‹ La sagesse angélique sur la divine ProvidenceChapitre 3 sur 16 · VL Alors le Seigneur purifie l'homme des convoitises · texte numérisé non relu

VL Alors le Seigneur purifie l'homme des convoitises

du mal dans l'homme Interne, et des maux cux-mtmes dans l'homme Externe. Si le Soigneur purifie l'homme tics convoitises du mal, alors que l'homme éloigne les maux comme par lui-même, c'est parce que le Seigneur ne peut pas le purifier auparavant; car les maux sont dans l'homme externe, et les convoitises du mal sont dans l'homme interne, el sont cohérentes avec le mal comme les racines avec le tronc ; si donc les maux ne sont point éloignés, il n'y a point d'ouverture ; car les maux obstruent, et ils ferment la porte, qui ne peut être ouverte par le Seigneur qu'au moyen de l'homme, ainsi qu'il vient d'être montré. Quand ainsi l'homme ouvre la porte comme par lui-même, !e Seigneur extirpe en même temps les convoitises. C'est aussi parce que le Seigneur agit dans l'intime de l'homme, et par l'intime dans ce qui suit jusqu'aux derniers, et que l'homme est en même temps dans les derniers; c'est pourquoi, lant que les derniers sont tenus fermés par l'homme lui-même, aucune purification ne peut être faite par le Seigneur; mais il est seulement fait par le Seigneur une opéralion dans les intérieurs, telle qu'est celle du Seigneur dans l'Enfer, dont l'homme qui est dans les convoitises et en même temps dans les maux est la forme, opération qui est seulement une disposition afin que l'un ne détruise pas l'autre, et afin que le bien et le vrai ne soient pas violés. Que le Seigneur presse el insiste continuellement pour que l'homme lui ouvre la porte, on le voit clairement par les paroles du Seigneur dans l'Apocalypse : s Voici, je me tiens à la porte et je heurte, si quelqu'un entend ma voix et ouvre (a porte, j'entrerai cites lui, et je souperai avec lui, et lui avec Moi. »— III. 20.

120. L'homme ne sait rien de l'état intérieur de son Mental ou de son homme Interne ; cependant il y a là une infinité de choses, dont pas une seule ne vient a sa connaissance; car l'Interne de la pensée de l'homme, ou son homme Interne, est son esprit luimême, et dans cet esprit il y a des choses à l'infini, ou aussi innombrables que dans le corps de l'homme, et même encore plus innombrables , car l'esprit de l'homme est dans sa forme un homme, et toutes les choses de l'esprit correspondent à toutes celles de l'homme dans son corps. Maintenant, de même que l'iiomme ne sait par aucune sensation comment sou esprit ou son.

s ni LA mvim; providence. i)l Ame opère tout A In fois et en particulier Omis toutes les choses de son corps, de même aussi l'homme ne sait pas comment le Seigneur opère dans toutes les choses de son mental ou de son âme, c'est-à-dire, dans toutes les choses de son esprit ; l'opération est continue; l'homme n'y a aucune part; mais néanmoins le Seigneur ne peut purifier l'homme d'uucune convoitise du mal dans son esprit ou dans son homme interne, tant que l'homme tient l'externe fermé; ce par quoi l'homme lient son externe fermé, ce sont des maux, dont chacun lui apparaît comme un, quoique dans chacun il y en ait une infinité ; quand l'homme éloigne un de ces maux comme étant un, le Seigneur éloigne les maux infinis qui sont dans ce maL C'est la ce qui est entendu par « alors le Seigneur purifie l'homme des convoitises du mal dans l'homme interne, et des maux eux-mêmes dans l'homme externe. »

12L Une grand nombre d'hommes s'imaginent que ce qui purifie l'homme des maux, c'est seulement de croire ce que l'Église enseigne; et quelques-uns s'imaginent que c'est de faire le bien; d'autres, que c'est de savoir, de dire et d'enseigner les choses qui sont de l'Église; d'autres, de lire la Parole et des livres de piété; d'autres, de fréquenter les temples, d'entendre les prédications, et surtout de se présenter a la sainte Cène; d'autres, de renoncer au monde, et de s'adonner a la piété; d'autres, de s'avouer coupable de tous les péchés; et ainsi du reste. Hais néanmoins toutes ces choses ne purifient pas l'homme, a moins qu'il ne s'examine, ne voie ses péchés, ne les reconnaisse, ne se condamne à cause d'eux, et ne fasse pénilence en y renonçant; et toutes ces choses il doit les faire comme par lui-même, mais toutefois en reconnaissant de cœur que c'est par le Seigneur. Avant que cela soit fait, toutes les choses dont il vient d'être parlé ne servent de rien, car elles sont ou méritoires ou hypocrites; et ceux-là apparaissent dans le ciel devant les anges ou comme de belles prostituées dont la corruption répand une odeur infecte; ou comme ces femmes laides qui s'embellissent avec du fard; ou comme des comédiens et des mimes sur les théâtres; ou comme des singes avec des babils d'hommes. Mais quand les maux ont été éloignés, les choses ci-dessus mentionnées deviennent des choses de l'amour, et ceux qui les font apparaissenl dans lu ciel devant les anges comme de

beaux hommes, et comme leurs' compagnons el leurs consociés.

122. Mais il faut qu'on sache bien que l'homme, pour faire pénitence, doit porter ses regards vers le Seigneur seul; s'il les porte vers Dieu le Père seul, il né peut Être purifié; il ne le peut non plus si c'est vers le Père a cause du Fils, ni si c'est vers le Fils comme Homme seulement; en effet, il n'y a qu'un seul Dieu, et le Seigneur est ce Dieu, car son Divin et son Humain sont une seule Personne, comme il a été montré dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur le Seigneur. Pour que tout homme qui doit faire pénitence porte ses regards vers le Seigneur seul, le Seigneur a institué la Sainte Cène, qui confirme la rémission des péchés chez ceux qui font pénitence; elle confirme, parce que dans cette Cène ou Communion chacun est tenu de porter ses regards vers le Seigneur seul.

123, VU. L'action continue de ta Divine Providence du Seigneur consiste à conjoindre V homme à Soi, et Soi à V homme, afin de pouvoir lui donner tes félicités de ta vie éternelle, ce qui ne peut être fait, qu'autant que- les maux avec leurs convoitises ont été éloignés. Que l'action continue de la Divine Providence du Seigneur consiste a conjoindre l'homme ù Soi el Soi a l'homme, et que ce soit cette conjonction qui est appelée réformalion et régénération, et que par suite il y ait sa.) va t ion pour l'homme, c'est ce qui a été montré ci-dessus, N" 27 ù ù5. Qui est-ce qui ne voit pas que la conjonction avec Dieu est la vie éternelle et la salvalion ? C'est ce que voit quiconque croit que les hommes, par création, sont les images et les ressemblances de Dieu, — Cen, L 26, 27, •— et sait ce que c'est- que l'image el la ressemblance de Dieu. Qui est l'homme dont la raison est saine, qui, lorsqu'il pense d'après sa rationalité et veut penser d'après sa liberté, puisse croire qu'il y a trois Dieux, égaux en essence, et que le Divin Être ou la Divine Essence peut être divisée? Qu'il y ait le Trine dans un seul Dieu, cela peut être pensé et compris, comme on comprend que dans l'ange et dans l'homme il y a l'àme et le corps, et le procédant de la vie par l'âme et par le corps; et puisque ce Trine dans un ne peut être que dans te Seigneur, il s'ensuit que la conjonction doit être avec le Soigneur. Fais usage de ta rationalité cl en même temps de la liberté de

penser, et tu verras cette vérité dans sa tu raiera ; mais auparavant admets qu'il y a un Dieu, qu'il y a un ciel, et qu'il y a une vie éternelle. Maintenant, puisqu'il y a un seul Dieu, et que l'homme par la création a été l'ait image et ressemblance de Dieu, et puisque par l'amour infernal, par les convoitises de cet amour, et par les plaisirs de ces convoitises, l'homme est venu dans l'amour de tous les maux, et a par suite détruit chez lui l'image et la ressemblance de Dieu, il s'ensuit que l'action continue de la Divine Providence du Seigneur consiste à conjoindre l'homme à Soi, et Soi à l'homme, et ainsi a faire qu'il soit son image : que ce soit afin que le Seigneur puisse donner a l'homme les félicités de la vie éternelle, c'est encore ce qui s'ensuit, car tel est le Divin Amour : mais qu'il ne puisse les lui donner, ni le faire son Image, à moins que l'homme n'éloigne comme par lui-même les péchés dans l'homme externe, c'est parce que le Seigneur est non-seulement le Divin Amour, mais aussi la Divine Sagesse, et que le Divin Amour ne fait rien que d'après et selon la Divine Sagesse ; que l'homme ne puisse être conjoint au Seigneur, et ainsi Être réformé, régénéré et sauvé, à moins qu'il ne lui soit permis d'agir d'après le libre selon la raison, car par là l'homme est homme, cela est selon ta Divine Sagesse du Seigneur, et tout ce qui est selon la Divine Sagesse du Seigneur, cela aussi appartient à sa Divine Providence,

124. A ce qui vient d'être dit j'ajouterai deux Arcanes de la Sagesse Angélique, par lesquels on peut voir quelle est la Divine Providence; le premier, c'est que le Seigneur n'agit jamais chez l'homme dans aucune chose particulière séparément, Bans agir en m&me temps dans toutes les choses de l'homme; le second, c'est que le Seigneur agit par les intimes et par les derniers en même temps. 1" Le Seigneur n'agit jamais chez l'homme dans aucune clwse particulière séparément, sans agir en même temps dans toutes les clwses de l'homme : c'est parce que toutes les choses de l'homme sont dans un tel enchaînement, et par l'enchaînement dans une telle forme, qu'elles agissent non pas comme plusieurs mais comme une seule : que l'homme quant au corps soit dans un tel enchaînement, et par l'enchaînement dans une telle forme, cela est connu; le Mental humain est aussi dans une semblable

forme d'après la connexion de toutes les choses qui le composent, car le Mental humain est l'homme spiritual , el est même en actualité homme : de la vient que l'esprit de l'homme, qui est son mental dans le corps, est homme dans toute sa forme; aussi l'bomme après la mort est-il également homme comme dans le monde, avec la seule différence qu'il arejeté les dépouilles qui conslituaient son corps dans le monde. Maintenant, puisque la forme humaine est telle, que toutes les parties font le commun, qui agît comme une seule chose, il s'ensuit qu'une partie no peut être remuée de place, ni changée quant à l'état, si ce n'est du consentement de toutes les autres; car si l'une était remuée de place, et changée quant a l'état, la forme qui doit agir comme un souffrirait. D'après cela, il est évident que le Seigneur n'agit jamais dans aucune chose particulière sans agir en même dans toutes : ainsi agit le Seigneur dans le ciel angélique tout entier, puisque le ciel angétique tout entier est en aspect du Seigneur comme un seul Homme; de même aussi agit te Seigneur dans chaque ange, parce que chaque ange est le ciel dans la plus petite forme; de même encore il agit dans chaque homme, de très-près dans toutes les choses de son mental, et par elles dans toutes les choses de son corps; car le mental de l'homme est son esprit, et selon la conjonction avec le Seigneur il est un ange, et le corps est une obéissance. Mais il faut bien observer que le Seigneur agit singulièrement et même Lrès-singulièrement dans tout particulier de l'homme, mais en même temps par toutes les choses de sa forme, el que néanmoins il ne change l'état d'aucune partie, ou d'aucune chose en particulier, si ce n'est d'une manière convenable pour toute la forme : mais il en sera dit davantage sur ce sujet dans la suite, lorsqu'il sera démontré que la Divine Providence du Seigneur est universelle parce qu'elle est dans les singuliers, et qu'elle est singulière parce qu'elle est universelle, 2° Le Seigneur agit par tes intimes el par lus derniers en même temps : c'est parce qu'ainsi, et non autrement, toutes et chacune des choses sont contenues en enchaînement; car les intermédiaires dépendent des intimes successivement jusqu'aux derniers, et dans les derniers ils sont ensemble; en effet, dans le Traité du Divih Amour et de la Divise Sagesse, Troisième Partie, il a été montré que

dans le dernier il y a le simultané de tous .1 partir du premier. C'est même d'après cela que le Seigneur de toute éternité, ou ié~ hovah, est venu dans le monde, et y a revelu et pris l'Humain dans les derniers, afin que des premiers il pût èLre aussi dans les derniers en même temps, et ainsi des premiers par les derniers gouverner le monde entier, et par conséquent sauver les hommes, qu'il peut sauver selon les Lois de sa Divine Providence, qui sont aussi les Lois de sa Divine Sagesse. C'est donc là ce qui a été connu dans le Monde Chrétien, à savoir, que nul mortel n'aurait pu être sauvé, si le Seigneur ne tut venu dans le monde; voir sur ce sujet la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur la Foi, N° 35. De la vient que le Seigneur est appelé le Premier et le Dernier.

125, Ces Arcanes angéliques ont été donnés comme préliminaires, afin qu'on puisse comprendre comment la Divine Providence du Seigneur opère pour conjoindre l'homme à Soi et Soi à l'homme ; cette opération ne se fait séparément dans aucune chose particulière de l'homme, sans se faire en même temps dans toutes; et elle se fait par l'intime de l'homme et par ses derniers en même temps : l'intime de l'homme est l'amour de sa vie ; (es derniers sont les choses qui sont dans l'externe de la pensée ; les intermédiaires sont les choses qui sont dans l'interne de sa pensée; quelles sont ces choses chez l'homme méchant, cela a été montré dans ce qui précède. De là, il est de nouveau évident que le Seigneur ne peut agir par les intimes et par les derniers en même temps, sans que ce soit avec l'homme, car l'homme est avec le Seigneur dans les derniers; de même donc que l'homme agit dans les derniers qui dépendent de son arbitre, parce qu'ils sont dans son libre, de même le Seigneur agit par les intimes de l'homme, et dans les successifs jusqu'aux derniers. Los choses qui sont dans les intimes de l'homme, et dans les successifs depuis les intimes jusqu'aux derniers, sont absolument inconnues à l'homme, et c'est pour cela que l'homme ignore absolument de quelle manière le Seigneur y opère, et ce qu'il y opère ; mais comme ces choses sont cohérentes comme un avec les derniers, il en résulte qu'il n'est pas nécessaire que l'homme sache autre chose, sinon qu'il doit fuir les maux comme péchés, et tourner ses regards vers le Seigneur. Ainsi, et non autrement, l'amour

de sa vie, qui par naissance est infernal, peut Cire éloigné par le Seigneur, el h sa place peut Être implanté l'amour de la vie céleste.

126. Quand l'amour de la vie céleste a été implanté par le Seigneur à la place de l'amour de la vie infernale, les affections du bien et du vrai sont implantées a la place des convoitises du mal et du faux ; les plaisirs des affections du bien sont implantés a la place des plaisirs des affections du mal et du faux, et les biens de l'amour céleste sont implantés à la place des maux de l'amour infernal ; alors la prudence est implantée a la place de l'astuce, et les pensées de la sagesse sont implantées à la place des pensées de la malice': ainsi l'homme est engendré une seconde fois, et devient nouveau. Quels sont les biens qui remplacent les maux, on le voit dans la Doctrine de vie pour la Nouvele Jérusalem, H™ 67 à 73; 7a à 79; 80 à 86; 87 à 91. On y voit aussi que, autant l'homme fuit et a en aversion les maux comme péchés, autant il aime les vrais de la sagesse, PP" 32 à il ; puis aussi, autant il a la foi et est spirituel, N" a2 à 52.

127. Que la religion commune dans toute la Chrétienté soit que l'homme s'examine, voie ses péchés, les reconnaisse, les confesse devant Dieu et y renonce, et que ce soit la la pénitence, la rémission des péchés, et par suite la salvalion, c'est ce qui a été montré ci-dessus par les prières qne l'on fait avant la Sainte Communion dans toutes les Églises chrétiennes. On peut encore le voir d'après la Foi nommée Athanasiennc, qui a été reçue aussi dans toute la Chrétienté, où sont a la fin ces paroles : « Le Seigneur viendra pour juger les vivants et tes morts; à son avènement ceux qui ont [ait de bonnes œuvres entreront dans la vie éternelle, et ceux gui en ont fait de mauvaises entreront dans le feu éternel.

128. Qui ne sait, d'après la Parole, que chacun après la mort a pour partage une vie selon ses actions? Ouvre la Parole, lis-là, et tu verras clairement; mais éloigne alors les pensées concernant la foi el la justification par elle seule. Le Seigneur enseigne cela de tout côté dans sa Parole; soit pour témoignage ce petit nombre de passages ; « Tout arbre qui ke fait pas du fruit bon sera coupé et jeté au feu ; donc par leurs fruits vous tes connaîtrez. » — Matlli. VH. 19, 20. — « Plusieurs Me diront en ce

jour-là : Seigneur, Seigneur, par ton Nom n'avons-nous pas prophétisé? Et en ton Nom beaucoup d'actes de puissance n'avons-nous pas [ait? Mais alors je leur dirai ouvertement : Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de Moi, vous qui fuites l'iniquité, b — HatUk VIL 22, 23, — « Quiconque entend ces miennes paroles, et les fait, je te comparerai à un homme •prudent qui a bâti sa maison sur le roc; mais quiconque entend ces miennes paroles, et ne les fait point, sera comparé à un homme insensé qui a bâti samaison sur le sable. » — Mallh. VIL 24, 26. Luc, VI. 46 a 49. — « Le Fils de l'homme viendra dans la gloire de son Père, et alors il rendra a chacun selon ses oedvbes. b — Malth. XVI. 27. — ti Le Royaume de Dieu vous sera 6té, et sera donné a une Nation qui EB fera les fruits, »

— Mallh. XXI. 43. — « Jésus dit : Ma mère et mes frères, ce font ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la font, n — Luc, VIII. 21. — « Alors vous commencerez à vous tenir en dehors et à heurter à la porte, en disant : Seigneur, ouvre-nous; mais, répondant, il vous dira : Retirez-vous de Moi, vous tous ouvriers d'iniquité, n — Luc, XIII. 25 à 27. — n Ceux qui auront fait de bonnes choses sortiront pour une résurrection de vie, et ceux qui en auront fait de mauvaises, pour une résurrection de jugement, » — Jean, V. 29. — «Nous savons que les pécheurs, Dieu ne les écoute point ; mais si quelqu'un honore Dieu, et que sa volonté il fasse , il l'écoute. »— Jean, IX, 3).

— n fit ces choses vous savez, heureux vons (tes, pourvu que vous les fassiez. b — Jean, XIII. 17. — n Qui a mes préceptes, et les fait, c'est cctui-là qui M'aime; et Moi je l'aimerai, et vers lui je viendrai, et demeure chez lui je ferai, n — Jean,

XIV. 15, 21 à 24. — o Vous, mes amis vous êtes, si vous faites tout ce que je vous commande. Moi, je vous ai choisis pour que du fruit vous portiez, et que votre fruit demeure, a — Jean,

XV. 14, 16. — o Le Seigneur dit à Jean : A l'Ange de l'Église d'Épnesc écris : Je connais tes œuvres. J'ai contre toi que ta charité première tu as abandonné; fais pénitence, et fais tes premières oeuvres ; sinon, j'ôlerai ton chandelier de sa place. » — Apoc. II. 1, 2, 4, 5, — «A l'Ange de l'Église des Smyrnéens écris : Je connais tes oeuvres, b— Apoc IL 8, 9. —

i A G ESSE ANGÉLIQUE

vA l'Ange de l'Église dans Pcrgame écris : Je connais tes oeuvres ; fais pénitence, n — Apoc IL 12, 13, 16. — « A l'Ange de l'Église dans Tkyalire écris : Je connais tes oeuvres, et ta Chahité, et tes oeuvres dernières plus nombreuses que les premières. » — Apoc. IL 18, 19. — «A l'Ange de l'Église dans Sardes écris : Je connais tes oeuvres, que lu as nom d'être vivant, et tu es mort; je n'ai point trouvé tes oeuvres parfaites devant Dieu ; fais pénitence, d — Apoc 1IL 1, 2, 3. — « A l'Ange de l'Église, qui est dans Philadelphie, écrit : Je connais tes oeuvres, d — Apoc III. 7, 8. — « A l'Ange de l'Église des Laodicéens écris: Je connais tes oeuvres; fais pénitence.» — Apoc. III. lit, 15, 19. — « J'entendis une voix du ciel, qui disait : Écris : Heureux les nwrts qui dans le Seigneur meurent désormais ; leurs oeuvres les suivent. » — Apoc XIV. 13. — o Un livre fut ouvert, qui est te livre de ta vie; et furent jugés tes morts, tous selon leuhs oeuvres. » — Apoc XX. 12, 13. — « Voici, je viens bientôt, et ma récompense avec Moi, afin que je donne a chacun selon son oeuvre, d — Apoc. XXII. 12. — Ces passages sont dans le Nouveau Testament; il y en a encore davantage dans l'Ancien Testament, je ne l'apporterai que celui-ci : « Tiens-toi à ta porte de ta Maison de Jéhovah ; et là, proclame cette parole ; Ainsi a dit Jéliovak Sébaolli, le Dieu d'Israël : llendcz bonnes vos voies et vos œuvres; ne vous confiez point aux paroles de mensonge, en disant : Le Temple de Jéhovah, te Temple de Jéhovah, le Temple de Jéhovah, ici; cst~ce en volant, en tuant, en commettant adultère, et en jurant faussement, que vous viendrez ensuite, et que vous vous tiendrez devant Moi dans cette Maison, sur laquelle est nommé mon Nom, et que vous direz : Nous avons été délivrés, tandis que vous faites ces abominations? Est-ce que cavei-ne de voleurs est devenue cette Maison? aussi Moi, voici, j'ai vu; parole de Jéhovah. » — Jérem. VIL 2, 3, ô, 9, 10, 11.

C'est une Loi de la Divine Providence, que l'homme ne soit point contraint par des moyens externes à penser et à vouloir, ainsi à croire et à aimer tes choses qui appartiennent à la religion; mais que l'homme se porte lui-même à cela, et parfois s'y contraigne,

129. Celte Loi de la Divine Providence est une conséquence des deux lois précédentes, qui sont, que l'homme agisse d'après le Libre selon la raison, N" 71 à 99 ; et qu'il agisse par lui-même, bien que ce Boit par le Seigneur, ainsi comme par lui-même, N" 100 à 128. Or, comme être contraint, c'est agir non pas d'après le libre selon la raison, ni par soi-même, mais d'après le non-libre, et d'après un autre, c'est pour cela que cette Loi de la Divine Providence vient en ordre après les deux précédentes. Chacun sait aussi que personne ne peut être contraint à penser ce qu'il ne veut pas penser, ni à vouloir ce qu'il pense ne pas vouloir, ni par conséquent à croire ce qu'il ne croit pas, moins encore a croire ce qu'il ne veut pas croire, ni à aimer ce qu'il n'aime pas, moins encore à aimer ce qu'il ne veut pas aimer ; car l'esprit de l'homme ou son mental, est dans une pleine liberté de penser, de vouloir, de croire et d'aimer; il est dans cette liberté par l'influx du monde spirituel, qui ne contraint point,— car c'est dans ce monde qu'est l'esprit ou le mental de l'homme, — mais il n'est pas dans celte liberté par l'influx du monde naturel, qui n'est point reçu, à moins qu'ils n'agissent comme un. L'homme peut être amené a dire qu'il pense et veut certaines choses, et qu'il les croit et les aime, mais si elles ne sont point ou ne deviennent point conformes à son affection et par suite à sa raison, il ne les pense pas, ne les veut pas, ne les croit pas et ne les aime pas. L'homme peut aussi être contraint à parler en faveur de la religion, et à agir selon la religion; mais il ne peut pas être contraint à penser en sa faveur d'après quelque foi, ni a vouloir les choses de religion d'après quelque amour. Chacun aussi, dans les royaumes où la justice et le jugement sont gardés, est contraint à ne point parler contre la religion, et à ne point agir contre elle; mais néanmoins personne ne peut être contraint à penser cl à vouloir en sa faveur; car il esl dans la

liberté de chacun de penser et de vouloir en faveur de l'enfer, puis aussi de penser et de vouloir en faveur du ciel ; maïs la raison enseigne quel est l'un et quel est l'autre, et quel sort attend l'un el quel sort attend l'autre, et c'est a la volonté d'après la raison qu'appartient l'option et le choix. D'après cela, on peut voir que l'Externe ne peut pas contraindre l'Interne; c'est cependant ce qui arrive quelquefois; mais que cela soit dangereux, c'est ce qui sera démontré dans l'ordre suivant : I. Personne n'est réformé par les miracles ni par les signes, parce qu'ils contraignent. II. Personne n'est réformé par les visions ni par les conversations avec les défunts, parce qu'elles contraignent. III. Personne n'est réformé par les menaces ni par les châtiments, parce qu'ils contraignent IV. Personne n'est réformé dans tes états de non-rationalité el de non-liberté. V. Se contraindre soi-même n'est ni contre la rationalité, ni contre la liberté. VL L'homme Externe dort Être réformé par l'homme Interne, et non vice versâ.

130. L, Personne ne peut être réformé par les miracles ni par les signes, parce qu'ils contraignent. Il a été montré cidessus qu'il y a dans l'homme un interne et un externe de la pensée, el que par l'interne de la pensée le Seigneur influe dans son externe chez l'homme, et ainsi l'enseigne et le conduit; puis aussi, qu'il est de la Divine Providence du Soigneur que l'homme agisse d'après le libre selon la raison ; or, l'un et l'autre chei l'homme deviendrait nul, s'il se faisait des miracles, et t'homma par eux serait forcé de croire. Qu'il en soit ainsi, on peul le voir rationnellement de cette manière : On ne peut pas nier que les miracles ne donnent la croyance et ne persuadent fortement que ce que dit et enseigne celui qui fait des miracles est vrai; et que cela, dans le commencement, n'occupe tellement l'externe de la pensés de l'homme, que cet externe se trouve pour ainsi dire lié et fasciné : or, l'homme par la est privé de ces deux facultés, qui sont appelées rationalité el liberté, au point qu'il ne peut pas agir d'après le libre selon la raison, et alors le Seigneur ne peut pas influer par l'interne dans l'externe de sa pensée, mais seulement il laisse l'homme confirmer par sa rationalité celte chose qui, par le miracle, est devenue un objet de sa foi. L'état de la pensée de l'homme esl tel, quo par l'interne de la pensée il voit la chose dans Pex-

terne de sa pensée comme dans une sorte de miroir; car, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, l'homme peut voir sa pensée, ce qui ne peut avoir lieu que par la pensée intérieure; et quand il voit la chose comme dans un miroir, il peut aussi la tourner eu tous sens, el la former, jusqu'à ce qu'elle lui apparaisse belle : celle chose, si c'est une vérité, peut Cire comparée à une jeune fille ou à un jeune homme, tous deux beaux et vivants; mais s! l'homme ne peut pas tourner celle nhose en tous sens ni la former, et qu'il la croie seulement d'après la persuasion introduite par le miracle, si alors c'est une vérité, elle peut être comparée a une jeune fille ou à un jeune homme sculptés en pierre ou en bois, dans lesquels il n'y a rien de vivant : elle peut aussi être comparée à un objet, qui est continuellement devant les yeux, qui seul est vu, et qui cache tous les objets placés do chaque coté et derrière lui : elle peut encore être comparée à un son continu dans l'oreille, lequel ôte la perception de l'harmonie produite par plusieurs sons : les miracles introduisent uno semblable cécité et une semblable surdité dans le mental humain. Il en est de même de toute chose confirmée, qui n'est pas examinée d'après quelque rationalité" avant qu'elle soit confirmée.

131. D'après cela, on peut voir que la foi introduite par les miracles est non pas une foi, mais une persuasion, car il n'y a aucun rationnel en elle, ni a plus forte raison aucun spirituel ; c'est seulement un externe sans interne : il en est de même de tout ce que l'homme fait d'après cette foi persuasive, soit qu'il reconnaisse Dieu, soit qu'il lui rende un culte dans sa maison ou dans des temples, soit qu'il fasse du bien. Quand le miracle seul porte l'homme a la reconnaissance, au culte et à la piété, l'homme agit d'après l'homme naturel et non d'après l'homme spirituel ; car le miracle infuse la foi par le chemin externe, et non par le chemin interne, ainsi d'après le monde et non d'après le ciel, el le Seigneur n'entre pas chez l'homme par un aulre chemin que par le chemin interne, qui est par la Parole, par la doctrine, et par les prédications d'après la Parole; et comme les miracles ferment ce chemin, c'est pour cela qu'aujourd'hui il ne se fait aucun miracle.

132. Que tels soient les miracles, on peut le voir clairement par les miracles faits devant le peuple juif cl isiaélitc ; quoiquo

ceux-ci eussent vu tant de miracles dans la terre d'tëgypte, pui3 à la mer de Suph, et d'autres dans le désert, et principalement sur la montagne de Sinaï quand fut promulguée la Loi, cependant, un mois après, Moïse étant resté sur celle montagne, ils se firent un Veau d'or, et le reconnurent pour Jéhovah. qui les avait tirôs de la terre d'Égypie, — Exode, xxxil. û, 6, 6. — Puis aussi par les miracles faits plus tard dans la terre de Canaan ; el cependant, à chaque fois, ils se retiraient du cuite commandé: Pareillement par les miracles que le Seigneur fit devant eux, quand i! était dans le monde, et cependant ils Le crucifièrent. S'il a été fait des miracles chez les Juifs et les Israélites, c'est parce qu'ils étaient des hommes entièrement externes; ils ne furent introduits dans la lerre de Canaan, qu'aiin de représenter l'Église et ses internes par les externes du culte; et l'homme méchant peut représente* de même que le bon, car les externes du cuite sont des cérémonies qui toutes chez eux signifiaient les spirituels et les célestes; bien plus, Aharon, quoiqu'il eût fait le veau d'or et en eût ordonné le culle, — Exode, XXXIL 2, 3, U, 5, 35, — a pu néanmoins représenter le Seigneur et sou œuvre de la salvalion : or, comme ils ne pouvaient pas être, amenés par les internes du culte à représenter ces spirituels et ces célestes, iis y étaient amenés et même forcé» et contraints par les miracles. S'ils ne pouvaient pas y Être amenés par les internes du culle, c'est parce qu'ils ne reconnaissaient pas le Seigneur, quoique toute la Parole, qui était chez eux, ne traite que du Seigneur seul ; et celui qui ne reconnaît pas le Seigneur ne peut recevoir aucun interne du culte : mais depuis que le Seigneur s'est manifesté, et qu'il a été reçu el reconnu pour Dieu éternel dans les Églises, les miracles ont cessé.

133. L'effet des miracles est tout autre chez les bons que chez les méchants : Les bons ne veulent point de miracles, mais ils croient les miracles qui sont dans la Parole; et s'ils entendent parler d'un miracle, ils n'y font autrement attention que comme, à un faible argument qui confirme leur foi, car ils pensent d'après la Parole, ainsi d'après le Seigneur, el non d'après le miracle. Mais il en est autrement des méchants; ils peuvent, à la vérité, par les miracles Être forcés et contraints à la foi, et même au culte el a la piété, mais seulement pour peu de temps; car eu dedans

SUR LA M vm: PROVIDENCE. 103

ont été l'enfermés les maux, dont les convoitises et par suite les plaisirs agissent continuellement dans l'externe de leur culte et de leur piété; et pour qu'ils sortent de leur prison et qu'ite s'élancent au dcliors, ils portent leurs pensées sur le miracle, et ils finissent par l'appeler illusion ou artifice, ou œuvre de la nature, et ainsi ils reviennent dans leurs maux; or, celui qui revient dans ses maux après le culte, profane les vrais et les biens du culte, et le sort des profanateurs après la mort est le pire de tous : ce sont eux qui sont entendus par les paroles du Seigneur dans Matthieu, — XII. US, àd, Û5 ; — leur dernier état devient pire que le premier. En outre, s'il se faisait des miracles chez ceux qui ne croient point d'après les miracles rapportés dans la Parole, il faudrait qu'il s'en fit continuellement, et devant la vue de tous ceux qui sont tels. D'après cela on peut voir pourquoi il ne se fait pas de miracles aujourd'hui.

134- IL Personne n'est réformé par les visions ni par les conversations avec les défunts, parce qu'elles contraignent. Les visions sont de deux genres, Divines et diaboliques : Les Visions Divines se font par des représentatifs dans le Ciel; et les Visions diaboliques se font par des opérations magiques dans l'enfer : il y a aussi les Visions pli an (astiques, qui sont des illusions d'un mental abstrait. Les Visions Divines, qui se font, comme il a été dit, par des représentatifs dans le Ciel, sont semblables a celles qu'ont eues les prophètes, qui, lorsqu'elles avaient lieu, étaient non dans le corps, mais en esprit; car les visions ne peuvent apparaître à aucun homme pendant la veille de son corps; c'est pourquoi, quand elles apparurent aux prophètes, il est dit aussi qu'alors ils étaient en esprit, comme on le voit par les passages suivants : Ézéchiel dit :b L'Esprit m'enleva, et il me ramena en Chaldée vers la captivité, dans ta Vision de Dieu, en Esprit de Dieu ; ainsi monta sur moi ta Vision que je vis. » — SI. 1, 36. — Il dit aussi que l'Esprit l'enleva entre la terre et le ciel, et l'amena a Jérusalem dans les Visions de Dieu, — VIII. 3 et suiv. — Il était pareillement daus une vision de Dieu ou en esprit, quand H vit les quatre animaux qui élaient des Chérubins, — Chap. I et X ; — et aussi quand il vit le nouveau Temple et la nouvelle Terre, et l'Ange qui les mesurait, — Chap. XL à XLVI1I. — Qu'il ait été alors dans les

Visions de Dieu, il le dit, — Chap. XL. 2 ; — et en Esprit, — Chap. XLIII. 5. — Dans ud semblable état était Zacharic quand il vit un homme à cbeval parmi les myrtes, — Chap. I. 8 et suiv. — Quand il vit quatre cornes, et un homme ayant à la main un cordeau de mesure, — Chap. II. 1, 3 et suiv. — Quand il vit un chandelier et deux oliviers, — Chap. IV, 1 et suiv. — Quand il vit un rouleau qui volait, et l'éphah', — Chap. V. 1, 6. — Quand il vil- quatre chars sortir d'entre quatre montagnes, et les chevaux, — Chap. VI. 1 et suiv. — Dans un semblable étar était Daniel, quand il vit quatre bétes montant de la mer, — Chap. VI. 1 et suiv.; — et quand il vit les combats du bélier et du bouc, — Chap. VIII. 1 et Buiv. — Qu'il ait vu ces choses dans la vision de son Esprit, il le dit, — Chap. Vit, 1, 2, 7, 13. V1JL 2. X. 1, 7, 8;— il dit aussi qu'il a vu l'Ange Gabriel en vision,— Cl m p. IX. 21. — Dans la vision de l'esprit était aussi Jean, quand il vit les choses qu'il a décrites dans l'Apocalypse; ainsi, quand il vil sept chandeliers et au milieu le Fils de l'homme, — Chap. l. 12 à 16. — Quand il vit un Trône dans le ciel, et Quelqu'un assis sur le trône, et les quatre Animaux, qui étaient des Chérubins, autour du trône, — Chap. IV. — Quand il vit le Livre de vie, que l'Agneau prit, — Chap. V. — Quand il vit les chevaux qui sortaient du Livre, — Chap. VL — Quand il vit Bept anges avec des trompettes,~-Chap, VHL— Quand il vit le puils de l'abîme ouvert, et des sauterelles en sortir, — Chap. IX. — Quand il vil le dragon et son combat contre Michel, —Chap, XII.— Quand il vit deux bêtes montant, l'une de la mer, l'autre de la terre, — Chap. XIII.— Quand il vit une femme assise sur une bêle couleur écorlate, — Chap. XVII ; — et Babylone détruite, — Chap. XVIIL — Quand il vit un Ciel nouveau et une Terre nouvelle, el ta Sainte Jérusalem descendant du Ciel,— Chap. XXI ;— et quand il vit un neuve d'eau de la vie, — Chap. XXU. — Qu'il ait vu ces choses dans la vision de l'esprit, cela esl dit, — Chap. L M. IV. 2. V. 1. VIL L XXI. i, 2.— Telles ont été les visions qui ont apparu du Ciel devant la vue de leur esprit, et non devant la vue de leur corps. Il n'y a pas de semblables visions aujourd'hui, car s'il y en avait, elles ne seraient pas comprises, parce qu'elles se font par des représentatifs, dont chacun signifie des internes de l'Église et des arcanes du Ciel. Que ces visions

dussent cesser, quand le Seigneur serait venu dans le monde, cela est même prédit par Daniel, — Chap. IX. 2ù. — Quant au* Visions diaboliques, il y en a eu quelquefois; elles étaient introduites par des esprits enthousiastes et visionnaires qui, d'après le délire dans lequel ils sont, s'appelaient l'Esprit Saint Mais maintenant ces esprits ont été rassemblés par le Seigneur, et jetés dans un enfer séparé des enfers des autres. D'après cela, il est évident que personne ne peut être réformé par des visions autres que celles qui sont dans la Parole. 11 y a aussi les Visions pliantastiques, mais celles-ci sont de pures illusions d'un mental abstrait.

134 (bis). Que personne non plus ne soit réformé par des conversations avec les défunts, on le voit par les paroles du Seigneur au sujet du niche dans l'enfer et de Lazare dans le sein d'Abraham; en effet, « le Riche dit : Je te prie, père Abraham, que tu envoies Lazare dans la maison de mon père, — car j'ai cinq frères, — afin qu'il leur atteste cela, de peur qu'eux aussi ne viennent dans ce lieu de tourment. Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les Prophètes, qu'ils les écoutent. Or, celui-ci dit : Non, père Abraham, mais si quelqu'un des morts vient vers eux, ils feront pénitence. Il lui répondit : Si Moïse et les Prophètes ils n'écoutent point, lors même que quelqu'un des morts ressusciterait, ils ne seront point non plus persuadés. »— Luc, XVI. 27 à 31. — La conversation avec les morts produirait lo même effet que les miracles, dont il vient d'être parlé, h savoir, que l'homme serait persuadé et serait contraint au culte pendant un peu de temps; mais comme cela prive l'homme de la rationalité, el renferme en même temps les maux, ainsi qu'il a élé dit cidessus, celte fascination ou lien interne se rompt, et les maux renfermés font irruption avec le blasphème et la profanation : mai3 cela arrive seulement quand les esprits introduisent quelque point dogmatique de religion; ce qui n'est jamais fait par aucun bon esprit, ni à plus forte raison par aucun ange du ciel.

135. Néanmoins il est donné de parler avec les esprits, mais rarement avec les anges du ciel, et cela a été donné ù plusieurs dans les siècles passés; quand cela est donné, les esprits parlent avec l'homme dans sa langue naturelle, mais seulement en peu

de mois : toutefois, ceux qui parlent par permission du Seigneur ne disent et n'enseignent jamais rien qui enlève le libre de la raison; car le Seigneur seul enseigne l'homme, mais médiatement par la Parole dans l'illustration, dont il sera parlé dans la suite : que cela soit ainsi, c'est ce qu'il m'a été donné de savoir par ma propre expérience; car, depuis plusieurs années jusqu'à présent, j'ai parlé avec des esprits et avec des Anges, et aucun esprit n'a osé, ni aucun ange n'a voulu me rien dire, ni à plus forte raison m'inslruire sur aucune chose de la Parole, ou sur aucun doctrinal d'après la Parole, mais le Seigneur seul, — qui s'est révélé à moi, et a ensuite continuellement apparu et apparaît devant mes yeux comme Soleil, dans lequel il est Lui-Même, ainsi qu'il apparaît aux anges, — m'a instruit et m'a illustré.

136. 111. Personne n'est réformé par les menaces, ni par les clidtimcnts, parce qu'ils contraignent. On sait que l'externe ne peut pas contraindre l'interne, mais que l'interne peut contraindra l'externe; puis, l'on sait que l'interne refuse la contrainte de la part de l'externe à un tel point qu'il se détourne : el l'on sait aussi que les plaisirs externes attirent' l'interne au consentement et à l'amour : on peut même savoir qu'il y a un interne contraint et un interne libre. Mais tontes ces choses, quoiqu'elles soient connues, doivent cependant 6tre illustrées; car il y a un grand nombre de choses qui, dès qu'on les entend, sont aussitôt perçues comme vraies, parce qu'elles le sont, et sont par suite affirmées; mais si elles ne sont pas en même temps confirmées par des raisons, elles peuvent être infirmées par des argumentations provenant d'illusions, et enfin être niées; les choses donc qui viennent d'être présentées comme connues, vont être reprises et confirmées rationnellement. Premièrement : L'externe ne peut pas con~ traindre l'interne, mais l'interne peut contraindre l'externe. Qui est-ce qui peut être contraint à croire el à aimer? Un homme ne peut pas plus être contraint a croire, qu'il ne peut être contraint a penser qu'une chose est ainsi, quand il pense qu'elle n'est pas ainsi; et un homme ne peut pas plus être contraint à aimer, qu'il ne peut être contraint à vouloir ce qu'il ne veut pas ; la foi aussi appartient a la pensée, et l'amour appartient à la volonté : toutefois, l'interne peut être contraint par l'externe à ne point

parler mal contre les lois du royaume, les bonnes mœurs et les choses saintes de l'Église ; l'interne peut y être contraint par des menaces et par des peines, et même il y est contraint et doit y être contraint; mais cet interne n'est pas l'interne proprement humain, c'est l'interne que l'homme a de commun avec les bêles, qui, elles aussi, peuvent Être contraintes; l'interne humain réside au-dessus de cet interne animal : ici il est entendu l'interne humain, qui ne peut pas Être contraint. Secondement : L'interne refuse la contrainte de la part de l'externe à un tel point qu'il se détourne. Cela vient de ce que l'interne veut être dans le libre, et aime le libre; car le libre appartient à l'amour ou à la vie de l'homme, comme il a été montré ci-dessus; lors donc que le libre se sent contraint, il se retire pour ainsi dire en lui-même et se détourne, et il regarde la contrainte comme son ennemie; car l'amour, qui fait la vie de l'homme, s'irrite, et fait que l'homme pense que de celte manière il no s'appartient point, qu'ainsi il ne vit point pour lui. Si l'interne de l'homme est tel, c'est d'après une loi de la Divine Providence du Seigneur, afin que l'homme agisse d'après le libre selon la raison. D'après cela, il est évident qu'il est dangereux de contraindre les hommes au culte Divio par des menaces et par des châtiments. Mais il y en a qui se laissent contraindre à la religion, et il y en a qui ne se laissent pas contraindre; ceux qui se laissent contraindre à la religion sont, en grand nombre, des catholiques- romains; mais cela a lien chez ceux chez qui il n'y a rien d'interne dans le culte, mais où tout est externe : ceux qui ne se laissent pas contraindre sont, en grand nombre, de la nation anglaise, d'où il arrive que l'interne est dans leur culte, et que ce qui est dans l'externe vient de l'interne : les intérieurs de ceux-ci, quant à la religion, apparaissent dans la lumière spirituelle comme des nuées blanches; mais les intérieurs des précédents, quant a la religion, apparaissent dans la lumière du ciel comme des nuées sombres : dans le monde spirituel l'un et l'autre phénomène peut être vu, et qui le veut peut le voir, dès qu'il vient dans ce monde après la mort : en outre, le culte contraint renferme les maux, qui alors sont cachés comme le feu dans du bois sous la cendre, feu qui s'entretient et s'étend continuellement jusqu'à ce qu'il éclate en incen-

die; au contraire, le culte non contraint mais spontané ne renferme point les maux, c'est pourquoi les maux sont comme des feux qui aussitôt s'enflamment et se dissipent. D'après cela, il est Évident que l'interne refuse la contrainte à un tel point qu'il se détourne. Que l'interne puisse contraindre l'externe, c'est parce que l'interne est comme un maître, et que l'externe est comme un serviteur. Troisièmement. Les plaisirs externes attirent l'interne au consentement, et aussi à l'amour. Il y a des plaisirs de deux genres, tes plaisirs de l'enlendement et les plaisirs de la volonté ; les plaisirs de l'entendement sont aussi les plaisirs de la sagesse, et les plaisirs de la volonté sont aussi les plaisirs de l'amour, car la sagesse appartient à l'entendement, et l'amour appartient à la volonté : maintenant, puisque les plaisirs du corps et de ses sens, qui sont les plaisirs externes, font un avec les plaisirs internes qui appartiennent à l'entendement et à la volonté, it s'ensuit que, de mèmè que l'interne refuse la contrainte de la part de l'externe, à un tel point qu'il se détourne, de même il regarde avec gratitude le plaisir dans l'externe, au point qu'il se tourne vers lui; ainsi il y a consentement de la part de l'entendement, et amour de la part de la volonté. Tous les petits enfants dans le monde spirituel sont introduits par le Seigneur dans la sagesse angélique, et par elle dans l'amour céleste par les plaisirs et par les charmes ; d'abord, par de beaux objets dans les maisons et par dès objets charmants dans les jardins, puis par les représentatifs de spirituels qui affectent de volupté les intérieurs de leur mental, et enfin par les vrais de la sagesse et de même parles biens de l'amour; ainsi, continuellement par les plaisirs dans leur ordre, d'abord par les plaisirs de l'amour de l'entendement et de sa sagesse, et enfin par les plaisirs de l'amour de la volonté, qui devient l'amour de leur vie, sous lequel sont tenues subordonnées toutes les autres choses qui sont entrées par les plaisirs. Cela a lieu, parce que tout ce qui appartient à l'entendement et à la volonté doit être formé par l'externe avant d'être formé par l'interne; car tout ce qui appartient à l'entendement et à la volonté est d'abord formé par les choses qui entrent par les sens du corps, surtout par la vue et par l'ouïe : mais quand le premier entendement et la première volonté ont été formés, l'interne de la pensée regarde ces choses comme

des externes de sa pensée, et alors on il se conjoint avec elles, ou il s'en sépare; il se conjoint avec elles si ce sont des plaisirs, et il s'en répare si ce ne sont pas des plaisirs. Toutefois, il faut qu'on sache bien que l'interne de l'entendement ne se conjoint pas avec l'interne de la volonté, mais que l'interne de la volonté se conjoint avec l'interne de l'entendement, et fait qu'il y a une conjonction réciproque, laquelle, cependant, est formée par l'interne de la volonté, et nullement par l'interne de l'entendement. De là vient que l'homme ne peut pas être réformé par la foi seule, mais qu'il peut l'être par l'amour de la volonté, lequel forme pour lui la foi. Quatrièmement. Ityaim interne contraint et un interne libre. Il y a interne contraint chez ceux qui sont dans le seul culte externe, sans qu'il y ait aucun culte interne; car leur interne consiste à penser et S vouloir ce à quoi l'externe est contraint ; ceux-ci sont ceux qui sont dans le culte des hommes vivants et des hommes morts, et par suite dans le culte des idoles, et dans la foi des miracles; chez eux il n'y a d'antre interne que ce qui est en même temps externe. Mais chez ceux qui sont dans l'interne du culte, il y a un interne contraint, soit par la crainte, soit par l'amour; l'interne contraint par la crainte est chez ceux qui sont dans le culte par crainte du tourment de l'enfer et de son feu; mais cet interne n'est point l'interne de la pensée, dont il vient d'être parlé, c'est l'externe de la pensée qui ici est appelé interne parce qu'il appartient à la pensée ; l'interne de la pensée, dont il vient d'être parlé, ne peut être contraint par aucune crainte; mais il peut être contraint par l'amour et par crainte de perdre l'amour; la crainte de Dieu, dans le sens réel, n'est point autre chose; être contraint par l'amour et par crainte de perdre l'amour, c'est se contraindre soimême; que se contraindre soi-même ce ne soit ni contre la liberté ni contre la rationalité, c'est ce qu'on verra dans la suite.

137. D'après cela, on peut voir quel est le culte contraint, et quel est le culte non contraint : Le culte contraint est un culte corporel, inanimé, obscur et triste; corporel, parce qu'il appartient au corps et non au mental; inanimé, parce qu'il n'y a pas en lui la vie; obscur, parce qu'il n'y a pas en lui l'entendement; et triste, parce qu'il n'y a pas en lui le plaisir du Ciel. Mais le ™itc non contraint, lorsqu'il est réel, est un culte spirituel, vi-

vant, lucide et gai; spirituel, parce qu'en lui il y a par le Seigneur 1'espril; vivant, parce qu'en lui il y a par le Seigneur la vie; lucide, parce qu'en lui il y a par le Seigneur la sagesse; et gai, parce qu'en lui il y a par le Seigneur le ciel.

138. IV. Personne n'est réformé dans les étals de non-rationalité cl de non-liberté. 11 a été montré ci-dessus que rien n'est approprié à l'homme, sinon ce qu'il fait lui-même d'après le libre selon la raison; et cela, parce que le libre appartient à la volonté et la raison à l'entendement, et que quand l'homme agit d'après le libre selon la raison, il agit d'après la volonté au moyen de son entendement, et que ce qui est fait dans la conjonction de l'un et de l'autre lut est approprié. Maintenant, comme le Seigneur veut que l'homme soit réformé et régénéré, afin qu'il ait la vie éternelle ou la vie du Ciel, et que personne ne peut être réformé et régénéré si le bien n'est pas approprié à sa volonté pour être comme à lui, et si le vrai n'est pas approprié à son entendement pour Être aussi comme a lui, et comme rien ne peut être approprié à quelqu'un que ce qui est fait d'après le libre de la volonté selon la raison de l'entendement, il s'ensuit que personne n'est réformé dans les états de non-liberté et de non-rationalité. H y a plusieurs états de non-liberté et de non-rationalité; mais ils peuvent se rapporter en général à ceux-ci : États de crainte, d'infortune, de maladie de l'esprit (animus), de maladie du corps, d'ignorance, et d'aveuglement de l'entendement. 11 va être dit quelque chose sur chacun de ces étals en particulier.

139. Que personne ne soit réformé dans I'État de crainte, c'est parce que la crainte ôte le libre et la raison, ou la liberté et la rationalité; en effet, l'amour ouvre les intérieurs du mental, mais la crainte les ferme ; et quand ils ont été fermés, l'homme pense peu de choses, et seulement celles qui s'offrent alors à l'esprit (animus) et aux sens : telles sont toutes tes craintes qui s'emparent de Y animas. Qu'il y ait chez l'homme un interne de la pensée et un externe de ia pensée, cela a été montré ci-dessus : la crainte ne peut jamais s'emparer de l'interne de la pensée, cet interne est toujours dans le libre, parce qu'il est dans l'amour de sa vie; mais elle peut s'emparer de l'externe de la pensée.et quand elle s'en empare, l'interne de la pensée est fermé ; lorsqu'il a été

fermé, l'homme ne peut plus agir d'après le libre selon sa raison, ni par conséquent cire réformé. La crainte, qui s'empare de l'externe de la pensée et ferme l'interne, est principalement la crainte de la perle de l'honneur OU du gain; mais la crainte des peines civiles et des peines ecclésiastiques externes ne ferme point, parce que ces lois prononcent seulement des peines pour ceux qui parlent et agissent contre les choses civiles du royaume et les choses spirituelles de l'Église, mais non pour ceux qui pensent contre ces choses. La crainte des peines infernales s'empare, il est vrai, de l'externe de la pensée, mais seulement pour quelques moments, quelques heures, ou quelques jours, et cet interne esL bientôt remis dans son libre d'après l'interne de la pensée, qui appartient proprement à son esprit et à l'amour de sa vie, et esl appelé pensée du cœur. Mais la crainte de la perte de l'honneur et du gain s'empare de l'externe de la pensée de l'homme, et quand elle s'en empare, elle ferme l'interne de la pensée par en haut a l'influx du ciel, et fait que l'homme ne peut être réformé : la raison de cela, c'est que l'amour de la vie de choque homme est par naissance l'amour de soi et du monde; or, l'amour de soi fait un avec l'amour de l'honneur, et l'amour du monde fait un avec l'amour du gain; c'est pourquoi, quand l'homme esl dans l'honneur ou dans le gain, craignant de les perdre, il confirme chez lui les moyens qui lui servent pour l'honneur et pour le gaiD, et qui sont tant civils qu'ecclésiastiques, appartenant les uns et les autres au Gouvernement; c'est ce que fait pareillement celui qui n'est pas encore dans l'honneur ou le gain, s'il y aspire; mais c'est par la crainte de la perte de la réputation qui procure honneur ou gain. Il est dit que cette crainte s'empare de l'externe de la pensée, et ferme l'interne par en haut à l'influx du Ciel; cet interne est dit fermé quand il fait absolument un avec l'externe, car alors il n'est pas en soi, mais il esl dans l'externe. Mais comme les amours de soi et du monde sont des amours infernaux et les sources de tous les maux, on voit clairement quel est en soi l'interne de la pensée chez ceux en qui ces amours sont les amours de la vie, ou en qui régnent ces amours, à savoir, qu'il est plein des convoïlises des maux de tout genre. C'est ce que ne savent pas ceux qui, par la crainte de la perte de la dignité et de l'opulence, sont dans une

forte persuasion sur la religiosité dans laquelle ils vivent, principalement dans la religiosité d'après laquelle ils sont adorés comme des déilés, et en même temps comme des plu ton S dans l'enfer; ceux-ci peuvent être comme embrasés de zèle pour le salut des âmes, et cela cependant par un feu infernal. Comme cette crainte enlevé principalement la Rationalité même et la Liberté même, qui sont célestes par origine, 11 est évident qu'elle s'oppose à ce que l'homme puisse être réformé.

110. Que nul homme ne soit réformé dans I'État d'hifortehe, si alors seulement il pense à Dieu et implore du secours, c'est parce qu'il y a état contraint; c'est pourquoi, lorsqu'il vient dans l'état libre, il rentre dans l'état précédent où il pensait peu a Dieu, si toutefois il y pensait : il en est autrement de ceux qui auparavant, dans l'état libre, avaient craint Dieu. Par craindre Dieu, il est entendu craindre de l'offenser; or, craindre de l'offenser, c'est craindre de pécher; et cela n'est point de la crainte, mais c'est de l'amour; celui qui aime quelqu'un ne craint-il pas de lui faire du mat? et plus il l'aime, plus il craint cela; sans cette crainte l'amour est insipide et superficiel, appartenant à la pensée seule et en aucune manière à la volonté. Par les étals d'infortune sont entendus les états de désespoir produit par les dangers, par exemple, dans les combats, les duels, les naufrages, les chutes, tes Incendies, ta perte imminente on inopinée des richesses, de la fonction et par conséquent de l'honneur, et dans d'autres cas semblables : penser à Dieu dans ces circonstances seulement, c'est y penser non d'après Dieu, mais d'après soi-même; en effet, le mental est alors comme incarcéré dans le corps, ainsi il n'est point dans la liberté, et par suite il n'est pas non ptus dans la rationalité, sans lesquelles il n'y a point de réformalion.

111. Que personne ne soit réformé dans I'État de maladie de l'esprit (animus), c'est parce que la maladie de Pesprit (aahnus) enlève la rationalité, et par suite le libre d'agir selon la raison ; car le mental est malade et non sain, et le mental sain est rationnel, mais non le menlal malade. Ces maladies sont les mélancolies, les consciences bâtardes et fausses, les phantaisies de divers genre, les douleurs de l'esprit (animus) produites par les infortunes, les anxiétés et les angoisses du mental que cause

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un vice du corps, lesquelles sont prises quelquefois pour des tentations, mais n'en sont point, parce que les tentations réelles ont pour objets des spirituels, et en elles le mental a de la sagesse, mais celles-ci ont pour objets des naturels, et en elles le mental est insensé.

142. Que personne ne soit réformé dans I'état de maladie do corps, c'est parce qu'alors la raison n'est pas dans l'état libre, car l'état du mental dépend de l'état du corps; quand le corps est malade, le mental aussi est malade, quand ce ne serait que parce qu'il est éloigné du monde, car le mental éloigné du monde pense, il est vrai, à Dieu, mais ce n'est point d'après Dieu, car il n'est pas dans le libre de la raison ; chez l'homme le libre de la raison vient de ce qu'il est dans le milieu entre le ciel et le monde, et qn'il peut penser d'après le ciel et d'après le monde, et aussi d'après le ciel au monde, et d'après le monde au ciel : quand donc l'homme est malade, et qu'il pense à la mort, et à l'état de son ame après la mort, il n'est pas dans le monde, et il est abstrait par l'esprit; dans cet état seul personne ne peut être réformé; mais on peut être confirmé, si avant de tomber malade on a été réformé. Il en est de même de ceux qui renoncent au monde et a toutes les affaires du monde, et ne s'occupent qu'à penser à Dieu, au ciel et au salut ; mais sur ce sujet il en sera dit davantage ail' leurs. C'est pourquoi, si ces mêmes hommes n'ont pas été réformes avant la maladie, ils deviennent après elle, s'ils meurent, tels qu'ib avaient été auparavant; c'est donc s'abuser de penser que quelques hommes peuvent Taire pénitence, ou recevoir quelque foi dans les maladies, car il n'y a rien de l'acte dans cette pénitence, ni rien de la charité dans celte foi ; c'est pourquoi dans l'une et dans l'autre, tout appartient à la bouche et rien au cœur.

1Ù3. Que personne ne soit réformé dans I'État d'ignorance, c'est parce que toute réformation se fait par les vrais et par la vie selon Ic3 vrais; ceux donc qui ne connaissent pas les vrais ne pouvent être réformés : mais s'ils désirent les vrais par affection pour les vrais, ils sont réformés dans le monde spirituel après la mort.

144- Ceux qui sont dans I'État d'aveoglement de l'entendement ne peuvent pas non plus être réformés : eux aussi no connaissent pas les vrais, ni la vie selon les vrais, car l'entcniic- 10*.

ment doit les enseigner, el la volonté doit les faire ; et quand la volonté fait ce que l'entendement enseigne, on vit alors selon les vrais; mais quand l'entendement a été aveuglé, la volonté aussi a été bouchée; et on ne fait, d'après le libre selon la raison, que le mal confirmé dans l'entendement, qui est le faux. Outre l'ignorance, ce qui aveugle aussi l'entendement, c'est la religion qui enseigne une foi aveugle; puis c'est la doctrine du faux; car de même que les vrais ouvrent l'entendement, de même les faux le ferment; ils le ferment par le haut, mais ils rouvrent par le bas, et l'entendement ouvert seulement en bas ne peut pas voir les vrais, il peut seulement confirmer tout ce qu'il veut, principalement le faux. L'entendement est aveuglé aussi par les cupidités du mal; tant que la volonté est en elles, elle pousse l'ealendement à les confirmer, et autant sont confirmées les cupidités du mal, autant la volonté ne peut être dans les affections du bien, ni d'après elles voir les vrais, ni par conséquent être réformée. Soit pour exemple celui qui est dans la cupidité de l'adultère; sa volonté, qui est dans le plaisir de son amour, pousse son entendement a confirmer l'adultère, en disant :« Qu'est-ce que l'adultère! Quel mal y a-t-il en lui? N'est-ce pas de même qu'entre un mari et son épouse? De l'adultère ne peut-il pas naître également des enfants ï La femme ne peut-elle pas sans dommage admettre plusieurs hommes? Qu'est-ce que le spirituel a de commun avec celaî» Ainsi pense l'entendement qui alors est la prostituée de la volonté, et est devenu si stupide par ce commerce illicite avec la volonté, qu'il ne peut voir. que l'amour conjugal est l'amour spirituel-céleste même, qui est l'image de l'amour du Seigneur et de l'Église, d'où il est même dérivé, et qu'ainsi en soi il est saint, la chasteté même, la pureté même et l'innocence même ; qu'il fait que les hommes sont des amours dans la forme, car les époux peuvent s'aimer mutuellement par les intimes, et ainsi se former en amour ; que l'adultère détruit cette forme, et avec elle l'image du Seigneur; el que, ce qui est horrible, l'adultère mêle sa vie avec la rie du mari dans l'épouse de cclui-ei, car dans la semence est la vie de l'homme : et comme cela est profane, l'enfer par conséquent est appelé adultère, et au contraire le Ciel est appelé mariage : l'amour de l'adultère communique même avec l'enfer le plus pra~

fond, el l'amour vraiment conjugal avec le Ciel in lime; les membres de la génération dans l'un et l'autre sexe correspondent aussi aux sociétés duCiel intime. Ces détails ont été rapportés, afin qu'on sache combien l'entendement a été aveuglé quand la volonté est dans la cupidité du mal ; et que dans l'état d'aveuglement de l'entendement personne ne peut être réformé.

1Ù5. V. 5e contraindre soi-même n'est ni contre la rationalité, ni contre la liberté. 11 a déjà été montré qu'il y a chez l'homme un interne de la pensée elun externe de la pensée; qu'ils sont distincts comme l'antérieur el le postérieur, ou comme le supérieur et l'inférieur; et que, comme ils sont ainsi distincts, ils peuvent agir séparément et agir conjointement; ils agissent séparément quand l'homme, par l'externe de sa pensée, parle el fuit autrement qu'il ne pense et ne veut intérieurement ; et ils agissent conjointement quand il parle et fait ce qu'il pense et veut intérieurement; cette conduite-ci est commune chez les sincères, et l'autre chei les non-sincères. Or, puisque l'interne et l'externe du mental sont ainsi distincts, l'interne peut aussi combattre conlre l'externe, et par ce combat le forcer au consentement : le combat a lieu quand l'homme pense que les maux sont des péchés, et qu'en conséquence il veut y renoncer; car lorsqu'il y renonce la porte s'ouvre, el dès qu'elle a été ouverte, les convoitises du mal qui obsédaient l'interne de la pensée sont chassées par le Seigneur, et à leur place sont implantées les affections du bien; cela a lieu dans l'interne de la pensée : mais comme les plaisirs des convoitises du mal, qui obsèdent l'externe de la pensée, ne peuvent pas être chassés en même temps, voilà pourqui il y a combat entre l'interne et l'externe de la pensée; l'interne veut chasser ces plaisirs, parce qu'ils sont les plaisirs du mal, et qu'ils ne concordent pas avec les affections dubien dans lesquelles est à présent l'interne, et à la place des plaisirs du mal il veut meltre les plaisirs du bien qui concordent; ce sont les plaisirs du bien qui sont appelés biens de la charité. Par cette contrariété commence le combat qui, s'il devient plus grave, est appelé tentation. Maintenant, comme l'homme est homme par l'interne de sa pensée, car cet interne est l'esprit même de l'homme, on voit que l'homme se contraint lui-même, quand il contraint l'externe de sa pensée au

consentement, ou à recevoir les plaisirs de ses affections,; qui sont les biens de la charité. Que cela ne soit ni contre.k rationalité ni contre la liberté, mais que ce soit selon elles, on te voit clairement, car la rationalité fait ce combat, et la liberté l'exécute ; la liberté elle-même, avec la rationalité, réside même dans l'homme interne, et par lui dans l'externe. Quand donc l'interne est vainqueur, ce qui arrive quand l'interne a réduit l'externe au consentement et à l'obéissance, la Liberté même et la Rationalité même Boni données à l'homme parle Seigneur; car alors par le Seigneur l'homme est retiré du libre infernal, qui en soi est le servile, et il est mis dans le libre céleste, qui en boî est le libre même, et il y a pour lui consociation avec les anges. Que ceux qui sont dans les péchés soient esclaves, et que le Seigneur rende libres ceux qui, par la Parole, reçoivent de Lui la vérité, c'est ce que Lui-Même enseigne dans Jean, — VUL 31 à 36.

1Ù6, Soit un exemple pour illustration : On homme avait perçu le plaisir dans les fraudes et dans les vols clandestins, mais il voit et reconnaît intérieurement que ce sont des péchés, et en conséquence il veut y renoncer ; quand il y renonce, le combat de l'homme interne contre l'homme externe commence ; l'homme interne est dans l'affection de la sincérité, mais l'homme externe est encore dans le plaisir de la fraude; ce plaisir étant absolument opposé au plaisir de la sincérité ne se retire pas, à moins qu'il ne soit contraint, et il ne peut être contraint que par un combat ; et alorequand l'homme interne est vainqueur, l'homme externe vient dans le plaisir de l'amour du sincère, qui est la charité; plus lard, le plaisir de la fraude devient peu a peu un déplaisir pour lui. 11 en est de même de tous les autres péchés, tels que les adultères et les scorlalions, les vengeances et les haines, les blasphèmes et les mensonges. Mais le combat le plus difficile de tous est le combat contre l'amour de dominer d'après l'amour de soi ; celui qui subjugue cet amour subjugue facilement tous les autres amours mauvais, parce que cet amour en est la tête.

1A7. 11 sera dit aussi, en peu de mots, comment le Seigneur chasse les convoitises du mal qui assiègent l'homme interne dès la naissance, et met a leur place les affections du bien, quand l'homme éloigne comme par lai-mime les maux comme péchés :

Il a déjà été montré qu'il y a chez l'homme un mental naturel, un mental spirituel, et un mental céleste ; que l'homme est dans le seul mental naturel, tant qu'il est dans les convoitises du mal et dans leurs plaisirs, et que pendant tout ce temps le mental spirituel a été fermé; mais aussitôt que l'homme, après examen, reconnaît les maux comme péchés contre Dieu, parce qu'ils sont contre les lois divines, et veut par conséquent y renoncer, le Seigneur ouvre le mental spirituel, et entre dans le mental naturel par les affections du vrai et du bien, et aussi dans le rationnel, et d'après ce rationnel il dispose en ordre les choses qui plus lias dans le naturel sont contre l'ordre : c'est là ce qui apparaît à l'homme comme un combat; et, chez ceux qui se sont beaucoup abandonnés aux plaisirs du mal, comme une tentation ; car il y a douleur dans l'esprit (animas), quand l'ordre de ses pensées est changé. Maintenant, puisqu'il y a combat contre les choses qui sont dans l'homme même et que l'homme sent comme siennes, et que personne ne peut combattre contre soi-même que d'après ce qui est intérieur à soi et d'après le libre qui est là, il s'ensuit que l'homme interne combat alors contre l'homme externe, et d'après le libre, et qu'il contraint l'externe à l'obéissance; c'est donc là se contraindre soi-même : que ce ne soit ni contre la liberté ni contre la rationalité, mais que ce soit conformément à ces deux facultés, cela est évident.

148. Outre cela, tout homme veut être libre, et éloigner de soi le non-libre ou le servile; tout enfant qui est sous un maître veut être indépendant (suijuris) et par conséquent libre; pareillement tout serviteur sous son maître, et toute servante sous sa maîtresse ; toute jeune fille veut sortir de la maison de son père et se marier, afin d'agir librement dans sa propre maison; tout jeune homme qui veut travailler, commercer, ou remplir quelque emploi, tant qu'il est subordonné à d'autres, veut se soustraire à leur autorité, afin de se conduire à sa guise: tous ceux qui servent de leur propre mouvement pour arriver à la liberté se contraignent eux-mêmes; et quand ils se contraignent eux-mêmes ils agissent d'après lu libre selon la raison, mais d'après le libre intérieur, par lequel le libre extérieur est regardé comme le servile. Ceci a été rapporté pour confirmer que se contraindre soi-même, ce n'est ni contre la rationalité ni contre la liberté.

1Ù9. Si riiommejne déaire pas passer, pareillement delà servitude spirituelle danarla;llberté ; spiriu»llei il y a pour première raison, qu'il ne sait pas ce que o'eal que Je servile.spiritucl, ni ce que c'est que le libre spirituel; il n'a pas les vrais qui en instruisent, et sans les vrais on croit que le servile spirituel est le libre, et que le libre spirituel est le servile. Une seconde raison, c'est que la religion du Monde Chrétien a fermé l'entendement, et que la foi seule l'a scellé, car l'une et l'autre a posé autour de soi, comme un mur de fer, ce dogme que les choses théologiques sont transcendantes, que par conséquent elles ne peuvent être abordées par aucune rationalité, et qu'elles sont pour les aveugles et non pour ceux qui voient; par là ont été cachés les vrais qui enseigneraient ce que c'est que la liberté spirituelle. Une troisième raison, c'est que peu d'hommes s'examinent et voient leurs péchés, et celui qui ne les voit pas et n'y renonce pas, est dans le libre de ses péchés, qui est le libre infernal, en soi le servile; et parce libre voir le libre céleste, qui est le libre même, c'est comme dans un brouillard voir le jour, et sous une nuée noire ce qui par le soleil est au-dessus. De la vient qu'on ignore ce que c'est que le libre céleste, et que la différence entre ce libre et le libre infernal est comme la différence entre ce qui est vivant et ce qui est mort,

150. VI. L'homme Externe doit être réforvié par l'homme Interne, et non vice versa. Par l'homme interne et par l'homme externe il est entendu la mémo chose que par l'interne et par l'externe de la pensée, dont il a été parlé déjà très-souvent. Si l'externe est réformé par l'interne, c'est que l'interne inûue dans l'externe, et non vice versd. Qu'il y ait un influx du spirituel dans le naturel, et non vice versâ, cela est connu dans le monde savant; et que l'homme interne doive d'abord Être purifié et innové, el par lui l'homme externe, cela est connu dans l'Église; si cela est connu, c'est parce que le Seigneur et la raison le dictent; le Seigneur l'enseigne par ces paroles : a Malheur à vous, hypocrites! parce que vous nettoyez le dclwrs de la coupe et du plat, mais en dedans ils sont pleins de rapine et d'intempérance. Pharisien aveugle, nettoie premièrement l'intérieur de ta coupe et du plat, afin qu'aussi l'extérieur devienne net. o — Mattii. XXIiL 25, 26 : — que la raison le dicte, cela a été montré en beaucoup d'endroits

sur la divihe providence:. 119 dans le Traité du Divin Amour et de la Divise Sagesse. .En effet, ce que le Seigneur enseigne, il donne aussi à l'homme de le percevoir par la raison; et cela, de déni manières; l'une, en ce qu'il voit en soi que la chose est ainsi dès qu'il l'entend; l'autre, en ce qu'il comprend cela par des raisons. Voir en soi, c'est dans son homme interne ; et comprendre par des raisons, c'est dans l'homme externe : qui est-ce qui ne voit pas en soi, en l'entendant, que l'homme interne doit d'abord Être purifié, et par lui l'homme externe? Mais celui qui ne reçoit pas de l'influx du ciel une idée commune sur ce sujet peut être abusé, quand il consulte l'externe de sa pensée; d'après cet externe seul on ne voit autre chose, sinon que les œuvres externes, qui appartiennent à la charité étala piété, sauvent sans les internes; il en est de même pour les autres choses; par exemple, que la vue et l'ouïe influent dans la pensée, l'odeur et le goût dans la perception, ainsi l'externe dans l'interne, lorsque cependant c'est le contraire ; si les choses vues et entendues paraissent influer dans la pensée, c'est une illusion; car l'entendement voit dans l'œil et entend dans l'oreille, et non vice versâ : il en est de même pour le reste.

151. Mais ici il sera dit, en quelques mots, comment l'homme interne est réformé, et par lui l'homme externe : L'homme interne n'est pas réformé par seulement savoir, comprendre et être sage, ni par conséquent par penser seulement; mais il l'est par vouloir ce que la science, l'intelligence et la sagesse enseignent; quand l'homme sait, comprend et a pour sagesse qu'il y a un Ciel et un Enfer, que tout mal vient de l'Enfer, et que tout bien vient du Ciel, si alors il ne veut pas le mal parce qu'il vient de l'Enfer, et veut le bien parce qu'il vient du ciel, il est dans le premier degré de la réformation, et au seuil de l'Enfer vers le Ciel : quand l'homme s'avance davantage, et veut renoncer aux maux, il est dans le second degré de la réformation, et alors hors de l'Enfer, mais non encore dans le Ciel, il le voit au-dessus de lui : ce sera là l'interne, afin que l'homme soit réformé; mais si l'un et l'autre, tant l'externe que l'interne, n'est pas réformé, l'homme n'a pas été réformé ; l'externe est réformé par l'interne, quand l'externe renonce aux maux que l'interne ne veut pas parce qu'ils sont infernaux, et plus encore quand, en raison de cela, il les fuit et

combat contre eux ; ainsi, l'interne est le vouloir, et l'externe est le faire, car à moins que quelqu'un ne fasse ce qu'il veut, i! y a en dedans qu'il ne veut pas, el cela enfin devient le non-vouloir.Parce peu d'explications on peut voir comment l'homme externe est réformé par l'homme interne: c'est là aussi ce qui est entendu parles paroles du Seigneur à Pierre : «Jésus dit : Si je ne te lave pas, tu n'as point de part avec Moi. Pierre lui dit : Seigneur, non mes pieds seulement, mais aussi les mains et la tête. Jésus lui dit : Celui qui a été lavé n'a besoin que d'être lavé quant aux pieds, et il est net tout entier. »— Jean, XIII. 8, 9, 10:— Par l'ablution il est entendu l'ablution spirituelle, qui est la purification des maux ; par laver la tête et les mains il est entendu purifier l'homme interne, et par laver les pieds il est entendu purifier l'homme externe; que l'homme externe doive être purifié après que l'homme interne a été purifié, cela est entendu par a celui qui a été lavé n'a besoin que d'être lavé quant aux pieds; » que toute purification des maux soit faite par le Seigneur, cela est entendu par «si je ne le lave pas, tu n'as point de part avec Moi. » Que chez les Juifs l'ablution ait représenté la purification des maux, et que celle-ci ait été représentée dans h Parole par l'ablution, et que la purification de l'homme naturel ou externe soit signifiée par l'ablution des pieds, c'est ce qui a été montré en beaucoup d'endroits dans les Arcanes Célestes.

152. Puisqu'il y a chez l'homme un interne el un externe, et que l'un et l'autre doit Être réformé pour que l'homme ait été réforme, et puisque personne ne peut être réformé, à moins qu'il ne s'examine, ne voie et ne reconnaisse ses maux, et qu'ensuite il n'y renonce, il s'ensuit qu'il faut examiner non-seulement l'externe, mais aussi l'interne; si l'externe seul est examiné, l'homme ne voit autre chose que ce qu'il a ou n'a pas commis en actualité, par exemple, qu'il n'a point tué, ni commis adultère, ni volé, ni porté faux témoignage, el ainsi du reste; ainsi il examine les maux de son corps et non les maux de son esprit, et cependant les maux de l'esprit doivent être examines, pour qu'on puisse être réformé, car l'homme vit esprit après la mort, et tous les maux qui sont en lui demeurent; or, l'esprit ne peut être examiné que quand l'homme fail attention a ses pensées, el principalement à ses in-

(entions, car les intentions sont les pensées d'après la volonté; là, les maux sont dans ledr origine et dans leur racine, c'est-a-dire, dans leurs convoitises et dans leurs plaisirs ; s'ils ne sont pas vus et ne sont pas reconnus, l'homme est toujours dans les maux, lors même que dans les externes il ne les a pas commis : que penser d'après l'intention, ce soit vouloir et faire, cela est évident par ces paroles du Seigneur : a Quiconque regarde une femme pour ta convoiter a déjà commis adultère avec elle dans son cœur. » — Matin. V. 28.— C'est par un tel examen de l'homme interne, que l'homme externe est essentiellement examiné,

153. J'ai été très-souvent étonné que, quoique tout le monde chrétien connaisse qu'il faut fuir les maux comme péchés, et qu'autrement ils ne sont pas remis, et que si les péchés ne sont pas remis, il n'y a aucune salvation, il y en a cependant a peine un seul entre mille qui le sache ; on s'en est informé dans le Monde spirituel, et cela a été reconnu exact : en effet, chacun dans le Monde chrétien le connaît d'après les prières prononcées devant ceux qui s'approchent de la Sainte Cène, car cela y est dit ouvertement; et cependant quand on leur demande s'ils le savent, ils répondent qu'ils ne le savent pas, et qu'ils ne l'ont pas su; cela vient de ce qu'ils n'y onl point pensé, et que la plupart n'ont pensé qu'à la foi, et à la salvation par elle seule. J'ai aussi été étonné que la foi seule ait tellement bouché les yeux, que ceux qui s'y sont confirmés, quand ils lisent la Parole, n'y voient rien de ce qui y est dit de l'Amour, de la Charité et des Œuvres; c'est comme s'ils avaient avec la foi mis un enduit sur toutes les choses de la Parole, de même que celui qui enduit de vermillon une écriture; d'après cela rien de ce qui est dessous ne se manifeste, et si quelque chose se manifeste, cela est absorbé par la foi, et est dit être la foi.

C'est une Loi de la Divine Providence que r homme soit conduit et enseigné du Ciel par le Seigneur, au moyen de la Parole, de la doctrine et des prédications d'après la Parole, et cela en toute apparence comme par lui-même.

15û. Il est selon l'apparence que l'homme est conduit et enseigné par lui-même, mais la vérité est que l'homme est conduit et

enseigné par le Seigneur seul : ceux qui confirment chez eux l'apparence, et non en même temps la vérité, ne peuvent pas éloigner d'eux les maux comme péchés ; mais ceux qui confirment chez eux l'apparence et en même temps la vérité le peuvent, car les maux comme péchés sont éloignés selon l'apparence par l'homme, et selon la vérité par le Seigneur; ceux-ci peuvent être réformés, mais ceux-là ne le peuvent pas. Ceux qui confirment chez eus l'apparence et non en même temps la vérité sont tous des idolâtres intérieurs, car ils sont des adorateurs d'eux-mêmes et du monde; s'ils n'ont pas de religion, ils deviennent des adorateurs de la nature et ainsi des athées; mais B'ils ont de la religion, ils deviennent des adorateurs d'hommes et en même temps de simulacres. Ce sont ceux-ci qui sont entendus dans le premier précepte du Décalogue, c'est-à-dire, qui adorent d'autres dieux ; mais ceux qui confirment chez eux l'apparence, et en même temps la vérité, deviennent des adorateurs du Seigneur, car le Seigneur les élève hors de leur propre, qui est dans l'apparence, et les conduit dans la lumière, dans laquelle est la vérité, et qui est la vérité ; et il leur donne de percevoir intérieurement qu'ils sont conduits et enseignés non par eux-mêmes, mais par le Seigneur. Le rationnel des uns et des autres peut paraître à plusieurs comme semblable, mais il est bien différent ; le rationnel de ceux qui sont dans l'apparence et en même temps dans la vérité esl un rationnel spirituel; mais le rationnel de ceux qui sont dans l'apparence et non en même temps dans la vérité est un rationnel naturel ; ce rationnel-ci peut être comparé à un jardin tel qu'il est dans la lumière de l'hiver, mais le rationnel spirituel peut être comparé à un jardin tel qu'il est dans la lumière du printemps. Du reste, plusieurs détails vont être donnés sur ce sujet, dans l'ordre suivant : L L'homme est conduit et enseigné par le Seigneur seul. II. L'homme est conduit et enseigné par le Seigneur seul, au moyen du Ciel angélique et de ce Ciel. III. L'homme esl conduit par le Seigneur au moyen de l'influx, et enseigné au majen de l'illustration, IV. L'homme est enseigné par le Seigneur au moyen de la Parole, de la doctrine et des prédications d'après la Parole, et ainsi immédiatement par le Seigneur, seul. V. L'homme est conduit et enseigné par le Seigneur dans les externes en toute apparence comme par lui-même.

" Î55. I. L'homme est conduit et enseigné par le Seigneur seul. Cela découle, comme conséquence universelle, de loul ce qui a éb&nontré dans le Traité du Divin Auour et de la Divine SadfeàïE, lant sur le Divin Amour du Seigneur et sur sa Divine Sagesse dans la première Partie, que sur le Soleil du Monde spirituel et le Soleil du Monde naturel dans la seconde Partie; puis aussi aur.les Degrés dans la troisième Partie, sur la Création de l'univers dans la quatrième Partie, et sur la Création de l'homme dans la cinquième Partie.

156. Si l'homme est conduit et enseigné par le Seigneur seul, c'est parce qu'il vit par le Seigneur seul, car la volonté de sa vie est conduite, et l'entendement de sa vie est enseigné; mais cela est contre l'apparence, car il semble à l'homme qu'il vit par luimême, et cependant la vérité est qu'il vit par le Seigneur et non par lui-même : or, comme l'homme, tant qu'il est dans le monde, ne peut pas avoir la perception de la sensation qu'il vil par le Seigneur seul, puisque l'apparence qu'il vit par lui-même ne lui est point ûtée, car sans elle l'homme n'est point homme, cela doit donc être prouvé par des raisons, qui ensuite seront confirmées par l'expérience, et enfin par la Parole.

157. Que l'homme vive parle Seigneur seul et non par lui-même, cela sera prouvé par ces raisons : Qu'il y a une unique essence, une unique substance et une unique forme, dont proviennent toutes les essences, toutes les substances et toutes les formes qui ont été créées; que cette unique essence, substance et forme, est le Divin Amour et la Divine Sagesse, dont proviennent toutes les choses qui, chez l'homme, se réfèrent a l'amour et à la sagesse; qu'elle est aussi le Bien même et le Vrai même, auxquels toutes choses se réfèrent ; et que c'est là la vie, de laquelle vient la vie de toutes choses et toutes les choses de la vie; puis aussi, que l'Unique et le Soi-Même est Tout-Présent, Toul-Sachant et Tout- Puissant ; et que cet Unique et ce Soi-Mème, c'est le Seigneur de toute éternité ou JéhovaL Premièrement. Il y a une unique essence, une unique substance et une unique forme, Aonl proviennent toutes les essences, toutes les substances et toutes les formes qui ont été créées ; Dans le Traité sur le Divin Amour et la Divine Sagesse, N™ ItU à ù6, et dans' la seconde Partie du

même Ouvrage, il a été montré, que le Soleil du Ciel angélique, qui provient du Seigneur, et dans lequel est le Seigneur, est cette unique substance et forme, d'après laquelle sont toutes les choses qui ont été créées, et qu'il n'y a et ne peut y avoir rien qui ne soit d'après ce Soleil : que toutes choses en proviennent par deç dérivations selon les degrés, celay a étédémontré dans la troisième Partie. Qui est-ce qui, d'après la raison, ne perçoit pas et ne reconnaît pas qu'il y a une unique essence dont provient toute essence, ou un unique Être dont provient lout êlreïQuelle chose peut exister sans élreî et qu'est-ce que c'est que l'être dont provient tout être, si ce n'est l'Être même? et ce qui est l'Être même est aussi l'unique Être, et l'Être en soi. Puisque cela est ainsi, el que chacun le perçoit et le reconnaît d'après la raison, et, sinon, peut le percevoir et le reconnaître, qu'en résulte-t-il alors autre chose, si ce n'est que cet Être qui est le Divin même, c'est-à-dire, Jéhovan, est le tout de toutes les choses qui sont et existent? Il en est de même si l'on dit qu'il y a une unique substance dont proviennent toutes choses; et comme une substance sans une forme n'est rien, il s'ensuit aussi qu'il y a une unique forme dont proviennent toutes choses. Que le Soleil du Ciel angélique soit celle unique substance et cette unique forme ; puis aussi comment cette essence, celte substance et celte forme sont variées dans les choses créées, c'est ce qui a été démontré dans le Traité ci-dessus mentionné. Secondement. Cette unique essence, substance et forme, est te Divin Amour et la Divine Sagesse, dont proviennent toutes les choses qui, chez l'homme, se réfèrent à l'amour et à la sagesse : Cela a été aussi montré complètement dans le Traité sur le Divin Amour et la Divine Sagesse. Toutes les choses, qui chez l'homme paraissent vivre, se réfèrent à la volonté el à l'entendement chez lui, et chacun d'après la raison perçoit et reconnaît que ces deux font la vie de l'homme; el la vie, qu'est-elle autre chose que je veux cela ou je comprends cela, ou bien, j'aime cela ou je pense celaî et puisque l'homme veut ce qu'il aime, et pense ce qu'il comprend, toutes les choses de la volonté se réfèrent donc à l'amour, et taules celles de l'entendement à la sagesse; et comme ces deux-ci ne peuvent pas exister chez quelqu'un par lui-même, et ne peuvent exister que par Celui qui est l'Amour Mémo et la Sagesse Même, il

s'ensuit que cela vient du Seigneur de toute éternité ou de Jéhovali ; si cela n'en venait point, l'homme serait l'amour même et la sagesse même, par conséquent Dieu de toute éternité, ce que la raison humaine elle-même rejette avec horreur. Est-ce que quelque chose peut exister, si ce n'est par un antérieur à soi? et cet antérieur, peut-il exister si ce n'est eocore par un antérieur à soi ; et ainsi de suite jusqu'à un premier, qui est en Soiî Troisièmement. Pareillement, elle est te Bien même et le Vrai menu; auxquels toutes choses se réfèrent : Il est reçu et reconnu par tout homme qui a de la raison, que Dieu est le Bien même et le Vrai même, et que tout bien el tout vrai viennent de Lui ; que par conséquent aussi tout bien et tout vrai ne peuvent venir d'ailleurs que du Bien même et du Vrai même; ces propositions sont reconnues par tout homme raisonnable dés qu'elles sont énoncées : quand ensuite il est dit que le tout de la volonté et de l'entendement, ou le tout de l'amour et de la sagesse, ou le tout de l'affection et de la pensée, chez l'homme qui est conduit par le Seigneur, se référé au bien et au vrai, il s'ensuit que tout ce que cet homme veut et comprend, ou qu'il aime et goûte, ou dont il est affecté et qu'il pense, vient du Seigneur : c'est de la que, dans l'Église, chacun sait que tout bien et tout vrai de l'homme n'est en soi ni le bien ni le vrai; mais que cela seul qui vient du Seigneur est le bien et le vrai. Comme ces choses sont la vérité, il s'ensuit que tout ce qu'un tel homme veut et pense vient du Seigneur. Que tout homme méchant ne puisse pas non plus vouloir ni penser d'après une autre origine, on le verra dans ce qui suit. Quatrièmement. C'est là la vie, de taquetle vient la vie de toutes choses et toutes tes choses de la vie : Cela a été montré en plusieurs endroits dans le Traité sur le Divin Amour et la Divine Sagesse. La raison humaine, dès qu'elle l'entend dire, reçoit aussi et reconnaît que toute la vie de l'homme appartient à sa volonté et à son entendement, car si la volonté et l'entendement sont ôtés, l'homme ne vit point; ou, ce qui est la même chose, que toute la vie de l'homme appartient à son amour et à sa pensée, car si l'amour et la pensée sont ôtés, il ne vit point; maintenant, puisque le tout de la volonté et de l'entendement, ou le tout de l'amour et de la pensée chez l'homme vient du Seigneur, comme il a été dit ci- 11*.

dessus, il s'ensuit que le loul de la vie vient du Seigneur. Cinquièmement. L'Unique et te Sot-Méme est Tout-Présent, Toui-Saenant et Tout-Puissant : Cela aussi, chaque Chrétien d'après sa doctrine, et chaque Gentil d'après sa religion, le reconnaît : de là aussi chacun, en quelqu'endroit qu'il soit, pense que Dieu est où lui-même se trouve, et prie Dieu comme présent; et, puisque chacun pense ainsi et prie ainsi, il s'ensuit qu'on ne peut penser autrement, sinon que Dieu est partout, ainsi Tout-Présent, que pareillement il est Tout-Sachant cl Tout-Puissant; c'est pourquoi tout homme qui prie Dieu le supplie de tout son cœur de le conduire, parce que Lui le peut : ainsi chacun reconnaît alors la Divine Toute-Présence, la Divine Toute-Science et la Divine Toute- Puissance; il reconnaît, parce qu'alors il tourne la face vers le Seigneur, e! qu'alors celle vérité influe du Seigneur. Sixièmement. Cet Unique et ce Soi-Méme, c'est le Seigneur de toute éternité ou Jêhovati : Dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur le Seigneur, il a été montré que Dieu est un en essence el en personne; que ce Dieu est le Seigneur; que le Divin Même qui est appelé Jéhovah Père, est le Seigneur de toute éternité; que le Divin Humain esl le Fils conçu de son Divin de toute éternité, et né dans le monde; et que le Divin procédant est l'Esprit saint. Il est dit le Soi-.Même et l'Unique, parce que précédemment il a été dit que le Seigneur de toute éternité, ou Jéhovah, esl la Vie même, parce qu'il est l'Amour Même et la Sagesse Même, ou le Bien Même et le Vrai Même, d'après lesquels loules choses sont Que le Seigneur ait créé de Lui-Même toutes choses, cl non de rien, on le voit dans le Traité sur le Divin Amour et la Divine Sagesse, H" 282 à 284; 3a9 à 357. D'après les considérations cidessus, celte vérité, que l'homme est conduit et enseigné par le Seigneur seul, a élé confirmée par des raisons.

158. Cette même Vérité esl confirmée chez les anges non-seulement par des raisons, mais aussi par de vives perceptions, surtout chez les anges du Troisième Ciel ; ceux-ci perçoivent l'influx du Divin Amour et de la Divine Sagesse procédant du Seigneur; et comme ils le perçoivent, et que d'après leur sagesse ils connaissent que l'amour el la sagesse sont la vie, ils disent en conséquence qu'ils vivent par le Seigneur el non pas par eux-mêmes;

Di j i Cv l!

et non- seulement ils disent cela, mais encore ils aiment et veulent que cela soit ainsi : et cependant ils sont toujours en toute apparence comme s'ils vivaient par eux-mêmes, et même dans une apparence plus forte que celle des autres anges ; car, ainsi qu'il a été montré cl-dessUB, N°* 42 a 45, plus quelqu'un est conjoint de pris au Seigneur, plus il lui semble distinctement qu'il t'appartient, et plus it remarque clairement qu'il appartient aa Seigneur. Il m'a aussi été donné d'être depuis plusieurs années dans une semblable perception, et en même temps dans une semblable apparence, d'après lesquelles j'ai été pleinement convaincu que je ne veux et ne pense rien par moi-même, mais qu'il semble que c'est comme par moi ; et il m'a aussi été donné de vouloir et d'aimer cela. Cette même chose peut être confirmée par plusieurs autres exemples du monde spirituel, mais ces deux suffisent pour le moment.

159. Que le Seigneur seul ait la vie, cela est évident par ces passages dans la Parole :u Moi, je suis la résurrection et la vie; celui qui croit en Moi, bien qu'il meure, vivra. » — Jean, XL 25. — ■ Moi, je suis le chemin, ta vérité et la vie.i — Jean, XIV. 6. — «Dieu elle était, la Parole; en Elle vie il y avait, et ta vie était la lumière des hommes.» — Jean, 1. 1,4. — La Parole dans ce passage est le Seigneur. ■ De mime que le Père a ta vie en Lui-M&me, ainsi il a donné au Fils d'avoir ta vie en iMi-Même. » — Jean, V. 26. — Que l'homme soit conduit et enseigné par le Seigneur seul, cela est évident par ces passages :• Sans Moi vous ne pouvez faire rien. « — Jean, XV. 5. — *Un homme ne peut prendre rien, à moins qu'il ne lui ait été donné du CieL » — Jean, IIL 27. — « Un homme ne peut faire blanc ou noir un seul cheveu. » — Matth. V, 36; — par le cheveu, dans la Parole, il est signifié la plus petite de toutes les choses.

160. Que la vie des méchants soit aussi de la même origine, c'est ce qui sera démontré dans la suite, a son Article; ici, cela sera seulement illustré par des comparaisons : Du soleil du monde influent et la chaleur et la lumière, et elles influent dans les arbres qui portent de mauvais fruits de même que dans les arbres qui portent de bons fruits, et tous ces arbres végètent et croissent de la même manière ; tes formes, dans lesquelles la chaleur influe,

LA SAGESSE AUCÉLIQCE

font celle diversité, cl ce n'est pas la chaleur en elle-même. II en est de même de h lumière, elle est diversiflée en couleurs selon les formes dans lesquelles elle influe; il y a des couleurs belles et gaies, et il y a des couleurs laides et tristes, et néanmoins la lumière est la même. Il en est de même de l'influx de la chaleur spirituelle, qui en elle-même est l'Amour, et de la lumière spirituelle, qui en elle-même est la Sagesse, procédant l'une et l'autre du Soleil du Monde spirituel ; les formes dans lesquelles elles influent font la diversité, et ce n'est, en elles-mêmes, ni cette chaleur qui est amour, ni cette lumière qui est sagesse; les formes dans lesquelles elles influent sont les mentais humains. D'après cela, il est maintenant évident que l'homme est conduit et enseigné par le Seigneur seul.

161. Quant à la vie des animaux, il a été montré ci-dessus ce que c'est, à savoir, que c'esl une vie d'affection purement naturelle avec sa science pour compagne; et que c'est une vie médiate correspondant a la vie de ceux qui sont dans le monde spirituel.

162. II. L'homme est conduit et enseigné par te Seigneur seul au moyen du Ciel angélique et de ce Ciel. 11 est dit que l'homme est conduit par le Seigneur au moyen du Ciel angélique et de ce Ciel; au moyen du Ciel angélique, c'est selon l'apparence; mais de ce Ciel, c'est selon la vérité : si au moyen du Ciel angélique est une apparence, c'est parce que le Seigneur apparaît comme Soleil au-dessus de ce Ciel; si de ce Ciel est la vérité, c'est parce que le Seigneur est .dans ce Ciel comme l'âme dans l'homme; car le Seigneur esl Tout-Présent, et n'est point dans l'espace, ainsi qu'il vient d'être montré ; c'est pourquoi la distance est une apparence selon la conjonction avec Lui, et la conjonction est selon la réception, de l'amour et de la sagesse qui procèdent de Lui : et comme personne ne peut èlre conjoint au Seigneur de la même manière que Lui-Même est en Soi, c'est pour cela qu'il apparaît aux anges à distance comme Soleil ; mais néanmoins Il est dans tout le Ciel angélique comme l'âme dans l'homme, et pareillement dans chaque société du Ciel, et pareillement dans chaque ange d'une société, car l'âme de l'homme esl nonseulement l'âme du tout, mais aussi l'âme de chaque partie. Mais comme il est selon l'apparence que le Seigneur gouverne tout le

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Ciel, et au moyen du Ciel le Monde, par le Soleil qui procède de Lui et dans lequel il est, — voir sur ce Soleil le Traité sur le Divin Amour et la Divine Sagesse, seconde Partie, — el comme il est permis à chaque homme de parler selon l'apparence, et qu'on ne peut parler autrement, c'est pour cela qu'il est aussi permis à quiconque n'est pas dans la sagesse même de penser que le Seigneur gouverne toutes choses en général et en particulier par son Soleil, et aussi qu'il gouverne le Monde au moyen du Ciel angélique ; c'est môme selon une telle apparence que pensent les anges des Cieux inférieurs ; mais les anges des Cieux supérieurs parlent, il est vrai, selon l'apparence, mais ils pensent selon la vérité, qui est que du Ciel angélique, qui procède de Lui, le Seigneur gouverne l'univers. Que les simples et les sages parlent de la même manière, mais ne pensent pas de la même manière, cela peut être illustré d'après le Soleil du inonde: Tous parlent de ce soleil selon l'apparence, en disant qu'il se lève et qu'il se couche; mais quoique les sages parlent de même, ils pensent néanmoins qu'il reste immobile; ceci aussi est la vérité, et cela est l'apparence. La chose peut encore être illustrée d'après les apparences dans le Monde spirituel, cai il y apparaît des espaces et des distances comme dans le Monde naturel, mais néanmoins ce sont des apparences selon la diversité des affections el des pensées provenant des affections. Il en est de même de l'apparence du Seigneur dans son Soleil.

163. Or, il sera dit en peu de mots comment du Ciel angélique le Seigneur conduit et enseigne chaque homme : Dans le Traité sur le Divin Amour et la Divine Sagesse, et ci-dessus dans ce Traité sur la Divine Providence, puis aussi dans l'Ouvrage sur le Ciel et l'Enfer publié à Londres en 1758, j'ai fait connaître, d'après ce que j'ai vu et entendu, que le Ciel angélique tout enlier apparaît devant le Seigneur comme un seul Homme, et qu'il en est de même de chaque société du Ciel, et que c'est de là que chaque ange et chaque esprit est homme dans une forme parfaite; el dans ces mêmes Traités il a aussi été montré que le Ciel est Ciel, non d'après le propre des anges, mais d'après la réception du Divin Amour et de la Divine Sagesse du Seigneur par les anges : de la on peut voir que le Seigneur gouverne le Ciel angé-

liquc lout entier comme un seul Homme; que ce Ciel, parre qu'en lui-même il est Homme, est l'image même et la ressemblance même du Seigneur; que te Seigneur Lui-Mêtne gouverne ce Ciel comme l'âme gouverne son corps; et que, comme tout le genre humain est gouverné par le Seigneur, il est gouverné, non pas au moyen du ciel, mais du Ciel par le Seigneur, par conséquent d'après Lui-Mêine, puisque Lui-Mfime est le Ciel, ainsi qu'il a été dit.

16a. Mais ceci, étant un arcane de la Sagesse nngélique, ne peut être compris que par l'homme dont le mental spirituel a été ouvert, car celui-ci par la conjonction avec le Seigneur est un ange ; cet homme, d'après les propositions qui précèdent, peut comprendre celles qui suivent ; 1° Que tous, tant les hommes que les anges, sont dans le Seigneur et le Seigneur en eux, selon la conjonction avec lui, ou, ce qui est la même chose, selon la réception de l'amour et de la sagesse qui procèdent de Lui. 2" Que chacun d'eux obtient une place dans le Seigneur, ainsi dans le Ciel, selon la qualité de la conjonction, ou de la réception du Seigneur. 3° Que chacun dans sa place a son état distinct de l'état des autres, et lire du commun sa lâche selon sa situation, sa fonction et son besoin, absolument comme chaque partie dans le corps humain, W Que chaque homme est initié dans sa place par le Seigneur selon sa vie. 5" Que chaque homme dès l'enfance est introduit dans ce Divin Homme, dont l'âme et la vie est le Seigneur, el qu'il est conduit et enseigné d'après son Divin Amour selon sa Divine Sagesse, en Lui et non hors de Lui; mais que, le Libre n'étant point ûté â l'homme, l'homme ne peut être conduit el enseigné que selon la réception comme par lui-même. 6° Que ceux qui reçoivent sont portés à leurs places par des détours et des circuits infinis, presque comme le chyle est porté par le mésentère et ses vaisseaux lactés dans la citerne, et de là par le conduit thoracique dans le sang, et ainsi dans son siège. 7° Que ceux qui ne reçoivent pas sont séparés de ceux qui sont dnns le Divin Homme, comme la matière fécale et l'urine sont séparées de l'homme. Ce sont lù des arcanes de la Sagesse angélique, qui peuvent être quelque peu compris par l'homme, mais il y en a un très-grand nombre qui ne peuvent pas être compris.

165, III. L'homme est conduit )mr le Seigneur au moyen de

SUA LA DIVIHE PHOVIDEMCE.

t'infiux, et enseigné au moyen do l'illustration. Si l'homme est conduit par le Seigneur au moyen de l'influx, c'est parce que Être conduit et aussi influer se disent de l'amour et de la volonté; et si l'homme est enseigné par le Seigneur au moyen de l'illustration, c'est parce que être enseigné et être illustré se disent proprement de !a sagesse et de l'entendement. Que tout homme soit conduit d'iipres son amour par lui-même et selon cet amour par les autres, et non par l'entendement, cela est connu ; il n'est conduit par et selon l'entendement que quand l'amour ou la volonté fait l'entendement; et, quand cela a lieu, on peut dire aussi de l'entendement qu'il est conduit, mais néanmoins alors ce n'est pas l'entendement qui est conduit, mais c'est la volonté dont provient l'entendement. I! est dit l'influx, parce que par l'usage il a été reçu de dire que l'âme influe dans le corps; que l'influx est spirituel et non physique; et que l'âme ou la vie de l'homme est son amour ou sa volonté, comme il a été montré ci-dessus ; et aussi parce que l'influx est par comparaison comme l'influx du sang dans le cœur, et par le cœur dans le poumon ; qu'il y ait correspondance du cœur avec la volonté, et du poumon avec l'entendement, et que la conjonction de la volonté avec l'entendement soit comme l'influx du sang venant ducœurdansle poumon, c'est ce qui a été montré dans le Traité sur le Divin Amour et la Divine Sagesse, N" 371 à 432.

166. Mais si l'homme est enseigné au moyen de l'illustration, c'est parce que être enseigné et aussi être illustré se disent de l'entendement; car l'entendement, qui est la vue interne de l'homme, ne peut être éclairé par la lumière spirituelle que comme l'œil ou la vue externe de l'homme est éclairée par la lumière naturelle ; l'une et l'autre sont aussi enseignées pareillement, mais la vue interne, qui appartient à l'entendement, par les objets spirituels, et la vue externe, qui appartient à l'œil, par les objets naturels. Il y a une lumière spirituelle et une lumière naturelle, l'une et l'autre semblables quant à l'apparence externe, mais différentes quant à l'interne; car la lumière naturelle vient ilu Solefl'du inonde naturel, et par suite est morte en elle-même, mais la lumière spirituelle vient du Soleil du monde spirituel, et par suite est vivante en elle-même; c'est cette lumière, et non la

lumière naturelle, qui éclaire l'entendement humain : la lueur naturelle et rationnelle ne vient pas de cette lumière-ci, elle vient de celle-là; elle est appelée lueur naturelle et rationnelle, parce qu'elle est spirituelle-naturelle; car il y a trois degrés de lumière dans le monde spirituel, la lumière céleste, la lumière spirituelle, et la lumière spirituelle-naturelle : la lumière céleste est une lumière de flamme rutilante, celte lumière est pour ceux qui sont dans le troisième Ciel ; la lumière spirituelle est une lumière d'une blancheur resplendissante, cette lumière est pour ceux qui sont dans le Ciel moyen ; et la lumière spirituel le -naturelle est telle qu'est la lumière du jour dans notre Monde, celte lumière est pour ceux qui sont dans le dernier Ciel, et aussi pour ceux du Monde des esprits, qui est entre le Ciel et l'Enfer; mais, dans ce monde-ci, cette lumière est chez les bons comme la lumière d'été, et chez les méchants comme la lumière d'hiver sur la terre. Toutefois, il faut qu'on sache que toute lumière du Monde spirituel n'a rien de commun avec la lumière du Monde naturel, elles diffèrent comme le vivant et le mort. D'après cela, il est évident que ce n'est point la lumière naturelle, telle qu'elle est devant nos yeux, qui éclaire l'entendement, mais que c'est la lumière spirituelle. L'homme ignore cela, parce que jusqu'à présent il n'avait rien su de la lumière spirituelle. Que la Lumière spirituelle soit dans son origine la Divine Sagesse ou le Divin Vrai, cela a été montré dans l'Ouvrage sur le Ciel et l'Enfer, S" 126 à 1AO.

167. Puisqu'il vient d'être parlé de la lumière du Ciel, il sera dit aussi quelque chose de la lumière de l'enfer : La lumière dans l'enfer est aussi de trois degrés ; la lumière dans l'enfer le plus bas est comme la lumière de charbons embrasés; la lumière dans l'enfer moyen est comme la lumière d'une flamme de foyer; et la lumière dans l'enfer le plus haut est comme la lumière des chandelles, et pour quelques-uns comme la lumière nocturne de la lune. Ces lumières ne sont pas non plus naturelles, mais elles sont spirituelles, car toute lumière naturelle est morte et éteint l'entendement, et ceux qui sont dans l'enfer ont la faculté de comprendre, qui est nommée rationalité, ainsi qu'il a été montré cidessus, et la rationalité vient de la lumière spirituelle et nullement delà lumière naturelle; mais la lumière spirituelle, qui leur vient

de la rationalité, est changée en lumière infernale, comme la lumière du jour en ténèbres de la nuit. Néanmoins tous ceux qui sont dans le Monde spirituel, tant ceux qui sont dans les Cieux que ceux qui sont dans les enfers, voient dans leur lumière aussi clairement que l'homme pendant le jour dans la sienne; et cela, parce que la vue de l'oeil de tous a été formée pour la réception de la lumière dans laquelle elle est; ainsi, la vue de l'œil des anges du Ciel pour la réception de la lumière dans laquelle elle est, et la vue de l'œil des esprits de l'enfer pour la réception de sa lumière; c'est par comparaison comme pour les hiboux et les chauves-souris, qui voient la nuit les objets aussi clairement que les autres oiseaux les voient le jour, car leurs yeux ont été formés pour la réception de leur lumière. Mais la différence de ces lumières est manifestement distinguée par ceux qui d'une lumière regardent dans l'autre ; ainsi, quand un ange du Ciel regarde dans l'enfer, il n'y voit qu'une obscurité profonde; et quand un esprit de l'enfer regarde dans le Ciel il n'y voit que de l'obscurité; cela vient de ce que la Sagesse céleste est comme l'obscurité pour ceux qui sont dans l'enfer, et que réciproquement la folie infernale est comme l'obscurité pour ceux qui sont dans le Ciel. D'après cela, on peut voir que tel est pour l'homme l'entendement, telle est pour lui la lumière, et que chacun vient dans sa lumière après la mort, car dans une autre lumière il ne voit pas; et dans le Monde spirituel, où tous sont spirituels, même quant aux corps, les yeux de tous ont été formés pour voir d'après leur lumière ; l'amour de la vie de chacun se fait un entendement, et par conséquent aussi une lumière ; en effet, l'amour est comme le feu de la vie, d'où provient la lumière de la vie.

168. Comme il en est peu qui sachent quelque chose de l'Illustration, dans laquelle est l'entendement de l'homme qui est enseigné par le Seigneur, il en sera parlé ici en quelques mois. 11 y a une illustration intérieure et une illustration extérieure par le Seigneur, et il y a aussi une illustration intérieure et une illustralion extérieure par l'homme; l'illustration intérieure par le Seigneur, c'est que l'homme, dès qu'il entend dire quelque chose, perçoit si ce qu'on dit est vrai ou n'est pas vrai; l'illustration extérieure est par suile dans la pensée ; l'illustration intérieure par

riiomme vient de la confirmation seule; cl l'illustration extérieure par l'homme vient de la science seule. Mais il sera dit quelque chose de chacune de ces illustrations. L'homme rationnel d'après l'illustration intérieure par le Seigneur perçoit aussitôt si les choses qu'il entend sont vraies ou non ; par exemple, celle-ci, que l'amour est la vie de la foi, OU que la foi vit par l'amour ; l'homme, d'après l'illustration intérieure, perçoit aussi ceci, que tout ce que l'homme aime, il le veut, et que ce qu'il veut il le fait, et qu'ainsi aimer c'est faire ; puis encore ceci, que tout ce que l'homme croit par amour, il le veut aussi et le fait, et qu'ainsi avoir la foi, c'est aussi faire; comme encore, que l'impie ne peut avoir l'amour de Dieu, ni par conséquent la foi de Dieu. L'homme rationnel d'après l'illustration intérieure perçoit aussi, dès qu'il les entend, ces vérités, que Dieu est un; qu'il est Tout-Présent; que tout bien vient de Lui; puis, que toutes choses se réfèrent au bien et au vrai; que tout bien vient du Bien Même, et que tout vrai vient du Vrai Même. Ces vérités et d'autres semblables, l'homme les perçoit intérieurement en soi, quand il les entend; s'il les perçoit, c'est parce qu'il a la rationalité, et que celle-ci est dans la lumière du Ciel qui illustre. L'illustration extérieure est l'illustration de la pensée d'après cette illustration intérieure, et la pensée est dans cette illustration en tant qu'elle demeure dans la perception qui lui vient de l'illustration intérieure, et qu'elle a en même temps les connaissances du vrai et du bien, car elle tire de ces connaissances les raisons par lesquelles elle confirme. La pensée, d'après cette illustration extérieure, voit la chose de l'un et de l'autre côté ; d'un côté, elle voit les raisons qui confirment; de l'autre, elle voit les apparences qui infirment; elle rejette celles-ci, elle recueille celles-là. Mais l'illustration intérieure par l'homme est tout à fait différente; par elle l'homme voit la chose d'un côté, et ne la voit pas de l'autre; et quand il l'a confirmée, il la voit dans une lumière semblable, quant à l'apparence, à la lumière dont il a été parlé ci-dessus, mais c'est une lumière d'hiver. Soit ceci pour exemple : Un juge qui, par des présents et pour le lucre, juge injustement, ne voit autre chose que le juste dans son jugement après qu'il l'a confirmé par les lois et par des raisons; quelques-uns voient l'injuste, mais comme ils ne veulent

pas voir, ils l' obscurcissent et s'aveuglent, et ainsi ils ne voient point : il en est de même du juge qui prononce des jugements en raison de l'ajoitié, pour capter de la faveur, et pour se lier par des affinités. De tels hommes agissent de même a l'égard de tout ce qu'ils tiennent de la bouche d'un homme d'autorité, ou de la bouche d'un homme de réputation, ou qu'ils ont tiré de leur propre intelligence ; ce sont des aveugles rationnels, car leur vue vient des faux qu'ils confirment ; or, le faux ferme la vue, et le vrai l'ouvre. De tels hommes ne voient aucun vrai d'après la lumière du vrai, ni aucune chose juste d'après l'amour du juste, mais ils voient d'après la lumière de la confirmation, qui est une lumière chimérique ; dans le Monde spirituel ils apparaissent comme des faces sans tète, ou comme des faces semblables à des faces humaines derrière lesquelles il y aurait des tètes de bois ; et ils sont appelés bêles rationnelles, parce qu'ils ont la rationalité en puissance. L'illustration extérieure par L'homme est chez ceux qui pensent et parlent d'après la science seule imprimée dans la mémoire; ceux-ci sont peu capables par eux-mêmes de confirmer quelque chose.

169, Ce sont là les différences de l'illustration, et conséquemment de la perception et de la pensée; il y a une illustration actuelle par la lumière spirituelle, mais l'illustration elle-même par celle lumière ne se manifeste à personne dans le Monde naturel, parce que la lumière naturelle n'a rien de commun avec la lumière spirituelle : néanmoins cette illustration m'a apparu quelquefois dans le Monde spirituel ; elle était vue, chez ceux qui étaient dans l'illustration par le Seigneur, comme quelque chose de lumineux autour de la tête, avec le brillant de la couleur de la face humaine. Mais, chez ceux qui étaient dans l'illustration par eux-mêmes, ce lumineux apparaissait non pas autour de la tête, mais autour de la bouche et au-dessus du menton.

170. Outre ces illustrations, il y a encore une autre illustration par laquelle il est révélé à l'homme dans quelle foi, et dans quelle intelligence et quelle sagesse il est; celte révélation est telle, que lui-même perçoit cela en lui; il est envoyé dans une société, où il y a la foi réelle, et où il y a la vraie intelligence et la vraie sagesse, et là est ouverte sa rationalité intérieure, d'après laquelle

il voit sa foi, son intelligence et sa sagesse, telles qu'elles sont, au point qu'il les reconnaît : j'en ai vu quelques-uns qui revenaient de là, et je les ai entendus Eivouer qu'il n'y avait eu en eux rien de la foi, quoique dans le monde ils eussent cru qu'ils en avaient une bien grande et plus notable que celle de tous les autres'; de même pour leur intelligence et pour leur sagesse : c'étaient ceux qui avaient été dans la foi séparée, et sans aucune eborité, et qui avaient été dans la propre intelligence.

171. IV. L'homme est enseigné par te Seigneur au moyen de la Parole, de ta doctrine et des prédications d'après la Parole, «ï ainsi immédiatement par le Seigneur seul. Il a été dit et montré ci-dessus que l'homme est conduit et enseigné par le Seigneur seul, et que c'est du Ciel et non au moyen du Ciel, ou de quelque auge du Ciel; et puisqu'il est conduit par le Seigneur seul, il s'ensuit que c'est immédiatement et non pas médiatement : nais comment cela a lieu, c'est ce qui sera dit maintenant

■ 172.- Dans la DOCTRINE DE LA NOUVELLE JÉRUSALEM SUR L'É- CRITURE Sainte il a été montré que le Seigneur est la Parole, et que toute doctrine de l'Église doit être puisée dans la Parole ; or, puisque le Seigneur est la Parole, il s'ensuit que l'homme qui est ■enseigné d'après la Parole est enseigné par le Seigneur seul. Mais cela, élant difficilement saisi, va être illustré danB cet ordre : 1" Le Seigneur est .la Parole, parce que la Parole vient de Lui et traite de Lui. 2° Et parce qu'elle est le Divin Vrai du Divin Bien. 3° Ainsi être enseigné d'après la Parole, c'est l'être par le Seigneur, a* El cela est fait médiatement par les prédications, ce qui n'enlève point l'immédiat. Premièrement. LcSeigneur est la Parole, parce que ta Parole vient de Lui et traite de Lui. Que la Parole vienne du Seigneur, personne dans l'Église ne le nie; mais que la Parole traite du Seigneur seul, on ne le nie point, il est vrai, et cependant on ne le sait point; mais cela a été montré dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem bur le Seigneur, Pi" 1 à 7, et FP 37 a Au; et dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Écriture Sainte, N" 62 à 69; 80 à 90; 98 à 100. Or, puisque la Parole vient du Seigneur seul et traite du Seigneur seul, il s'ensuit que quand l'homme est enseigné d'après la Parole, il est enseigné par le Seigneur, car la Parole est le Divin ; qui ïst-cc qui peut

communiquer le Divio, et l'introduire dans lea cœurs, sinon le Divin même de qui vient la Parole, et dont elle traite : c'est pourquoi, quand le Seigneur parle de sa conjonction avec les disciples, il dit n qu'ils demeureraient en Lui, et ses parûtes en eux, » — Jean, XV. 7; — «que ses paroles étaient esprit et vie, n— Jean, VI. 63;— et «qu'il fait demeure chez ceux qui gardent ses paroles. «—Jean, XIV. 20 à 2a; — c'est pourquoi, penser d'après le Seigneur, c'est d'après la Parole, comme par la Parole. Que toutes les choses de la Parole aient communication avec le Ciel, cela a élé montré dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Écriture Sainte, depuis le commencement jusqu'à la lin; el, puisque le Seigneur est le Ciel, il est entendu que toutes les choses de la Parole ont communication avec le Seigneur Lui-Meme : les Anges du Ciel ont communication, il est vrai, mais cela aussi par le Seigneur. Secondement. Le Seigneur est la Parole, parce qu'elle est le Divin Vrai du Divin Bien. Que le Seigneur soit la Parole, il l'enseigne dans Jean en ces termes : « Au commencement était la Parole, et ta Parole était chez Dieu ; et Dieu elle était, la Parole. Ët ta Parole Cliair a été faite, et elle a habité parmi nous. » — L 1, là; — Comme ce passage, jusqu'à présent, n'a élé entendu qu'en ce sens que Dieu enseignait l'homme par la Parole, il a en conséquence élé expliqué en supposant que c'était oae expression élevée, qui enveloppe que le Seigneur n'est point la Parole elle-même : cela vient de ce qu'on n'a point su que par la Parole il est entendu le Divin Vrai du Divin Bien, ou, ce qui est la même chose, la Divine Sagesse du Divin Amour; que ce Vrai et celle Sagesse soient le Seigneur Lui-Memc, cela a été montré dans le Traité du Divin Amour et de la Divine Sagesse, Première Partie; et qu'ils soient la Parole, cela a été montré dans la Doctune de la Nouvelle Jérusalem sur l'Écriture Sainte, N" 1 à 86. Il sera dit aussi ici en peu de mots comment le Seigneur est le Divin Vrai du Divin Bien : Tout homme est homme, non d'après la face et le corps, mais d'après le bien de son amour et les vrais de sa sagesse; et puisque l'homme est homme d'après ce bien et ces vrais, lout homme est aussi son vrai et son bien, ou son amour et sa sagesse ; sans cela il n'est point homme : mais le ,. Seigneur est le Bien.Meuie elle Vrai Môme, ou, ce qui est la mémo 12*.

chose, l'Amour Même et la Sagesse Même ; et ceux-ci sont la Parole, qui au commencement était chez Dieu, et qui était Dieu, et qui Chair a été faite. Troisièmement. Ainsi être enseigné d'après ta Parole, c'est Vôtre par te Seigneur Lui- Même, parce que c'est l'être d'après le Bien Même et le Vrai Même, ou d'après l'Amour Même et la Sagesse Même, qui sont la Parole, comme il a été dit; mais chacun est enseigné selon l'entendement de son amour; ce qui est au-dessus ne reste point. Tous ceux qui sont enseignés par lé Seigneur dans la Parole, sont enseignés dans peu de vrai eu ce monde, mais dans un grand nombre quand ils deviennent anges; car les intérieurs de ia Parole, qui sont les Divins. Spirituels et les Divins Célestes, sont implantés ensemble, mais ils ne sont ouverts chez l'homme qu'après sa mort, dans le Ciel, où il est dans la sagesse angélique qui est ineffable respectivement à la sagesse humaine, ainsi respectivement a sa sagesse antérieure. Que les Divins spirituels et les Divins célestes, qui font la sagesse angélique, soient dans toutes et dans chacune des choses de la Parole, on le voit dans la Doctrine us la Nouvelle Jérusalem sus l'Écritube Sainte, H" 5 à 26. Quatrièmement. Cela est fait médiatement par les prédications, ce qui n'enlève pas l'immédiat. La Parole ne peut être enseignée que médiatement par les parents, les maîtres, les prédicateurs, les livres, et surtout par sa lecture; néanmoins elle n'est point enseignée par eux, mais elle l'est par le Seigneur au moyen d'eux : cela aussi est conforme à ce qui est connu des prédicateurs, qui disent qu'ils parlent non pas d'après eux-mêmes, mais d'après l'esprit de Dieu, et que tout vrai, de même que tout bien, vient de Dieu ; ils peuvent, a la vérité, dire cela, et le faire pénétrer dans l'entendement d'un grand nombre, mais non dans le cœur de qui que ce soit; et ce qui n'est point dans le cœur périt dans l'entendement; par le cœnr il est entendu l'amour de l'homme. Par toutes ces considérations on peut voir que l'homme est conduit et enseigné par le Seigneur seul, et qu'il l'est immédiatement par le Seigneur, quand il l'est d'après la Parole. C'est là i'arcane des arcanes de ia Sagesse Angélique.

173. Que par la Parole il y ait aussi lumière pour ceux qui sont -hors dé l'Église et n'ont poinl la Parole, cela a été montré dans

SUR LA DIVINE PJ10V1DENCE. .139

;la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Écriture Sainte, DP" lui ù 113; et comme par la Parole il y a lumière pour l'homme, el d'après celte lumière entendement pour lui, et que cet entendement est aussi Lien pour les méchants que pour les bons, il s'ensuit que, d'après la lumière dans son origine, il y a lumière dans se.s dérivations, qui sont les perceptions et les pensées sur une chose quelconque : le Seigneur dit « que sans Lui on ne peut faire rien s n — Jean, XV. 5; — ■ qu'un homme ne peut recevoir rien, à moins qu'il ne lui ait été donné du Ciel, n — Jean, III. 27 ; — et « que te Père qui est dans les deux fait lever son soleil sur méchants et bons, et fait pleuvoir sur justes et injustes.» — Matth. V. Ù5;— par le soleil il est entendu, ici comme ailleurs dans la Parole, dans son sens spirituel, le Divin Bien du Divin Amour, et par la pluie le Divin Vrai de la Divine Sagesse; l'un el l'autre sont donnés aui méchants et aux bons, aux justes et aux injustes; car s'ils n'étaient point donnés, il n'y aurait ni perception si pensée pour aucun homme. Qu'il y ait seulement une vie unique, d'après laquelle la vie est à tous, cela a été montré cidessus; or, la perception et la pensée appartiennent à la vie; la perception et la pensée viennent donc de la même source d'où découle la vie. Que toute lumière, qui fait l'entendement, vienne du Soleil du Monde spirituel, qui est le Seigneur, c'est ce qui a déjà été amplement démontré.

Mis. V. L'homme est conduit et enseigné par le Seigneur dans les externes en toute apparence comme par lui-même. Ceci se fait dans ses externes et non dans ses internes. Nul ne sait comment le Seigneur conduit el enseigne l'homme dans ses internes, de même que nul ne sait comment l'âme opère pour que l'œil voie, pour que l'oreille entende, que la langue el la bouche parlent, que le cœur pousse le sang, que le poumon respire, que l'estomac digère, que le foie et te pancréas disposent, que les reins sécrètent, et d'innombrables autres choses;;ces choses ne viennent ni à la perception ni à la sensation de l'homme ; il en est de même dacellcs qui sont faites par le Seigneur dans les substances el les formes intérieures du mental, qui sont en nombre infiniment plus grand : les opérations du Seigneur dans ces subslances st ces formes ne sont point apparentes pour l'homme ; mais les e£-

tels eux-mêmes qui sont en grand nombre sont apparents, et aussi quelques «roses des effets; ces effets sont les externes, dans lesquels l'homme est tout a la fois avec le Seigneur; et comme les externes font un avec les internes, car ils sont cohérents en une seule série, c'est pour cela que la disposition ne peut être faite dans les internes par le Seigneur, que selon que la disposition est faite dans les externes au moyen de l'homme. Chacun sait que l'homme pense, veut, parle et agit en toute apparence comme par lui-même, et chacun peut voir que sans cette apparence il n'y aurait pour l'homme aucune volonté ni aucun entendement, ainsi aucune affection ni aucune pensée, ni par conséquent aucune réception du bien et du vrai procédant du Seigneur; cela étant ainsi, il s'ensuit que sans cette apparence il n'y aurait aucune connaissance de Dieu, aucune charité ni aucune foi, et par conséquent aucune réformation ni aucune régénération, ainsi aucune salvation ; d'après cela, il est évident que cette apparence a été donnée à l'homme par le Seigneur à cause de tous ces usages, et principalement afin qu'il y eût pour lui un réceptif et un réciproque, par lesquels le Seigneur puisse être conjoint à l'homme et l'homme au Seigneur, et afin que par cette conjonction l'homme vive éternellement. C'est cette apparence qui est entendue ici.

C'est une Loi de ta Divine Providence que l'homme ne perçoive cl ne sente rien de l'opération de ta Divine Providence, mais que néanmoins il ta connaisse et la reconnaisse.

175. L'homme naturel, qui ne croit point à la Divine Providence, pense en lui-même :« Qu'est-ce que la Divine Providence, puisque les méchants sont élevés aux honneurs et acquièrent des richesses plus que les bons, et qu'il arrive bien plus de choses de ce genre à ceux qui ne croient point à la Divine Providence qu'à ceux qui y croient; que même les infidèles et les impies peuvent faire des outrages; causer du dommage et du désastre, et parfois donner la mort aux fidèles et aux pieux, et cela par des roses et des malices?» Et par conséquent il pense:» Est-ce que je ne vois pas par l'expérience elle-même, comme dans la clarté du jour, que les machinations insidieuses, pourvu que l'homme par une adresse

sraBtU&NWi PROVIDENCE. lût ingénieuse ipuisse.faire qu'elles apparaissent comme des choses loyales et justes, prévalent sur la fidélité et la justice? Que sont toutes les'aufres choses, sinon des nécessités, des conséquences et des cas fortuits, dans lesquels il ne se manifeste rien de la Divine Providence? Les nécessités n'appartienne ni- elles pas à la nature? Les conséquences ne sont-elles pas des causes qui découlent de l'ordre naturel ou civil? El les cas fortuits ne viennent-ils pas, soit de causes qu'on ignore, soit sans aucune cause? o C'est ainsi que pense en lui-même l'homme naturel, qui n'attribue rien à Dieu, mais qui attribue tout à la nature; car celui qui n'attribue rien à Dieu n'attribue rien non plus a la Divine Providence, puisque Dieu et la Divine Providence font un. Mais l'homme spirituel dit ou pense autrement en lui-même; quoique par la pensée il ne perçoive pat et que par la vue de l'œil il ne sente pas la Divine Providence dans sa marche, néanmoins il la connaît et la reconnaît. Maintenant, comme les apparences et par suite les illusions, ci-dessus mentionnées, ont aveuglé l'entendement, et que l'entendement ne peut recevoir aucune vue, a moins que les illusions qui ont causé l'aveuglement, et les faux qui ont produit l'obscurité, ne soient dissipés; et comme cela ne peut être fait que par les vérités, qui ont la puissance de dissiper les faux, il faut par conséquent que celles-ci soient ouvertes, maïs pour qu'elles le soient distinctement, ce sera dans cet ordre : f. Si l'homme percevait et sentait l'opération de la Divine Providence, il n'agirait point d'après le libre selon la raison, et rien ne lui paraîtrait comme venant de lui. Pareillement si l'homme avait la prescience des événements. IL Si l'homme voyait manifestement la Divine Providence, il s'introduirait dans l'ordre et l'économie de sa marche, et il les pervertirait et les détruirait. III. Si l'homme voyait manifestement la Divine Providence, ou il nierait Dieu, ou il se ferait Dieu. IV. Il est donné à l'homme de voir la Divine Providence par derrière et non en face; puis aussi, dans l'état spirituel et non dans l'état naturel.

176. I. Si l'homme percevait et sentait l'opération de la Divine Providence, il n'agirait point d'apràs te libre selon la raison, et rien ne lui paraîtrait comme venant de lui. Pareillement si l'homme avait ta prescience des événements. Que ce

soit une Loi de la Divine Providence, que l'homme agisse d'après le libre selon ta raison ; puis aussi, que tout ce que l'homme veut, pense, dit cl fait, lui paraisse comme venant de lui; et que sans celte apparence il n'y aurait pour aucun homme le sien, ou son homme, ainsi pour lui point de propre, et par conséquent aucune imputation, sans laquelle il serait indifférent qu'il fit ou le mal ou le bien, et qu'il eut ou la foi de Dieu ou la persuasion de l'enfer, qu'en un mot, sans elle il ne serait pas homme, c'est ce qui a été montré ci-dessus à l'évidence de l'entendement dans des Articles spéciaux. Ici, maintenant, il sera montré que l'homme n'aurait aucune liberté d'agir selon la raison, et qu'il n'y aurait pour lui aucune apparence d'agir comme par lui-même, s'il percevait et sentait l'opération de la Divine Providence, puisque s'il la percevait et la sentait, il serait aussi conduit par elle ; car le Seigneur conduit tous les hommes par sa Divine Providence, et l'homme ne se conduit lui-même qu'en apparence, comme il a aussi été montré ci-dessus; si donc il était conduit au point d'en avoir une vive perception et une vive sensation.il n'aurait pas conscience de la vie, et alors il serait poussé a produire des sons et à agir à peu près comme un automate; si toutefois il avait conscience de la vie, alors il ne serait conduit que comme un homme ayant les fers aux mains et aux pieds, ou comme une bète de somme devant uu chariot Qui ne voit pas qu'alors l'homme n'aurait aucun libreî et s'il n'avait aucun libre, il n'aurait non plus aucune raison ; car chacun pense d'après le libre et dans le libre, et tout ce qu'il ne pense pas d'après le libre et dans le libre lui parait venir, non de lui, mais d'un autre; et même, si tu examines la chose intérieurement, lu percevras qu'il n'y aurait pas non plus de pensée pour l'homme, encore moins de raison, et qu'ainsi il ne serait point homme.

177. L'opération de la Divine Providence du Seigneur est continue, en ce qu'elle détourne l'homme des maux ; si quelqu'un percevait et sentait cette opération continue, et que néanmoins il ne fût pas conduit comme enchaîné, est-ce qu'il ne résisterait pas conlinuellementî Et alors ou il lutterait avec Dieu, ou il s'immiscerait dans la Divine Providence; dans ce second cas, il se ferait aussi Dieu ; dans le premier cas il se dégagerait du lien et nie-

mit Dieu : cela devient bien évident, en ce qu'il y aurait deux forces agissant continuellement l'une contre l'autre, de la part de l'homme la force du mal, et de la part du Seigneur la force du bien ; et quand deux opposés agissent l'un contre l'antre, alors ou l'un est vainqueur, ou tous deux périssent ; mais ici si l'un est vainqueur, ils périssent tous deux ; car le mal, qui appartient a l'homme, ne reçoit pas en un moment le bien qui vient du Seigneur; et le bien qui vient du Seigneur ne rejette pas de l'homme le mal en un moment ; si l'un ou l'autre se faisait en un moment, la vie ne resterait pas dans l'homme. Cela et plusieurs autres conséquences dangereuses s'ensuivraient, si l'homme percevait ou sentait manifestement l'opération de la Divine Providence. Mais des exemptes le démontreront clairement dans la suite.

178. S'il n'est pas donné a l'homme d'avoir la prescience des événements, c'est aussi afin qu'il puisse agir d'après le libre selon la raison; car on sait que tout ce que l'homme aime, il en veut l'effet, et qu'il se dirige vers l'effet au moyen de la raison; puis aussi, qu'il n'y a rien de ce que l'homme médite avec la raison, qui ne procède de l'amour pour arriver par la pensée à l'effet; si donc il connaissait par une prédiction Divine l'effet ou l'événement, la raison se reposerait, et avec la raison l'amour, car l'amour avec la raison cesse dans l'effet, et alors d'après cet effet commence un nouvel amour. Le plaisir même de la raison, c'est, d'après l'amour dans la pensée, de voir l'effet, non dans l'effet, mais avant l'effet, ou non dans le présent, mais dans l'avenir : de ta vient a l'homme ce qu'on appelle I'Espérakce, laquelle croît et décroît dans la raison, selon qu'elle voit ou attend l'événement; ce plaisir est complété dans l'événement, mais ensuite il s'efface avec la pensée concernant l'événement; il en serait de même d'un événement connu d'avance. Le mental de l'homme est continuellement dans ces trois choses, qui sont appelées la fin, la cause et l'effet; si l'une des trois manque, le mental humain n'est pas dans sa vie; l'affection de la volonté est la fin à qwo, la pensée de l'entendement est la cause per quant, et l'action du corps, la parole de la bouche, ou la sensation externe, sont les effets de la Tin par la pensée : que le mental humain ne soit pas dans sa vie, tant qu'il est seulement dans l'affection de la volonté, et non au-delà,

et pareillement quand il est seulement dans l'effet, cela est évident pour chacun ; c'est pourquoi il n'y a pas de vie pour le mental d'après l'une de ces trois choses séparément, mais il y a vie d'après les trois conjointement; cette vie du mental serait diminuée et se retirerait pour un événement prédit.

179. Puisque la prescience des choses futures enlève l'humain même, qui est d'agir d'après le libre selon la raison, c'est pour cela qu'il n'est donné a personne de savoir l'avenir ; mais il est permis a chacun de conclure d'après la raison sur les choses futures ; par suite la raison avec tout ce qui lui appartient est dans sa vie : de là vient que l'homme ne connaît point son sort après la mort, ou ne connaît pas un événement avant qu'il arrive; car s'il le connaissait, il ne penserait plus d'après son intérieur comment il doit faire ou vivre pour y arriver, mais il penserait seulement par son extérieur qu'il arrive, et cet état ferme les intérieurs de son mental, dans lesquels résident principalement les deux facultés de sa vie, qui sont la liberté et la rationalité. Le désir de connaître d'avance l'avenir est inné (amnalum) dans la plupart des hommes, mais ce désir tire son origine de l'amour du mal; c'est pourquoi il est ôlé à ceux qui croient à la Divine Providence, et il leur est donné la confiance que le Seigneur prépare leur sort, et par suite ils ne veulent point le connaître d'avance, de peur de s'immiscer en quelque manière dans la Divine Providence : c'est ce que le Seigneur enseigne par plusieurs passages dans Luc, Chap. XII. 14 a 48. Que ce soit là une Loi de la Divine Providence, c'est ce qui peut Être confirmé par un grand nombre d'exemples d'après le Monde spirituel; la plupart, lorsqu'ils viennent dans ce monde après la mort, veulent savoir leur sort, mais il leur est répondu que s'ils ont bien vécu leur sort est dans le Giel, et que s'ils ont mal vécu, il est dans l'Enfer ; mais comme tous craignent l'Enfer, même les méchants, ils demandent ce qu'ils doivent Taire et ce qu'ils doivent croire pour venir dans le ciel ; il leur est répondu : a Agissez et croyez comme vous voudrez, mais sachez qu'on ne fait pas le bien et qu'on ne croit pas le vrai dans l'Enfer, mais dans le Ciel; informez-vous de ce que c'est que le bien et de ce que c'est que le vrai ; puis, pensez le vrai et faites le bien, si vous pouvez. » Ainsi il est laissé à chacun, dans le Monde

LYjIiZO'J L 1 .- Ci

spirituel comme dans le Monde naturel, d'agir d'après le libre selon la raison, mais de même qu'on a agi dans l'un, de même on agit dans l'autre, car à chacun reste sa vie, et par suite son sort, parce que le sort appartient à la vie.

180. IL Si l'homme voyait manifestement ta Divine Providence, il s'introduirait dans l'ordre et l'Économie de sa marche, et il les pervertirait et les détruirait. Pour que cette proposition vienne distinctement dans la perception de l'homme rationnel et aussi de l'homme naturel, elle va être illustrée par des exemples, dans cet ordre : 1. Les externes ont un tel lien avec les internes, que dans toute opération ils font un. 2. L'homme est seulement dans quelques externes avec le Seigneur, et s'il était en même temps dans les internes, il pervertirait et détruirait tout l'ordre et l'économie de la marche de la Divine Providence. Maïs, comme il a été dit, ces propositions seront illustrées par des exemples. Premièrement : Les externes ont un tel tien avec les internes, que dans toute opération ils font un. L'illustration par des exemples sera faite ici au moyen de quelques particularités dans le corps humain : Dans tout le corps et dans chaque partie il y a des externes et des internes; les externes y sont appelés peaux, membranes et enveloppes; les internes sont des formes diversement composées et tissues de fibres nerveuses et de vaisseaux sanguins : l'enveloppe qui entoure entre, par des filaments tirés d'elle, dans tous les intérieurs jusqu'aux intimes; ainsi l'externe, qui est l'enveloppe, se conjoint avec tous les internes qui sont les formes organiques composées de fibres et de vaisseaux : il s'ensuit que, de même que l'externe agit ou est mis en action, de même les internes agissent et sont mis en action, car toutes les choses y sont ensemble dans un perpétuel assemblage. Prends seulement dans le corps quelque enveloppe commune, par exemple, la Plèvre, qui est l'enveloppe commune de la Poitrine, ou du Cœur et du Poumon, examine-la d'un œil d'anatomiste, et si cela n'est pas de la compétence, consulte des anatomistes, et tu apprendras que cette enveloppe commune, par diverses circonvolutions et ensuite par des filaments tirés d'elle, de plus en plus déliés, entre dans les intimes des poumons, jusque dans les plus petites ramifications branchiales, et dans les follicules mêmes,

Iil6 LA SAGESSE ANGÉLIQUE

qui sont les commencements des poumons ; sans parler de sa marche ensuite par la trachée-artère dans le larynx vers la langue, l'ar là on voit qu'ii y a une perpétuelle connexion de l'extraie avec les intimes; c'est pourquoi, de même que l'estime agit ou est mis en action, de infime aussi les intérieurs à partir des intimes agissent ou sont mis en action : c'est pour cela que, quand cette enveloppe exlime, qui est la plèvre, est ou inondée, ou enflammée, ou remplie d'ulcères, le poumon souffre à partir des intimes; et si le mal augmente, toute action du poumon cesse, et l'homme meurt. Il en est de même partout ailleurs dans tout le corps, par exemple, du Péritoike, enveloppe commune de tous les viscères de l'abdomen ; puis aussi des enveloppes de chaque viscère, comme celles de l'Estomac, du Foie, du Pancréas, de la Raie, des Intestins, du Mésentère, des Rems, et des organes de la génération dans l'un el l'autre sexe; prends l'un de ces viscères, et examinele toi-rafime et tu verras, ou consulte d'habiles a a a to mis les, et lu l'entendras dire ; prends, par exemple, le Foie, et lu remarqueras qu'il y a connexion du Péritoine avec l'enveloppe de ce viscère, et par l'enveloppe avec ses intimes; car il y a des filaments continus qui en sortent et qui entrent vers les intérieurs, et ainsi des continuations jusqu'aux intimes et par suite entre toutes les parties une liaison qui est telle, que quand l'enveloppe agit ou esl mise en action, toute la forme agit pareillement ou est mise pareillement en action. 11 en esl de même de tous les autres viscères : cela vient de ce que dans loute forme le commun et le particulier, ou l'universel et le singulier, font un par une admirable conjonction. Que dans les formes spirituelles et dans les changements et variations de leur état, qui se réfèrent aux opérations de la volonté et de l'entendement, il en soit de même que dans les formes naturelles et dans leurs opérations, qui se réfèrent aux mouvements et aux actions, on le verra dans la suite. Or, comme l'homme dans quelques opérations externes est en mfime temps avec le Seigneur, et que la liberté d'agir selon fa raison n'est 6tée a personne, il s'ensuit que le Seigneur ne peut pas agir dans les internes autrement que comme il agit avec l'homme dans les externes : si donc l'homme ne fuit et n'a en aversion les maux comme péchés, l'externe de la pensée et delà volonté sera vicié

et affaibli, el en même temps leur interne, comme l'est la Plèvre par sa maladie qui est appelée Pleurésie, dont le corps meurt. Secondement : Si l'homme était en même temps dans tes internes, il pervertirait et détruirait tout l'ordre et l'économie de la Divine Providence. Cela aussi sera illustré par des exemples dans le corps humain : Si l'homme connaissait toutes les opérations de l'un el de l'autre cerveau dans les libres, des fibres dans les muscles, et des muscles dans les actions, et que d'après cette connaissance il disposât toutes choses comme il dispose les actions, est-ce qu'il ne pervertirait et ne détruirait pas tout ? Si l'homme savait comment l'estomac digère, comment les viscères qui sont alentour remplissent leur tâche, élaborent le sang, et ie distribuent pour tout besoin de la vie, et qu'il en eût la disposition, comme il l'a dans les externes, à savoir, lorsqu'il mange et boit, est-ce qu'il ne pervertirait et ne détruirait pas tout? Puisqu'il ne peut disposer l'externe, qui se présente comme un, sans le détruire par la luxure et par l'intempérance, que serait-ce s'il disposait aussi les internes, qui sont infinis ï Les internes donc, afin que l'homme n'entrât point en eux par quelque volonté, et ne les soumit pas a sa direction, ont été entièrement soustraits à sa volonté, excepté les muscles qui font l'enveloppe, el même on ignore comment ils agissent, on sait seulement qu'ils agissent II en est de même de toutes les autres parties ; par exemple, si l'homme disposait les intérieurs de l'œil pour voir, les intérieurs de l'oreille pour entendre, les intérieurs de la langue pour goûter, les intérieurs de la peau pour sentir, les intérieurs du cœur pour le mouvement systolique, les intérieurs du poumon pour respirer, les intérieurs du mésentère pour distribuer le chyle, les intérieurs des reins pour sécréter, les intérieurs des organes de la génération pour prolilier, les intérieurs de l'utérus pour perfectionner l'embryon, et ainsi du reste, est-ce qu'il ne pervertirait et ne détruirait pas d'une infinité de manières l'ordre de la marche de la Divine Providence dans ces parties? Il est notoire que l'homme est dans les externes ; par exemple, qu'il voit par l'œil, entend par l'oreille, goûte par la langue, sent par la peau, respire par le poumon, contribue à la propagation, etc. : ne suffit-il pas qu'il connaisse les externes, et qu'il les dispose pour la santé du corps et du mental!

Quand il ne peut pas cela, qu'arrivera il-il, s'il disposait aussi les internes î D'après ces considérai! on s il est maintenant évident que si l'homme voyait manifestement la Divine Providence, il s'immiscerait dans l'ordre et l'économie de sa marche, et qu'il les pervertirait et les détruirait.

181. Que dans les spirituels du mental il en soit de même que dans les naturels du corps, c'est parce que toutes les choses do mental correspondent à toutes celles du corps; c'est pour cela même que le mental (ait mouvoir le corps dans les externes, et dans le commun, à son gré ; il fait mouvoir les yeux pour voir, les oreilles pour entendre, la bouche et la langue pour manger et pour boire, et aussi pour parler, les mains pour faire, les pieds pour marcher, les organes de la génération pour prolifier ; le mental pour ces opérations fait mouvoir non-seulement les externes, mais aussi les internes en toute série, d'après les intimes les derniers et d'après Ses derniers les intimes ; ainsi lorsqu'il fait mouvoir la bouche pour parler, il fait mouvoir le poumon, le larynx, la glotte, la langue, les lèvres, et chaque chose distinctement selon sa fonction, ensemble, et aussi la face selon la convenance. De là il est évident que ce qui a été dit des formes naturelles du corps, doit être dit de même des formes spirituelles du mental, et que ce qui a été dit des opérations naturelles du corps, doit être dit de même des opérations spirituelles du mental ; c'est pourquoi, selon que l'homme dispose les externes, le Seigneur dispose les internes, ainsi autrement si l'homme dispose les externes par lui-même, et autrement s'ildispose les externes d'après leSeigneur et en môme temps comme par lui-même. Le Mental de l'homme est même homme en toute forme, car il est l'esprit de l'homme, esprit qui après la mort apparaît homme absolument comme dans le monde; et par conséquent des choses semblables sont dans l'un et dans l'autre. Ainsi ce qui a été dit de la conjonction des externes avec les internes dans le corps, doit être entendu aussi de la conjonction des externes avec les internes dans !e mental, avec cette seule différence que l'un est naturel, et l'autre spirituel.

182. lit. Si l'homme voyait manifestement la Divine Providence, ou it nierait Dieu, ou il se ferait Dieu. L'homme purement naturel dit en lui-même : « Qu'est-ce que la Divine Provi-

dence? Esl-ce autre chose ou plus qu'un mol répandu dans le vulgaire par le prêtre? Qui est-ce qui en a vu quelque chose? N'est-ce pas d'après la prudence, la sagesse, la ruse et la malice, que tout se fait dans le monde? Quant aux autres choses qui en dérivent ne sont-elles pas des nécessités et dcB conséquences, et même en grande partie des contingences? Est-ce que la Divine Providence se lient cachée dans ces choses? Comment peut-elle être dans des ruses et des fourberies? Et cependant on dit que la Divine Providence opère toutes choses l Fais-la moi donc voir, et j'y croirai; est-ce que quelqu'un peut j croire auparavant? « Ainsi parle l'homme purement naturel; mais autrement parle l'homme spirituel; celui-ci, parce qu'il reconnaît Dieu, reconnaît aussi la Divine Providence, et même il la voit; mais lui ne peut la manifester a un homme qui ne pense que dans la nature d'après la nalure;car celui-ci ne peut élever son mental au-dessus de la nature, ni voir dans les apparences de la nature quelque chose de la Divine Providence, ou en rien conclure d'après ses lois, qui sont aussi les lois de la Divine Sagesse ; si donc il la voyait manifestement, il la mêlerait avec la nature, et ainsi non-seulement il la voilerait par des illusions, mais même il la profanerait ; et, au lieu de la reconnaître, il la nierait; et celui qui de cœur nie la Divine Providence, nie aussi Dieu. Ou l'on pensera que c'est Dieu qui gouverne tout, ou l'on pensera que c'est la nature; celui qui pense que c'est Dieu qui gouverne tout, pense que c'est l'Amour même et la Sagesse même, ainsi la Vie même ; mais celui qui pense que c'est la nature qui gouverne tout, pense que c'est la chaleur naturelle et la lumière naturelle, qui cependant en elles-mêmes sont mortes, parce qu'elles procèdent d'un soleil mort. K'est-cc pas le vif même qui gouverne le morlîLe mort peut-il gouverner quelque chose? Si tu penses que le mort peut se donner la vie, tu es un insensé; la vie doit venir de la Vie.

183. Qu'il paraisse invraisemblable que si l'homme voyait manifestement la Divine Providence et son opération, il nierait Dieu, c'est parce qu'il semble que si quelqu'un la voyait manifestement, il ne pourrait faire autrement que de la reconnaître, et ainsi ne pourrait faire autrement que de reconnaître Dieu ; mais c'est néanmoins le contraire. La Divine Providence n'agit jamais en 13*.

union avec l'amour de la volonlé de l'homme, mais elle agît continuellement contre cet amour; car l'homme par son mal héréditaire esl toujours haletant vers l'enfer le plus profond, mais le Seigneur par sa Providence l'en détourne continuellement; et U l'en retire, d'abord vers un enfer plus doux, puis il le relire de l'enfer, et enfin il l'élève vers Lui dans le Ciel : cette opération de la Divine Providence est continuelle ; si donc l'homme voyait manifestement ou sentait manifestement celte action de détourner ou de retirer, il s'irriterait et considérerait Dieu comme un ennemi, et d'après le mal de son propre il le nierait; c'est pourquoi, afin que l'homme ne sache pas cela, il est tenu dans le libre, d'après lequel il ne sait rien autre chose, sinon qu'il se conduit luimême. Mais des exemples vont servir pour illustration : L'homme d'après l'héréditaire veut devenir grand, et il veut aussi devenir riche, et en tant que ces amours ne sont point réfrénés, il veut devenir plus grand et plus riche, et enfin le plus grand et le plus riche; et cela ne le satisferait pas encore, mais il voudrait devenir plus grand que Dieu même, et posséder le Ciel même : cette cupidité est cachée intimement dans le mal héréditaire, et par suite dans la vie de l'homme et dans la nature de sa vie. La Divine Providence n'enlève point ce mal en un moment, car si elle l'enlevait en un moment, l'homme ne vivrait pas; mais elle l'enlève tacitement et successivement, sans que l'homme en sache rien; cela a lieu en ce qu'il est permis à l'homme d'agir selon la pensée qu'il rend conforme à la raison, et alors elle le détourne par divers moyens, tant par des moyens rationnels que par des moyens civils et moraux, et ainsi il est détourné en tant que dans le libre il peut être délourné.Le mal ne peut pas non plus être enlevé à quelqu'un, à moins qu'il ne se montre, ne soit vu et ne soit reconnu ; il est comme une plaie qui ne peut être guérie, à moins qu'elle ne soit ouverte. Si donc l'homme savait et voyait que le Seigneur, par sa Divine Providence, opère ainsi contre l'amour de sa vie, d'où lui vient le plaisir suprême, il ne pourrait faire autrement que d'aller en sens contraire, et d'être exaspéré, de contester, de dire des choses dures, et enfin de repousser par son mal l'opération de la Divine Providence, on la niant, et ainsi en niant Dieu, surtout s'il voyait qu'elle s'oppose à ses succès, qu'il est renversé de la dignité

et privé de l'opulence. Toutefois, il faut qu'on sache que le Seigneur ne détourne jamais l'homme de rechercher des honneurs el d'acquérir des richesses, mais qu'il le détourne de la cupidité de rechercher des honneurs pour la prééminence seule ou pour lui-même, et de la cupidité d'acquérir des richesses pour l'opulence seule ou pour les richesses; mais quand il le détourne de ces cupidités, il l'introduit dans l'amour des usages, afin qu'il regarde la prééminence non pour lui mais pour les usages, ainsi afin qu'il appartienne aux usages et par suite a lui-même, el non à lui-même et par suite aux usages; il en est de même pour l'opulence. Que le Seigneur humilie continuellement les superbes et élève les humbles, Lui-Môme l'enseigne eu beaucoup d'endroits dans la Parole, et ce qu'il enseigne dans la Parole appartient aussi a sa Divine Providence.

ISA. 11 en est de même de tout autre mal, dans lequel est l'homme d'après l'héréditaire, par exemple, des adultères, des fraudes, des vengeances, des blasphèmes, et autres maux semblables, qui tous ne peuvent être éloignés, qu'autant que la liberté de les penser et de les vouloir a été laissée, et qu'ainsi l'homme les éloigne comme par lui-même, ce qui cependant ne peut être fait, à moins qu'il ne reconnaisse la Divine Providence, et ne l'implore pour que cela soit fait par elle : sans cette liberté, et en m6me temps sans la Divine Providence, ces maux seraient semblables à un poison pris et non vomi, qui bienlôt se répandrait de tout côté et donnerait la mort; ils seraient encore semblables à une maladie du cœur qui détruit en peu de lemps tout le corps.

185. Qu'il en soit ainsi, on ne peut mieux le savoir que d'après les hommes après la mort dans le monde spirituel ; la, pour la plupart, ceux qui dans le monde naturel étaient devenus grands et opulents, et n'avaient, dans les honneurs et aussi dans les richesses, eu en vue qu'eux seuls, parlent d'abord de Dieu et de la Divine Providence, comme s'ils les eussent reconnus de cœur : mais comme alors ils voient manifestement la Divine Providence, et d'après elle leur dernier sort, c'est-à-dire qu'ils iront dans l'enfer, ils se consignent là avec les diables, et alors non-seulement ils nient Dieu, mais encore ils blasphèment; et ensuite ils

tombent dans ce délire, de reconnaître pour leurs dieux les diables les plus puissants, et de ne désirer rien plus ardemment que de devenir aussi eux-mêmes des dieux.

186. Que l'homme irait à l'opposé de Dieu, et même le nierait, s'il voyait manifestement les opérations de sa Divine Providence, c'est parce que l'homme est dans le plaisir de son amour; et ce plaisir Tait sa vie même ; c'est pourquoi lorsque l'homme est tenu dans le plaisir de sa vie, il est dans son libre, car le libre et ce plaisir font un : si donc il percevait qu'il est continuellement détourné de son plaisir, il s'irriterait comme il ferait contre celui qui voudrait détruire sa vie, et qu'il regarderait comme ennemi. Afin que cela n'arrive pas, le Seigneur ne se montre pas manifestement dans sa Divine Providence, mais par elle il conduit l'homme aussi tacitement que le fait pour un navire un fleuve paisible ou un courant favorable : d'après cela, l'homme ne sait autre chose, sinon qu'il est continuellement dans son propre, car le libre fait un avec le propre ; de la il est évident que le libre approprie a l'homme ce que la Divine Providence introduit, ce qui n'aurait pas Heu si celle-ci se manifestait : ce qui est approprié, c'est ce qui devient chose de la vie.

187. IV. Il est donné à l'homme de voir la Divine Proviilence par derrière et non en face; puis aussi dans l'étal spirituel et non dans l'état naturel. Voir la Divine Providence par derrière et non en face, c'est la voir après et non avant; et la voir par l'état spirituel et non par l'état naturel, c'est la voir du Ciel et non du Monde. Tous ceux qui reçoivent l'influx du Ciel, et reconnaissent la Divine Providence, — principalement ceux qui, par la réformation, sont devenus spirituels, — quand ils voient des événements dans une certaine série admirable, voient pour ainsi dire la Providence d'après une reconnaissance intérieure, et ils la confessent; eux ne veulent pas la voir en face, c'est-à-dire, avant qu'elle existe, car ils craignent que leur volonté ne s'immisce dans quelque chose de son ordre et de son économie. Il en est autrement de ceux qui admettent non pas l'influx du Ciel, mais seulement l'influx du Monde, et principalement de ceux qui, en confirmant chez eux les apparences, sont devenus naturels; eux ne voient rien de la Divine Providence par derrière ou après clic,

mais ils veulent la voir en face ou avant qu'elle existe; et comme la Divine Providence opère par des moyens, et que les moyens se font par l'homme ou par le monde, il en résulte que, soil qu'ils la voient en foce ou par derrière, ils l'attribuent a l'homme ou à la nature, et ainsi se confirment à en nier l'existence. S'ils l'attribuent à l'homme ou à la nature, c'est parce que leur entendement est fermé par le haut, et seulement ouvert par le bas, par conséquent fermé du côté du ciel et ouvert du côté du monde, et que du monde oo ne peut voir la Divine Providence, tandis que du ciel on le peut. J'ai parfois pensé en moi-même, si ceux-ci reconnaîtraient la Divine Providence, dans le cas où leur entendement serait ouvert par le haut, et où ils verraienl comme dans la clarté du jour qu'en elle-même la nature est morte, et qu'en ellemême l'intelligence humaine est nulle, maïs que si l'une et l'autre apparaissent être, c'est d'après l'influx, et j'ai perçu que ceux qui se sont confirmés pour la nature et pour la prudence humaine, no reconnaîtraient pas 1a Divine Providence, parce que la lumière naturelle, qui influe d'en bas, éteindrait aussitôt la lumière spirituelle qui influe d'en haut

180. L'homme qui est devenu spirituel en reconnaissant Dieu, et sage en rejetant le propre, voit la Divine Providence partout dans le monde, et dans toutes et chacune des choses du monde; s'il regarde les choses naturelles, il la voit; s'il regarde les choses civiles, il la voit; s'il regarde les choses spirituelles, il la voit; et cela, tant dans ce qui est simultané que dans ce qui est successif; dans les fins, dans les causes, dans les effets, dans les usages, dans les formes, dans ce qui est grand et dans ce qui est petit, il la voit; principalement dans la salvation des hommes, en ce que Jéhovah a donné la Parole, et par elle les a instruits sur Dieu, sur le ciel et l'enfer, et sur la vie éternelle, et qu'il est venu Lui-Même dans le monde pour racheter et sauver les hommes : par la lumière spirituelle l'homme voit dans la lumière naturelle toutes ces choses et beaucoup d'autres, et en elles la Divine Providence. Mais l'homme purement naturel ne voit rien de tout cela ; il est comme celui qui voit un temple magnifique, et entend un prédicateur illuBtré dans les choses Divines, el qui, rentré chez lui, dit qu'il n'a vu qu'une maison de pierre, et n'a

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