Recueil statistique du zemstvo de Voro7iej\ p
Nous pouvons à présent même observer partout cette lutte. Il y a encore beaucoup de terres qui sont juridiquement soumises au régime tchetvcrtnoh Mais de fait leur exploitation a reçu un caractère semi-communal. Les lots de terre des paysans ne sont pas égaux (grâce àrhéritage, à l'achat, etc.), mais le paysanpossède non pas un lot de terre dont V emplacement est défmi, mais une certaine quantité abstraite de terre. L'assemblée du mir a le droit de faire l'échange des lots appartenant à diverses personnes. Il diminue même proportionnellement la ([uantité des terres chez tous, si, par exemple, les terres d'un des membres ont été inondées ou expropriées parle gouvernement pour établir une voie ferrée. De cette manière, la propriété des tchervertniks n'est déjà plus une propriété purement individuelle.
L'idée populaire du droit de chacun à la terre se fait donc jour, môme parmi les propriétaires, qui jouissent de leurs terres à titre de propriété individuelle, et donne naissance à des modes de tenure qui ont pour conséquence logique une pleine et entière transition au régime conmiunal. En réalité, cette transition se produit sans cesse dans tel ou tel endroit. Des données curieuses sur ce sujet ont été recueillies parla statistique des zemstvos et on en trouve aussi souvent dans les journaux ^
Il va sans dire que cette transition ne s'opère pas sans lutte. Les riches qui possèdent beaucoup de terres s'y opposent de toute leur influence ; ils résistent pres-
1. Par exemple dans le Recueil statistique du zemstvo de Koursk; la province de Graïvoron {Gazette russe, 1885, n" 271); la province de Soudja, {Gazette russe, 1884, no 201.)
LE PEUPLE
que à main armée. On voit même des meurtres s'accomplir. Parfois les partisans de la commune obtiennent la victoire ; puis, trois, quatre années plus tard, c'est le parti opposé qui prend le dessus K Souvent, même dans d'anciennes communes les riches parviennent à établir en fait le régime de la propriété privée. Les deux partis luttent avec acharnement, mais le résultat total de cette lutte est l'agrandissement toujours croissant de l'aire du régime communal.
Et cependant, selon la loi, le village entier même n'a pas le droit de forcer le tchetvertnik à céder son lot de terre. Son bien lui appartient à titre de propriété individuelle, il le sait fort bien et souvent il a recours à la protection de l'autorité. Il n'est pas rare en ce cas qu'on renvoie les paysans devant les tribunaux. Ces mesures sont d'un faible secours. Et puis même si en certains endroits le régime de la propriété individuelle est conservé pour les anciennes terres, toutes \^^ terres nouvellement achetées sont soumises au régime communal — c'est la règle générale pour certains villages.
Les efforts de la législation d'Alexandre II pour détruire la commune furent également sans résultats. Selon la loi, le village a le droit d'abolir la commune par une majorité des 2/3 des voix et même chacun de ses membres peut obliger le mir à lui aliéner à titre de propriété individuelle le lot de terre auquel il a droit 2.
1. Recueil de statistique du gouvernement de Koursk. p. 60. Voir les détails de cette lutte de la commune tantôt triomphant et tantôt succombant racontés d'une manière très pittoresque par M. Khansomenov, pour le gouvernement d'Ekaterinoslav {Kevue du zemstvo, Poltava).