Tefimenko. La femme pay peuple
saune dans Recherches sur la vie du
LE PEUPLE
II se promène tout furieux dans le nouveau vestibule.
Il frappe, il tonne, il frappe, il tonne,
Il empêche la bru de dormir:
Lève-toi, lève-toi, somnolente !
Lève-loi, lève-toi, dormeuse I
Toi, somnolente, dormeuse, sans ordre î
La pauvrette frissonne, essaie de se lever, mais n'en a pas la force.
Moi, la jeune, j'ai sommeil, Ma tête penche vers Toreiller.
Voici la belle-mère qui arrive comme une trombe. Nouvelles gronderies et nouveaux reproches :
Dormeuse, somnolente, sans ordre I
Et le mari ? Le mari n'y peut rien. Il voit l'injustice, mais il ne peut que murmurer en secret, en compatissant à sa femme qui sommeille malgré elle :
Dors, dors, ma sage,
Dors, dors, ma très douce.
Épuisée, harassée, par trop tôt mariée i.
Mais que sont les coups, les reproches, le travail ! L'autorité despotique du bolchak aboutit à de pires abus. La langue populaire s'est même enrichie d'une expression toute spéciale : snokhatch 2.. Les drames judiciaires découvrent souvent d'affreuses scènes de jalousie du fils
!. Gheïn. Chants grands -russiens. I. p. 335
2. On pourrait traduire par le néologisme bruaire. La liaison du beau-père avec sa bru est fréquente.
sous lu hache du fils ou empoisonné par la jeune emme qui se venge de la violence qu'on Im a aite. La g'nSe famille est une véritable école de semtu e^ L'homme qui a été élevé dans ce milieu endure *ans ïoll despotisme le plus sanglant du maître ou du gouvernement.
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On ne peut nier que ces défauts traditionnels du peuple russe ne se soient beaucoup atténués aujourd hm e ne s'atténuent toujours. Une révolution morale s opère dlns le fond de la masse populaire : e le reclam se droits et sait les conquérir. A cet égard, on peu considérer la fin du xvu' siècle comme l'époque de la
crise dans l'histoire russe. , , c a
Tprès les grandes guerres nationales contre les Suédofs et les Polonais, une renaissance intellectuelle se
" Dt^partune classe instruite natt, tente des efforts én!rdque P ur rapprocher la Russie de l'Europe, et accl mLr chez nous la civilisation européenne. Parmi e hommes qui partagèrent la tâche de la tzarevna Sophie et de Pierre le Grand, on trouve beaucoup de gens du neuple mais qui ne représentaient nullement le peuple a vrardire' puisqu'ils marchaient en avant de leur Icle. Dans la population entière, on aperçoit un
autre courant qui naît également du réveil des âmes et des intelligences. C'est le schisme (ras/col).
Le schisme nous peint l'état mental du peuple russe sous un jour peu réjouissant. Il éclata à la suite de la réforme que le patriarche Nikon entreprit pour centraliser le clergé, pour l'arracher à l'influence des paroissiens, pour régler les cérémonies conformément au rituel de l'Eglise grecque. Cette réforme alluma la guerre. Nikon ordonna de se signer avec les trois doigts ; les raskohiiks affirm-jent qu'il suffisait de deui doigts et invoquaient les vieilles images, où les saints sont peints se signant avec deux doigts. Nikon ordonna de chanter trois fois V alléluia ; les raskolniks affirmaient qu'il ne fallait le chanter que deux fois. Toutes les controverses sont de cette importance. Elles suffirent cependant pour que les deux partisse nommassent mutuellement hérétiques, pour i\M^\ç^^staroobriadtzi (^d.V" tisans de l'ancien rituel) fussent brûlés vifs, convaincus qu'ils étaientqu'ils seraient damnés s'ils se signaient autrementqu'avecdeux doigts. Dans les deux camps, le fanatisme dominait en maître.
Les représentants contemporains des raskohiiks signalent une cause plus profonde du schisme. Ils affirment qu'il ne s'agissait pas de la forme des cérémonies. Cette forme doit être établie par l'usage et le clergé n'est pas seul à y prendre part, les fidèles y ont leur* rôle. 11 n'est donc pas permis, pensent-ils, de changer le rituel sans le consentement de l'Eglise [qui n'est autre chose que l'ensemble des cro>ants. L'esprit de l'Antichrist, qui agissait en Nikon, fit seul exclure les fidèles de l'Eglise et arroger au clergé une autorité despo-
Z^^^^^^^^^^^^^^Z^cvo^'^r.U^. En effet l'Eglise uÏe n i nne était constituée dans un -ns beaucoup Xs démocratique : les ûdéles ^^o.^.ss.^e^in^^^ F M.»^ On nput voir en somme dans le schisme
r pCltil t^^s -entuée du peuple contre les Idanc despotiques du haut clergé, quoiqu .1 so.t .Sment avéré que les schismatiques croyaient en îet cro'rhuU pointes comme le sauvage croU en
"ulti^s éveillée, la pensée ne put retomber dans le sommeil, bien qu'elle "'«ût. pour /exercer dabvd kulre terrain que la scholast.que cléricale. Elle se de tllae elle progressa. Les persécutions mcroya- . ';uetubLîler.«sAW«iA., les poussèrent à transporter leur' critiques de l'Eglise au gouvernement. Ils E rS alors que le tzar était l'^ntichnst. ^oml^ de sectes furent bientôt obligées de se P^^^^^^*^ P^^^^^^/^ et en firent même un dogme de leur rehgi n le droit de chacun à discuter les questions re igien s fu , en conséquence, admis dans toute son f f «^«l^ ^.^^fj qui avait jusqu'alors été esclave du "^^^^ '^ T^^;^^' Pn bois d'une croix en cuivre, devmt maître de soi.
D nos jours, on peut évaluer le nombre des staroobZ^^ des sectaires à 12 à 1o millions. Ils sont d - ! és en une foule de doctrines et de sectes; quelque nne se distinguent par leur fanatisme grossier, celle
S:;hir;:^:rrairitrderE^^^^^^
• l. voir, par exemple, La Polémique moderne du schisme, dans U Messager de l'Europe.
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cielle par la sienne propre. Cette église ne peut évidemment contribuer beaucoup à la diffusion du libre examen. Toutes les sectes de la bezpopovchtchina tendent au contraire indubitablement à se transformer en pur rationalisme. C'est du reste à peu de chose près le but atteint par les c-kré tiens spirituels. En général, les sectaires sont la partie la plus développée du peuple. Ils savent lire et écrire, et connaissent à merveille la Sainte Ecriture. Mais ce n'est pas la Sainte Ecriture seule qu'ils étudient. Leurs natc/iottc/u/is{éTuà\i?>) connaissent les livres de Renan, sont familiers avec Fliistoire, s'intéressent à la littérature des questions sociales. Les natchottchiks, tels que le célèbre Paul le Curieux,— comme facultés littéraires et comme érudition — sont parfois bien au-dessus de leurs adversaires, les docteurs des académies tliéologiques. En règle générale, les sectaires se distinguent par leur moralité, leur sobriété et leur activité intellectuelle.
11 est remarquable que toutes les sectes comtemporaines se différencient des anciennes par l'accroissement de l'importance qu'elles donnent aux principes sociaux. Elles font moins d'attention aux dogmes, davantage aux questions de morale et de vie sociale. Elles se tiennent rarement dans le domaine de la pure politique ^ ! Mais, dans le domaine de la vie sociale, elles
1. Il y a, du reste, des exceptions parmi lesqueUes il faut inscrire la secte des stra7iniks ou biégounï (fuyants). Cette secte regarde le Tzar comme TAntichrist, croit qu'un jour les croyants se réuniront et combattront son armée. En attendant, ils rejettent absolument toutes les insUtuUons sociales : ils se dérobent au service militaire, ne paient pas d'impôts, refusent de prendre des passeports, ne font pas d'affaires ' qui réclameraient Tinter-
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insumenl au peuple beaucoup d'idées saines et
^^'mpossible de ne pas marquer, par exemple, le rôle éminent des femmes chez nos schismatiques : elles y deviennent égales aux hommes sous tous les rapports. Elles y exercent même très souvent les fonctions de
chefs des sectes.
Chez ces sectes, le mariage - libre alliance - comporte beaucoup moins d'obligations de forme et donne une importance bien plus grande aux devoirs moraux.
Les communes des sectaires sont souvent des associations très intéressantes. Aucun membre n'en peut devenir indi-ent : on l'aide et on ne le laisse pas se ruiner. Ces associations (chez les chalapoules) se cornposent parfois de plusieurs familles possédant et cultivant la terre en commun. L'indépendance individuelle y est heureusement jointe à la possession et au travail
collectif. .
Les sectaires contribuent énormément à rumer 1 esprit d'exclusivisme national. C'est ainsi, par exemple, que les soubbotmks (sabbalaires) se rapprochent des Juifs. Les stnmUstes apparurent, il n'y a qu une quinzaine d'années, sous l'influence de la propagande des colons allemands qui habitent le sud de la Russie. Du reste, les stwidislesà^S'^xvzhvmi de beaucoup leurs maîtres. En général, nos sectes importent de nom-
ventionde la loi. Il est clair qu'avec de telles convictions ils sont obligés de mener une vie errante et de se mettre a l'abri des pe sécutions des autorités. Aussi savent-ils «^ <^onstruu-e très adioitement des maisons avec nombre do passages secrets et de locoins où l'on peut se cacher avec succès.
breux éléments civilisateurs dans la vie du peuple, et historiquement on doit les considérer comme ses éducateurs les plus actifs.
En même temps que le raskol s'y développait, la Russie est entrée dans une voie nouvelle, évolution plus importante encore par ses conséquences : je veux parler de son rapprochement de l'Europe et de l'importation de la civihsation européenne en Russie. Il va de soi que la science acquise ainsi n'a eu longtemps sur le peuple qu'une bien faible action : elle demeura l'apanage d'une minorité plus ou moins privilégiée, mais peu nombreuse. Cependant, grâce aux exigences du développement de l'homme dans la masse populaire, elle pénétra jusqu'à un certain degré, comme par un réseau de filets capillaires, le milieu populaire russe.
Après l'abolition du servage, la réaction de la classe instruite sur le peuple s'est singulièrement accrue. Se rapprocher du peuple est devenu son rêve favori : les écoles, \^^ livres populaires, le commerce personnel furent à cet égard ses meilleurs instruments. Alors intervint le parti réactionnaire. Le comte Dmiti'i Tolstoï arriva au ministère de l'Instruction publique et son administration fut telle qu'un bon mot populaire dans toute la Russie Tappela le ministère de l* obscurcissement public. Il tâcha — autant qu'il put — d'empôcher la fondation des écoles primaires, en y créant des obstacles insurmontables môme pour le zemstvo^ à plus forte raison pour les particuliers.
Le nombre des écoles n'en est pas moins évalué dans la Russie européenne à 22770 avec 1140000 écoliers
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(904000 garçons et 236000 filles). Certes, c'est peu pour la Russie puisque le nombre des écoliers atteint à peine le2»/„de la population entière. La Pologne se place au premier rang (4 »,'. de sa population) ; la Russie pro- Lment dite est déjà au-dessous de la moyenne (a peu près 1 »/„) ; (la Sibérie plus bas encore 0,3 /„). n est à remarquer que, sur le terrain des écoles primaires les Allemands de la Baltique qui se vantent tant de leur mission civilisatrice, n'ont pas beaucoup devancé la Sibérie. Leurs écoles ne reçoivent que le 0 7 »/„dela population. On en peut conclure a quel point ils craignent de laisser la civilisation pénétrer parmi les aborigènes conquis et dépossédés.
Le gouvernement russe agit de même vis-à-vis de son peuple : ayant un budget de 800 millions de roubles, il n'en dépense que 3 pour les écoles primaires. Le zemstvo ajoute 5 millions à cette somme dérisoire, mais, en somme, le lecteur voit à quel point le premier instrument de l'instruction - savoir lire et savoir écrire est peu accessible au peuple russe.
On ne peut indiquer que par conjecture la statistique de l'instruction primaire du peuple. Nous avons, cependant des renseignements exacts sur le nombre des jeunes gens sachant lire pris par le service militaire : en 1882 plus de 76 «/o ne savaient lire. Parmi les conscrits paysans et ouvriers, on peut évaluer àenviron20 "/o ceux oui savent lire. C'est là déjà un progrès, bien que très lent, puisque en 1870 il n'y avait que 1 1 »/„ des conscrits qui sussent lire, et en 1868 8 »/„ seulement.
Si insignifiants que soient les moyens d'mstruction accessibles au peuple, il en use avec une grande ardeur.
Le Russe est très impressionnable. Son esprit sommeille ; il n'est pas hébété. L'instruction, c'est de la lumière ; rignorance, c'est de l'obscurité, ditle peuple, et il désire beaucoup s'instruire. Il prête une oreille avide aux récits d'un homme expérimenté, observe attentivement chaque fait nouveau. Les conférences publiques, faites pour les ouvriers ù Saint-Pétersbourg et aux alentours , en 1 880- 1883, attirèrent plus de oOOOO auditeurs. 11 y a dans les musées à Moscou et à Saint-Pétersbourg peu de visiteurs aussi attentifs que l'ouvrier, le petit bourgeois, etc. Passez, par exemple, un jour de fête devant l'entrée du musée de Roumiantzov à Moscou. Vous y verrez bien avant l'ouverture une foule d'ouvriers, attendant patiemment l'heure fixée. Malheur à vous si vous liez par hasard une conversation avec un ouvrier : il ne vous quitte pas, fait des questions détaillées sur tout ce qu'il voit, à commencer par l'ossature d'une baleine et à finir par une machine quelconque. Grâce à ce désir d'instruction, ce que l'on appelle les travaux au dehors {olkJiojïé pronijjslij) doit être considéré comme les agents les plus puissants de l'éducation du peuple.
Les oikhojïe promysly sont les absences temporaires de leurs villages de travailleurs qui émigrent pour chercher ailleurs de la besogne. Le fait se produit sur une très large échelle. Chaque année, des dizaines et même des centaines de milliers d'ouvriers, avant le commencement des travaux des champs, envahissent les gares des chenîins de fer et s'acheminent vers le midi, vers les steppes heureux, où des prairies magnifiques et de grasses moissons réclament dix fois plus de travailleurs que n'en peut fournir la population indigène. Là
If
aussi les ouvriers trouvent dans les ports de la mer Noire et de la mer d'Azov le travail de chargement des navires. Au nord, les oMojie promi/sùj sont occasionnés par le flottage du bois, etc.. Les travaux d'été et la navigation terminas, on remarque le fuit tout contraire. La foule des ouvriers se dirige vers les villes pour y travailler dans les fabriques, au charroi, etc. On peut se faire une idée de l'importance des olkhojïcprom>/sh/ par quelques exemples : Saint-Pétersbourg seul contient plus de 200000 de ces ouvriers ; il y en a à Moscou plus de 250000. De même pour les autres
grandes villes. '
Toute cette multitude ne rompt pas ses liens avec le village natal. Nombre do paysans vont passer l'hiver dans'les villes et retournent chez eux au temps des travaux des champs. D'autres ont dans les villages leurs familles. D'autres encore vivent dans les villes, même avec femme et enfants, mais le temps nécessaire seulement pour amasser un petit capital qui les aide à renouveler dans le village l'installation qu'ils ont qmtlée pour un temps. D'autres enfin, tout en allant séjourner dans
i. 11 arrive à Saiat-Pétersbourg et ù Moscou pour cherelier du
du gouvernement do Moscou, li .5 "/o de la population masculine, du gouvernement de laroslav, 12,3 «/o du gouvernement de Tver, ^ °/o
desautresgouvernementsenviron, 5"/o ^ "" , , i ..„
Les femmes quittent plus rarement le village. Gepepdantle gouvernement de laroslav envoie à Saint-Paersl.ourg et à Moscou e 2 5 0/ de la population féminine: le gouvernement de Tver le 2 /o- 11 ne'faut pas oublier qu'il y a encore beaucoup de paysans qui s en
YOnt ailleurs.
Voir I.\5sox, Statistique, t. 1, p. 360-310.
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des villes, fréquentent de temps à autre leurs parents dans les villages. L'influence qu'exercent sur les paysans les Jiommes expérimentés est énorme. Par leur intermédiaire, une foule de connaissances des plus variées, d'idées nouvelles, d'habitudes'et de besoins nouveaux envahissent le village. Ces habitudes ne sont pas toujours bonnes. L'ouvrier de fabrique se gâte souvent, s'accoutume ù fréquenter les cafés, fait connaissance avec les prostituées. En revanche, il importe au village des connaissances qu'on ne saurait apprendre à l'école olïicielle. 11 s'accoutume à une vie indépendante, à la libre disposition de soi. Il n'est pas étonnant qu'a son retour, il devienne la coqueluche des belles et le modèle des jeunes gens. Il n'est pas étonnant qu'il so'ii gorhf/i (braillard] chef de l'opposition aux stariks (anciens du village) dans les assemblées et contempteur de l'autorité des holchaks dans la famille.
Sous l'influence de ces causes diverses, la conscience de ses droits se réveille et se développe dans les rangs du peuple, en ébranlant l'ancien régime patriarcal et en préparant le terrain à un nouveau régime plus humain. Des signes nombreux de ce réveil, j'en citerai un seul, celui que déplorent surtout les conservateurs : les partages familiaux contre lesquels le gouvernement d'Alexandre III commence à prendre des mesures législatives. La grande famille ancienne disparaît. Les jeunes générations trouvent insupportable le joug que leurs pères et leurs aïeux subissaient avec patience. Après s'être marié, le paysan se hâte de se détacher de la famille et de fonder un ménage. La femme a une part très importante dans ce changement d'usage, — ce qui n'est
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certes pas pour étonner si Ton se souvient de état de la femme dans la famille ancienne. Son mstmct d mdépendance ne peut plus s'accommoder des entraves anciennes. Nos tribunaux de villages reçoivent en abondance les plaintes des femn,es contre 1 oppression de leurs maris et des membres aînés de la ^'^^f-^^^ plaintes et protestations ne réussissent pas, la femme
""^Les chansons modernes jettent une vive lumière sur cette lutte, [-a femme dit qu'elle n'est plus la créature soumise d'autrefois :
Et moi la jeune,
Je uie suis raanéc ayant l'esprit mûr.
Elle prend la défensive. Elle rend dent pour dent. Elle réplique aux injures des vieux par dix fois plus d'injures. Elle répond aux gronderies des vieillards :
Que le beau-père sur la soupente^ Est comiiio un chien à la corde El la belle-mtVe sur le poêle Comme une chienne à l'altaclio.
Il va sans dire qu'un tel crime de lèse-autorité mérite une punition : mais la femme ne renonce pas, pour se défendre, aux partis les plus extrêmes :
Tu as beau loucher, Je n'ai pas peur de toi; Tu ne me frapperas pasl
dit-elle à son mari, et quand la querelle s'engage, elle se défend vaillamment :
Le mari aUongea la main,
Il souftleta sa femme à l'oreille;
La femme allongea la main,
Elle le souftleta par tout le visage i.
Bref, la femme fait de la famille un tel enfer que les anciens eux-mômes sont disposés à prier les jeunes gens de s'en aller. Le jeune ménage se détache, se biUit une izba séparée, obtient un lot de terre. Et cela d'une extrémité à l'autre de la Russie.
La population du gouvernement de Moscou (sauf la ville de Moscou), s'est accrue de 8 Vo, de 1858 à 1881, tandis que le nombre des ménages séparés s'est accru dans le même temps de 40 Vc Le nombre des paysans s'est accru dans la même période, dans la province de Dankov (gouvernement de Riazan) de 26 Vo et le nombre des ménages de 87 ^^o.
La transformation est notable même dans les pays les plus éloignés : Taccroissement du nombre des paysans (23 °/o) est accompagné dans la province de Morchanskd'un accroissement des ménages de 5o Vo".
Chaque famille paysanne dans le gouvernement de Moscou contient en moyenne 5 à 6 hommes : dans la province perdue de Morchansk, la moyenne varie de 6, 8 (chez les paysans organisés en wzeV); à 8, chez ceux qui possèdent la terre à titre de propriété personnelle. 11 est à remarquer, bien que je me garde de généraliser l'observation, que les familles sont parfois plus nombreuses sous le régime de la propriété personnelle que sous le régime de la propriété en commun. C'estpres-