‹ La Russie politique & sociale [microform]Chapitre 92 sur 103 · STATISTIQUE DU REVENU NATIONAL · texte numérisé non relu

STATISTIQUE DU REVENU NATIONAL

Malgré mon désir, je n'ai pu, en évaluant le revenu national russe, profiter des évaluations qu'on trouve dans la littérature de la question.

Dans la plupart des cas, les chiffres sont trop anciens de date et, maintes fois, je ne suis pas d'accord avec les auteurs, même sur leur système de calculs ; je ne puis pas surtout admettre de fautes visibles comme celles de M. Schnitzler, par exemple '. M. Schnit:der évalue notre revenu national à 16 milliards, mais il n'obtient ce chiffre q-ue parce qu'il estime le rouble d'argent à 4 francs. Cet auteur dont l'érudition est certes indiscutable confond apparemment le rouble d'argent, qui est tout simplement la dénomination du rouble-papier, avec le rouble métallique ; la Russie devient ainsi plus riche au moins de 20 à 30 7o! Ensuite on trouve souvent, chez M. Schnitzler, comme chez les autres statisticiens, une double énumération

1. J. H. Schnitzler. L'empire des tzars au point de vue actuel de la science, Paris. 1869.

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''''^^*sʻism^s^i!i,mmmmmg!mm

APPENDICE A

des produits : ainsi ils énumèrenl la valeurdu "-«t^'/dcs chevaux cl du bélail, en oubliant que ce travail est déjà estimé avec les produits de l'agriculture, des forêts, et

ainsi de suite. . • , j.;„

Ailleurs les statisticiens essaient d apprécier et d introduire dans la somme générale du revenu nationalla valeur que le commerce donne aux produits. Sans nier l'intérêt scienlillque de cette question, je crois que, dans la pratique, cette façon d'agir conduit à une confusion, à une double estimation du même produit. En eflet, si nous évaluons le produit par son prix moyen sur le marché la valeur du travail du commerçant y est déjà comnris'e. Et si nous nous mettons à évaluer le produit autrement que par son prix sur le marché, nous aboutissons infailliblement à des hypothèses arbitraires. Le désir d'éviter des fautes, dont je n'ai indiqué ici que la moindre part, ainsi que la nécessité de me conformer aux données récentes de la statistique, me porte à faire moi-même le calcul de notre revenu national. Du reste, je conserve les chiiïrcs anciens des économistes toutes les fois que ces chiffres sont conformes à la réalité contemporaine.

La somme la plus grande des valeurs est produite chez nous par l'économie rurale. Voici la quantité des blés de la récolte de 1883, que j'évalue d'après le prix moyen du marché pendant les dernières années (les semences déduites ) :

i) Froment, 28602000 tclielv., do 9 roubles chacun, 2c7 millions rouble,.

2) Seigle^ .

66O0OOOO IcLctv., de 7 roubles chacun, 492 m.lhons roubles.

3) Aooine, ..,. , , 67671000 IcUelv., de 4 roubles chacun, 270 m.ll.ons roubles.

16792000 tchelv., de 5 roubles chacun, 83 millions roubles.

5) Blé sarrasirij

9442000 tchetv., de 7 roubles chacun, 66 millions roubles.

6) Autres grains (millet, pois, haricots, maïs, etc.),

1 5765000 tchetv., à 6 roubles chacun, 95 millions roubles.

Les renseignements officiels sur la récolte de 1883 ne comprennent pas le Caucase du Nord et la Sibérie. Nous devons pourtanty estimer la récolte à au moins 20 millions de tchetv. (ce chifTre est probablement au-dessous de la réalité) valant 120 millions de roubles. Ainsi le total des grains récoltés est 224 millions de tchetv. valant 1383000000 roubles.

La récolte des pommes do terre, selon les mêmes renseignements, a été dans la Russie d'Europe de 32351000 tchetv. En estimant à 1 million 1/2 de tchetv. la récolte du Caucase et de la Sibérie, nous obtenons un total de 33851000 tchetv. qui font, à 1 rouble 50, une somme de 48 millions de roubles.

La quantité de foin et de paille, d'après les dernières données, est la suivante :

Foiny 4000000000 pouds, à 10 kop. chacun, 400 millions roubles.

Paille, 2000000000 pouds, à 5 kop. chacun, 130 millions roubles.

Plantes à filer (Recueil statistique militaire, T. IV) :

a) Lin en fils,

12000000 pouds à 4 roubles =: 48000000 roubles.

b) Lin en semences,

25000000 pouds à 1 rouble = 25000000 roubles.

c) Chanvre en filasse,

6000000 pouds à 2 roubles =: 12000000 roubles.

d) Chanvre en semences,

25000000 pouds à 1 rouble = 21000000 roubles.

APPENDICE A

Le rapport des jardins et des potagers est si dilficile à évalaer'que j'accepte le vieux chiffre de Tengoborsky, (P^tudes sur les forces productives de la Russie) -

60000000 roubles.

Belterave. - Les rartineries seules en onl emploie (en 1883) 20000000 bcrkovcts, ce qui fait en estimant le berkovels à 1 rouble. -20000000 roubles.

7'a<,„^ Selon les renseignements de 1878, u s en récolte 3500000 pouds, ce qui fait à 2 roubles le p. - 7000000 roubles. .

Raisin - On estime la quantité de vin en Russie à environ 5000000 millions vcdros, à 80 kop. le védro, on

obtient ainsi -iOOOOOO roubles. onnnooo

Les plantes tinctoriales donnent environ 2000000

roubles. ^ . . *. .

Le total des produits de lagricuUure peut ainsi être

estimé, à 2130000000 roubles.

Malgré l'absence d'économie forestière régulière, les vastes Forêts de la Russie rapportent beaucoup à la population. Dans beaucoup d'endroits, le flottage de bois, îa distillation du goudron et de la résine sont les principales occupations de la population. En outre, la consommation du bois est très grande en Russie. La p upart de la population habite des maisons de bois, emploie de la vaisselle et des ustensiles en bois, le bois sert de combustible', même dans nos usines et nos chemins de fer, etc. La somme générale des produits ^^^1^1^^;^^^^ rent de leurs bois est, selon Bouchene, de 750 000 000 roubles. Ce chifl-re est plutôt diminué qu^agrandi. 1 est pourtant à remarquer qu'en Russie, le rapport des bois n^est pas un revenu du capital, mais la consommation du capital lui-même. La destruction des forets marche à pas rapides et à cette heure provoque des plaintes dans toute la Russie.

L'autre branche de l'économie rurale, l'élevage des bestiaux, a aussi une grande importance pour la Russie. D'après le recensement des chevaux en 1882, le nombre des chevaux dans la seule Russie d'Europe est évalué à 20 millions. Il n'y a pas en Russie moins de 24 millions de bestiaux; 50 millions de brebis, environ 1 million 500 mille chèvres, plus lOmillions de cochons; puis dans des proportions moins importantes, il y a des chameaux, des rennes, desbuffles, etc. Quant aux oiscauxdomestiquesjeurnombre généralement énorme ne peut être estimé que conjecturalement. Les produits de ce nombre énorme d'animaux sont variés et abondants. Seulement la valeur de la plupart des produits de l'élevage des bestiaux est déjà entrée dans la valeur des produits de l'agricullure^ par exemple la force ouvrière des chevaux et des bestiaux ; c'est ainsi qu'y est entrée aussi la valeur du fumier, qui rapporte plus à la Russie que ses mines d'or. Nous avons donc à évaluer maintenant les seuls produits de l'élevage dont nous n'avons pas encore énuméré la valeur. Ainsi de la valeur générale des chevaux, nous pouvons retenir seulement 3 miflions de roubles de cuir, de viande et de lait.

Les bestiaux créent une masse de valeurs, outre leur travail ; la statistique énumère : '

a) o millions de cuirs à 5 roub. chacun — 25000000 roubles.

b) La viande (selon Bouchene) = 83OU0000 —

c) La graisse = 1 7500000 —

d) Le lait (selon lanson), „336 millions

de védros, à 30 kop. îe védro . . . = 100000000 —

e) Le beurre, plus de 3 millions de

pouds, à 8 roubles le poud . . , . = 24000000 —

Total (les fromages exceptés). . . 250000000 roubles. Nous ne pouvons pourtant pas porter cette somme en

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APPENDICE A

totalité dans le revenu national, puisqu'il y entre évidcmment la valeur du fourrage consommé par les bestiaux et déjà porté dans notre calcul. Quel chifTre faut-il déduire de 250 millions de roubles pour obtenir le chiffre qui exprime l'agrandissement de valeur que les bestiaux ajoutent au fourrage consommé? Dans les conditions de l'économie rurale russe, la valeur du fourrage peut être eslimée à environ GO °/o de la valeur générale des produits de l'élevage : j'obtiens ce chiiïre en observant des économies différentes. Par conséquent l'augmentation réelle du revenu national créé par les bestiaux doit selever à environ 100 millions de roubles. La valeur des produits de l'élevage des bêtes h laine est la suivante :

al Peaux rie mouton, 2 millions, à I r. pièce = 2000000 roubles

6 Viande de mouton, iO millions de pouds =30000^^^^^^^ -

c Graisse, 3 n>illions de pouds - OOOOOdO -

^> ^ ' r=V2000000 — d) Laine ,-

Total 80000000 roubles

En déduisant la valeur du fourrage (environ 50 Vo), on obtient 40 millions de roubles.

On consomme en Russie, je crois, environ 5 millions de porcs- en estimant le prix moyen de la pièce à environ 5 roubles et la valeur du fourrage à environ 30^/o, on obtient un revenu d'environ 17 millions 500,000 roubles.

Le rapport de l'élevage des oiseaux est évalué par M Tengoborskv, du reste tout à fait arbitrairement, à 10 millions de roubles. Je n'ai aucunes données pour changer ce chiffre, si ce n'est que, vu la valeur du grain, n doit être diminué de 20 ^'o, c'est-à-dirc être rédm a 8 millions de roubles. Le rapport réel de l'clcvagc des oiseaux est probablement plus grand.

La Russie enfin exporte h l'étranger 19 millions de roubles de bestiaux. En supposant que la valeur du lour-

rage s'élève à 50 7o de cette somme, on peut ajouter au revenu national 9 millions 500000 roubles.

Au total, la somme générale de valeurs qui sont ajoutées au revenu national par V élevage du bétail peut être évaluée à 176 millions de roidjles.

L'apiculture et la sériciculture sont des branches assez peu importantes de l'économie rurale en Russie.

Dans la Russie proprement dite, on s'occupe peu de sériciculture; la sériciculture des pays au delà du Caucase n'existe pas dans nos calculs. Ainsi la sériciculture russe ne doit pas plus donner que ne l'évalue Tengoborsky, c'est-à-dire, environ 1 million 200000 roubles.

L'apiculture, au contraire, est une branche d'industrie purement nationale. Jusqu'à présent, on nmasse chez nous près de 700000 pouds de miel, ce qui fait, à 5 r. le poud, 3 millions 500000 roubles; et 200000 p. de cire, à 10 r. le poud, soit 2 millions de roubles. En somme le rapport deTapiculture et de la sériciculture ne peut être inférieur à 7 millions de roubles.

Le rapport de la chasse s'évalue à environ 4 millions de roubles, celui de la pèche à 24 millions de roubles. Ces chiffres sont tous les deux extrêmement diminués, surtout le dernier. Néanmoins, vu l'absence de données pour les corriger, nous devons les conserver. Il est à remarquer pourtant que la pêche russe, qui pourrait devenir, dans des mers aussi poissonneuses que la mer d'Azov et la Caspienne, une très riche branche d'industrie pour des siècles est exploitée ' avec un gaspillage qui en fait tarir la source avec une rapidité extraordinaire.

Passons à l'exploitation des mines. Là encore nos richesses naturelles sont très mal exploitées.

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APPENDICE A

qN Qr 264i pouds 40 millions de roubles.

h) Argent

c) Flatine

d] Plomb.

plus de. • moins de

TiOOO — ^ V3 — —

e) Cuivre lOuOOO —

f) Fer fondu . . . 220( lOOOO 1 __

g) Fer et acier., 30000000 j

h) Houille 120000000 —

i) Sel 47000000 - 24

jQ[g^[ 1 i)4 1/3 millions de roubles.

Quant au naphtc, on l'exploite très médiocrement dans la Russie proprement dite (Caucase du Nord). Il y a aussi de grandes sources de naphte, dans la contrée au delà du Caucase, mais je ne les comprends pas dans le revenu national russe.

Passons hVmduslrie proprement dite.

Selon les renseignements ofûciels récents (1882) dans la Russie d'Europe (sauf laPologne etla Finlande;, ilyaurait 57000 usines et fabriques produisant au total 1126000000 roubles. 11 entre cependant dans ce chiffre 78000000 r. évalués par nous sous la rubrique précédente. La valeur des matières brutes est, selon M. Schnitzler, de 23 /o de la valeur du produit. Ce chiffre diffère absolument des données de la statistique russe. A en juger par les fabriques de Moscou où la valeur des matières brutes balance de 10 7o à 85 Vo la ^al^^'^ ^^ produit, on peut admettre la moyenne valeur des matières brutes de GO «/o- Amsi, l'industrie de fabriques et d'usines de la Russie d'Europe ajoute au revenu national russe environ 420 milhons de roubles... 11 faut encore ajouter à cette somme près de 3 millions de roubles, créés par l'industrie russe du Caucase et de la Sibérie. Enfin une somme très considérable de valeurs est produite par la petite industrie, celle des

Koustars et des artisans. Ici les données de la statistique officielle sont encore moins exactes que pour la grande industrie. Si l'on mettait les chiffres groupés par le Recueil de statistique militaire et si l'on estimait la valeur des matières brutes à 60 Vo (quoiqu'elle doive être moindre), l'augmentation générale du revenu national pour ce genre d'industrie serait d'environ 80 millions de roubles^ En somme, l'industrie donne au revenu national 503 millions de roubles.

En faisant le total général, nous obtenons pour le revenu national russe la somme de 3740 millions de roubles, ce qui fait environ 11 milliards de francs, si nous estimons le rouble à 3 francs.

Je répète du reste qu'on doit considérer ces chiffres seulement comme approximatifs.

1. Je choisis ce chiffre comme le moins contesté; mais on estime parfois la production des Koustars jù un chiffre trois fois plus fort.

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APPENDICE B

L'EXPRESSION SIHtUSTE!>

T ., nartie itiilitanle de noire intelUguenlia, celle que je „,tr 'èl^^vo,ut■onnaires, a reçu en Europe l'étrange

Teurie:îe'dénoa.inalion prouve que les notions les ,„s erroné" s circulent au sujet de nos révoluUonna.res ?„ dehors de la Russie. En effet, si en Europe on com- In .i le mouvement révolutionnaire russe et celui qu, ^pit dans noire ^nulUg.enùa, on n'aura.t cer a - ^ . rr^ninv.^ co mol de même qu on ne 1 emploie

;r :: R^uir ëetrlmîest, en effi usité che. nous rueXns unsens iniuneux et seulement par des g.ns In.b les par exemple de d.re : « Le parti anarchiste a rnîn lu-n'u le pouvoir en France : M^C.é-nceau es nrésidenl. du conseil des mimslres. » En Russe, il y a 5 urnaux capables d'écrire cotte P^--. jnais s., me basant sur un télégramme de ce genre, j ^PP;',--^ ^^^f . tnenc-au un anarchiste, cela ne prouverait qu une chose . que j'.g"ore complètement ce qu'est M. Clemenceau, et ce qu est l'anarchisme.

Le surnom de nihiliste naquit chez nous de circonstances entièrement passagères et fortuites qui accompagnèrent l'explosion du mouvement de Yintelligueatia au dét)ut du règne d'Alexandre II.

La Russie venait d'échapper au joug du ré"-ime de Nicolas et se pr.^parait à briser celui du servage. La pensée, après avoir rompu ses chaînes, se milà travailler fiévreus.iment. Toute la Russie maudissait son passé, cherchait son avenir. Une multitude d'éléments peu éclairés, peu instruits, d'éléments qui venaient tout droit de la rue, affluèrent spontanément vers Vintelliguentia. Tous se mirent à raisonner, à critiquer, à nier, à chercher.

Les pères — la génération aînée de la Russie, - étaient affreusement compromis par le règne de Nicolas; euxmêmes, ils se sentaient coupables vis-à-vis de la Russie, vis-à-vis de leurs enfants, vis-à-vis de leur conscience. Gomment avaient-ils pu supporter le despotisme de Nicolas ? Comment avaient-ils pu soufl'rir, — et n'avaient-ils fait quesouflrir? — participera tous les affreux abus du servage ? Gom:nent avaient-ils osé permettre que durant trente-cinq années on persécutât la science ? Où tout cela avait-il conduit la Russie ? Les /?ère6' se sentaient très coupables, ils auraient voulu se faire tous petits, se cacher sous la terre. Les enfants — la génération cad\3tle — pouvaient crier en pleine liberté, avec toute la force d'une indignation vraiment honnête, d'un Jeune enthousiasme et de l'inexpérience ; alors certains côtés de la philosophie générale, certains traits caractéristiques de notre inlelliguentia se manifestèrent parfois de la façon la plus exagérée et la plus ridicule. La tendance aux idées démocratique> se manifestait par l'éloignement le plus outré de tout ce qui était aristocratique, de tout ce qui sentait la noblesse, et par conséquent de toutes les formalités de

u oivilisalion superficielle. On vil apparaître des visages llnroprdes cheveux en désordre, des coslumes sales

nruve d'une grossiôrelé voulue, on employait le lanpreuve « "" ^ . - ; ,(, rhYpocrile et convention-

S ™Sfo™r.c™ épris ïo. ir.m.n. in.pt.s

« JaL U .o„.l.~c. 1. plus 0...* ■■"» If - ;„„„ . j„„, Tniil cela prêUil ccplainomenl » U cancamre . i"u

non aux '^':''^'2^^^-^^,^,^ov, un Qls répondant aux resurnom. Ainsi, <=hcz Niekrassov F ^^^.^

proches de -P-^^^^'^^^^tnlme franc, qui n'aime pas ''' ?"■ . ; hien7auTru qui travaille, cherche la vérité, jrquïsfrnttit L inutile, qui s,.e.^^^^ . ne. de toute canaille, et à l'occasion la gifle, alors je n y V is p"s de mai;appelle-moi nihUistel Pourquoi pas U Cependant un très petit nombre seulement d en re les gefs connus, comme Dmitn Pissarev, ^^^^^^^ ceotèront ce surnom, et encore ne l'^^^^P^:^^^^^"^^';. P'"' a n iXe que momentanément. Pissarev inventa bientô un autre -^^^ 1- et ses coreligionnaires - les

i. Œuvres de Niekrassov. Le cafAnet de lecture.

APPENDICE B

réalistes, surnom qui pourtant n'obtint pas de succès. L'absurdité du m.ot nihilisme sautait trop aux yeux. Au surplus, les faits mômes qui avaient provoqué ce surnom disparurent naturellement avec beaucoup de rapidité. L'entraînement aux manifestations extérieures fît place au redoublement de travail positif, et bientôt tous ces enfantillages, cheveux coupés courts chez les femmes, ou rudesse outrée dans les manières, furent fort déconsidérés. Ainsi le mot nihilisme, qui, dans les premiers temps, avait un sens, au moins comme caricature, plusieurs années plus tard perdit définitivement toute signification. En Russie, aucun auteur sérieux, fût-il même réactionnaire, ne l'emploiera pour désigner les révolutionnaires. Le mot est passé à jamais dans le domaine du pamphlet et de l'injure.

En Europe, au contraire, le mot nihilisme a la plus large vogue. Le plus étrange, — c'est qu'on croit à cette caricature, comme à une chose réelle. Le nihilisme est considéré comme une doctrine particulière, fondée sur la négation privée de tout idéal positif. Gela se répète, et même dans d'autres ouvrages que ceux de M. Gheddo- Ferotti^ Il n'v alà rien d'étonnant. Ge qui est à regretter, c'est que nous ne trouvions pas beaucoup plus de précision chez des écrivains aussi consciencieux et aussi érudits que M. Leroy-Beaulieu.

Qu'est-ce que le nihilisme ? se demande M. Leroy-Beaulieu ; etil répond que c'est un fait maladif, il parle de grossier matéralisme^ de négation absurde, cV immoralité. Il est même prêt à entrer dans des considérations sur la question de savoir si le climat (!?) de la Russie a oui ou non eu une influence sur le développement du nihilisme. 11 est même

1. Le nihilisme et Vavenir de la Russie, par Giieddo-Ferott!. C'est un pseudonyme sous lequel se cache un Paisse qui ne sait rien de la Russie.

prêt à dire de concert avec ce pauvre radoteur de prince Mechtchersky, que le nihilisme esi une sorte de névrose engendrée par Fanéniie ot la cacochymie de la classe éclairée, qui n'a probablement pas les moyens de se bien nourrir. Un Russe, reconnaissant à M. Leroy-Beaulieu de son bel ouvrage, exception faite de quelques mécomptes, — pourrait souhaiter du fond de cœur à Fauteur une santé pareille à celle dont. jouirent les Apôtres du nihilisme, cités par lui : Herlzen, Bakounine, Lavrov, Tchernychevsky, Netchaïev, etc. M. Leroy-Beauliou en arrive même à donner la définition suivante de la doctrine du nihilisme. « Prenez la terre et le ciel, prenez VEtat et l'Eglise, les rois et les dieux, et crachez dessus. Voilà notre symbole ^ » On peut certainement convenir que, si sous le nom de nihilisme on sous-entend celui de sottise, le nihilisme et la sottise auront une seule et même signification. Mais il est tout aussi vrai qu'avec de tels procédés d'examen, il est fort difficile d'arriver à comprendre le sens réel des mots et des faits. Et si on commence par se demander, où est en Russie le fait réel qui pourrait correspondre au motmhilisme, on ne trouvera pas autre chose que le mouvement intellectuel général, que nous essayons de caractériser dans notre livre VI et notre livre Vil et qui, comme on a pu s'en convaincre, ressemble lort peu à la définition donnée par M. Leroy-Beaulieu. A coup sur, le mouvement intellectuel, en Russie ainsi qu'ailleurs, peut donner lieu chez tel ou tel individu à des mani estations ridicules, niaises, prêtant à la caricature, partois même peut-être criminelles. G'estprécisément de ces taits particuliers qu'on a composé le nihilisme, en les umssant sans raison aucune en une seule idée, bien qu'ils ne fussent nullement unis dans la réalité Ainsi, dans la nature

l. V Empire des tzars, T. I, p. l'îG.

APPENDICE B

il existe desêtres ayant une queue, d'autres ayantdes écailles du lézard, d'autres encore qui ont des pattes et des griffos de tigre, d'autres enfin qui ont des ailes. Quand vous réunissez tous ces attributs dans un dragon, vous avezdevant vous une création de votre imagination, et non un être réel. C'est exactement ainsi qu'a été créé le nihilisme. Mais si le dragon joue un rôle fort commode dans les contes dont on effraie les enfants, — il n'a pas de place dans l'histoire naturelle. Dans une sérieuse étude surla Russie — pour le nihilisme, comme doctrine ou tendance particulière — il ne peut de même y avoir de place. Voilà pourquoi le lecteur ne trouvera pas chez moi le mot nihilisme.

.l'emploie ici la terminologie russe, qui est certainement la plus exacte sur cette matière et qui distingue les dénominations suivantes : la classe éclairée ou intelliguentia, toute la couche civilisée, qui porte en elle l'idée de la lumière, de la liberté, de la démocratie; les révolutionnaires — la partie de cette couche sociale qui entre en lutte ouverte avec le gouvernement.

Ce qui distingue la classe éclairée, ce n'est pas la différence des opinions — il n'y a qu'une difi'érence de nuances, c'est plutôt le choix des moyens d'action. Tout récemment encore, le gouvernement lui-même a constaté avec éclat combien il y a peu de différence théorique entre les révolutionnaires et Yinlelliguentia. « La liberté accordée à la presse (?) lui a servi, dit le gouvernement en parlant des organes libéraux, à prêcher des théories qui se trouvaient être en opposition évidente avec les bases fondamentales de la constitution de l'Etat et delà société... Il en fut ainsi précédemment et à notre grand regret il continue d'en être ainsi maintenant. Les colonnes des revues et journaux appartenant à une certaine nuance sont toujours marquées de la tendance, qui a engendré un mal

incalculable et dont le lien avec les doctrines criminelles exposées dans les publications clandestines ne peut être mis en doute. » La ressemblance non seulement d'idée, mais aussi de ton et de manière d'exposer des publications de la presse clandestine avec un grand nombre d'articles émanant de publications périodiques autorisées est si grande, qu'elle a poussé le gouvernement à supposer, que dans celles-ci comme dans celles-là, c'étaient les mêmes personnes qui tenaient la plume. Les idées des révolutionnaires sont donc loin d'être si criminelles et si subversives si nihilistes. Nous ne trouvons chez les révolutionnaires aucune négation particulière. La classe éclairée ne peut nier par système. Mais comment pourrait-elle se comporter autrement envers un régime qui pèse si lourdement sur le peuple, et sur l'individualité elle-même: En pareil cas la tendance h la négation ne peut manquer de se faire jour, et pour la comprendre il n'est aucunement besoin d'étranges raisonnements sur l'influence du climat (?!) de la Russie sur le nihilisme. Cette négation a d'ailleurs deslimites très nettes. Tourguénievparexcmple

a déclaré par voie de presse qu'il s'accordait en tout avec son Bazarov (son célèbre type du nihiliste), exception faite des idées sur l'esthétique. Par conséquent, Tourgueniev doit être considéré comme « nihiliste » par ceux qui emploient ce mot. Mais se peut-il que Tourgueniev ait tout nié, ait voulu tout détruire ? Les lecteurs français connaissent bien cet écrivain, et ils savent qu'avancer une thèse pareille serait tout simplement ridicule. Il s'ensuit que les phrases violentes de Bazarov ne sont pas du tout appuyées d'une philosophie exclusivement négative. Adressons-nous d'ailleurs aux apôtres du nilulmne euxmêmes .. Peut-on trouver un homme plus ardemment croyant en la Russie qu'Alexandre Hertzen? Qm a défendu nos institutions populaires avec une ardeur plus

APPENDICE B

grande que ne le firent Tchernychevsky et Dobrolioubov ? Ce ne sont nullement des réfraclaires à leur pays : tout au contraire ils voient en elles beaucoup de points sur lesquels on peut et on doit s'appuyer. Il en fut de même de Bakounine, cet apôtre de l'anarchisme en Russie. Un peu plus tard — la fraction la plus considérable du parti révolutionnaire russe, les narodniks (démocrates), se posent comme but direct de formuler les aspirations du peuple, et de réaliser les exigences du peuple; plus tard encore, le programme du parti de la Volonté du Peupk qui se donne pour but de renverser le gouvernement par un complot, prend pour point de départ l'affirmation que les institutions populaires de la Russie contiennent les germes les plus sains d'un régime social et que, en vertu de ce fait, W suï\ii ùq donner au peuple la possibilité de vivre et de s organiser conformément à ses penchants naturels. Le parti exprime l'assurance, qu'alors l'histoire de la Russie prendrait réellement une direction juste, conforme à t esprit national,

A qui d'entre eux peut-on appliquer le nom de nihiliste ne voulant rien admettre qu'une implacable négation, de nihiliste qui crache sur la terre et le ciel .^

11 serait grandement temps de laisser de côté ces phrases vides de sens, comme aussi de renoncer à la supposition d'un esprit de destruction qui animerait le mouvement intellectuel et révolutionnaire de la Russie. Si, en fait, il a anéanti beaucoup de superstitions, beaucoup de sauvagerie et de grossièreté dans certaines couches de la société russe, — il a donné bien des notions saines et posé dans notre société les bases du développement de rapports sociaux équitables. Toutes les autres nations peuvent nous envier, par exemple, notre famille russe contemporaine. Si la classe éclairée se vit obligée de tant parler ,de destruction, de révo-

lulion, etc. - la faute en retombe avant tout sur noire régime politique absurde, qui entrave iout travail de création; la classe éclairée s'est toujours adonnée avec le plus grand empressement à ce travail de crealion.des nu'il était le moindrement possible. Tchernychevsky, par exemple, prit la part la plus ardente à la rétorme navsanne et écrivit une série de projets sur les moyens tfefîectuer l'émancipation des serls. Personne cerlmnemcnl ne considérera ces projets comme utop.ques. Fuis Tchernychevsky énonça sa conception de 1 homme politique : ccstà là Ibis unRoberl Owen(ph.lanthropesocialiste fort connu), et un Bright. qui en Angleterre aurait pu être considéré comme un des hommes d'Ktat les plus sérieux. Est-ce la faute de YMelllguenUa si chez nous l'activité de Bright est impossible?

Dans les derniers temps, le Comité Exécutif, dans sa lettre à Alexandre III, en exigeant de ce dernier la convocation d-une assemblée constituante, déclare qu en ce cas « le parti ne se permettrait à l'avenir aucun acte d'opposilion violente envers le gouvernement sanctionné par une assemblée nationale... Le Comité Exécutit, dit encore la lettre, mettra spontanément un terme à son activité, et les forces organisées autour de lui se disperseront de tous les côtés pour se consacrer au travai civilisateur nécessaire au salut de la patrie. La lutte pacinquedes idées remplacera la violence qui nous inspire plus d'aversion qu à vos serviteurs et que nous ne pratiquons que grâce à la triste impossibilité où nous sommes d'agir autrement? -. Le même Comité Exéculit a publié à l'occasion du meurtre de Garlield (président de a République des Etats-Unis) une déclaration dans laquelle il désapprouve hautement le meurtre politique dans un pays où chaque opinion peut librement être exprimée et où le choix des gouvernants dépend de la nation .«Lest,

APPENDICE B

déclare le comité, un acte de despotisme analogue à celui contre lequel nous luttons en Russie. »

Je me borne à ces quelques exemples. Ils prouvent, je pense, suffisamment combien est peu fondée l'idée de l'existence d'un nihilisme russe. Si nous voulons étudier la Russie réelle, nous devons expulser de notre dictionnaire ce mot, auquel se rattachent une foule de notions fausses et presque aucun trait réel.

SUJETS IN'TEUDITS PAU L\CE><SUEE

Les Circulaires du ministère de l'inténeur, qui m erdisent de discuter telle ou telle question - ne sont pas . «L aux journaux, elles sont seulement co.«un,î«e.s r reprises. Par conséquent, on ne peut trouver dans Sd' étions une collection de ces 'lo-ments cu-uX;

♦ ftoV.0 Fnpilo rip rechercher exacieint;ni

de cette Stalist,que P^J^^^ ^^^^rp^r^o^^Wier qu'il

^^'iSq^d-un c;:tl laps de te'mps, des années Î^l-Srde quelques-unes seulement de ces mter-

dictions :

4 Mars 1881 .

r.«^rioin nrpsse en s'excusant sur les

APPENDICE C

tent d'insérer des articles absolument déplacés sur la nécessité de réformer notre ordre politique et où l'on exprime aussi des doutes sur l'existence du vrai patriotisme dans les plus hautes couches de la société russe — indifférentes, dit-on, aux intérêts du peuple. L'insertion d'articles analogues amènera infailliblement la suspension du journal.

25 Mars,

En considération du prochain procès du crime scélérat du l*''" mars ^ le directeur-général de la presse conformément à l'ordre de son Excellence le Ministre de l'Intérieur, rappelle de nouveau l'interdiction, sous peine de suspension, d'insérer dans les journaux des renseignements non officiels sur les procès politiques.

16 Avril.

Il est reconnu nécessaire d'interdire à la presse la publication des renseignements sur les incidents et événements de la vie universitaire, si ces faits ne sont pas soumis aux tribunaux universitaires, ainsi que toute appréciation de ces faits.

29 Avril.

Vu le coup d'Etat accompli en Bulgarie, vu aussi la nécessité de donner un appui au prince Alexandre, il est reconnu désirable que notre presse parle des événements actuels de Sophia avec prudence.

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