‹ La sagesse angélique sur la divine ProvidenceChapitre 2 sur 16 · LA S AGI · texte numérisé non relu

LA S AGI

82. IV. Par ces deux facultés l'homme est réformé cl régénéré par le Seigneur, et sans elles il ne ■peut être ni réformé ni régénéré. Le Seigneur enseigne que si quelqu'un n'est engendré de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu, — Jean, III. 3, 5, 7;— mais ce que c'est qu'être engendré de nouveau ou être régénéré, peu de personnes le savent : cela vient de ce qu'on n'a pas su ce que c'est que l'amour et la charité, ni par conséquent ce que c'est que la foi ; car celui qui ne sait pas ce que c'est que l'amour et la charité, ne peut pas savoir ce que c'est que la foi, puisque la charité et la foi font un, comme le bien et le vrai, et comme l'affection qui appartient a la volonté et la pensée qui appartient a l'entendement; sur celle union, voir dans le Traité dd Divin Asioor et de la Divine Sagesse, N™ Û27 à ii31 ; et aussi, dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem, N" 13 à 2û ; el ci-dessus, N" 3 à 20.

83. Si personne ne peut venir dans le Royaume de Dieu, a moins d'être engendré de nouveau, c'est parce que l'homme, d'après l'héréditaire qu'il tient de ses parents, naît dans des maux de tout genre, avec la faculté de pouvoir en éloignant ces maux devenir spirituel, et que s'il ne devient pas spirituel, il ne peut venir dans le Ciel ; de naturel devenir spirituel, c'est renallre ou être régénéré. Mais pour qu'on sache comment l'homme est régénéré, ces trois choses doivent être examinées : Quel est son premier état, qui est l'état de damnation ; quel est son second étal, qui est l'état de réformation ; el quel est son troisième élat, qui est l'étal de régénération. Le premier état de l'homme, qui est l'état de damnation, est chez chaque homme d'après l'héréditaire qu'il lient de ses parents, car l'homme natt par la dans l'amour de soi et dans l'amour du monde, et d'après ces amours, comme sources, dans des maux de tout genre; c'est d'après les plaisirs de ces amours qu'il est conduit, et les plaisirs font qu'il ne sait pas qu'il est dans les maux; car lout plaisir de l'amour n'est senti que comme un bien ; c'est pourquoi, si l'homme n'esl pas régénéré, il ne sait autre chose sinon que s'aimer el aimer le monde par dessus loules choses est le bien même, et que dominer sur lous les autres et posséder les richesses de tous est le bien suprême : de la aussi toul mal, car il ne regarde par amour nul autre

que lui seul, el s'il regarde un autre par amour, c'est comme un diable regarde un diable, et un voleur un voleur, quand ils agissent comme un. Ceux qui chez eux d'après leur plaisir confirment ces amours, et les maux qui en découlent, reslent naturels et deviennent sensuels-corporels ; et dans la propre pensée, qui appartient a leur esprit, ils sont en démence,- mais néanmoins ils peuvent, lorsqu'ils sont dans le monde, parler et agir rationellement el sagement, car ils sont hommes, et ont par conséquent la rationalité et la liberté, mais ils font aussi cela d'après l'amour de. soi et du monde. Ceux-ci après la mort, quand ils deviennent esprits, ne peuvent avoir d'autre plaisir que celui qu'ils ont eu dans leur esprit lorsqu'ils étaient dans le monde ; et ce plaisir est le plaisir de l'amour infernal, qui est changé en déplaisir, en douleur et en souffrance horrible, ce qui est entendu dans la Parole par tourment et feu infernal. D'après ces explications, il est évident que le premier état de l'homme est l'état de damnation ; et que dans cet état sont ceux qui ne se laissent point régénérer. Le second état de l'homme, qui est Cétat de rèformalion, c'est quand l'homme commence à penser au Ciel d'après la joie du ciel, et ainsi à Dieu de qui lui vient la joie du ciel; mais il y pense d'abord d'après le plaisir de son amour, la joie du ciel est pour lui ce plaisir ; mais tant que le plaisir de cet amour règne avec les plaisirs des maux qui en découlent, il ne peut comprendre autre chose, sinon que venir au ciel c'est faire des prières, écouler des prédications, participer à la sainte Cène, donner aux pauvres, secourir les indigents, contribuer aux dépenses pour les temples, faire des dons aux hôpitaux, et autres choses semblables ; l'homme dans cet élat ne sait pas non plus autre chose, sinon que ce qui sauve, c'est seulement de penser ce que la religion enseigne, soit que cela soit ce qui est appelé foi, ou ce qui est appelé foi et charité : s'il ne comprend pas autre chose, sinon que penser cela est ce qui sauve, c'est parce qu'il ne pense nullement aux maux dans les plaisirs desquels il est, et tant que les plaisirs de ces maux lestent, les maux reslent aussi ; leurs plaisirs viennent de leur convoitise, qui inspire continuellement les maux, et même les produit, quand quelque crainte ne retient pas. Tant que les maux restent dans les convoitises et par suite dans les plaisirs de leur

amour, il n'y a aucune foi, aucune charité, aucune piété, aucun culte, si ce n'est seulement dans les externes ; il semble devant le monde qu'il y en ait, mais néanmoins il n'y en a pas : on peut les comparer à des eaux qui coulent d'une source impure, el qui ne peuvent pas être bues. Tant que l'homme est tel, qu'il pense au Ciel et à Dieu d'après la religion, et ne pense nullement aux maux comme péchés, il est encore dans le premier état ; mais il vient dans le second ou dans l'état de réformation, quand il commence a penser qu'il y a péché, et plus encore quand il pense que telle ou telle chose est un péché, et qu'il l'examine quelque peu chez lui et ne la veut point. Le troisième état de l'homme, qui est l'état de régénération, succède à l'état précédent et en est la continuation ; il commence quand l'homme s'abstient des maux parce qu'ils sont des péchés ; il avance à mesure qu'il les fuit; il est perfectionné a mesure qu'il combat contre eux ; et alors, à mesure que d'après le Seigneur il est victorieux, il est régénéré. Chez celui qui est régénéré Tordre de la vie est changé, de naturel il devient spirituel, car le naturel séparé du spirituel est contre l'ordre, et le spirituel est selon l'ordre; c'est pourquoi l'homme régénéré agit d'après la charité, et il fait chose de sa foi ce qui appartient à sa charité. Mais néanmoins il ne devient spirituel qu'en tant qu'il est dans les vrais, car tout homme est régénéré par les vrais el par la vie selon tes vrais ; en effet, par les vrais il sait la vie, et par la vie il fait les vrais; ainsi il conjoint le bien et le vrai, ce qui est le mariage spirituel, dans lequel est le Ciel.

85. Que par ces deux facultés, qui sont appelées rationalité et liberté, l'homme soit réformé el régénéré, et que sans elles il ne puisse être ni réformé ni régénéré, c'est parce que par la nationalité il peut comprendre et savoir ce que c'est que le mal et ce que c'est que le bien, et par suite ce que c'est que le faux et ce que c'est que le vrai ; et que par la Liberté il peut vouloir ce qu'il comprend et sait : mais tant que le plaisir de l'amour du mal règne, il ne peut pas librement vouloir le bien et le vrai, ni en faire des choses de sa raison, c'est pourquoi il ne peut pas se les approprier ; car, ainsi qu'il a été montré ci-dessus, les choses que l'homme fait d'après le libre selon la raison lui sont appropriées comme étant à lui, et si elles ne sont pas appropriées comme étant

Di j.i I: ■ Ci

à lui, l'homme n'est ni réformé ni régénéré : et pour la première fois il agit d'après le plaisir de l'amour du bien et du vrai, alors que le plaisir de l'amour Su mal et du faux a été éloigné; car deux plaisirs de l'amour, opposés entre eux, ne peuvent exister en même temps ; agir d'après le plaisir de l'amour, c'est agir d'après le libre ; et quand la raison est favorable à l'amour, c'est aussi agir selon la raison.

86. Puisque l'homme, tant le méchant que le bon, a la rationalité et la liberté, le méchant comme le bon peut comprendre le vrai el faire le bien ; mais le méchant ne le peut pas d'après le libre selon la raison, tandis que le bon le peut, parce que le méchant est dans le plaisir de l'amour du mal, et que le bon est dans le plaisir de l'amour du bien ; c'est pourquoi le vrai que l'homme méchant comprend, et le bien qu'il fait, ne lui sont point appropriés, mais ils sont appropriés à l'homme bon ; et sans une appropriation comme étant à l'homme, il n'y a ni réformation ni régénération. En effet, chez les méchants les maux avec les faux sont comme au centre, et les biens avec les vrais comme aux périphéries; mais chez les bons les biens avec les vrais sont au centre, et les maux avec les faux aux périphéries ; et de part et d'autre les choses qui appartiennent au centre se répandent jusqu'aux périphéries, de même que d'un feu qui est au centre se répand la chaleur, et d'une glace qui est au centre le froid ; ainsi les biens dans les périphéries chez les mécliants sont souillés par les maux du centre, et les maux dans les périphéries chez les bons sont adoucis par les biens du centre : c'est pour cette raison que les maux ne damnent point le régénéré, et que les biens ne sauvent point le non-régénéré.

87. V. Par le moyen de cet deux facultés l'homme peut être autant réformé el régénéré, qu'il peut être amené paretlesàreconnaltre que tout bien et tout vrai qu'il pense et fait viennent du Seigneur, el non de lui-même. Il vient d'être dit ce que c'est que la réformalion et ce que c'est que la régénération; et aussi, que l'homme est réformé et régénéré par ces deux facultés, qui sont la Rationalité el la Liberté : et comme cela est fait par elles, il en sera dit encore quelque chose. De la nationalité l'homme tient qu'il peut comprendre, et de la Liberté, qu'il peut vouloir,

l'un el l'autre comme par lui-même; mais pouvoir d'après le libre vouloir le bien, et par suite selon la raison le faire, il n'y a que le régénéré qui le puisse ; le méchant peut seulement d'après le libre vouloir le mal, et le faire selon sa pensée, qu'il rend par des confirmations comme conforme à la raison ; car le mal peut être confirmé de même que le bien, mais il l'est par des illusions et des apparences qui, lorsqu'elles sont confirmées, deviennent des faux ; et quand le mal a élé confirmé, il semonlre comme conforme à la raison.

88. Tout homme, qui a quelque pensée provenant de l'entendement intérieur, peut voir que pouvoir vouloir et pouvoir comprendre vient, non pas de l'homme, mais de Celui à qui pouvoir même, c'est-à-dire, Pouvoir dans son essence, appartient : pense seulement en toi-même : «D'où vient pouvoir?» N'est-ce pas de Celui à qui cela est en sa puissance même, c'est-a-dire, à qui cela est en Lui, el ainsi de Oui cela vient? c'est pourquoi pouvoir en soi est Divin. Pour chaque pouvoir il faut qu'il y ait une permission, qui doit être donnée, et par suite une détermination venant d'un intérieur ou supérieur à soi; l'œil ne peut pas voir par lui-même, ni l'oreille entendre par elle-même, ni la bouche parler par ellemême, ni la main agir par elle-même, la permission et par suite la détermination doivent venir du mental; le mental ne peut non plus ni penser ni vouloir telle ou telle chose par lui-même, à moins qu'il n'y ait quelque intérieur ou supérieur qui détermine le mental à cela; il en est de même de pouvoir comprendre et de pouvoir vouloir, ils ne peuvent venir d'un autre que de Celui qui en soi peut vouloir et peut comprendre. D'après ces explications il est évident que ces deux facultés, qui sont appelées nationalité et Liberté, viennent du Seigneur, et non de l'homme ; et parce qu'elles viennent du Seigneur, il s'ensuit que l'homme par lui-même ne veut rien et ne comprend rien, mais que seulement il veut et comprend comme par lui-même. Qu'il en soit ainsi, c'est ce que peut confirmer chez soi quiconque sait et croit que la volonté de tout bien et l'entendement de tout vrai viennent du Seigneur, et non de l'homme. Que l'homme ne puisse rien prendre par lui-même ; ni rien faire par lui-même, c'est ce qu'enseigne la Parole, dans Jsan, — MI. 27. XV. 5.

89. Maintenant, comme chaque vouloir vient de l'amour, et que chaque comprendre vient de la sagesse, il s'ensuit que pouvoir vouloir vient du Divin Amour, et que pouvoir comprendre vient de la Divine Sagesse, ainsi l'un et l'autre, du Seigneur qui est le Divin Amour Même et la Divine Sagesse Même. De là résulte qu'agir d'après le libre selon la raison ne vient pas d'autre part Chacun agit selon la raison, parce que le libre, de mime que l'amour, ne peut être séparé du vouloir ; mais chez l'homme il y a un vouloir intérieur et un vouloir extérieur, et il peut agir selon l'extérieur et non en même temps selon l'intérieur; ainsi agissent l'hypocrite et le flatteur; et néanmoins le vouloir extérieur vient du libre, parce qu'il vient de l'amour de se montrer autrement que l'on est, ou de l'amour de quelque mal qu'on se propose d'après l'amour de la volonté intérieure ; mais, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le méchant ne peut, d'après le libre selon sa raison, faire que le mal, car il ne peut pas d'après le libre selon la raison faire le bien; il peut le faire, il est vrai, mais non d'après le libre intérieur, qui est son propre libre, dont le libre extérieur tient de n'être pas bon.

90. Il est dit que l'homme peut être autant réformé et régénéré, qu'il peut être amené par ces deux facultés à reconnaître que tout bien et tout vrai qu'il pense et fait viennent du Seigneur, et non de lui-même : que l'homme ne puisse reconnaître cela que par ces deux facultés, c'est parce que ces deux facultés viennent du Seigneur, et appartiennent au Seigneur chez l'homme, comme cela est évident d'après ce qui a été dit ci-dessus; il s'ensuit donc que l'homme ne peut faire cela par lui-même, mais qu'il le fait d'après le Seigneur; toutefois, cependant, il le peut faire comme' par lui-même, le Seigneur donne cela àchacun :que l'on croie que c'est par soi-même, soit; cependant si l'on est sage, on reconnaîtra que ce n'est pas par soi-même, autrement le vrai qu'on pense, et le bien qu'on fait, ne sont ni le vrai ni le bien en eux-mêmes, car l'homme est en eux, et le Seigneur n'y est point; et le bien dans lequel est l'homme, s'il est fait pour le salut, est un bien méritoire, mais le bien dans lequel est le Seigneur n'est point méritoire.

91. Mais que la reconnaissance du Seigneur, et la reconnaissance que tout bien et tout vrai viennent de Lui, fassent que

l'homme est réformé et régénéré, c'est ce que peu d'hommes peuvent voir par l'entendement; car on peut penser en soi-même : « Qu'est-ce que fait cette reconnaissance, puisque le Seigneur est Tout-Puissant et veut le salut de tous, et que par suite il peut et veut, pourvu qu'il soit porté à la miséricorde? » mais penser ainsi, ce n'est pas penser d'après le Seigneur, ni par conséquent d'aprèsla vue intérieure de l'entendement, c'est-à-dire, d'après quelque illustration ; c'est pourquoi, il sera dit ici en peu de mots ce que la reconnaissance opère. Dans le monde spirituel, où les espaces sont seulement des apparences, la sagesse Tait la présence, et l'amour fait la conjonction ; et, vice versa. Il y a une reconnaissancedû Seigneur d'après la sagesse, et il y a une reconnaissance du Seigneur d'après l'amour; la reconnaissance du Seigneur d'après la sagesse, reconnaissance qui considérée en elle-même est seulement une connaissance, existe par la doctrine; et la reconnaissance du Seigneur d'après l'amour existe par la vie selon la doctrine; celte reconnaissance-ci donne la conjonction, et l'autre donne la présence : c'est pourquoi, ceux qui rejettent la doctrine concernant le Seigneur s'éloignent de Lui ; et.comme eux aussi rejettent la vie, ils se séparent de Lui ; toutefois ceux qui ne rejettent pas h doctrine, mais la vie, sont présents, mais néanmoins séparés : ils sont comme des amis qui conversent entre eux, mais ne s'aiment pas mutuellement ; et comme deux hommes, dont l'un parle a l'autre comme un ami, mais le hait comme un ennemi. Que cela soit ainsi, on le sait d'après cette idée commune, que celui qui enseigne bien et vit bien est sauvé, mais non celui qui enseigne bien et vit mal ; et que celui qui ne reconnaît pas Dieu ne peut être sauvé. Par ces explications, on voit clairement quelle sorte de religion on a, quand on pense au Seigneur d'après la foi, ainsi qu'on nomme sa croyance, et qu'on ne fait rien d'après la charité ; c'est pourquoi le Seigneur dit : « Pourquoi M'appelezvous : Seigneur, Seigneur, et ne faites-vous pas ce que je dis? Quiconque vient à Moi, et écoute mes paroles et les fait, est semblable à un homme qui bâtit une maison, et a posé le fondement sur le roc ; mais celui qui écoute, et ne fait pas, est semblable à un homme qui bâtit une maison sur l'humus sans fondement. »— Luc, VI. lid a A9.

DigitizGd ti/Cciogli

92. VI. La conjonction du Seigneur avec i homme, et ta conjonction réciproque de l'homme avec te Seigneur, se font par ces deux facultés. La Conjonction avec le Seigneur et la Régénération sont un, car autant quelqu'un a été conjoint au Seigneur, autant il a été régénéré : c'est pourquoi, tout ce qui a été dit cidessus de la régénération peut être dit de la conjonction, et ce qui est dit ici de la conjonction peut être dit de ta régénération. Qu'il y ait une conjonction du Seigneur avec l'homme, et une conjonction réciproque de l'homme avec ic Seigneur, c'est ce que le Seigneur enseigne Lui-Mémo, dans Jean : « Demeurez en Moi, et Moi en vous ; celui qui demeure en Moi, et Moi en lui, celui-là porte du fruit beaucoup. » — XV. h, 5. — « En ce jour-là vous connaîtrez que vous Êtes en Moi, et Moi en vous, a— XIV. 20. — D'après la raison seule chacun peut voir qu'il n'y a aucune conjonction des mentais (animi) a moins qu'elle ne soit réciproque, et que le réciproque conjoint; si quelqu'un aime un autre et n'en est pas réciproquement aimé, alors à mesure que l'un s'approche l'autre se relire ; mais s'ils s'aiment réciproquement, alors à mesure que l'un s'approche l'autre s'approche aussi, et la conjonction se fait; l'amour aussi veut être aimé, cela est insité en lui, et autant il est réciproquement aimé, autant il est dans soi et dans son plaisir. D'après ces explications il est évident que si le Seigneur seulement aimait l'homme, et qu'il ne fût pas réciproquement aimé par l'homme, le Seigneur s'approcherait et l'homme s'éloignerait ; ainsi, le Seigneur voudrait continuellement venir près de l'homme et entrer en lui, et l'homme se tournerait en arrière et s'en irait ; avec ceui qui sont dans l'enfer il en est ainsi; mais avec ceux qui sont dans le ciel, il y a conjonction mutuelle. Comme le Seigneur veut la conjonction avec l'homme pour la salvation de l'homme, il a aussi pourvu à ce que chez l'homme il y ait le réciproque ; le réciproque chez l'homme, c'est que le bien qu'il veut et fait d'après le libre, et le vrai qu'il pense et dit d'après ce vouloir selon la raison, apparaissent comme venant de lui ; et que ce bien dans sa volonté, et ce vrai dans son entendement, apparaissent comme étant à lui ; et même ce bien et ce vrai apparaissent a l'homme comme venant de lui et comme étant à lui, absolument de même que s'ils lui appartenaient, il n'y a au-

cime différence ; examine si quelqu'un, par un sens quelconque, perçoit autrement; sur cette apparence comme par soi-même, voir ci-dessus, N M 7U à 77 ; et sur l'appropriation comme étant à soi, ri°" 78 à 81 : la seule différence, c'est que l'homme doit reconnaître que ce n'est pas de lui-même qu'il fait le bien et pense le vrai, mais que c'est d'après le Seigneur, et que par conséquent le Lien qu'il fait et le vrai qu'il pense ne lui appartiennent point : penser ainsi d'après quelque amour de la volonté, parce que c'est la vérité, cela fait la conjonction, car de cette manière l'homme regarde le Seigneur et le Seigneur regarde l'homme.

93. Quelle est la différence entre ceux qui croient que tout bien vient du Seigneur, et ceux qui croient que le bien vient d'eux-mêmes, il m'a été donné et de l'entendre et de le voir dans le Monde spirituel : Ceux qui croient que le bien vient du Seigneur tournent la face vers le Seigneur, et reçoivent le plaisir et la béatitude du bien ; mais ceux qui croient que le bien, vient d'euxmêmes se regardent eux-mêmes, et pensent chez eux qu'ils ont mérité ; et comme ils se regardent eux-mêmes, ils ne peuvent que percevoir le plaisir de leur bien, qui est non pas le plaisir du bien, mais le plaisir du mal ; car le propre de l'homme est le mat, et le plaisir du mal perçu comme bien est l'enfer. Geux qui ont fait le bien et ont cru l'avoir fait par eux-mêmes, s'ils ne reçoivent pas après la mort ce vrai que tout bien vient du Seigneur, se mêlent avec les génies infernaux, et enfin font un avec eux : ceux, au contraire, qui reçoivent ce vrai sont réformés ; mais nul autre ne le reçoit que ceux qui ont porté leurs regards vers Dieu dans leur vie : porter ses regards vers Dieu dans sa vie, n'est autre chose que fuir les maux comme péchés,

94. La conjonction du Seigneur avec l'homme, et la conjonction réciproque de l'homme avec le Seigneur, se font par aimer le prochain comme soi-même et aimer le Seigneur par dessus toutes choses : aimer le prochain comme soi-même n'est aulre chose qu'agir avec lui sans dissimulation et sans injustice, ne point avoir de haine et ne point exercer de vengeance contre lui, ne le point outrager et ne le point diffamer, ne point commettre adultère avec son épouse, et ne point faire contre lui d'autres choses semblables : qui ne peut voir que ceux qui font de telles choses n'aiment

point le prochain comme eux-mêmes? Ceux, au contraire, qui ne font pas de telles choses, parce qu'elles sont des maux contre le prochain et en même temps des péchés contre le Seigneur, agissent avec sincérité, justice, amitié et fidélité envers le prochain, et comme le Seigneur agit pareillement, la conjonction réciproque s'opère; et quand il y a conjonction réciproque, tout ce que l'homme fait au prochain il le fait d'après le Seigneur, et tout ce que l'homme fait d'après le Seigneur est le bien ; et alors le prochain n'est pas pour lui une personne, mais il est le bien dans la personne. Aimer le Seigneur par dessus toutes choses, n'est autre chose que ne point faire de mal à la Parole, parce que dans la Parole est le Seigneur, ni aux choses saintes de l'Église, parce que dans les choses saintes de l'Église est le Seigneur, ni à l'âme de qui que ce soit, parce que l'âme de chacun est dans la main du Seigneur; ceux qui fuient ces maux comme péchés énormes aimeut le Seigneur par dessus toutes choses : mais cela ne peut être fait que par ceux qui aiment le prochain comme eux-mêmes, car ces deux amours sont conjoints.

95. Comme il y a une conjonction du Seigneur avec l'homme, et de l'homme avec le Seigneur, c'est pour cela qu'il y a deux Tables de la loi, l'une pour le Seigneur, et l'autre pour l'homme: autant l'homme fait comme par lui-même les lois de sa Table, autant le Seigneur lui donne de faire les lois de la sienne : mais l'homme qui ne fait pas les lois de sa table, qui toutes se réfèrent â l'amour du prochain, ne peut faire les lois de la table du Seigneur, qui toutes se réfèrent à l'amour du Seigneur : comment un meurtrier, un voleur, un adultère, un faux témoin peul-il aimer le Seigneur? la raison ne dit-elle pas qu'être tel et aimer Dieu implique contradiction? le diable n'est-il pas tel, et peut-il ne pas haïr Dieu ? Mais quand l'homme a en aversion comme infernaux les meurtres, les adultères, les vols et les faux témoignages, alors il peut aimer Dieu, car alors il détourne sa face du diable pour la tourner vers le Seigneur ; et quand il tourne sa face vers le Seigneur, il lui est donné l'amour et la sagesse, qui entrent dans l'homme par sa face et non par le derrière de sa tête. Comme la conjonction avec le Seigneur se fait ainsi et non autrement, c'est pour cela que ces deux Tables ont été appelées l'alliance ; or l'alliance existe entre deux.

96. VIL Le Seigneur, dans iouie progression de sa Divine Providence, garde intactes et comme saintes ces deux facultés chez rit&mmc. Les raisons do cela sont que l'homme, sans ces deux facultés, n'aurait ni entendement ni volonté, et ainsi ne serait point homme; puis aussi, qu'il ne pourrait pas, sans ces deux facultés, être conjoint au Seigneur, ni par conséquent être réformé et régénéré ; puis encore, que l'homme, sans ces deux facultés, n'aurait ni l'immortalité, ni la vie éternelle. D'après la connaissance, donnée dans ce qui précède, de ce que c'est que la Liberté et la nationalité, qui sont ces deux (acuités, on peut voir, il est vrai, qu'il en est ainsi, mais on ne le voit pas clairement, a moins que ces raisons ne soient présentées à la vue comme conclusions ; il faut donc que chacune soit illustrée. L'Itominc, sans ces deux facultés, n'aurait ni entendement ni volonté, et ainsi ne serait point homme : En effet, l'homme n'a la volonté que parce qu'il peut vouloir librement comme par lui-même; et vouloir librement comme par soi-même vient de cette faculté,-— continuellement donnée à l'homme par le Seigneur, — qui est appelée Liberté; et l'homme n'a l'entendement que parce qu'il peut comme par luimême comprendre si telie chose est conforme ou non a la raison ; et comprendre si une chose est conforme ou non à la raison vient de celte autre faculté,— continuellement donnée à l'homme par le Seigneur,— qui est appelée nationalité. Ces facultés se consignent chez l'homme comme laVolonté el l'Entendement ; à savoir, que, parce que l'homme peut vouloir, il peut aussi comprendre, car vouloir n'existe pas sans comprendre, comprendre est son compagnon ou son associé, sans lequel il ne peut être ; c'est pourquoi, avec la faculté qui est appelée liberté, il est donné la faculté qui est appelée rationalité; si même de comprendre lu û tes vouloir, tu ne comprends rien ; et autant tu veux, autant tu peux comprendre, pourvu que les moyens, qui sont appelés connaissances, soient présents ou soient en même temps ouverts, car les connaissances sont comme des instruments dans la main d'un ouvrier : il est dit : Autant que lu veux lu peux comprendre, c'est-à-dire, autant que tu aimes comprendre, car la volonté el l'amour font un ; cela, il est vrai, se présente comme un paradoxe, mais se présente ainsi à ceux qui n'aiment pas comprendre, et par suite

ne veulent pas, et ceux qui ne veulent pas disent qu'ils ne peuvent pas : mais dans l'Article suivant il sera dit qui sont ceux qui oc peuvent pas, et qui sont ceux qui peuvent difficilemc nt. Sans qu'il soit besoin de confirmation, il est évident que si l'homme n'avait pas une Volonté d'après la faculté qui est appelée Liberté, et un Entendement d'après la facullé qui est appelée Rationalité, il ne serait point homme. Les bétes n'ont point ces facultés; il semble que les bêtes aussi puissent vouloir, et qu'elles puissent comprendre, mais elles ne le peuvent point; c'est une affection naturelle, laquelle en elle-même est un désir, avec une science sa compagne, qui uniquement les conduit et les porle à faire ce qu'elles fout ; il y a, il est vrai, dans leur science le civil et le moral, mais elles ne sont pas au-dessus de cette science, parce qu'elles n'ont pas le spirituel qui donne de percevoir le moral, et par conséquent de le penser analytiquement : elles peuvent, à la vérité, être instruites à faire quelque chose; mais cela est seulement un naturel qui s'ajoute à leur science et en même temps à leur affection, el se reproduit ou par la vue ou par l'ouïe, mais ne devient jamais chez elle une chose de la pensée, encore moins une chose de la raison : sur ce sujet, voir ci-dessus, K" Ih. L'homme ne pourrait pas, sans ces deux facutté$,être conjoint au Seigneur, ni par conséquent être réformé et régénéré, c'est ce qui a été montré ci-dessus; en effet, le Seigneur réside dans ces deux facultés chez les hommes tant méchants que bons, et par elles il se conjoint à chaque homme : de là vient que le méchant peut comprendre aussi bien que le bon, et qu'en lui il y a en puissance la volonté du bien et l'entendement du vrai; s'ils n'y sont pas en acte, c'est par l'abus de ces facultés. Que le Seigneur réside dans ces facultés chez chaque homme, c'est d'après l'influx de la volonté du Seigneur, en ce qu'il veut être reçu par l'homme, faire sa demeure chez lui, et lui donner les félicités de !a vie éternelle; ces choses appartiennent à la volonté du Seigneur, parce qu'elles appartiennent à son Divin Amour. C'est celle Volonté du Seigneur, qui fait que ce que l'homme pense, dit, veut et fait, apparaît en lui comme étant à lui. Que l'influx de la volonté du Seigneur opère cela, c'est ce qui peut Être confirmé par plusieurs particularités du Monde spirituel ; car parfois le Seigneur remplit un Ange de

son Divin, au point que l'Ange ne sait autre chose, sinon qu'il est le Seigneur ; ainsi ont clé remplis les Anges qu'Abraham, Hagar, Guidéon, ont vus, lesquels par suite se sont appelés Jéhovah, et dont il est parlé dans laParole:de même aussi uneaprit peut être rempli par un autre, au point de ne savoir autre chose, sinon qu'il est cet autre; c'est ce que j'ai vu très-souvent : on sait aussi dans le Ciel que le Seigneur opère toutes choses par le Vouloir, et que ce qu'il veut est fait. D'après ces explications, il esl évident que c'est par ces deux facultés que le Seigneur se conjoint à l'homme, et qu'il fait que l'homme esl réciproquement conjoint. Mais comment l'homme, par ces facultés, est réciproquement conjoint, et par conséquent comment par elles il est réformé et régénéré, cela a été dit ci-dessus, et il en sera parlé plus amplement dans la suite. L'homme, sans ces deux (acuités, n'aurait ni l'immortalité ni la vie éternelle, c'est une suite de ce qui vient d'être dit, que par elles il y a conjonction avec le Seigneur, puis réformalion et régénération ; par la conjonction l'homme a l'immortalité, et par la réformation et la régénération il a la vie éternelle : et comme par ces facultés il y a conjonction du Seigneur avec tout liomme, tant méchant que hon, ainsi qu'il a été dit, c'est pour cela que tout homme a l'immortalité ; mais la vie éternelle, c'est-a-dire, la vie du ciel, est pour l'homme chez qui il y a la conjonction réciproque depuis les intimes jusqu'aux derniers. D'après ces explications, on peut voir les raisons pour lesquelles le Seigneur, dans toute progression de sa Divine Providence, garde intactes et comme saintes ces deux facultés chez l'homme.

97. V III. C'est pour cela qu'il est île la Divine Providence que l'homme agisse d'après te libre st-lon la raison. Agir d'après le libre selon la raison, et agir d'après la Liberté et la nationalité, c'est la mémo chose; puis aussi, agir d'après la volonté et l'entendement est la même chose; mais autre chose est d'agir d'après te libre selon la raison, ou d'après la liberté et la rationalité, et autre chose d'agir d'après le libre même selon la raison même, ou d'après la liberté même et la rationalité même; en effet, l'homme qui fait le mal d'après l'amour du mal, et qui le confirme chez lui, agit, il est vrai, d'après le libre selon la raison, mais néanmoins

son libre n'est pas eh soi le libre ou le libre même, mais c'est un libre infernal, qui en soi est le servile, et sa raison n'est pas en soi la raison, mais c'est une raison ou bâtarde, ou fausse, ou apparente par des confirmations : toujours est-il cependant que l'un et l'autre est de la Divine Providence ; car si le libre de vouloir le mal, et de faire par des confirmations qu'il soit comme conforme a la raison, était été a l'homme naturel, la liberté et la rationalité périraient, et en môme temps la volonté et l'entendement ; et l'homme ne pourrait pas être détourné des maux, ni être réformé, ni par conséquent être conjoint au Seigneur et vivre pour l'éternité : c'est pourquoi le Seigneur garde le Libre chez l'homme, comme l'homme garde la prunelle de son œil. Mais néanmoins le Seigneur par le libre détourne continuellement l'homme des maux, et autant il peut par le libre le détourner, autant par le libre il implante les biens ; ainsi successivement au lieu du libre infernal il introduit le Libre céleste.

98. Il a été dit ci-dessus que tout homme a la faculté de vouloir, qui est appelée Liberté, et la faculté de comprendre, qui est appelée Rationalité ; mais il faut qu'on sache bien que ces deux facultés ont été comme insitées en l'homme, car l'humain même est en elles : mais, comme il vient d'être dit, autre chose est d'agir d'après le libre selon la raison, et autre chose d'agir d'après le libre même selon la raison même : ceux-là seuls qui se sont laissés régénérer par le Seigneur agissent d'après le libre même selon la raison même ; tous les autres agissent d'après le libre scion une pensée qu'ils font comme conforme a la raison. Néanmoins tout homme, à moins qu'il ne soit né idiot ou extrêmement stupide, peut parvenir à ta raison même, et par elle au libre même ; mais s'il n'y parvient pas, c'est par plusieurs causes, qui seront dévoilées dans la suite : ici, il sera seulement dit qui sont ceux cliezqui leLibre même ou la Liberté même, et en même temps la liaison même ou la Rationalité même, ne peuvent exister, et ceux chez qui ils peuvent difficilement exister. La Liberté même et la nationalité même ne peuvent exister chez les idiots de naissance, ni chez ceux qui plus tard sont devenus idiots, tant qu'ils sont idiots. La Liberté même et la Rationalité même ne peuvent pas non plus exister chez les stupides et les imbéciles de nais-

sance, ni chez quelques-uns qui le sont devenus par l'engourdissement du loisir, ou par un chagrin qui a perverti ou entièrement bouché les intérieurs du mental, ou par l'amour d'une vie bestiale. La Liberté même et la Rationalité même ne peuvent pas non plus exister, dans le Monde chrétien, chez ceux qui nient absolument le Divin du Seigneur et la sainteté de la Parole, et qui ont retenu cette négation confirmée chez eux jusqu'à la fin do la vie ; car c'est-là ce qui est entendu par le péché contre l'Esprit Saint, qui n'est remis ni dans ce siècle, ni dans celui qui est à venir, — Mat th. XII. 31, 32. — La Liberté même et la nationalité même ne peuvent pas non plus exister chez ceux qui attribuent tout à la nature et rien au Divin, et qui par des raisonnements d'après les choses visibles ont fait cela l'objet de leur foi ; car ceux-ci sont des athées. La Liberté même et la nationalité même peuvent difficilement exister chez ceux qui se sont beaucoup confirmés dans des faux de religion, parce que celui qui confirme le faux nie le vrai ; mais chez ceux qui ne se sont pas confirmés, de quelque religion qu'ils soient, elles peuvent exister; voir ce qui a été rapporté sur ce sujet dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Écriture Sainte, N~ 91 a 97. Les petits enfants et les enfants ne peuvent pas parvenir à la Liberté même ni à la Rationalité même, avant d'avoir atteint l'âge de l'adolescence, parce que les intérieurs du mental chez l'homme sont successivement ouverts ; ce sont, en attendant, comme des semences dans un fruit non en maturité, lesquelles ne peuvent germer dans l'humus.

99. Il a été dit que la Liberté même et la Rationalité même ne peuvent exister chez ceux qui ont nié le Divin du Seigneur et la sainteté de la Parole, ni chez ceux qui se sont confirmés pour la nature contre le Divin, et qu'elles peuvent difficilement exister chez ceux qui se sont beaucoup confirmés dans des faux de religion : mais néanmoins tous ceux-là n'ont pas perdu ces facultés ellesmêmes : j'ai entendu dire par des athées, qui étaient devenus des diables et des satans, qu'ils avaient compris les arcanes de la sagesse aussi bien que les anges, mais seulement quand ils les avaient entendus exposer par d'autres ; mais que, lorsqu'ils étaient revenus dans leurs pensées, ils ne les avaient point compris ; c'était

Dutizod C: Ci

SDfl LA DIVINE PROVIDENCE. 75

parce qu'ils ne l'avaient pas voulu ; mais il leur fut montré qu'ils pourraient même le vouloir, si l'amour et par suite te plaisir (la mal ne les en détournait ; quand ils entendirent cela, ils comprirent aussi, et même ils affirmèrent qu'ils pouvaient, mais qu'ils ne voulaient pas pouvoir, parce qu'ainsi ils ne pourraient pas vouloir ce qu'ils veulent, c'est-à-dire, le mal d'après le plaisir de sa convoitise : j'ai souvent, dans le Monde spirituel, entendu de semblables choses surprenantes : par ces choses j'ai été pleinement confirmé que chaque homme a la liberté et la rationalité, et que chacun peut parvenir à la Liberté même et à la Rationalité même, s'il fuit les maux comme péchés. Mais l'adulte qui, dans le Monde, ne parvient pas à la Liberté même et à la Rationalité même, ne, peut jamais y parvenir après la mort, car alors l'état de sa vie reste éternellement tel qu'il a été dans le monde.

C'est une Loi de ta Dioine Providence que l'homme comme de lui-môme éloigne dans l'homme externe les maux comme péchés; et le Seigneur peut ainsi, et non autrement, éloigner les maux dans l'homme interne, et alors en même temps dans l'homme externe.

i 00. Chacun, d'après la raison seule, peut voir que le Seigneur, qui est le Bien même et le Vrai même, ne peut pas entrer chez l'homme, à moins que chez lui les maux et les faux n'aient été éloignés, car le mal est opposé au bien, et le faux est opposé au vrai ; or, deux opposés ne peuvent jamais être mêlés, mais quand l'un approche vers l'aulre, il se fait un combat qui dure jusqu'à ce que l'un ail cédé la place à l'autre, et celui qui cède se retire, et l'autre s'empare de la place. Dans une semblable opposition se trouvent le Ciel et l'Enfer, ou le Seigneur et le diable : quelqu'un peut-il, d'après la raison, penser que le Seigneur puisse entrer là où règne le diable, ou que le ciel puisse être là où est l'enfer? Qui est-ce qui, d'après la rationalité donnée à tout bomme sensé, ne voit pas que, pour que le Seigneur entre, II faut que le diable soit chassé i ou que, pour que le ciel entre, il faut que l'enfer soit éloigné? Cette opposition est entendue par ces paroles adressées du ciel par Abraham au riche dans l'enfer : « Entre nous et vous

an gouffre immense a été établi, de sorte que ceux qui veulent traverser d'ici vci-s vous ne le peuvent, non plus que ceux de là vers nous (ne peuvent) passer.» — Luc, XVI. 26. — Le mal luimême est l'enfer, et le bien lui-même est le ciel ; ou, ce qui est la même chose, le mal lui-même est le diable, et le bieu luimême est le Seigneur; et l'homme en qui règne le mal est un enfer dans la plus petite forme, et l'homme en qui règne le bien est un ciel dans la plus petite forme. Cela étant ainsi, comment le ciel peut-il entrer dans l'enfer, puisqu'enlre eux il a été établi un gouffre si immense qu'on ne peut pas passer de l'un dans L'autre? Il suit de la, que l'enfer doit être entièrement éloigné, pour que le Seigneur avec le ciel puisso entrer,

101. Mais un très-grand nombre d'hommes, principalement cens qui se sont confirmés dans la foi séparée d'avec la charité, ne savent pas qu'ils sont dans l'enfer, quand ils sont dans Ie9 maux ; et ils ne savent pas même ce que c'est que les maux, par cette raison qu'ils ne pensent nullement aux maux, disant qu'ils ne sonl point sous le joug de la loi, et qu'ainsi la loi ne les condamne point ; que, puisqu'ils ne peuvent en rien contribuer au salut, ils ne peuvent éloigner d'eux aucun mal ; et qu'en outre ila ne peuvent faire par eux-mêmes aucun bien : ce sont ceux-ci qui omettent de penser au mal, et parce qu'ils omettent d'y penser, ils sont continuellement dans le mal. Que ce soient eux qui ont été entendus par le Seigneur sous la désignation de boucs, dans Matthieu,— XXV./1IÙÛ6,— on le voit dans la Doctrihe de la Nouvelle Jérusalem sur la Foi, K°' 61 à 68 ; il est dit d'eux au Vers, /il : a Allez loin de Moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges. » Car ceux qui ne pensent nullement aux maux chez eux, c'est-à-dire, qui ne s'examinent point, et ensuite n'y renoncent point, ne peuvent qu'ignorer ce que c'est que le mal, et alors aimer le mal d'après le plaisir qu'il leur procure ; en effet, celui qui ignore ce que c'est que le mal, aime le mal, cl celui qui omet de penser au mal est continuellement dans le mal, il est comme un aveugle qui ne voit point; car la pensée voit le bien et le mal, comme l'œil voit le beau et le laid ; et l'homme est dans le mal, non-seulement quand il pense et veut le mal, mais aussi quand il croit que le ma! n'apparaît pas devant

Dieu, et quand il croit que, s'il apparaît, il est pardonné, car île cette manière il pense qu'il est sans le mal : si ceux-la s'abstiennent de faire les maux, ils s'en abstiennent non pas parce que ce sont des péchés contre Dieu, mais parce qu'ils craignent les lois et la perle de la réputation ; mais toujours est-il qu'ils les (ont dans leur esprit, car c'est l'esprit de l'homme qui pense et veut; c'est pourquoi, ce que l'homme dans le monde pense dans son esprit, il le fait après sa sortie du monde quand il devient esprit. Dans le Monde spirituel, où chaque homme vient après la mort, on ne demande pas a quelqu'un :«Quelle a été la foi?» ni: «Quelle a été ta doctrine? i> mais: «Quelle a été ta vie? » par conséquent, s'il est tel ou tel; car on sait que telle est la vie de quelqu'un, telle est sa foi, et même telle est sa doctrine ; car la vie se fait une doctrine et se fait une foi.

102. D'après ce qui vient d'être dit, on peut voir que c'est une Loi de la Divine Providence que les maux soient éloignés de l'homme; car s'ils ne sont pas éloignés, le Seigneur ne peut pas être conjoint a l'homme, et l'amener par Soi dans le CieL Mais comme on a ignoré que l'homme doit comme de lui-même éloigner les maux dans l'homme externe, et que si l'homme ne fait pas cela comme par lui-même, le Seigneur ne peut pas éloigner les maux chez lui dans l'homme interne, ce sujet va être par conséquent présenté devant la raison et a sa lumière, dans cet ordre: !. Chaque homme a unExterne et un Interne de la pensée. II. L'Exlerne de la pensée de l'homme est en soi tel qu'est son Interne. III. L'Interne ne peut être purifié des convoitises du mal, tant que les maux dans l'homme Externe n'ont pas élé éloignés, parce qu'ils obstruent. IV. Les maux dans l'homme Externe ne peuvent être éloignés parle Seigneur qu'au moyen de l'homme. V. L'homme doit donc comme par lui-même éloigner de l'homme Externe les maux. VI. Alors le Seigneur purifie l'homme des convoitises du mal dans l'homme Interne, et des maux eux-mêmes dans l'homme Externe VII. L'action continue de la Divine l'rovidcnce du Seigneur consiste a conjoindre l'homme à Soi, el Soi a l'homme, afin de pouvoir lui donner les félicités de la vie éternelle, ce qui ne peut être fait, qu'autant que les maux avec leurs convoitises ont élé éloignée.

103. I. Chaque liomme a un Externe et vn Interne de la pensée. Par l'externe el l'interne de la pensée il est entendu ici la môme chose que par l'homme Externe et l'homme Interne, par lesquels il n'est pas entendu autre chose que l'externe et l'interne de la volonté et de l'entendement, car la volonté et l'entendement font l'homme; et comme ces deux se manifestent dans les pensées, il est dit l'externe et l'interne de la pensée. Maintenant, puisque c'est non pas le corps de l'homme, mais son esprit, qui veut et comprend, et par suite pense, il s'ensuit que cet externe et cet interne sont l'externe et l'interne de l'esprit de l'homme, Ce que le corps exécute, soit par paroles, soit par actes, n'est qu'ua effet provenant de l'interne et de l'externe de son esprit, car le corps est seulement une ohéissance.

10S. Que chaque homme en âge adulte ait un externe et un interne de la pensée, par conséquent un externe et un interne de la volonté et de l'entendement, ou un externe et un interne de l'esprit, ce qui est la même chose que l'homme externe et l'homme interne, cela est évident pour quiconque fait attention aux pensées et aux intentions d'un autre d'après ses paroles ou ses actions, et aussi aux siennes quand il est en compagnie et quand il n'y est pas ; car un homme peut parler amicalement avec un autre d'après la pensée externe, et cependant être son ennemi dans la pensée interne ; un homme peut parler de l'amour à l'égard du prochain et de l'amour envers Dieu d'après la pensée externe et en même temps d'après l'affection de celte pensée, lorsque cependant dans sa pensée interne il ne fait aucun cas du prochain, el ne craint point Dieu. Un homme peut aussi parler de la justice des lois civiles, des vertus de la vie morale, et des choses qui appartiennent à la doctrine el a la vie spirituelle, d'après la pensée externe et en même temps d'après l'affection externe, et cependant, quand il est seul avec lui-même, parler d'après la pensée et l'affection internes contre les lois civiles, contre les vertus morales, et contre les choses qui. appartiennent à la doctrine et à la vie spirituelle ; ainsi font ceux qui sont dans les convoitises du mal, et qui néanmoins devant le monde veulent faire voir qu'ils n'y sont point. La plupart aussi, quand ils entendent parler les autres, disent en eux-mêmes : « Ceux-ci pensent-ils intérieurement en eux, comme

ils pensent en parlant î Faut-il les croire ou non? Quelles sont leurs intentions ? » Que chez les flatteurs et les hypocrites il y ait une double pensée, cela est notoire; en effet, ils peuvent se contenir et veiller a ce que la pensée intérieure ne se découvre pas ; et quelques-uns peuvent la cacher de plus en plus intérieurement, et pour ainsi dire boucher les portes afin qu'elle ne se montre point Que l'homme ail une pensée extérieure et une pensée intérieure, c'est ce qui est bien évident, en ce que par sa pensée intérieure il peut voir sa pensée extérieure, et aussi réfléchir sur elle, et juger si elle est mauvaise ou non. Si tel est le mental de l'homme, cela vient de ce qu'il a reçu deux facultés, qu'il tient du Seigneur, nommées Liberté et Rationalité ; s'il n'avait pas un externe et un interne de la pensée, il ne pourrait par ces facultés ni percevoir, ni voir aucun mal chez lui, ni être réformé; et même il ne pourrait pas parler, mais seulement il proférerait des sons comme la bète,

105. L'interne de la pensée vient de l'amour de la vie et de ses affections, et des perceptions qui en proviennent ; l'externe de la pensée vient des choses qui sont dans la mémoire, et qui servent à l'amour de la vie comme confirmations et comme moyens pour la fin. L'homme, depuis l'enfance jusqu'à la jeunesse, est dans i'externe de la pensée par l'affection de savoir, qui alors fait sou interne ; il transpire aussi quelque chose de la convoitise et par conséquent de l'inclination provenant de l'amour de la vie né avec lui d'après ses parents : mais dans la suite, selon la manière dont il vit, se forme l'amour de sa vie, dont les affections et par suite les perceptions font l'interne de sa pensée ; et de l'amour de sa vie se forme l'amour des moyens, dont les plaisirs et par suite les sciences rappelées de la mémoire font l'externe de sa pensée.

106. II. L'Externe de la pensée de l'homme est en soi tel qu'csl son Interne. Que l'homme, depuis la tête jusqu'aux pieds, soit tel qu'est l'amour de sa vie, c'est ce qui a été montré ci-dessus : ici donc il sera d'abord dit quelque chose sur l'amour de la vie de l'homme, parce qu'il ne peut rien être dit auparavant sur les affections qui font avec les perceptions l'interne de l'homme, ni sur les plaisirs des affections qui font avec les pensées l'externe

de l'homme. Les amours sont en grand nombre, maïs il y en a Jeux qui en sont comme seigneurs et rois, c'est l'Amour, céleste et l'Amour infernal; l'Amour céleste est l'amour envers le Seigneur et à l'égard du prochain, et l'Amour infernal est l'amour de soi et du monde. Ces amours sont opposés l'un a l'autre comme le ciel el l'enfer, car celui qui est dans l'amour de soi et du monde ne veut du bien qu'à lui-même, tandis que celui qui est dans l'amour envers le Seigneur et à l'égard du prochain veut du bien à tous. Ces deux Amours sont les amours de la vie de l'homme, mais avec bien des variétés ; l'Amour céleste est l'amour de la vie de ceux que le Seigneur conduit, et l'Amour infernal est l'amour de la vie de ceux que le diable conduit. Mais l'Amour de la vie de chacun ne peut exister sans des dérivations, qui sont appelées affections ; les dérivations de l'amour infernal sont les affections du mal el du faux, particulièrement les convoitises ; et les dérivations de l'amour céleste sont les affections du bien et du vrai, particulièrement les dilections. Les affections de l'amour infernal, qui sont particulièrement les convoitises, sont en aussi grand nombre qu'il y a de maux ; el les affections de l'amour céleste, qui sont particulièrement les dilections, sont en aussi grand nombre qu'il y a de biens. L'amour habite dans ses affections comme un maître dans son domaine, ou comme un roi dans son royaume : le domaine ou le royaume de ces amours est établi sur les cuoses qui appartiennent au mental, c'est-à-dire, a la volonté el à l'entendement de l'homme, et par suite au corps. L'Amour de la vie de l'homme par ses affections et les perceptions qui en proviennent, et par ses plaisirs et les pensées qui en résultent, gouverne l'homme tout entier, l'Interne de- son mental par les affections et par les perceptions, et l'Externe de son mental par les plaisirs des affections et par les pensées qui en résultent.

107. La forme de ce gouvernement peut en quelque sorte être vue par des comparaisons : L'Amour céleste- avec les affections du bien et du vrai et les perceptions qui en proviennent, el en même temps avec les plaisirs de ces affections et les pensées qui en résultent, peut être comparé a un Arbre remarquable par ses branches, ses feuilles et ses fruits ; l'amour de la vie est cet arbre, les branches avec les feuilles sont les affections du bien et du- vrai

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avec leurs perceptions, et les fruits sont les plaisirs des affections avec leurs pensées. Mais l'Amour infernal avec ses affections du mal et du faux, qui sont les convoitises, et en même temps avec les plaisirs de ces convoitises et les pensées qui en résultent, peut être comparé à une araignée et au lissu de sa toile ; l'amour luimême est l'araignée ; les convoitises du mal et du faux avec les astuces intérieures de ces convoitises sont les fils en forme de rets les plus près du siège de l'araignée; et les plaisirs de ces convoitises avec les machinations artificieuses sont les fils les plus éloignés, où les mouches qui volent sont prises, enveloppées et dévorées.

108. Par ces comparaisons on peut voir, il est vrai, la conjonction de toutes les choses de la volonté et de l'entendement ou du mental de i'homme avec l'amour de sa vie, mais non toutefois ration ne! lem en t. Celle conjonction peut être vue rationnellement de cette manière : Partout il y a trois choses ensemble qui font un ; elles sont appelées fin, cause et effet ; l'amour de la vie y est la fin, les affections avec leurs perceptions sont la cause, et les plaisirs des affections avec leurs pensées sont l'effet ; car de même que la fin par la cause vient dans l'effet, de' même aussi l'amour par ses affections vient vers ses plaisirs, et par ses perceptions vers ses pensées : les effets eux-mêmes sont dans les plaisirs du mental et dans les pensées de ces plaisirs, quand les plaisirs appartiennent à la volonté et les pensées à l'entendement, ainsi quand il y a plein consentement ; ce sont alors les effets de son esprit, et s'ils ne viennent pas dans un acte do corps, ils sont néanmoins comme dans un acte, quand il y a consentement : ils sont aussi alors en même temps dans le corps, et ils y habitent avec l'amour de sa vie, et aspirent à l'acte, qui se fait dès que rien ne s'y oppose : telles sont les convoitises du mal, et les maux eux-mêmes, chez ceux qui, dans leur esprit, considèrent les maux comme licites. Maintenant, de même que la fin se conjoint avec la cause, et par la cause avec l'effet, de même l'amour de la vie se conjoint avec l'interne de la pensée, et par l'interne avec l'externe ; de là il est évident que l'externe de la pensée de l'homme est en soi tel qu'est son interne, car la fin met son tout dans la cause, et par la cause dans l'effet, puisqu'il n'y a rien d'essentiel dans l'effet que ce qui est dans la cause, et par la cause dans la

fin ; et parce qu'ainsi la fin est l'essentiel même qui entre dans la cause et dans l'effet, c'est pour cela que la cause et l'effet sont appelés fin moyenne et fin dernière.

109. Il semble parfois que l'Externe de la pensée de l'homme n'est point en soi tel qu'est l'Interne ; mais cela arrive, parce que l'amour de la vie avec ses internes qui l'entourent place au-dessous de lui un Lieutenant, qui est appelé l'Amour des Moyens, et lui enjoint d'être sur ses gardes et de veiller à ce que rien de ses convoitises ne se montre. Ce Lieutenant donc, d'après l'astuce de son Prince, qui est l'amour de la vie, parle et agit selon les institutions civiles du Royaume, selon les principes moraux de la raison, et selon les choses spirituelles de l'Église; et chez quelquesuns avec tant d'astuce et d'adresse, que personne ne toit qu'ils ne sont pas tels qu'ils parlent et agissent, et qu'enfin par suite de ce déguisement ils savent à peine eux-mêmes qu'ils sont autres : tels sont tous les hypocrites ; et tels sont les prêtres qui de cœur ne font nul cas du prochain et ne craignent point Dieu, et qui cependant prêchent sur l'amour du prochain et sur l'amour de Dieu : tels sont les juges qui jugent selon les présents et les amitiés, tandis qu'ils feignent du zèle pour la justice et parlent du jugement d'après la raison : tels sont les négociants qui de ccour sont sans sincérité .et frauduleux, quand ils agissent avec sincérité en vue du gain : et tels sont les adultères, quand, d'après la rationalité dont chaque homme jouit, ils partent de la chasteté du mariage; et ainsi du reste. Mais si ces mêmes hommes dépouillent l'Amour des moyens, — ce Lieutenant de l'amour de leur vie, — des vêtements de pourpre et de fin lin dont ils l'ont enveloppé, et le revêtent de son habillement domestique, alors c'est absolument le contraire qu'ils pensent, et que parfois d'après la pensée ils disent avec leurs amis intimes qui sont dans un semblable amour de la vie. On pourrait croire que, quand d'après l'amour des moyens ils ont parlé avec tant de justice, de sincérité et de piété, la qualité de l'interne de la pensée n'était pas dans l'externe de leur pensée ; mais néanmoins elle y était, c'est en eux l'hypocrisie, c'est en eux l'amour do soi et du monde, dont l'astuce est de se faire une réputation en vue de l'honneur ou du gain, jusque dans la dernière apparence : cette qualité do l'Interne est dans l'Externe de leur peuséc, quand ils parlent et agissent ainsi.

110. Mais chez ceux qui sont dans l'Amour céleste, l'Interne et l'Externe de la pensée, ou l'homme Interne et l'homme Externe, font un quand ils parlent, et ils ne connaissent point de différence; l'amour de leur vie, avec ses affections du bien et leurs perceptions du vrai, est comme l'âme dans les choses qu'ils pensent et que par suite ils disent et font; s'ils sont prêtres, ils prêchent d'après l'amour à l'égard du prochain et d'après l'amour envers le Seigneur; s'ils sont juges, ils jugent d'après la justice même; s'ils sont négociants, ils agissent d'après la sincérité même; s'ils sont mariés, ils aiment leur épouse d'après la chasteté même; et ainsi du reste. L'Amour de leur vie a aussi pour Lieutenant un Amour des moyens, qu'il instruit et dirige afin qu'il agisse d'après la prudence, et il le revêt d'habits de zèle pour les vrais de la doctrine et en même temps pour les biens de la vie,

111. in, L'Interne ne peut être purifié des convoitises du mal, tant que tes maux dans l'homme Externe n'ont pas été éloignés, -parce qu'ils obstruent. De ce qui a été dit ci-dessus il résulte que l'externe de la pensée de l'homme est en soi tel qu'est l'interne de sa pensée, et qu'ils sont cohérents comme deux choses dont l'une non-seulement est intérieurement dans l'autre, mais vient de l'autre; c'est pourquoi l'un ne peut être séparé sans que l'autre ne le soit en même temps; il en est ainsi de tout externe qui vient d'un interne, de tout postérieur qui vient d'un antérieur, et de tout effet qui vient d'une cause. Maintenant, comme les convoitises, de compagnie avec les astuces, font l'interne de la pensée chez les méchants, et que les plaisirs des convoitises, de compagnie avec les machinations, font l'externe de la pensée chez eux, et que ceux-ci avec celles-là ont été conjoints en un, il s'ensuit que l'interne ne peut pas être purifié des convoitises, tant que les maux dans l'homme externe n'ont point été éloignés. Il faut qu'on sache que c'est la volonté interne de l'homme qui est dans les convoitises, et son entendement interne qui est dans les astuces, et que c'est sa volonté exlerne qui est dans les plaisirs des convoitises, et son entendement externe qui est dans les machinations provenant des astuces : chacun peut voir que les convoitises et leurs plaisirs font un, et aussi que les astuces et les machinations font un, et que ces quatre choses sont dans une seule

série, et font ensemble comme un seul faisceau ; d'après cela, il est encore évident que l'interne, qui consiste en convoitises, ne peut être rejeté que par l'eioignemenl de l'externe qui consiste en maux. Les convoitises par leurs plaisirs produisent les maux, mais quand les maux sont crus licites, ce qui arrive par le consonlcment de la volonté et de l'entendement, les plaisirs et les maux font un; que le consentement soit le fait même, cela est notoire; c'est aussi ce que le Seigneur dit : « Si quelqu'un regarde la femme d'un autre au point de la convoiter, il a déjà commis adultère avec elle dans son cœur, n — MatllL V. 28. — Il en est de même de tous les autres maux.

112. D'après cela on peut donc voir que, pour que l'homme soit purifié des convoitises du mal, il faut que les maux soient entièrement éloignés de l'homme externe, car auparavant il n'y a pas d'issue pour les convoitises, et s'il n'y a pas d'issue, les convoitises restent en dedans, et exhalent d'elles-mêmes les plaisirs, et ainsi forcent l'homme au consentement, par conséquent au fait: les convoitises entrent dans le corps par l'externe de la pensée; lors donc qu'il y a consentement dans l'externe de la pensée, elles sont aussitôt dans le corps ; le plaisir, qui est senti, eBt là : que tel qu'est le mental, tel soit le corps, ainsi l'homme tout entier, on le voit dans le Traité du Divin Amoih et de la Divine Sagesse, N"* 362 à 370. Ceci peut être illustré par des comparaisons, et aussi par des exemples : Par des Comparaisons : Les convoitises avec leurs plaisirs peuvent être comparées au feu; plus le feu est entretenu, plus il s'embrase ; et plus son essor est libre, plus il s'étend au large, jusqu'au point de consumer dans une ville les maisons, et dans une forêt les arbres ; les convoitises du mal sont aussi, dans la Parole, comparées au feu, et les maui des convoitises à un incendie ; les convoitises du mal avec leurs plaisirs apparaissent aussi, dans le monde spirituel, comme des feux ; le feu infernal n'est pas autre chose. Elles peuvent aussi être comparées à des déluges et a des inondations, quand les digues et les chaussées ont été renversées. Elles peuvent encore être comparées à la gangrène et aux abcès, qui donnent la mort au corps, â mesure qu'ils s'étendent, ou qu'on néglige de les guérir. Par des Exemptes ; Il est bien Évident que si dans riiommc externe les

maux ne sont pas éloignés, les convoitises avec leurs plaisirs croissent el surabondent : Plus un voleur vole, plus il convoite de voler, au point qu'enfin il ne peut plus s'en abstenir : il en esL de même d'un fraudeur a mesure qu'il fraude : il en est de même pour la haine et la vengeance, pour la luxure et l'intempérance, pour la scortation, le blasphème. Que l'amour de dominer d'après l'amour de soi croisse à mesure que les freins lui sont lâchés, cela est connu; il en est de même de l'amour de posséder des biens d'après l'amour du monde; il semble que pour ces amours il n'y ail point de borne ou de fin. D'après cela, il est évident que, autant les maux dans l'homme externe ne sont pas éloignés, autant leurs convoitiBes surabondent; et que les convoitises croissent dans la même proportion que les freins sont lâchés aux maux.

113. L'homme ne peut pas percevoir les coDvoitises de son mal; il perçoit, il est vrai, leurs plaisirs, mais il réfléchit même peu sur eux, caries plaisirs réjouissent les pensées etôtent les réflexions; si donc il ne savait pas d'autre part que ce sont des maux, il les appellerait des biens, et les commettrait d'après le libre selon la raison de sa pensée ; quand il agit ainsi, il se les approprie : autant il les confirme comme licites, autant il agrandit la cour do l'amour régnant, qui est l'amour de sa vie ; les convoitises composent la courde cet amour, car elles sont comme ses ministres et ses satellites, parlesquelsiigouverneles extérieurs qui constituent son royaume : mais tel est le roi, tels sont les minisires et les satellites, el tel est le royaume : si le roi est diable, ses ministres et ses satellites sont des folies, et les sujets de son royaume sont des faux de lout genre, que les ministres, qu'on appelle sages quoiqu'ils soient insensés, font apparaître comme des vrais, et reconnaître pour des vrais, par des raisonnements tirés d'illusions et par des phnntaisies, Esl-ce qu'un tel état de l'homme peut être changé, a moins que les maux dans l'homme externe ne soient éloignés? c'est même ainsi que sont éloignées les convoitises qui sont cohérentes aux maux; autrement il n'y a point d'issue pour les convoitises, car elles sont renfermées comme une ville assiégée, et comme un ulcère qui est bouché.

114. IV. Les maux dans l'homme Externe ne peuvent Ctre éloignés par le Seigneur qu'au moyen de t'Iwmmc. Dans toutes

les Églises chrétiennes il a été reçu comme point de doctrine, que l'homme, avant d'approcher de la sainte Communion, doit s'examiner lui-même, voir et reconnaître ses péchés, et faire pénitence en y renonçant et en les rejetant, parce qu'ils viennent du diable; et qu'autrement les péchés ne lui sont point remis, et qu'il est damné : les Anglais, quoiqu'ils soient dans la doctrine de la foi seule, enseignent néanmoins ouvertement, dans la Prière pour la sainte Communion, l'examen, la reconnaissance et la confession des péchés, la pénitence et le renouvellement de la vie, et ils menacent ceux qui ne les font pas, en disant que, dans ce cas, le diable entrera en eux comme en Judas, qu'il les remplira de toute iniquité, et qu'il détruira et le corps et l'âme. Les Allemands, les Suédois et les Danois, qui sont aussi dans la doctrine de la foi seule, enseignent des choses semblables dans la Prière pour la sainte Communion, en menaçant même que, fci l'on agit autrement, on se rendra passible des peines infernales et de la damnation éternelle, pour avoir mêlé le saint et le profane. Ces menaces sont prononcées à haute voix par le prêtre devant ceux qui doivent se présenter a la sainte cène, et sont entendues par eux avec une pleine reconnaissance que cela est ainsi. Cependant les mêmes personnes, quand elles entendent le même jour prêcher sur la foi seule, et dire que la Loi ne les condamne point, parce que le Seigneur l'a accomplie pour elles, et que par elles-mêmes elles ne peuvent faire aucun bien sans qu'il soit méritoire, et qu'ainsi les œuvres n'ont en elles-mêmes rien du salut, mais que c'est la foi seule qui sauve, reviennent dans leur maison en oubliant complètement la confession précédente, et en la rejetant, en tant qu'elles pensent d'après le sermon sur la foi seule. Maintenant, de ces deux doctrines, quelle est la vraieï Celle-ci, ou celle-là? Deux choses opposées l'une à l'autre ne peuvent être vraies; ou bien, sans examen, ni connaissance, ni reconnaissance, ni confession, ni rejet des péchés, par conséquent sans pénitence, il n'y a point de rémission des péchés, ni par conséquent de salvation, mais une damnation éternelle; ou bien, de tels actes ne font rien pour le salut, parce que le Seigneur par la passion de la croix a pleinement satisfait pour tous les péchés des hommes en faveur de ceux qui sont dans la foi, et que ceux qui sont dans la foi seule avec l'assurance que cela est

ainsi, et la confiance sur l'imputation du mérite du Seigneur, sont sans péchés, et paraissent devant Dieu comme ceux dont la face bien lavée est brillante. D'après cela, il est Lien évident que la commune religion de toutes les Églises dans le monde chrétien, est que l'homme doit s'examiner, voir et reconnaître ses péchés, et ensuite s'en abstenir, et qu'autrement il n'y a pas salvation, mais damnation. Que ce soit là aussi la divine vérité même, on le voit clairement dans la Parole par les passages où il est commandé a l'homme de faire pénitence, par exemple, par ceux-ci : u Jésus dit : Faites des fruits dignes de la Pénitence; déjà ta cognée ù la racine des arbres est placée ; tout arbre qui ne fait -pas de fruit bon sera coupé, et au feu sera jeté. » — Luc, III. 8, 9. — u Si vous ne faites point Pénitence, tous vous périrez, n — Luc, Xllt. 3, 5. — n Jésus précka t'Évangita du Royaume de Dieu; faites Pénitence, et croyez à l'Évangile. » — Marc, I. iU, 15. — o Jésus envoya ses disciples; et, étant partis, ils prêchèrent qu'on fit Pénitence. »— Marc, VI. 12.— «Jésus dit aux Apôtres qu'il fallait qu'on prêchât la Pénitence et la Rémission des péchés, parmi toutes les nations. j> — Luc, XXIV. hl. — uJcan prêcha un baptême de Pénitence en rémission db péchés, n — Marc, I. II. Luc, III. 3. — Pense aussi à cela d'après quelqu'cnlendement, et si tu as de la religion, lu verras que la pénitence des péchés est le chemin qui conduit au ciel, et que la foi séparée de la pénitence n'est pas la foi, el que ceux qui ne sont pas dans la foi, parce qu'ils ne font pas pénitence, sont dans le chemin qui conduit à l'enfer.

115. Ceux qui sont dans la foi séparée de la charité, et qui se sont confirmés par cette sentence de Paul aux Romains, que par la foi l'homme est justifié sans œuvres de toi, — III. 28, — ceuxlà adorent celte sentence comme ceux qui adorent le soleil, et ils deviennent comme ceux qui fixent avec effort leurs yeux sur le soleil, ce qui fait que leur vue, étant éblouie, n'aperçoit rien au milieu de ta lumière; en effet, ils ne voient pas quelle chose est enlendue dans ce passage par œuvres de loi, à savoir, que ce sont les cérémonies décrites par Moïse dans ses Livres, lesquelles y sont partout nommées Loi, cl que ce ne sont point les préceptes du Occalogue ; aussi, de iieur qu'il ne soil enLendu les préceptes du

Décalogue, explique- t-îl ce passage en disant r a Abrogeons-nous donc la Loi par la foi'/ tant s'en faut! au contraire, nous établissons la lot. »— Vers. 31 du même Chapitre. — Ceux qui, d'a-

la en fixant leurs regards sur ce passage comme sur te soleil, ne voient pas non plus, quand Paul émi mère les Lois de la foi, que ce sont les œuvres mêmes de la charité ; qu'est-ce donc que la foi sans ses lois! Ils ne voient pas non plus les passages où il énumère les mauvaises œuvres, en disant que ceux qui les font ne peuvent entrer dans le ciel, l'ar la, on voit quel aveuglement a été introduit par ce seul passage mal entendu.

11G. Que les maux dans l'homme Externe ne puissent Être éloignés qu'au moyen de l'homme, c'est parce qu'il est de la Divine Providence du Seigneur que tout ce que l'homme entend, voit, pense, veut, prononce et fait, apparaisse ahsolument comme étant de lui ; que sans cette apparence il n'y aurait pour l'homme aucune réception du Divin Vrai, aucune détermination à faire le bien, aucune appropriation de l'amour et de la sagesse, ni de la charité et de la foi, ni par suite aucune conjonction avec le Seigneur, par conséquent aucune réformation, aucune régénération, et ainsi aucune satvation, c'est ce qui a été montré ci-dessus, H™ 71 à 95, et suiv. : il est évident que sans celle apparence il ne peut y avoir ni pénitence des péchés, ni infime foi; puis aussi, que l'homme sans celle apparence n'est point homme, mais que, privé de la vie rationnelle, il est semblable à la bête. Consulte, si tu le veux, ta raison ; est-ce qu'il apparaît autrement, sinon que l'homme pense d'après lui-même sur le bien et sur le vrai, tant spirituel que moral et civil? et alors reçois ce doctrinal que tout bien et tout vrai viennent du Seigneur, et qu'aucun bien ni aucun vrai ne viennent de l'homme, ne reconnaîtras- lu pas pour conséquence que l'homme doit faire le bien et penser le vrai comme d'après lui-même, mais néanmoins reconnaître que c'est d'après le Seigneur; que par conséquent aussi l'homme doit éloigner les maux comme par lui-mûme, mais néanmoins reconnaître qu'il le fait d'après le Seigneur?

117. H y en a plusieurs qui ne savent pas qu'ils sont dans leg maus, parce qu'ils ne les font pas dans les externes, car ils crai-

près celle senlence, se

la foi séparée, ceux-

5im LA DIVINE PROVIDENCE*

gnenl les lois civiles, et aussi la perte de la réputation, el ainsi ils contractent la coutume cl l'habitude de fuir les maux comme nuisibles a leur honneur et à leurs intérêts; mais s'ils ne fuient pas les maux par principe de religion parce qu'ils sont des péchés et contre Dieu, alors les convoitises du mal avec leurs plaisirs restent chez eux commodes eaux impures renfermées ou stagnantes; qu'ils examinent leurs pensées et leurs intentions, et ils les trouveront telles, pourvu qu'ils sachent ce que c'est que le péché. Tels sont en grand nombre ceux qui se sont confirmés dans la foi séparée de la charité, lesquels, parce qu'ils croient que la Loi ne condamne point, ne font pas même attention aux péchés, et quelques-uns doutent qu'il y en ait, et pensent que s'il y en a, ce ne sont pas des péchés devant Dieu, parce qu'ils ont été pardon nés. Tels sont aussi les moralistes naturels qui croient que la vie civile et morale avec sa prudence produit tout; et que la Divine Providence ne produit rien. Tels sont encore ceux qui recherchent avec beaucoup de soin une réputation et un renom d'honnêteté et de sincérité pour l'honneur ou pour le profit. Mais ceux qui sont tels, et qui ont en même temps méprisé la religion, deviennent des esprits de convoitises après la mort; ils apparaissent a euxmêmes comme s'ils étaient des hommes, mais aux autres de loin comme des priapes; et ils voient dans les ténèbres, et non dans la lumière, comme les hiboux.

118. De ce qui précède résulte maintenant la confirmation de l'Article V, à savoir : L'homme doit donc comme par lui-même éloigner de l'homme Externe les maux. C'est aussi ce qui a été expliqué dans trois Articles de la Doctribe de Vie pour la Nouvelle Jérusalem; a savoir, dans le premier, que personne ne peut fuir les maux comme péchés, jusqu'au point de les avoir intérieurement eu aversion, s! ce n'est par des combats contre eux, S" 92 à 100; dans le second, que l'homme doit fuir les maux comme péchés, et combattre contre eux comme par lui-même, IV* 101 a 107; dans le troisième, que si quelqu'un fuit les maux par tout autre motif que parce qu'ils sont des péchés, il ne les fuit pas, mais il fait seulement qu'ils ne se montrent pas devant le inonde, H" 108 à 113.

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