‹ La Russie et la civilisation européenneChapitre 5 sur 18 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

complaisances importunes de son guide officiel, le grisait mortellement avec de Teau-de-vie a chaque station qu'il voulait explorer.

— Quoi donc ! nous disait en 1846 un ancien ministre à la veille de notre départ pour la Russie, où nous allions remplir une mission commerciale, vous voulez aller dans ce pays-là faire des études de commerce?

— Sans doute.

— Mais il n'y a rien, absolument rien à y voir ! * ^

— Cependant. . .

— Oh I mon fils y est allé tout récemment, et je vous assure qu'il n'y a rien vu, rien du moins qui mérite qu'on se dérange...

— Votre fils n'a peut-être fait que passer...

— Pardon I il est bien resté deux ou trois mois à battre le territoire russe ; on lui avait même donné un dcerone attaché à la poste pour lui faciliter ses recherches ; et, malgré cela, je vous le répète, il n'a rien vu.

En eflet, il eût été difficile que le fils de ce ministre vît quelque chose.

Les Russes ne se contentent pas de ces moyens dé* tournés pour vous masquer leur pays* Ils ont encore recours à des dissimulations positives.

viii PRÉFACE.

Pendant notre séjour à Saint-Pétersbourg, en 1840 ou 4847, quelques officiers prussiens y arrivèrent de Berlin, chargés par leur gouvernement d'étudier l'organisation des escadrons de la cavalerie de la garde.

L'empereur Nicolas les reçut avec cette haute politesse qui le caractérise et les combla de prévenances.

— Vois-tu ces messieurs? dit- il en allemand en le» . , présentant à un officier de sa garde : ils me sont en-

^ «iroyés par mon frère de Prusse pour étudier nos escadrons ; j^ t'ordonne de les leur montrer comme à des frères !

Puis, prenant l'officier à part, il ajouta en russe :

— Tu les leur montreras comme tu dois les montrer.

L'officier comprit.

Il se rendit sur-le-champ chez tou3 ses camarades, emprunta aux unsdes chevaux, aux autres des hommes, à ceux-ci des uniformes, à ceux-là des harnais, et de tout cela composa un escadron comme jamais on n'en avait vu.

Le lendemain, au sortir d'un somptueux déjeuner où les Prussiens avaient fait amplement honneur au Champagne, Tescadron fut exhibé.

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