C'est-à-dire un village peuplé de 300 paysans mâles
2. TraducUon russe de Thistoire de Lorentz, avec appendices de Markov.
live la plus favorable, la loi existe autant seulement que le permettent les ordonnances impériales, et en fait, Farbitraire du tzar n'est limité que par les obstacles physiques ou par les conditions sociales et économiques, que nul ne peut modifier.
Ce caractère de l'autorité politique, telle qu'elle résulte des périodes moscovite et pétersbourgeoise, fit de cette autorité un instrument trèscommode pour l'mtrifjue politique. Aucune classe qui eût dans le pays une base réellement solide ne pouvait souffrir une forme de gouvernement semblable ù l'Autocratie russe. Aussi les tzars russes se querellèrent-ils sans cesse avec leurs botjanh \ qui n'avaient pas encore oublié le rôle joué jadis par eux en Russie. Quand les anciennes familles perdirent défmitivementleur prestige ou furent la plupart éteintes, la Russie se trouva par le fait nivelée à l'excès. Dès lors, et jusqu'à notre époque, aucune classe ne fut capable de dominer le peuple par
ses propres forces.
Pourtant le démembrement naturel du peuple en classes eut lieu en Russie comme partout, et ces classes, ou ces embryons de ckuses, trouvèrent toujours dans l'autorité des autocrates un instrument et un soutien de
leurs forces.
Chez les tzars et les empereurs, on sent toujours comme une conscience incessante de l'anomalie qui existe entre l'Etat qu'ils ont créé et celui qui devait logi-
1. J'appelle de ce nom générique tous les restes de l'ancienne aristocratie foncière qui. après avoir perdu leurs droits de souveraineté, se joignirent aux tzars moscovites en qualité de conseillers et d'aides dans les aflaires gouvernementales Au xvi'' siècle, le nombre de ces familles était de 200 à peu près.
quement naître des idées sociales du peuple. Sans doute, celui-ci n'a pas développé ses institutions au point qu'il en puisse conclure une déduction générale; les tzars, cependant, semblent pressentir que le moment de cette déduction doit arriver inévitablement, et tâcher de s'en garantir d'avance, en se procurant un appui durable, l'appui des classes privilégiées, qui, pour dominer le peuple, sera'ent obligées, p ir leur propre intérêt, de soutenir l'autorité du tzar. Trouverdans ces classes des rivales, les Autocrates n'ont pas eu à le redouter jusqu'à cette heure. D'ailleurs, en dehors de leurs efforts prém ''dites, la concentration des classes privilégiées autour de leur trône se faisait tout naturellement, et ensuite, arriva, comme conséquence logique, l'influence de ces classes sur les tzars. Les tzars étaient très éloignés du peuple, les nobles et les riches près d'eux. L'absence d^'. tout contrôle sur leurs actes donnait une ample liberté à toute influence individuelle sur leurs personnes. Aussi voyons-nous chez nous tout b monde recourir avec succès à la pro'ecllon du tzar : la noblesse, le clergé, la bourgeoisie. Le gouvernement leur prête un appui incessant, développe avec zèle leurs forces et, ce qui est encore plus important, emploie son autorité à écraser dans le peuple toute résistance, toute protestation. Il n'est pas douteux, par exemple, que la noblesse doit à la confiance du peuple dans les tzars de n'avoir pas été massacrée une vingtaine de fois parles paysans. Le peuple souffrait les nobles, seulement parce qu'il s'imaginait que le tzar accomplissait par eux une œuvre utile au peuple lui-même.
L'histoire de nos classes supérieures est ainsi étroi-
tive la plus favorable, la loi existe autant seulement que le permettent les ordonnances impériales, et en fait, Tarbitraire du tzar n'est limité que par les ol)Slacles physiques ou par les conditions sociales et économiques, que nul ne peut modifier.
Ce caractère de l'autorité politique, telle qu'elle résulte des périodes moscovite et pétersbourgeoise, fit de cette autorité un instrument trèscommode pourl'mtrifjne politique. Aucune classe qui eût dans le pays une base réellement solide nepouvait souffrirune forme de gouvernement semblable à l'Autocratie russe. Aussi les tzars russes se querellèrent-ils sans cesse avec leurs boijanU ', qui n'avaient pas encore oublié le rôle joué jadis par eux en Russie. Quand les anciennes familles perdirent définitivementleur prestige ou furent la plupart éteintes, la Russie se trouva par le fait nivelée à l'excès. Dès lors, et jusqu'à notre époque, aucune classe ne fut capable de dominer le peuple par ses propres forces.
Pourtant le démembrement naturel du peuple en classes eut lieu en Russie comme partout, et ces classes, ou ces embryons de ckuses, trouvèrent toujours dans l'autorité des autocrates un instrument et un soutien de
leurs forces.
Chez les tzars et les empereurs, on sent toujours comme une conscience incessante de l'anomalie qui existe entre l'Etat qu'ils ont créé et celui qui devait logi-
1. J'appelle de ce nom générique tous les restes de l'ancienne aristocratie foncière qui, après avoir perdu leurs droits de souveraineté, se joignirent aux tzars moscovites en qualité de conseillers et d'aides dans les affaires gouvernementales Au xvi'' siècle, le nombre de ces familles était de 200 à peu près.
quement naître des idées sociales du peuple. Sans doute, celui-ci n'a pas développé ses institutions au point qu'il en puisse conclure une déduction générale; les tzars, cependant, semblent pressentir que le moment de cette déduction doit arriver inévitablement, et tâcher do s'en garantir d'avance, en se procurant un appui durable, l'appui des classes privilégiées, qui, pour dominer le peuple, sera'ent obligées, pir leur propre intérêt, de soutenir l'autorité du tzar. Trouver dans ces classes des rivales, les Autocrates n'ont pas eu à le redouter jusqu'à cette heure. D'ailleurs, en dehors de leurs efforts prém3dités, la concentration des classes privilégiées autour de leur trône se faisait tout naturellement, et ensuite, arriva, comme conséquence logique, l'influence de ces classes sur les tzars. Les tzars étaient très éloignés du peuple, les nobles et les riches près d'eux. L'absence d'^- tout contrôle sur leurs actes donnait une ample liberté à toute influence individuelle sur leurs personnes. Aussi voyons-nous cliez nou5 tout h monde recouiir avec succès ù la protection du tzar : la noblesse, le clergé, la bourgeoisie. Le gouvernement leur prête un appui incessant, développe avec zèle leurs forces et, ce qui est encore plus important, emploie son autorité à écraser dans le peuple toute résistance, toute protestation. Il n'est pas douteux, par exemple, que la noblesse doit à la confiance du peuple dans les tzars de n'avoir pas été massacrée une vingtaine de fois par les paysans. Le peuple souffrait les nobles, seulement parce qu'il s'imaginait que le tzar accomplissait par eux une œuvre utile au peuple lui-même.
L'histoire de nos classes supérieures est ainsi étroi-
tement liée à la politique des tzars, et en même temps TEtat se trouve continuellement sous linfluence des classes privilégiées, sans jamais devenir leur représentant ^\,^Vl restant seulement \^\x\ protecteur , rôle quil lui est aisé de remplir à l'aide des forces que lui fournit la confiance de la masse populaire.
Examinons maintenant un peu plus attentivement le caractère et l'état de nos hautes classes.
Nous commençons par le clergé, bien qu'il n'ait point une importance plus grandeque les autres classes.
L'Eglise russe n'a jamais atteint le degré d'importance et de force dont a pu jouir l'Eglise catholique. Elle dépend à tel point de l'Etat que, même, parmi son clergé, des voix s'élèvent quelquefois pour se plaindre que (d'Eglise se trouve dans la captivité de Babylone. »
Le pouvoir supérieur de notre église est concentré dans le S\\no(lc composé de quelques archevêques nommés par le gouvernement; ce fait seul lui enlève toute indépendance. Le Synode est forcé de se conformer aux ordres du gouvernement, d'autant plus que l'empereur est aussi jusqu'à un certain point, môme d'après les statuts ecclésiastiques, le chef de l'Eglise ^
1. Au xvi« siècle le gouvernement érigea lui-même, dans un but politique, le Patriarcat en Eglise. Il délivrait ainsi Téglise russe de rintlucnce du Patriarcat de Gonstantinople. L'église centralisée manifesta quelque tendance à se mêler aux affaires de l'Etat. Certains
Le synode n'a aucun pouvoir politique, il ne prend aucune part au gouvernement de l'Etat. 11 ne se môle de politique que lorsque le gouvernement l'exige: ainsi, par exemple, l'église porta des malédictions ^olennelles contre les divers ennemis du tzar (l'imposteur Otrepiev, l'insurgé Stenka Razine, le traîti-e Mazeppa, etc). Actuellement les popes ont l'ordre de prêcher contre les aspirations au partage de la terre, contre les socialistes, etc. Après l'assassinat d'Alexandre II, l'Eglise ajouta au service ordinaire une prière spéciale : « Prions Dieu d'exterminer les ennemis furieux qui trament des complots... »
Tel est le rôle politique de l'Éslise : on voit que c"est celui d'un employé, d'un policier. Cela devient plus claîr encore, lorsqu'on sait que tous les services ecclésiastiques sont soumis à une censure sévère et qu'on envoie môme à nos popes des modèles de sermons. Parfois l'intervention du clergé a un caractère tout à fait honteux : c'est de l'espionnage. L'humiliation de
Patriarches, comme Ilermogène, Filarete, Nikon, jouèrent un rôle politique fort important. Au temps de Nikon, l'Eglise russe manifesta des prétentions qui rappellent colles de la Curie romaine. Mais ces prétentions eurent une fin bien triste pour elle. Le peuple éleva une protestation formidable contre son despotisme : le schisme, (Raskof). De son côté, le gouvernement, tout en poursuivant le Raskol, exila Nikon. Puis, Pierre le Grand, pour écraser à jamais les tendances politiques de notre église, abolit le patriarcat et créa le Sijnode. Au milieu du xvmc siècle, le gouvernement confisqua tous les biens-fonds des couvents et leur assigna une rente fixe. LMn|lépendance de l'église était à jamais détruite. L'histoire de l'é.arlise subit ainsi les mêmes vicissitudes que celle de la noblesse. L'église acquit un pouvoir politique énorme en apparence, mais seulement en tant que le tzar le veut ou le permet. Le premier tzar, qui voudra abolir ce pouvoir, le fera sans nulle difficuUé.
TEglise est telle que le prêtre est obligé, dans certains cas, par l'ordre même du Synode, de faire un rapport à la police sur ce qu'on lui révèle en confession K
Il faut sans doute chercher en partie les causes de cette situation désastreuse de notre église dans sa propre organisation.
Notre clergé n'est pas composé d'hommes soumis au pouvoir d'une autorité, étroitement unis et ne connaissant d'autres intérêts que ceux de leur ordre. 11 se divise en clergé noir (régulier) et clergé blanc (séculier) -. Le clergé noir, ce sont les moines basiliens, — le seul ordre existant e:i Russie. Le clergé blanc, qui remplit tous les services religieux et administre tous les sacrements, est obligé d'avoir une famille. Un homme non marié ne peut être ordonné prêtre; de la sorte, le clergé séculier n'est pas en dehors de la société et du peuple, mais il est d'un autre cùté enchaîné par tous les besoins matériels, qui oppriment si fortement l'homme, qui a une famille à nourrir. Et pourtant, toutes les richesses de l'Eglise sont concentrées entre les mains des moines qui sont investis en même temps des hautes charges ecclésiastiques. Les moines seuls peuvent être sacrés archevêques; tous les diocèses sont donc entre leurs mains.
Cette aristocratie cléricale traite le clergé blanc avec
1. Ce rapport doit être fait dans le cas où le prêtre croit que le péQitent n'a pas abandonné son dessein criminel.
2. D'après le compte rendu du procureur général du Saint Synode, en 1882, il y avait 5GG couvents, 10709 moines et frères convers, 18748 nonnes, en tout 29457. La Gazette diocésaine de Penza. 1884. n. 21 II faut estimer le clergé séculier (avec ses famiUes) à près de 570000 âmes {Statistique de Iasso.n).
le plus grand mépris. Dans son diocèse, l'archevêque est un Roi, un Pape. Sa chancellerie, le consistoire, dispose de la vie du malheureux pope absolument comme un seigneur disposait de la vie de ses serfs. La seule chose que possède le prêtre, c'est sa paroisse : il la reçoit du consistoire et la conserve aussi longtemps que ce dernier le veut. En conséquence, le prêtre est prêt à subir toutes les humiliations pour conserver les bonnes grâces de son archevêque. Les abus et les concussions régnent dans le consistoire. Et le piètre, cet esclave, dont le sort, ainsi que celui de ses enfants, se trouve entre les mains de cette aristocratie noire, doit souffrir en silence.
Dans l'ancienne Eglise russe, nous l'avons dit, les paroissiens élisaient eux-mêmes leurs prêtres. Mais cette coutume est depuis longtemps abolie. La paroisse est impuissante à défendre son prêtre \
Autrefois, on organisait des congrès du clergé blanc ou du moins il pouvait exprimer ses besoins. Maintenant ces congrès sont supprimés. Le prêtre n'est plus que l'esclave muot des moines.
Est-il possible qu'en de pareilles conditions les prêtres se distinguent par leur courage civil et moral, qu'ils aient une influence quelconque sur leurs paroissiens? Non, certes. Un homme intelligent et indépendant fuit l'état ecclésiastique. Le clergé, toujours volé par le consistoire, toujours prêt à être mis en disponibilité dont les premiers besoins matériels ne sont ja-
1 . Dernièrement le zemstvo de Moscou sollicitait la permission pour les paroissiens d'indiquer les prêtres qu'ils voudraient voir dans leurs paroisses. Le gouvernement repoussa cette prière.
mais assurés, pressure a son tour les paroissiens. Cet impvjt, en argent ou en nature, est parfois tout à fait révoltant. On voit souvent le prelre refuser cVenterier un mort, avant qu'on ne lui donne ce qu'il demande. 11 tient ferme jus(iu'a ce que le cadavre commence à se décomposer et que les paysans se voient obligés de céder a ses exi^^ences. Des abus analogues se produisent [)Our la célébration des mariages'. 11 y a deu^ ans, lo prêtre du village S vinaïa, ne recevant pas de ses paroissiens autant d'argent qu'il en exigeait, se mit, un jour, a l'église, pendant la célébration de la messe, à prier Dieu de punir ce village par la famine et la peste. Les paysans indignés fermèrent l'église et en cachèrent les clefs. Un dicton populaire dit que « les yeux du prêtre sont envieux, jaloux, et ses mains prêtes a salsT tout ce qu'il voit. »
11 faudrait donc quelque naïveté pour supposer que notre clergé aune intluence morale sur le peuple. Cette inlluence devient plus faible encore, grâce à un ignoble svstèmede dénonciations que développent chez les prêtres leur peu de moralité et la nécessité continuelle 011 ils sont de chercher à plaire. Les dénonciations de tout genre pour causes politiques, morales ou religieuses devinrent si nombreuses et si effrontées que les dignitaires mêmes de TEglise se virent obligés de prendre des mesures contre leur fréquence. Cet esprit de chicane, cet espionnage détruisent complètement le crédit du clergé parmi le peuple -. Le
1. Ea Russie, pour être légal, le mariage doit êU-e célébré à l'église.