‹ La Russie et le Saint-Siège: études diplomatiquesChapitre 25 sur 72 · IV · texte numérisé non relu

IV

S42 JÂNSËJNI8TKS ET PU1MCE8SES

à rhôtel Lesdiguières, où résidait le souverain. Un air de grandeur environnait la personne de Pierre : de taille élancée, d'aspect militaire, le teint olivâtre et pèle, la tète plutôt petite en proportion du corps, avec un tic convulsif et des tiraillements de bouche, chevelure brune et petite perruque ronde. A Tapparition du nonce, le Tsar, entouré de sa suite et penché sur une table, était absorbé par la contemplation d'un livre d'antiquités. Il interrompit cet examen pour écouter l'allocution de son visiteur : compliments d'usage avec prière de protéger les catholiques de Russie. Ghafirov donna en mauvais italien et à grand'peine la réponse du Tsar qui se résumait en lieux communs et passait sous silence la religion, Pierre s'informa ensuite de la santé du Pape, du séjour de Bentivoglio à Paris, de sa dignité épiscopale, et l'audience prit fin avec les cérémonies habituelles,

C'était maigre. Quelle différence entre ce dialogue compassé et les épanchements intimes de Vienne avec le cardinal KoUonitz et le P. Wolff ! Et pourtant les lubies théologiques hantaient encore le cerveau du Tsar. Sous l'impression peut-être des anciens rapports de Kourakine, il avoua au maréchal de Tessé qu'il voudrait bien reconnaître le Pape en qualité de premier patriarche, mais non s'assujétir aux prétentions de la cour de Rome. C'était, en d'autres termes, n'admettre que la primauté pontificale d'honneur, et non celle de juridiction. Chose plus singulière! L'esprit prime-sautier de Pierre ne reculait pas devant le Pape infaillible, pourvu qu'il fût assisté du concile. A ce propos, le maréchal de Tessé observa doctement que cette opinion était particulière à la France. Peu à peu, la rumeur pénétrait dans le grand public que la prééminence papale était l'unique obstacle à l'union des Églises. On devine de quelle source émanaient ces sortes

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de renseignements. L'ambassadeur d'Autriche, le comte Kœnigseggf, toucha cette corde en plaisantant. Le Tsar, di(-il au nonce, veut s'unir à TÉglise latine, mais sans reconnaître le Pape. Et puis, se ravisant et reprenant son sérieux, il jugea la chose digne d'attention. Belle occasion pour Bentivoglio de rappeler, comme il le fit, que la mission de Moscou était une création autrichienne, et qu'il fallait la préserver des Jansénistes.

Du reste, le nonce ne se berçait pas d'illusions sur les sentiments de Pierre. Il rendait justice à son désir inextinguible de savoir, mais, le trouvant u crapuleux et adonné aux plaisirs » , ne comptait pas sur son initiative de pacification religieuse. Le Tsar, de son côté, si Ton s'en remet aux réponses de Kourakine, ne montrait aucun empressement à reprendre ses relations avec Rome. Et d'abord, quant à la ligue avec l'Empereur contre les Turcs, il ne fallait pas y songer. Le prince ne cachait pas que son maître avait d'autres projets en tête, et il avait l'air de ne pas se soucier d'alliances. Restait le diplôme avec les questions connexes. Tout cela ressortissait à la chancellerie, et le rigide négociateur se contenta d'indiquer la filière à suivre sans vouloir s'y engager lui-même.

Le conseil fut suivi autant que le permettait la brièveté du temps. Interpellé aussitôt, le vice-chancelier Chafirov ne vint trouver le nonce qu'après le départ de son maitre. Il proposa, pour traiter les affaires à fond, d'en« voyer un représentant papal à Pétersbourg. Et cette proposition était faite en termes obligeants et presque pressants. Mais, à Rome, on désirait surtout obtenir le diplôme de liberté, et, si l'affaire ne réussissait pas à Paris, le nonce de Cologne, Ârchinti, était autorisé à la poursuivre en Hollande, où le Tsar devait se rendre en quittant la

su JANSENISTES ET PRINCESSES

France ^ Bentivogflio ne donna donc point de réponse directe à Ghafirov, et se décharg^ea de ce soin sur son collègue de Cologne.

A cette occasion, des lettres courtoises furent échangées entre le chancelier Golovkine et le nonce Archinti. A défaut de celui-ci, le baron Gavalchini, attaché à la nonciature de Cologne, vint à Amsterdam se présenter au Tsar. Il eut son audience, rédigea son rapport, mérita des éloges, mais ne fit pas avancer l'affaire du diplôme. En vue d'une solution définitive, Tenvoi d'un délégué pontifical sur les bords de la Neva fut de nouveau proposé par les Russes et tacitement accepté.

D'inconcevables lenteurs firent avorter ce projet. Les docteurs de Sorbonne y mirent plus de hâte, et profitèrent mieux de la visite que leur fit le Tsar. Avant d'en exposer les détails, il nous faut mentionner une autre entreprise.

LE TSAR ET l'aBBÉ PICHOX

La réserve diplomatique du nonce Bentivoglio ne s'imposait pas aux négociateurs qui s'offraient spontanément pour résoudre à leurs risques et périls les questions les plus complexes, et transformer le monde en un tourxle main. Un lettré obscur, sieur abbéPichon, est du nombre de ces brasseurs hardis d'affaires. Son nom ne se ren-

^ Archives du Vatican, Francia^ t. 300, f. 25; Coionia, t. 105. — De la Propagande, Acla^ 1717, f. 364, n" 46. — Moscou, Archives Principales, 1717. 12 nont, Archintî à Golovkin** — Tot'pcrÊ:<Ev, t, U, p. 331 et tuiv., n-CLVà CLVIII.

Î.E TSAlt A PAUIS 2W>

contre pas dans les mémoires de l'époque; nous ne savons de lui que ce qu'il veut bien nous dire lui-même. H s'in* téresse au sort de la Russie, à la réunion des Église^. Aveuglé par Toptimisme, il ne doute de rien. Un jeune Busse, Konon Zotov, lui fait des confidences, lui sert d'intermédiaire, et le voici en audience auprès du Tsar.

Il est assez au courant des sympathies de Pierre pour lui parler non seulement d'union ecclésiastique, mais aussi de science, de commerce, d'industrie. Marchant à son insu sur les brisées de Leibniz, il propose l'érection, à Pétersbourg, d'une « académie g^énéraie » qui enseignerait les arts libéraux et les sciences exactes, et surveillerait la marche ascendante des Russes dans la voie du progrès. Le Tsar, toujours accessible aux projets de ce genre, aurait fait à l'abbé le meilleur accueil, l'aurait pressé de venir s'établir en Russie, et, le voyage ne pouvant s'effectuer, serait resté en correspondance avec lui, et l'aurait chargé d'écrire une histoire parallèle des héros moscovites et des héros de l'antiquité.

Faisons gracieusement crédit à l'abbé, quoiqu'il soit seul à nous renseigner sur les succès de son audience. H se prenait au sérieux, et, après le départ de Pierre, il envoya au Vatican un mémoire sur les matières religieuses traitées avec le Tsar. L'étrange mentalité des diplomates sans mission qui s'interposaient si souvent entre Rome et la Russie s'y étale complaisamment, et, à ce titre, cette pièce mérite un moment d'attention ' .

Le tsar Pierre y est rangé d'emblée parmi les héros chrétiens. Son génie est « naturellement assez pieux et fort pénétrant ». Il est conscient de la grandeur de sa tâche, il a l'appréhension des responsabilités, et il veut

* Le teite du mémoire a été publie par Schmocrlo, Ottchète, p. 213| n* III.

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que le public soit convaincu de ses sentiments élevés. S*il a empiété sur les droits de TÉg^Iise de Moscou, c'est qu'il y a été forcé par les événements, et qu'il a dû se conformer aux mœurs de ses peuples, « dont la plupart pouvoient être reg^ardés comme sauvages et féroces avant qu'ils n'ayent été policés et disciplinés par la prudence et le courage héroïque du Gzar. » Et puisque ce réformateur malgré lui médite secrètement, au dire de Zotov, Tunion de TÉglise de Moscou avec celle de Rome, Tabbé en arrive à la conclusion suivante : a On peut assurer avec vérité, écrit-il, par les connoissances particulières qu'on a du génie de ce héros, que le motif de religion et de piété, manié comme il convient, servira d'un puissant attrait pour engager Sa Majesté Czarienne à se prêter aux conditions que le Saint-Siège en peut exiger, lorsqu'il s'agira de conclure la réunion de l'Église à l'orthodoxie de la catholicité apostolique et romaine. »

Au motif religieux succède le motif politique. Avec plus de largeur dans ses vues que les papes, et sans se soucier de diplôme, l'abbé Pichon transforme le Tsar en empereur de Moscou et même en empereur du Nord, et il fait admettre ce titre pompeux par tous les souverains catholiques, qui sans doute ne refuseront pas de sanctionner ainsi la fusion des Russes avec « l'orthodoxie du christianisme » . Très satisfait de son nouvel empereur, le sieur Pichon le charge de ramener dans le giron de l'Église catholique le Danemark et la Suède, besogne qu'il estime d'autant plus facile que le duc de Holstein doit épouser une nièce du Tsar et devenir héritier présomptif de Suède ' .

Pour que rien n'y manque, en troisième lieu parait un

I Le duc de HoUteia Charles-Frëdéric a ëpousë la princette Anne, fille du Tsar.

LE TSAU A PARIS n?

motif mi-religieux, mi-politique, et de nature souveraine^ ment délicate. Le Tsar n'avait pas amené sa femme à Paris : elle aurait fait tache à la cour raffinée du Régent; mais tout le monde savait qu'il était très attaché à sa Katérinouchka. Assurément, il ne se piquait pas de fidélité conjugale, et n'en faisait mystère à personne. Loin de s'en effaroucher, Catherine ne demandait qu*à être indulgente, ayant à son actif des peccadilles du même genre. Grâce à ces concessions mutuelles, qui faillirent, un jour, tourner au tragique, on faisait d'ordinaire bon ménage, et, à cette fille ramassée sur le pavé, Pierre destinait, en cas de survivance, la couronne impériale. Or, d'après l'esprit et la lettre des canons byzantins, leur mariage était nul, car il avait été contracté du vivant de la première femme, Eudoxie Lopoukhine, unie à Pierre par un lien légitime. Et, quoique l'Église grecque admette le divorce en cas d'adultère, aucune sentence ecclésiastique n'était intervenue. Pierre, on s'en souvient, avait de son propre chef parqué Eudoxie dans un couvent, l'ayant obligée de prendre le voile, et, en 1712, avait célébré son mariage avec Catherine à l'église de SainMsaac-le-Dalmate. Il en résultait des irrégularités flagrantes : le cas n'était pas facile à résoudre au gré des conjoints de fait. Cependant, Pierre désirait vivement la réhabilitation de son mariage. L'abbé Pichon se l'était laissé dire, et proposait d'en tirer parti. Un remède canonique, à la vérité introuvable, se serait trouvé quand même; l'affaire eût été réglée à Rome, l'abjuration en aurait aplani les voies, et Catherine, désormais fille dévote du Pape, aurait favorisé les efforts d'union, et marié ses trois filles à des princes catholiques. Le Tsar une bonne fois convaincu par ces motifs, il n'y aurait plus qu'à chercher les moyens de réaliser le programme unitaire. Quel vaste champ s'ouvre ici pour un

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esprit inventif! L'abbé Pichon s'y donne libre cours, et va droit aux finances. Pas de spéculation dans la sphère surnaturelle. On renoncera aux annales et aux droits similaires qui se pratiquent en France et en Espagne. L'argent moscovite ne sera point exporté, et le monde se convaincra que le Saint-Siège ne cherche que le salut des âmes. Toutefois, afin de subvenir aux besoins de la Chambre apostolique, le Tsar s'obligera par un traité secret à s'acquitter des frais d'expédition pour les bulles d'évéchés et d'abbayes.

Ce désintéressement délierait les mains au Saint-Siège pour une réforme autrement grave. L'Église russe, depuis le règne de Fedor, était gouvernée par un patriarche qui jouissait dans le peuple d'une haute considération. Pierre avait déjà pris ses mesures pour se débarrasser de ce rival incommode, et l'abbé Pichon v allait d'une manière encore plus radicale. 11 rêvait l'abolition complète, de concert avec le Tsar, de l'institution même du patriarcat, source intarissable de dissensions. Pierre y consentirait volontiers, car il est d'avis, observait judicieusement l'nbbé, que cette dignité confère en Moscovie un trop grand pouvoir, et que le patriarche tourne facilement au monarque spirituel. Moins jaloux du Pape, cet intrépide niveleur reconnaîtrait sa primauté de juridiction, sa qualité de chef visible de l'Église universelle, vicaire de Jésus-Christ sur la terre.

A la place du patriarche, — l'idée est neuve, — on créerait trois primats, à Pétersbourg, à Moscou et à Arkhangel, pour atteindre ainsi la Baltique et la Laponié, le royaume d'Astrakhan et les provinces voisines de la Perse et de la Chine. L'établissement des primats offrait deux avantages. Grâce aux énormes distances, que la vapeur n'abrégeait pas encore, ils ne pourraient ni se

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concerter entre eux, ni comploter contre le gouvernement. Ensuite les dissensions doctrinales qui se produiraient parmi eux seraient dévolues à Rome, et cet arbitrage déféré |d'un commun accord au Saint-Siège serait un signe extérieur de dépendance, un aveu permanent de la primauté papale. Emporté par son zèle d'union étroite avec Rome, Tabbé va si loin qu'il voudrait supprimer le rite oriental et introduire partout les us<iges latins.

Cependant, dans cet avenir de paix et de concorde qui se déroule devant ses yeux, il aperçoit un obstacle d'ordre politique. Les Anglais et les Hollandais s'efforcent d'empêcher l'union des Églises, et, sitôt qu'elle sera fiiite, ils s'emploieront certainement pour la détruire. Gomment paralyser cette action néfaste? Quelle digue opposer à ce flot montant? Le sieur Pichon n'en voit pas d'autre que de replacer les Stuarts sur le trône d'Angleterre, d'établir avec eux des rapports de bon voisinage, et de renouveler ainsi le Nord de l'Europe. Et c'est encore au Tsar de parfaire cette œuvre.

Très pressé d'en venir à l'exécution et plein d'une confiance imperturbable, l'abbé insinue au Vatican de recourir, pour s'entendre avec le Tsar, aux bons offices de Konon Zotov. Beaucoup de ressources dans cet excellent homme : il a passé dix ans en France, à Marseille, à Toulon, à Paris ; il est versé en mathématiques, en physique, en art nautique, en droit canon et civil; il a l'esprit pénétrant et judicieux; il aime l'équité naturelle, et uTon peut assurer sans exagération, observe l'abbé, qu'il a toujours marqué, avec toute la droiture possible, un zèle sincère et constant pour la réunion du Czar et de ses États à l'orthodoxie catholique; et comme le comte Zotoff fsicj est toujours dans l'intime confidence du Czar, il peut mieux qu'aucun autre Moscovite contribuer à cette réunion » .

Ces appréciations nous donnent lu vraie mesure des illusions décevantes du sieur Pichon. En réalité, Konon Zotov était loin d'avoir Timportance qu'on lui suppose gratuitement '. Fils de Tig^noble Nikita dont Pierre avait fait le président du trop fameux a concile d'ivrog^nes « , il avait essayé en vain de soustraire son vieux père à ces turpitudes de caractère presque officiel. Afin de ménager sa piété filiale, on le renvoya pour quelque temps à l'étranger où il avait déjà fait ses études. 11 rendit des services à son pays, s'occupa de marine, traduisit des livres; mais la pénétration et le tact lui firent toujours défaut. Ses maladresses lui attirèrent des remontrances, et, lorsqu'il s'imagina de marier le tsarévitch Alexis avec une princesse française, il fut bien vite remis à sa place. Un personnage si remuant aura pu jeter à l'abbé de la poudre aux yeux, tous deux étaient capables de se laisser hypnotiser par de vains mirages, mais rien n'indique que l'audience du Tsar ou le mémoire de l'abbé aient eu des conséquences sérieuses. Les tentatives répétées d'union, venant de différents côtés, devaient faire sur le monarque orthodoxe une impression plutôt défavorable et le porter à prendre ces propositions de haut.

LE tsâh et la sorbonne

Tandis que le Vatican se bornait à demander la liberté du culte catholique, et le sieur Pichon à combiner des travaux préliminaires d'approche, les docteurs de Sor-

* PÉK&iiflKi, Naouka, t. I, p. 155.

hK TSAR A PARIS S5l

bonne posaient hardiment au tsar Pierre en personne ia question d'union. Grâce à leurs doctrines jansénistes, ils se croyaient mieux outillés que d'autres pour résoudre ce problème. L'occasion s'en présentait, ils en profitèrent * .

Au lendemain de l'audience accordée au nonce Bentivoglio, le 14 juin, Pierre visita l'antique fondation de Robert de Sorbon. L'enseig^nement théolog^îque s'y donnait avec éclat depuis le treizième siècle, des hommes éminents en étaient sortis, mais en ce moment le concile permanent des Gaules, ainsi appelait-on la Sorbonne, traversait une crise pénible. Le 8 septembre 1713, Clément XI avait lancé sa bulle Unigeniius qui condamnait cent et une propositions extraites des Réflexions morales de Quesnel et frappait au cœur le jansénisme. Une scission funeste se produisit alors dans l'Église de France : la majorité du clergé accepta la bulle; elle ne fut rejetée que par une minorité turbulente. La Sorbonne se rangea d'abord du côté des acceptants, mais, le 5 mars 1717, une grande partie des docteurs se réunit aux quatre évéques qui avaient interjeté appel de la bulle au futur concile. De là, le nom d'appelants donné à toute la coterie. Les docteurs qui se mirent en relation avec Pierre figuraient tous, un seul excepté, parmi ses affiliés. Plusieurs d'entre eux se signalèrent plus tard par l'àpreté de leur polémique contre Rome. Ils tenaient énormément à l'affaire de Russie qui devait entre leurs mains devenir un glaive à deux tranchants. En ramenant tout un peuple à l'unité, ils auraient bien mérité de l'Église universelle; ce peuple reconquis, dûment initié aux principes gallicans, aurait été embauché dans la campagne contre les

* Projet de réunion, paitim. — Mikzloff, p. 380, n* tt. — Paris, Bibl. nat., Suppl. ffrer, n* Î9. — Affaires étrangères, Motcovicy t. 8, 9.

252 JANSKNISTES ET PRINCESSES

prétendues usurpations du Vatican. Cette politique à double face était femilière au jansénisme qui ne voulait ni rompre ouvertement avec le Saint-Siège, ni se soumettre de bonne foi.

Le célèbre Journal de Piein^e /", rédigé vers la fin de son règne presque sous sa dictée et publié dans la suite, décrit Tentrevue du monarque avec les docteurs dans des termes trop caractéristiques pour ne pas être cités intégralement :

u Le 3 juin, ainsi s'exprime le Journal^ Sa Majesté se rendit à Tacadémie, où les docteurs de Sorbonne entretinrent Sa Majesté de Tunion dans la foi, en disant qu'il serait facile de l'établir. A quoi Sa Majesté daigna leur répondre que cette affaire était grave, et qu'il était impossible de l'arranger dans un bref délai; qu'en outre Sa Majesté s'occupe davantage des affaires militaires. Mais que, s'ils le désiraient en réalité, ils n'avaient qu'à écrire aux évéques russes, car c'est une affaire importante qui exige une assemblée ecclésiastique; en même temps, il daigna promettre aux docteurs que, s'ils écrivaient aux évéques russes, il ordonnerait à ceux-ci, en vertu de l'autorité que Dieu lui avait donnée, de répondre ' . »

La note laconique du Journal doit être complétée par les détails que nous ont transmis les docteurs. Gomme /''• d'ordinaire, Pierre arriva sans se faire annoncer officielle-

ment. Il était accompagné de quelques personnes de sa suite, parmi lesquelles se trouvait Vasili Dolgorouki. Au début, le docteur Boursier se trouva seul à leur faire Tes booneucs de Ja réception. H était un des plus jeunes théologiens, mais non des moins ardents jansénistes,^ au

* Journal Petra Vel., t. II, p. 411. — Le 3 juin vieux style corretpondaity en 1717, au 14 juin nouveau style.

point de sacrifier plus tard sa position et de prendre la fuite plutôt que de céder. Son premier soin fut de conduire les illustres visiteurs à Téglise, où le mausolée du cardinal Richelieu, restaurateur de la Sorbonne, dut faire rêver Tautocrate moscovite. Lorsqu'on passa à la bibliothèque, une lég[itime curiosité y amena les autres docteurs de la maison. Entouré de la faculté, le tsar Pierre était comme investi par une petite armée sacerdotale. Une discussion théologique planait dans Tair; on ne cherchait que le moyen de la provoquer. Ce n'était pas facile, car, emporté par sa vivacité naturelle, désireux peut-être de dissimuler les contractions nerveuses qui défiguraient parfois son visage, « le Tsar ne tenoit point en place, et il couroit dans la bibliothèque, examinant rapidement les tablettes sans presque s'arrêter. » Enfin, grâce à de gros livres en caractères slavons, on réussit à fixer un moment son attention, et Boursier, porte-voix de ses collègues, s'empressa de lui faire remarquer que, par l'union des Églises de Russie et d'Occident, il mettrait le comble à sa gloire, en ajoutant un triomphe pacifique aux victoires remportées sur les champs de bataille, et que cette réunion n'était pas si difficile à parfaire qu'on se l'imaginait. Un sourire effleura les lèvres du vainqueur de Charles XII, et il répondit par interprète qu'il n'était qu'un soldat. « Pas seulement un soldat, reprit adroitement Boursier, mais aussi un héros, et, en qualité de prince, protecteur né de la religion. » Le Tsar comprit assez ce langage flatteur pour se montrer plus accessible. Abordant de front un sujet qui ne lui était pas inconnu, il observa que Jr^is^ |)pints contestés , de part et d'autre rendaient la réunion difficile : le Pape» U procea&ioo du Saint-Rspcit; et, comme il cherchait le troisième point, Boursier lui suggéra les azymes et le calice, u Là-dessus, dit Pierre, Ton n'aurait

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pas de peineâs^entendre. » Les Sorbonniens se rangèrent aussitôt à son avis, et opinèrent qu'il en serait de même des autres points controversés, les divergences au sujet du Saint-Esprit n'étanLque des disputes de mots, et la primauté du Pajg^e, mitigée^ parjeg principes gallicans, pouvant s^accorder avec le régime en vig ueur Astn^ ]'f^]fa4^ russe. Ge fut alors que, soit pour échapper à Tempressement des docteurs, soit pour essayer vraiment d'une nouvelle tentative, Pierre fit sa fameuse proposition de cor respondance. « Eh bien, dit-il à Boursier, feites-moi un mémoire sur cette affaire, et dépèchez-vous, car je pars incessamment. Je vous promets de le remettre aux évéques de mes États, et de les obliger à vous répondre. » Cette parole de despote ne parut point choquante dans la bouche du Tsar, tant sa proposition éveillait d'espoir. On échangea encore quelques mots sur la bulle UnigeniiuSy et le hasard voulut que Pierre interpellât le docteur Lemoyne, le seul qui ne fût pas appelant. « La plupart des évéques, répondit celui-ci, sont pour la bulle, et la plupart des docteurs sont contre elle. » Cet aveu n'empêcha point les Sorbonniens de réitérer leurs instances pour la réunion des Églises. Le Tsar, de son côté, renouvela sa promesse, et quitta la faculté fort satisfait en apparence de sa visite. Golikov, à cet endroit certainement impartial, témoigne aussi que les docteurs parisiens surent gagner les bonnes grâces du monarque moscovite ^

Aussitôt après son départ, il fallut rédiger le mémoire, et le rédiger aussi promptement que possible. Plusieurs théologiens se partagèrent le travail dont la rédaction définitive fut confiée à Boursier. Si les docteurs gagnaient ainsi du temps, ils n'en restaient pas moins, vis-à-vis des

' Golikov, t. VI, p. Î31. — Réfutation du mémoire sorbonnien dans GURDIL, t. XI, p. 187.

Ru88e8, dans une posture étrange, lis essayaient de ramener des dissidents à Tunité dont eux-mêmes se détachaient en rejetant la bulle Unigemius, en méconnaissant Tautorité du Saint-Siège. Le mémoire ne pouvait ne pas s'en ressentir; aussi n'est-il qu'un bizarre assemblage de vérités et d'erreurs.

Après une courte allusion aux circonstances qui avaient provoqué l'écrit, les docteurs se répandent en éloges sur Tunité religieuse, consacrée par la parole de l'Apôtre, et qui a pour fondement l'unité même de Dieu, celle de la foi et du baptême. Pour dissiper dès le début les vaines appréhensions, ils prouvent par une longue série de points doctrinaux, admis de part et d'autre, que l'Église russe n'est guère aussi éloignée de Rome que les Églises protestantes. Abordant ensuite le fond de leur thèse, voici le raisonnement dont ils font leur base d'opération. L'unité de la foi, disent-ils, peut s'accorder avec la diversité des rites, pourvu que celle-ci n'implique pas de divergence dans les dogmes. Or, l'Église russe se distingue, il est vrai, de l'Église romaine, par ses rites extérieurs; mais, pour ce qui est des dogmes controversés, nul doute que leur examen approfondi n'ouvre la voie ù la conciliation. Partant, il n'est pas aussi difficile que le porte l'opinion générale de voir l'unité rétablie entre l'Orient et rOccident, pourvu que l'esprit de douceur et de charité anime les discussions. Rien de plus correct que ce syllogisme, dont les deux prémisses ne sont cependant pas d'une égale évidence.

La première, calquée sur le concile de Florence, éta* blit nettement les relations qui unissent sans les confftjldrf* Ifffi dogmes aux rites. Et c'est avec raison que les docteurs insistent sur ce point, car l'ancienne Russie nétait que trop portée à exagérer Timportance du culte

SM

JANSÉNISTES £T PRINCKSSES

extérieur, voire à sacrifier Tessentiel à Taccessoire. Les citations de saint Firmilien, de saint Augustin, les allusions à quelques Faits historiques viennent donc tout à fait à propos et achèvent de porter la conviction dans les esprits.

Autrement compliquée est la seconde prém isse de la Sorbonne. Sous peine de manquer le but, il fallait esquisser à grands traits un projet de conciliation, reprendre en sous-œuvre la discussion de la veille, et mettre en lumière les trois points dénoncés par le Tsar comme principaux mo tifs de la scission. Aussi vaste qu'importante, la matière était surtout épineuse pour des appelants, à cause de la primau té pontificale qui avait été nommée en premier lieu. Rien d'étonnant si cette partie du mémoire est non seulement faible, mais encore, dans son ensemble, inavouable pour un catholique. D'après les docteurs, il est en cette matière uniquement de foi n que Févèque de Rome, qui est le successeur de saint Pierre, est aussi de droit divin le premier des évêques et le premier vicaire de Jésus-Christ, et qu'en cette qualité il est le centre de l'unité et le lien visible de la communion » . Tout le reste appartient au domaine des opinions théologiques que l'on peut à volonté rejeter ou admettre. Pour leur part, les Sorbonniens professent ouvertement que la souveraine puissance a été immédiatement accordée de Difiji au corps des évéques, auquel le Pape lui-même estienu d'obéir en matière de foi, de^chisme et de réform£; que les oracles du Pape ne sont pas censés infaillibles hors Ip cas oùJls seraient confirmés par les suffrages de L'ÉgU3e universelle. Quant aux rapports de l'Église avec l'État, ils établissent que le Pape, n'ayant qu'un pouvoir purement spirituel^ n'a reçu de Jésus-Christ aucun droit ni direct, ni indirect sur le temporel des rois, et qu'il ne peu t sou^

aucun prétexte, mé0ie de religion, dis pense r les sujets d'un prince de Tobéissance qu'ils lui doivent, ni les délier du serm en t de..ft 4^1ité. Enfin toute Ij'^ito*''*^ ^♦^rihiifp ft" Saint-Sièfge par le d t^^^t, nnnvpan , soit pour élire les évéques, soit pour confirmer leurs élections, soit même pour les dispenses, ne lui appartien t, au gré de laSorbonne, qu'ert vertu du désistement des Église^ ou de^ princgs. ou bien encore en vertu de sa dignité patriarcale; à défaut d'un de ces trois litres, elle devient immédiatement caduque. La thèse des docteurs est donc franchement formulée :* un Pape à leur façon n'est ni un Grégoire VII, ni. un Inno^ cent III, mais un jparfait gallican ; Tétendijte^dfe-.SfitJlûll?' voirs doit être déterminge. mm. juur Je dr.gÀL4ûdiUJZi&U4iar les théories de Jansénius. Inutile d'insistjer &ur4-4afiahé-' rence du système : il admet d'une part que c'est au Pon-i tife romain de maintenir l'unité de l'Église^ et d'autre part. jLîe dépouille des moyens nécessaires pour, remplij^ i|g mission.

Le mémoire de la Sorbonne est plus heureux lorsqu'il traite de la procession du Saint-Esprit. Question subtile* si jamais il en fut, où la spéculation rationnelle doit se méfier de ses forces et récourir sans cesse à la révélation,' pour s'élever ainsi jusqu'aux mystères de la vie intérieure de Dieu. Que l'on s'étonne, après cela, si elle a provoqué des milliers de volumes, dès qu'un écrivain téméraire eut avancé que le Saint-Esprit procède du Père seulement, et non. pa&jdu^-f ère et du Fils, comme l'enseigne rÉglisjB romaine. Les docteurs de Sorbonne ne prétendent pas entrer dans les détails de la controverse ; la dégager, autant que faire se peut, des subtilités, et la présenter par son côté facilement saisissable est leur unique des-^^ sein. Ils s'acquittent habilement de cette tâche. Pour exprimer le dogme en question, deux formules, disent-ils^. IV. n

s'emploient généralement, dont Tune se borne à constater que le Sai nt^Esm ^ù procède du Père par le Fils, tandis que Tautre, plus explicite, affirme que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Or, TOrient accepte l a première for » nm tf^ ; il ne saurait par conséquent, sauf contradiction, rejeter la seconde. En effet, les deux formules se rencontrent également chez les Pères grecs et latins; elles sont réputées orthodoxes par les conciles, celle-ci est pour le fond identique avec celle-là, et ne s'en distingue qu'au point de vue de la forme. Une seule échappatoire à cet argument : o n^poiirrait s outenir que la formnlft orient ale équiv aut à une simple^ affirmation jl6.L!juuÛtéL.de substance ; fintre le Père et le Fila. Mais voici la réSfiJÛoa vulgaire qui réduit robjection à néant : dans cette hypothèse, on serait autorisé à dire, au même titre, que le Fils procèd e du Père par le Sainl-Fsprit, car dans les deux cas

c'est absolument la même unité de substance qui est en

question. Pourq^uoi cette dernière proposition eât*eUe.3i choquante? Pourquoi ei^t-elle inadmissible en thèolûgiç? C'est que la formule orientale exprime non seuleqient l'unité de substance entre le Père et le Fils, mais aussi l'unité de principe dans la procession du Saint-Esprit. C'edt sur ce terrain ainsi déblayé à la hâte que les Sorbonsiens espéraient pouvoir s'entendre avec les Russes. Du reste, ils n'attachent qu'une importance secondaire à la controverse jadis célèbre du FUioque^ et ils insinuent qu'il fout chercher ailleurs les causes dernières de la scission ecclésiastique. Michel Gérulaire, qui a consommé le schisme de Photius, n'a invoqué que des prétextes fri- Toles, et les Russes sont censés avoir contre Rome les mêmes griefs que les Grecs. Enfin, effleurant à peine la question des azymes, le mémoire se termine par un appel pathétique au Tsar : qu'il décore son empire d'un

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nouveau titre de gloire en le soumettant à l'Église; nouveau Cyrus, qu'il ramène ses peuples à la vérité d'où jaillissent la paix et la concorde ; qu'il renverse le mur de division, qu'il réunisse les deux Églises; ainsi il s'élèvera au-dessus de ses ancêtres par l'éclat de son œuvre et la célébrité de son nom.

Tel est à peu près le contenu de cet écrit composé en vingt-quatre heures et signé dès le lendemain, 15 juin, par dix-huit docteurs de Sorbonne, y compris le nonappelant Lemoyne. Sur le conseil du maréchal de Tessé qui servait d'intermédiaire auprès du Tsar, il fut traduit en latin, et pour plus de solennité, le 19 juin, légalisé à l'archevêché de Paris.

Sur ces entrefaites, Pierre ayant quitté la capital^, le mémoire alla le rejoindre en route. Il fut reçu par le Tsar avec des paroles courtoises à l'adresse des docteurs. On verra plus loin la réponse officielle des évêques russes; il suffit pour l'heure de constater l'isolement auquel se condamnait la Sorbonne. Sauf les gallicans à outrance, ni catholiques, ni protestants ne pouvaient faire cause commune avec elle : aux yeux des uns, elle trahissait la vérité; aux yeux des autres, elle ne renonçait pas suffisamment aux prétendues aberrations.

En effet, les principes qu'elle propose comme base de réunion sont trop évidemment subversifs de la hiérarchie ecclésiastique et des prérogatives du Saint-Siège pour être admis par des croyants soucieux de leur orthodoxie. Quant aux protestants, c est Buddée qui s'est fait leur interprète dans un pamphlet imprimé plus tard en Allemagne*. Avec une amère ironie, le professeur d'Iéna

* L'oputcule de Buddëe (Ecclenia Romana, cum Rutheniea irreconcHtabiiisj a été attribue à Prokopovitch. 11 est plus probable qu'il n*a fourni que les matériaux.

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reproche aux Sorbonniens d'avoir atténué la doctrine catholique, en quoi il n'a malheureusement pas tort. Reprenant ensuite point par point leur mémoire, il en fait une critique rig^oureuse au point de vue d'un protestantisme avancé ou, si Ton veut, d'un rationalisme mitigé. Suivre pas à pas le professeur tudesque à travers ses erreurs, ses réticences et ses calomnies serait trop fastidieux; disons seulement qu'il s'efforce de démontrer que, loin d'être facile, la réunion de l'Égalise russe avec Rome présente au contraire des obstacles insurmontables. La raison qu'il en donne se place d'elle-même sous la plume d'un protestant : l'Égalise russe, dit-il, est complètement asservie au pouvoir temporel; le Tsar aurait tort de renoncer, en faveur du Pape, à cette prérogative. C'est là le fond de la pensée de Buddée. Elle se fait jour en dépit des précautions oratoires dont s'entoure Tauteur, de ses digressions élogieuses à l'adresse du Tsar, de ses violentes diatribes contre TÉglise catholique.

Pour en finir avec cette analyse déjà trop longue, il reste encore à faire une dernière critique. Le mémoire de la Sorbonne trahit une connaissance imparfaite, pour ne pas dire une complète ignorance, de l'histoire de l'Église orthodoxe. Il confond hardiment la ..cause des Russes avec celle des Grecs sans se douter que la pensée relig^ieuse a traversé en Russie ses propres phases. Les aberrations de Byzance, ses griefs contre Rome sont échus, il est vrai, en partage aux Moscovites à titre d'hoirie, mais parallèlement la hiérarchie russe s'est constituée d'une manière indépendante et toute particulière. A l'époque où nous sommes, la troisième Rome découronnée ne gardait plus que le souvenir de ses anciennes splendeurs. Désormais le centre de l'administration ecclésiastique se trouvait à Pétersboilrg, sous la surveillance du

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Tsar, entre les mains de ses agents. On était dans une situation provisoire, à la veille de la création du synode. Déjà les plus hauts dignitaires de TÉglise se ravalaient à Tétat de simples fonctionnaires, privés de Tindépendance légitime et soumis en tous points au pouvoir séculier. Promettre d'avance que le gouvernement de TÉglise russe resterait intact, n'était-ce pas s'aventurer sur un terrain périlleux? Mieux renseignés, les docteurs parisiens eussent peut-être reculé devant le sacrifice complet de la liberté ecclésiastique.

Du reste, les événements ne permirent point que leurs convictions fussent mises à de trop rudes épreuves. Le tsar Pierre tint parole. Rentré^ A. PétSXStourg, quoique accablé d'affaires et de terribles soucis domestiques, jl remit le mémoire^ aux évêques de son entourage, leur fniQigvàX. d^laire unç.réppnse, les entretînt de la Sorbonne, et en fit un grand éloge. Le croirait-on? I^ajLqqt trine paris ienne parut Siigpgcla ««a fiu&siç.Jjfi&.Jé&uit^ -^furent rnnaultés ' . Ils dé clarèren t qu aifi. memoiFe expri-

ïB5îîi!si.J^piû*ûttâjanaén^ .crpyanctJi Çfttho-

lique^. Par mesure de précaution, ils ajoutèrent que 1 union des Églises ressortit au Saint-Siège et non aux fecultés de théologie. Cette observation n'arrêta point la correspondance . ILeux>p£a[£.ts,.de réjpons^furfiJQl-xédîgé8, l'un par Thfnphanp Prf^kf>poHtf*!t, évèque pour lors de Pskov, l'autre par St éphane layorski, administrateur intérimaire du patriarcat^. Au point de vue polémique, les deux écrits s'en tiennent aux mêmes échappatoires, mais ils refl^ieni par leurs nuances la diversité des sentiments qui animaient leurs nntfurfî En dernière analyse, c'est

1 Vienne, Bibl. Palatine, 3197, ad ann. 1717.

' Ces deux lettres ont été souvent réimprimées en Russie, en France et en Allemagne. Projet de réunion, p. 411 et suiv.

ut JANSÉNISTES ET PRINCESSES

la même pensée qui s'y reproduit : rÉ clise russe n'es t aux yeu x de sgs^champions jju'une £artie,. de F É glis e orientak^. elLe-flfi .peut par. coatéqiifnt s'engager^ à Tinsu des patriarches d'Orient, dans une controv.exâfi de ^i h^ut^-pociée. Tout au plus oserait-elle risquer des démarches préliminaires. Mais quelle singulière différence dans la manière de formuler cette excuse !

Théephane, le mauvais génie de Pierre, imbu d'idées protestantes, se piquait trop d'érudition et de science pour ne pas être choqué du ton magistral des Sorbonniens. li constate avec affectation que les motifs de la scission religieuse sont assez connus des théologiens, et, sans se donner la peine de les examiner, il insiste complaisamment sur les difficultés d'une réunion des Églises. Un I concile œcuménique ou une entente préalable avec .les patriarches d'Orient serait la première et iofiiuctAble

C on 4UioiL àj'.^"^^^'** Trop persuadé lui-même des lenteurs qui rendraient dans cette voie la conciliation plutôt chimérique que tardive, H propo se comme pis-aller une correspondance épistolaire entre les théologiens des deux camps. Le frappant contraste entre ces deux offres, les réflexions qui les accompagnent, le style même de la lettre légèrement ironique et d'une froideur glaciale en disent assez sur les intentions de l'auteur. Éviter une discussion sérieuse, et trouver des fins de non-recevoir qui ne soient pas tout à fait malhonnêtes, voilà ce qu'il veut. L'ami de Buddée ne pouvait pas vouloir autre chose.

Tout au contraire, lavorski ne demande pas mieux que d'activer la corre&pondance avec l'Orient. Il ne partageait, à l'endroit des Latins, ni les préjugés, ni les dispositions haineuses de Théophane. Soucieux de la dignité de l'Église, sa conscience se révoltait à la vue des réformes anticanoniques de Pierre; et, si la timidité l'empêchait de

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frapper un gfrand coup, rinstinct du vrai le poussait fortement à chercher ailleurs un point d'appui plus solide. Sa lettre est Tirnage de son âme ; elle en trahit, à Finsu peut-être de Fauteur, les cruelles incertitudes. Après des éIog[es emphatiques de Técole parisienne et de ses doo« teurs, dont il a reconnu la sag^esse dans le mémoire comme on reconnaît le lion à ses gpriffes, lavorski avoue qu'il est séduit et touché par leur pressante invitation, mais il ne dissimule pas son en^barras. Est-ce TOrient ou rOccident qui a provoqué la funeste discorde? Est-ce à celui-ci de dicter les conditions de la paix ou à celui-I^ de faire valoir ses g^riefs? C'est la question qu'il se pose, et qu'il essaie d'expliquer par une comparaison ingé^ nieuse. Marthe se plaignait au Sauveur d'avoir été abandonnée par Marie ; à son tour, Marie ne pouvait-elle pas se plaindre d'avoir été laissée toute seule aux pieds du divin Maître? Ainsi en est-il des deux Églises. Si l'Église latine regrette la séparation de l'Église d'Orient, celle-ci peut élever contre elle sa voix accusatrice, et, pour ne rien dire du reste, lui reprocher l'addition du Filioque au symbole, lavorski se contente de quelques vagues allusion^ aux dissentiments religieux, et il déclare sans détour que, dans les circonstances actuelles, une démarche efficace en faveur de la réunion serait impossible. Mais, s'il est d'accord avec Prokopovitch sur le fond de la question, il s'en éloigne étrangement dans les motifs qu'il allègue. Aux yeux d e lavorski, le grand obstacle, c'est la vacance du siège patriarcal de Moscou. Le 34" canon, prescrit ai^x éveques de ne rien entreprendre sans le consentement de leur chef hiérarchique. Or, l'Église de Russie,, veuve de son patriarche, est par là même privée de son cb^f. Dans ces conditions, accepter une polémique et débattrejes plus graves questions serait s'assimiler aux « membres

fui voudraient faire leurs fonctions ordinaires sans le

principe 4^ pimivpmpnf qy| i^n'ii Ips animer » . Cette déclaration faite, lavorski rentre dans le même ordre d'idées que Théophane, et s'en tient à peu près aux mêmes propositions, à la différence qu'il représente le mpmnîrft rlft }a So rhnnnp rnmmft ^n ^voyé aux p atriarches

d'Orient, et qu'il promet de faire parvenir leur réponse à Paris.

. En comparant les deux lettres, on devine aisément que les préférences du Tsar durent se porter sur celle de Théophane. Le créateur du synode ne partag^eait pas les idées de lavorski sur le patriarcat de Moscou; se mettre à la remorque des Orientaux n'entrait pas non plus dans ses vues. Aussi est-il permis de supposer que l'envoi du mémoire en Orient, présenté par lavorski comme un fait accompli, est toujours resté à l'état de pium desiderium. En effet, les Sorbonniens ne reçurent officiellement que la réponse de Prokopovitch, datée de Pétersbourg, 15 juin |7i8, vieux style, et signée de lavorski, de Prokopovitch, de Barnabe, archevêque d'Arkhangelsk. Encore fit-elle à Paris un long séjour dans les bureaux du ministère. Le 18 mai 1719, l'abbé Dubois se décida enfin à convoquer Boursier au Palais-Royal, en le priant, sans dire pourquoi, d'apporter avec lui le mémoire présenté, en 1717, ^u Tsar. Grand émoi parmi les docteurs et conjectures variées. On crut devoir obtempérer quand même. L'aimable accueil de Dubois réduisit à néant toutes les appréhensions. Il n'eut pour les procédés de la Sorbonne que des éloges, et se rallia sérieusement à l'opinion qu'en vue des alliances avec l'Occident, le Tsar poursuivait toujours la réunion des Églises. En guise de preuve, hélas! peu convaincante, il i^ontra une copie de la lettre de Théophane; mais, pour ne pas empiéter sur les droits

d'autrui, ne consentit pas à la livrer. Ce fut le cardinal de Noailles, en qualité d'archevêque de Paris et proviseur de Sorbonne, qui, peu de temps après, remplit cette formalité. A leur grande déception, les docteurs ne reçurent qu'une copie non lég^alisée de la réponse épiscopale qui ne présentait ainsi aucun caractère officiel.

Vers la même époque, la réponse d ejavi^;8ki, rejetée par le Tsar, fut, à titre de simple document, publiée en Allein5gne„§i(}JU&.lfiL-5ign«^ de. la (irandej^^Petite

et Blanche Russie. Un bon ami en communiqua le texte aux Sorbonniens, d'où nouvelle perplexité. Et ce n'était pas tout. En 1719, Buddée lançait sa brochure, mentionnée plus haut, et critiquait vivement le mémoire présenté au Tsar. Cette posture devenait intolérable. Une polémique s'engag^eait en Allemagne, les évéques russes taillaient leur plume, et la Sorbonne ne voyait arriver aucune pièce officielle, aucun renseignement authentique.

Les docteurs s'en préoccupaient. D'aprèé les rumeurs qui leur parvenaient de Pétersbourg, Théophane passait pour l'artisan de leur défaite. C'est lui qui aurait paralysé la bonne volonté du Tsar, et inventé l a con sultation av ec rOrie nt B^Qur .Eêoypyer. toute l'affaire aux calendes grecc[U£&. Son ambition effrénée, son antipathie contre les Latins justifiaient ces soupçons d'intrigues. Les docteurs s'en prenaient aussi au malin abbé Dubois. N'aurait-il pas gardé en portefeuille quelque précieux parchemin, venu des bords de la Neva, scellé et parafé, qui leur aurait permis de poursuivre la correspondance et d'obtenir un éclatant succès? Leur opposition à la bulle Vnigenitus les exposait aux représailles de la cour; ils se croyaient persécutés et posaient volontiers en victimes.

Déçus de ce côté, déroutés dans leurs recherches, ils

essayèrent d'un autre artifice pour se rappeler à la Russie. Le prince Vasili Dolgoxguki, que Pierre en partant avait laissé à Paris et qui avait naguère accompagné son maitre à la Sorbonne, fut obligea mment invité à^ r enou veler sa visite. On devine Tarrière-pensée. Dans un échange de vues qui dura trois heures, le prince émit Tavis que le meilleur moyen de s'entendre serait d'organiser à Péters- I bourg des conférences entre les théologiens des deux partis. Plein d'ardeur pour ce projet, il promit de revenir encore une fois pour le traiter à fond, et d'envoyer en I attendant un Nouveau Testament qu'il avait fait imprimer, / et une carte du littoral de la mer Caspienne gravée par ordre du Tsar. Belles espérances qui ne se réalisèrent jamais. Le prince ne reparut plus, son envoi n'arriva point. Les docteurs se persuadèrent que c'était encore le ministère qui leur avait joué ce vilain tour. Tandis qu'ils s'armaient de patience, des événements imprévus les orientaient vers la voie indiquée par le prince Dolgo-rouki. Nous verrons bientôt un représentant de la Sorbonne planter sa tente dans le cœur même du pays et se faire écouter par des orthodoxes.

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