‹ La Russie et la Pologne, il y a un siècleChapitre 1 sur 2 · G LA RUSSIE ET LA POLOGNE · texte numérisé non relu

G LA RUSSIE ET LA POLOGNE

dans les rapports officiels russes : c que jamais la Russie n'a voulu toucher ni à la nationalité de la Pologne ni a la religion catholique ; que la nécessité seule Ta forcée de recourir aux mesures actuelles, qui n*ont d'ailleurs pour but que le bonheur des citoyens et le progrès de la vraie liberté et de l'humanité. »

Tel était déjà , il y a un siècle , le langage officiel de la Russie, lorsqu'elle commença une lutte à mort contre la Pologne et sa religion. Aussi de nos jours , où le même sophisme se reproduit, est-il d'un intérêt tout particulier de jeter un coup d'œil rétrospectif sur l'histoire , et sans se laisser aveugler ni par des termes captieux , ni par des interprétations personnelles, ni même par d'augustes paroles, de répondre par les faits seuls aux questions suivantes : La Russie a-t-elle été contrainte par les Polonais à sa lutte contre la Pologne? Quels moyens a-t-elle employés pour atteindre son but? A-t-elle eu particulièrement en vue de favoriser Içi liberté et la civilisation ! A-t-elle été forcée par la nécessité, dès le principe, ou seulement plus tard, de diriger de préférence ses attaques contre le catholicisme en Pologne ?

La réponse à ces questions a, particulièrement pour l'Allemagne , un double intérêt. Depuis que la Russie l'a posée, la question polonaise n'a cessé d'être en même temps une question allemande. La Russie a voulu, veut encore absorber la Pologne et anéantir la nationalité polonaise , non-seulement à cause de la Pologne en elle-même , mais pour se servir de celle-ci comme d'un point d'appui ou d'un levier au moyen duquel elle prétend ébranler l'Allemagne. La

Pologne n'est pour la Russie que le pont qui doit la relier à rAllemagoe pour y exercer une influence prédominante et rendre ainsi possible sa dictature sur toute l'Europe. C'est , comme nous le verrons plus loin, ce que la czarine Catherine II exprima avec pleine conscience politique dans une instruction secrète qu'elle adressa à ses ambassadeurs à Varsovie ; c'est encore ce que ne dissimule aucunement Pozzo di Borgo , ce ministre si profondément initié à tous les mystères de son gouvernement, dans un mémoire secret, adressé le 20 octobre 1814, à Tempereur Alexandre ^^ « L'histoire moderne de la Russie, dit-^il , a presque exclusivement pour objet la destruction de la Pologne ; cet anéantissement n'a d'autre but que de mettre en rapport immédiat la Russie avec les autres peuples de t Europe, et de lui ofl*rir une vaste scène pour l'application de sa puissance et de ses ressources , pour la satisfaction de sa Gerlé , de ses passions et de ses intérêts ; détruire les conséquences de son plan qui a si heureusement réussi , serait porter atteinte à l'unité de l'empire. » Le comte Nesselrode se sert de termes encore plus explicites que Pozzo di Borgo , lorsqu'il dit que : c le but de la Russie en Pologne a l'Allemagne pour objet. » Aujourd'hui encore , ce n'est qu'en jetant un regard de convoitise sur l'Allemagne que le prince de Gortchakofl* parle insolemment du c travail d'assimilation qiii était indispensable en Pologne pour faire disparaître les divergences historiques sous l'action d'une forte unité. «Lorsque l'empereur Nicolas I" crut que la lutte systématique

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talive,plusieursfois renouvelée, de soumettre laLivonie , extrême limite de la nation germanique à Test, et cela, en dépit des mémoires adressés au peuple allemand, en dépit des discours prononcés aux dififérenies Diètes, en dépit de toutes les protesiations, en dépit de cette redoutable question : Qu'adviendraitil deTAllemagne si le gouvernement moscovite devenait le seigneur et le maître de la mer Baltique, et si la Livonie était définitivement absorbée par la Russie? En juillet 1571, le duc d'Albe fit supplier instamment les États réunis à Francfort, de s'opposer du moins à l'expédition ultérieure de canons , de cuirasses et de fusils en Russie, puisque, disait-il en prophète, si la Russie s'appropriait jamais la discipline et les ressources militaires de l'Europe , elle deviendrait infailliblement un redoutable adversaire, non-seulement pour l'empire allemand , mais même pour tout rOccident réuni. Gustave- Adolphe, roi de Suède, n'avait pas un coup d*œil moins juste : il considérait l'exclusion des Russes de la Baltique comme la condition indispensable de la sécurité de l'Europe septentrionale ; il excitait à une lutte commune contre la Russie, et l'on dut à la bravoure des Suédois et des Polonais, de priver de toute influence sur l'Occident les premiers chefs de la maison de Romanof.

Tous ces avertissements furent méconnus. Pierre!*" saisît les rênes du gouvernement , il prit à tâche de transformer la Russie, qui n'était qu'un empire mongol, en un État militaire européen, et de perfectionner le césarisme asiatique, en disciplinant ses troupes sur

le modèle des nations européennes. Pendant que , pour nous servir d'une expression de Frédéric II , il travaillait ses sujets comme le graveur à Teau-forte travaille le cuivre, et qu'il s'efforçait de les amener à la civilisation au moyen de l'exil et de l'échafaud, du knout et des cachots, timille comble à son autocratie, mais en même temps il sema les germes de toutes les révolutions si fréquentes dans l'histoire de l'empire moscovite , révolutions que les Russes , à la mort de Paul I*% caractérisèrent en ces termes horribles: «Le poignard est notre Constitution. » A mesure que le despotisme faisait des progrès à l'intérieur, grandissait la soif des conquêtes extérieures. Non content de la domination sur la Baltique et du pillage de la Suède et du Danemark , le Czar voulut gouverner à Constantinople, seprécipiter sur l'Allemagne à travers la Pologne, puis amener un bouleversement intérieur en Angleterre au moyen d'une alliance avec la France.

Aussi longtemps que le Czar , dans les premières années de son règne , lutta en vue de l'existence de son empire, il fut assez modeste pour se contenter d'une partie de la Pologne et pour donner , en 1705, à Auguste II , roi électif de Pologne , l'assurance que, dans l'hypothèse où la Russie et la Prusse tenteraient le partage de la Pologne , il relèverait à la dignité de roi héréditaire sur quelques provinces du 'pays. En 1710 encore, sur des propositions formelles faites par la cour de Prusse , « pour assurer la tranquillité et les véritables intérêts de la nation polonaise, » la Livonie et une partie de la Lithuanîe devaient être dévolues à la Russie, la Prusse

polonaise et la Samogitie à la Prusse , tandis que le reste de la Pologne serait attribué comme État héréditaire à Auguste II. Pierre V% après quelque hésitation , consentit à ce projet , et par un traité (2 mai 17H) céda à la Prusse, Elbing et une partie de la Pologne.

Ces projets de partage aux dépens de la Pologne échouèrent, grâce à la résistance énergique de TAutriche et des puissances maritimes ; plus tard, lorsque le Czar vit sa puissance se consolider, il ne prêta plus Toreille à la proposition de partager la Pologne. Il se considérait déjà comme le maître exclusif de ce royaume et de tout le nord de l'Europe, et infoima la cour de Berlin, à l'occasion d'un nouveau projet de partage , c qu'il tenait d'autant moins à acquérir des contrées presque désertes et qui lui étaient d'ailleurs ouvertes comme si elles lui appartenaient, qu'il renverserait ainsi la république polonaise et se mettrait à dos un puissant voisin (un roi polonais héréditaire).»

Pierre caressait encore un autre projet pour étendre sa main puissante et s'asseoir, comme il le disait, sur V Allemagne partagée. 11 insinua à l'empereur d'Autriche et aux Étals qu'il fallait lui accorder, à lui Czar, un siège et une voix à la diète allemande pour représenter la Livonie qui, après avoir jadis appartenu à l'Allemagne , était alors annexée à la Russie ; n'ayant pas réussi, il proposa dans le même but , d'échanger la Livonie contre le Mecklembourg (1 ) .

(1) Se proposait-il de monter sur le trône impérial d'Au- ^

triche et ainsi d*étouffer rAliemagne dans ses bras ?

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iâ LA RUSSIE ET LA POLOGNE,

Il fit passer près de 50,000 Russes dans celte dernière province, malgré toutes les protestations de l'empereur Charles VI, mit ce duché a feu et à sang, ainsi que la principauté de Cutin et la ville impériale de Lùbeck. Dans Tempire d'Allemagne, disait Pierre I®% « on n'a qu'à jeter l'hameçon pour faire une pêche abondante ; » aussi, en 1 71 7, fit -il savoir à Paris qu'il était disposé à pénétrer en Allemagne avec une armée de 80,000 hommes , où et quand on le jugerait nécessaire , et au premier signal du potentat français. Au même moment où le Czar affichait hypocritement les plus chaudes sympathies en faveur delà Prusse, il concluait un traité (1718) avec Charles XII, autrefois sou ennemi mortel, dans lequel, pour acquérir le Mecklembourg et forcer le roi de Prusse , Guillaume I*% à restituer Stettin et les autres conquêtes sur la Suède , il s'engageait à envahir le Brandebourg avec une armée de 80,000 hommes. La mort soudaine de Charles XII empêcha l'exécution de ce traité; cependant aucune résistance énergique ne fut opposée au projet de la cour russe de pénétrer en Europe. L'alliance conclue en 1719 entre l'empereur d'Allemagne, l'Angleterre et la Pologne contre le Czar, fut sans résultat aucun ; il en fut de même du projet gigantesque conçu par l'Angleterre , en 1 720 , dans le but de former une coalition européenne contre la Russie, c Si, disait le gouvernement anglais à la cour de Vienne , si en I éunissant toutes ses forces, on ne rejette pas le Czar dan s 1rs forêts et les marécarjes de son pays, la Russie deviendra une puissance formidable qui troublera

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la paix de l'Europe et s'emparera de la Pologne comme d'une proie facile. »

Voyant que ses tentatives de créer à son profit une principauté allemande avaient échoué , Pierre , dans les dernières années de son règne , ne cessa de couver du regard la Pologne, et , par son testament politique, il prescrivit à ses successeurs la conduite à tenir pour faire tomber la Pologne sous le sceptre russe. Exciter sans cesse des troubles intérieurs et des partis , soudoyer les âmes vénales , recourir à toutes les intrigues, tel était son programme.

Fidèles à ces conseils , ses premiers successeurs s'attachèrent à augmenter leur influence en Pologne. Quand l'empereur Charles VI, contrairement à l'avis du perspicace prince Eugène de Savoie, se fut immiscé dans les démêlés qui surgirent à propos de la succession au trône de Pologne après 1755 ; quand, pour devenir roi des Polonais , il eut sacrifié la province allemande de la Lorraine, il arriva que la Pologne fut ouverte aux armées russes, et la Courlande passa de la souveraineté de la Pologne sous le joug moscovite. Lors de la lutte entre l'Autriche et la Prusse, sous Marie-Thérèse et Frédéric II, le gouvernement russe mit tous ses soins à l'exécution du testament de Pierre I*"^ qui avait dicté la conduite à tenir à l'égard de la Pologne, pour atteindre l'Allemagne. La Russie devait , d'après les instructions du Czar, s'ingérer sans cesse dans toutes les affaires allemandes , protéger la maison impériale contre les princes, tout en aiguillonnant la jalousie de ceux-ci contre l'Empereur . afin de les habituer les uns et les autres à voir leur

protecteur dans le Czar. Ce programme a été celui de la politique moscovite en Allemagne jusqu'à ce jour. Nous lisons dans un mémoire russe écrit en 1853: « La politique bien entendue de la Russie doit avoir pour objet de répandre le trouble entre les États allemands, d'exciter la défiance des princes contre leurs sujets et, réciproquement , des sujets contre leurs princes ; tous reconnaîtraient alors leur dépendance de la Russie et , çelon que les circonstances se produiraient en faveur de celle-ci ou d'autres , les petits États serviraient, dans des cas donnés, à l'agrandissement de la Russie. )

Cependant on n'admit pas toujours l'agrandissement de la Prusse à Saint-Pétersbourg, du moins dans la première moitié du règne de Frédéric II, parce qu'alors on redoutait ses projets de conquête sur la Courlande, la Prusse polonaise el Dantzig. La czarine Elisabeth prit le parti de l'Autriche contre la Prusse, et la Diète réunie à Moscou en 1753, établit comme un axiome d'État : que nonseulement on ne devait pas tolérer une plus vaste extension de la Prusse , mais qu'il fallait la réduire à ses limites antérieures. La Russie chercha, en conséquence, à prolonger le plus possible la guerre quasi-civile de sept ans, dans la perspective que les puissances allemandes s'affaibliraient d'autant plus et n'entraveraient pas la suprématie russe sur la Pologne. £n fait, la participation de la Russie à une guerre fratricide n'avait d'autre mobile que ses vues sur la Pologne ; telle est la seule explication qu'on peut donner de l'attitude de la Russie pendant le

cours de celte guerre malheureuse. Déplorable était alors la situation de l'infortunée Pologne. Des troupes russes parcouraient le pays, contraignant par la violence les recrues polonaises à s'enrôler sous le drapeau du Czar, promenant le pillage et l'incendie, à tel point que lord Stormont, ambassadeur anglais à Varsovie, exprimait dans une dépêche officielle a lord Holdernesse la conviction : que Frédéric II n'avait qu'à envoyer en Pologne un corps d'armée de vingt-cinq à trente mille hommes pour y produire une révolution générale en sa faveur ; que, dans tout le pays , on était persuadé que Frédéiic II était le seul qui pût le délivrer des Russes orgueilleux et le préserver des graves dangers dont il était menacé dans l'avenir.

Toutefois , la Pologne avait grandement à se reprocher elle-même l'état malheureux où elle avait langui à partir de la fin du xvi*» siècle. Depuis l'extinction des Jagellon(1572), elle était en proie aune anarchie presque permanente. La noblesse avait usurpé tous les droits et, par l'eflet d'une impbcable logique, après avoir réduit la royauté à l'état d'une ombre impuissante, elle avait détruit toutes les libertés des bourgeois et des paysans. Après avoir anéanti ces éléments d'un État, beaucoup d'autres encore, et «xercé dans les diètes non-seulement le pouvoir législatif, mais aussi celui de lever des impôts, de déclarer la guerre ou la paix et de conclure des alliances , d'un côté , elle dépendait du caprice et de l'arbitraire de chacun de ses membres , de l'autre , grâce à ce qu'on appelait le Liberum Veto, c'est-ù-dire le droit attribué à chaque membre de faire opposition

aux décisions de tous, toutes les résolut ions de la Diète pouvaient être paralysées. On se vantait qu'en Pologne, chaque noble était souverain. Quoique, dans l'espace de HO ans, leLiberum Veto eût eu pour résultat de dissoudre 48 diètes sur 55 et ainsi rendu impossible toute législation et toute administration des finances ; quoiqu'il eût été doublement nuisible à la nation, puisque, comme Thistoire ne le prouve que trop, on en fit maintes fois usage , grâce à remploi de quelques centaines de thalers,les nobles aveuglés tenaient à ce droit absurde, et plusieurs même d'entre eux l'appelaient le palladium de leurs libertés. Fière de ses privilèges chevaleresques, animée encore de cet esprit héroïque du moyen âge qui , depuis longtemps déjà , avait disparu dans le reste de l'Europe, disposée à sacrifier et son sang et sa fortune au salut de la patrie, la noblesse polonaise ne sentait pas chez elle l'absence des qualités nécessaires aux hommes d'État et négligeait la véritable organisation d'un gouvernement et le développement de ce sentiment bien ordonné du droit qui seul peut faire prospérer une nation.

11 n'est donc pas étonnant que la Pologne hâtât de plus en plus sa décadence et que, dès le xvu'' siècle, des voix s'élevassent pour prédire le partage prochain du royaume entre les puissances voisines. € Viendra le temps, disait à la noblesse le célèbre prédicateur Pierre Skarga, viendra le temps où vous serez sans roï^ sans patrie, exilés sur une terre étrangère, méprisés de ceux-là mêmes qui vous auront, par crainte, témoigné de la considération. » Plus

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précises encore furent les paroles que le roi Jean- Casimir adressa solennellement à la Diète en 16G1 : « Par nos divisions intérieures, nous avons à redouter les attaques de l'étranger et le partage de la République. Le moscovite, — Dieu veuille que je sois un faux prophète! — nous arrachera la Pologne russe et la Lithuanie ; Brandebourg s'emparera de la Grande-Pologne et de la Prusse occidentale; TAutriche elle-même voudra profiler de l'occasion pour s'approprier Cracovie. > Le roi Stanislas Leczinski, si éprouvé, s'adressa à la noblesse polonaise en des termes éloquents, dans un mémoire publié en 1753, et la conjura d'introduire des réformes dans la Constitution, d'abolir le Liberum Vélo, de garantir a la bourgeoisie ses droits politiques et de délivrer les paysans du joug d'une dure servitude. « Si cependant, s'écriait le royal écrivain, avec un accent prophétique, si aucune amélioration n'était introduite dans sa situation politique et sociale, la Pologne deviendrait la proie d'un conquérant, ou les puissances voisines se parlageraienl le pays entre elles. »

Ce langage patriotique remua le cœur d'un grand nombre de nobles ; il fut publié plusieurs écrits qui .s'occupèrent des réformes indispensables , et il se forma un parti puissant qui voulut modeler la Constitution polonaise sur celle des peuples de l'Europe occidentale, renforcer la royauté et lui attribuer l'hérédité, introduire dans les diètes le vote de la majorité, en un mot, créer en Pologne une forme de gouvernement monarchique-constitutionnel.

Il est probable que si, dégagée de toute influence

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étrangère, elle avait pu se développer spontanément, la Pologne eut vaincu Tanarchie dans sou s'ein et, peut-être, après des luttes pénibles, reconquis Tordre, la puissance et la considération dont elle avait joui autrefois. La régénération de la Pologne aurait été le plus grand avantage pour l'Occident tout cnlier, mais particulièrement pour TAllemagne, qui a dû reconnaître que, dans la Pologne, se trouvait le principal boulevard contre la puissance semi-orientale, semi-barbare de la Russie, dont l'envahissement est successif et permanent. Mais à chaque tentative de régénérer la Pologne, la Russie était là jetant ses entraves. A peine Tidée d'une réforme s'était-elle manifestée que la czarine déclara, dès l'an 1745, qu'elle s'opposerait par tous les moyens, même par les armes, à toute modification à la Constitution polonaise, c'est-à-dire à toute tentative de mettre un terme à l'anarchie. Cette opposition de la Russie à toute réforme politique en Pologne fut particulièrement énergique sous le règne de Catherine II.

Celte impératrice recueillit la succession de Pierre I" au moment où les forces de l'empire avaient atteint leur apogée ; elle voulut se servir de la Pologne comme d'un pont pour passer en Allemagne et y commander en maître. Insatiable de voluptés sensuelles , Catherine n'était pas moins insatiable dans ses vues ambitieuses. L'habileté de sa politique fut telle qu'elle provoqua une sorte d'enthousiasme en sa faveur dans la plus grande partie de l'Occident, alors même qu'elle exerçait une dictature qui, par sa violence et son unité, surpassait celle de Louis XIV.

Catherine fut la pfemière Jacobine couronnée en Europe ; elle avait adopté pour base de sa politique ces maximes destructives et révolutionnaires que nous avons rhabilude de ne considérer que comme le produit de la Révolution française. Celle-ci s'est bornée à proclamer les principes que la t moderne Sémiramis » eut sans cesse sur les lèvres pendant toute une génération et au moyen desquels elle chercha à légitimer toutes les violations du droit et des traités, ainsi que toutes les conquêtes, même les plus injustes. Lorsque les révolutionnaires français s'emparèrent des biens des églises, ils ne firent que suivre l'exemple de l'autocrate russe qui, dès le commencement de son règne, augmenta ses revenus annuels de vingt millions de francs en pillant les biens des églises et des couvents, et cela, ainsi que le clergé russe avait l'impudence de le déclarer , ;?ar;>Mre sollicitude pour la religion : cAu moyen de ce vol, cette czarine si pieuse se proposait seulement, disait-on, de résister à la prétention illégale du clergé catholique d'être propriétaire dans l'empire^; elle n'avait d'autre but que de le ramener à la simplicité primitive dont Dieu voulait qu'il ne se départît jamais. « Lorsque les révolutionnaires français émirent des assignats, ils en empruntèrent non-seulement le projet lui-même, mais encore le nom à Catherine, leur modèle, qui avait inondé la Russie d'assignats et ruiné le crédit : t elle n'avait, disait-elle dans son langage officiel , que Tintention salutaire de mobiliser les capitaux des particuliers sans le moindre préjudice pour l'un d'entre eux. » Enfin, lorsque les révolutionnaires français, au

nom de la liberié et de V égalité, importèrent la plus odieuse tyrannie chez les nations voisines, ils pouvaient invoquer l'exemple de la Czarine qui, comme nous l'entendrons de sa propre bouche, sous Tégide de la même devise mensongère, égorgeait en Pologne un peuple désarmé.

A peine Catherine était-elle montée sur le trône usurpé de son époux (1762), qu'elle mit à exécution avec une habileté infernale le projet d'anéantir la Pologne. En invoquant ce qu'elle appelait le droit de voisinage^ au mépris le plus révoltant du droit des gens, elle contraignit violemment la Courlande, qui alors relevait de la Pologne, d'accepter un gouverneur russe qui ne dépendît que de ses caprices ; elle Ht entrer des troupes russes dans la Lithuanie et, se considérant comme la maîtresse suprême du royaume de Pologne, elle exigea du roi Auguste III qu'il lui rendît compte de son administration. Ce souverain, dont la santé était déjà ruinée alors , étant mort en 1765, elle écrivit à son représentant à Varsovie, le comte Kayserlingk, et dans une instruction secrète très remarquable donnée au prince Repnin qu'elle lui avait associé, elle indiqua ponctuellement les moyens à employer et la voie à suivre pour mettre la Pologne sous le joug de la Russie. Avant tout, disait la czarine, la politique russe exige que la Pologne ne devienne jamais une monarchie héréditaire ; car l'hérédité de la couronne serait le premier pas et le moyen le plus assuré pour arriver « aux autres réformes qui seraient nuisibles aux inté'rêts russes. » En conséquence, il faut veiller à ce que l'armée po-

lonaise ne soit jamais renforcée et que le Liberum Veto, c'est-ù-dire Tanarchie, soit invariablement maintenu, puisque la Russie y trouve son plus grand avantage et la base la plus solide de son influence directe sur la polilique européenne. Tout prince étranger doit être exclu du trône de Pologne ; un noble indigène qui se montrerait disposé à servir les intérêts de la Russie, serait le seul candidat agréable ; Poniatowski (avec lequel elle avait eu des relations adultères] était l'homme le plus convenable pour ceindre la couronne polonaise. Cependant, avant son élection, il faut quUl donne des garanties précises, en proclamant que, dans sa reconnaissance envers la czarine, il exécutera tous les plans de celleci et quil ne cessera de considérer comme siens les intérêts de la Russie,

Pour rendre possible l'élection du candidat russe, elle mettait à la disposition des ambassadeurs des sommes considérables à leffet de soudoyer les députés polonais aux diètes provinciales; les mêmes moyens devaient être employés pour amener la Diète centrale à solliciter Yintervention et la garantie de la Russie pour toutes les lois, tous les privilèges et toutes les libertés de la Pologne ; parce que, de la sorte, la czarine aurait un t motif plausible » de s'ingérer à tout instant dans les affaires de la Pologne et de manier commodément tous les leviers qu'elle croirait les plus propres à lui faire atteindre son but. Ces mesures ne suffisaient pas encore à la czarine : avant tout, pour anéantir radicalement l'indépendance de la Pologne, elle voulut lui enlever sa sève

vitale par la destruction de l'Église catholique daus cette contrée. Aussi prescrivit- elle à ses ambassadeurs d'insister auprès de la Diète polonaise pour qu'une tolérance illimitée fut accordée aux acatholiques. Nous verrons plus loin ce que Catherine entendait par le mot tolérance.

La czarine exprime à ses ambassadeurs Tespoir qu'elle atteindra son but sans recourir aux armes : si, cependant, ajoute-t-elle, elle était tron^ée dans son attente, elle est résolue, de concert avec la Prusse, d'inonder de ses troupes toutes les provinces polonaises à la fois, sans déclaration préalable de guerre, de traiter les opposants comme des rebelles, de détruire leurs propriétés par le fer et par le feu, et de ne pas déposer les armes avant que la Ltvonie polonaise ne fût séparée de la République et incorporée à l'empire russe.

Ainsi, dès l'année 1765, Catherine avait déjà en vue le partage de la Pologne. Cependant, tout en exprimant son intentiiHi dans une instruction secrète, son langage administratif et officiel ^ait loin d'y correspondre. Quelques semaines après avoir remis cette instruction à ses ambassadeurs, elle donna à la Pologne, par l'intermédiaire du prince Repnin, l'assurance solennelle sous la foi du serment : qu'elle ne songeait pas à s'emparer du territoire polonais ; qu'elle ne méditait aucune conquête ; qu'elle ne plaçait le bonheur de ses sujets que dans la justice, l'humanité et la générosité ; que, non-seulement elle ne porterait pas elle-même atteinte à l'intégrité de la JPologne, mais que jamais elle ne permettrait u

quelque autre puissance de lui causer préjudice, de quelque manière que ce fût !

Catherine fit entrer en Pologne un corps de 10,000 à 45,000 hommes ; mais en même temps elle informait officiellement les puissances de l'Europe qu'elle n'avait d'autres vues que de rendre libre Yélection du roi. Lorsque les Polonais se plaignirent amèrement de cette violation du droit des gens, Repnin leur répondît ironiquement : que la nation si libre et si grande de la Pologne ne devait pas appréhender qu'un si petit nombre de Russes fussent capables de rien entreprendre contre leurs droits. Et lorsque les Polonais demandèrent pourquoi la czarine se préoccupait à ce point de leur République, il leur répondit en ees termes sarcastiques : < Il y a déjà longtemps que vous auriez dû le demander ; maintenant il est trop tard ! »

Grâce à la pression des troupes russes, grâce aux procédés les plus illégaux, Yélection libre du roi eut le résoitat qu'avait désiré la czarine : Stanislas Poniatowski, homme sans caractère, monta sur le trône en qualité de satrape russe (1764).

Nous ne pouvons rappeler en détail de quelle manière la politique russe réussit à as^rvir la Pologne sous un roi si complaisant, comment elle parvint à paralyser les réformes militaires, financières et politiques adoptées par trois différentes diètes, comment elle fit maintenir le Liberum Veto, c'est-àdire l'anarchie, dont elle présentait l'abolition comme une déclaration de guerre à la Russie qui aurait pour conséquence une nouvelle invasion de la Pologne.

Si LA RUSSIE ET LÀ POLOGNE,

Maintenir violemment Tanarchieen Pologne, c'était, disait Catherine, t garantir la liberté polonaise qu'elle avait ù cœur de protéger par amour pour riiumanité. » Elle étendit encore d'une autre manière sa protection sur la Pologne. Au moment où elle donnait à l'Europe, pour la seconde ou la troisième fois, l'assurance solennelle et oflBcielle que jamais elle n'ajouterait à la Russie la moindre parcelle de la Pologne, elle s'appropriait une langue de terre d'une superficie de cinquante lieues carrées et une population de 160,000 familles (1765), sous prétexte de rectifier ses frontières. Les troupes russes auxquelles cette prétendue rectification était confiée avaient l'ordre d'enlever tous les artisans et tous les artistes que les nobles Polonais avaient, à grands frais, attirés sur leurs domaines et de les déporter en Russie sous une escorte militaire. Les mêmes troupes étaient, en outre, chargées d'une autre mission plus importante : elles devaient protéger les évéques grecs et schismatiques et les popes auxquels était confié le soin d'arracher violemment à l'Église catholique les habitants des districts annexés ou, d'après le langage officiel de Catherine, « de les ramener à la foi de leurs pères. » C'est donc en 1765 que la Russie commence à partager la Pologne et à y opprimer les consciences pour y créer un schisme. En même temps, elle se montre à Varsovie le champion < de la tolérance, qui est dans les vues de Dieu et de la sainte liberté de conscience, » en faveur des dissidents.

Ceci nous mène à la question religieuse qui forma

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dès Torigine l'essence de la politique russe en Pologne et que, pour celte raison, nous devons examiner avec quelque étendue.

Les philosophes français de cette époque qui recelaient de Catherine de riches pensions, les journalistes hollandais et allemands qui se sentaient obligés de se montrer reconnaissants de la déclaration ronllante de la Russie que leur coopération était avantageuse au bien général, exaltaient la Sémiramis du !Nord comme « un philosophe sur le trône » luttant, disaient-ils, en faveur des droits imprescriptibles de rhumanité et faisant triompher la tolérance et la liberté de conscience dans la fanatique Pologne (1). Aucun despote du siècle dernier ne sut au même point que Catherine tromper Topinion publique sur

(1) La reconnaissance des écrivains, c'est-k-dire la corruption de la presse allemande par la Russie, commença sous Pierre I*^'. En 1702, Pierre chargea le baron de Huyssen d*amener les savants de rAIlemagne à écrire à la gloire de la Russie, dans quelques-uns de leurs remarquables ouvrages, afin de dissiper ainsi l'opinion défavorable que le public se formait de la Russie.En 1705,de Huyssen parvint à persuader les savants de Leipzig ^ à écrire en faveur de la Russie, dans VEuropàische Fama et dans les autres feuilles publiques; il les aida lui-même à la rédaction de ces articles. Mais, déjà alors, le public allemand nVtait pas assez aveugle pour ne pas s'apercevoir de la corruption exercée par la Russie sur la presse allemande.

« Les nouvelles moscovites sont généralement telles, ou qu'on n'ose, ou qu'on ne veut pas y croire, parce que, pour ta plupart, elles sortent d'officines où se publie tout ce que l'on désire et où ce qui est favorable à la Russie est amplifié, comme si on le considérait au moyen de verres grossissants, tandis que ce qui n*cst pas à Tavantage de la Russie, est passé

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rail formuler ufie seule plainte contre son maître. Elle agissait de même en Pologne pour y pratiquer ce qu'elle appelait la tolérance.

Après s'être concertée avec les autres puissances acatholîques deTEurope, elle prit sous sa protection spéciale les soi-disants dissidenis (grecs, schismàtiques, luthériens, calvinistes, etc.); et cela, comme elle le proclamait officiellement, au nom des droits sacrés de l'humanité. Mais de quel droit, nous demandonsnous, la czarine s'ingérait-elle dans les affaires intérieures d'un État indépendant, et par quelle étrange contradiction se montrait-elle dans la catholique Pologne le champion de la tolérance et des noncatholiques, elle qui avait déclaré que le protestantisme était fatal à la Russie et qui y interdisait l'exercice de cette religion ? Mais les dissidents polonais étaient -ils vraiment opprimés , et s'agissait-il bien réellement pour la Russie de la tolérance en faveur des non-catholiques? L'histoire nous répond que non -seulement les dissidents polonais jouissaient de la tolérance la plus large, mais encore de droits beaucoup plus considérables que ceux qui étaient accordés aux catholiques dans tous les États protestants. Ils pouvaient s'établir partout dans la Pologne catholique et y organiser leur culte privé ; eux et leurs supérieurs ecclésiastiques se trouvaient aussi bien que les catholiques sous la protection des lois. Il y a plus : la noblesse dissidente, en faveur de laquelle exclusivement la czarine bouleversait le royaume, jouissait de tous les droits civils des catholiques, occupait les postes les plus

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Pologne dans l'intérêt de l'humanité. Le comte Panin, son ministre, disait dans une dépêche officielle adressée au prince Repnin, le 5 février 1767 : t La magnanime impératrice ne veut agir que pour la liberté et Yégalité de tous les Polonais , et ainsi elle mérite la reconnaissance des Polonais catholiques eu)Lmémes. i

A Texcitation des Russes et sous la pression exercée par les troupes moscovites, il se forma quelques confédérations armées de dissidents ; mais on se tromperait étrangement si l'on s'imaginait que les Russes parvinrent à faire entrer toute la noblesse dissidente dans la conjuration contre la patrie commune. La voix du droit et de la vérité trouva, au contraire, de l'écho dans le cœur de bon nombre de dissidents. Plusieurs d'entre eux informèrent le gouvernement des menées moscovites, et déclarèrent que le bonheur de la patrie est la loi suprême ; que l'armement provoqué par la Russie ébranlerait les fondements de la Pologne et précipiterait la République dans un abîme ; que la tolérance dont ils jouissaient et qui avait encore été étendue à la dernière diète par de nouveaux privilèges, était plus grande que dans toute autre contrée de C Europe j et qu'on devait se garder de tout acte qui serait de nature a mettre la République sous la dépendance d^une puissance étrangère !

La conduite de la Russie en Pologne était celle d'un dictateur. Elle contraignit le nouveau roi à convoquer une seconde diète extraordinaire ; et dans le but de faire trancher dans son sens la question des dissidents , elle fit encore débiter des

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Catherine ne se bonia pas à s'assurer un parti an moyen des dissidents: elle vouUit imposer une alliance défensive et offensive qui devait rendre la Pologne vassale de la Russie , et elle exigea qu'on lui confiât Le soin de protéger la Constitution. Les orateurs qui se distinguèrent le plus par leur courage à s'opposer aux exigences de la Russie, furent les évéques Soltik de Cracovie et Zaluski de Kiow. Afio de briser leur résistance, Repinn avait fait conBsqueir leurs biens mobiliers et immobiliers; mais ayant échoué, il fit saisir brutalement et traîner en Sibérie les deux évéques, les comtes Rzewuski , père et fils, ainsi que plusieurs autres sénateurs et députés. La déportation fut accompagnée des plus odieux tmitements. On refusa aux prisonniers jusqu'aux choses les plus nécessaires à la vie. Plus tard, ceuxci décrivirent en termes brûlants leurs souffrances et Jes malheurs de leur triste patrie pour la liberté et la religion de laquelle ils avaient subi toutes les tortures du martyre. Mais ce n'étaient que des évéques , des sénateurs et des députés catholiques; et leur bourreau, dans le siècle de la philosophie^ était un philosophe assis sur le trône !

Jamais le droit des nations n'avait été violé d'une manière plus criante qu'en Pologne ; mais Repnin appelait cette odieuse violation une charitable mesure prise par sa maîtresse. Il disait que l'emprisonnement de ces victimes avait été nécessaire , parce que les délinquants t avaient osé rendre suspecte la pureté des intentions de Catherine , et qu'ils avaient porté atteinte à sa dignité. > 11 ajoutait avec arrogance que

oâ LA RUSSIE ET LA POLOGNE,

la czarine , < en vue d'assurer le bonheur de la Pologne, > pouvait trouver bon de prendre d'autres mesures semblables.

Toute la ville de Varsovie était en deuil et saîsîo d'épouvante ; les ambassadeurs des puissances étran gères ne se sentaient pas eux-mêmes à l'abri des violences de la Russie. Le roi Stanislas , ce satrape russe , était tranquillement assis à son bureau en costume de peintre , entouré de pinceaux , de couleurs et de vases contenant de l'encre de Chine, occupé à dessiner une nouvelle livrée que ses domestiques devaient porter au jour de son couronnement ! C'est dans cette position que le trouvèrent les représentants de la nation, lorsqu'ils allèrent lui rappeler son devoir de protester contre l'arbitraire de Repnin. Ébranlé par leurs remontrances, le misérable monarque se résolut à demander humblement à ^Catherine, en son nom et au nom de la Diète, la mise en liberté des prisonniers. La czarine répondit que l'amour pur et désintéressé qu'elle portait à la noble nation polonaise, loin de lui permettre d'obtempérer à ce vœu, lui commandait de continuer à marcher dans la voie qu'elle avait suivie jusque-là pour assurer le bonheur du pays; que son ambassadeur à Varsovie n'avait fait qu'exécuter ses ordres en écartant de la Pologne les fauteurs de troubles ; que remettre en liberté ces ennemis de l'ordre et de la légalité, ce seraitexposer degaîté de cœur la nation à leurs coups !

Dès lors , Repnin avait les coudées franches. Les actes de violence qu'il avait commis n'étaient que la

[>i*«niière scène du drame sanglant que Calhcriicie devait jouer en Pologne. Afin d'avoir la main 1^ Skuie sur la Diète, Repnin fit nommer une commission de soixante membres pour présenter des lois ^e^nérales qui devaient être imposées à tout le royaume eît, à celte fin, il l'avait fait revêtir d'un pouvoir illi xxiité ; il divisa cette commission en comités moins nombreux, de telle sorte qu'une influence sans bornes fut attribuée à huit membres seulement, tous attentifs au moindre de ses signes. Telle fut la conduite de cette puissance qui voulait conserver le JLiberum Veto comme la base inébranlable de la constitution polonaise ! Avec un despotisme vraiment oriental, Repnin inscrivit dans \es Actes de la Diète une déclaration suivant laquelle , si Ton n'obéissait pas à l'impératrice , il livrerait Varsovie au pillage , ravagerait tout le pays , et ferait tomber la tête de tous les récalcitrants. Des grenadiers russes rangés en bataille cernaient les locaux des séances , prêts à sabrer au premier signal donné par Repnin.

I^'emploi de ces infâmes moyens réussit à Catherine. Toutes ses exigences en faveur des dissidents furent satisfaites, le Liberum Veto ^ fut de nouveau sanctionné, (même lorsqu'il s'agissait de l'élection d'un roi, il devait y avoir unanimité, car l'opposition d'une seule voix sufiisait pour l'annuler), toutes les lois réformatrices portées dans les dernières années relativement à l'armée et aux finances furent rapportées , une nouvelle noblesse formée d'éléments les plus méprisables fut créée , et Catherine fut reconnue comme garant de ces stipulations illégales.

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