Pour éviter un abus possible, on tire les lots au sort
LE PEUPLE
reçue par Vosmak. S'il n'y a pas moyen d'égaler la qualité de la terre, le mir tache de compenser la qualité par la quantité. Il s'efforce aussi de récompenser le propriétaire des améliorations faites par lui à la terre qu'on lui enlève. En plusieurs endroits, le mir, pour ne pas décourager les bons propriétaires, introduit l'engrais obligatoire et met à l'amende ceux qui négligent leur lot ^ Le partage est fait par des personnes choisies spécialement pour cette besogne et il est soumis au contnMe du mir. Les paysans ne se hasardent jamais à confier ce soin a un arpenteur. Ils partagent eux-mêmes leurs terres avec une extrême habileté. Dans un petit village, toute la procédure ne dure que quelques heures.
C'est avec la même vitesse, la même régularité qu'on exécute les travaux du ;?2?V.
Voici par exemple le tableau de la fauchaison dans la commune d'Ostrov (gouvernement de Moscou). Cette commune est composée de dix villages, en tout 2G84 hommes qui possèdent en commun des prairies le long de la Moskova. La veille de la fauche, six mesureurs, un au nom de chaque village, se rendent sur la prairie et la partagent en Uiolst (division analogue aux iarousses), suivant la qualité de l'herbe. Chaque kholst est partagé en sections [dclianla] suivant le nombre des osmah. En même temps, dans les villages, les osmaks choisissent dans leurs réunions privées chacun
J'expose brièvement cette question, mais on pourrait écrire un volume entier si l'on voulait raconter les moyens inventés par les paysans pour amener un partage équitable et proléger les intérêts de chacun.
dix ouvriers faucheurs. A deux heures du matin, ces petites équipes arrivent de tous cotés sur le lieu de l'action : les retardataires paient une amende. La prairie étant déjà préalablement mesurée et la place de chaque équipe étant désignée depuis la veille, il suffît d'une demi-heure pour que toute cette foule s'entende sur l'ordre du travail. Les osmaks sortent des rangs l'un après l'autre, occupent les places désignées, et de cette manière, toute la masse des faucheurs se répand sur l'immense espace des prairies. Dès trois heures, tous manœuvrent leurs faux à l'unisson. Les dix faucheurs de chaque osmak travaillent ensemble et chaque équipe prend soin de ne pas rester en arrière. A huit heures, tout est fini. Les faucheurs, la faux sur l'épaule, s'en vont chez eux, en chantant, manger et prendre du repos. Des équipes de femmes et d'adolescents venant des osmaks les remplacent sur l^s prairies et remuent les foins. A leur suite, les paysans viennent des villages avec leurs charrettes. Vers deux heures, la prairie est couverte de meules que l'on partage, d'après le sort, entre les membres de Vosmak et les charrettes emportent le foin dans les villages ^ Vers huit heures du soir, il ne reste pas une touffe de foin sur la prairie '".
1. Los propriétaires de ces villages sèchent les foins chez eux.
2. Le lecteur ne doit pas croire cependant que les paysans russes ne s'occupent que du partage de leurs champs. C'est là une fable répandue par les adversaires de la tenure communale du sol, par les seigneurs qui ont eu, d'autre part, l'idée ingénieuse de mettre en même temps en circulation des bruits tout contraires : ils disaient que les paysans eux-mêmes commençaient à se lasser de la tenure communale et qu'ils renonçaient au partage de la terre. En réalité, les deux assertions sont également fausses.
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En général, les communes exploitent leurs terres comme il suit '.
Les pâturages sont ordinairement en jouissance commune et indivisible sans aucune réglementation.
Les forets, si elles sont de peu d'importance, sont de même en jouissance commune : si elles méritent des soins, elles sont souvent interdites pour dix à vingt ans, et ensuite on les partage comme la fauche, ou bien l'abattage est fait en commun partout le village, et le bois abattu partagé entre les membres du mir. Du reste, les paysans ne possèdent presque pas de forets. Elles sont restées entre les mains des pomicc/itchihs (seigneurs).
Il arrive très rarement que la répartition des champs se fait chaque année. Les paysans comprennent trop bien qu'il faut laisser à chaque cultivateur le temps de profiter de toutes les améliorations qu'il a faites. Ainsi, par exemple, dans le gouvernement de Moscou le délai moyen de répartition est de plus de 13 ans -; dans le gouvernement de Riazan, il estdelOà lo ans^et dans le gouvernement de Tambov de 10 à 12 ans\ Ilfaut pourtant dire que depuis 18G1 (c'est-à-dire depuis l'émancipation des serfs) les partages cessèrent de s'opérer pendant longtemps dans une grande partie de la Russie. Ce fait fut relevé avec joie par les adversaires du mir. Cependant il leur fallut se désillusionner bien vite.
1. J'expose la règle «^'énérale sans m'arrèter à certaines variations et exceptions.
2. Recueil statisti'jue dezemslvo de Moscou, T. IV. 1. 1. (conclusion basée sur Tobservation de VI427 cas de partages nouveaux.)