‹ La Russie et la civilisation européenneChapitre 1 sur 18 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

C'est une rude tâche que d'écrire aujourd'hui sur la Russie : si vous êtes sympathique, on vous traite de félon ; si vous êtes hostile, on vous accuse d'exploiter l'occasion. Le moyen, pourtant, de rester neutre? 11 faudrait pour cela ou trop de naïveté, ou trop d'ignorance, ou trop de rouerie. C'est l'affaire des dupes, ' deduveugles ou des diplomates.

Quant à nous, nous avons agi simplement, saas nous préoccuper si on nous regarderait comme un ami ou comme un ennemi de la Russie, comme un partisan de la neutralité absolue ou comme un champion

Il PRÉFACE.

de Tintervention décisive ; nous avons écrit ce que nous dictait notre conscience, ce que nous croyions être la vérité.

Bien nous en a pris.

Jusqu'à présent, nous n'avons eu contre nous que des Russes de Técole d'Osten-Sacken ou que des gens qui ne se doutent même pas de ce que c'est que la Russie.

Ces derniers ont demandé sérieusement « s'il ne faudrait pas se àéûer, peut-être, de nos investigations. » Qu'en savent-ils?

L'irritation des Russes se comprend mieux, ils sont dans le cas de légitime défense. Du reste, nous n'avons pas la prétention de leur faire la loi. Quand on peut, avec un seul homme et un seul canon^ tenir en échec, pendant toute une journée, deux grandes flottes coalisées S on est évidemment au-dessus de toute atteinte.

Cependant, nous devons le dire , à mesur^ que (^opinion s'est éclairée, elle s'est rangée de notre côté.

Notre Question russe, vieille déjà d'un an, ac-

* Voir le récit de la feuille officielle d'Odessa sur le dernier bombardement de celle ville.

PRÉFACE. m

ceptée tout d'abord en Angleterre et en Allemagne, traduite en Suède jusqu'à la dernière lettre, nUs jugée en France trop violente, trop prématurée; notre Question russe Ta emporté enfin.

Ah I nous dit-on , nous écrit-on èe toutes parts, vous aviez bien raison ((uand vous affirmiez :

Que le prince Menschikoff n'était qu'un brûlot;

Que les diplomates ne réussiraient à rien ;

Que la Russie voulait la guerre, et qu'on aurait la guerre.

Notre Russie contemporaine a eu la même chance. ^ Un seul reproche nous a été adressé à l'occasion de ,. cet ouvrage, c'est d'y avoir poussé trop loin... la modération.

Ainsi la lumière se fait, les esprits marchent. Mon Dieu! nous n'ignorons pas tout ce qu'il en coûte pour sortir d'une voie, même fausse, lorsque depuis longtemps déjà on s'y trouve engagé; nous n'ignorons pas eombien est naturelle la colère qu'excitent les importuns qui s'acharnent à vous désillusionner. La Rus« sie avait si bien réussi à enguirlander TEurope ; tant d'hommes supérieurs se complaisaient dans l'adoration de son omnipotence et des hautes qualités qu'ils pré-

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