‹ La Russie politique & sociale [microform]Chapitre 91 sur 103 · SI · texte numérisé non relu

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grès des hommes compétents autrement que par le mandat de leur zemstvo.

Toutes ces démarches présentent un grand mtéret dans un sens : elles montrent quels étaient les désirs de la Russie. Sur le gouvernement elles ne produisaient pas même l'ombre d'une inQuence, car il n'y voyait aucune résolution de soutenir leurs exigences par la force. Cette résolution, on ne la voyait m dans 1 Alliance du Zemstvo, qui, au surplus, restait toujours faible en nombre, ni dans les petits groupes de libéraux qui avaient adhéré ù la Sauvegarde. Cette multitude d'individus, ces groupes innombrables mais désunis, tremblant devant le gouvernement, tremblant aussi devant la pli'lx; répugnant à toute action violente ; qm, pendant une année entière, avaient prouvé leur complète inaptitude aux complots - cessèrent définitivement d'exciter les craintes du gouvernement. Eux-mêmes, à proprement parler, le désiraient, pensant que, au moment où cesseraient les craintes, commencerait une nouvelle ère de politi(iue libérale inaugurée par le tzar. C'est tout le contraire qui eut lieu.

Les révolutionnaires seuls continuaient à inquiéter le gouvernement. Pourtant la police mit en lumière durant cette période plusieurs talents remarquables : Soudiéikine surtout, presque génial dans sa sphère, quoique nourrissant à part soi des plans ambitieux, capables d'effrayer le gouvernement, s'il les eût seulement connus. Soudiéikine organisa remarquablement bien la police et réduisit plus d'une fois à néant les plans des révolutionnaires. De ce côté aussi, sinon l'Empereur, du moins Pobiedonostsev et Katkov pouvaient être beau-

LA RUSSIE POLITIOUE

coup plus tranquilles. D'ailleurs, la politique d'Ighna- <iev, indigne sans nul doute d'un homme d'Etat sérieux comme Tolstoï ou Katkov, avait déjà joué son ôle elle avait énervéla société russe, engendré un chaos gêné entrem lé toutes les opinions dans une sorte de tras ^possible à définir, sans physionomie aucune, grftce auquel les socialistes et les démocrates mêm^s'p u-

sou, 1 égide du tzar, on pouvait massacrer les juifs elle propriéta^es. Il était temps qu'on cessM de Urer p fi du désordre et qu'on inaugurât l'ordre. L'Empereu cong dia Ighnatiev et appela le comte Tolstoï. .< Comte aura,t-il dit à cette occasion, vous êtes en Russie le seui homme queje puisse nommer ministre de l'intérieur .. Le comte Tolstoï répondit qu'il était ù la disposition du tzar, mais qu'il ignorait si ses vues auraient l'honneur de mériter l'approbation de .'Sa Majesté : „ Moi expl,qua-t-,l je ne comprends pas du tout la lîassie pa/sanne A mes yeux, la force de la Russie, comme celle de tous les pays, réside dans les classes éclairées et le développement civilisateur. Je reconnais

sincèreraentquej'aitoujoursétéradversairedesréformes du règne précédent. >, Le comte Tolstoï entend sous le nom de classes éclairées la classe noble, et sous celui de développement civilisateur , l'extension de la police • il laut savoir comprendre sa langue. Quoique l'Empereur eutjoué, toute une année, le rôle de tzar paysan, il approuva aveuglément les idées du comte qui ne pouvait comprendre la Russie paysanne. L^ politique poprdaire est laissée de côté, nous entrons dans la phase présente U parti réactionnaire s'était donc décidé à parti-

ciper ouvertement au gouvernement. Quelque temps encore, il s'abstint presque entièrement de toute activité et employa toutes ses forces à mener à bonne fin le couronnement de l'Empereur, événement qui, comme on le sait, s'effectua en pleine sécurité au milieu de quelques milliers de membres de la Sauvegarde d'une innombrable police et d'un prétendu peuple enrôlé à des prix très modérés. Ainsi se termina la lutte des deux partis par le triomphe complet des réactionnaires. Leurs efforts tendent maintenant à la consolidation de leur pouvoir et à l'établissement en Russie d'un ordre conforme à leurs idées. Les sociétés secrètes sont supprimées par le tzar. La police rentre dans la splière d'activité, qui lui est assignée par la loi et dont les limites sont infiniment plus élargies qu'en aucun autre temps. La législation commence à détruire une à une les frêles réformes d'Alexandre II. La presse est soumise à la censure ' ; l'autonomie des universités supprimée. Le jury se maintient à grand'peine en subissant plusieurs amoindrissements. Les rêveries de l'époque de Loris Mélikov et d'Igbnatiev sont enfouies sous terre . A cette marche triomphale de la réaction , il ne manque qu'une chose — le soutien de la société et du peuple. Elle tâche de se la donner en essayant de rendre la vie à la noblesse et au clergé. Les ressources du trésor public sont gaspillées par millions pour relever noblesse et clergé. Les réactionnaires complotent de livrer le Zemstvo aux mains de la noblesse, et l'école à celles du clergé. Pour relever l'esprit de caste de la noblesse, on

1. D'après la loi nouvelle, chaque journal ou revue est soumis à la censure après un avertissement.

déclare que la faveur du tzar serait dorénavent la source unique de cette haute dignité. On fonde une banque pour aidera l'extension de la propriété agraire des nobles, etc., etc.

Le travail de réaction est en pleine effervescence.

Que donnera- t-il pour résultat? La volonté de Katkov fera-t-elle de la Russie un pays de gentilshommes, jouissant paisiblement du calme sous la pression du poing policier ? ou bien cette tentative de faire prendre au courant une direction opposée finira-t-elle par une terrible explosion, pareille à celle que produit la vapeur hermétiquement enfermée dans une chaudière chauffée à blanc ?

APPENDICES

APPENDICES

APPENDICES

A Statistique du revenu iiationaL

B L'expression nihilistes.

G Sujets interdits par la censure.

D Ouvra''es cités.

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