La sagesse angélique sur la divine Providence
La Divine Providence esc te Gouvernement du Divin Amour et de la Divine Sagesse du Seigneur.
1. Pour que Ton comprenne ce que c'est que la Divine Providence, et qu'elle est le Gouvernemeot du Divin Amour et de la Divine Sagesse du Seigneur, il est important qu'on sache ce qui a déjà été dit et montré sur le Divin Amour et sur la Divine Sagesse dans le Traité sur ce sujet; ce sont les propositions suivantes : Dans le Seigneur le Divin Amour appartient a la Divine Sagesse, et la Divine Sagesse appartient au Divin Amour, N"' 3a a 39. Le Divin Amour et la Divine Sagesse' ne peuvent qu'être et exister dans d'aulres, créés par eus, N" a7 à 51. Toules les choses de l'Univers ont été créées par le Divin Amour et par la Divine Sagesse, N M 52, 53, 151 à 156. Toutes les choses de l'Univers sont des récipients du Divin Amour el de la Divine Sagesse, N" 55 à 60. Le Seigneur devant les Anges apparaît comme Soleil ; la Chaleur qui en procède est l'Amour, et ia Lumière qui en procède csl la Sagesse, N" 83 à 88; 89 à 92 ; 93 à 98 ; 296 a 301. Le Divin Amour et la Divine Sagesse, qui procèdent du Seigneur, font un, N™ 99 à 102. Le Seigneur de toute éternité, qui est Jéhovah, a créé de Lui- Meme, et non du néant, l'Univers et toutes les choses de l'Univers, K™ 282 à 284; 290 a 295. Ces propositions sont démontrées dans le Traité intitulé La Sagesse Angélique sur le Divin Ahocr et sua la Divine Sagesse,
2. D'après ces propositions conférées avec ce qui a été expliqué sur la Création dans ce même Traité, on peut voir, il est vrai, que c'est ie Gouvernement du Divin Amour elde la Divine Sagesse du Seigneur, qui csl appelé la Divine Providence; mais comme la il
s'agissait de la Création, el non delà Conservation de l'état des choses après In création, et que celte conservation est le gouvernement du Seigneur, c'est pour cela que ce sujet va être maintenant traite ici : mais, dans cet Article, il s'agira de la conservation de l'union du Divin Amour et de la Divine Sagesse, ou du Divin Bien et du Divin Vrai, dans les choses qui ont été créées; il en sera parlé dans cet ordre : I. L'Univers, avec toutes el chacune des choses qu'il contient, a été créé du Divin Amour par la Divine Sagesse. II. Le Divin Amour et la Divine Sagesse procèdent comme un du Seigneur. III. Cet un est en une sorte d'image dans toute chose créée. IV. Il est de la Divine Providence que toute chose créée soit, dans le commun et dans la partie, un tel un; et, si elle ne l'est pas, qu'elle le devienne. V. Le bien de l'amour n'est pas plus le bien qu'autant qu'il est uni au vrai de la sagesse, et le vrai de la sagesse n'est pas plus le vrai qu'autant qu'il est uni au bien de l'amour. VI. Le bien de l'amour non uni au vrai de la sagesse n'est pas le bien en soi, mais c'est un bien apparent; et le vrai de la sagesse non uni au bien de l'amour n'est pas le vrai en soi, mais c'est un vrai apparent. VII. Le Seigneur ne souffre pas que quelque chose soit divisé, c'est pourquoi toute chose doit être ou dans le bien et en même temps dans le vrai, ou dans le mal et en même temps dans le faux. VIII. Ce qui est dans le bien et en même temps dans le vrai est quelque chose, et ce qui est dans le mal et en même temps dans le faux n'est pas quelque chose. IX. La Divine Providence du Seigneur fait que le mal et en même lemps le faux servent pour l'équilibre, pour la relation et pour la purification, et ainsi pour la conjonction du bien et du vrai chez d'autres.
3. I. L'Univers, avec toutes et chacune des choses qu'il contient} a Été crié du Divin Amour par la Divine Sagesse. Que le Seigneur de toute éternité, qui est Jéhovah, soit quant à l'Essence le Divin Amour et la Divine Sagesse, et que de Soi il ait Lui- Mcme créé l'Univers et toutes les choses de l'univers, c'est ce qui a été démontré dans le Traité du Divin Amour et de la Divine Sagesse ; de là résuite celte proposition, que l'Univers, avec toutes et chacune des choses qu'il contient, a été créé du Divin Amour par la Divine Sagesse. Dans le Traité susnommé, il a aussi été démontré que sans la sagesse l'Amour ne peut rien faire, et que sans
l'amour la Sagesse De peut non plus rien Taire ; car l'amour sans la sagesse, ou la volonté sans l'entendement, ne peut rien penser, et même ne peut rien voir ni sentir, ni rien prononcer, c'esl.pourquoi ausat l'amour sans la sagesse, ou la volonté sans l'entendement ne peut rien faire; pareillement la sagesse sans l'amour, ou l'entendement sans la volonté, ne peut rien penser, et ne peut rien voir ni sentir, ni même rien prononcer, c'est pourquoi la sagesse sans l'amour, ou l'entendement sans la volonté, ne peut rien faire ; en effet, si l'amour est enlevé, il n'y a plus aucun vouloir, ni par conséquent aucun faire. Puisque cela existe chez l'homme lorsqu'il fait quelque chose, a plus forte raison cela a existé chez Dieu, qui est l'Amour Même et la Sagesse Même, lorsqu'il a créé et fait l'univers et toutes les choses de l'univers. Que l'Univers, avec toutes et chacune des choses qu'il contient, ait été créé du Divin Amour par la Divine Sagesse, cela peut être confirmé par tout ce qui se présente à la vue dans le monde : Prends seulement quelque objet en particulier, et examine-le avec quelque sagesse, et tu seras confirmé ; prends un arbre, ou sa semence, ou son fruit, ou sa fleur, ou sa feuille ; et, recueillant ce qu'il y a de sagesse chez toi, regarde cet objet avec un bon microscope, et tu verras des merveilles ; et les intérieurs, que tu ne vois pas, sont encore plus admirables : considère l'ordre dans sa succession, comment l'arbre crott depuis la semence jusqu'à une nouvelle semence ; et examine si dans toute succession il n'y a pas un continuel effort pour se propager plus avant, car le dernier où il tend, est la semence, dans laquelle son prolifique est de nouveau : si même alors lu veux penser spirituellement, — tu le peux si tu le veux, — n'y verras-tu pas la sagesse? et encore, si tu veux penser spirituellement jusque là, tu verras que ce prolifique ne vient pas dé la semence, ni du Soleil du monde, qui est pur feu, mais qu'il est dans la semence par Dieu Créateur, à qui appartient la Sagesse infinie, et que non-seulement il y était alors qu'elle a été créée, mais qu'il y est continuellement depuis; car la sustentation est une perpétuelle création, de même que la subsistance est une perpétuelle existence : il en est de cela comme quand de l'acte tu ôtes la volonté, l'œuvre cesse ; ou quand de la parole tu Otes la pensée, la parole cesse ; ou quand du mouvement lu ôtes l'effort, le mouve-
ment cesse ; en un mot, quand de l'effet tu ôtes la cause, l'effet périt; et ainsi du reste. Dans tout ce qui a été créé il a été mis, il est vrai, une force; mais la force De fait rien d'elle-même, elle agit d'après celui qui a mis la force. Regarde encore quelque autre sujet sur la terre, par exemple, un ver à soie, une abeille, ou un autre animalcule, et «amine-le d'abord naturellement, ensuite rationnellement, el enfin spiriluellement ; et alors, si tu peux penser profondément, tu seras saisi d'admiration pour tout ce qui le compose ; et si tu laisses parler en toi la sagesse, lu diras dans ton admiration : « Qui est-ce qui ne voit pas là du Divin ? Tout y appartient à la Divine Sagesse, n Tu seras encore plus émerveillé, si tu considères les usages de toutes les choses qui ont été créées; comment , dans leur ordre , ils vont successivement jusqu'à l'homme, et de l'homme au Créateur à quo (de qui ils proviennent) ; et que de la conjonction du Créateur avec l'homme dépend l'enchaînement de toutes choses, et, si tu veux le reconnaître, la conservation de loutes choses. Que le Divin Amour ait créé loutes choses, mais n'ait rien créé sans la Divine Sagesse, on le verra dans ce qui suit.
il. II. Le Divin Amour et la Divine Sagesse procèdent comme un du Seigneur. Cela est encore évident d'après ce qui a été démontré dans le Traité dd Divin Amour et de la Divins Sagesse, surtout d'après ces Articles : L'Être et l'Exister dans le Seigneur sont distinctement un, K™ 14 à 17. Dans le Seigneur les infinis sont distinctement un, li" 17 à 22. Le Divin Amour apparlient a la Divine Sagesse, el la Divine Sagesse appartient au Divin Amour, N" 34 à 39. L'Amour sans un mariage avec la Sagesse ne peut faire aucune chose, N" 401 à 403. L'Amour ne fait rien qu'en conjonction avec la Sagesse, N" 409, 410. La Chaleur spirituelle et la Lumière spirituelle en procédant du Seigneur corn me Soleil fdntun, comme le Divin Amour et la Divine Sagesse dans le Seigneur sont un, K" 99 à 102 ; d'après ce qui a été démontré dans ces Articles, on voit clairement la vérité de cette proposition. Mais comme ou ne sait pas comment deux choses distinctes entre elles peuvent agir comme un, je vais montrer ici qu'un un ( unum) n'existe pas sans une forme, mais que la forme elle-même fait cet un; et aussi que la forme fait un un d'autant plus parfaitement, que les choses qui
SUIt LA DIVINE PROVIDENCE. 5
CDtrent dans la forme sont distinctement différentes, ei cependant unies. 1" (In un n'existe pas sans une forme, mais ta forme ellemême fait cet un : Quiconque pense avec une tension du mental peut voir clairement qu'un un n'existe pas sans une forme, et que s'il existe il y a une forme; en effet, tout ce qui existe tient de la forme ce qui est appelé qualité, et aussi ce qui est appelé attribut ; puis, ce qui est appelé changement d'état, comme aussi ce qui est appelé relation, et autres choses semblables; c'est pourquoi ce qui n'est pas dans une forme n'appartient à aucune affection, et ce qui n'appartient a aucune affection n'appartient à aucune chose ; la forme elle-même donne tout cela : et comme toutes les choses qui sont dans une forme, si la forme est parfaite, se regardent muluellemeut, comme dans une chaîne un chaînon regarde un chaînon, il s'ensuit que la forme elle-même fait un un, et ainsi mi sujet, auquel on peut attribuer qualité, état, affection, par conséquent quelque chose, selon la perfection de la forme. Est un tel un tout ce qu'on voit des yeux dans le monde, et est aussi un tel un tout ce qu'on ne voit pas des yeux, soit dans la nature intérieure, soit dans le monde spirituel ; est un tel un l'homme, et est un tel un la société humaine ; et est un tel un l'Église, et aussi tout le Ciel Angélique devant le Seigneur ; en un mot, est un tel un l'univers créé, non-seulement dans le commun, mais aussi dans tout particulier. Afin que toutes choses, en général cl en particulier, soient des formes, il est indispensable que Celui qui a créé toutes les choses soit la Forme elle-même, et que de cette Forme même viennent toutes les choses qui ont été créées dans des formes : c'est lù par conséquent ce qui a été démontré dans le Traité du Divin A nous et de la Divine Sagesse, par exemple, dans ces Articles : Le Divin Amour et la Divine Sagesse sont une substance et une forme, IV" au à Û3. Le Divin Amour et la Divine Sagesse sont la substance en soi et la forme en soi, ainsi le soi-même et l'unique, IN"' ail a 46. Le Divin Amour et la Divine Sagesse dans le Seigneur sont un, S* la a 17 ; 18 à 22. Ils procèdent du Seigneur comme un, H" 99 il 102 ; et ailleurs. 2" La forme fait un un d'autant plus parfaitement , que les choses tjui entrent dans la forme sont distinctement différentes, et cependant unies : Ceci tombe difficilement dans l'entendement, si l'en lendemenl n'a pas été élevé, 1*.
car l'apparence est, que la forme ne peut faire un un que par des ressemblances d'égalité des choses qui constituent la forme : je me suis très-souvent entretenu de ce sujet avec les Anges ; ils m'ont dit que c'est là un arcane que leurs sages perçoivent clairement, et que ceux qui sont moins sages perçoivent obscurément ; mais que la vérité est, que la forme est d'autant plus parfaite que les choses qui la font sont distinctement différentes, et néanmoins unies d'une manière singulière : ils confirmaient cela par les sociétés dans tes cieux, lesquelles prises ensemble constituent la forme du ciel ; et par les Anges de chaque société, en ce que plus chaque ange est distinctement soi, ainsi libre, et aime par conséquent les consociés comme de soi-même et d'après son affection, plus la forme de la société est parfaite ; ils illustraient aussi cela par le mariage du bien et du vrai, en ce que plus le bien et le vrai sont distinctement deux, plus ils peuvent faire parfaitement un ; pareillement l'amour et la sagesse; et en ce que le non-distinct est le confus, d'où résuite toute imperfection de la forme. Mais comment des choses parfaitement distinctes sont unies, et ainsi font un, ils le confirmaient aussi par plusieurs exemples, principalement par ce qui est dans l'homme, où des choses innombrables sont ainsi distinctes et néanmoins unies, distinctes par des enveloppes, et unies par des ligaments : il en est de même de l'amour et de toutes les choses de l'amour, et de la sagesse et de toutes les choses de la sagesse, qui ne sont perçus que comme un. Voir de plus grands détails sur ce sujet dans le Traité nu Divin Amour et la Divine Sagesse, Pi" iti à 22 ; et dans l'Ouvrage du Ciel et de l'Enfer, Pi"' 56 et U89. Ceci a été rapporté, parce que c'est de la Sagesse Angélique.
5. III. Cet un est en une sorte d'image dans toute chose créée. Que le Divin Amour et la Divine Sagesse, qui dans le Soigneur sont un et procèdent de Lui comme un, soient en une sorte d'image dans toute chose créée, on peut le voir d'après ce qui a été démontré çà et là dans le Traité ne Divin Amour et de la Divine Sagesse, et surtout d'après ce qu'on y lit, N" Kl à 51 ; 5Zi à 60; 282 a 281; 290 à 295; 316 à 318; 319 à 326; 3îi9à 357; dans ces passages il a été montré que le Divin est dans toute chose créée, parce que Dieu Créateur, qui est le Seigneur de toute éter-
nité, a produit de Soi-Meme le Soleil du Monde Spirituel, el par ce Soleil toules les choses de l'Univers; que par conséquent ce Soleil, qui a été produit du Seigneur et dans lequel est le Seigneur, est non-seulement la première, mais aussi l'unique substance dont toutes choses proviennent; et comme c'est l'unique subslance, il s'ensuit que cette substance est dans toute chose créée, mais avec une infinie variété selon les usages. Maintenant, puisque il y a dans le Seigneur le Divin Amour et la Divine Sagesse, et dans le Soleil procédant du Soigneur le Divin feu et la Divine splendeur, et par le Soleil la chaleur spirituelle et la lumière spirituelle, et que ces deux font un, il en résulte que cet un est en une sorte d'image dans toute chose créée. C'est de là que toutes les choses qui sont dans l'univers se réfèrent au Bien et au Vrai, el mèine à la conjonction du bien et du vrai, ou, ce qui revient au même, que toutes choses dans l'univers se réfèrent à l'Amour et à la Sagese, et à la conjonction de l'amour et de la sagesse, car le bien appartient à l'amour, et le vrai appartient a la sagesse ; en effet, l'amour appelle bien tout ce qui est à lui, et la sagesse appelle vrai tout ce qui est a elle ; que leur conjonction soit dans toute chose créée, on le verra dans ce qui suit
6. il est reconnu par plusieurs qu'il y a une subslance unique, qui est aussi la première, de laquelle proviennent toutes choses ; mais quelle est cette substance, on ne le sait pas; on croit qu'elle est tellement simple, qu'il n'y a rien de plus simple, et qu'elle peut être assimilée au point, qui n'a aucune dimension, et. que c'est d'un nombre infini de ces points qu'ont existé les formes de dimension : mais cela est une illusion qui lire son origine de l'idée de l'espace; car c'est d'après cette idée qu'un lel point trèspetit se présente : mais néanmoins la vérité est que, plus quelque chose est simple et pur, plus cela est complet et plein ; ce qui fait que, plus on regarde intérieurement un objet, plus on y découvre des choses admirables, parfaites et belles; el qu'ainsi dans la substance première il y a les choses les plus admirables, les plus parfaites et les plus belles. Qu'il en soit ainsi, c'est parce que la première subslance vient du Soleil spirituel, qui, comme il a été dit, procède du Seigneur et dans lequel est le Seigneur, ainsi Tunique substance est ce Soleil lui-même, qui n'étanl pas dans l'espace est
tout dans toutes choses, et dans les très-grands et les très-petits de l'Univers créé. Puisque ce Soleil est la substance première et unique, de laquelle proviennent toutes choses, il s'ensuit qu'en elle il y a des clioses Infinimenl plus nombreuses que celles qui peuvent être vues dans les substances qui en proviennent, lesquelles sont appelées des substanciés et enfin matières : si celleslà ne peuvent pas être vues dans celles-ci, c'est parce qu'elles descendent de ce Soleil par des degrés d'un double genre, selon lesquels toutes les perfections décroissent : c'est de là que, comme il a déjà élé dit, plus on regarde intérieurement un objet, plus on y découvre des choses admirables, parfaites et belles. Ceci a été dit pour confirmer que le Divin est en une sorte d'image dans toute- chose créée, mais qu'il est vu de moins en moins en descendant par les degrés, et encore moins quand le degré inférieur séparé du degré supérieur par occlusion est obstrué par des matières terrestres. Mais ceci ne peut que paraître obscur, à moins qu'on n'ait lu et compris ce qui a été démontré, dans le Traité du Divin Amour et de la Divine Sagesse, sur le Soleil spirituel, K™ 83 à 172; sur les Degrés, N" 173 à 281; et sur la Création de l'Univers, N" 282 a 357.
7. IV. Il est de ta Divine Pixioidence que toute chose créée soit, dans le commun et dans ta partie, un tel un; et, si elle ne l'est pas, qu'elle te devienne, c'est-a-dire, que dans toute chose créée il y ait quelque chose du Divin Amour et en même temps de la Divine Sagesse, ou, ce qui revient au même, que dans loule chose créée il y ait le bien et le vrai, ou la conjonction du Lien et du vrai : comme le bien appartient a l'amour, et que le vrai appartient à la sagesse, ainsi qu'il a élé dit ci-dessus, N° 5, c'est pour cela que dans la suite, au lieu de l'amour et de la sagesse il sera souvent dit le bien et le vrai, et au lieu de l'union de l'amour et de la sagesse, le mariage du bien et du vrai.
8. D'après l'Article qui précède, il est évident que le Divin Amour et la Divine Sagesse qui dans le Seigneur sont un, et qui procèdent du Seigneur comme un, sont en une sorte d'image dans toute chose créée par Lui; maintenant, il sera dit aussi quelque chose de cet un, ou de l'union qui est appelée mariage du bien et du vrai. L Ce mariage est dans le Seigneur Lui-Mémc; car, ainsi
qu'il a été dit, le Divin Amour et la Divine Sagesse on Lui sont un. Q. Il vient du Seigneur, car dans tout ce qui procède du Seigneur il y a l'amour et la sagesse entièrement unie ; ces deux procèdent du Seigneur comme Soleil, le Divin Amour comme Chaleur, et la Divine Sagesse comme Lumière. II L Ils sont reçus par les Anges, il est vrai, comme deux, mais ils sont unis chez eux par !e Seigneur : il en est de même chez les hommes de l'Église. IV. C'est de l'influx de l'amour et de la sagesse procédant comme un du Seigneur chez les anges du Ciel et chez les hommes de l'Église, et de la réception de cet amour et de cette sagesse par les anges et par les hommes, que le Seigneur dans la Parole est appelé Fiancé et Mari, et que le Ciel et l'Église sont appelés Fiancée et Épouse. V. Autant donc le Ciel et l'Église dans le commun, et l'ange du Ciel et l'homme de l'Église dans le particulier, sont dans cette union, ou dans le mariage du bien et du vrai, autant ils sont l'image et la ressemblance du Seigneur, puisque ces deux dans le Seigneur sont un, et même sont le Seigneur. VI. L'amour et la sagesse dans le Ciel et dans l'Église dans le commun, et dans l'Ange du Ciel et dans l'homme de l'Église dans le particulier, sont un, quand la Volonté et l'Entendement, ainsi quand le bien et le vrai font un ; ou, ce qui est la même chose, quand la charité et la foi font un; ou, ce qui est encore la même chose, quand la doctrine d'après la Parole et la vie selon celte doclrine font un. VII. Mais comment ces deux font un dans l'homme et dans toutes les choses de l'homme, cela a été montré dans le Traité du Divin Amour et de la Divine Sagesse, Cinquième Partie, où ii a été question de la Création de l'homme, et principalement de la Correspondance de la volonté et de l'entendement avec le cœur et le poumon. fi™ 385 a 432.
9. Mais comment ils font un dans les choses qui sont au-dessous ou hors dé l'homme, tant dans celles qui sont dans le Règne animal, que dans celles qui sont dans le Règne végétal, cela sera dit ça et là dans la suite; il faut que ces trois points soient auparavant exposés : Premièrement; que dans l'univers et dans toutes et chacune des choses de l'univers, qui ont éLé créées par le Seigneur, il y a eu le mariage du bien et du vrai. Secondement; que ce mariage après la création a été désuni chez l'homme. Troisiè-
memekt; qu'il est de la Divine Providence, que ce qui a été désuni devienne un, et qu'ainsi le mariage du bien et du vrai soit restauré. Ces trois points ont été confirmés de plusieurs manières dans le Traité du Divin Amour et de la Divine Sagesse; c'est pourquoi ii est inutile de les confirmer davantage : chacun aussi, d'après la raison, peu t voir que le mariage du bien et du vrai ayant été par la création dans toute chose créée, et ce mariage ayant ensuite été désuni, le Seigneur opère continuellement pour qu'il soit restauré ; que par conséquent sa restauration, et par suite la conjonction de l'univers créé avec le Seigneur au moyen de l'homme, sont l'œuvre de la Divine Providence.
10. V. Le bien de l'amour n'est pas plus le bien qu'autant qu'il est uni au vrai de la sagesse, et te vrai de ta sagesse n'est pas plus le vrai qu'autant qu'il est uni au bien de l'amour. Le bien et le vrai tirent cela de leur origine ; le bien dans son origine est dans le Seigneur, pareillement le vrai, parce que le Seigneur est le Bien même et le Vrai même, et que ces deux en Lui sont un ; de là vient que le bien chez les Anges du ciel et chez les hommes de la terre n'est le bien en soi, qu'autant qu'il a été uni au vrai, et que le vrai n'est le vrai en soi, qu'autant qu'il a été uni au bien. Que tout bien et tout vrai vienne du Seigneur, cela est connu; ainsi, comme le bien fait uu avec le vrai, et le vrai avec le bien, il s'ensuit que,'pour que le bien soit le bien en soi, et que le vrai soit le vrai en soi, il faut qu'ils fassent un dans le récipient, qui est l'ange du ciel et l'homme de la terre.
11. On sait, il est vrai, que toutes choses dans l'univers se réfèrent au bien et au vrai, parce que par le bien il est entendu ce qui universellement embrasse et enveloppe toutes les choses de l'amour, et que par le vrai il est entendu ce qui universellement embrasse et enveloppe toutes les choses de la sagesse ; mais on ne sait pas encore que le bien n'est pas quelque chose s'il n'est pas uni au vrai, et que le vrai n'est pas quelque chose s'il n'est pas uni au bien : a la vérité, il semble que le bien soit quelque chose sans le vrai, et que le vrai soit quelque chose sans le bien, mais néanmoins cela n'est pas : en effet, l'amour, dont toutes les productions sont appelées biens, est l'Être de la chose, et la Sagesse, dont toutes les productions sont appelées vrais, est l'Exister de la
chose d'après cet Être, comme il a été montré dans le Traité du Divih Aarotm et de la Divine Sagesse, N°'lAàl6;c'est pourquoi.de même que l'Être sans l'Exister n'est pas quelque chose, ni l'Exister sans l'Être, de même le bien sacs le vrai n'est pas quelque chose.ni le vrai sans le bien. Pareillement, qu'est-ce que le bien sans une relation à quelque chose? est-ce qu'il peut être appelé bien? car il n'appartient a aucune affection ni à aucune perception; cela qui, conjointement avec le bien, affecte et se fait percevoir et sentir, se réfère au vrai parce que cela se réfère à ce qui est dans l'entendement; dis a quelqu'un nûnient « le bien, » et non pas » ceci ou cela est un bien, s le bien esl-il quelque chose? mais d'après ceci ou cela, qui est perçu comme étant un avec le bien, il est quelque chose; cette union au bien ne se fait. pas ailleurs que-dans l'entendement, et le tout de l'entendement se réfère au vrai. Il en est de même du vouloir; le vouloir sans le savoir, sans le percevoir et sans !e penser de ce que veut l'homme, n'est pas quelque chose, mais avec ces trois il devient quelque chose; le tout du vouloir appartient à l'amour et se réfère au bien, et le tout du savoir, du percevoir et du penser appartient è l'entendement et se réfère au vrai ; de là il est évident que vouloir n'est pas quelque chose, mais que vouloir ceci ou cela est quelque chose. 11 en est de même de tout usage, parce que l'usage est le bien; l'usage, s'il n'a pas été déterminé vers une chose avec laquelle il soit un, n'est pas un usage, ainsi n'est pas quelque chose; l'usage tire de l'entendement son quelque chose; et ce qui par suite est conjoint ou adjoint à l'usage se réfère au vrai, d'où l'usage lire sa qualité. D'après ces quelques explications, on peut voir que le bien sans le vrai n'est pas quelque chose, qu'ainsi le vrai sans le bien n'est pas non plus quelque chose. 11 est dit que le bien avec le vrai et le vrai avec le bien sont quelque chose, d'où il suit que le mal avec le faux et le faux avec le mal ne sont pas quelque chose, car ceux-ci sont opposés à ceux-là, et l'opposé détruit, ici il détruit le quelque chose; mais il sera parlé de ce sujet dans la suite.
12. Hais il existe un mariage du bien et du vrai dans la cause, et il existe un mariage du bien et du vrai d'après la cause dans l'effet; le mariage du bien et du vrai dans la cause est le mariage de la volonté et de l'enlendement, ou de l'amour et de ia sagesse;
dans tout ce que l'homme veut et pense, et que par suite il conclut et se propose, il y a ce mariage ; ce mariage entre dans l'effet et il le produit; mais, en effectuant, ces deux apparaissent distincts, parce que le simultané alors fait le successif : par exemple, quand l'homme a la volonté el la pensée de se nourrir, de se vêtir, de se loger, de faire un commerce ou un ouvrage, de converser, alors en même temps d'abord il veut et pense, ou il conclut et se propose; quand il a déterminé ces choses dans des effets, alors l'un succède à l'autre, mais néanmoins ils font un continuellement dans la volonté et dans la pensée : les usages dans ces effets appartiennent a l'amour ou au bien, les moyens pour les usages appartiennent à l'entendement ou au vrai. Chacun peut confirmer ces exemples généraux par des exemples spéciaux, pourvu qu'il perçoive distinctement ce qui se réfère au bien de l'amour et ce qui se référé au vrai de la sagesse, et distinctement comment cela se réfère dans la cause, et comment cela se réfère dans l'effet
13. Il a été dit quelquefois, que l'amour fait la vie de l'homme, mais il n'est pas entendu l'amour séparé de la sagesse, ou le bien séparé du vrai dans la cause, parce que l'amour séparé, ou le bien séparé, n'est pas quelque chose; c'est pourquoi l'amour qui fait la vie intime de l'homme, laquelle vient du Seigneur, est l'amour el la sagesse ensemble, même l'amour qui fait la vie de l'homme, en tant qu'il est récipient; et il n'y a pas amour séparé dans la cause, mais dans l'effet ; car l'amour ne peut pas être entendu sans sa qualité, et sa qualité est la sagesse ; la qualité ou la sagesse ne peut exister que d'après son Être, qui est l'amour; de là vient qu'ils sont un ; il en est de même du bien et du vrai. Maintenant, comme le vrai vient du bien, de même que h sagesse vient de l'amour, voilà pourquoi les deux pris ensemble sont appelés amour ou bien, car l'amour dans sa forme est la sagesse, et le bien dans sa forme est le vrai; toute qualité vient de la forme et non d'ailleurs. D'après ces explications, on peut maintenant voir que le bien n'est pas plus le bien qu'autant qu'il a été uni à son vrai, et que le vrai n'est pas plus le vrai qu'autant qu'il a été uni à son bien.
1 ù. VI. Le bien de l'amour non uni au vrai de ta sagesse n'est paslebien en soi,mais c'est un bien apparent ;ct te vrai de la sa-
gesscnon uni au bien dcl'amourn'estpaslevraicnsoi,maisc'est un vrai apparent. La vérité est, qu'il n'y a aucun bien qui soit le bien en soi s'il n'est pas uni à son vrai, ni aucun vrai qui soit le vrai en soi s'il n'est pas uni à son bien ; cependant il y a un bien séparé du vrai, et un vrai séparé du bien ; c'est chez les hypocrites et les flatteurs, chez les méchants quels qu'ils soient, et chez ceux qui sont dans le bien naturel sans être dans aucun bien spirituel ; les uns et les autres peuvent faire le bien envers l'Église, la Patrie, une Société, le Concitoyen, les Indigents, les Pauvres, les Veuves et les Orphelins, et ils peuvent aussi comprendre les vrais, y penser d'après l'entendement, en parler et les enseigner d'après la pensée; mais cependant ces biens et ces vrais ne sont pas intérieurement, ni par conséquent en soi, des biens et des vrais chez eux, mais ils sont extérieurement des biens et des vrais, ainsi seulement des biens et des vrais en apparence, car ils sont seulement pour eux et pour le monde, et non pour le bien même et pour le vrai même, par conséquent non d'après le bien et le vrai, aussi appartiennent-ils seulement à la bouche et au corps, et non au cœur; et ils peuvent être comparés à de l'or et à de l'argent couverts de scories, ou à du bois pourri, ou à du fumier; et les vrais énoncés peuvent être comparés au souffle de la respiration qui est dissipé, ou à un feu follet qui s'évanouit ; néanmoins a l'extérieur ils apparaissent comme réels : ils apparaissent tels chez eux, mais toutefois ils peuvent apparaître autrement chez ceux qui écoutent et reçoivent sans savoir qu'ils sont tels, car l'externe affecte chacun selon l'interne de chacun ; en effet, le vrai entre dans l'ouïe d'autrui, quelle que soit la bouche qui le prononce, et il est reçu par le mental selon l'état et la qualité du mental. Chez ceux qui sont dans le bien naturel d'après l'héréditaire, et qui ne sont dans aucun bien spirituel, la chose est presque semblable; car l'interne de tout bien et de tout vrai est spirituel, et ce spirituel dissipe les faux et les maux; mais le naturel seul les favorise; or, favoriser les maux et les faux, et faire le bien, cela ne concorde pas.
15, Si le bien peut être séparé du vrai, et le vrai être séparé du bien , et si après la séparation ils peuvent se présenter comme bien et comme vrai, c'esj parce que l'homme a la faculté d'agir,
qui est appelée Liberté, et la faculté de comprendre, qui est appelée Rationalité ; c'est par l'abus de ces facultés que l'homme peut se montrer dans les externes tout autre qu'il n'est dans les internes; que par conséquent le méchant peut faire le bien et dire le vrai, ou que le diable peut contrefaire l'ange de lumière. Mais, sur ce sujet, voir dans le Traité du Divin Amour et de la Divine Sagesse les Articles suivants : L'origine du mal vient de l'abus des facultés qui sont propres a l'homme, et sont appelées Rationalité et Liberté, Pi" 264 a 270. Ces deux facultés sont aussi bien chez les méchants que chez les bons, PT £25. L'amour sans le mariage avec la sagesse, ou le bien sans le mariage avec le vrai, ne peut rien faire, N° 401. L'amour ne fait rien qu'en conjonction avec la sagesse ou l'entendement, Pi° 409. L'amour se conjoint a la sagesse ou a l'entendement, et fait que la sagesse ou l'entendement est réciproquement conjoint, Si" 410, 411, 412. La sagesse ou l'entendement, d'après la puissance que lui donne l'amour, peut être élevée, et percevoir les choses qui appartiennent à la lumière procédant du ciel, et les recevoir, N° 413. L'amour peut pareillement être élevé, et recevoir les choses qui appartiennent à la chaleur procédant du ciel, s'il aime la sagesse, son épouse, dans ce degré, H" 414, 416. Autrement l'amour retire de son élévation la sagesse ou l'entendement, pour qu'il agisse comme un avec lui, N" 416 à 418. L'amour est puriBé dans l'entendement, s'ils sont élevés ensemble ; et il est souillé dans l'entendement et par l'entendement, s'ils ne sont pas élevés ensemble, Pi" 419 a 421. L'amour, purifié par la sagesse dans l'entendement, devient spirituel et céleste ; mais l'amour souillé dans l'entendement, devient sensuel et corporel. Pi" 422 à 424. H en est de la charité et de la foi, et de leur conjonction, comme de l'amour et de la sagesse et de leur conjonction, EN'" 427 à 430. Ce que c'est que la charité dans les deux, PJ° 431.
16. VÎL Le Seigneur ne souffre pas que quelque chose soit divisé, c'est pourquoi toute cliose doit être ou dans le bien et en même temps dans te vrai, ou dans le mal et en même temps dans le faux. La Divine Providence du Seigneur a principalement pour fin, que l'homme soit dans le bien et en même temps dans le vrai, et elle agit dans cetLe fin ; car ainsi l'homme est son bien
el son amour, et aussi son vrai et sa sagesse ; en effet, par là l'homme est homme, car alors il est l'image du Seigneur : mais comme l'homme, lanl qu'il vit dans le monde, peut être dans le Lien et en même temps dans le faux, et aussi être dans le mal el en même temps dans le vrai, et même être dans !e ma! et en même temps dans le bien, par conséquent comme double, el que celte division détruit cette image el ainsi l'homme, en conséquence la Divine Providence du Seigneur lend, dans loutes et dans chacune de ses opérations, à ce que celle division n'ait pas lieu : el comme il vaut mieux pour l'homme être dans le mal et en même temps dans le faux, que d'être dans le bien et en même temps dans !e mal, c'est pour cela que le Seigneur permet qu'il soit dans cet état-là, non comme le voulant, mais comme ne pouvant s'y opposer à cause de la fin, qui est la salvation. Que l'homme puisse être clans le mal et en même lemps dans le vrai, et que le Seigneur ne puisse s'y opposer à cause de la fin qui est la salvation, c'esl parce que l'entendement de l'homme peul être élevé dans la lumière de la sagesse, et voir les vrais, ou les reconnaître lorsqu'il les entend, son amour restant en bas ; car ainsi l'homme peut être par l'entendement dans le ciel, mais par l'amour dans l'enfer; et il ne peut être refusé à l'homme d'être tel, parce qu'il ne peut pas être privé des deux facullés par lesquelles il esl homme et distingué des bêtes, et par lesquelles seules il peut être régénéré el par conséquent sauvé, à savoir, la Rationalité et la Liberté; car par elles l'homme peut agir selon la sagesse, et aussi agir selon un amour qui n'appartient pas à la sagesse, et il peut d'après la sagesse en haut voir l'amour en bas, et ainsi les pensées, les intentions, les affeclioDs, par conséquent les maux et les faux, el aussi les biens et les vrais de sa vie et de sa doctrine, sans la connaissance et sans la reconnaissance desquels en soi il ne peut être réformé. Il a déjà été parlé de ces deux facullés, et il en sera parlé davantage dans la suite. Telle est la cause pour laquelle l'homme peut être dans le bien et en même temps dans le vrai, et être dans le mal et en même temps dans le faux, et aussi êlre dans le bien et en même temps dans le faux, et êlre dans le mal et en même temps dans le vrai.
17. L'homme dans le monde peut difficilement venir dans l'une ou l'autre conjonction ou union, c'est-à-dire, dans celle du bien
et du vrai, ou daus celle du mal et du faux, car tant qui! vit dans le inonde, il est tenu dans l'état de réformation ou de régénération ; mais tout homme après la mort vient dans l'une ou dans l'autre conjonction, parce qu'alors il ne peut plus être réformé et régénéré ; alors il reste tel qu'a été pour lui la vie dans le monde, c'est-à-dire, tel qu'a été pour lui l'amour régnant; si donc la vie de l'amour du mal a été en lui, alors lui est ôté tout vrai qu'il s'était acquis dans le monde d'après un maître, d'après la prédication ou d'après la Parole, et le vrai étant été il se remplit du faux qui concorde avec son mal, comme une éponge s'imbibe d'eau ; et, au contraire, si la vie de l'amour du bien a été en lui, alors est éloigné de lui tout faux qu'il avait pris dans le monde en écoutant et en lisant, et qu'il n'avait pas confirmé en lui, et à la place du faux est donné un vrai qui concorde avec son bien. Cela est entendu par ces paroles du Seigneur : n Otcz-lui le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents ; car à quiconque a, il sera donné, afin qu'il ait abondamment ; mais à celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera ôté. » — Matth. XXV. 28, 29. XIIL 12. Marc, IV. 25. Luc, YLTL 18. XIX. 2a à 26.
18. Si chacun après la mort doit être ou dans le bien et en même temps dans le vrai, ou dans le mal et en même temps dans le faux, c'est parce que le bien et le mal ne peuvent être conjoints, ni le bien et en même temps le faux du mal, ni le mal et en même temps le vrai du bien, car ils sont opposés, et les opposés combattent entre eux, jusqu'à ce que i'un détruise l'autre. Ceux qui sont dans le mal et en même temps dans le bien sont entendus par ces paroles du Seigneur à l'Église des Laodicéens, dans l'Apocalypse :<t Je connais tes œuvres, que ni froid tu n'es, ni chaud ; mieux vaudi-ait que froid tu fusses, ou chaud ; mais parce que titde tu es, et ni froid ni chaud, il arrivera que je te vomirai de ma bouche. » — III. 15, 16 : — et aussi par ces paroles du Seigneur : « Nul ne peut deux maîtres servir, car ou l'un il haïra et l'autre il aimera, ou à l'un il s'attachera et l'autre il négligera, a ~ Matth. VI. 2/i.
1S. VIII. Ce qui est dans le bien et en même temps dans le vrai est quelque chose, et ce qui est dans te mal et en même temps dans le faux n'est pas quelque chose. Que ce qui est dans
le bien et en même temps dans le vrai soit quelque chose, on le voit ci-dessus, N° 11, d'où il suit que le mal et en même temps le faux ne sont pas quelque chose. Par ne pas Être quelque chose, il est entendu n'avoir rien de la puissance, ni rien de la vie spirituelle : ceux qui sont dans le mal et en même temps dans le faux, lesquels sont tous dans l'enfer, ont, il est vrai, de la puissance entre eux, car le méchant peut faire du mal, et il en fait aussi de mille manières, cependant d'après le mal il ne peut faire du mal qu'aux méchants, mais il ne peut faire aucun mal aux bons, et s'il fait du mal aux bons, ce qui arrive quelquefois, c'est par conjonction avec leur mal ; de la viennent les tentations, qui sont des infeslations par les mâchants chez l'homme, et par conséquent des combats par lesquels les bons peuvent être délivrés de leurs maux. Comme il n'y a rien de la puissance chez les méchants, il en résulte que devant le Seigneur tout l'enfer est non-seulement comme rien, mais n'est absolument rien quant à la puissance; que cela soil ainsi, c'est ce que j'ai vu confirmé par un grand nombre d'expériences. Mais une chose surprenante, c'est que tous les méchants se croient puissants, et que tous les bons se croient sans puissance ; cela vient de ce que les méchants attribuent tout à la propre prudence, et ainsi à l'astuce et à la malice, et n'attribuent rien au Seigneur ; et que les bons n'attribuent rien à la propre prudence, mais attribuent tout au Seigneur, qui est Tout-Puissant. Que le mal et le faux ne soient pas quelque chose, c'est aussi parce qu'en eux il n'y a rien de la vie spirituelle; c'est pour cette raison que la vie des infernaux est appelée non pas vie, mais mort; pui3 donc que tout ce qui est quelque chose appartient à la vie, êlre quelque chose ne peut pas appartenir à la mort.
20. Ceux qui sont dans le mal et en même temps dans les vrais peuvent être comparés à des aigles qui volent haut, et qui tombent lorsque les ailes leur ont été ôtées : en effet, pareillement agissent après la mort, lorsqu'ils sont devenus esprits, les hommes qui ont compris les vrais, en ont parlé, et les ont enseignés, et cependant n'ont nullement porté leurs regards vers Dieu dans leur vie ; ceuxlà par leurs intellectuels s'élèvent en haut, et parfois entrent dans les deux et contrefont les anges de lumière ; mais quand les vrais leur sont ôlés et qu'ils sont mis dehors, ils tombent dans l'enfer.
Les aigles aussi signifient les hommes de rapine qui ont la vue intellectuelle, et les ailes signifient les vrais spirituels. Il a été dit que tels sont ceux qui n'ont pas porté leurs regards vers Dieu dans leur vie ; par porter les regards vers Dieu dans la vie, il n'est pas entendu autre chose que penser que tel ou tel mal est un péché contre Dieu, et pour cela même ne le point faire.
21. IX. La Divine Providence du {Seigneur fait que le mal et en même temps te faux servent pour l'équilibre, pour la relation et pour la purification, et ainsi pour la conjonction du bien et du vrai chez d'autres. D'après tout ce qui a été dit précédemment, on peut voir que la Divine Providence du Seigneur opère continuellement, pour que chez l'homme le vrai soit uni au hien, elle bien au vrai; et cela, parce que cette union est l'Église et est le Ciel ; car cette union est dans le Seigneur, et est dans toutes les choses qui procèdent du Seigneur : c'est d'après cette union que le Ciel est appelé mariage, et l'Église pareillement, aussi le Royaume de Dieu dans la Parole est-il comparé au mariage : c'est d'après celte union que le sabbath dans l'Église Israélite a été la chose la plus sainte du culte, car il signifiait celle union : c'est de là aussi que dans la Parole et dans toutes et chacune des choses de la Parole il y a le mariage du bien et du vrai ; sur ce mariage, voir la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Écriture Sainte, n™ 80 à 00; le mariage du bien et du vrai vient du mariage du Seigneur avec l'Église, et le mariage du Seigneur avec l'Église vient du mariage de l'Amour el de la Sagesse dans le Seigneur, car le bien appartient à l'amour, et le vrai appartient à la sagesse. D'après cela, on peut voir que l'objet perpétuel de la Divine Providence est d'uDir chez l'homme le bien au vrai et le vrai au bien, car ainsi l'homme est uni au Seigneur,
22. Mais comme* plusieurs ont rompu et rompent ce mariage, surtout par la séparalion de la foi d'avec la charité, — car la foi appartient au vrai et le vrai appartient à la foi, et la charité appartient au bien el le Lien appartient à la charité, — et que par là ils conjoignent chez eux le mal el le faux, et ainsi sont devenus et deviennent opposés, il est pourvu par le Seigneur à ce qu'ils servent néanmoins pour la conjonction du bien et du vrai chez d'autres par l'équilibre, par la relation et par la purification.
23. Il est pourvu par le Seigneur a la conjonction du bien et du vrai chez d'aulres par I'Équilibre entre le Ciel et l'Enfer; car de l'Enfer est continuellement exhalé le maleten même temps lefaux, et du Ciel est continuellement exhalé le bien et en même temps le vrai; tout homme, tant qu'il vit dans le monde, est tenu dans cet Équilibre, et par là dans la'liberté de penser, de vouloir, de parler et de faire, liberté dans laquelle il peut filre réformé. Sur cet Équilibre spirituel d'après lequel le Libre est chez l'homme, voir dans le Traité ou Ciel et de l'Enfer, N°' 589 à 696, et H" 597 à
2û. Il est pourvu par le Seigneur à la conjonction du bien et du vrai par la Relation : en effet, le bien n'est connu tel qu'il est que par relation avec un bien qui est moindre, et par opposition avec le mal; tout perceptif et tout sensitif viennent delà, parce que leur qualité en vient : car ainsi tout plaisir est perçu et senti d'après un plaisir moindre, et au moyen du déplaisir; toute beauté, d'après une beauté moindre, el au moyen de la laideur; pareillement tout bien appartenant à l'amour est perçu et senti d'après un bien qui est moindre, et au moyen du mal ; et tout vrai appartenant à la sagesse est perçu et senti d'après un vraiqui est moindre, et au moyen du faux :il faut qu'il y ait variété dans toute chose depuis son maximum jusqu'à son minimum, el quand il y a aussi variété dans son opposé depuis son minimum jusqu'à son maximum, et que l'équilibre intervient, alors selon les degrés de part et d'autre il se fait un relatif, et la perception et la sensation de la chose ou augmentent ou diminuent Mais il faut qu'on sache que l'opposé ôte, et aussi exalte les perceptions elles sensations; il les Ole quand il se mélange, et il les exalte quand il ne se mélange pas, c'est pour cela que le Seigneur sépare, avec soin le bien et le mal afin qu'ils ne soient pas mélangés chez l'homme, de même qu'il sépare le Ciel et l'Enfer.
25. Il est pourvu par le Seigneur à la conjonction du bien et du vrai chez d'autres parla Purification, quisefaitde deux manières, d'une manière par des Tentations, et de l'autre par des Fermentations. Les Tentations spirituelles ne sont autre chose que des combats contre les maux et les faux qui sont exhalés de l'enfer, et qui affectent; par elles l'homme est purifié des maux et des faux, et chez lui le bien esl conjoint au vrai, et le vrai au bien. Les
Fermentations spirituelles se font de plusieurs manières, tant dans les cieux que sur terre; mais dans le monde on ignore ce qu'elles sont, et comment elles se font : en effet, ce sont des maux et en même temps des faux, qui, lancés dans les sociétés, font la même chose que les ferments mis dans les farines et dans les moûts, par lesquels les hétérogènes sont séparés et les homogènes sont conjoints, et alors il y a pureté et clarté : ce sont ces fermentations qui sont entendues par ces paroles du Seigneur: «Semblable est te Royaume des deux à du levain qu'une femme, après t'avoir pris, a renfermé dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que te tout fût fermenté, » — Matth. XIII. 33. Luc, XIII. 21.
26. U est pourvu par le Seigneur à ces usages au moyen de la conjonction du mal et du faux, laquelle est chez ceux qui sont dans l'enfer; car le Royaume du Seigneur, qui est non-seulement sur le ciel, mais aussi sur t'enfer, est le Uoyaume des usages; et la Providence du Seigneur est, que là il n'y ait ni une personne ni une chose, par qui et par quoi il ne soit fait un usage.
La Divine Providence du Seigneur a pour fin un Ciel provenant du Genre Humain.
27. Que le Ciel ne soit pas formé de quelques Anges créés dès le commencement, et que l'Enfer ne vienne pas de quelque diable qui créé ange de lumière ait été précipité du ciel, mais que le Ciel et l'Enfer proviennent du Genre Humain, — le Ciel de ceux qui sont dans l'amour du bien et par suite dans l'entendement du vrai, et l'Enfer de ceux qui sont dans l'amour du mal et par suite dans l'entendement du faux,— c'est ce dont j'ai eu la connaissance et la preuve par un commerce de longue durée avec les anges et les esprits; sur ce sujet, voir aussi ce qui a été montré dans le Traité du Ciel et ue l'Enfer, S- 311 a 316 ; puis, ce qui a été dit dans l'Opuscule sur le Jugement Dernier, n™ lû a 27; et, dans la Continuation sur le Jugement Dernier et sur le Monde Spirituel, depuis le commencement jusqu'à la fin. Or, puisque Ciel provient du Genre Humain, et;est la cohabitation avec le Seigneur pour l'éternité, il s'ensuit que le Ciel a été pour le Seigneur la fin de la création ; et puisqu'il a été la fin de la création, il est
la fin de la Divine Providence du Seigneur. Le Seigneur a créé l'univers non pas pour Lui, mais pour ceux avec qui il doit être dans le Ciel ; car l'amour spirituel est tel, qu'il veut donner ce qui est sien à autrui, et autant il le peut, autant il est dans son Être, dans sa Paix et dans sa Béatitude; l'amour spirituel tire cela du Divin Amour du Seigneur, qui est Ici a un degré infini : il suit de là que le Divin Amour, et par suite la Divine Providence, a pour fin un Ciel, qui se compose d'hommes devenus anges, et qui deviennent anges, auxquels le Seigneur puisse donner toutes les béatitudes et toutes les félicités qui appartiennent à l'amour et à la sagesse, et les leur donner d'après Lui-ïtême en eux ; et il ne peut pas faire autrement, parce que son image et sa ressemblance sont en eux par ia création ; son image en eux est la sagesse, et sa ressemblance en eux est l'amour, et le Seigneur en eux est l'amour uni à la sagesse et la sagesse unie à l'amour; ou, ce qui est la même chose, le bien uni au vrai et le vrai uni au bien ; il a été parlé de celte union dans l'Article précédent. Toutefois, comme on ignore ce que c'est que le ciel dans le commun ou chez plusieurs, et ce que c'est que le ciel dans le particulier ou chez quelqu'un, et aussi ce que c'est que le ciel dans le monde spirituel, et ce que c'est que le ciel dans le monde naturel, et que cependant il est important qu'on le sache, puisque le ciel est la fin de la Divine Providence, je vais mettre cela en une sorte de lumière dans cet ordre: i.Le Ciel est la conjonction avec le Seigneur, il. L'homme par la création est tel, qu'il peut être conjoint de plus près en plus près au Seigneur. III. Plus l'homme est conjoint de près au Seigneur, plus il devient sage. IV. Plus l'homme est conjoint de près au Seigneur, plus il devient heureux, V. Plus l'homme est conjoint de près au Seigneur, plus il lui semble distinctement qu'il s'appartient, et plus il remarque clairement qu'il appartient au Seigneur.
28. I. Le Ciel est la conjonction avec le Seigneur. Le Ciel est le Ciel non d'après les anges, mais d'après le Seigneur, car l'amour et la sagesse dans lesquels sont les anges, et qui font le Ciel, viennent non pas d'eux, mais du Seigneur, et même sont le Seigneur en eux : et comme l'amour et la sagesse appartiennent au Seigneur, el sont le Seigneur dans le Ciel, et que l'amour et la sa-
gesse font la vie des anges, ii est évident aussi que leur vie appartient au Seigneur, et même est le Seigneur ; que les Anges vivent du Seigneur, eux-mêmes l'avouent ; de là on peut voir que le Ciel est la conjonction avec le Seigneur. Mais comme la conjonction avec le Seigneur existe diversement, et que par suite le Ciel dans l'un n'est pas semblable au Ciel dans l'autre, il s'ensuit aussi que le Ciel est selon la conjonction avec le Seigneur; qu'il y ait une conjonction de plus proche en plus proche, et aussi une conjonction de plus éloignée en plus éloignée, on le verra dans l'Article suivant. Ici il sera dit quelque chose sur cette conjonction, comment elle se fait, et quelle elle est : Il y a conjonction du Seigneur avec les anges, et des anges avec le Seigneur, ainsi conjonction réciproque; le Seigneur influe dans l'amour de la vie des anges, et les anges résolvent le Seigneur dans la sagesse, et par elle ils se conjoignent réciproquement au Seigneur. Toutefois, il faut qu'on sache bien, qu'il apparaît aux anges comme si eux-mêmes se conjoignaient au Seigneur par la sagesse, mais que néanmoins c'est le Seigneur qui les conjoint à Lui par la sagesse, car leur sagesse vient aussi du Seigneur : il en est de même si l'on dit que le Seigneur se conjoint aux anges par le bien, et que les anges se conjoignent réciproquement au Seigneur par le vrai, car tout bien appartient à l'amour, et tout vrai appartient à la sagesse. Mais comme celte conjonction réciproque est un arcane que peu de personnes peuvent comprendre, s'il n'est pas expliqué, je vais, autant que cola peut être fait, le développer par des explications susceptibles d'être saisies : Dans le Traité do Divin Amour et de la Divine Sagesse, N" SOû, 405, il a été montré comment l'amour se conjoint à la sagesse, c'est-a-dire, que c'est par l'affection de savoir, d'où résulte l'affection du vrai ; par l'affection de comprendre, d'où résulte la perception du vrai ; et par l'affection de voir ce qu'on sait et ce que l'on comprend, d'où résulte la pensée : le Seigneur influe dans toutes ces affections, car elles sont des dérivations de l'amour de la vie de chacun, et les anges reçoivent cet influx dana la perception du vrai et dans la pensée, car c'est dans celles-ci que l'influx se manifeste à eux, et non dans les affections : or, comme les perceptions et les pensées apparaissent aux anges comme étant a eux, quoiqu'elles viennent des affections qui procèdent du Sci-
gneur, c'est pour cela qu'il y a cette apparence, que les anges se conjoignent réciproquement au Seigneur, quoique le Seigneur les conjoignc à Lui, car l'affection elle-même produit ces perceptions et ces pensées, puisque l'affection qui apparlient à l'amour en est l'âme ; en effet, on ne peut rien percevoir ni rien penser sans affection, et chacun perçoit et pense selon l'affection ; d'après ces explications il est évident que la conjonction réciproque des anges avec le Seigneur est opérée non pas par eux, mais comme par eux. Telle est aussi la conjonction du Seigneur avec l'Église, et de l'Église avec le Seigneur, laquelle est appelée le Mariage céleste et spirituel.
29. Toute conjonction dans le Monde spirituel se fait par inspection ; là, quand quelqu'un pense à un autre d'après l'affection de lui parler, aussitôt l'autre devient présent, et ils se voient l'un l'autre face à face ; il en est de même quand quelqu'un pense à un autre d'après Faffeclion de l'amour ; par cette affection-ci il y a conjonction, mais par l'autre il y a seulement présence : cela est particulier au Monde spirituel ; la raison de cela, c'est que la tous sont spirituels, tout autrement que dans le Monde naturel, où tous sont matériels ; dans le Monde naturel une semblable chose se fait chez les hommes dans les affections et dans les pensées de leur esprit ; mais comme dans le Monde naturel il y a des espaces, et que dans le Monde spirituelles espaces sont seulement des apparences, c'est pour cela que dans le Monde spirituel ce qui est dans la pensée de chaque esprit est fait en actualité. Ceci a été dit, afin qu'on sache comment se fait la conjonction du Seigneur avec les anges, et l'apparente conjonction réciproque des anges avec le Seigneur ; car tous les Anges tournent la face vers le Seigneur, et le Seigneur les regarde au front, mais les anges regardent le Seigneur aux yeux ; et cela, parce que le front correspond à l'amour et aux affections de l'amour, et que les yeux correspondent à la sagesse et aux perceptions de la sagesse : néanmoins les anges ne tournent pas d'eux-mêmes la face vers le Seigneur, mais le Seigneur les tourne vers Lui, et il les tourne par l'influx dans l'amour de leur vie, et par cet influx il entre dans les perceptions et dans les pensées, et tourne ainsi les anges. Dans toutes les choses du mental humain, il y a un tel cercle de l'amour vers les pensées,
el d'après les pensées vers l'amour par l'amour; ce cercle peut être appelé le cercle de la vie. Sur ce sujet, voir dans le Traité du Divin Amour et de la Divine Sagesse quelques Articles, par exemple, ceux-ci : Les Anges tournent continue Hem en l leur face vers le Seigneur comme Soleil, N" 126 à 13û. Tous les intérieurs tant du mental que du corps des anges ont été pareillement tournés vers le Seigneur comme Soleil, 135 à 139. Chaque Esprit, quel qu'il soit, se tourne pareillement vers son amour dominant, N™ liiO à I!i5. L'amour se conjoint à la sagesse et fait que la sagesse est réciproquement conjointe, N 01 iilO à ûl2. Les Anges sont dans le Seigneur, et le Seigneur est dans eux ; et comme les Anges sont des récipients, le Seigneur seul est le Ciel, N" 113 à 118.
30. Le Ciel du Seigneur, dans le Monde naturel, est appelé Eglise, et l'ange de ce Ciel est l'homme de l'Église, qui a été conjoint au Seigneur ; et même cet homme, après sa sortie du Monde, devient ange du Ciel spirituel : par la il est évident que ce qui a été dit du Ciel angélïque doit être entendu pareillement du Ciel humain, qui est appelé l'Église. Cette conjonction réciproque avec le Seigneur, laquelle fait le Ciel chez l'homme, a été révélée par le Seigneur en ces ternies dans Jean : « Demeurez en Moi, et Moi en vous ; celui qui demeure en Moi, el Moi en tut, celui-là -porte du fruit beaucoup ; car sans Moi vous ne pouvez faire rien. » — XV, 4, 5, 7.
31. D'après ces explications, il est évident que le Seigneur est le Ciel, non-seulement dans le commun chez tous dans le Ciel, mais aussi là dans le particulier chez chacun ; car chaque ange est un ciel dans la forme la plus petite ; d'autant de cieux qu'il y a d'anges se compose le Ciel dans le commun ; qu'il en soit ainsi, on le voit dans le Traité du Ciel et de l'Enfer, N"' 51 à 58. Puisque cela est ainsi, que personne n'embrasse donc cette erreur, qui chez .un grand nombre tombe dans la première pensée, à savoir, que le Seigneur est dans le Ciel parmi les anges, ou qu'il est chez eux comme un Roi dans son Royaume ; il est quant à l'aspect au-dessus d'eux dans le Soleil spirituel, mais quant à la vie de leur amour et de leur sagesse il est en eux.
32. II. L'homme par la création est tel, qu'il peut Être conjoint de plus pràs en plus près au Seigneur, On peut le voir
d'après ce qui a été montré dans leTrailé du Divin Amour et de la Divine Sagesse, Troisième Partie, sur les Degrés, et spécialement dans ces Articles : Il y a chez l'homme par création trois degrés discrets ou de hauteur, N- 230 à 235. Ces trois degrés sont dans chaque homme dés la naissance, et selon qu'ils sont ouverts l'homme est dans le Seigneur, et le Seigneur est dans l'homme, ti" 236 à 241. Toutes les perfections croissent et montent avec les degrés et selon les degrés, N*" 199 à 204, Par là il est évident que par création l'homme est te!, qu'il peut par les degrés être conjoint de plus prés en plus près au Seigneur. Mais il faut absolument savoir ce que sont les degrés, et qu'il y en a de deus genres, les degrés discrets ou de hauteur, et les degrés continus ou de largeur, et quelle est leur différence ; et aussi, que dans chaque homme par création et par suite dès la naissance il y a trois degrés discrets ou de hauteur; que l'homme, lorsqu'il naît, vient dans le premier degré qui est appelé naturel, et qu'il peut chez lui augmenter ce degré par continuité jusqu'à ce qu'il devienne rationnel ; qu'il vient dans le second degré, qui est appelé spirituel, s'il vit selon les lois spirituelles de l'ordre, qui sont les Divins vrais; et qu'il peut même venir dans le troisième degré, qui est appelé céleste, s'il vit selon les lois célestes de l'ordre, qui sont les Divins biens. Ces degrés sont ouverts en actualité par le Seigneur chez l'homme selon sa vie dans le Monde, mais ils ne sont ouverts percepliblement et sensiblement qu'après sa sortie du monde; et selon qu'ils sont ouverts et ensuite perfectionnés, l'homme est conjoint de plus près en plus près au Seigneur. Celte conjonction par l'approche peut être augmentée éternellement, et aussi chez les anges elle est augmentée éternellement; mais néanmoins l'ange ne peut pas parvenir au premier degré de l'Amour et de la Sagesse du Seigneur, ou atteindre ce degré, parce que le Seigneur est Infini et que l'ange est fini, et qu'il n'y a point de rapport entre l'Infini et le fini. Comme personne ne peut comprendre l'état de l'homme, ni l'étal de son élévation et de son approche vers le Seigneur, à moins de connaître ces degrés, il en a été pour cela même spécialement parlé dans le Traité du Divin Amour et de la Divine Sagesse, voir N" 173 à 281. 33. Il sera dit en peu de mois comment l'homme peut être 3,
conjoint de plus près en plus près au Seigneur, et ensuite comment celle conjonction apparaît de plus proche en plus proche. 1" Comment l'homme est conjoint de plus pris en plus près au Seigneur : Cela se fait non par la science seule, ni par l'intelligence seule, ni même par la sagesse seule, mais par la vie qui leur est conjointe ; la vie de l'homme est son amour, et l'amour est de plusieurs sortes; en général, il y a l'amour du mal et l'amour du bien ; l'amour du mal est l'amour de commettre adultère, de se venger, de tromper, de blasphémer, de priver les autres de leurs biens; l'amour du mal sent de l'agrément et du plaisir en pensant à ces actions et en les faisant; les dérivations, qui sont les affections de cet amour, sont en aussi grand nombre qu'il y a de maux pour lesquels cet amour s'est déterminé; et les perceptions et les pensées de cet amour sont en aussi grand nombre qu'il y a de faux qui favorisent et confirment ces maux : ces faux font un avec les maux, de même que l'entendement fait un avec la volonté; ils ne sont pas séparés l'un de l'autre, parce l'un appartient à l'autre. Maintenant, comme le Seigneur influe dans l'amour de la vie de chacun, et par les affections dans les perceptions et dans les pensées, et non vice versd, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il s'ensuit qu'il ne peut pas se conjoindre plus près que selon que l'amour du mal avec ses affections, qui sont les convoitises, a été éloigné ; et comme ces convoitises résident dans l'homme naturel, et que l'homme sent comme s'il agissait par lui-même dans tout ce qu'il fait d'après l'homme naturel, l'homme par conséquent doit éloigner comme par lui-même les maux de cet amour, et alors autant il les éloigne, autant le Seigneur approche de plus près et se conjoint à lui : chacun, d'après la raison, peut voir que Icscon- \oitises avec leurs plaisirs bouchent et ferment les portes au Seigneur, et qu'elles ne peuvent être chassées par le Seigneur, tant que l'homme lui-même lient les portes fermées, et que par dehors il presse et pousse pour qu'elles ne soient pas ouvertes : que ce soit l'homme lui-même qui doit ouvrir, cela est évident par les paroles du Seigoeur, dans l'Apocalypse :» Voici, je me tiens à la porte et je heurte ; si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, et je souperai avec lui, et lui avec Moi. » — 111. 20. — 11 est donc évident que, autant quelqu'un
fuit les maux comme diaboliques, et comme s'opposant à l'entrée du Seigneur, autant il est conjoint de plus près en plus près au Seigneur, et que de très-près est conjoint celui qui les a en abomination comme autant de diables noirs et ignés, car le mal cl le diable sont un, et le faux du mal et satan sont un; puisque, de même qu'il y a influx du Seigneur dans l'amour du bien et dans ses affections, et par elles dans les perceptions et les pensées, qui toutes tiennent du bien, dans lequel est l'homme, ce par quoi elles sont des vrais, de même il y a influx du diable, c'est-à-dire, de l'enfer, dans l'amour du mal et dans ses affections, qui sont des convoitises, et par elles dans les perceptions et les pensées, qui tontes tiennent du mal, dans lequel est l'homme, ce par quoi elles son t des faux. 2" Comment cette conjonction apparaît de plus proclwenplus proche: Plus les maux ont été éloignés dans l'homme naturel par cela qu'ils ont été mis en fuite et pris en aversion, plus l'homme est conjoint de près au Seigneur : et comme l'amour et la sagesse, qui sont le Seigneur Lai-Même, ne sont pas dans l'espace, car l'affection qui appartient à l'amour, et la pensée qui appartient à la sagesse, n'ont rien de commun avec l'espace, en conséquence le Seigneur apparaît plus proche selon la conjonction par l'amour et par la sagesse, et au contraire pins éloigné selon le rejet de l'amour et de la sagesse : dans le monde spirituel l'espace n'existe pas, maïs là les distances et les présences sont des apparences selon les ressemblances et les dissemblances des affections; car, ainsi qu'il a été dit, les affections qui appartiennent à l'amour, et les pensées qui appartiennent a la sagesse, et qui en elles-mêmes sont spirituelles, ne sont point dans l'espace; sur ce sujet, voir ce qui a été montré dans le Traité du Divin Amour et de la Divine Sagesse, N" 7 a 10; 69 à 72, et ailleurs. La conjonction du Seigneur avec l'homme, chez qui les maux ont été éloignés, est entendue par ces paroles du Seigneur : « Les purs de cœur verront Dieu, » — Matin. V. 8; — et parcelles-ci :« Celui qui a mes préceptes et tes fait, chez lui demeure je ferai. » — Jean, XIV. 21, 23; — avoir les préceptes, c'est savoir; et faire les préceptes, c'est aimer; car il est dit aussi dans ce passage : « Celai qui fait mes préceptes, c'est celui-là qui M'aime. »
3lt. ILL Plus l'homme est conjoint de près au Seigneur, plus
LA SAGESSE ANGÉLl'QUE
il devient sage. Puisque chez l'homme par création et par suite des la naissance il y a trois degrés de vie, comme il vient d'être dit, IT 32, il y a principalement chez lui trois degrés de la sagesse; ce sont ces degrés qui sont ouverts chez l'homme selon la conjonction ; ils sont ouverts selon l'amour, car l'amour est la conjonction même : toutefois, l'élévation de l'amour selon les degrés n'est perçue qu'obscurément par l'homme, mais l'élévation de la sagesse est perçue clairement chez ceux qui savent et voient ce que c'est que la sagesse. La raison pour laquelle les degrés de la sagesse sont perçus, c'est parce que l'amour entre par les affections dans les perceptions et dans les pensées, et que celles-ci se présentent à la vue interne du mental, laquelle correspond à la vue externe du corps; de là vient que la sagesse apparaît, et non de même l'affection de l'amour qui la produit : il en est de cela comme de toutes les choses qui sont faites en actualité par l'homme; on remarque comment elles sont opérées par le corps, mais non comment elles le sont par l'âme; de même aussi on perçoit comment l'homme médite, perçoit et pense, mais non comment l'âme de ces méditations, perceptions et pensées, qui est l'affection du bien et du vrai, les produit. Toutefois, il y a trois degrés de la sagesse, le naturel, le spirituel et le céleste; dans le degré naturel de la sagesse est l'homme pendant qu'il vit dans le monde, ce degré chez lui peut alors être perfectionné au plus haut point, et néanmoins il ne peut pas enlrer dans le degré spirituel, parce que ce degré ne tient pas au degré naturel par continuité, mais lui est conjoint par les correspondances : dans le degré spirituel de la sagesse est l'homme après la mort, et ce degré aussi est tel, qu'il peut être perfectionné au plus haut point, mais néanmoins il ne peut pas entrer dans le degré célesle de la sagesse, parce que ce degré ne tient pas non plus au degré spirituel par continuité, mais lui est conjoint par les correspondances : d'après ces explications, on peut voir que la sagesse peut être élevée en raison triple, et que dans chaque degré elle peut être perfectionnée en raison simple jusqu'à son plus haut point. Celui qui saisit les élévalions et les perfections de ces degrés peut en quelque sorte percevoir ce qui est dit de la Sagesse Angélique, qu'elle esL ineffable; cette sagesse aussi est tellement ineffable, que mille
idées de la pensée des anges d'après leur sagesse ne peuvent présenter qu'une seule idée de la pensée des hommes d'après leur sagesse; ces neuf cent quatre-vingt-dix-neuf autres idées de la pensée des anges ne peuvent entrer, car elles sont surnaturelles : que cela soit ainsi, c'est ce qu'il m'a été donné plusieurs fois de savoir par vive expérience. Mais, ainsi qu'il a été dit précédemment, personne ne peut venir dans cette sagesse ineffable des anges que par la conjonction avec le Seigneur, et selon cette conjonction ; car le Seigneur seul ouvre le degré spirituel el le degré céleste, mais seulement chez ceux qui sont sages d'après Lui ; et sont sages d'après le Seigneur ceux qui rejettent hors d'eux le diable, c'est-àdire, le mal,
35. Mais qu'on ne croie pas que quelqu'un ait la sagesse, par cela qu'il sait beaucoup de choses, et qu'il les perçoit avec une certaine lumière et peut en parler avec intelligence, à moins que la sagesse ne soit conjointe a l'amour; car l'amour par ses affections la produit; si elle n'a pas été conjointe à l'amour, elle est comme dans l'air un météore qui s'évanouit, et comme une étoile tombante; mais la sagesse conjointe à l'amour est comme la lumière permanente du Soleil et comme une étoile fixe : l'homme a l'amour de la sagesse en tant qu'il a en aversion la tourbe diabolique, c'est-à-dire, les convoitises du ma! el du faux.
36. La sagesse, qui vient à la perception, est la perception du ' vrai d'après l'affection du vrai, principalement ta perception du vrai spirituel ; car il y a le vrai civil, le vrai mora! et le vrai spirituel; ceux qui sont dans la perception du vrai spirituel d'après l'affection de ce vrai sont aussi dans la perception du vrai moral et dans la perception du vrai civil, car l'affection du vrai spirituel est l'ame de ces perceptions. J'ai parfois parié de la sagesse avec des Anges, qui m'ont dit que la sagesse est la conjonction avec le Seigneur, parce que le Seigneur est la Sagesse même, et que dans cette conjonction vient celui qui rejette loin de soi l'enfer, et qu'il y vient dans la même proportion qu'il le rejette : ils m'ont dit qu'ils se représentent la Sagesse comme un Palais magnifique et très-bien orné, dans lequel on monte par douze degrés; que personne ne vient au premier degré que d'après le Seigneur par la conjonction avec Lui; que chacun monte selon la conjonction, et
qu'à mesure qu'il monte, il perçoit que personne n'est sage par soi-même, mais qu'on est sage par le Seigneur; puis aussi, que les choses qu'il sait sont relativement à celles qu'il ne sait pas, comme sont quelques gouttes d'eau relativement à un grand lac. Par les douze degrés au râlais de la sagesse sont signifiés les biens conjoints aux vrais el les vrais conjoints aux biens.
37. IV. Plus l'homme est conjoint de pris au Seigneur, plus il est heureux. Ce qui a été dit ci-dessus, S" 32 et 3S, des degrés de la vie et de la sagesse selon la conjonction avec le Seigneur, peut aussi être dit des degrés de la félicité; en effet, les félicités, ou les béatitudes el les agréments, montent selon que les degrés supérieurs du mental, qui sont appelés. degré spirituel et degré céleste, sont ouverts cbez l'homme, et ces degrés après sa vie dans le monde croissent éternel lumen t.
38. Tout homme qui est dans les plaisirs des convoitises du mal, ne peut rien savoir des plaisirs des affections du bien dans lesquels est le Ciel angélique, car ces deux genres de plaisirs sont absolument opposés l'un a l'autre dans les internes, et par suite intérieurement dans les externes, mais à la surface même ils diffèrent peu : en effet, tout amour a ses plaisirs, même l'amour du mal chez ceux qui sont dans les convoitises, comme l'amour de commettre adultère, de se venger, de tromper, de voler, de se livrer a la cruauté, elmême chez les plus méchants, de blasphémer les choses saintes de l'Église, et de répandre leur venin contre Lieu; la source de ces plaisirs est l'amour de dominer d'après l'amour de soi : ces plaisirs viennent des convoitises qui obsèdent les intérieurs du mental, ils en découlent dans le corps, el y excitent des choses impures qui chatouillent les fibres; par conséquent du plaisir du mental selon les convoitises nait le plaisir du corps; en quoi consistent et quelles sont les choses impures qui chatouillent les fibres de leur corps, chacun après la mort peut le savoir dans le Monde spirituel; ce sont, en général, des choses cadavéreuses, ex crémentiti elles, slercoreuses, nïdoreuses et urincuses, car leurs enfers abondent en de pareilles impuretés, qui sont des correspondances, comme on le voit dans le Traité r>n Divin Amour et de la Divine Sagesse, H" - Ù22 à /|2ft : mais après qu'ils sont entrés dans l'enfer, ces plaisirs honteux sont changés
en tourments affreux. Ceci a été dit, «tin que Ton puisse comprendre en quoi consiste et quelle est la félicité du ciel, de laquelle il va maintenant être parlé; car chaque chose est connue par son opposé.
39. Les béatitudes, les agréments, les plaisirs et les charmes, en un mot, les félicités du ciel, ne peuvent pas Être décrits par des paroles, mais ils peuvent dans le Ciel être perçus par fe sens; en effet, ce qui est perçu par le sens seul ne peut pas être décrit, parce que cela ne tombe pas dans les idées de la pensée, et par suite ne tombe pas non plus dans des mois ; car l'entendement voit seulement, et il voit les choses qui appartiennent à la sagesse ou au vrai, et non celles qui appartiennent à l'amour ou au bien ; c'est pourquoi ces félicités sont inexprimables, mais néanmoins elles montent dans le même degré que la sagesse; leurs variétés sont infinies, et chacune est ineffable; je l'ai entendu dire, et je l'ai perçu. Mais ces félicités entrent à mesure que l'homme éloigne les convoitises de l'amour du mal et du faux comme par lui-même, et néanmoins par le Seigneur, car ces félicités sont les félicités des affections du bien et du vrai, et ces affections sont opposées aux convoitises de l'amour du mal et du faux : les félicités des affections de l'amour du bien et du vrai ont leur commencement dans le Seigneur, ainsi dans l'intime, et de là elles se répandent dans les inférieurs jusqu'aux derniers, et ainsi elles remplissent i'ange, et font que tout entier il est pour ainsi dire un délice. De telles félicités, avec des variétés infinies, sont dans chaque affection du bien et du vrai, surtout dans l'affection de la sagesse.
ÛO. Les plaisirs des convoitises du mal et les plaisirs des affections du bien ne peuvent être comparés, parce qu'intérieurement dans les plaisirs des convoitises du mal il y a le diable, et qu'intérieurement dans les plaisirs des affections du bien il y a le Seigneur. Si l'on veut des comparaisons, les plaisirs des convoitises du mal ne peuvent être comparés qu'aux plaisirs lascifs des grenouilles dans les élangs, et a ceux des serpents dans tes lieux infects; et les plaisirs des affections du bien peuvent être comparés aux délices des mentais (animi) dans les jardins et dans les parterres émaillés de fleurs; en effet, des clioses pareilles à celles qui affectent les grenouilles et les serpenls, affectent aussi dans les
enfers ceux qui sont dans les convoitises du mal; et des choses pareilles à celles qui affectent les mentais dans les jardins et dans les parterres, affectent aussi dans les Cieux ceux qui sont dans les affections du bien,- car, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, les choses impures affectent par correspondance les méchants, et les choses pures affectent par correspondance les bons.
al. D'après cela, on peut voir que plus quelqu'un est conjoint de près au Soigneur, plus il devient heureux : mais cette félicité se manifeste rarement dans le monde, parce que l'homme est alors dans un état naturel, et que le naturel communique avec le spirituel non par continuité mais par correspondance; et cette communication n'est sentie que par une sorte de repos et de paix du mental (animas), ce qui arrive surtout après les combats contre les maux : mais quand l'homme dépouille l'état naturel et entre dans l'état spirituel, ce qui a lieu après sa sortie du monde, la félicité ci-dessus décrite se manifeste successivement.
42, V. Plus l'homme est conjoint de près au Seigneur, plus il lui semble distinctement qu'il s'appartient, et plus il remarque clairement qu'il appartient au Seigneur. D'après l'apparence, plus quelqu'un a été conjoint au Seigneur, moins il s'appartient; une telle apparence est chez tous les méchants, et aussi chez ceux qui, d'après leur religion, croient qu'ils ne sont pas sous le joug de la loi, et que personne ne peut faire le bien par soimême; car les uns et les autres ne peuvent voir autrement, sinon que ne pouvoir ni penser ni vouloir le mal, mais seulement le bien, c'est ne pas s'appartenir; et de ce que ceux qui ont été conjoints au Seigneur ne veulent et ne peuvent ni penser ni vouloir le mal, ils en concluent en eux-mêmes d'après l'apparence, que cela, c'est ne pas s'appartenir; et cependant c'est absolument le contraire,
Zi3. 11 y a un libre infernal et il v a un libre céleste ; il est du libre infernal de penser et de vouloir le mal, et, autant que les lois civiles et morales n'en empêchent pas, de le prononcer et de le faire ; au contraire, il est du libre céleste de penser et de vouloir le bien, et, autant qu'on le peut, de le prononcer et de le faire : tout ce que l'homme pense, veut, prononce et fait d'après le libre, il le perçoit comme sien, car tout libre pour chacun vient
SDR LA DIVINE PflOVIDENCK. 33
de son amour; c'est pourquoi ceux qui sont dans l'amour du mal ne peuvent que percevoir que le libre infernal est le libre même, mais ceux qui sont dans l'amour du bien perçoivent que le libre céleste est le libre même, par conséquent les uns et les autres perçoivent que l'opposé est servile : mais toujours est-il que personne ne peut nier que l'un ou l'autre ne soit le libre, car deux libres opposés entre eux ne peuvent pas, chacun en soi, être des libres; de plus, on ne peut pas nier qu'être conduit par le bien ne BOit le libre, et qu'être conduit par le mal ne soit le servile; car être conduit par le bien, c'est être conduit par le Seigneur, et être conduit par le mal, c'est être conduit par le diable : maintenant, puisque tout ce que l'homme fait d'après le libre lui semble être sien, car cela appartient a son amour, et que, ainsi qu'il a déjà été dit, agir d'après son amour, c'est agir d'après le libre, il s'ensuit que la conjonction avec le Seigneur fait qu'il apparaît à l'homme qu'il est libre, et que par suite il s'appartient ; et plus proche est la conjonction avec le Seigneur, plus il est libre, et par suite s'appartient davantage. S'il lui semble plus distinctement qu'il s'appartient, c'est parce que le Divin Amour est tel, qu'il veut que ce qui est sien soit à autrui, ainsi à l'homme et à l'ange; tel est tout amour spirituel, principalement le Divin Amour : et, en outre, le Seigneur ne contraint jamais qui que ce soit, car tout ce a quoi quelqu'un est contraint ne lui semble pas être sien, et ce qui ne lui semble pas être sien ne peut devenir chose de son amour, ni par conséquent lui être approprié comme sien : c'est pourquoi l'homme est continuellement conduit par leSeigneur dans le libre, et est aussi réformé et régénéré dans le libre. Mais il en sera dit davantage sur ce sujet dans ce qui suit ; voir ce qui en a aussi été dit ci-dessus, .N" tu
lih. Si, quant a l'homme, plus il lui semble distinctement qu'il s'appartient, plus il remarque clairement qu'il appartient au Seigneur, c'est parce que plus il est conjoint de près au Seigneur, plus il devient sage, comme il a été montré ci-dessus, N°- 3lt a 36; et la sagesse enseigne ceia, et aussi le fait remarquer : les Anges du troisième Ciel , parce qu'ils sont les plus sages des Anges, perçoivent aussi cela, et ils l'appellent le libre même; mais être conduit par soi-même, c'est ce qu'ils nomment le servile : ils en
donnent même la raison, c'est que le Seigneur influe immédiatement non pas dans les choses qui appartiennent a leur perception et à leur pensée d'après la sagesse, mais dans les affections de l'amour du bien, et par celles-ci dans celles-là, et qu'ils perçoivent l'influx dans l'affection d'après laquelle ils ont la sagesse, et qu'ensuite tout ce qu'ils pensent d'après la sagesse se présente comme venant d'eux-mêmes, ainsi comme étant à eux ; et que par la se fait la conjonction réciproque.
45. Comme la Divine Providence du Seigneur a pour fin un ciel provenant du genre humain, il s'ensuit qu'elle a pour fln la conjonction du genre humain avec le Seigneur, N" 28 à 31 : puis aussi, qu'elle a pour fin que l'homme soit conjoint à Lui de plus près en plus près, Ti" 32, 33, car ainsi l'homme a un ciel plus intérieur : puis encore, qu'elle a pour fin que l'homme par cette conjonction devienne plus sage, N" 34 à 36; et qu'il devienne plus heureux, N°* 37 à 41, parce que l'homme a le ciel d'après et selon la sagesse, et par elle aussi la félicité : et enfin, qu'elle a pour fin qu'il semble à l'homme plus distinctement qu'il s'appartient, et qu'il remarque plus clairement qu'il appartient au Seigneur, N 0 ' 42 a Ità. Toutes ces choses appartiennent à la Divine Providence du Seigneur, parce que toutes ces choses sont le Ciel, qu'elle a pour fin.
La Divine Providence du Seigneur dans tout ce qu'elle fait regarde l'infini et l'éternel.
46. Dans le Monde Chrétien on sait que Dieu est Infini et Éternel, car dans la Doctrine de la Trinité, qui lire son nom d'Athanase, il est dit que Dieu le Père est Infini, Éternel el Tout-Puissant; pareillement Dieu le Fils et Dieu l'Esprit Saint, et que cependant ils sont non pas trois Infinis, trois Éternels, trois Toutl'uissants, mais Un Seul : il suit de là que, puisque Dieu est Infini et Éternel, on ne peut attribuer à Dieu que l'Infini el l'Éternel. Mais qu'est-ce que l'Infini et l'Éternel? cela ne peut être compris par le fini, et cela aussi peut être compris; cela ne peut èlre compris, parce que le fini n'est pas susceptible de concevoir l'infini, et cela peut être compris, parce qu'il y a des idées abstraites par
SUn LA DIVINE PROVIDENCE.
lesquelles onçcut voir que les choses sont, quoiqu'on ne voie pas quelles elles sont; il existe de ces idées sur l'Infini, par exemple, que Dieu, parce qu'il est Infini, ou que le Divin, parce qu'il est Infini, est l'Être même; qu'il est l'Essence même et la Substance même; qu'il est l'Amour même et la Sagesse même, ou qu'il est le Bien même et le Vrai rriême; qu'ainsi il est le Soi-Même (Ipsum), ou plutôt, qu'il est l'Homme Même; puis aussi, si l'on dit que l'Infini est Tout, par exemple, que l'Infinie Sagesse est la Toute-Science, et que l'Infinie Puissance est la Toute-Puissance. Mais toujours est-il que cela tombe dans l'obscur de la pensée, et peut de l'incompréhensible tomber dans le négatif, si de l'idée on n'abstrait pas les choses que la pensée lire de la nature, principalement celles qu'elle tire des deux propres de la nature, qui sont l'espace et le temps, car ces choses ne peuvent que borner les idées, et faire que les idées abstraites soient comme n'étant pas quelque chose : mais s'il peut être fait abstraction de ces choses chez l'homme, comme cela est fait chez l'ange, l'Infini peut alors être compris au moyen des choses qui viennent d'être nommées; el par suite on peut aussi comprendre que l'homme est quelque chose, parce qu'il a élé créé par Dieu Infini qui est Tout ; que l'homme est une substance finie, parce qu'il a été créé par Dieu Infini qui est la Substance même; que l'homme est sagesse, parce qu'il a élé créé par Dieu Infini qui est la Sagesse même ; el ainsi du reste; car si Dieu Infini n'était pas Tout, n'était pas la Substance même, n'était pas la Sagesse même, l'homme ne serait pas quelque chose, ainsi ou il ne serait rien, ou il serait seulement une idée qu'il est, suivant les visionnaires appelés idéalistes. D'après ce qui a élé montré dans le Traité ou Divin Amour et de la Divine Sagesse, il est évident que la Divine Essence est l'Amour et la Sagesse, N" 28 à 39 ; que le Divin Amour et la Divine Sagesse sont la Substance même et la Forme même, ainsi le Soi-Même et l'Unique, H" ÛO à â6; et que Dieu a créé de Lui-Même, et non du néant, l'univers et toutes les choses de l'univers, N" - 282 à 281 : il suit de là, que tout ce qui a élé créé, et principalement l'homme, et en lui l'amour et la sagesse, sont quelque chose, et non pas seulement une idée qu'ils sont ; car si Dieu n'était pas Infini, il n'y aurait pas le fini; si l'Infini n'était pas Tout, il n'y aurait pas
quelque chose ; et si Dieu n'avait pas créé de LuWMême toutes choses, il n'y aurait aucune chose ou rien : en un mol, Nous
SOMMES PARTIE QUE DlEU EST.
Û7. Maintenant, comme il s'agit de la Divine Providence, et ici, que dans tout ce qu'elle fait elle regarde l'infini et l'éternel, et comme ce sujet ne peuLètre distinctement traité que dans un certain ordre, voici quel sera cet ordre : I. L'Infini eu soi et l'Éternel en soi est la même chose que le Divin. II. L'InDni et l'Éternel en soi ne peut que regarder l'infini et l'éternel d'après soi dans les finis. III. la Divine Providence dans tout ce qu'elle fait regarde l'infini et l'éternel d'après soi, surtout en sauvant le Genre Humain. IV. L'image de l'Infini et de l'Éternel existe dans le Ciel Angélique provenant du genre humain sauvé. V. Reprder l'infini et l'éternel en formant le Ciel Angélique, pour qu'il soit devant le Seigneur comme un seul Homme, qui est l'image du Seigneur, est l'intime de la Divine Providence.
Û8. h L'Infini en soi et l'Éternel en soi est la même chose que le Divin. On peut le voir d'après ce qui a été montré en plusieurs endroits dans le Traité du Divin Amour et de la Divise Sagesse. Que l'Infini en soi et l'Éternel en soi, ce soit le Divin, cela est tiré de l'idée Angélique ; les Anges ne comprennent pas par l'Infini autre chose que le Divin Être, ni par l'Éternel autre chose que le Divin Exister. Toutefois, les hommes peuvent et voir et ne pas voir que l'Infini en soi et l'Éternel en soi est le Divin ; peuvent le voir ceux qui ne pensent pas a l'Infini d'après l'espace, ni à l'Éternel d'après le temps ; mais ne peuvent pas le voir ceux qui pensent à l'Infini et a l'Éternel d'après l'espace et le temps; ainsi peuvent le voir ceux qui pensent d'une manière plus élevée, c'està-dire, intérieurement dans le rationnel; mais ne peuvent pas le voir ceux qui pensent d'une manière plus basse, c'est-à-dire, extérieurement Ceux qui peuvent le voir pensent qu'il ne peut pas y avoir un infini de l'espace, ni par conséquent un infini du temps qui est l'éternel à quo, parce que l'infini est sans fin première ni dernière, ou sans termes ; ils pensent aussi qu'il ne peut pas non plus y avoir un Infini par soi, parce que par soi suppose un terme et un commencement, ou un antérieur à quo ; que par conséquent il est frivole de dire l'Infini et l'Éternel par soi, parce que ce se-
rait comme si l'on disait l'Être par soi, ce qui est contradictoire, car l'Infini par soi serait l'Infini par l'Infini, el l'Être par soi serait l'Être par l'Être, el cet Infini et cet Être, ou serait la même chose que l'Infini, ou- serait fini. D'après ces choses et d'aulres semblables, qui peuvent être vues intérieurement dans te rationnel, il est évident qu'il y a l'Infini en soi et l'Éternel en soi, et que l'un et l'autre est le Divin, de qui toutes choses procèdent.
49. Je sais que plusieurs diront en eux-mêmes : Comment peuton saisir intérieurement dans son rationnel quelque chose sans espace et sans temps, et comprendre que cela non-seulement est, mais encore que c'est le tout, et que c'est leSoi-Mëme d'où toutes choses procèdent? Mais pense intérieurement si l'amour ou aucune de ses affections, si la sagesse ou aucune de ses perceptions, et même si la pensée sont dans l'espace et dans le temps, et tu saisiras qu'elles n'y sont pas; et comme le Divin est l'Amour même et la Sagesse même, il s'ensuit que le Divin ne peut pas être conçu dans l'espace et dans le temps, par conséquent l'Infini non plus : pour que cela soit perçu plus clairement, examine si la pensée est dans le temps et dans l'espace : Suppose chez elle une progression de dix ou douze heures ; cet espace de temps ne peut-il pas te sembler être d'une lieure ou deux, et ne peut-il pas aussi te sembler être d'un jour ou deux? il se présente selon l'état de l'affection d'où provient la pensée; si c'est une affection de joie dans laquelle on ne pense pas au temps, la pensée de dix ou douze heures est à peine d'une heure ou deux; mais le contraire arrive si c'est une affection de douleur dans laquelle on fait attention au temps; de là il est évident que le temps est seulement une apparence selon l'état de l'affection d'où provient la pensée ; il en est de même de la distance de l'espace dans la pensée, soit que tu te promènes, soit que lu voyages.
50. Puisque les Anges et les Esprits sont des affections qui appartiennent à l'amour, et des pensées provenant de ces affections, ils ne sont par cela même ni dans l'espace ni dans le temps, mais ils sont dans l'apparence de l'espace et du temps; l'apparence de l'espace et du temps est pour eux selon les étals des affections et des pensées provenant de ces affections ; c'est pourquoi, quand quelqu'un d'eux pense d'après l'affection à un
autre, avec intention de le voir, ou de s'entretenir avec lui, aussitôt l'autre est présent. De là vient qu'il y a présents chez chaque homme des esprits qui sont avec lui dans uue affection semblable, de mauvais esprits avec celui qui est dans l'affection d'un mal semblable, et de bons esprits avec celui qui est dans l'affection d'un bien semblable; et ils sont tellement présents, que l'homme est au milieu d'eux comme quelqu'un au milieu d'une société : l'espace et le temps ne font rien pour la présence; et cela, parce que l'affection et la pensée qui en provient ne sont ni dans l'espace ni dans le temps, et que les esprits et les anges sont des affections et des pensées provenant de ces affections. Que cela soit ainsi, c'est ce qu'il m'a été donné de savoir par une vive expérience de plusieurs années ; et aussi, en ce que j'ai conversé avec plusieurs après leur mort, tant avec ceux qui appartenaient à l'Europe et à ses divers royaumes, qu'avec ceux qui appartenaient à l'Asie et à l'Afrique et à leurs divers royaumes, et ils étaient tous près de moi ; si donc il y avait eu pour eux espace et temps, il y aurait eu voyage et temps pour ce voyage. Bien plus, tout homme sait cela d'après un insite en lui ou dans son mental; c'est ce dont j'ai eu la preuve, en ce que personne n'a pensé à aucune distance d'espace, quand j'ai raconté que j'avais conversé avec tel ou tel, qui était mort en Asie, en Afrique ou en Europe ; par exemple, avec Calvin, Luther, Mélanchton, ou aver, quelque Roi, quelque Gouverneur, quelque Prêtre d'une région lointaine ; et même il n'est tombé dans la pensée de personne, de dire : < Comment a-t-il pu converser avec ceux qui ont vécu dans ces lieux? et comment eux ont-ils pu venir vers lui et être présents, quand cependant il y aval 1 entre eux des terres et des mers7 » Par là aussi il est devenu évident pour moi, que nul ne pense d'après l'espace et le temps, quand il pense à ceux qui sont dans le Monde spirituel. Que cependant il y ait pour ceux-là apparence d'espace et de temps, on le voit dans le Traité do Ciel et de l'Enfer, H" 162 à 169; 191 à 19».
51. Maintenant, d'après ces explications, on peut voir qu'il faut penser à l'Infini et à l'Éternel,, par conséquent au Seigneur, sans l'espace et sans le temps, et qu'on peut y penser ; que c'est même ainsi que pensent ceux qui pensent intérieurement dans le ration-
ne], et qu'alors l'Infini et l'Éternel est la même chose que le Divin : ainsi pensent les anges et les esprits : d'après ia pensée avec abstraction du temps et de l'espace, on comprend la Divine Toute- Présence et la Divine Toute-Puissance, et aussi le Divin de toute éternité, et nullement d'après la pensée à laquelle est attachée l'idée provenant de l'espace et du temps. Il est donc évident qu'on peut penser a Dieu de toute éternité, mais jamais à la nature de toute éternité; que par conséquent on peut penser à la Création de l'Univers par Dieu, et nullement a la création par la nature, car les propres de la nature sont l'espace et le temps, tandis que le Divin est sans espace et sans temps. Que le Divin soit sans espace et sans temps, on le voit dans le Traité du Divin Amour eï de la Divise Sagesse, N" 7 à 10; 69 à 72; 73 à 76; et ailleurs.
52. IL L'Infini et l'Éternel en soi ne peut que regarder l'infini et l'Éternel d'après soi dans les finis. Par l'Infini et l'Éternel en soi il est entendu le Divin Même, comme il vient d'être montré dans l'Article précédent; par les finis il est entendu toutes les choses créées par le Divin, et principalement les hommes, les esprits et les anges; et regarder l'infini et l'éternel d'après soi dans les finis, c'est Se regarder soi-même dans eux, comme l'homme regarde son image dans un miroir : que cela soit ainsi, c'est ce qui a été montré en plusieurs endroits dans le Traité du Divin Amour et de la Divine Sagesse, principalement lorsqu'il a été démontré, que dans l'univers créé il y a l'image de l'homme, et qu'il y a l'image de l'infini et de l'éternel, N°* 317, 318, ainsi l'image de Dieu Créateur, c'est-à-dire, du Seigneur de toute éternité. Toutefois, il faut qu'on sache que le Divin en soi est dans le Seigneur, mais que le Divin d'après soi est le Divin procédant du Seigneur dans les créés.
53. Mais pour que ceci soit plus pleinement compris, il faut l'illustrer : Le Divin ne peut regarder autre chose que le Divin, et ne peut le regarder ailleurs que dans les créés par soi ; qu'il en soit ainsi, cela est évident en ce que personne ne peut regarder un autre que d'après le sien en soi ; celui qui aime un autre le regarde d'après son amour en soi, celui qui est sage regarde un autre d'après sa sagesse en soi ; il peut, il est vrai, voir que l'outre ou l'aime ou ne l'aime pas, qu'il est sage ou qu'il n'est pas sage,
LA SAGESSE AUGÉLÏQDE
mais M voil cela d'après son amour et sa sagesse en soi, c'est pourquoi il se conjoint à lui autant que l'autre l'aime comme lui-même l'aime, ou autant que l'autre est sage comme lui, car ainsi ils font un. H eu est de même du Divin en soi, car le Divin en soi ne peut pas Se regarder d'après un autre, par exemple, d'après un homme, un esprit et un ange, puisqu'en eux il n'y a rien du Divin en soi à quo (de qui tout procède); et regarder ie Divin d'après un autre en qui il n'y a rien du Divin, ce serait regarder le Divin d'après rien de Divin, ce qui n'est pas possible : c'est de là que le Seigneur a été conjoint à l'homme, à l'esprit et à l'ange, de telle sorte que tout ce qui se réfère au Divin ne vient pas d'eux, mais vient du Seigneur : en effet, l'on sait que tout bien et tout vrai, qui est dans quelqu'un, vient non pas de lui mais du Seigneur, et que bien plus il n'y a même personne qui puisse nommer le Seigneur, ou prononcer ses noms de Jésus et de Christ, si ce n'est d'après ie Seigneur. Il suit donc de là, que l'Infini et l'Éternel, qui est le même que ie Divin, regarde toutes choses d'une manière infinie dans les finis, et qu'il se conjoint à eux selon le degré de réception de la sagesse et de l'amour chez eux. En un mot, le Seigneur ne peut avoir de demeure et habiter chez l'homme et chez l'ange que dans ce qui est à Lui, et non dans leur propre, car leur propre est le mal, et lors même qu'il serait ie bien, c'est toujours un fini, qui en soi et d'après soi n'est pas susceptible de contenir l'Infini. D'après ces explications ii est évident qu'il n'est jamais possible que le iini regarde l'Infini, mais qu'il est possible que l'Infini regarde l'infini d'après soi dans les finis.
5i. Il semble que l'Infini ne puisse pas être conjoint au fini, parce qu'il n'y a pas de rapport entre l'infini et le fini, et parce que le fini n'est pas susceptible de contenir l'infini; mais néanmoins il y a conjonction, tant parce que l'Infini a créé desoi-même toutes choses, selon ce qui a été démontré dans le Traité du Divin Amour et de la Divine Sagesse, H"' 282 à 28ù, que parce que l'Infini dans les finis ne peutregarder autre chose que l'infini d'après soi, et que cet infini peut apparaître chez les finis comme étant dans eux ; de cette manière il y a un rapport entre le fini et l'infini, non par le fini, mais par l'Infini dans le fini ; et aussi de cette manière le fini est susceptible de contenir l'infini, non pas
SUR LA DIVINE PROVIDENCE. Ûl
le fiai en soi, mais le fini comme en soi, d'après l'Infini par soi dans le iini. Mais dans la suite il en sera dit davantage sur ce sujet,
55. III. Im Divine Providence dans tout ce qu'elle fait regarde l'infini et l'étemel d'après soi, surtout en sauvant te Genre Humain. L'Infini et l'Élernel en soi est le Divin même ou le Seigneur en Soi ; l'Infini et l'Éternel d'après soi est le Divin procédant ou le Seigneur dans d'autres, créés par Lui, ainsi dans les hommes et dans les anges, et ce Divin est le même que la Divine Providence; car le Seigneur par le Divin d'après soi pourvoit à ce que toutes choses soient contenues dans l'ordre, dans lequel et pour lequel elles ont été créées : et comme le Divin procédant effectue cela, il s'ensuit que lout cela est la Divine Providence.
56. Que la Divine Providence, dans lout ce qu'elle fait, regarde l'infini et l'éternel d'après soi, on peut le voir en ce que tout ce qui a été créé s'avance du Premier, qui est Infini et Éternel, vers les derniers, et des derniers vers le Premier à quo (dont lout procède), ainsi qu'il a été montré dans le Traité du Dm» Amour et de la Divise Sagesse, dans la Partie où il s'agit de la Création de l'Univers; et comme dans toute progression ilya intimement le Premier à quo, il s'ensuit que le Divin Procédant ou la Divine Providence dans tout ce qu'elle fait regarde quelque image de l'infini et de l'éternel ; elle regarde cela dans toutes choses; maïs dans quelques-unes d'une manière évidemment perceptible, et dans d'autres non ; elle présente cette image d'une manière évidemment perceptible dans la variété de toutes choses, et dans la fructification et la multiplication de toutes choses. L'image de l'infini et de l'éternel dans ta variété de toutes choses est manifeste en ce qu'il n'y a pas une chose qui soit la même qu'une autre, et qu'il ne peut pas non plus y en avoir durant l'éternité : cela est bien visible par tes faces des hommes depuis la première création, par conséquent aussi par leurs mentais ( animi ) dont les faces sont les lypes, et encore par les affections, les perceptions et les pensées, car ce sont elles qui composent ces mentais. De la vient que dans le ciel entier il n'y a pas deux anges ou deux esprits qui soient les mêmes, et qu'il ne peut pas non plus y en avoir durant l'éternité : il en est de même de tout objet de la vue dans l'un et l'autre Monde, tant le naturel que le spirituel : d'après cela, on peut
voir que la Variété esV infinie et éternelle. L'image de l'infini et de Céternel dans la fructification et dans ta multiplication de toutes choses, est évidente par la faculté donnée aux semences dans le Règne végétal, el a la prolificalion dans le Règne animal, surtout chez les poissons, en ce que s'il y avait fructili cation el multiplication selon la faculté, les espaces du globe entier et même de l'univers seraient remplis en un siècle; ce qui montre clairement que dans cette faculté est caché un effort de se propager a l'infini : et comme les fructifications et les multiplications n'ont pas manqué depuis le commencement de la création, et ne manqueront pas durant l'éternité, il s'ensuit que dans cette faculté est aussi un effort de se propager durant l'éternité.
57. Il en est de même dans les hommes quant à leurs affections qui appartiennent à l'amour, et à leurs perceptions qui appartiennent à ta sagesse; la variété des unes et des autres est infinie el éternelle; pareillement leurs fructifications et leurs multiplications, qui sont spirituelles : aucun homme ne jouit d'une affection et d'une perception tellement semblables à une affection et h une perception d'un autre, qu'elles soient les mêmes, et cela ne peut pas avoir lieu durant l'éternité : et de même les affections peuvent être fruclifîées et les perceptions être multipliées sans fin; que les sciences ne puissent jamais être épuisées, on le sait Cette faculté de fructification et de multiplication sans fin, ou à l'infini et éternellement, est dans tes naturels chez les hommes, dans les spirituels chez les anges spirituels, et dans les célestes chez les anges célestes. Telles sont non-seulement les affections, les perceptions et les sciences dans le commun, mats aussi chacune, et même la moindre chose qui en dépend, dans le parù'culier. Elles sont telles, parce qu'elles tiennent leur existence de l'Infini et de l'Éternel en soi par l'infini et l'éternel d'après soi. Maïs comme le fini n'a rien du Divin en soi, c'est pour cela qu'il n'y a rien de ce Divin, pas même la plus petite chose, dans l'homme ou dans l'ange comme lui appartenant, car l'homme et l'ange sont finis, et sont seulement des réceptacles, qui en eux-mêmes sont morts; oe qui est vivant en eux vient du Divin procédant qui leur est conjoint par contiguïté, et qui leur apparaît comme étant à. eux. Qu'il ea soit ainsi, on le verra dans la suite.
58. Si la Divine Providence regarde l'infini et l'éternel d'après soi, surtout en sauvant le Genre humain, 'c'est parce que la fin de la Divine Providence est le Ciel provenant du genre humain, ainsi qu'il a été montré ri-dessus, N" 37 a ii5 ; et comme c'est la la fin, il s'ensuit que c'est la réformation et !a régénération de l'homme, ainsi sa salvation, que la Divine Providence regarde surtout, car le Ciel se compose de ceux qui sont sauvés ou qui ont été régénérés. Puisque régénérer l'homme, c'est unir chez lui le bien et le vrai, ou l'amour et la sagesse, de même qu'ils ont été unis dans le Divin qui procède du Seigneur, voilà pourquoi la Divine Providence regarde cela surtout en sauvant le genre humain; l'image de l'infini et de l'éternel n'est pas chez l'homme ailleurs que dans le mariage du bien et du vrai. Que le Divin procédant fasse cela dans le genre humain, c'est ce qui est notoire d'après ceux qui, remplis du Divin procédant, qu'on nomme Esprit Saint, ont prophétisé, et dont il est parlé dans la Parole; et d'après ceux qui illustrés voient les Divins vrais dans la lumière du ciel ; principalement dans les anges, qui perçoivent par le sens la présence, l'influx et la conjonction ; mais ceux-ci remarquent même, que la conjonction n'est pas aulre que celle qui peut être nommée adjonction.
59. On ne sait pas encore que la Divine Providence, dans toute progression chez l'homme, regarde son élat éternel; en effet, elle ne peut pas regarder autre chose, parce que le Divin est Infini et Éternel, et que l'Infini et l'Éternel, ou le Divin, n'est point dans le temps, et qu'ainsi toutes les choses futures Lui sont présentes ; et comme le Divin est tel, il s'ensuit que dans antes et dans chacune des choses qu'il fait il y a l'éternel. Mais ceux qui pensent d'après le temps et l'espace perçoivent difficilement cela, nonseulement parce qu'ils aiment les temporels, mais aussi parce qu'ils pensent d'après le présent dans le monde, et non d'après le présent dans le ciel; le présent dans le ciel est pour eux aussi absent que ie bout de la terre : ceux, au contraire, qui sont dans le Divin, par cela qu'ils pensent d'après le Seigneur, pensent aussi d'après l'éternel, quand ils pensent d'après le présent, se disant en eux-mêmes : « Ce qui n'est pas éternel, qu'est-ce que c'est? le temporel n'est-il pas respectivement comme rien7 et même ne
klx LA SAGESSE ANGÉLIQUE
devient-il pas rien lorsqu'il est fini? il en est autrement de l'éternel, cela seul Est, parce que son être n'est pas fini, » penser ainsi, c'est penser en même temps d'après l'éternel lorsqu'on pense d'après le présent; et quand l'homme pense ainsi et vit en même temps ainsi, le Divin procédant chez lui, ou la Divine Providence, dans toute progression, regarde l'état de sa vie éternelle dans le Ciel, et le conduit vers cet état. Que le Divin dans tout homme, soit méchant, soit bon, regarde l'éternel, on le verra dans la suite,
60. IV. L'image de l'Infini et de V Éternel existe dans le Ciel angélique. Parmi les choses nécessaires à connaître il y a aussi le Ciel angélique, car quiconque a de la religion pense au Ciel et veut y venir; mais le Ciel n'est donné qu'à ceux qui en savent le chemin et qui le suivent; on peut même savoir quelque peu ce chemin, quand on connaît quels sont ceux qui constituent le Ciel, et que personne ne devient ange, ou ne vient dans le Ciel, à moins que du monde il ne porte avec lui l'angélique ; et dans l'angélique il y a la connaissance du chemin d'après l'action d'y marcher, et l'action d'y marcher par la connaissance du chemin. Dans le Monde spirituel il y a aussi en actualité des chemins, qui conduisent à chaque société du ciel, et à chaque société de l'enfer; et chacun voit comme de soi-même son chemin ; s'il le voit, c'est parce que là il y a des chemins pour chaque amour, et que l'amour ouvre le chemin, et conduit chacun vers ses consociés; personne ne voit d'autres chemins que celui de son amour : de là il est évident que les anges ne sont que des amours célestes, car autrement ils n'auraient pas vu les chemins conduisant au CieL Mais cela peut devenir plus évident par une description du Ciel.
61. L'esprit de tout homme est affection et par suite pensée, et comme toute affection appartient à l'amour, et toute pensée à l'entendement, tout esprit est son amour et par suite son entendement ; c'est ce qui fait que, quand l'homme pense seulement d'après son esprit, ce qui arrive quand, à la maison, il médite en lui-même, il pense d'après l'affection qui appartient à son amour ; de là on peut voir que quand l'homme devient esprit, ce qui arrive après la mort, il est l'affection de son amour, et non une autre pensée que celle qui appartient à son affection; il est une affection mauvaise, c'est-à-dire, une cupidile, s'il a eu l'amour du mal,
et une affection bonne, s'il a eu l'amour du bien ; et chacun a l'affection bonne en proportion qu'il a fui les maux comme péchés, ou l'affection mauvaise en proportion qu'il n'a pas fui ainsi les maux. Maintenant, puisque tous les esprits et tous les anges sont des affections, il est évident que ie Ciel angélique tout entier n'est que l'amour de toutes les affections du bien, et par suite la-sagessc de toutes les perceptions du vrai;. et puisque tout bien et tout vrai vient du Seigneur, et que le Seigneur est l'Amour Même et la Sagesse Même, il s'ensuit que le Ciel angélique est l'image du Seigneur; et comme le Divin Amour et la Divine Sagesse dans sa Forme est Homme, il s'ensuit aussi que le Ciel angélique ne peut être que dans la forme humaine : mais il en sera dit davantage sur ce sujet dans l'Article suivant.
62. Si le Ciel angélique est l'image de l'Infini et de l'Éternel, c'est parce qu'il est l'image du Seigneur, et que le Seigneur est Infini et Éternel. L'image de l'Infini et de l'Éternel du Seigneur se manifeste en cela, qu'il y a des myriades de myriades d'anges dont le Ciel est composé; qu'ils constituent autant de sociétés qu'il y a d'affections communes de l'Amour céleste; que dans chaque société chaque ange est distinctement son affection ; que de tant d'affections dans le commun et dans le particulier résulte la Forme du Ciel, qui est comme un devant le Seigneur, non autrement que comme l'homme est un ; et que cette Forme est éternellement perfectionnée selon la pluralité, car plus il y en a qui entrent dans la forme de l'Amour Divin, qui est la Forme des formes, plus l'union devient parfaite. Par ces explications il est évident que l'image do l'Infini et de l'Éternel existe dans le Ciel angélique.
63. D'après la connaissance du Ciel, donnée par celte courte description, il est évident que l'affection qui appartient à l'amour du bien fait le ciel chez l'homme : mais qui est-ce qui sait cela aujourd'hui ; et même qui est-ce qui sait ce que c'est que l'atîection de l'amour du bien, et que ies affections de l'amour du bien sont innombrables, et même infinies? car, ainsi qu'il a été dit, chaque ange est distinctement son affection, et la Forme du Ciel est la forme de toutes les affections du Divin Amour, qui sont dans le Ciel. Unir toutes les affections dans cette forme, nul autre ne le peut que Celui qui est l'Amour Même et la Sagesse Même, et en
(l6 LA SAGESSE ANGÉLIQUE
même temps Infini et Éternel ; car l'infini et l'éternel sont dans le tout de la forme, l'infini dans la conjonction, et l'éternel dans la perpéluiLé; si l'infini el l'éternel lui étaient ô tés, à l'instant même elle se dissiperait : quel autre peut unir les affections dans la forme, et même quel autre peut unir le un de cette forme? car son un ne peut être uni que d'après l'idée universelle de tous, et l'universel de tous que d'après l'idée singulière de chacun : il y a des myriades de myriades d'anges qui composent cette forme, et il y en a des myriades qui entrent en elle chaque année, et qui y entreront durant l'éternité ; tous les enfants y entrent, et autant d'adultes qu'il y a d'affections de l'amour du bien. Par ces explications on peut voir de nouveau l'image de l'Infini et de l'Éternel dans le Ciel angélique.
6iu V. Regarder L'Infini et l'Éternel en formant le Ciel angélique, pour qu'il soit devant te Seigneur comme un seul Homme, qui est l'Image du Seigneur, est t'intime de ta Divine Providence. Que le Ciel entier soit comme un seul Homme devant le Seigneur, et pareillement toute Société du ciel, et qu'il résulte de là que chaque ange est homme dans une forme parfaite, et qu'il en soit ainsi parce que Dieu Créateur, qui est le Seigneur de toute éternité, est Homme, on le voit dans le Traité su Ciel et de l'Enfer, N" 59 à 86 ; et que ce soit de la qu'il y a correspondance de toutes les choses du Ciel avec toutes celles de l'homme, N" 87 à 102. Que le Ciel entier soit comme un seul Homme, je ne l'ai pas vu moi-même, parce que le Ciel entier ne peut être vu que par le Seigneur seul, mais qu'une Sociélé entière du ciel, grande ou petite, ait apparu comme un seul homme, c'est ce que j'ai souvent vu, el alors il m'a été dit que la Société la plus grande, qui est le Ciel dans tout le complexe, apparaît pareillement, mais devant le Seigneur; et que c'est pour cela que chaque ange est homme en toute forme.
65. Puisque le Ciel entier en présence du Seigneur est comme un seul Homme,c'est pour cela queleCiel a été distingué en autant de Sociétés communes qu'il y a d'organes, de viscères et de membres cliez l'homme; et chaque Sociélé commune, en autant de sociétés moins communes ou particulières, qu'il y a de grandes parties dans chaque viscère ou organe : d'après cela, on voit claire-
ment que! est le Ciel. Or, puisque le Seigneur est l'Homme Même, et que le Ciel est son image, c'est pour cela qu'il est dit qu'Être dans le Ciel, c'est être dans le Seigneur ; que le Seigneur soit l'Homme Même, ou le voit dans le Traité du Divin Amour et de la Divine Sagesse, H" il à 13 ; 285 à 289.
66. D'après ces explications, on peut en quelque sorte voir cet arcane, qui peut Être appelé angélique; à savoir, que chaque affection du bien et en même temps du vrai est homme dans sa forme ; car tout ce qui procède du Seigneur lient de son Divin Amour d'être affection du bien, et de sa Divine Sagesse d'Élre affection du vrai. L'affection du vrai, qui procède du Seigneur, se présente comme perception et par suite comme pensée du vrai dans l'ange et dans l'homme, et cela, parce qu'on fait attention à la perception eU la pensée, et peu a l'affection d'où elles proviennent, et cependant elles procèdent du Seigneur avec l'affection du vrai comme un.
67. Maintenant, puisque l'homme par création est le ciel dans la forme la plus petite, et par suite l'image du Seigneur ; et puisque le Ciel consiste en autant d'affections qu'il y a d'anges, et que chaque affection dans sa forme est homme, il s'ensuit que le continuel de la Divine Providence est que l'homme devienne ciel dans la forme et par suite image du Seigneur, et que, comme cela se fait par l'affection du bien et du vrai, il devienne celte affection : c'est donc là le continuel de la Divine Providence; mais son intime est qu'il soit à telle ou telle place dans le Ciel, ou a telle ou telle place dans l'Homme Divin céleste, car ainsi il est dans le Seigneur. Mais ceci a lieu pour ceux que le Seigneur peut conduire au Ciel; et comme le Seigneur prévoit cela, il pourvoit aussi continuellement à ce que l'homme devienne tel ; car ainsi quiconque se laisse conduire vers le Ciel est préparé pour sa place dans le Ciel.
68. Le Ciel, comme il vient d'être dit, est distingué en autant de sociétés qu'il y a d'organes, de viscères et de membres dans l'homme, et une partie ne peut pas y être dans une autre place que dans la sienne : puis donc que les anges sont de telles parties dans l'Homme Divin céleste, et qu'il n'y a que ceux qui ont été hommes dans le monde qui deviennent anges, il s'ensuit que
l'homme qui se laisse conduire vers le Ciel est continuellement préparé par le Seigneur pour sa place, ce qui se fait par l'affection du bien et du vrai qui y correspond : pour cette place est aussi inscrit chaque homme-ange après sa sortie du inonde. C'est là l'intime de la Divine Providence à l'égard du Ciel.
69. Mais l'homme qui ne se laisse ni conduire vers le ciel ni inscrire pour le ciel, est préparé pour sa place dans l'enfer : car par lui-même l'homme tend continuellement vers l'enfer le plus profond, mais il en est continuellement détourné parle Seigneur: et celui qui ne peut pas être détourné est préparé pour une place dans l'enfer, pour laquelle il est aussi inscrit aussitôt après sa sortie du monde; et cette place y est opposée à une place dans le ciel, car l'Enfer est en opposition contre le Ciel; c'est pourquoi, de même que l'homme-ange selon l'affection du bien et du vrai a sa place assignée dans le ciel, de même l'homme-diable selon l'affection du mal et du faux a sa place assignée dans l'enfer : en effet, deux opposés mis en ordre dans une situation semblable en opposition l'un à l'autre sont contenus dans l'enchaînement. C'est là l'intime de la Divine Providence à l'égard de l'Enfer.
// y a des Lois de la Divine Providence, lesquelles sont inconnues aux hommes.
70. Qu'il y ait une Divine Providence, on le sait; mais quelle est celle Divine Providence, on ne le sait pas. Si l'on ne sait pas quelle est la Divine Providence, c'est parce que ses Lois sont secrètes, et ont été jusqu'à présent, cachées dans la sagesse chez les anges, mais maintenant elles vont être révélées, afin qu'on attribue au Seigneur ce qui lui appartient, et qu'on n'attribue à aucun homme ce qui ne lui appartient pas : en effet, dans le monde, la plupart attribuent tout à eux-mêmes et à leur prudence, et ce qu'ils ne peuvent pas attribuer ainsi, ils le nomment hasard et contingent, ne sachant pas que la prudence humaine n'est rien, et que le hasard et le contingent sont de vains mots. Il est dit que les lois de la Divine Providence sont secrètes, et ont été jusqu'à présent cachées dans la sagesse chez les anges; la cause, c'est que dans le Monde Chrétien l'entendement dans les choses Divines a
son la divine providence:.
été fermé parla religion ; et, par suite, dans ces choses il est devenu si obtus et si résistant, que l'homme n'a pas pu parce qu'il n'a pas voulu, ou n'a pas voulu parce qu'il n'a pas pu, a l'égard de la Divine Providence, comprendre autre chose, sinon qu'elle existe, ni examiner par le raisonnement si elle existe ou si elle n'existe pas, si elle est seulement universelle ou si aussi elle est particulière; l'entendement Fermé par la religion n'a pas pu aller plus loin dans les choses Divines. Mais comme il a été reconnu dans l'Église que l'homme ne peut pas par lui-même faire le bien qui en soi est le bien, ni par lui-même penser le vrai qui en soi est le vrai, et comme cela est un avec la Divine Providence, la croyance ù l'un de ces points dépend par conséquent de la croyance a l'autre; afin donc que l'un ne soit pas affirmé et l'autre nié, et qu'ainsi l'un et l'autre ne tombe, il faut absolument qu'il soit révélé ce que c'est que la Divine Providence : mais cela ne peut pas être révélé, si les lois par lesquelles le Seigneur pourvoit aux volontaires et aux intellectuels de l'homme et les gouverne ne sont pas découvertes; car ces lois font connaître quelle est la Divine Providence, et celui-là seul qui connaît quelle elle est, peut la reconnaître, car alors il la voit : voilà pourquoi les Lois de la Divine Providence, jusqu'à présent cachées dans la sagesse chez les anges, sont maintenant révélées.
C'est une Loi de la Divine Providence que l'homme agisse d'après le libre selon la raison.
71. Qu'il y ait pour l'homme le libre de penser et de vouloir comme il lui plaît, mais non le libre de dire tout ce qu'il pense, ni le libre de faire tout ce qu'il veut, cela est connu : c'est pourquoi le Libre, qui est ici entendu, est le libre spirituel, et non le libre nature], sinon quand ils font un; car penser et vouloir est spirituel, mais dire et faire est naturel : cela est même distingué manifestement chez l'homme; car l'homme peut penser ce qu'il ne dit pas, et vouloir ce qu'il ne fait pas; de là il est évident quo le spirituel et le naturel chez l'homme ont été séparés, c'est pourquoi l'homme ne peut passer de l'un dans l'autre que par une détermination; cette détermination peut être comparée à une porte qui auparavant doit être fermée et doit être ouverte; mais cette
LA SAGESSE AltGÉLIQCK
porle se tient comme ouverte chez ceux qui d'après la raison pensent et veulent selon les lois civiles du royaume et selon les lois morales de la société, car ceux-ci disent ce qu'ils pensent, et font de même qu'ils veulent; au contraire, celte porte se tient comme fermée chez ceux qui pensent et veulent ce qui est contre ces lois : celui qui fait attention à ses volontés, et par suite à ses actions, remarquera qu'une telle détermination survient, et souvent plusieurs fois, dans une seule conversation, et dans une seule action. Ceci est mis en préliminaire, afin qu'on sache que par agir d'après le libre selon la raison, il est entendu penser et vouloir librement, et par suite dire et faire librement ce qui est selon la raison.
72. Mais comme peu d'hommes savent que celte Loi peut être une Loi de la Divine Providence, surtout parce qu'ainsi l'homme a aussi le libre de penser le mal et le faux, et que cependant la Divine Providence conduit continuellement l'homme à penser et à vouloir le bien et le vrai, il faut par conséquent, pour que cela soit perçu, l'expliquer distinctement ; ce sera dans cet ordre : L L'homme a la Raison et le Libre, ou la Rationalité et la Liberté; et ces deux facultés sont par le Seigneur chez l'homme. II. Tout ce que l'homme fait d'après le libre, soit que cela soit conforme ou non conforme à la raison, pourvu que ce soit selon sa raison, lui apparaît comme étant il lui. lit. Tout ce que l'homme fait d'après le libre selon sa pensée lui est approprié comme étant à lui, et reste. IV. Par ces deux facultés l'homme est réformé et régénéré par le Seigneur, et sans elles il ne peut être ni réformé ni régénéré. V. Par le moyen de ces deux facultés l'homme peut être autant réformé et régénéré, qu'il peut être amené par elles à reconnaître que tout bien et tout vrai qu'il pense et fait viennent du Seigneur, et non de lui-même. VI. La conjonction du Seigneur avec l'homme, et la conjonction réciproque de l'homme avec le Seigneur, se font par ces deux facultés. VII. Le Seigneur, dans toute progression de sa Divine Providence, garde intactes et comme saintes ces deux facultés chez l'homme. VIII. C'est pour cela qu'il est de la Divine Providence que l'homme agisse d'après le libre selon la raison.
73. I. L'homme a la liaison et te Libre, oit la Rationalité et
SUR I.A DIVIKE PR0V1DEKCE. 51
la Liberté ; et ces deux facultés sont par le Seigneur citez l'homme. Que l'homme ait la faculté de comprendre, qui est la nationalité, et la faculté de penser, de vouloir, de dire et de faire ce qu'il comprend, qui est la Liberté ; et que ces deux facultés soient par le Seigneur chez l'homme, cela a été montré dans le Traité no Divin Amour et de la Divihe Sagesse, S™ 264 à 270, /i2â; et aussi ci-dessus, M™ 43, hl\- Mais comme il peut s'élever plusieurs doutes sur ces deux facultés, quand on porte ses pensées sur elles, je veux, dès ce commencement, dire seulement quelques mois sur le Libre d'agir selon la raison chez l'homme. Mais d'abord il faut qu'on sache que tout Libre appartient à l'amour, au point que l'amour et le libre sont un ; et comme l'amour est la vie de l'homme, le Libre aussi appartient à la vie de l'homme; en effet, tout plaisir que l'homme a vient de son amour; il n'existe aucun plaisir d'autre part, et agir d'après le plaisir de l'amour, c'est agir d'après le libre, car le plaisir conduit l'homme comme un fleuve conduit ce qui est porté sur ses eaux selon son cours. Maintenant, comme il y a plusieurs amours, les uns concordants, les autres discordants, il g' ensuit qu'il y a pareillement plusieurs Libres; niais en général il y a trois Libres : le Naturel, le Rationnel, et le Spirituel. Le libre naturel est chez chaque homme par héritage; par lui l'homme n'aime que lui-même et le monde ; la première vie de l'homme n'est pas autre chose ; et comme tous les maux existent par ces deux genres d'amour, et que par suite les maux deviennent même des choses de l'amour, il s'ensuit que penser et vouloir les maux, c'est le Libre naturel de l'homme, et que, quand il les a confirmés chez lui par les raisonnements, il agit d'après le libre selon sa raison : faire ainsi les maux, c'est agir d'après la faculté qui est appelée Liberté, et les confirmer, c'est agir d'après la faculté qui est appelée Rationalité. Par exemple, c'est d'après l'amour, dans lequel il naît, que l'homme veut commettre adultère, tromper, blasphémer, se venger ; et quand il confirme ces maux chez lui, et que par la il les regarde comme licites, alors d'après le plaisir de leur amour il les pense et les veut librement comme si c'était selon la raison, et en tant que les lois civiles ne le retiennent pas, il les dit et les fait : il est de la Divine Providence, qu'il soit permis a l'homme d'agir
ainsi, parce qu'il y a chez lui le libre ou la Liberté. L'homme est dans ce libre par nature, parce qu'il y est par héritage ; et dans ce libre sont ceux qui par des raisonnements l'ont confirmé chez eux d'après le plaisir de l'amour de soi et du monde. Le libre rationnel, vient de l'amour de la réputation pour l'honneur ou pour le lucre ; le plaisir de cet amour est de se présenter dans la forme externe comme homme moral ; et parce que l'homme aime cette réputation, il ne trompe pas, il ne commet pas adultère, il ne se venge pas, il ne blasphème pas ; et comme cette conduite résulte de sa raison, il agit aussi d'après lu libre selon sa raison avec sincérité, justice, chasteté, amitié; et même il peut d'après la raison en bien parler : mais si son rationnel est seulement naturel, et non en même temps spirituel, ce Libre est seulement un libre externe et non un libre interne, car néanmoins intérieurement il n'aime pas ces biens, mais il ne les aime qu'extérieurement pour la réputation, ainsi qu'il a été dit; c'est pourquoi les biens qu'il fait ne sont pas en eux-mêmes des biens : il peut même dire qu'ils doivent être faits pour le bien public, mais il ne dit pas cela d'après l'amour du bien public, il le dit d'après l'amour de son honneur ou de son lucre; son libre ne tire donc rien de l'amour du bien public, ni sa raison non plus, parce qu'elle donne son assentiment à l'amour : c'est pourquoi ce Libre rationnel est intérieurement un Libre naturel. Ce Libre aussi est laissé à chacun par la Divine Providence. Le Libre spirituel vient de l'amour de la vie éternelle; dans cet amour, et dans le plaisir de cet amour, ne vient nul autre que celui qui pense que les maux sont des péchés, et pour cela même ne les veut pas, et qui en même temps porte ses regards vers le Seigneur : dès que l'homme fait cela, il est dans ce libre; car l'homme ne peut pas ne pas vouloir les maux parce qu'ils sont des péchés, et pour cela même ne pas les faire, à moins que ce ne soit d'après le Libre intérieur ou supérieur, qui procède de son amour intérieur ou supérieur. Ce Libre n'apparaît pas dans le commencement comme libre, quoique cependant il le soit; mais plus tard il apparaît comme tel, et alors l'homme agit d'après le libre même selon la raison même, en pensant, en voulant, en disant et en faisant le bien et le vrai. Ce Libre s'accroît à mesure que le libre naturel décroît et devient le servile, et il se conjoint avec
!e Libre rationnel el le purifie. Chacun peut venir dans ce Libre, pourvu qu'il veuille penser qu'il y a une Vie éternelle, et que le plaisir et la béatitude de la vie dans le temps pour un temps n'est que comme une ombre qui passe, relativement au plaisir et à la béatitude de la vie dans l'éternité pour l'éternité ; et l'homme peut penser cela, s'il veut, parce qu'il a la Rationalité et la Liberté, et parce que le Seigneur, de qui procèdent ces deux facultés, lui donne continuellement de le pouvoir.
llx- IL Tout ce que l'homme fait d'après le libre, soit que cela soit conforme ou non conforme à la raison, pourvu que ce soit selon sa raison, lui apparaît comme étant à lui. Ce que c'est que la Rationalité et ce que c'est que la Liberté, qui sont propres à l'homme, on ne peut pas le savoir plus clairement que par la comparaison des hommes avec les bêtes; car celles-ci n'ont aucune rationalité ou facullé de comprendre, ni aucune liberté ou faculté de vouloir librement, et par suite elles n'ont ni entendement ni volonté ; mais au lieu de l'entendement elles ont une science, et au lieu de la volonté una affection, Tune et l'autre naturelle : et comme elles n'ont pas ces deux facultés, elles n'ont pas non plus la pensée, mais au lieu de la pensée elles ont une vue interne qui fait un avec leur vue externe par correspondance. Chaque affection a sa compagne comme épousé, l'affection de l'amour naturel a la science, l'affection de l'amour spirituel l'intelligence, el l'affection de l'amour céleste la sagesse; car l'affection sans sa compagne comme épouse n'est pas quelque chose, parce qu'elle est comme l'être sans l'exister, et comme la substance sans - la forme, desquels on ne peut se former aucune idée; de là vient que dans tout ce qui a été créé il y a quelque chose qui peut se rapporter aù mariage du bien et du vrai, comme il a déjà été montré plusieurs fois; dans les Bêtes il y a le mariage de l'affection et de la science, l'affection y appartient au bien naturel, et la science au vrai naturel. Maintenant, comme l'affection et la science chez elles font absolument un, et que leur affection ne peut être élevée au-dessus de leur science, ni leur science au-dessus de leur affection, et que si elles sont élevées, elles le sont l'une et l'autre en même temps, et comme elles n'ont aucun mental spirituel, dans lequel ou dans la lumière el la chaleur duquel elles puissent être 5".
élevées, voila pourquoi il n'y a en elles ni la faculté de comprendre ou la rationalité, ni la faculté de vouloir librement ou la liberté, mais il y a une pure affection naturelle avec sa science ; l'affection naturelle qu'elles ont est l'affection de se nourrir, de se loger, de se propager, de fuir et de détester ce qui leur est nuisible, avec toute science que celle affection requiert; comme tel est l'état de leur vie, elles ne peuvent pas penser en elles-mêmes : « Je veux, ou je ne veux pas cela, i> ni « je sais, ou je ne sais pas cela,» ni à plus forte raison, «je comprends cela, et j'aime cela;» mais elles sont poussées d'après leur affection par la science sans rationalité et sans liberté. Qu'elles soient ainsi poussées, cela vient non du monde naturel, mais du monde spirituel, car il n'y a pas une seule chose dans le monde naturel qui soit sans connexion avec le monde spirituel ; toute cause produisant un effet vient de là : voir aussi sur ce sujet quelques détails, ci-dessous, H* 96.
75. Il en est autrement de l'homme; il a non-seulement l'affection de l'amour naturel, mais aussi l'affection de. l'amour spirituel et l'affection de l'amour céleste ; car le Mental humain est de trois degrés, comme il a été montré dans le Traité nu Divin Amour et de la Divine Sagesse, Troisième Partie: c'est pourquoi l'homme peut être élevé de la science naturelle dans l'intelligence spirituelle, et de là dans la sagesse céleste, et d'après ces deux-ci, — l'intelligence et la sagesse,— porter ses regards vers le Seigneur, et ainsi Lui être conjoint, ce qui fait qu'il vit éternellement; mais celte élévation quant à l'affection n'aurait pas lieu, s'il n'avait pas la faculté d'élever l'entendement d'après la rationalité, et de vouloir cela d'après la liberté. L'homme par ces deux facultés peut • penser en dedans de lui sur les choses que par les sens de son corps il perçoit hors de lui, et il peut aussi penser d'une manière supérieure sur les choses qu'il pense d'une manière inférieure ; car chacun peut dire : u J'ai pensé cela et je pense cela; » puis, b j'ai voulu cela et je veux cela; » puis aussi, « je comprends que cela est ainsi, j'aime cela parce que c'est de telle manière; » et ainsi du reste ; de là il est évident que l'homme pense aussi audessus de la pensée, et qu'il la voit comme au-dessous de lui ; l'homme lient cela de la Rationalité et de la Liberté, de la rationalité en ce qu'il peut penser d'une manière supérieure, de la II-
berté en ce que d'après l'affection il veut penaer ainsi , car s'il n'avait pas la liberté de penser ainsi, il n'aurait pas la volonté, ni par conséquent la pensée. C'est pourquoi, ceux qui ne veulent comprendre que ce qui appartient au inonde et à la nature du monde, et non ce que c'est que le bien et le vrai moral et spirituel, ne peuvent pas être élevés de la science dans l'intelligence, ni à plus forte raison dans la sagesse; car ils ont obstrué ces facultés, aussi ne sont-ils hommes qu'en ce que, d'après la Rationalité et la Liberté insilées en eux, ils peuvent comprendre s'ils veulent, et aussi en ce qu'ils peuvent vouloir. C'est d'après ces deux facultés que l'homme peut penser, et d'après la pensée parler; dans tout le reste, les hommes ne sont point des hommes, ils sont des bêtes, et quelques-uns par l'abus de ces facultés sont pires que les bÈtes.
76. Chacun, d'après la rationalité non-voilée, peut voir ou saisir que l'homme ne peut être dans aucune affection de savoir, ni dans aucune affection de comprendre, sans l'apparence que cela est à lui ; car tout plaisir et tout agrément, ainsi tout ce qui est de la volonté, vient de l'affection qui appartient à l'amour ; qui estce qui peut vouloir savoir et vouloir comprendre quelque chose, s'il n'y trouve pas quelque agrément de l'affection ? et qui est-ce qui peut avoir cet agrément de l'affection, si ce dont il est affecté ne se présente pas comme étant à lui ? s'il n'y avait rien à lui, mais que le tout fût à un autre, c'est-a-dire, si quelqu'un d'après ses affections infusait quelque chose dans le mental d'un autre qui n'aurait aucune affection de savoir et de comprendre comme de lui-même, est-ce que celui-ci recevrait! et même est-ce qu'il pourrait recevoir! ne serait-il pas comme ce qui est appelé brute et souche î De !à on peut voir clairement que, quoiqu'il y ait influx de toutes les choses que l'homme perçoit et par suite pense et sait, et que selon la perception il veut et fait, néanmoins il est de la Divine Providence du Seigneur que cela apparaisse comme étant à l'homme ; car, ainsi qu'il a été dit, l'homme autrement ne recevrait rien, ainsi ne pourrait être gratifié d'aucune intelligence ni d'aucune sagesse. On sait que tout bien et tout vrai appartiennent non pas à l'homme, mais au Seigneur, et que cependant ils apparaissent a l'homme comme étant à lui ; el comme
tout bien et tout vrai apparaissent ainsi, loutes les choses de l'Eglise et du Ciel, par conséquent toutes celles de l'amour et de la sagesse, et aussi de la charité elde la foi, apparaissent de même, et cependant rien n'en appartient à l'homme : personne ne les peut recevoir du Seigneur, a moins qu'il ne loi semble les percevoir comme de lui-même. D'après cela on peut voir la vérité de cette proposition, que tout ce que l'homme fail d'après le libre, soit que cela soit conforme ou non conforme a la laison, pourvu que ce soit selon sa raison, lui apparaît comme étant a lui.
77. Qui est-ce qui, d'après sa faculté, appelée rationalité, ne peut comprendre que tel ou tel bien est utile au commun, et que le! ou tel mal est nuisible au commun ; par exemple, que la justice, la sincérité et la chasteté du mariage sont utiles au commun, et que l'injustice, la non-sincérilé et la scortation avec les épouses des autres, sont nuisibles au commun ; que par conséquent ces maux en eux-mêmes sont des préjudices, et que ces biens en eux-mêmes sont des avantages? Qui donc ne peut faire cela l'objet de sa raison, pourvu qu'il veuille î il a la rationalité, et il a la liberté ; et autant il fuit ces maux chez lui par ce qu'ils sont nuisibles au commun, autant sa rationalité et sa liberté se) développent, se manifestent, le dirigent et lui donnent de percevoir et de pouvoir; et autant il fait cela, autant il regarde ces biens comme un ami ses amis. De là ensuite, d'après sa faculté qui est appelée rationalité, l'homme peut conclure relativement aux biens qui sont utiles au commun dans le monde spirituel, et relativement aux maux qui y sont nuisibles, si seulement au lieu des maux il perçoit les péchés, et au lieu des biens les œuvres de la charité; cela aussi, l'homme peut en faire l'objet de sa raison, pourvu qu'il veuille, puisqu'il a la rationalité et la liberté; et autant il fuit ces maux comme péchés, autant sa ralionalilé et sa liberté se développent, se manifestent, le dirigent et lui donnent de percevoir et de pouvoir, et autant il fait cela, autant il regarde les biens de h charité comme le prochain regarde le prochain d'après un amour de part et d'autre. Maintenant, puisque le Seigneur, à cause de la réception et de la conjonction, veut que lout ce que l'homme fait librement selon la raison lui apparaisse comme étant à lui, et que cela est selon la raison même, il s'ensuit que l'homme peut,
SUR Ll DIVINE PROVIDENCE. 57
d'après la raison, parce que c'est pour sou éternelle félicité, vouloir fuir les maux comme péchés, et le faire après avoir imploré la Divine puissance du Seigneur.
78. III. Tout ce que l'homme fait d'après le libre selon sa ■pensée lui est approprié comme étant à lui, et reste. Cela résulte de ce que le propre de l'homme el son libre font un; le propre de l'homme appartient a sa vie, et ce que l'homme fait d'après la vie, il le fait d'après le libre ; et aussi le propre de l'homme est ce qui appartient a son amour, car l'amour est la vie de chacun, et ce que l'homme fait d'après l'amour de sa vie, il le fait d'après le libre. Que l'homme agisse d'après le libre selon la pensée, c'est parce que ce qui appartient à la vie ou a l'amour de quelqu'un est pensé aussi, el est confirmé par la pensée; et que, quand cela a été confirmé, il le fait d'après le libre selon la pensée ; car tout ce que l'homme fait, il le fait d'après la volonté par l'entendement; et le libre appartient à la volonté, et la pensée à l'entendement. L'homme peut même agir d'après le libre contre la raison; et aussi, d'après le non-libre selon la raison ; mais ces actions ne sont pas appropriées à l'homme, elles appartiennent seulement à sa bouche et a son corps, et non a son esprit ou à son cœur; mais celles qui appartiennent a son esprit et a son cœur, lorsqu'elles deviennent aussi choses de la bouche et du corps, sont appropriées à l'homme : que cela soit ainsi, on peut l'illustrer par plusieurs exemples, mais ce n'est pas ici le lieu. Par être approprié a l'homme, il est entendu entrer dans sa vie, et devenir chose de sa vie, par conséquent devenir son propre. Que l'homme néanmoins n'ait aucune chose qui lui soit propre, mais qu'il lui apparaisse comme s'il en avait, on le verra dans la suite ; ici, il est montré seulement, que tout bien que l'homme fait d'après le libre selon la raison lui est approprié comme sien, parce qu'en pensant, voulant, disant et faisant, il lui apparaît comme sien; cependant le bien appartient non pas à l'homme, mais au Seigneur chez l'homme; voir ci-dessus, N° 76. Mais comment le mat est approprié à l'homme, on le verra dans un Article spécial.
79. Il est dit que ce que l'homme fait d'après le libre selon sa pensée, cela aussi reste; en effet, rien de ce que l'homme s'est approprié ne peut être déraciné, car cela est devenu chose do son a-
mour et en même temps de sa raison, ou de sa volonté et en même temps de son entendement, et par suite chose de sa vie : cela, il est vrai, peut Être éloigné, mais néanmoins ne peutêtre rejeté; etquand cela est éloigné, cela est transporté comme du centre aux périphéries, et y demeure ; c'est ce qui est entendu par « cela reste, n Par exemple, si un homme dans son enfance et dans son adolescence s'est approprié quelque mal, en le Taisant d'après ie plaisir de son amour; ainsi, s'il a trompé, blasphémé, s'est livré a la vengeance, à la scortation ; alors, parce qu'il a fait ces maux d'après le libre selon sa pensée, il se les est aussi appropriés ; mais si ensuite il fait pénitence, s'il les fuit et les regarde comme des péchés qu'il faut avoir en aversion, et qu'ainsi il s'en abstienne d'après le libre selon la raison, alors les biens auxquels ces maux sont opposés lui sont appropriés; ces bieos sont alors le centre, et éloignent les maux vers les périphéries, de plus en plus loin, selon qu'il s'en abstient et qu'il les a en aversion ; mais néanmoins ils ne peuvent pas Cire rejelés de sorte qu'on puisse dire qu'ils ont été extirpés; toutefois cependant ils peuvent, lorsqu'ils oot été ainsi éloignés, paraître comme extirpés ; cela a lieu parce que l'homme est détourné des maux par le Seigneur, et est tenu dans les biens : il eu arrive ainsi pour tout mal héréditaire, et pareillement pour tout mal actuel de l'homme. C'est aussi ce que j'ai vu prouvé par expérience dans le Ciel chez quelques-uns qui, parce qu'ils étaient tenus dans le bien par le Seigneur, se croyaient sans maux; mais pour qu'ils ne crussent pas que le bien, dans lequel ils étaient, fût leur propre, ils furent envoyés hors du Ciel, et remis dans leurs maux, jusqu'à ce qu'ils reconnussent qu'ils étaient dans les maux par eux-mêmes, mais dans les biens par le Seigneur ; après celte reconnaissance ils furent ramenés dans le Ciel. Qu'on sache donc que ces biens ne sont appropriés a l'homme que parce qu'ils appartiennent constamment au Seigneur chez l'homme; et, qu'autant l'homme reconnaît cela, autant le Seigneur accorde que le bien apparaisse à l'homme comme étant à lui, c'est-à-dire, accorde qu'il apparaisse à l'homme qu'il aime le prochain ou qu'il a la charité comme par lui-même, qu'il croit ou qu'il a la fol comme par lui-même, qu'il faiL le bien et comprend le vrai, et ainsi est sage comme par lui-même ; illustré par là il peut voir quel il est,
et combien est forte l'apparence dans laquelle le Seigneur veut que l'homme soit ; et le Seigneur veut cela pour la salvation de l'homme, car sans celle apparence personne ne peut être sauvé. Sur ce sujet, voir aussi ce qui a été montré ci-dessus, N" Si2 ù 45.
80. Rien de ce que l'homme pense seulement, ni même de ce qu'il pense vouloir ne lui est approprié, à moins qu'en même temps il ne veuille tellement la chose, qu'il la fasse aussi, lorsqu'il en a le pouvoir; la raison de cela, c'est que, quand par suite l'homme la fait, c'est d'après la volonté par l'entendement, ou d'après l'affection de la volonté parla pensée de l'entendement qu'il lafait:mais, tant que la chose appartient a la pensée seule, elle ne peut être appropriée, parce que l'entendement ne se conjoint pas avec la volonté, ou parce que la pensée de l'entendement ne se conjoint pas avec l'affection de la volonté; mais c'est la volonté et son affection qui se conjoignent avec l'entendement et sa pensée, comme il a été montré en plusieurs endroits dans le Traité du Divin Amour et de la Divine Sagesse, Cinquième Partie. C'est là ce qui est entendu par ces paroles du Seigneur : u Ce qui entre dans ta bouche ne rend pas impur l'homme, mais ce qui du cœur sort par la bouche rend impur l'homme. » — Maltli. XV, il, 17, 18, 19; — par la houche, dans le sens spirituel, il est entendu la pensée, parce que la pensée parle par la houche ; et par le cœur dans ce sens il est entendu l'affection qui appartient à l'amour; si l'homme pense et parle d'après celle affection, il se rend impur : par le cœur il est aussi signifié l'affection qui appartient a 4'amour ou a la volonté, et par la bouche la pensée qui appartient à l'entendement, dans Luc, VL Û5.
81. Les maux que l'homme croit licites, quoiqu'il ne les fasse point, lui sont aussi appropriés ; en effet, ce qui est licile dans la pensée est licite d'après la volonté, car il y a accord ; c'est pourquoi, quand l'homme croit licile un mal, il rompt le lien interne a l'égard de ce mal, et il n'est détourné de le faire que par les liens externes, qui sont les craintes; et parce que l'esprit de l'homme est favorable à ce mal, dès que les liens externes ont été éloignés, il le fait parce qu'il le croit licite; et, en attendant, il le fait continuellement dans son esprit : mais, sur ce sujet, voir la Doctrine de vië pouh la Nouvelle Je a usa le m, ti" 108 a 113,