LES EGLISES DU KREMLIN. — LE SACRE D'UN TZAR
Le Kremlin, avec ses hautes murailles en piencs blanches aux créneaux taillés en pointes de flèches tartares, avec ses dix-huit tours vertes et ses cinq portes roses, forme lui-même tout une ville, renfermant, outre les édifices que nous avons déjà cités, trois caj thédrales, sept églises, un couvent d'hommes, un monastère de femmes et trois palais impériaux. Nous commencerons notre visite par les sanctuaires I les plus vénérés : les trois cathédrales do l'Assompi tion, de l'Annonciation et de l'Archange Saint-Michel, groupées en un seul faisceau, comme une gerbe aux épis d'or, derrière une grille détachant sur la blancheur des murs sa grande dentelle noire.
L'Assomption est la cathédrale de Reims et l'abbayo de Westminster de la Russie. On y sacre les empereui's et on y conserve i antique trône en bois sculjité des tzars, conn» sous le nom de trôae de Wladimir- Monomaqiie.
Les piliers, les voûtes, les murailles de cette église, qui fut enlièrement construite par des architectes italiens en 1475, sont décorés de grandes images byzantines, de saints à longue barbe, dont la tête se découpe sur un fond d'or; ces saints personnages, sous leur manteau de pourpre, passent comme un cortège de potentats d'Asie, muets et farouches.
L'iconostase de l'Assomption est une éblouissante muraille d'orfèvrerie, un étalage fabuleux d'or, de pierreries, de perles, de diamants. A cette muraille féerique sont suspendues des images miraculeuses d'une haute antiquité, des Vierges aux yeux noirs et à la peau brune, ayant appartenu à des grands-ducs et venant de Novgorod et de Pskof, de Kiew et de Gonstantinople. Leurs nimbes sojit constellés de pierres précieuses qui palpitent comme de petites étoiles, qui scintillent comme de rouges étincelles; sur leurs rob et leurs dalmatiques d'or, des topazes, des saphirs, des émeraudes, des rubis, dessinent des broderies merveilleuses qui s'enlacent comme des guirlandes de fleurs. L'image miraculeuse de la Vierge de Wladimir, que la piété orthodoxe attribue à saint Luc, porte, rivé à son cou, un collier de diamants évalué à 200,000 roubles (environ un million). Des émeraudes grosses comme des noix sont enchâssées dans la couronne d'or massif de cette Vierge.
Près de l'iconostase, un dais recouvre le siècre du patriarche, et vis-à-vis, une teate de velours marque la place de l'empereur.
LES ÉGLISES DU KREMl.IN. — LE SACRE d'uN TZ.\I\ 411
Des lampes d'argent et de vermeil aux lueurs vacillantes, de grands cierges aux reflets immobiles et doux ne parviennent pas à réveiller l'obscurité qui dort sons les voûtes sombres de la vieille église.
Un diacre à mine de forban, avec une grande barbe noire, m'ouvre une des portes de l'iconostase pour me montrer le coffret d'argent dans lequel, après son sacre, le nouveau tzar enferme son testameni. Le diacre me fait voir d'autres objets précieux : dans une châsse d'une rare magnificence, la tunique « authentique » de Notre-Seigneur, puis, enfermés dans des reliquaires, un morceau de la robe de la Vierge, tout aussi « authentique », un clou de la vraie croix, une main de sainte Eudoxie, une dent de saint Wladimir.
Les cérémonies du sacre ont lieu dans cette église, avec une pompe et une splendeur toute orientale. Avant que le tzar se mette en marche, les archi-prêtres, avec la croix, assistés de deux diacres portant l'eau bénite dans un bassin d'or, viennent asperger le chemin par oii doit passer l'empereur *. Puis arrivent se ranger sur les gradins qui entourent l'estrade impériale surmontée d'un dais de velours cramoisi à glands et à franges d'or, les grands-ducs, les grandes-duchesi-es, tous les meml)res de la famille impériale, du corps diplomatique, les hauts dignitaires de l'empire, les sénateurs en uniforme rouge et les ministres chamarrés de plaques et de cordons, les maréchaux en