‹ La Russie politique & sociale [microform]Chapitre 24 sur 103 · Le dernier recensement est de 18o · texte numérisé non relu

Le dernier recensement est de 18o

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La vitalité de la commune en Russie étonne ceuxlà seulement qui la regardent comme un simple débris de l'époque préhistorique. Il est vrai qu'aujourd'hui la science a indulntablement établi que la tenure communale du sol se retrouve chez tous les peuples a une certaine période de leur développement. Le lecteur français connaît certainement sur ce sujet un important article de M. Wyroubov, écrit précisément au sujet de la commune russe ^ De l'ancienneté de la tenure collective du sol, on ne peut cependant nullement conclure que toute forme de tenure collective du sol soit par cela même un débris du passé. Les recherches de nos savants russes, notanmient M. Tchitcherine, ont rendu depuis loni^temps déjà l'ancienneté du mir russe très douteuse. Aujourd'hui, après les travaux de madame lefmienko, M. Blumenfeld, etc. on ne peut presque plus nier que le mir russe soit une phase de développement et non une phase de stagnation.

Dans la Russie ancienne, il existait à la fois plusieurs

l Lero77in\u7i}smp rnsi^e (dans La Philosophie positive), ann.'e 1870. J'indique cet article non pas à cause de la théorie (lu'il contient sur rancienneté du principe communal, idée qui est à celte heure incontestal)le dans la science, mais à cause de la date deja fort ancienne à laquelle il fut publié et àlaqueUe cette théorie fut exposée au public français. D'autre part, je ne m'associe pas aux idées de M. Wyroubov sur les modes de développement de notre commune actuelle.

LE PEUPLE

formes de communes familiales analogues à la Zadrouga des Serbes. Les formes archaïques de la tenure du sol, en se décomposant, se transformèrent avec le temps partie en propriété individuelle et partie en mir. Il est remarquable, comme le dit M. Blumenfeld \ que la propriété individuelle ait précédé chez nous la propriété du mir. Cette dernière apparaît comparativement assez tard (vers le xvi^ siècle) et se répand ensuite de plus en plus sur des espaces toujours croissants quoiqu'elle n'ait pas encore gagné définitivement — môme de nos jours — toute la Russie. La possession communale de la terre paraît avoir chez nous le plus de force : elle se substitue à la commune de famille et à la propriété individuelle. C'est pour cette raison que la commune de famille s'est conservée de préférence dans les provinces où le mir n'existe pas et où la propriété individuelle existe seule, comme par exemple dans la Russie Blanche, dans l'Ukraine et parmi les tchetvcrtniks de la Grande Russie.

Pour bien exposer les causes des progrès que fait la propriété communale, il faudrait un traité spécial. Je dois seulement rappeler qu'il existe une école (Tchitcherine et d'autres) qui les rapportent à l'influence du servage. M. Leroy-Beaulieu, quoique très près d'elle, n'a pu s'empêcher de constater combien sa théorie est exagérée. « Chose singulière ! dit-il. Ces statuts de 1861 (l'abolition du sjervage) semblent avoir momentanément étendu à de nouveaux villages, en même temps que consolidé dans son aire ancienne, un mode de tenure

1. Les fonnes de la tenure du sol dans l'ancienne Russie. Odessa,

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du sol qui, trois siècles plus tôt, paraît avoir uté fortifié par l'établissement du servage. ' » Chose smrjulwre, en vérité î On établit le servage : la commune se fortifie. On abolit le servage : la commune se fortifie de nouveau... Mais alors comment admettre des théories qui mènent ù des conséquences aussi bizarres ? N'est-il pas plus simple de dire qu'il n'existe aucune liaison de cause entre la commune et le servage ?

En réalité, ce sont là deux faits historiques qui ont coexisté et qui, certainement, influèrent l'un sur l'autre, mais entre eux il n'y eut aucune dépendance directe. Le régime de la propriété communale se développa dans les ré-ions de la Russie qui ne connurent pas le servage aussi bien que dans celles où il fut établi \ D'un autre côté le servage ne parvint pas à créer la commune en Europe et dans certains endroits de la Russie, par exempie dans les provinces de la Baltique, dans la Russie

Blanche, etc..

C'est dans notre mouvement de colonisation, dans l'histoire guerrière de la Russie et dans les conditions de notre travail national exclusivement agricole, qu'on

1 VEmpire des Tsars. Livre T, V^Ç^e, 471.

9 On ne peut nier Viniportance qu'eurent dans ce cas les mesures -ouverueuientales : mais les mesures naissent sous l'iniluence des c.mditions de la vie et ne prennent racine que lorsqu elles trouvent un terrain favorable. Quand le gouvernement décréta pour les régions du Nord le partage des terres, les paysans allèrent plus loin, ils firent biens communaux non une partie des terres comme l'avait proscrit le gouvernement, mais toutes les terres • i'is répartirent non seulement la quantité, - comme le voulait lo gouvernement, - mais eurent aussi égard à la qualité, etc. — lEFiMENKO. Recherches sur la vie du peuple, p. 354. ^ oir ausài Semevsky. Les paysans sous Cathenne II.

LE PEUPLE

doit chercher les causes réelles du développement de la commune du mir. L'histoire démontre la tendance continuelle de cette dernière à élargir de plus en plus son aire.

Il existe encore maintenant de vastes terres dans les gouvernements de Koursk, Voronej, Tambov, Riazan et autres, où on peut de ses propres yeux observer la lutte de la propriété individuelle et de la propriété communale ainsi que les conquêtes graduelles de cette dernière. Il est à remarquer que tout ce territoire, qui jadis faisait partie des frontières de la Russie, était peuplé de colonies militaires {sloujilïé lioiidi) qui avaient l'obligation de défendre l'Etat des invasions tartares et qui recevaient à titre d'usufruit individuel — et ensuite à titre de propriété individuelle — un certain nombre de quartiers de terre {tchetveri) ; d'où provient la dénomination actuelle tc/wlverùioï qui s'applique à un des modes de tenure du sol. Les descendants de ces soldats colons formèrent de nombreux villages qui occupent des provinces entières. Nous voyons maintenant la propriété privée s'y transformer presque partout en commune de mir.

Dans différents endroits, la mémoire des paysans conserve le souvenir des temps où ils furent propriétaires de leur sol et où ils abandonnèrent ce mode de lenure pour le régime communal afin d'éviter l'extrême morcellement des biens ^ Dans d'autres villages, l'idée même du régime tchctvertnoï a disparu -.

1. Recueil statistique du zemstvo de Kozlov, p. 46. Recueil statistique de Morchansk. — Recueil statistique de Raiinenhourg .

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