Educateurs
i^.éi&à^;^%Lài&S^,i,^&,i^^^^
sont que trop pénibles. Les Allemands nous ont apporté beaucoup de sciences et de technique industrielle ; en politique, ils furent les principaux organisateurs du despotisme et bien souvent ils ont agi de façon à mériter les malédictions de nos patriotes. On se rappelle la domination des Allemands comme celle des Tartares.
S'il n'y avait en Russie d'autres Allemands que les employés du gouvernement, organisateurs de notre bureaucratisme et que les régisseurs ou intendants qui s'efforçaient d'organiser les domaines seigneuriaux sur le modèle de la Baltique, on les haïrait purement et simplement. Les six cent mille Allemands qui habitent la Russie, n'appartiennent pas tous àces tristes catégories. Outre un certain nombre d'hommes instruits qui ont su réellement comprendre leur nouvelle patrie et appren- . dreà l'aimer, et qui ont fait beaucoup pour notre science et môme pour le développement de Tesprit national en Russie, nous avons encore des colons allemands, ^ qui occupent des territoires entiers dans la Russie méridionale. Ces colons jouissaient aussi d'une postion très priviléiiiée; ils avaient reçu du gouvernement d'excellentes terres en quantité considérable, l'autonomie communale ; ilsétaientaifranchis des impôts et du service militaire ^ Grâce à toutes ces faveurs, et à l'aide pécuniaire que ces colons recevaient de leur coreligionnaires d'Allemagne (ils sont sectaires mennonites), grâce aussi à leur amour du travail, ils atteignirent à un rare bienôlre, et leur mode de culture eut une grande influence
\. Ce dernier privilège n'a été aboli (lu'à l'institution du service mi it lire obligatoire pour tous. A la suite de cet'e mesure, beaucoup de colons passèrent de Russie en Amérique.
sur le développement économique de la Russie méridionale. Ces colons donnèrent une impulsion à l'élevage des moutons mérinos, ils répandaient les meilleures espèces de blé, etc. Malheureusement comme ils occupent d-es espaces non interrompus, aussi vastes qu'une principauté allemande, ils sont aujourd'hui encore isolés des Russes et souvent ne saventméme pas notre langue. Les colons riches ont en outre acquis en divers endroits des terrains si vastes que les paysans russes s'en trouvent lésés, — ce qui provoque parfois des démonstrations hostiles de la part de la population russe, comme cela eut lieu pendant les troubles antisémitiqu'?s. D'autre part, des faits récents indiqueraient le début de rapports plus amicaux entre les Russes et les Allemands. L'une des meilleures preuves nous en est donnée par la Stwtda, secte répandue dans le Midi, quia été créée par la propagande des colons allemands.
Dans tous les cas, bien que l'on continue à ne pas aimer les Allemands en Russie, il n'existe pas pourtant de question allemande. Au contraire, a mesure que décroissentles privilèges des Allemands les sentiments des Russes envers eux prennent un meilleur cours.
La position des Juifs est bien plus anormale, bien plus dangereuse, car les sentiments des populations russes envers eux semblent devenirplushostiles qu'auparavant .
Près de la moitié de la nation juive habite la Russie: presque deux millions d'âmes, et trois millions, si l'on y comprend la population de la Pologne. Les Juifs habitaient notre territoire depuis les temps les plus reculés. Il y a dix siècles, il existait dans le Midi de la Russie le royaume de Khasars, où la religion juive
LA RUSSIE RUSSE, LES ALLEMAiNDS ET LES JUIFS 91
était dominante. Les plus anciennes Vies des Saints mentionnent les Juifs qui habitaient Kiev, et les chroniques relatives a Vladimir le Saint, fondateur du christi.misme en Russie, parlent des missionnaires juifs, ([ui espéraient faire emlirasser leur relis^ion au grand-duc. Mais la masse la plus considérable n'émigra en Russie que lors des persécutions que les Juifs subirent dans TEurope occidentale. Cette émigration eut lieu quand tout l'ouest de la Russie appartenait à la Pologne. Les rois de Pologne observaient la même politique vis-à-vis des Juifs que les souverains de l'Europe du moyen iige. Ils les considéraient comme un article de rapport et déclarant très franchement que le rnle des Juifs consistait à accumuler de l'argent, leur donnaient donc toute possibilité d'exploiter le peuple. Nos Israélites instruits, ([ui déplorent plus que qui ce soit le triste rùle de leurs coreligionnaires en Russie, — attribuent à cette législation la plus grande part des habitudes de lucre enracinées dans le niilieuju-f. Quoi qu'il en soit, les Juifs ont depuis des siècles encouru les malédictions de la population de l'ikraine. Durant leurs révoltes contre la Pologne, les Petits Russiens massacraient les Juifs sans quartier. Ils pendaient à côté les uns des autres un Polonais, un Juif et un chien et mettaient une inscription : Polonais, Jni/\ cJnen se raient.
Lorsque la Pologne fut subjuguée, les empereurs de Russie, où il était depuis les temps les plus reculés défendu au\ Juifs de vivre, ne leur permirent pas d'y pénétrer. Us ne furent autorisés a séjourner que dans les anciens domaines de la Pologne et dans le territoire alors désert, qui confinait à la mer Noire. En outre, on
leur permet d'habiter le Caucase, où ils avaient droit de domicile, avantl'annexion. Ces restrictions relatives au droit de domicile des Juifs existent pleinement aujourd'hui, bien que cette règle générale ait des exceptions. Les exceptions en ont à leur tour, et en somme la question du droit de domicile dépend avant tout de l'arbitraire administratif. Elle est donc décidée souvent par les pots de vin, le caprice, le hasard. Des milliers de Juifs habitent pendant des années Moscou ; puis, un beau jour, on leur fait la chasse : la police les expulse et les disperse de tous côtés. La législation d'Alexandre III a encore amoindri les droits des Juifs. Un quantum de leur race peut seul entrer, à cette heure, au service de l'Etat; le même règlement est appliqué aux écoles. Ce quantum est calculé sur le nombre des Juifs qui habitent la Russie.
Lalégislation empêche les Juifs de se confondre à la population russe. D'ailleurs, les Juifs ont été forcés par leur histoire même à former une masse compacte, trop imbue de fanatisme religieux et national, et plus en Russie qu'elle ne l'est partout ailleurs. L'ancienne hostilité biblique des Israélites pour tout ce qui n'était pas eux, est encore vivace chez nos Juifs russes. Ils ont un langage à eux : une espèce de vieux dialecte allemand et parlent très mal le russe, quand ils le parlent. Pour la plupart d'entre eux, un Russe est mx\ yoï ', c'est-à-dire un être étranger, auquel ne sont pas applicables \qs> règles de la morale obligatoire envers les membres du peuple élu de Dieu. —A leur tour, les Russes sont encore pleins d'un mépris traditionnel et même inconscient