‹ La sagesse angélique sur la divine ProvidenceChapitre 4 sur 16 · ISA · texte numérisé non relu

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entendu qu'un son articulé; ou comme un myope qui entre dans un jardin remarquable par des fruits de toute espèce, et qui, de retour chez lui, raconte qu'il a seulement vu une foret et des arbres. Quand de tels hommes, devenus Esprits après la mort, sont élevés dans le Ciel angélique où toutes choses sont dans des formes représentatives de l'amour et de la sagesse, ils ne voient rien de ces choses, ni même qu'elles y sont ; c'est ce que j'ai vu arriver à plusieurs qui avaient nié la Divine Providence du Seigneur.

190. 11 y a un grand nombre de choses constantes qui ont été créées, alin que les choses no o -constantes puissent exister; les choses constantes sont les retours fixes du lever et du coucher du soleil et de la lune, et aussi des étoiles ; leur obscurcissement par les interpositions qui sont appelées éclipses; leur chaleur et leur lumière ; les temps de l'année, qui sont appelés printemps, été, automne et hiver; et les temps du jour, qui sont le matin, midi, le soiretlanuit;ce sont aussi les atmosphères, les eaux, les terres considérées en elles-mêmes ; la faculté végétative dans le règne végétal, et cette faculté et aussi la faculté prolifique dans le règne animal ; puis les choses qui d'après celles-là se font constamment, lorsqu'elles sont mises en acte selon lesloisde l'ordre. Ilaétc pourvu par création àtoutes ces choses et à plusieurs aulres.afin qu'une infinité de choses variables pussent exister : en effet, les choses variables ne peuvent exister que dans des choses constantes, stables et certaines. Mais cela sera illustré par des exemples : Les choses variables de la végétation n'auraient pas lieu, si le lever et le coucher du soleil, et par suite les chaleurs et les lumières, n'étaient pas des choses constantes. Les harmonies sont d'une variété infinie, mais elles n'auraient pas lieu, si les atmosphères dans leurs lois et les oreilles dans leur forme n'élaient pas constantes : les variétés de la vue, qui aussi sont infinies, n'existeraient pas, si l'éther dans ses lois et l'œil dans sa forme n'étaient pas constants; pareillement les couleurs, si la lumière n'était pas constante : il en est de même des pensées, des paroles et des actions, qui aussi sont d'une variété infinie, elles n'existeraient pas non plus, si les parties organiques du corps n'étaient pas constantes : une maison ne doit-elle pas être constante, afin que des choses variables puissent y être faites par l'homme ? pareillement un

temple, afin que les diverses cérémonies du culte, les sermons, les instructions et les méditations pieuses puissent s'y faire î et ainsi du reste. Quant a ce qui concerne les variétés mêmes qui se font dans les choses constantes, stables et certaines, elles vont à l'infini et n'ont point de fin, et cependant il n'y en a jamais une seule absolument semblable à une autre dans tout ce qui existe dans l'univers, et ii n'y en aura jamais dans les choses qui succéderont Qui est-ce qui dispose ces variétés allant à l'infini et éternellement, pour qu'elles soient dans l'ordre, si ce n'est Celui qui a créé les choses constantes, pour cette fin que les variables existassent en elles? Et qui est-ce qui peut disposer les variétés infinies de la vie chez les hommes, si ce n'est Celui qui est la Vie infime, c'est-a-dire, l'Amour même et la Sagesse même î EsKe que, sans sa Divine Providence, qui est comme une création continue, les affections infinies des hommes et par suite leurs pensées infinies, et ainsi les hommes eux-mêmes, peuvent être disposés pour faire un, les affections et les pensées mauvaises un seul diable, qui est l'Enfer; les affections et les pensées bonnes un seul Seigneur dans le Cielî Que tout le Ciel angélique soit en la présence du Seigneur comme un seul Homme, qui est son image et sa ressemblance, et que tout l'Enfer soit dans l'opposé comme un seul homme-monstre, c'est ce qui a déjà été quelquefois dit et montré. Ces observations ont été faites, parce que quelques hommes naturels tirent même des choses constantes et stables, — qui sont des nécessités pour cette fin que les variables existent en elles, — les arguments de leur délire en faveur de la nature et en faveur de la propre prudence.

La propre prudence est nulle, et seulement apparaît exister, et aussi doit apparaître comme exister ; mais la Divine Providence d'après tes tres-singutiers est universelle.

191. Que la propre prudence soit nulle, cela est absolument contre l'apparence, et par suile contre la croyance de beaucoup de personnes; et puisqu'il en est ainsi, celui qui d'après l'apparence est dans lo croyance que la prudence humaine fait tout, ne peut fitre convaincu du contraire que par des raisons d'une inves-

tigatton profonde, qui doivent Être tirées des causes; celle apparence est un effet, et les causes découvrent d'où il vient Dans ce préliminaire il sera dit quelque chose de la croyance commune sur ce sujel. Contre l'apparence est ce qu'enseigne l'Église, que l'amour et la foi, puis la sagesse et l'intelligence, par conséquent aussi la prudence, et en général tout bien et lout vrai, viennent non pas de l'homme mais de Dieu; quand on admet ces vérités, on doit aussi admettre que la propre prudence est nulle, mai9 seulement apparat! exister; la prudence ne vient que de l'intelligence et de la sagesse, et ces deux-ci ne viennent que de l'entendement et ainsi de la pensée du vrai et du bien. Ce qui vient d'èlre dit est admis et cru par ceux qui reconnaissent la Divine Providence, et non par ceux qui reconnaissent la prudence humaine seule. Maintenant, pu le vrai sera ce qu'enseigne l'Église, que toute sagesse et toute prudence viennent de Dieu, ou bien i! sera ce qu'enseigne le Monde, que toute sagesse et toute prudence viennent de l'homme; est-ce qu'on peut concilier cela autrement qu'en disant que ce qu'enseigne l'Église est le vrai, et que ce qu'enseigne le Monde est l'apparence î car l'Église confirme sa proposition par la Parole, mais le Monde confirme la sienne par le propre; or la Parole vient de Dieu, et le propre vient de l'homme. Comme la prudence vient de Dieu et non de l'homme, c'est pour cela qu'un homme chrétien, lorsqu'il est dans la dévotion, prie Dieu de conduire ses pensées, ses desseins et ses actions, et ajoute aussi que c'est parce qu'il ne le peut par lui-même ; quand il voit quelqu'un faire du bien, il dit aussi qu'il a été conduit à cela par Dieu ; et plusieurs autres choses semblables. Est-ce que quelqu'un peut parler ainsi, a moins qu'alors il ne le croie intérieurement î et le croire intérieurement, c'est d'après le Ciel ; mais quand il pense en lui-même, et qu'il rassemble les arguments en faveur de la prudence humaine, il peut croire le contraire, et cela, c'est d'après le Monde : mais la foi interne est victorieuse chez ceux qui de cœur reconnaissent Dieu, et la foi externe est victorieuse chez ceux qui de cœur ne reconnaissent pas Dieu, quoique de bouche ils le reconnaissent

192. Il a été dit que celui qui, d'après l'apparence, est dans la foi que la prudence humaine fait tout, ne peut être convaincu du

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contraire que par des raisons d'une investigation profonde, qui doivent être tirées des causes ; afin donc que les raisons tirées des causes se présentent avec clarté à l'entendement, elles seront exposées dans leur ordre, qui est celui-ci : L Toutes les pensées de l'homme viennent des affections de l'amour de sa vie, et sans ces affectious il n'y a et il ne peut y avoir aucune pensée. II. Les affections de l'amour de la vie de l'homme sont connues du Seigneur seul. III. Les affections de l'amour de la vie de l'homme sont conduites par le Seigneur au moyen de sa Divine Providence, et ses pensées d'où provient la prudence humaine le sont en même temps. IV. Le Seigneur par sa Divine Providence joint ensemble les affections de tout le Genre Humain dans une seule forme, qui est la forme humaine. V. De là le Ciel et l'Enfer, qui proviennent du Genre Humain, sont dans une telle forme. VI. Ceux qui ont reconnu la nature seule et la prudence humaine seule constituent l'Enfer ; et ceux qui ont reconnu Dieu et sa Divine Providence constituent ie Ciel. VII. Toutes ces choses ne peuvent avoir lieu, a moins qu'il n'apparaisse à l'homme que par lui-même il pense et que par lui-même il dispose.

193. I. Toutes les pensées de l'homme viennent des affections de l'amour de sa vie, et sans ces affections il n'y a et il ne peut y avoir aucune pensée. Ce que c'est que l'amour de la vie, et ce que sont dans leur essence les affections et par suite les pensées, et d'après elles les sensations et les actions qui existent dans le corps, c'est ce qui a été montré ci-dessus dans ce Traité, et aussi dans celui qui a pour titre, la Sagesse Angélique sur le Divin Amour et la Divine Sagesse, spécialement dans la Première Partie et dans la Cinquième ; Maintenant, comme de ces choses proviennent les causes d'où découle la prudence humaine comme effet, il est nécessaire qu'il en soit aussi rapporté ici quelque chose; car ce qui a été écrit ailleurs ne peut pas être lié par conlinuité avec ce qui est écrit ensuite, h moins qu'on ne le rappelle et qu'on ne le remette sous les yeux. Ci-dessus, dans ce Traité, et dans le Traité du Divin Amour et de la Divine Sagesse susmentionné, il a été démontré, que dans le Seigneur il y a le Divin Amour et la Divine Sagesse, et que ces deux sont la Vie même; que d'après ces deux il y a chez l'homme Volonté et Entendement, U.

d'après le Divin Amour Volonté, et d'après la Divine Sagesse Entendement ; qu'à la volonté et à l'entendement correspondent, dans le corps, le cœur et le poumon; que de là on peut voir que, comme le pouls du cœur joint à la respiration du poumon gouverne l'homme tout entier quant à son corps, de même la volonté jointe à l'entendement gouverne l'homme tout entier quant à son mental ; qu'ainsi il y a chez chaque homme deux principes de la vie, l'un naturel et l'autre spirituel, et que le principe naturel de la vie est le pouls du cœur, et le principe spirituel de la vie la volonté du mental ; que l'un et l'autre s'adjoint un compagnon avec lequel il cohabite et remplit les fonctions de la vie, et que le cœur se conjoint le poumon, et la volonté l'entendement. Maintenant, comme l'âme de la volonté est l'amour, et que l'âme de l'entendement est la sagesse, l'un et l'antre procédant du Seigneur, il s'ensuit que l'amour est ia vie de chacun, et que cette vie est selon que l'amour a été conjoint à la sagesse, ou, ce qui est la même chose, que la volonté est !a vie de chacun, et que cette vie est selon que la volonté a élé conjointe à l'entendement : mais, sur ce sujet, on peut en voir davantage ci-dessus dans ce Traité, et principalement dans la Sagesse Angélique sur le Divin Amour ht la Divine Sagesse, Première et Cinquième Partie.

194. Dans ces infimes Traiiés il a aussi élé démontré, que l'amour de la vie produit de soi-même des amours subalternes, qui sont nommés affections ; que celles-ci sont extérieures et intérieures, et que prises ensemble elles font comme un gouvernement ou un royaume, dans lequel l'amour de la vie est comme seigneur ou roi ; puis encore, il a été démontré que ces amours subalternes, ou ces affections, s'adjoignent des compagnes, chacune la sienne ; les affections intérieures, des compagnes qui sont appelées perceptions, et les affections extérieures, des compagnes qui sont appelées pensées ; que chacune cohabite avec sa compagne, et remplit les fonctions de sa vie ; que la conjonction de l'une et de l'autre est comme celle de l'être de la vie avec l'exister de la vie, conjonction qui est telle que l'un n'est pas quelque chose, à moins qu'il ne soit en même temps avec l'autre; car qu'est-ce que l'être de la vie s'il n'existe pas, et qu'est-ce que l'exister de la vie s'il ne provient pas de l'être de la vieï puis aussi, que la

conjonction de la vie est comme celle du son et de l'harmonie, ou du son et du langage, et en général comme celle du liatleraent du cœur et de la respiration du poumon, conjonction qui est telle, que l'un n'est pas quelque chose sans l'autre, et que l'un devient quelque chose parla conjonction avec l'autre. Les conjonctions doivent Être en elles, ou bien sont faites par elles; soit pour exemple le son : Celui qui s'imagine que le son est quelque chose, si en lui il n'y a pas ce qui distingue, se tromne; le son aussi correspond à l'affection chez l'homme, et parce qu'il y a toujours dans le son quelque chose qui distingue, c'est pour cela que par le son de l'homme qui parle on connaît l'affection de son amour, et que par la variation du son, qui est le langage, on connaît sa pensée ; c'est de là que par le son seul de celui qui parie les anges les plus sages perçoivent les amours de sa vie, et en même temps certaines affections qui en sont des dérivations. Ces choses ont été rapportées, afin qu'on sache qu'il n'y a pas d'affection sans sa pensée, ni de pensée sans son affection. Mais on peut en voir davantage sur ce sujet dans ce Traité, ci-dessus, et dans la Sagesse Angélique sur le Divin Amour et la Divine Sagesse.

195. Maintenant, comme l'amour de la vie a son plaisir, et que sa sagesse a son charme, il en est de même de toute affection, qui dans son essence est un amour subalterne dérivé de l'amour de la vie, comme un ruisseau de sa source, ou comme une branche de son arbre, ou comme un artère de son cœur ; c'est pourquoi chaque affection a son plaisir, et par suite chaque perception et chaque pensée a son charme, d'où il résulte que ces plaisirs et ces charmes font la vie de l'homme : Qu'est-ce que la vie sans le plaisir et sans le charme? Ce n'est pas quelque chose d'animé, c'est de l'inanimé ; diminue le plaisir et le charme, et tu deviendras froid ou engourdi; ôte-les, et tu expireras et mourras : c'est par les plaisirs des affections, et par les charmes de3 perceptions et des pensées, qu'il y a chaleur vitale. Puisque chaque affection a son plaisir, et que par suite chaque pensée a son charme, on peut voir d'où viennent le bien et le vrai ; puis, ce que c'est que le bien et le vrai dans leur essence : le bien est pour chacun ce qui est le plaisir de son affection, et le vrai ce qui par suite est le charme de sa pensée : en effet, chacun appelle bien ce qu'il sent

comme plaisir d'après l'amour de sa volonté, et appelle vrai ce que par suite il perçoit comme charme d'après la sagesse de son entendement : l'un et l'autre efflue de l'amour de la vie comme l'eau découle d'une source, ou comme le sang coule du cœur : pris ensemble, ils sont comme une onde ou une atmosphère dans laquelle est tout le mental humain. Ces deux, le plaisir et le charme, sont spirituels dans le mental, mais dans le corps ils sont naturels ; de part et d'autre ils font la vie de l'homme. D'après cela, on voit clairement quelle chose chez l'homme est appelée bien, et quelle chose est appelée vrai; puis aussi, quelle chose chez l'homme est appelée mal, et quelle chose est appelée faux, à savoir, que pour lui le mal est ce qui détruit le plaisir de son affection, et le faux ce qui par suite détruit le charme de sa pensée; et que le mal d'après son plaisir et le faux d'après son charme peuvent être appelés et Être crus le bien et le vrai. Les biens et les vrais sont, a la vérité, les changements et les variations de l'état des formes du mental, mais ces changements et ces variations sont perçus et vivent uniquement par" leurs plaisirs et par leurs charmes. Ces détails ont été donnés, afin qu'on sache ce que c'est que l'affection et la pensée dans leur vie.

196. Maintenant, puisque c'est le mental de l'homme, et non le corps, qui pense, et qui pense d'après le plaisir de son affection; et puisque le mental de l'homme est son esprit, qui vit après la mort, il s'ensuit que l'esprit de l'homme n'est absolument que l'affection et par suite la pensée. Qu'il ne puisse y avoir aucune pensée sans une affection, on le voit manifestement d'après les Esprits et les Anges dans le monde spirituel, en ce que là tous pensent d'après les affections de l'amour de leur vie, et que chacun est entouré par le plaisir de ces affections comme par son atmosphère ; et en ce que tous y sont conjoints selon ces sphères exhalées de leurs affections par leurs pensées : chacun aussi d'après la sphère de sa vie est connu tel qu'il est Par là on peut voir que toute pensée vient d'une affection et est la forme de son affection. Il en est de même de la volonté et de l'entendement; H en est de même du bien et du vrai; et il en est de môme de la charité et de la foi.

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