sur les confins septentrionaux de l'Europe et de l'Asie, les Moscovites, de souche ouralienne* ou finnoise, qui, après s'être groupés au moyen âge sous des princes européens, comme les anciens Scythes sous des guerriers aryens, et après avoir adopte la langue slave et la religion chrétienne dans les formes plus que dans l'esprit, s'efforcent présentement d'étendre en tout sens ce qu'ils nomment VEmpire rnsse^ assis sur le corps déchiré d'une nation européenne.

L'empire russe est aujourd'hui la question capitale de l'ancien monde. A cette question doivent se subordonner tous les autres problèmes internationaux ; c'est l'énigme du sphinx; mais il ne faut pas seulement la deviner, il faut la résoudre activement ou périr.

L'histoire de Pologne n'est qu'un épisode de la lutte sans fin d'Iran et de Touran; mais cet épisode a pris une importance de premier ordre dans la phase actuelle.

L'existence de la Pologne, la plus orientale des nalions européennes, n'a été qu'un long combat contre les Touraniens et un perpétuel effort pour les empêcher d'envahir et de submerger l'Occident, ce sanctuaire de la civilisation aryenne et ce foyer du progrès sur la terre. La Pologne a réussi deux fois, d'abord contre les Mongols, puis contre les Turcs ottomans; elle a succombé devant un troisième adversaire, le Moscovite, après lui avoir résisté cinq siècles; elle a succombé par la complicité de deux États européens et par l'aveugle abandon des autres; et cette morte immortelle sort périodiquement de son tombeau pour

1 iSous parlons du noynu primitif, les Moscovites ayant ensuite nhsoi bé quelques éléments européens et de nombreux éléments turco-tatars.

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appeler l'Europe à se protéger elle-même en l'aidant à renaître.

Et l'Europe répond par quelques paroles de stérile compassion, et laisse se refermer la tombe sanglante. L'Europe ne semble pas comprendre que c'est une partie essentielle de sa vie que la main de son ennemi scelle dans ce sépulcre. L'Europe ne semble pas comprendre que la catastrophe de la Pologne est le nœud d'un drame dont sa destinée est le sujet.

Si les esprits ne s'éclairent, et surtout si les âmes ne se réveillent, si l'on ne force le présent à regarder en face le passé et l'avenir, quelles seront les conséquences de cette fatale inertie?

Un illustre historien, dont nous sommes d'autant plus autorisé à citer les paroles que nous nous trouvons d'ordinaire plus éloigné de ses vues en matière de politique extérieure, M. Thiers a répondu pour nous : « Lorsque le colosse russe aura un pied aux Dardanelles, un autre sur le Sund, le vieux monde sera esclave; la liberté aura fui en Amérique. Chimère aujourd'hui pour les esprits bornés, ces tristes prévisions seront un jour cruellement réalisées; car l'Europe, maladroitement divisée comme les villes de la Grèce devant les rois de Macédoine, aura probablement le même sort \ »

Nous espérons bien que l'Europe n'aura pas un tel sort, cl. M. Thiers, assurément, n'a pas renoncé à l'espérer; mais, si le mal qu'il signale ne trouve pas un remède, sa prédiction s'accomplira.

Sans nous soucier de savoir si nos forces répondent à

• llist- (lu Consulat et de l'Empire, t. VIII, p. 4i8.

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noire entreprise, nous faisons notre devoir : que chacun fasse le sien ! — Nous apportons ici le résultat de trois années d'études sur la question du salut public européen. Nous commencerons par résumer les fastes vraiment typiques de la Russie et de la Pologne, puis nous ferons rentrer cette étude particulière dans la question générale ; nous en tirerons les conclusions pour l'Europe d'aujourd'hui et pour celle de demain, et nous essayerons de montrer ce qu'est l'Europe et ce qu'il faut qu'elle devienne, afin d'échapper au danger qui la menace.

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