‹ La sagesse angélique sur la divine ProvidenceChapitre 6 sur 16 · VU. [Toutes ces choses ne peuvent aeoir lieu, à moins · texte numérisé non relu

VU. [Toutes ces choses ne peuvent aeoir lieu, à moins

qu'il n'apparaisse à l'homme que par lui-mfime il pense et que par lui-même il dispose. Que s'il n'apparaissait pas à l'homme qu'il vit comme par lui-même, et qu'ainsi il pense et veut, parle et agit comme par lui-même, l'homme ne serait point homme, cela a été pleinement démoutré dans ce qui précède. Il suit de là, que si l'homme ne dispose pas, comme d'après sa propre prudence, toutes les choses qui appartiennent a sa fonction et à sa vie, il ne peut être ni conduit ni disposé d'après la Divine Providence ; car il serait comme quelqu'un qui se tiendrait les mains pendantes, la bouche ouverte, les yeux fermés et l'haleine retenue, dans l'attente de l'influx ; ainsi, il se dépouillerait de l'humain, qui est à lui d'après la perception et la sensation qu'il vit, pense, veut, parle et agit comme par lui-même; et en même temps il se dépouillerait de ses deux facultés, qui sont la Liberté et la Rationalité, par lesquelles il est distingué des bètes : que sans cette apparence aucun homme n'aurait ni le réceptif ni le réciproque, ni par conséquent l'immortalité, c'est ce qui a été démontré ci-dessus dans ce Traité, et dans le Traité op Divin Amour et de la Divike Sagesse. Si donc tu veux être conduit par la Divine Providence, fais usage de la prudence, comme le serviteur ou l'intendant qui administre fidèlement les biens de son maître : cette prudence est la mine, qui a été donnée aux serviteurs pour la faire valoir, et dont ils doivent rendre compte, — Luc, XIX. 13 à 25. Matth. XXV. IZi à 31. — La prudence elle-même parait à l'homme comme propre ; et tant que l'homme croit qu'elle lui est propre, il tient renfermé en lui l'ennemi le plus acharné de Dieu et de la Divine Providence, c'est-a-dira, l'amour de soi ; cet amour habite dans les intérieurs de chaque homme d'après la naissance; si tu ne le connais pas, — car il veut ne pas être connu, — il habite en sécurité, et il garde la porte, afin qu'elle ne soit pas ouverte par l'homme, et qu'ainsi il ne soit pas chassé par le Seigneur. Cette porte est ouverte par l'homme, lorsqu'il fuit comme par lui-même les maux comme péchés, en reconnaissant que c'est par le Seigneur. C'est avec cette prudence que la Divine Providence fait un.

211. Si la Divine Providence opère si secrètement, qu'il est à peine quelqu'un qui sache qu'elle existe, c'est afin que l'homme ne périsse pas ; car le propre de l'homme, qui est sa volonté, ne

fait jamais un avec la Divine Providence ; il y a dans le propre de l'homme une inimitié innée contre elle ; car ce propre est le serpent qui séduisit nos premiers parents, et duquel il est dit : « Inimitiè je mettrai entre toi et ta femme, et entre ta semence et sa semence, et sa semence t'écrasera la tête. » — Gen. III. 15 ; — le serpent est le mal de tout genre, sa tète est l'amour de soi, la semence de la femme est le Seigneur; l'inimitié mise entre eux, c'est entre l'amour du propre de l'homme et le Seigneur, par conséquent aussi entre la propre prudence de l'homme et la Divine Providence du Seigneur, car la propre prudence ne cesse pas de lever celle téte, et la Divine Providence ne cesse pas de l'abaisser. Si l'homme sentait cela, il s'irriterait et s'emporterait contre Dieu, et il périrait; tandis que ne le sentant pas, il peut s'irriter et s'emporter contre les hommes, et contre lui-même, et aussi contre la fortune, et par là il ne périt pas. De là vient que le Seigneur par sa Divine Providence conduit continuellement l'homme dans le libre, et le libre ne se présente à l'homme que comme étant son propre : or conduire dans le libre quelqu'un opposé à celui qui ' conduit, c'est comme soulever de terre un poids lourd et résistant avec des machines, par la force desquelles la pesanteur et îa résistance ne sont point senties ; c'est aussi comme si quelqu'un était chez un ennemi qui aurait, sans qu'il le sût, L'intention de le tuer, et qu'un ami le fit sorlir par des passages inconnus, et lui dévoilât ensuite l'intention de l'ennemi.

212. Qui est-ce qui ne parle pas de la fortune, et qui est-ce qui. ne la reconnaît pas, puisqu'il en parle, et puisqu'il en sait quelque chose par expérience? mais qui esl-ce qui sait ce que c'est que la fortune? Que ce soit quelque chose, puisqu'elle est et puisqu'elle a lieu, on ne peut pas le nier; or elle ne peut être quelque chose et ne peut avoir lieu sans une cause ; mais la cause de ce quelque chose ou de la fortune est inconnue ; toutefois, pour qu'elle ne soit pas niée par cela seul que la cause est inconnue, prends des dés ou des cartes, et joue, ou consulLe des joueurs; qui d'entre eux nie la fortune 7 car ils jouent merveilleusement, eux avec elle, et elle avec eux ; qui peut lutter contre elle, si elle s'obstineî Ne rit-elle pas alors de la prudence et de la sagesse? Tandis que tu remues les dés, ou que lu bats les caries, ne semble-t-il pas qu'elle sait

SDR LA DIVINE TROVIDENCE. i73

et dispose les mouvements des mains, pour favoriser d'après certaine cause l'un plus que l'autre T Est-ce que la cause peut venir d'autre part que de la Divine Providence dans les derniers, où, par les choses constantes et inconstantes, elle agit merveilleusement avec la prudence humaine, et en même temps se cacheï Que les Gentils aient jadis reconnu la Fortune et lui aient élevé un temple, même les Italiens à Rome, cela est notoire. Sur cette Fortune, qui est, comme il vient d'être dit, la Divine Providence dans les derniers, il m'a été donné de savoir beaucoup de choses qu'il ne m'est pas permis de manifester : par ces choses il est devenu évident pour moi que ce n'est ni une illusion du mental, ni un jeu de la nature, ni quelque chose sans cause, car ceci n'est rien, mais que c'est un témoignage oculaire que la Divine Providence est dans les très-singuliers des pensées et des actions de l'homme. Puisque la Divine Providence est dans les très- singuliers de choses si viles et si frivoles, pourquoi ne serait-elle pas dans les très-singuliers de choses ni viles ni frivoles, qui sont les choses de paix et de guerre dans le Monde, et les choses de salut et de vie dans le Ciel.

213. Mais je sais que la prudence humaine entraîne dans son parti le rationnel plus que la Divine Providence ne l'entraîne dans le sien, par cette raison que la Divine Providence ne se manifeste point, et que la prudence humaine est en évidence. On peut admettre plus facilement qu'il y a une Vie unique, qui est Dieu, et que tous les hommes sont des récipients de la vie qui procède de Dieu, comme il a déjà été montré plusieurs fois; et, cependant, c'est la même chose, puisque la prudence appartient à la vie. Qui est-ce qui, en raisonnant, ne parle pas en faveur de la propre prudence et de la nature, lorsqu'il raisonne d'après l'homme naturel ou externe? Et qui est-ce qui, en raisonnant, ne parle pas en faveur de la Divine Providence et de Dieu, lorsqu'il raisonne d'après l'homme spirituel ou interne? Mais, je t'en prie, dirai-je à un homme naturel, écris deux livres, et remplis-les d'arguments plausibles, probables et vraisemblables, solides selon ton jugement, l'un en faveur de la propre prudence, l'autre en faveur de la nature; et ensuite remels-les entre les mains d'un Ange, et je sais qu'il écrira au-dessous ces quelques mots : Toutes ces choses sont des Apparences et des Illusions. lû*.

La Divine Providence considère tes choses Éternelles, et ne considère les temporelles qu'autant qu'elles concordent avec les éternelles.

2iù. Que la Divine Providence considère les choses éternelles, el ne considère les temporelles qu'autant qu'elles font un avec les éternelles, cela va être démontré dans cet ordre : I. Les choses temporelles se réfèrent aux dignités et aux richesses, ainsi aux honneurs et aux gains, dans le Monde. II. Les choses éternelles se réfèrent aux honneurs et aux richesses spirituels, qui appartiennent a l'amour et à la sagesse, dans le Ciel. m. Les choses temporelles et les choses éternelles sont séparées par l'homme, mais sont conjointes par le Seigneur. IV. La conjonction des choses temporelles et des choses éternelles est la Divine Providence du Seigneur.

215. L Les choses temporelles se réfèrent aux dignités et aux richesses, ainsi aux lionneurs et aux gains, dans le Monde. H y a un grand nombre de choses temporelles, mais néanmoins toutes se réfèrent aux dignités et aux richesses ; par les choses temporelles il est entendu celles qui, ou périssent avec le temps, ou cessent avec la vie de l'homme dans le monde seulement; mais par les choses éternelles il est entendu celles qui ne périssent point et ne cessent point avec le temps, ni par conséquent avec la vie dans le monde. Puisque, ainsi qu'il a été dit, toutes les choses temporelles se réfèrent aux dignités et aux richesses, il est important de connaître les points suivants, a savoir : Ce que c'est que les dignités el les richesses, et d'où elles viennent ; quel est l'amour des dignités et des richesses pour elles-mêmes, et quel est l'amour des dignités et des richesses pour les usages ; que ces deux amours sont distincts entre eux comme l'Enfer et le Ciel ; que la différence de ces amours est difficilement connue do l'homme : mais chacun de ces points va être traité séparément Premièrement. Ce que c'est que les dignités et tes richesses, et d'oii elles viennent. Les dignités et les richesses, dans les temps très-anciens, étaient tout autres qu'elles ne devinrent ensuite successivement : dans les temps très-auciens les dignités n'é-

SUIt LA DIVIKE PROVIDENCE.

talent autres que celles qui existent entre parents et enfants ; ces dignités étaient des dignités d'amour, pleines de respect et de vénération, non à cause de la naissance que les enfants avaient reçue de leurs parents, mais à cause de l'instruction et de la sagesse qu'ils en recevaient, ce qui était une seconde naissance, en elle-même spirituelle, puisqu'elle concernait leur esprit : c'était la la seule dignité dans les temps très-anciens, parce qu'alors on habitait séparément par nations, familles et maisons, et non sous des gouvernements comme aujourd'hui : c'est chez le père de famille qu'était cette dignité : ces temps ont été nommés siècles d'or par les anciens écrivains. Mais, après ces temps, l'amour de dominer par le seul plaisir de cet amour fit successivement invasion ; et comme l'inimitié et l'hostilité contre ceux qui ne voulaient pas se soumettre firent en même temps invasion, la nécessité contraignit les nations, les familles et les maisons a se réunir en assemblées, et à se choisir un chef que dans le principe on nomma juge, et dans la suite prince, et enfin roi el empereur : et alors on commença aussi à se mettre en défense au moyen de tours, de remparts et de murailles. Semblable à une contagion, le désir désordonné de dominer se répandit du juge, du prince, du roi el de l'empereur, chez plusieurs, comme de la tête dans le corps; de là sont provenus les degrés de dignités, el aussi les honneurs selon ces dignités, et avec eux l'amour de soi et le faste de la propre prudence. 11 en fut de même de l'amour des richesses : dans les temps très-anciens, quand les nations el les familles habitaient entre elles séparément, il n'y avait d'autre amour des richesses que celui de posséder les choses nécessaires à la vie, qu'on se procurait au moyen de troupeaux de gros el de menu bétail, de champs, de prairies el de jardins, dont on tirait les aliments : au nombre des choses nécessaires à la vie étaient encore des maisons convenables, garnies de meubles de toute espèce, et aussi des vêtements : le soin et l'administration de toutes ces choses formaient l'occupation des parents, des enfants, des serviteurs el des servantes qui étaient dans la maison. Mais après que l'amour de dominer eut fait invasion et détruit celte République, l'amour de posséder des richesses au-delà des nécessités lit aussi invasion, et s'accrut au point de vouloir posséder

lus richesses de tous les autres. Ces deux amours sont comme des frères consanguins ; en effet, celui qui veut dominer sur toutes choses, veut aussi posséder toutes choses; car ainsi tous deviennent esclaves, et ceux-là seuls sont maîtres : cela est bien évident d'après ceux qui, dans le catholicisme-romain, ont élevé leur domination jusque dans le Ciel sur le trône du Seigneur, où ils se sont assis, en ce qu'ils recherchent aussi les richesses de toute la terre, et augmentent sans fin leurs trésors. Secoboement, Quel est l'amour des dignités et des richesses pour elles-mêmes, et quel est l'amour des dignités et des richesses pour les usages. L'amour des dignités et des honneurs pour les dignités et les honneurs, est l'amour de soi, proprement l'amour de dominer d'après l'amour de soi ; et l'amour des richesses et de l'opulence pour les richesses et l'opulence, est l'amour du monde, proprement l'amour de posséder les biens des autres par un moyen quelconque : mais l'amour des dignités et des richesses pour les usages, est l'amour des usages, qui est le même que l'amour du prochain; car ce pour quoi l'homme agit, est la fin à quo, et le premier ou le principal, et les autres choses sont les moyens et sont secondaires. Quant à l'amour des dignités et des honneurs pour les dignités et les honneurs, qui est le même que l'amour de soi, et proprement le même que l'amour de dominer d'après l'amour de soi, c'est l'amour du propre, et le propre de l'homme est tout mal; c'est de là qu'il est dit que l'homme naît dans tout mal, et que son héréditaire n'est autre chose que le mal; l'héréditaire de l'homme est son propre, dans lequel il est, et dans lequel il vient par l'amour de soi, et principalement par l'amour de dominer d'après l'amour de soi ; car l'homme qui est dans cet amour ne considère que lui-même, et plonge ainsi dans son propre ses pensées et ses affections : de là vient que dans l'amour de soi il y a l'amour de malfaire; et cela, parce qu'il n'aime pas le prochain, et n'aime que soi, et celui qui n'aime que soi ne voit les autres que hors de soi, ou les voit comme des hommes vils, ou comme des hommes de néant, qu'il méprise en les comparant à lui-même; et il regarde comme rien de leur faire du mal : il résulte de là que celui qui est dans l'amour de dominer d'après l'amour de soi regarde comme rien de tromper le prochain, de commettre adultère avec son

épouse, de le calomnier, de respirer contre lui la vengance jusqu'à la mort, d'exercer sur lui des cruautés, et autres choses semblables : l'homme lient cola de ce que le diable lui-même, avec lequel il a été conjoint, et par lequel il est conduit, n'est autre que l'amour de dominer d'après l'amour de soi ; et celui qui est conduit par le diable, c'est-à-dire, par l'enfer, est conduit dans tous ces maux ; et il est conduit continuellement par les plaisirs de ces maux : de là vient que tous ceux qui sont dans l'enfer veulent faire du mal à tous, tandis que ceux qui sont dans le ciel veulent faire du bien à tous. D'après cette opposition existe ce qui est dans le milieu, où est l'homme; et l'homme est là comme dans un équilibre, afin qu'il puisse se tourner ou vers l'enfer ou vers le ciel; et autant il favorise les maux de l'amour de soi, autant il se tourne vers l'enfer, mais autant il les éloigne de lui, autant il se tourne vers le ciel. Il m'a été donné de sentir quel est le plaisir de dominer d'après l'amour de soi, et combien il est grand ; j'ai été mis dans ce plaisir, afin que je le connusse, et il était tel, qu'il surpassait tous les plaisirs qui sont dans le monde; c'était le plaisir du mental tout entier depuis ses intimes jusqu'à ses derniers, mais dans le corps il n'était senti que comme une sorte de volupté et de bien-être par un gonflement de la poitrine; il me fut aussi donné de sentir que de ce plaisir, comme de leur source, découlaient les plaisirs de tous les maux, lels que ceux de commettre adultère, de se venger, de tromper, de blasphémer, et en général de malfaire, il y a aussi un semblable plaisir dans l'amour de posséder les richesses des autres par un moyen quelconque, et dans les convoitises qui en sont des dérivations ; mais cependant il n'est pas au même degré, à moins que cet amour n'ait été conjoint avec l'amour de soi. Quant à ce qui concerne les dignités et les richesses, non pour elles-mêmes, mais pour les usages, ce n'est point là l'amour des dignités et des richesses, mais c'est l'amour des usages, auquel les dignités et les richesses servent de moyens; cet amour est céleste : mais il en sera parlé plus au long dans la suite. Troisièmement. Ces deux amours sont distincts entre eux comme t'Enfer et le Ciel. Cela est évident d'après les explications qui viennent d'être données; j'y ajouterai celles-ci j Tous ceux qui sont dans l'amour de dominer d'après l'amour de

soi sont, quant à l'esprit, dans l'enfer, quels qu'ils soient, grands ou petits; et tous ceux qui sont dans cet amour sont dans l'amour de lous les maux ; s'ils ne les commettent pas, toujours est-il que dans leur esprit ils les croient permis, et par suite ils les commettent de corps quand la dignité, l'honneur et la crainte de la loi n'y mettent pas obstacle : et, qui plus est, l'amour de dominer d'après l'amour de soi renferme intimement en soi la haine contre Dieu, par conséquent contre les Divins qui appartiennent à l'Église, et principalement contre le Seigneur; s'ils reconnaissent Dieu, ils font cela seulement de bouche, et s'ils reconnaissent les Divins de l'Église, ils le font par la crainte de la perle de l'honneur. Si cet amour renferme intimement la haine contre le Seigneur, c'est parce que dans cet amour il y a intimement qu'il veut être Dieu, car il se vénère et s'adore seul; de là vient que si quelqu'un l'honore, jusqu'au point de dire qu'il y a en lui la Divine Sagesse, et qu'il est ia Déité du globe, il l'aime de tout cœur. Il en est autrement de l'amour des dignités et des richesses pour les usages ; cet amour est céleste, parce que, ainsi qu'il a été dit, il est le même que l'amour du prochain. Par les usages sont entendus les biens, et par suite par faire les usages il est entendu faire les biens; et par faire les usages ou les biens il est entendu être utile et rendre service aux autres ; ceux-ci, quoiqu'ils soient dans une dignité et dans l'opulence, ne considèrent cependant la dignité et l'opulence que comme des moyens pour faire des usages, par conséquent pour Être utiles et rendre service. Ce sont eux qui sont entendus par ces paroles du Seigneur : « Quiconque voudra parmi vous devenir grand, qu'il soit votre servant ; et quiconque voudra être premier, qu'il soit votre serviteur. » — Mallh. XX. 26, 27. — Ce sont aussi eux, à qui il est accordé par le Seigneur une domination dans le Ciel, car pour eux la domination est un moyen de faire des usages ou des biens, par conséquent de servir, et quand les usages ou les biens sont les fins ou les amours, alors ce ne sont point eux qui dominent, mais c'est le Seigneur, car tout bien vient du Seigneur. Quatrièmement. différence de ces amours est difficilement connue de l'Iiommc. C'est parce que la plupart de ceux qui sont dans une dignité et dans l'opulence font aussi des usages ; mais on ne sait pas s'ils

font les usages pour eux-mêmes, ou s'ils les font pour les usages; et on le sait d'auLant moins, que chez ceux qui sont dans l'amour de soi et du monde il y a plus de feu el d'ardeur pour faire les usages que chez ceux qui ne sont point dans l'amour de soi et du monde; mais les premiers font les usages pour la réputation ou pour le gain, ainsi pour eux-mêmes; mais ceux qui font les usages pour les usages, ou les biens pour les biens, les font non d'après euxmêmes, maïs d'après le Seigneur. La différence entre eux peut difficilement être connue de l'homme; et cela, parce que l'homme ne sait pas s'il est conduit par le diable, ou s'il est conduit par le Seigneur ; celui qui est conduit par le diable fait les usages pour soi et pour le monde ; mais celui qui est conduit par le Seigneur fait les usages pour le Seigneur et pour le Ciel ; el tous ceux-là, qui fuient les maux comme péchés, font les usages d'après le Seigneur, tandis que tous ceux-là, qui ne fuient pas les maux comme péchés, font les usages d'après le diable ; car le mal est le diable, et l'usage ou le bien est le Seigneur; par là, et non d'une autre manière, est connue la différence : dans la forme externe l'un et l'autre paraissent semblables, mais dans la forme interne ils sont tout à fait différents ; l'un est comme de l'or au dedans duquel il y a des scories, mais l'autre est comme de l'or qui au dedans est de l'or pur; l'un aussi est comme un fruit artificiel qui, dans la forme externe, paraît comme le fruit d'un arbre, quoique cependant ce soit de la cire coloriée, au dedans de laquelle il y a de la poussière ou du bitume; mais l'autre est comme un fruit excellent, d'une saveur et d'une odeur agréables, dans lequel il y a des semences.

216. II. Les choses éternelles se réfèrent aux honneurs et aux richesses spirituels, qui appartiennent à l'amour et à ta sagesse, dans le Ciel. Puisque l'homme naturel appelle biens les plaisirs de l'amour de soi, qui sont aussi les plaisirs des convoitises du mal, et qu'il confirme aussi que ce sont des biens, il appelle par conséquent bénédictions divines les honneurs et les richesses ; mais quand cet homme naturel voit que les méchants sont élevés aux honneurs et parviennent aux richesses de même que les bons; el, à plus forte raison, quand il voit que des bons sont dans le mépris et dans la pauvreté, tandis que des méchants sont dans la gloire et dans l'opulence, il pense en lui-même:

Qu'est-ce que celaî Ce ne peut pas être de la Divine Providence; car si elle gouvernait toutes choses, elle comblerait d'honneurs et de richesses les bons, et elle affligerait de pauvreté et de mépris les méchants ; et ainsi elle forcerait les méchants à reconnaître qu'il y a un Dieu et une Divine Providence. Mais l'homme naturel, à moins qu'il n'ait été illustré par l'homme spirituel, c'est-à-dire, à moins qu'il ne soit en même temps spirituel, no voit point que les honneurs et les richesses peuvent être des Bénédictions, et qu'ils peuvent aussi être des Malédictions; et que, quand ils sont des bénédictions, ils viennent de Dieu, mais que, quand ils sont des malédictions, ils viennent du diable; qu'il y ait aussi des honneurs et des richesses qui viennent du diable, cela est connu; car c'est de là qu'il est appelé le prince du monde. Maintenant, puisqu'on ignore quand les honneurs et les richesses sont des bénédictions, et quand ils sont des malédictions, il faut le dire, mais ce sera dans cet ordre : 1° Les honneurs et les richesses sont des bénédictions, et ils sont des malédictions. 2" Les honneurs et les richesses, quand ils sont des bénédictions, sont spirituels et éternels; maïs quand ils sont des malédictions, ils sont temporels et périssables. 3° Les honneurs et les richesses, qui sont des malé- . dictions, respectivement aux honneurs et aux richesses qui sont des bénédictions, sont comme rien respectivement à tout, et comme ce qui en soi n'est pas respectivement à ce qui en soi est.

217. Ces trois points vont maintenant être séparément illustrés. Premièrement. Les honneurs et tes richesses sont des bénédictions, et ils sont des malédictions. La commune expérience atteste que tant les hommes pieux que les impies, ou tant les justes que les injustes, c'est-à-dire, tant les bons que les méchants, sont dans les dignités et dans les richesses; et cependant personne ne peut nier que les hommes impies et injustes, c'est-à-dire, les méchants, vont dans l'Enfer, et que les hommes pieux et justes, c'est-à-dire, les bons, vont dans le Ciel. Puisque cela est vrai, il s'ensuit que les dignités et les richesses, ou les honneurs et l'opulence, sont ou des bénédictions ou des malédictions, et que chez les bons elles sont des bénédictions, et chez les méchants des malédictions. Dans le Traité du Ciel et de l'Enfer, publié à Londres en 1758, N- 357 à 365, il a été montré que dans le Ciel, et

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de même dans l'Enfer, il y a aussi bien des riches que des pauvres, et aussi bien des grands que des petits; d'où il est évident que chez ceux qui sont dans le Ciel les dignités et les richesses dans le monde ont été des bénédictions, et que chez ceux qui sont dans l'Enfer, elles ont, dans le monde, été des malédictions. Or, tout homme, pour peu qu'il y pense en consultant la raison, peut savoir d'où vient qu'elles sont des bénédictions, et d'où vient qu'elles sont des malédictions ; c'est-à-dire qu'elles sont des bénédictions chez ceux qui ne mettent pas en elles leur cœur, et qu'elles sont des malédictions chez ceux qui mettent en elles leur cœur; mettre en elles son cœur, c'est B'aimer soi-même en elles, et ne pas mettre en elles son cœur, c'est aimer en elles les usages et non soi-même. Ce que c'est que la différence entre ces deux amours, et quelle eBt cette différence, cela a été dit ci-dessus, K° 215 : il faut y ajouter que les dignités et les richesses séduisent les uns et ne séduisent pas les autres; elles séduisent quand elles excitent les amours du propre de l'homme, qui est l'amour de soi, lequel, ainsi qu'il a aussi été dit ci-dessus, est l'amour de l'enfer, qui est appeJé le diable; mais elles ne séduisent pas quand elles n'excitent pas cet amour. Si les méchants comme les bons sont élevés aux honneurs et parviennent aux richesses, c'est parce que les méchants de même que les bons font des usages, mais les méchants pour les honneurs et le profit de leur personne, et les bons pour les honneurs et le profit de la chose elle-même; ceux-ci regardent les honneurs et le profit de la chose comme causes principales, et les honneurs et le profit de leur personne comme causes instrumentales, tandis que les méchants regardent les honneurs et le profit de la personne comme causes principales, et les honneurs et le profit de la chose comme causes instrumentales ; mais qui est-ce qui ne voit pas que ia personne, sa fonction et son honneur, sont pour la chose qui est administrée, et non vice versa? Qui est-ce qui ne voit pas que le juge est pour la justice, le magistrat pour la chose commune, et le roi pour le royaume, et non vice versd? C'est aussi pour cela que, selon les lois du royaume, chacun est en dignité et honneur selon la dignité de la chose dont il exerce la fonction; et qu'il existe une différence comme entre le principal et l'instrumental. Celui qui attribue à soi-même ou à 1C.

sa personne l'honneur de la chose apparaît dans le .Monde spirituel, quand cela est représenté, comme un homme dont le corps est renversé, ayant les pieds en haut et la t61e en bas. Secondement. Les dignités et les richesses, quand cites sont des bénédictions, sont spirituelles et éternelles ; et quand elles sont des ytatédictions, elles sont temporelles et ■périssables. Dans le Ciel, il y a des dignités et des richesses comme dans le monde; car là il y a des gouvernements, et par conséquent des administrations et des fonctions, et il y a aussi des commerces, et par conséquent des richesses, puisqu'il y a des sociétés et des assemblées. Le Ciel entier a été distingué en deux Royaumes, dont l'un est appelé Royaume céleste, et l'autre Royaume spirituel, et chaque Royaume a été partagé en d'innombrables Sociétés, les unes plus grandes, les autres plus petites, qui toutes, et tous dans chacune, ont été disposées en ordre selon les différences de l'amour et de la sagesse ; les sociétés du Royaume céleste, selon les différences de l'amour céleste, qui est l'amour envers le Seigneur; et les sociétés du Royaume spirituel, selon les différences de l'amour spirituel, qui est l'amour a L'égard du prochain : puisqu'il y a de telles sociétés, et que tous ceux qui sont dans ces sociétés ont élé hommes dans le monde, et par suite retiennent en eux les amours qu'ils ont eus dans le monde, avec celte différence qu'alors eux sont hommes spirituels, et que les dignités elles-mêmes et les richesses elles-mêmes sont spirituelles dans le Royaume spirituel, et célestes dans le Royaume céleste, il s'ensuit que ceux qui ont plus d'amour et de sagesse que les autres sont de préférence aux autres dans les dignités et dans les richesses; ce sont ceux pour qui les dignités et les richesses dans le monde ont élé des bénédictions. D'après cela, on peut voir quelles sont les dignités el les richesses spirituelles, à savoir, qu'elles appartiennent à la chose et non à la personne ; ceux, il est vrai, qui sont là dans les dignités, sont dans la magnificence et la gloire comme les rois sur la terre; mais néanmoins ils ne regardent point la dignité elle-même comme quelque chose, mats ils considèrent les usages dans l'administration et la fonction desquelles ils sont; ils reçoivent, il est vrai, des honneurs, chacun ceux de sa dignité ; mais ils ne s'attribuent pas ces honneurs, ils les attribuent aux usages mêmes ; et comme tous les

usages viennent du Seigneur, ils les attribuent au Seigneur de qui ils procèdent : telles sont donc les dignités et les richesses spirituelles, qui sont éternelles. Mais il en est tout autrement a l'Égard de ceux pour qui les dignités et les richesses dans le monde ont été des malédictions; comme ceux-ci les ont attribuées à euxmêmes et non aux usages, et qu'ils n'ont pas voulu que les usages dominassent sur eux, mais voulaient dominer sur les usages, qu'ils ne répudient comme usages, qu'en tant qu'ils servaient a leur honneur et à leur gloire, ils sont par conséquent dans l'enfer, et ils y sont de vils esclaves, dans le mépris et la misère; c'est pourquoi, puisque ces dignités et ces richesses périssent, elles sont dites temporelles et périssables. Le Seigneur donne sur celles-ci et sur celles-là celte instruction : « Ne vous amassez pas des trén sors sur la terre, où teigne et rouille détruisent, et où voleurs » percent et volent; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, « où ni teigne ni rouille ne détruisent, et où voleurs ne percent ni « ne volent ; car où est votre trésor, là aussi est votre cœur, n — Matin, VI. 19, 20, 21. — Troisièmement. Les dignités et tes richesses, qui sont des malédictions, respectivement aux dignités et aux richesses qui sont des bénédictions, sont comme rien respectivement à tout, et comme ce qui en soi n'est pas respectivement à ce qui en soi est. Tout ce qui périt et ne devient pas quelque chose n'est point intérieurement en soi quelque chose; il est vrai qu'extérieurement c'est quelque chose, et que cela apparaît même comme beaucoup, et à quelques-uns comme tout, tant que cela dure, mais non intérieurement en soi ; c'est comme une surface, au dedans de laquelle il n'y a rien ; c'est aussi comme un acteur dans un costume royal, quand la pièce de théâtre est finie : mais ce qui demeure pour l'éternité est en soi perpétuellement quelque chose, ainsi tout ; et cela aussi Est, parce que cela ne cesse pas d'être.

218. HI. Les choses temporelles et les choses étemelles sont séparées par l'homme, mais sont conjointes par le Seigneur. Si cela est ainsi, c'est parce que toutes les choses de l'homme sont temporelles, d'où il résulte que l'homme peut être appelé temporel, et que toutes les choses du Seigneur sont éternelles, d'où il résulte que !e Seigneur est appelé Éternel ; et les choses tempo-

relies sont celles qui ont une fin et périssent, mais les choses éternelles sont celles qui n'ont point de fin et ne périssent point. Que ces deux sortes de choses ne puissent être conjointes que par la sagesse infinie du Seigneur, et qu'ainsi elles puissent être conjointes par le Seigneur et non par l'homme, chacun peut le voir. Mais afin qu'on sache que ces deux sortes de choses sont séparées par l'homme, et sont conjointes par le Seigneur, cela va être démontré dans cet ordre : 1° Ce que c'est que les choses temporelles, et ce que c'est que les choses éternelles. 2° L'homme est temporel en soi, et le Seigneur est éternel en soi, et par conséquent de l'homme il ne peut procéder que ce qui est temporel, et du Seigneur que ce qui est éternel. 3° Les choses temporelles séparent d'avec elles les choses éternelles, et les choses éternelles se conjoignent les choses temporelles. h° Le Seigneur se conjoint l'homme au moyen des apparences. 6" Et au moyen des correspondances.

219. Mais ces propositions vont être séparément illustrées et confirmées par elles-mêmes. Premièrement. Ce que c'est que tes choses temporelles, et ce que c'est que les choses éternelles. Les choses temporelles sont toutes celles qui sont propres à ta nature, et qui par suite sont propres à l'homme : les propres de la nature sont principalement les espaces et les temps, les uns et les autres avec limite et terme; les propres de l'homme qui en dérivent sont les choses qui appartiennent à sa propre volonté et à son propre entendement, et celles qui par suite appartiennent a son affection et à sa pensée, principalement celles qui appartiennent a sa prudence ; que ces choses soient finies et limitées, cela est connu. Mais les choses éternelles sont toutes les choses qui sont les propres du Seigneur, et qui d'après Lui sont comme propres a l'homme : les propres du Seigneur sont toutes les choses infinies et éternelles, ainsi sans temps, par conséquent sans limite et sans fin : celles qui sont par suite comme propres à l'homme son! pareillement infinies et éternelles; toutefois, rien de ces choses n'appartient a l'homme, mais elles appartiennent au Seigneur seul chez l'homme. Secondement. L'homme est temporel en soi, et le Seigneur est éternel en soi, et par conséquent de l'homme il ne peut procéder que ce qui est temporel, et du Seigneur que ce

ijui est éternel. Que l'homme soit temporel en soi, et que le Seigneur soit éternel en soi, cela a été dit ci-dessus. Puisque de queiqu'uo il ne peut procéder autre cliose que ce qui est en lui, il s'ensuit que de l'homme ii ne peut procéder autre chose que ce qui est temporel, et du Seigneur autre chose que ce qui est éternel; en effet, l'infini ne peut pas procéder du fini; qu'il en puisse procéder est contradictoire ; néanmoins l'infini peut procéder du fini, non cependant du fini, mais de l'infini par te moyen du fini : réciproquement aussi, le fini ne peul pas procéder de l'infini ; qu'il en puisse procéder est de même contradictoire; néanmoins le fini peul être produit par l'infini; mais ce n'est point là procéder, c'est créer ; sur ce sujet, voir la Sagesse Angélique sur le Divin Amour et la Divine Sagesse, depuis le commencement jusqu'à la fin. C'est pourquoi, si du Seigneur procède le fini, comme il arrive en beaucoup de choses chez l'homme, il procède non du Seigneur, mais de l'homme; et it peul être dit procéder du Seigneur au moyen de l'homme, parce que cela apparaît ainsi. Ceci peut être illustré par ces paroles du Seigneur : « Que votre parole soit: i> Oui, oui; non, non; ce qui est en sus de cela vient du mal. » — Matth. V. 37 ; — lel est le langage pour tous dans le troisième Ciel; car eux ne raisonnent jamais sur les choses Divines, à savoir, si telle chose est ainsi ou n'est pas ainsi ; mais ils voient en eux-mêmes par le Seigneur qu'elle est ainsi ou n'est pas ainsi ; si donc l'on raisonne sur les choses Divines, à savoir, si elles sont ainsi ou non, c'est parce qu'on ne les voil pas par le Seigneur, et qu'on veut les voir par soi-même, et ce que l'homme voit par luimême est le mal. Mais toujours est-il que le Seigneur veut nonseulement que l'homme pense et parle sur les choses Divines, mais aussi qu'il raisonne sur elles, pour cette fin qu'il voie si telle chose est ainsi ou n'est pas ainsi ; et cette pensée, ce langage, ou ce raisonnement, pourvu qu'il y ait pour fin de voir la vérité, peuvent être dits venir du Seigneur chez l'homme, mais c'est de l'homme qu'ils viennent, jusqu'à ce qu'il voie la vérité et la reconnaisse : toutefois, c'est seulement par le Seigneur qu'il peut penser, parler et raisonner, car il le peut d'après les deux facultés, qui sont appelées Liberlé et RalionaliLé, facultés qui sont £. l'homme par le Seigneur seul. Troisièmement, hes choses ton- 16*.

poreltes séparent d'avec cites tes choses Éternelles, et les choses éternelles se conjoignent les choses temporelles. Par les choses temporelles séparent d'avec elles les choses éternelles, il est entendu que l'homme qui est temporel fait ainsi d'après les choses temporelles en lui; et par les choses Éternelles se conjoignent les choses temporelles, il est enlendu que le Seigneur qui est éternel fait ainsi d'après les choses éternelles en lui, comme il a été dit ci-dessus. Dans ce qui précède il a été montré qu'il y a conjonction du Seigneur avec l'homme, et conjonction réciproque de l'homme avec le Seigneur, mais que la conjonction réciproque de l'homme avec le Seigneur vient non pas de l'homme, mais du Seigneur; puis aussi, que la volonté de l'homme va en sens contraire de li volonté du Seigneur, ou, ce qui est la même chose, que la propre prudence de l'homme va en sens contraire de la Divine Providence du Seigneur ; de ces propositions il résulte que l'homme d'après ses choses temporelles sépare d'avec lui les choses éternelles du Seigneur, mais que le Seigneur conjoint ses clioses éternelles aux choses temporelles de l'homme, c'est-à-dire, se conjoint à l'homme et conjoint l'homme a Lui : comme ce sujet a été traité au long dans ce qui précède, il est inutile de le confirmer davantage. Quatrièmement. Le Seigneur se conjoint l'homme au moyen des apparences. En effet, c'est une apparence, que l'homme par lui-même aime le prochain, fait le bien et dit le vrai ; si cela n'apparaissait pas à l'homme comme venant de lui, il n'aimerait pas le prochain, ne ferait pas le bien et ne dirait pas le vrai, et ainsi ne serait pas conjoint au Seigneur ; mais comme c'est du Seigneur que procèdent l'Amour, le Bien et le Vrai, il est évident que le Seigneur se conjoint l'homme au moyen des apparences. Quant à cette apparence , et à la conjonction du Seigneur avec l'homme, et a la conjonction réciproque de l'homme avec le Seigneur par cette apparence, il en a été traité au long cidessus. Cinquièmement. Le Seigneur se conjoint l'homme au moyen des correspondances. Cela a lieu par l'intermédiaire de la Parole, dont le sens de la lettre consiste en de pures correspondances. Que par ce sens il y ait conjonction du Seigneur avec l'homme, et conjonction réciproque de l'homme avec le Seigneur, cela a été montré dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem

sdr l'Écriture Sainte, depuis le commencement jusqu'à la fin.

220. IV. La conjonction des choses temporelles et des choses éternelles chez flamme est ta Divine Providence du Seigneur. Comme celle vérité ne peut pas tomber dans la première perception de l'entendement, a moins que tout ce qui la concerne ne soit auparavant présenté en ordre, et ne soit développé et démontré suivant cet ordre, voici celui qui sera suivi : 1° Il est de la Divine Providence, que l'homme par la mort dépouille les choses naturelles et temporelles, et revête les choses spirituelles et éternelles. 2* Le Seigneur par sa Divine Providence se conjoint aux choses naturelles au moyen des spirituelles, et aux temporelles au moyen des éternelles, selon les usages. 3° Le Seigneur se conjoint aux usages au moyen des correspondances, et ainsi au moyen des apparences selon les confirmations par l'homme. W Une telle conjonction des choses temporelles et des choses éternelles est la Divine Providence. Mais ceci va être mis dans un jour plus clair par des explications : Premièrement. Il est de la Divine Providence, que l'homme par ta mort dépouille les choses naturelles et temporelles, et revête les choses spirituelles et étemelles. Les choses naturelles et temporelles sont les extrêmes et les derniers, dans lesquels l'homme entre d'abord, ce qui arrive quand il naît, afin qu'ensuite il puisse être introduit dans les intérieurs et les supérieurs; car les extrêmes et les derniers sont les contenants, et ils sont dans le monde naturel : de là vient qu'aucun ange ni aucun esprit n'a été créé immédiatement, mais que tous sont d'abord nés hommes, et ont été ainsi introduits; c'est de la qu'ils ont les extrêmes et les derniers, qui en eux-mêmes sont fixes et stables, au dedans desquels et par lesquels les intérieurs peuvent être contenus en enchaînement. L'homme revêt d'abord les choses les plus grossières de la nature, son corps en est composé; mais par la mort il les dépouille et retient les choses les plus pures de la nature, qui sont les plus proches des spirituels, et ces choses sont alors ses contenants. En outre, dans les extrêmes ou derniers sont ensemble tous les intérieurs ou supérieurs, comme il a déjà été montré en son lieu ; c'est pour cela que toute opération du Seigneur a lieu par les premiers et par les derniers en même temps, ainsi dans lo plein. Mais comme les extrêmes et

les derniers de la nature ne peuvent pas recevoir les choses spirituelles et éternelles, pour lesquelles le mental humain a été formé, telles qu'elles sont en elles-mêmes, et que cependant l'homme est né pour qu'il devienne spirituel et vive éternellement, voilà pourquoi l'homme dépouille les extrêmes et les derniers de la nature, et relient seulement les naturels intérieurs qui cadrent el concordent avec les spirituels et les célestes, el leur servent de contenant; cela se fait par le rejet des temporels et des naturels derniers, rejet qui est la mort du corps. Secondement, Le Seigneur par sa Divine Providence se conjoint aux choses naturelles au moyen des spirituelles, et aux temporelles au moyen des éternelles, selon tes usages. Les choses naturelles et temporelles ne sont pas seulement celles qui sont les propres de la nature, mais ce sont aussi celles qui sont les propres des hommes dans le monde naturel; l'homme par la mort dépouille les unes et les autres, et ■revêt les spirituelles et les éternelles qui y correspondent; qu'il les revêle selon les usages, cela a été montré pleinement dans ce qui précède! Les naturels qui sont les propres de la nature se réfèrent en général aux temps et aux espaces, et en particulier aux choses qu'on voit sur la terre ; l'homme les abandonne par la mort, el à leur place il reçoit les spirituels, qui sont semblables quant à la face externe ou quant à l'apparence, mais non quant a la face interne ou quant à l'essence même; ce sujet a aussi été traité cidessus. Les temporels, qui sont les propres des hommes dans le le monde naturel, se réfèrent en général aux dignités et aux richesses, et en particulier aux nécessités de chaque homme, qui sont la nourriture, le vêlement et l'habitation ; l'homme les dépouille et les abandonne aussi par la mort, et ilen revêt et reçoit qui sont semblables quant a la face externe ou quant a l'apparence, mais non quant a la face interne ou .quant à l'essence : toutes ces choses ont leur face interne et leur essence d'après les usages des temporelles dans le monde : les usages sont les biens qui sont appelés biens de la charité. D'après ces explications on peut voir que Je Seigneur par sa Divine Providence conjoint aux choses naturelles et aux temporelles les spirituelles el les éternelles, selon les usages. Troisièmement. Le Seigneur se conjoint-aux usages au moyen des correspondances, et ainsi au moyen des appuren-

ces selon leurs confirmations par l'homme. Comme cette proposition ne peut que paraître obscure à ceux qui n'ont pas encore pris une notion claire de ce que c'est que la correspondance et de ce que c'est que l'apparence, il faut par conséquent l'illustrer et ainsi l'expliquer par un exemple : Toutes les choses de la Parole sont de pures correspondances des spirituels et des célestes, et parce qu'elles sont des correspondances, elles sont aussi des apparences ; c'est-à-dire que tontes les choses de la Parole sont des Divins Biens du Divin Amour et des Divins Vrais de la Divine Sagesse, qui sont nus en eux-mêmes, mais révolus dans le sens de la lettre de la Parole; c'est pourquoi ils apparaissent comme un homme dans un habillement qui correspond à l'état de son amour et de sa sagesse; de là il est évident qui si l'homme confirme les apparences, c'est la même chose que s'il confirmait que les habits sont dos hommes; par là les apparences deviennent des illusions : il en est autrement si l'homme recherche les vérités et les voit dans les apparences. Maintenant, comme tous tes usages, ou les vrais et les biens de la charité, que l'homme fait au prochain, il les fait ou selon les apparences, ou selon les vérités mêmes dans la Parole, il s'ensuit que s'il les fait selon les apparences confirmées chez lui, il est dans les illusions, mais que s'il les fait selon les vérités, il les fait comme il convienl. D'après cela on peut voir ce qui est entendu par celle proposition : Le Seigneur se conjoint aux usages au moyen des correspondances, et ainsi au moyen des apparences selon leurs confirmations par l'homme. Qeatrièmesient. Une telle conjonction des choses temporelles et des choses éternelles est la Divine Providence. Pour que cette proposition se présente dans une certaine lumière devant l'entendement, il faut l'illustrer par deux exemples; l'un, qui concerne les dignités et les honneurs; et l'autre, qui concerne les richesses et l'opulence; ces choses sont, les unes et les autres, naturelles et temporelles dans la forme externe, mais dans la forme interne elles sont spirituelles et éternelles. Les dignités avec leurs honneurs sont naturelles et temporelles, lorsqu'en elles l'homme se regarde quant à sa personne, et ne regarde ni la République ni les usages, car alors l'homme ne peut faire autrement que de penser en dedans de lui-même que la République est faite pour lui,

et non lut pour la République ; il esl comme un roi qui pense que le royaume el tous les hommes qu'il contient sont faits pour lui, et Bon lui pour le royaume et pour les habitants. Mai3 ces mêmes dignités avec leurs honneurs sont spirituelles et éternelles, lorsque l'homme se regarde quant à sa personne h cause de la République et des usages, et ne regarde pas la République et les usages a cause de lui; si l'homme agît de cette dernière manière, il est alors dans la vérité et dans l'essence de sa dignité et de son honneur; mais s'il agit de la première manière, il est alors dans la correspondance et dans l'apparence, et s'il les confirme en lui, il est dans les illusions, et il n'est pas autrement en conjonction avec le Seigneur que comme ceux qui sont dans les faux et par suite dans les maux, car les illusions sont des faux avec lesquels les maux se conjoignent : ceux-là ont, il est vrai, fait des usages et des biens, mais d'après eux-mêmes, et non d'après le Seigneur, ainsi ils se sont mis eux-mêmes à la place du Seigneur. C'est la même chose pour les richesses et l'opulence; elles sont naturelles et temporelles, et elles sont spirituelles et éternelles; les richesses et l'opulence sont naturelles et temporelles chez ceux qui les regardent uniquement et se regardent en elles, et qui mettent tout leur agrément et tout leur plaisir en ces deux choses ; mais elles sont spirituelles et éternelles chez ceux qui regardent les bons usages en elles, et dans les usages l'agrément et le plaisir intérieurs, et même chez ceux-ci l'agrément et le plaisir extérieurs deviennent spirituels, elle temporel devient éternel; c'est même pour cela que ceux-ci, après la mort, sont dans le Ciel, el qu'ils y sont dans des palais, dont les (ormes propres à l'usage resplendissent d'or et de pierres précieuses ; ils ne les regardent cependant que comme des externes qui tirent leur splendeur el leur éclat des internes, qui sont les usages, d'où leur vienuent cet agrément et ce plaisir, lesquels en eux-mêmes sont la béatitude et la félicité du Ciel. Un sort contraire atlend ceux qui ont regardé les richesses el l'opulence seulement pour elles et pour eux-mêmes, ainsi pour les externes et non en même temps pour les internes, ainsi selon leurs apparences et non selon leurs essences; quand ceux-ci les dépouillent, ce qui arrive quand ils meurent, ils révèlent leurs internes, qui, n'étant pas spirituels, ne peuvent être qu'infer-

SDR LA DIVINE PROVIDEKCE,

naux; car il y a en eux soit l'un, soit l'autre (le céleste ou l'infernal); l'un et l'autre ne peuvent y être en m6me temps; de là, au lieu des richesses ils ont la pauvreté, et au lieu de l'opulence la misère. Par les usages il est entendu non-seulement les nécessités de la vie, qui se réfèrent à la nourriture, au vêlement et à l'habitation pour soi et pour les siens, mais il est entendu aussi le bien de la patrie, le bien de la société et le bien du concitoyen. Le commerce est un semblable bien, quand il est l'amour final, et l'argent l'amour servant de moyen, pourvu que le commerçant fuie et ait en aversion comme péchés les fraudes et les artifices : ii en est autrement quaud l'argent est l'amour final, et le commerce l'amour servant de moyen, car cela est l'avarice, qui est la racine des maux ; voir au sujet de l'avarice, Luc, XIL 15, et la parabole qui la concerne, Vers. 16 à 21.

L'homme n'est introduit intérieurement dans les vrais de la foi et dans les biens de ta charité, qu'autant qu'il peut y Être tenu jusqu'à ta fin de la vie.

221. Dans le Monde Chrétien, on sait que le Seigneur veut le salut de tous, et aussi qu'il est Tout-Puissant ; c'est pourquoi beaucoup de personnes en concluent qu'il peut sauver tout homme, et qu'il sauve ceux qui implorent sa miséricorde, principalement ceux qui l'implorent par la formule de foi reçue, que Dieu le Père a pitié a cause du Fils, surtout si en même temps ils implorent afin de recevoir celte foi : mais qu'il en soit tout autrement, on le verra dans le dernier Article de ce Traité, où il sera expliqué que le Seigneur ne peut pas agir contre les lois de sa Divine Providence, parce qu'agir contre elles, ce serait agir contre son Divin Amour et contre sa Divine Sagesse, ainsi contre Lui-Mème; on y verra qu'une (elle Miséricorde immédiate n'est pas possible, parce que la salvation de l'homme se fait par des moyens, selon lesquels nul autre ne peut conduire l'homme, que Celui qui veut le salut de tous et est en même temps Tout-Puissant, ainsi le Seigneur. Ce sont les moyens par lesquels l'homme est conduit par le Seigneur, qui sont appelés les lois de la Divine Providence, parmi lesquelles est aussi celle-ci, que l'homme n'est mis intérieurement

dans les vrais de la sagesse et dans les biens de l'amour, qu'autant qu'il peut y être tenu jusqu'à la fin de la vie. Mais pour que cela se présente clairement devant la raison, il en Bera donné une explication dans cet ordre : I. L'homme peut Être introduit dans la sagesse des choses spirituelles, et aussi dans l'amour de ces choses, et néanmoins ne pas être réformé. IL Si l'homme dans la suite s'en retire, et va en sens contraire, il profane les choses saintes. III. Il y a plusieurs genres de profanations, mais ce genre est le pire de tous. IV. C'est pour cela que le Seigneur n'introduit intérieurement l'homme dans les vrais de la sagesse et en même temps dans les biens de l'amour, qu'autant que l'homme peut y être tenu jusqu'à la lin de la vie.

222. I. L'homme peut être introduit dans ta sagesse des choses spirituelles, et aussi dans l'amour de ces choses, et néanmoins ne pas être réforme. Cela résulte de ce que l'homme a la rationalité et la liberté; par la rationalité il peut être élevé dans une sagesse presqu'angélique, et par la liberté, dans un amour non différent de l'amour angélique ; mais néanmoins tel est l'amour, telle est la sagesse ; si l'amour est céleste et spirituel, la sagesse aussi devient céleste et spirituelle; mais si l'amour est diabolique et infernal, la sagesse aussi est diabolique et infernale; celle-ci, il est vrai, peut alors apparaître dans la forme externe, et ainsi devant les autres, comme céleste et spirituelle, mais dans la forme interne, qui est son essence même, elle est diabolique et infernale, non hors de l'homme, mais au dedans de lui; il n'apparaît pas aux hommes qu'elle soit telle, parce que les hommes, sont naturels, et qu'ils voient et enlendenl naturellement, et que la forme externe est naturelle; maïs il apparaît aux anges qu'elle est telle, parce que les anges sont spirituels, et qu'ils voient et entendent spirituellement, et que la forme interne est spirituelle. D'après cela, il est évident que l'homme peut être introduit dans la sagesse des choses spirituelles, et aussi dans l'amour de ces choses, et néanmoins ne pas être réformé ; mais alors il a élé seulement introduit dans leur amour naturel, et non dans leur amour spirituel : cela vient de ce que l'homme peut s'introduire lui-même dans l'amour naturel, mais le Seigneur seul peut l'introduire dans l'amour spirituel; et ceux qui ont été introduits dans l'amour

SUR LA DIVIflE PROVIDENCE.

spirituel sont réformés, mais ceux qui oui été introduits seulement dans l'amour naturel ne sont pas réformés ; car ceux-ci pour la plupart sont des hypocrites, et beaucoup d'entre eux, de l'ordre des Jésuites ; intérieurement ils ne croient rien de Divin, mais extérieurement ils jouent avec les Divins comme des histrions.

223. Par de nombreuses expériences, dans le Monde spirituel, il m'a été donné de savoir que l'homme possède en lui-même la faculté de comprendre comme les anges eux-mêmes les arcanes de la sagesse ; car j'ai vu des diables ignés qui, dés qu'ils entendaient prononcer des arcanes de la sagesse, non-seulement les comprenaient, mais même en parlaient d'après leur rationalité ; mais aussitôt qu'ils revenaient dans leur amour diabolique, ils ne les comprenaient point, et au lieu de ces arcanes ils comprenaient des choses opposées qui étaient de la folie, et celle folie ils l'appelaient sagesse : il m'a même été donné d'entendre que, lorsqu'ils élaient dans l'état de sagesse, ils riaient de leur folie, et que, lorsqu'ils étaient dans l'état de folie, ils riaient de la sagesse. L'homme qui dans le monde a été tel, quand après la mort il devient esprit, est ordinairement mis alternativement dans l'état de sagesse et dans l'étal de folie, afin qu'il voie celle-ci par celle-là : mais quoique d'après la sagesse ils voient qu'ils déraisonnent, aéanmolns dès que le choix leur est donné, ce qui a lieu pour chacun, ils se jettent dans l'état de folie, et ils l'aiment, et alors ils ont en haine l'état de sagesse. La raison de cela, c'est que leur interne a été diabolique, et que leur externe a été comme Divin : ce sont ceux-là qui sont entendus par les diables qui se font anges de lumière, et par celui qui, dans la maison de noce, n'était point vêtu d'un habit de noce, et qui fut jeté dans les ténèbres extérieures, — Mat th. XXII. 11, 12, 13.

224. Qui est-ce qui ne peut voir qu'il y a un interne d'après lequel l'externe existe; que par conséquent l'externe a son essence par l'interne? El qui est-ce qui ne sait pas par expérience que l'externe peut se montrer autrement que selon l'essence qu'il tient de l'interne? En effet, cela se voit clairement chez les hypocrites, les Batteurs, les fourbes ; et l'on sait, par les comédiens et par les mimes, que l'homme peut prendre dans les externes un caractère qui n'est pas le sien ; car ceux-ci savent représenter des rois, des em-

194 ÏA SAGESSE ANGÉLIQUE

pereurs, et même des anges, par le son, le langage, la face, le geste, comme s'ils étaient ces personnages ; et cependant, ce ne sont que des histrions. Ceci aussi est dit, parce que l'homme peut pareillement faire le eycophante, tant dans les choses civiles et morales que dans les choses spirituelles ; et l'on sait encore qu'il y en a beaucoup qui agissent ainsi. Lors donc que l'interne dans son essence est infernal, et que l'externe dans sa forme se montre spirituel, — et cependant l'externe, comme il a été dit, lient son essence de l'interne, — on demande où cette essence est cachée dans l'externe; elle ne se montre ni dans le geste, ni dans le son, ni dans le langage, ni dans la face ; mais néanmoins elle est intérieurement cachée dans ces quatre choses : qu'elle y soit intérieurement cachée, c'est ce qui est bien évident par ces mêmes personnes dans le Monde spirituel ; car lorsque l'homme vient du Monde naturel dans le Monde spirituel, ce qui arrive quand il meurt, il laisse ses externes avec le corps, et il retient ses internes qu'il a renfermés dans son esprit ; et alors si son interne a été infernal, il apparaît, lui, comme un diable, tel qu'il avait élé aussi quant à son esprit quand il vivait dans le monde. Qui est-ce qui ne reconnaît pas quê tout homme laisse les externes avec le corps, et entre dans les internes, quand il devient esprit? A cela j'ajouterai, que dans le Monde spirituel il y a communication des affections et des pensées venant des affections, d'où il résulte que personne ne peut parler autrement qu'il ne pense ; puis aussi que chacun y change sa face, et devient semblable a son affection, au point que d'après la face il apparaît tel qu'il est : il est parfois donné aux hypocrites de parler autrement qu'ils ne pensent, mais le son de leur langage est entendu entièrement en discordance avec les intérieurs de leurs pensées, et par cette discordance ils sont découverts : de là, on peut voir que l'interne est intérieurement caché dans le son, le langage, la face et le geste de l'externe, et que cela n'est point perçu par les hommes dans le Monde naturel, mais est clairement perçu par les anges dans le Monde spirituel.

225. D'après ces considérations, il est maintenant évident que l'homme, tant qu'il vit dans le Monde naturel, peut être introduit dans la sagesse des choses spirituelles, et aussi dans l'amour de ces choses; el que cela se fait et peut se faire tant chez ceux qui

sont entièrement naturels, que chez ceux qui sont spirituels; mais avec celle différence que par là ceux-ci sont réformés, et que ceux-là ne le sont point : chez ceux qui ne le sont point il peut aussi sembler qu'ils aiment la sagesse, mais ils ne l'aiment que de même qu'un adultère aime une femme noble comme une courtisane à qui il adresse des paroles tendres et donne de riches vêtements; cependant chez lui il se dit en lui-même :« Ce n'est qu'une vile prostituée ; je lui ferai croire que je l'aime, parce qu'elle est favorable à ma passion ; mais si elle n'y était pas favorable, je la rejetterais. » L'homme Interne de celui qui est entièrement naturel est cet adultère, et son homme Externe est cette femme.

226. II. Si l'homme dans la suite s'en retire, et va en sein contraire, il profane tes choses saintes. Il y a plusieurs genres de profanation des choses saintes; il en sera parlé dans l'Article suivant; mais ce genre est le plus grave de tous; car ceux qui sont des profanateurs de ce genre deviennent, après la mort, des êtres qui ne sont plus hommes; ils vivent, il est vrai, mais continuellement dans des délires fantastiques ; il leur semble qu'ils volent dans le haut, et quand ils sont en repos, ils jouent avec leurs fantaisies qu'ils voient comme des choses réelles; et comme ils ne sont plus hommes, ils sont appelés non pas celui-ci ou celle-là, mais cela : bien plus, quand ils se présentent à la vue dans la lumière du ciel, ils apparaissent comme des squelettes, les uns comme des squelettes couleur d'os, d'autres comme des squelettes embrasés, et d'autres comme des squelettes desséchés. Que les profanateurs de ce genre deviennent tels après la mort, c'est ce qu'on ignore dans le monde, et on l'ignore parce que la cause n'en est pas connue; la cause elle-même, c'est que quand l'homme reconnaît d'abord les Divins et les croit, et qu'ensuite il s'en éloigne et les nie, il mêle les choses saintes avec les profanes ; et, quand elles ont été mêlées, elles ne peuvent plus être séparées que par la destruction du tout. Mais, pour que ce sujet soit perçu plus clairement, il va Cire exposé dans l'ordre suivant : 1° Tout ce que l'homme pense, dit et fait d'après la volonté, lui est approprié et reste, tant le bien que le mal. 2° Maïs le Seigneur par sa Divine Providence pourvoit et dispose continuellement, pour que le mal soit par soi-même, et le bien par soi-même, et qu'ainsi ils puissent

Être séparés. 3° Mais cela ne peut être fait, si l'homme d'abord reconnaît les vrais de la foi et vit selon ces vrais, et qu'ensuite il s'en éloigne et les nie. h° Alors il mêle le bien et le mal au point qu'ils ne peuvent être séparés. 5° El comme le bien et le mal chez chaque homme doivent être séparés, et que chez celui qui est tel ils ne peuvent être séparés, celui-ci par conséquent est détruit quant à tout ce qui est véritablement humain.

227. Ce sont là les causes pour lesquelles une chose si énorme existe ; mais ces causes étant dans l'obscurité parce qu'on est dans l'ignorance à leur égard, elles vont èlre expliquées, aûn qu'elles se présentent avec évidence devant l'entendement. Premièrement. Tout ce que l'homme pense, dit et fait d'après la volonté, lui est approprié et reste, tant te bien que le mat. Cela a élô montré ci-dessus, N™ 78 à 81. En effet, l'homme a une mémoire externe ou naturelle, et il a une mémoire interne ou spirituelle; dans sa mémoire interne ont été inscrites toutes et chacune des choses que dans le monde il a pensées, dites et faites d'après la volonté, et elles y sont tellement toutes, qu'il n'en manque pas une seule ; cette mémoire est le livre de sa vie, qui est ouvert après la mort, et selon lequel il est jugé ; sur cette mémoire il a été rapporté beaucoup de choses d'après l'expérience elle-même dans le Traité du Ciel et de l'Enfer, H"' a6t à 465. Secondement. Mais le Seigneur par sa Divine Providence pourvoit et dispose continuellement, pour que te mat soit par soi-même, et le bien par soi-même, et qu'ainsi ils puissent être séparés. Chaque homme est tant dans le mal que dans le bien, car il est dans le mal par lui-même, et dans le bien par le Seigneur ; et l'homme ne peut vivre à moins qu'il ne soit dans l'un et dans l'autre, car s'il était dans soi seul et ainsi dans le mal seul, il n'aurait rien de la vie ; et s'il était dans le Seigneur seul et ainsi dans le bien seul, il n'aurait non plus rien de la vie ; car l'homme dansce genre de vie-ci serait comme suffoqué, continuellement haletant, comme un moribond à l'agonie; et dans ce genre de vie-là il serait éteint; carie mal sans aucun bien en soi est mort; c'est pour cela que chaque homme est dans l'un et dans l'autre; mais la différence est, que l'un est intérieurement dans le Seigneur, et extérieurement comme dans soi, et que l'autre est intérieurement

dans soi, mais extérieurement comme dans le Seigneur, et celuici est dans le mal, et celui-là dans le bien, cependant tous deux sont dans l'un et dans l'autre; si le méchant y est aussi, c'est parce qu'il est dans le bien de la vie civile et morale, et aussi extérieurement dans quelque bien de la vie spirituelle, et en outre parce qu'il est tenu par le Seigneur dans la rationalité et dans la liberté, afin qu'il puisse être dans le bien ; ce bien est celui par lequel tout homme, même le méchant, est conduit par le Seigneur. D'après ces explications, on peut voir que le Seigneur sépare le mal et le bien, afin que i'un soit à l'intérieur et l'autre à l'extérieur, et qu'ainsi il pourvoit à ce qu'ils ne soient point mêlés. Troisièmement. Mais cela ne peut être fait, si l'homme d'abord reconnaît les vrais de la foi et vit selon ces vrais, et qu'ensuite il s'en éloigne et les nie. Cela est évident d'après ce qui vient d'être dit ; premièrement, que tout ce l'homme pense, dit et fait d'après la volonté lui est approprié et reste; et, secondement, que le Seigneur par sa Divine Providence pourvoit et dispose continuellement, pour que le bien soit par soi-même, et le mal par soi-même, et qu'ils puissent être séparés; ils sont séparés aussi après la mort par le Seigneur; chez ceux qui sont intérieurement méchants et extérieurement bons le bien est ôté, et ainsi ils sont abandonnés à leur mal; c'est le contraire chez ceux qui sont intérieurement bons, el qui extérieurement, comme les autres hommes, se sont enrichis, ont recherché les dignités, ont trouvé du plaisir dans diverses choses mondaines, et se sont abandonnés à quelques convoitises ; chez eux, néanmoins, le bien et le mal n'ont point été mêlés, mais ils ont été séparés comme l'interne et l'externe; ainsi dans la forme externe en beaucoup de choses ils ont été semblables aux méchants, mais non dans la forme interne. De l'autre côté, il en est de même des méchants qui dans la forme externe se sont montrés comme les bons, dans la piété, le culte, le langage et les faits, et qui cependant dans la forme interne ont été méchants, chez eux aussi le mal a été séparé du bien. Mais chez ceu* qui d'abord ont reconnu les vrais de la foi et ont vécu selon ces vrais, et qui ensuite ont marché en sens contraire et les ont rejelés, et principalement s'ils les ont niés, les biens et les maux n'ont plus été séparés, mais ils ont été mêlés ensemble; car 17*.

l'homme qui est tel s'est approprié le bien, et s'est aussi approprié le mal, et par conséquent les a conjoints et mêlés ensemble. Quatrièmement. Alors il mêle le bien et le mal ait point qu'ils ne peuvent être séparés. Cela résulte de ce qui vient d'être dit; .et si le mat ne peut être séparé du bien, ni le bien être séparé du mal, l'homme ne peut être ni dans le ciel ni dans l'enfer; tout homme doit être ou dans l'un ou dans l'autre; il ne peut pas être dans l'un et dans l'autre, il serait ainsi tantôt dans te ciel, et tantôt dans l'enfer; et quand il serait dans le ciel il agirait pour l'enfer, et quand il serait dans l'enfer il agirait pour le ciel, ainsi il détruirait la vie de tous ceux qui seraient autour de lui, la vie céleste chez les anges, et la vie infernale chez les diables ; par la la vie de chacun périrait, car la vie pour chacun doit être sienne, personne ne vit dans la vie d'aulrui, ni à plus forte raison dans une vie opposée. C'est de là que chez tout homme après la mort, lorsqu'il devient esprit ou homme spirituel, le Seigneur sépare le bien d'avec le mal, et le mal d'avec le bien ; le bien d'avec le mal chez ceux qui sont intérieurement dans le mal, et le mal d'avec le bien chez ceux qui sont intérieurement dans le bien; ce qui est conforme à Ses paroles : » A quiconque a, il sera donné, et il aura en abondance, et à celui qui n'a pas, cela môme qu'il a sera ôté. » — Malth. XIII. 12. XXV. 29. Marc, IV. 25. Luc, VIII. 18. XIX. 26. — Cinquièmement. Comme le bien et te mal chez chaque homme doivent être séparés, et que chez celui qui est tel ils ne peuvent être séparés, celui-ci par conséquent est détruit quant à tout ce qui est véritablement humain. Ce qui est véritablement humain dans chaque homme vient de la nationalité, en ce que, s'il le veut, il peut voir et savoir ce que c'est que le vrai et ce que c'est que le bien, et aussi en ce qu'il peut d'aprè3 la Liberté vouloir, penser, dire et faire le bien et le vrai, comme il a déjà été montré; mais cette liberté avec sa rationalité a été détruite chez ceux qui ont mêlé chez eux le bien et le mal, car ceuxlà ne peuvent pas d'après le bien voir le mal, ni d'après le mal connaître le bien, car le bien et le mal font un ; d'après cela ils n'ont plus la rationalité en faculté ou en puissance, ni par conséquent aucune liberté : c'est pour cela même qu'ils sont comme de pures délires fantastiques, ainsi qu'il a déjà été dit, et qu'ils apparais-

sent non plus comme des hommes, mais comme des os couverts de quelque peau, et que par suite, quand ils sont nommés, on dit non pas celui-ci ou celle-là, mais cela : tel est le sort de ceux qui mêlent de cette manière les choses saintes avec les choses profanes : mais il y a plusieurs genres de profanation, qui cependant ne sont pas tels; il en sera traité dans l'Article suivant.

228. Tout homme qui ne connaît pas les choses saintes ne les profane pas ainsi, car celui qui ne les connaît pas ne peut pas les reconnaître et ensuite les nier; ceux donc qui sont hors du Monde Chrétien, et ne savent rien du Seigneur, ni de la liédemption, ni de la Salvalion par Lui, ne profanent pas cette sainteté, lorsqu'ils ne la reçoivent pas, ni même lorsqu'ils partent contre elle. Les Juifs eux-mêmes ne profanent pas non plus cette sainteté, parce que dès l'enfance ils ne veulent ni la recevoir ni la reconnaître ; il en serait autrement, s'ils recevaient et reconnaissaient, et si ensuite ils niaient, ce qui cependant arrive rarement; en effet, plusieurs d'entre eux la reconnaissent extérieurement, et la nient intérieurement, et sont semblables aux hypocrites. Mais ils profanent les choses saintes par leur mélange avec les choses profanes, ceux qui d'abord reçoivent et reconnaissent, et ensuite se retirent et nient. Peu importe que dans l'enfance et dans la jeunesse on reçoive et reconnaisse, tout chrétien fait cela, car alors les choses qui appartiennent à la foi et à la charité on les reçoit et reconnaît, non d'après quelque rationalité et quelque liberté, c'est-à-dire, non dans l'entendement d'après la volonté, mais seulement d'après la mémoire et la confiance dans le maître; et si l'on y conforme sa vie, c'est par une obéissance aveugle ; mais quand l'homme vient dans l'usage de sa rationalité et de sa liberté, ce qui se fait successivement à mesure qu'il grandit et devient adulte, si alors il reconnaît les vrais de la foi et y conforme sa vie, et qu'ensuite il les nie, il mêle les choses saintes avec les profanes, et d'homme qu'il était il devient un monstre tel qu'il vient d'être diL Mais si l'homme est dans le mal dès le temps où il a joui de sa rationalité et de sa liberté, c'est-à-dire, dès le lemps qu'il est devenu son maître (sui juris), même pendaDt l'âge adulte, et qu'ensuite il reconnaisse les vrais de la foi, et vive selon ces vrais, pourvu qu'alors il y persiste jusqu'à la lin de sa vie, il

ne les mêle point, car alors le Seigneur sépare les maux de la vie antérieure d'avec les biens de la vie postérieure; il en est ainsi pour tous ceux qui font pénitence. Mais il eu sera dit davantage sur ce sujet dans ce qui suit.

229. III. Il y a plusieurs genres de profanations du saint, et ce genre est te pire de tous. Dans le sens le plus commun par profanation il est entendu toute impiété, ainsi par profanateurs il est entendu tous les impies, qui de cœur nient Dieu, la sainteté de la Parole, et par suite les spirituels de l'Église, qui sont les choses saintes elles-mêmes, dont ils parient aussi d'une manière impie. Mais ici il s'agit, non pas de ceux-là, mais de ceux qui professent la croyance en Dieu, qui soutiennent la sainteté de la Parole, et qui reconnaissent les spirituels de l'Église, la plupart cependant de bouche; si ceux-ci profanent, c'est parce que le saint qui procède de la Parole est en eux et chez eux, et que ce qui est en eux et qui constitue une partie de leur entendement et de leur volonté, ils le profanent; mais dans les impies, qui nient le Divin et les Divins, il n'y a rien de saint qu'ils puissent profaner : ces derniers, il est vrai, sont des profanateurs, mais néanmoins ils ne sont pas des profanes.

230. La profanation du saint est entendue dans le Second Précepte du Décalogue par Tu ne profaneras point te Tiom de ton Dieu ; et qu'on ne doive point le profaner, cela est entendu dans l'Oraison Dominicale par Soit sanctifié ton nom. Ce qui est entendu par le Tiom de Dieu, il est à peine quelqu'un, dans le Monde Chrétien, qui le sache ; et cela, parce qu'on ne sait pas que dans le Monde spirituel il n'y a pas de noms comme dans le Monde naturel, mais que chacun est nommé selon la qualité de son amour et de sa sagesse; en effet, dès que quelqu'un vient en société ou compagnie avec d'autres, il est aussitôt nommé selon sa qualité dans cette société ; la nomination est faite par la langue spirituelle, qui est telle, qu'elle peut donner un nom à chaque chose, parce que là chaque lettre dans l'alphabet signifie une chose, et que plusieurs lettres réunies en un mot, qui constituent le nom d'une personne, enveloppent l'état entier de la chose : ceci est une des merveilles du monde spirituel. Delà il est évident que par le Nom de Dieu dans la Parole, il est signifié Dieu avec tout l/i Uiy.ia qui

est èn Lui, et qui procède de Lui ; et comme la Parole est le Divin procédant, elle est le Nom de Dieu ; et comme tous les Divins, qui sont appelés les spirituels de l'Église, viennent de la Parole, ils sont aussi le Nom de Dieu. D'après ces explications, on peut voir ce qui est entendu dans le Second Précepte du Décalogue par Ta ne profaneras point le Nom de Dieu ; et dans l'Oraison Domination par Soit sanctifié ton Nom. Semblables choses sont signifiées par le Nom de Dieu el du Seigneur dans un grand nombre de passages dans la Parole de l'un et de l'autre Testament, comme dans Malth. VII. 22. X. 22. XVIII. 5, 20. XIX. 29. XXL 9. XXIV. 9, 10. Jean, L 12. IL 23. III. 17, 18. XII. 13, 28. XIV. 14. XV. 16. XVI. 23, 2A, 26, 27. XVII. 6. XX. 31 ; et en outre dans d'autres, et dans un très-grand nombre de passages de l'Ancien Testament. Celui qui connaît cette signification du Nom, peut savoir ce qui est signifié par ces paroles du Seigneur : « Qui reçoit un prophète an nom de prophète, récompense de prophète obtiendra; et qui reçoit un juste au nom de juste, récompense de juste obtiendra; et quiconque aura donné à boire à l'un de ces petits un seul verre d'eau froide au nom de disciple, U ne ■perdra pas sa récompense. » — Matth., X. ùl, h% — Celui qui, par le nom de prophète, de juste et de disciple, entend seulement dans ce passage un prophète, un juste el un disciple, ne sait pas qu'il y a là un autre sens que le sens seul de ta lettre ; et il ne sait pas non plus ce que c'est que la récompense de prophète, la récompense de juste, et la récompense pour un verre d'eau froida donné au disciple, lorsque cependant par le nom et par la récompense de prophète il est entendu l'état et la félicité de ceux qui sont dans les Divins vrais, par le nom et la récompense de juste l'état et la félicité de ceux qui sont dans les Divins biens, et par le disciple l'état de ceux qui sont dans quelques spirituels de l'Église; le verre d'eau froide, c'est quelque chose du vrai. Que la qualité de l'état de l'amour et de la sagesse, ou du bien el du vrai, soit signifiée par le Nom, on le voit aussi par ces paroles du Seigneur : « Celui qui entre par la porte est un berger des brebis ; le portier lui ouvre, et les brebis sa voix entendent, et ses propres brebis il appelle nom par nom, et il les mène deliors. o — Jean, X. 2, 3 ; — appeler les brebis nom par nom, c'est enseigner

et conduire quiconque est dans le bien de la charité selon l'état de son amour et de su sagesse; par la porte il est entendu le Seigneur, comme on le voit là parle Vers. 9: a Moi, je suis Lu porte; par Moi si quelqu'un entre, U sera sauvé. » D'après cela, il est évident que pour pouvoir être sauvé il faut s'adresser au Seigneur Lui-SIème; et que celui qui s'adresse à Lui est un berger des brebis; et que celui qui ne s'adresse pas a Lui est un voleur et un larron, comme il est dit au Vers. 1, du même Chapitre.

231. Puisque par la profanation du saint il est entendu la profanation par ceux qui connaissent les vrais de la foi et les biens de la charité d'après la Parole, et qui aussi en quelque manière les reconnaissent, et non par ceux qui ne connaissent point, ni par ceux qui par impiété les rejettent entièrement, ce qui va suivre concerne par conséquent, non pas ceux-ci, mais les premiers; il y.a pour eux plusieurs genres de profanation, les uns plus légers et les autres plus graves, mais ils peuvent être rapportés à ces sept. Le premier genre du profanation est commis par ceci qui plaisantent d'après ta Parole et sur la Parole, ou d'après les Divi7is de l'Église et sur ces Divins. Ce!a arrive à quelquesuns par la mauvaise habitude de prendre des noms ou des locutions de la Parole, et de les mêler a des discoure peu décents, et parfois obscènes ; ce qui ne peut qu'être joint a un certain mépris de la Parole, lorsque cependant la Parole dans toutes et dans chaque chose est Divine et sainte; car chaque root y renferme dans son sein quelque Divin, et a par ce Divin communication avec le Ciel ; mais ce genre de profanation est plus léger ou plus grave selon la reconnaissance de la sainteté de la Parole, et l'indécence du discours dans lequel les expressions sont introduites par les plaisants. Le second genre oe profanation est commis par cecx qui comprennent et reconnaissent les Divins Vrais, et cependant vivent d'une manière opposée à ces vrais ; toutefois, ceux qui seulement les comprennent profanent plus légèrement, mais ceux qui les reconnaissent profanent plus gravement; car l'entendement ne fait qu'enseigner, a peu près comme un prédicateur, et ne se conjoint pas de lui-même avec la volonté ; mais la reconnaissance se conjoint, car aucune chose ne peut être reconnue qu'avec le consentement de la volonté : néanmoins cette conjonc-

lion est diverse, et la profanation est selon la conjonction, quand on vit d'une manière opposée aux vrais qui sont reconnus ; par exemple, si quelqu'un reconnaît que les vengeances el les haines, les adultères el les scortations, les fraudes et les fourberies, les blasphèmes et les mensonges, sont des péchés contre Dieu, et néanmoins les commet, il est dans ce genre plus grave de profanation ; car le Seigneur dit : o Le serviteur qui connaît la volonté de son seigneur, et ne fait pas selon sa volonté, sera beaucoup battu, « — Luc, XII. Zi7. — Et ailleurs : « Si aveugles vous étiez, vous n'auriez point de péché; mais maintenant vous dites : Nous voyons; c'est pour cela que votre péché demeure. * — Jean, IX. Éil. — Mais autre chose est de reconnaître les apparences du vrai, et autre chose de reconnaître les vrais réels ; ceux qui reconnaissent les vrais réels, et néanmoins ne vivent pas selon ces vrais, apparaissent dans le monde spirituel sans lumière ni chaleur de la vie dans le son et le langage, comme s'ils étaient de pures paresses. Le thoisième genre de profanation est commis par ceox qui appliquent le sens de la lettre de la Parole à confirmer de mauvais amours et de faux principes. La raison de cela, c'est que la confirmation du faux est la négation du vrai, et la confirmation du mal le rejet du bien ; or, la Parole dans son sein n'est que le Divin Vrai et le Divin Bien; et dans le sens dernier, qui est le sens de la lettre, elle apparaît non pas dans des vrais réels, excepté lorsqu'elle donne à connaître le Seigneur et le chemin même du salut, mais dans des vrais revêtus, qui sont appelés apparences du vrai; c'est pourquoi ce sens peut être tordu pour confirmer des hérésies de plusieurs genres : or celui qui confirme de mauvais amours fait violence aux Divins Biens, et celui qui confirme de faux principes fait violence aux Divins Vrais; cette violence-ci est appelée falsification du vrai, et celle-là adultération du bien; l'une et l'autre sont entendues dans la Parole par tes sangs; car le Saint spirituel, qui est aussi l'Esprit de vérité procédant du Seigneur, est intérieurement dans chaque chose du son3 de la lettre de la Parole; ce saint est blessé, quand la Parole est falsifiée el adultérée ; que ce soit là une profanation, cela est évident Le quatrième genre dë profanation est commis par ceux; qui de bouche prononcent des clioses pieuses et saintes, et fei-

Çnent par le ton de voix et le geste d'Être affectés d'amour pour elles, mais qui de cœur ne les croient ni ne les aiment. La plupart d'entre eux sont des hypocrites et des pharisiens; après la mort tout vrai et tout bien leur sont ôtés, et ils sont ensuite envoyés dans les ténèbres extérieures. Ceux de ce genre, qui se sont confirmés contre le Divin et contre la Parole, et par suite aussi contre les spirituels de la Parole, se tiennent assis dans ces ténèbres, muets, sans pouvoir parler, voulant balbutier des choses pieuses et saintes, comme dans le Monde, mais ils ne le peuvent pas; car dans le Monde spirituel chacun est forcé de parler comme il pense; mais l'hypocrite veut parler autrement qu'if ne pense, de là il existe dans sa bouche une apposition, par suite de laquelle il ne peut que marmoler. Mais les hypocrisies sont plus légères ou plus graves, selon les confirmations contre Dieu, et les raisonnements à l'extérieur en faveur de Dieu. Le cinquième genre de profanation est cohsiis par ceox qui s'attribuent les Divins. Ce sont ceux qui sont entendus par Lucifer dans Ésaïe, Chap. XIV : là, par Lucifer il est entendu Babel, comme on peut le voir par les Vers, a et 22 de ce Chapitre, où leur sort est même décrit : ce sont aussi eux qui sont entendus et décrits par la prostituée assise sur une bêle écarlate, dans l'Apocalypse, Chap. XVII. Babel et la Chaldée sont nommées dans un grand nombre de passages de la Parole, et par Babel il y est entendu la profanation du bien, et par la Chaldée la profanation du vrai, l'une et l'autre chez ceux qui s'attribuent les Divins. Le sixième genre de profanation est commis par ceux qui reconnaissent ta Parole, et cependant nient le Divin du Seigneur. Ceux-ci dans le Monde sont appelés Sociniens, et quelques-uns d'eux Ariens; le sort des uns et des autres, c'est d'invoquer le Père, et non le Seigneur, et de prier continuellement le Père, quelques-uns aussi à cause du Fils, afin d'être admis dans le Ciel, mais en vain, jusqu'à ce qu'ils perdent tout espoir d'être sauvés; et alors ils sont envoyés dans l'enfer parmi ceux qui nient Dieu : ce sont eux qui sont entendus par ceux qui blasphèment l'Esprit Saint, auxquels il ne sera pardonné ni dans ce siècle ni dans le siècle a venir,— Mallh. XII. 32 : — et cela, parce que Dieu est un en Personne et en Essence, en qui est la Trinité, et que ce Dieu est le Seigneur; et comme le Seigneur

est aussi le Ciel, et que par suite ceux qui sont dans le Ciel sont dans le Seigneur, c'est pour cela que ceux qui nient le Divin du Seigneur ne peuvent être admis dans le Ciel, ni être dans le Seigneur. Que le Seigneur soit le Ciel, et que par suite ceux qui sont dans le Ciel soient dans le Seigneur, cela a été montré ci-dessus. Le septième genre de profanation est commis par ceux qui d'abord reconnaissent les Divins vrais, et vivent selon ces vrais, et ensuite se retirent et tes nient. Co genre de profanation est le pire, par la raison qu'ils mêlent les choses saintes avec les profanes, au point qu'elles ne peuvent Être séparées, et cependant il faut qu'elles soient séparées, efin qu'on soit ou dans le Ciel, ou dans l'Enfer; et comme cela ne peut être fait chez eux, tout intellectuel humain et tout volontaire humain est détruit, et ils ne sont plus des hommes, ainsi qu'il a déjà été dit. 11 arrive presque la même chose a ceux qui reconnaissent de cœur les Divins de la Parole et de l'Église, et qui les plongent entièrement dans leur propre, qui est l'amour de dominer sur toutes choses, amour dont il a déjà été beaucoup parlé ; car, après la mort, lorsqu'ils deviennent esprits, ils veulent absolument être conduits non pas par le Seigneur, mais par eux-mêmes, et quand la bride est lâchée à leur amour, ils veulent non-seulement dominer sur le Ciel, mais aussi sur le Seigneur; et parce qu'ils ne le peuvent pas, ils nient le Seigneur, et deviennent des diables. Il faut qu'on sache que l'amour de la vie, qui est aussi l'amour régnant, demeure chez chacun après la mort, et qu'il ne peut être enlevé. Les profanes de ce genre sont entendus par les Tièdes, dont i! est parlé ainsi dans l'Apocalypse : « Je connais tes œuvres, que ni froid tu n'es, ni chaud; mieux vaudrait que froid tu fusses, ou chaud ; mais ■parce que tiède tu es, et ni froid ni chaud, je te vomirai de ma bouche, n— IIL là, 15. — Ce genre de profanation est décrit ainsi par le Seigneur dans Matthieu : « Quand t'espi-it immonde est sorti de l'homme, il parcourt des lieux arides, cherchant du repos, mais il n'en trouve point. Alors it dit : Je retournerai dans ma maison, d'où je suis sorti; et, étant venu, it ta trouve vide, balayée, et ornée pour lui; it s'en va, et prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui; et, étant entrés, ils Imbitenl là; et le dernier état de cet homme devient

pire que te premier. »— Xir. ù3 à û5 ; — la conversion de l'homme est décrite là par la sortie de l'esprit immonde hors de lui; el le retour aux premiers maux, après le rejet des vrais et des biens, est décrit par le retour de l'esprit immonde avec sept esprits plus méchants que lui dans la maison ornée pour lui ; puis, la profanation du saint par le profane est décrite par cela que le dernier état de cet homme devient pire que le premier. La même chose est entendue par ces paroles adressées par Jésus à l'homme qu'il avait guéri vers la piscine de Béthesda : n Ne pèche plus, de peur que quelque chose de pire ne t'arrive. «—Jean, V. 14. — Que le Seigneur pourvoie a ce que l'homme ne reconnaisse pas intérieurement les vrais, s'il devait ensuite se retirer et devenir profane, c'est ce qui est entendu par ces paroles : « Il a aveuglé leurs yeux, et il a [endurci leur cœur, de peur qu'ils ne voient des yeux, et ne comprennent du cœur, et qu'ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. » — Jean, XII. 40; — de peur qu'ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse, signifie de peur qu'ils ne reconnaissent les vrais, et qu'ensuite ils ne se retirent, et ne deviennent ainsi profanes : c'est pour la même raison que le Seigneur a parlé par paraboles, comme Lui-îtlême le dit dans Matthieu, XIII. 13. S'il a été défendu aux Juifs de manger la graisse et le sang,— Lévit. 1IL 17. VII. 23, 25,— cela signifiait qu'ils ne devaient pas profaner les choses saintes; car la graisse signifiait le Divin Bien, et le sang le Divin Vrai. Qu'une fois que l'homme a élé converti, il doive persister dans le bien et le vrai jusqu'à la lin de sa vie, le Seigneur l'enseigne dans Matthieu : « Jésus dit : Qui aura persévéré jusqu'à la fat, celui-là sera sauvé, a — X. 22; — pareillement dans Marc, XIII. 13.

232. IV. C'est pour cela que le Seigneur n'introduit intérieurement l'homme dans les vrais de la sagesse et en mime temps dans tes biens de l'amour, qu'autant que l'homme peut y être tenu jusqu'à la fin de lavie. Pour démontrer cela, il faut procéder distinctement, pour deux raisons; la première, parce que cela est important pour le salut des hommes; la seconde, parce que de la connaissance de celte loi dépend la connaissance des lois de permission, dont il sera traité dans le Paragraphe suivant : cela, en effet, est important pour le salut des hommes; car, ainsi qu'il a

déjà été dit, celui </ui d'abord reconnaît les Divins de la Parole et par conséquent de l'Église, et qui ensuite s'en retire, profane les choses saintes de la manière la plus grave. Afin donc que cet arcane de la Divine Providence soit dévoilé, au point que l'homme rationnel puisse le voir dans sa lumière, il sera développé dans cette série : i° Dans les intérieurs chez l'homme il ne peut pas y avoir le mal et en même temps le bien, ni par conséquent le faux du mal et en même temps le vrai du bien. 2° Le bien et le vrai du bien ne peuvent être portés par le Seigneur dans les intérieurs de l'homme, si ce n'est qu'autant que le mal et le faux du mal en ont été éloignés. 3* Si le bien avec son vrai y était porté auparavant, ou en plus grande proportion que le mal avec son faux n'en a été éloigné, l'homme se retirerait du bien, et retournerait à son mal. h° Quand l'homme est dans le mal, beaucoup de vrais peuvent être portés dans son entendement, et renfermés dans sa mémoire, et cependant ne point être profanés. 5" Mais le Seigneur, par sa Divine Providence, pourvoit avec le plus grand soin, à ce qu'il n'en soil pas reçu par la volonté, avant que l'homme éloigne comme par lui-même le mal dans l'homme externe, ni en plus grande proportion qu'il ne l'éloigné. 6° Si c'était avant et en plus grande proportion, alors la volonté adultérerait le bien, et l'entendement falsifierait le vrai, en les mêlant avec les maux et avec les faux. T C'est pour cela que le Seigneur n'introduit intérieurement l'homme dans les vrais de la sagesse et dans tes biens de l'amour, qu'autant que l'homme peut y être tenu jusqu'à la fin de la vie.

233. Afin donc que cet Arcane de la Divine Providence soit dévoilé de manière que l'homme rationnel puisse le voir dans sa lumière, les propositions qui viennent d'être présentées seront expliquées l'une après l'autre. Premièrement. Dans les intérieurs chez l'homme U ne peut pas y avoir le mal et en même temps le bien, ni par conséquent le (aux du mat et en même temps te vrai du bien. Par les intérieurs de l'homme il est entendu l'interne de sa pensée, duquel l'homme ne sait rien avant devenir dans le monde spirituel et dans sa lumière, ce qui arrive après la mort; dans le monde naturel cela peut être connu seulement d'après le plaisir de son amour dans l'externe de sa pensée, et d'après

les maux eux-mêmes, quand il les examine chez lui ; car,'ainsi qu'il a été montré ci-dessus, l'interne de la pensée esl lié dans une telle cohérence avec l'externe de la pensée chez l'homme, qu'ils ne peuvent être séparés ; mais il en a déjà été beaucoup parlé. Il est dit le bien et le vrai du bien, et aussi le mal et le faux du mal, parce qu'il ne peut pas y avoir de bien sans son vrai, ni de mal sans son faux ; ce sopt, en effet, des compagnons de lit ou des époux, car la vie du bien a lieu par son vrai, et la vie du vrai par son bien; il en est de même du mal et de son faux. Que dans les intérieurs de l'homme il ne puisse y avoir le mal avec son faux et en même temps le bien avec son vrai, cela peut être vu sans explication par l'homme rationnel; car le mal est opposé au bien, et le bien est opposé au mal, et deux opposés ne peuvent être ensemble : il y a aussi insitée dans tout mal une haine contre le bien, et dans tout bien il y a insité un amour de se défendre contre le mal, el de l'éloigner de soi : de là résulte que l'un ne peut être en même temps avec l'autre ; et, s'ils étaient ensemble, il s'élèverait d'abord un conflit et un combat, et ensuite une destruction : c'est même ce que le Seigneur enseigne par ces paroles : « Tout Royaume divisé contre lui-même est dévasté, et toute ville ou maison divisée contre elle-même ne subsistera point. Celui qui n'est pas avec Moi est contre Moi, et celui qui n'assemble pas avec Moi disperse. » — Matth. Xlf. 25, 30. — Et ailleurs : « Nul ne peut servir deux maîtres en même temps ; car, ou l'un il haïra, ou Vautre il aimera. » — Matth. VI. 2d. — Deux opposés ne peuvent être ensemble dans une même substance ou une même forme, sans qu'elle soit dissipée et sans qu'elle périsse; si l'un avançait et s'approchait de l'autre, ils se sépareraient entièrement comme deux ennemis, dont l'un se retirerait dans son camp ou en dedans de ses remparts, et l'autre se tiendrait au dehors : il en est de même des biens et des maux chez l'hypocrite ; il est dans les uns el dans les autres, mais le mal est en dedans et le bien est au dehors, et ainsi les deux ont été séparés, et n'ont pas été mêlés. Par là il est évident que le mal avec son faux et le bien avec son vrai ne peuvent pas être ensemble. Secondement. Le bien et le vrai du bien ne peuvent être portés par le Seigneur dans tes intérieurs de l'homme, si ce n'est qu'autant que le mal et le faux du mat

en ont été éloignés, cela est la conséquence infime de ce qui procède; car, puisque le mal et le bien ne peuvent être ensemble, le bien ne peut pas être apporté avant que le mal ait été éloigné. Il est dit dans les intérieurs de l'homme, par lesquels il est entendu l'interne do la pensée; il s'agit de ces intérieurs dans lesquels doit être le Seigneur ou le diable; le Seigneur y est après la réformalion, el le diable y est avant la réformation; autant donc l'homme se laisse réformer, autant le diable est repoussé, mais autant il ne se laisse pas réformer, autant le diable reste. Qui ne peut voir que le Seigneur ne peut entrer tant que le diable y est, et que le diable y est aussi longtemps que l'homme lient fermée la porte par laquelle l'homme est en communication avec le Seigneur? Que le Seigneur entre, quand au moyen de l'homme celle porte est ouverte, c'est ce qu'enseigne le Seigneur dans l'Apocalypse : « Je me tiens à la porte, et je heurte ; si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, et je souperai avec lui, et lui avec Noi. n — II F. 20; — la porte esl ouverte par cela que l'homme éloigne le mal en le fuyant et en l'ayant en aversion comme infernal et diabolique; car soit qu'on dise le mal ou le diable, c'est la même chose; et, vice versa", soit qu'on dise le bien ou le Seigneur, c'est la même chose; car dans tout bien il y a intérieurement le Seigneur, et dans tout mal il y a intérieurement le diable. D'après cela, la vérité de cette proposition est évidente. Troisièmement. Si te bien avec son vrai y était porté auparavant, ou en plus grande proportion que le mat avec son faux n'en a été éloigné, l'homme se retirerait du bien, et retournerait à son mat. La raison de cela, c'est que le mal prévaudrait; et ce qui prévaut est vainqueur, sinon dans le moment, du moins dans la suite ; tant que le mal prévaut encore, le bien ne peut pas être porté dans les appartements intimes, mais il l'est seulement dans les parvis, puisque, comme il a été dit, le mal et le bien ne peuvent pas être ensemble, et ce qui est seulement dans les parvis est repoussé par son ennemi qui esl dans les appartements ; de là vient qu'on se relire du bien, et qu'on retourne au mal, ce qui est le pire genre de profanation. Outre cela, le plaisir même de la vie de l'homme est de s'aimer soi-même et d'aimer la monde par dessus toutes choses; ce plaisir ne peut pas être éloi- 18*.

gué en un moment, mais il est Éloigné peu à peu; or, autant il reste de ce plaisir chez l'homme, autant y prévaut le mal; et ce mal ne peut être éloigné qu'autant que l'amour de soi devient l'amour des usages, ou qu'autant que l'amour de dominer a pour but les usages et non l'homme lui-même ; car de cette manière les usages font la tête, et l'amour de soi ou l'amour de dominer fait d'abord le corps sous la tête, et ensuite les pieds sur lesquels il marche. Qui est-ce qui ne voit pas que le bien doit faire la tête, et que quand le bien fait la tête, le Seigneur est là, et que le bien et les usages sont un ? Qui est-ce qui ne voit pas que si le mal fait la tête, le diable est là, et que, comme on doit néanmoins recevoir le bien civil et le bien moral, et aussi dans la forme externe le bien spirituel, celui-ci alors fait les pieds et les plantes, et est foulé aux piedsî Puis donc que l'élat de la vie de l'homme doit être renversé, de sorte que ce qui est dessus soit dessous, et que ce renversement ne peut être fait en un moment, car le suprême plaisir de la vie, qui vient de l'amour de soi et de l'amour de la domination, ne peut être diminué et changé en amour des usages que peu S peu, c'est pour cela que le bien ne peut pas y être porté par le Seigneur auparavant, ni en plus grande proportion que ce mal n'en est éloigné, et que si c'était auparavant et en plus grande proportion, l'homme se retirerait du bien et retournerait à son mal. Quatrièmement. Quand l'homme est dans le mat, beaucoup de vrais peuvent être portés dans son entendement, et renfermés dans sa mémoire, et cependant ne point être profanés. La raison de cela, c'est que l'entendement n'influe pas dans la volonté, mais la volonté influe dans l'entendement; et comme l'entendement n'influe pas dans la volonté, beaucoup de vrais peuvent être reçus par l'entendement, et être renfermés dans la mémoire, et cependant ne point être mêlés avec le mal de la volonté ; par conséquent les choses saintes ne peuvent pas être profanées : et, de plus, il est du devoir de chacun d'apprendre les vrais d'après la Parole ou d'après les prédications, de les déposer dans sa mémoire, et de porter ses pensées sur eux; car par les vrais qui sont dans la mémoire, et qui de là viennent dans la pensée, l'entendement enseignera a la volonté, c'est-a-dire, à l'homme ce qu'il doit faire; c'est donc la le principal moyen de réforma-

tïoo : quand les vrais sont seulement dans l'entendement et par suile dans la mémoire, ils ne sont point dans l'homme, niais ils sont hors de lui. La mémoire de l'homme peut Être comparée au ventricule ruminatoire de certains animaux, dans lequel ils déposent leur nourriture; tant qu'elle est là, elle n'est pas dans leur corps, mais elle est hors du corps ; mais à mesure qu'ils la retirent de là et la dévorent, elle devient une chose de leur vie, et le corps est nourri : dans la mémoire de l'homme, il y a, non pas des aliments matériels, mais des aliments spirituels, qui sont entendus par les vrais, et sont en eux-mêmes des connaissances; autant l'homme les relire de la mémoire en pensant, comme s'il ruminait, autant son mental spirituel est nourri; c'est l'amour de la volonté qui les désire et pour ainsi dire les appelé, et fait qu'ils sont puisés et qu'ils nourrissent; si cet amour est mauvais, il désire et pour ainsi dire appete des choses impures; mais s'il est bon, il désire et pour ainsi dire appÊte des choses pures, et celles qui ne conviennent pas, il les sépare, les repousse et les rejette, ce qui se faitde diverses manières. CmQmkyiEMLST.MaisteScigneur, par sa Divine Providence, pourvoit avec te plus grand soin à ce qu'il n'en soit pas reçu avant que l'homme éloigne comme par lui-mime le mat dans l'homme externe, ni en plus grande proportion qu'il ne l'Éloigné. En effet, ce qui procède de la volonté va dans l'homme et lui est approprié, et devient chose de sa vie ; et dans la vie elle-même, qui, chez l'homme, vient de la volonté, le mal et le bien ne peuvent être ensemble, car ainsi elle périrait ; mais ils peuvent être l'un et l'autre dans l'entendement, où ils sont appelés faux du mal ou vrais du bien, cependant non ensemble, autrement l'homme ne pourrait pas d'après le bien voir le mal, ni d'après le mal connaître le bien ; mais ils y sont distingués et séparés comme une maison en intérieurs et en extérieurs. Quand l'homme méchant pense et prononce des biens, il pense et prononce extérieurement; mais quand ce sont des maux, c'est intérieurement; quand donc il prononce des biens, son langage sort comme de la muraille de la maison, et peut être comparé à un fruit dont l'extérieur est beau, mais dont l'intérieur est véreux et pourri, cL aussi à la coque d'un œuf de dragon. Sixièmement. Si c'était avant et en plus grande proportion, alors la volonté

adultérerait le bien, et l'entendement falsifierait le vrai, en tes mêlant avec les maux et avec les faux. Quand la volonté est dans le mal, alors dans l'entendement elle adultère le bien, et le bien adultéré dans l'entendement est dans la volonté le mal, car il confirme que le mal est le bien, et vice versd ; le mal agit ainsi avec tout bien qui lui est opposé : le mal aussi falsifie le vrai, parce que le vrai du bien est opposé au faux du mal ; la volonté aussi fait cela dans l'entendement, et l'entendement ne le fait pas de luimême. Dans la Parole, les adultérations du bien sont décrites par les adultères, et les falsifications du vrai par les scorlalions. Ces adultérations et ces falsifications se font par les raisonnements de l'homme naturel qui est dans le mal, et se font aussi par les confirmations d'après les apparences du sens de la lettre de la Parole. L'amour de soi, qui est la tète de tous les maux, excelle plus que les autres amours dans l'art d'adultérer les biens et de falsifier les vrais, et il fait cela par l'abus de la rationalité que le Seigneur a donnée à chaque homme, tant au méchant qu'au bon; bien plus, par les confirmations il peut faire que le mal se présente absolument comme bien, et le faux comme vrai : que ne peut-il pas, puisqu'il peut par raille arguments confirmer que la nalure s'est créée elle-même, et qu'ensuite elle a créé les hommes, les bêtes et les végétaux de tout genre; puis aussi, que par l'influx de son intérieur, elle fait que les hommes vivent, pensent analytiquement et comprennent sagementî Si l'amour de soi excelle dans l'art de confirmer tout ce qu'il veut, c'est parce que sa dernière surface est formée par une certaine splendeur de lumière bariolée en diverses couleurs; cette splendeur est pour l'amour de soi la gloire d'acquérir la sagesse, et par elle aussi l'éminence et la domination. Mais quand cet amour a confirmé ces propositions, il devient tellement aveugle, qu'il voit seulement que l'homme est une bêle, et que l'un et l'autre pense pareillement, et.que même si la bêle parlait aussi, ce serait un homme sous une autre forme : s'il est amené par une certaine persuasion a croire que quelque chose de l'homme vil après la mort, il est alors tellement aveugle qu'il croit qu'il en est de même pour la bête, et que ce quelque chose qui vit après la mort est seulement une exhalaison subtile de vie, comme une vapeur, qui retombe vers son cadavre ; ou que

c'est quelque vital sans la vue, ni l'ouïe, ni la parole, par conséquent aveugle, sourd et muet, voltigeant et pensant; outre plusieurs autres ex travagances,que lanalureelle-même.quiensoiest morte, inspire à sa fantaisie. Voilà ce que fait l'amour de soi, qui, considéré en lui-même, est l'amour du propre; et le propre de l'homme, quant aux affeclions qui toutes sont naturelles, n'est pas différent de lavie delà bête; et, quant aux perceptions, parce qu'elles procèdent des affeclions, il n'est pas différent du hibou : c'est pourquoi celui qui plonge continuellement ses pensées dans son propre ne peut être élevé de la lumière naturelle dans la lumière spirituelle, ni voir quelque chose concernant Dien, ie Ciel cl la vie éternelle. Puisque tel est cet amour, et que cependant il excelle dans l'art de confirmer tout ce qui lui plaît, c'est pour cela qu'il peul aussi avec un art semblable adultérer les biens de la Parole et en falsifier les vrais, lorsque par quelque nécessité il est tenu de les confesser. Septièmement. C'est pourcetaquc te Seigneur n'introduit intérieurement l'homme dans les vrais de la sagesse et dans les biens de l'amour, qu'autant que l'homme peul y être tenu jusqu'à la fin de la vie. Le Seigneur agit ainsi, afin que l'homme ne tombe point dans ce genre le plus grave de profanation du saint, dont il a été parlé dans cet Article; pour prévenir ce danger, le Seigneur permet aussi les maux de la vie, et plusieurs hérésies relativement au culte ; sur celte permission, voir les Paragraphes suivants.

Les Lois de Permission sont aussi des Lois de la Divine Providence,

23,'i. Il n'y a point de lois de permission par elles-mêmes ou séparées des lois de la Divine Providence, mais ce sont les mêmes ; c'est pourquoi il est dit que Dieu permet ; par là il est entendu non pas qu'il veut, mais qu'il ne peut détourner, à cause de la fin, qui est la salvation. Tout ce qui est fait a cause de la fin, qui est la salvation, est selon les lois de la Divine Providence : car, ainsi qu'il a déjà été dit, la Divine Providence va sans cesse dans un sens différent de la volonté de l'homme, et contraire à celte volonté, tendant continuellement à 1a fin ; c'est pourquoi, à eba-

que moment de son opération, ou à chaque pas de sa marche, dès qu'elle s'aperçoit que l'homme s'écarte de la Un, elle le dirige, le ploie et le dispose selon ses lois, le détournant du mal, le conduisant au bien ; que cela ne puisse être fait sans que le mal soit permis, on le verra dans ce qui suit. Outre cela, rien ne peut être permis sans une cause, et il n'y a pas de cause ailleurs que dans quelque loi de la Divine Providence, loi qui enseigne pourquoi il est permis.

235. Celui qui ne reconnaît nullement la Divine Providence ne reconnaît pas Dieu dans son cœur, mais au lieu de Dieu il reconnaît la nature, et au heu de la Divine Providence la prudence humaine ; il ne parait pas qu'il en soit ainsi, parce que l'homme peut penser d'une manière et penser d'une autre, et aussi parler d'une manière et parler d'une autre, il peut penser et parler d'une manière d'après son intérieur, et d'une autre manière d'après son extérieur; il est comme un gond qui peut lourner une porte dans les deux sens, dans un sens quand on entre et dans l'autre sens quand on sort; et comme une voile qui peut tourner le navire de lel ou tel côté, selon que le pilote la déploie. Ceux qui se sont confirmés pour la prudence humaine jusqu'au point d'avoir nié la Divine Providence, ceux-là, quoi que ce soit qu'ils voient, entendent et lisent, quand ils sont dans leur pensée, ne remarquent et même ne peuvent remarquer autre chose, parce qu'ils ne reçoivent rien du Ciel, mais reçoivent tout d'eux-mêmes; et comme ils concluent d'après les apparences seules et les illusions seules, et ne voient pas autre chose, ils peuvent jurer que cela est ainsi ; et même s'ils reconnaissent la nature seule, ils peuvent s'irriter contre les défenseurs de la Divine Providence, pourvu que ce ne soit point des prêtres ; à l'égard de ceux-ci, ils pensent qu'il est conforme à leur doctrine ou à leur fonction d'en prendre la défense.

236. Nous allons maintenant donner rénumération de certaines choses qui sont de permission, et néanmoins conformes aux lois de la Divine Providence,et par lesquelles l'homme purement naturel se confirme pour la nature contre Dieu, et pour la prudence humaine contre la Divine Providence. Ainsi, quand il lit la Parole, il voit que le plus sage des hommes, Adam, et son épouse,

sur la Divine providence. 215 se sont laissé séduire par le serpent, et que Dieu par sa Divine Providence n'a point empêché cela; — que leur premier fils, Caïn, a tué son frère Abel, et que Dieu alors ne l'en a pas détourné en parlant avec lui, mais seulement l'a maudit après ie meurtre ; — que la nation Israélite dans le désert a adoré le veau d'or, et l'a reconnu pour le Dieu qui les avait tirés de la terre d'Égypte ; et cependant Jéhovah voyait cela de là montagne de Sinaï, tout près, et ne l'a point empêché ; — puis aussi, que David a fait le dénombrement du peuple, et qu'à cause de cela il a élé envoyé une pesle qui a fait périr plusieurs milliers d'hommes, et que Dieu lui a envoyé le prophète Gad non avant l'acte, mais après, pour annoncer la punition; — qu'il a été permis à Salomon d'instaurer des cultes idolâtres ; et à plusieurs Mois après lui, de profaner le Temple et les choses saintes de l'Église ; — et qu'enfin il a été permis à eette Nation de crucifier le Seigneur. Dans ces passages de la Parole et dans beaucoup d'autres, celui qui reconnaît la nature et la prudence humaine ne voit que des choses contraires à la Divine Providence, c'est pourquoi il peut s'en servir comme d'arguments pour la nier, sinon dans sa pensée extérieure, qui est le plus près du langage, du moins dans sa pensée intérieure, qui a été éloignée du langage.

237, Tout adorateur de soi-même et de la nature se confirme contre la Divine Providence, quand dans le monde il volt tant d'impies, et tant d'impiétés de leur part, et en même temps la gloire que quelques-uns d'eux en tirent, sans que pour cela Dieu leur inflige aucune punition. El encore plus il se confirme contre la Divine Providence, quand il voit réussir les machinations, les astuces et les fourberies, même contre les hommes pieux, justes et sincères; et que l'injustice triomphe sur la justice dans les jugements et dans les affaires. 11 se confirme principalement, quand il voit tes impies élevés aux honneurs, et devenir des grands et des primats; puis aussi abonder en richesses, et vivre dans la somptuosité et la magnificence ; et, vice versd, les adorateurs de Dieu être dans le mépris et la pauvreté. Il se confirme aussi contre la Divine Providence, quand il pense que les guerres sont permises, et qu'alors tant d'hommes sont massacrés, el que tant de villes, de nations et de familles sont pillées; et même que les victoires sont du côté

de la prudence, et non pas toujours du cûté de la justice; et que peu importe que le gênerai soit un homme de bien ou un homme sans probité; outre plusieurs autres choses semblables, qui toutes Bont des permissions selon les lois de la Divine Providence.

238. Ce même homme naturel se confirme contre la Divine Providence, quand il considère les religiosités de diverses nations, par exemple, qu'il y a des hommes qui n'ont absolument aucune notion de Dieu, et qu'il y en a qui adorent le soleil et la lune; d'autres qui adorent des idoles et des images taillées, même de monstres ; et d'autres, des hommes morts. De plus, quand il considère que la Religiosité Mahométane a été reçue par tant d'empires et de royaumes, et que la Religion Chrétienne est seulement dans la plus petite partie du Globe habitable, nommée Europe; que là elle a été divisée; qu'il s'y trouve des hommes qui s'attribuent le pouvoir Divin, et veulent être adorés comme des dieux, et qu'on y invoque des hommes morts ; puis aussi, qu'il y en a qui placent la salvation dans certaines paroles qu'on pense et prononce, et non dans les biens qu'on fait ; puis encore, qu'il y en a peu qui vivent selon leur Religion ; outre les hérésies, qui ont été en si grand nombre, et celles qui existent aujourd'hui, telles que celles des Quakers, des Moraviens, des Anabaptistes, et autres ; et enfin, que le Judaïsme continue encore. Celui qui nie la Divine Providence conclut de là que la religion en elle-même n'est rien, mais que néanmoins elle est nécessaire, parce 'qu'elle sert de lien.

239. A ces arguments on peut aujourd'hui en ajouter plusieurs autres, par lesquels peuvent encore se confirmer ceux qui pensent intérieurement pour la nature et pour la seule prudence humaine; par exemple, que tout le monde chrétien a reconnu trois Dieux, ne sachant pas que Dieu est un en personne et en essence, et que ce Dieu est le Seigneur ; puis aussi, que jusqu'à présent on a ignoré que dans chaque chose de la Parole il y a un sens spirituel, et que de ià vient la sainteté de la Parole ; puis encore, que Ton n'a pas su que fuir les maux comme péchés, c'est la Religion Chrétienne même; et que même l'on n'a pas su que l'homme vit homme après la mort ; car ceux-là peuvent se dire à eux-mêmes et dire entre eux : Pourquoi la Divine Providence, si elle existe, révele-t-elle maintenant ces choses pour la première fois?

2£i0. Toutes les choses, dont rémunération est donnée dans les Numéros 237, 238 et 239, ont été rapportées, afin que l'on voie que toutes et chacune des choses qui sont faites dans le Monde, tant chez les méchants que chez les bons, sont de la Divine Providence; que par conséquent la Divine Providence est dans les plus petites particularités des pensées et des actions de l'homme, et que c'est de là qu'elle est universelle. Mais comme cela ne peut Être vu, à moins que chacune des propositions ne soit expliquée à part, il va par conséquent en Être donné une explication succincte, en suivant l'ordre dans lequel elles ont été présentées, en commençant par le H" 236.

241. L Le plus sage des hommes, Adam, et son épouse, se sont laissé séduire par te serpent, et Dieu par sa Divine Providence n'a point empêché cela : c'est parce que par Adam et son épouse il est entendu, non pas les premiers hommes créés dans ce Monde, mais les hommes de la Très-Ancienne Église, dont la nouvelle création ou régénération a été ainsi décrite; leur nouvelle création même ou leur régénération dans le Premier Chapitre par la Création du Ciel et de la Terre; leur sagesse et leur intelligence par le jardin d'Éden; et la fin de cette Église par l'action de manger de l'arbre de la science; car la Parole dans son sein est spirituelle, contenant les arcanes de la Divine Sagesse, et afin qu'ils y fussent contenus, elle a été écrite au moyen de pures correspondances et de pures représentations. D'après cela, il est évident que les hommes de celte Église qui dans le commencement avaient été IrÈs-sages, et qui à la fin, d'après le faste de la propre intelligence, étaient très-méchants, ont été séduits, non pas par quelque serpent, mais par l'amour de soi, qui lit est la télé du serpent que la semence de la femme, c'est-à-dire, le Seigneur, devait écraser. Qui est-ce qui, d'après la raison, ne peut pas voir qu'il est entendu des choses autres que celles qui y sont racontées d'une manière historique dans la lettre ï en effet, fui est-ce qui peut concevoir que la création du monde ait pu être telle qu'elle y est décrite? aussi les érudils prennent-ils beaucoup de peine pour expliquer ce que contient le premier Chapitre, et finissent-ils par avouer qu'ils pe le comprennent point? Ils ne comprennent pas non plus que dans le jardin d'Éden ou paradis il ait

été placé deux arbres, l'un de la vie et l'autre de la science, et celui-ci comme pierre d'achoppement; ni que par la seule action d'avoir mangé de cet arbre ils aient tellement prévariqué que nonseulement eux, mais encore tout le genre humain, leur postérité, ont été voués a la damnation; ni enfin, qu'un serpent ait pu les séduire; outre plusieurs autres faits, par exemple, que l'épouse ait été créée d'une côte du mari; qu'après la chute ils aient reconnu leur nudité; qu'ils l'aient voilée avec des feuilles de figuier; qu'il leur ait été donné des tuniques de peau pour couvrir leur corps; et qu'il ait été placé des chérubins avec une épée flamboyante pour garder le chemin de l'arbre de vie. Toutes ces choces sont des représentatifs par lesquels il est décrit l'instauration de la Très- Ancienne Église, l'état de cette Église, son changement d'état, et enfin sa destruction; toutes les choses secrètes contenues dans le sens spirituel, qui réside dans chaque particularité du récit, ont été expliquées dans les Arcanes Célestes sur la Genèse et l'Exode, publiés a Londres; l'on y peut voir aussi que par l'Arbre de la vie il y est entendu le Seigneur quant à sa Divine Providence, et par l'Arbre de la science l'homme quant à la propre prudence.

2Û2. II. Leur premier fils, Coin, a tué son frère Abel, et Dieu alors ne l'en a pas détourné en parlant avec lui, mais seulement l'a maudit après le meurtre. Puisque par Adam et son épouse il est entendu l'Église très-ancienne, comme il vient d'être dit, il s'ensuit que par Gain et Abel, leurs premiers fils, il est entendu les deux essentiels de l'Église, qui sont l'Amour et la Sagesse, ou la Charité et la Foi, par Abel l'amour ou la charité, et par Caln la sagesse ou la foi, spécialement la sagesse séparée de l'amour, ou la foi séparée de la charité; et cette sagesse, comme aussi la foi séparée, est telle, que non-seulement elle rejette l'amour et la charité, mais que même elle les anéantit, et qu'ainsi Caîn tue son Irère : que la foi séparée de la charité agisse ainsi, cela est assez connu dans le Monde Chrétien ; voir ia Doctrine hb la Noovelle Jérusalem sdr la Foi. La malédiction de Gain enveloppe l'état spirituel dans lequel viennent, après la mort, ceux qui séparent la foi d'avec la charité, ou la sagesse d'avec l'amour. Mais néanmoins, afin que par celte séparation la sagesse ou la foi ne

périt pas, it fut mis un signe sur Caln de peur qu'il ne fût tué, car l'amour n'existe pas sans la sagesse, ni la charité sans la foi. Comme ce fait représente presque la même chose que l'action de manger de l'arbre de la science, c'est pour cela qu'il a été placé en ordre après ta description d'Adam et de son épouse; ceux-là aussi qui sonL dans la foi séparée de la charité sont dans la propre intelligence, et ceux qui sont dans la charité et par suite dans la foi sont dans l'intelligence d'après le Seigneur, par conséquent dans la Divine Providence.

243. III. La Nation Israélite dans le désert a adoré le veau d'or, et l'a reconnu pour le Dieu qui les avait tirés d'Egypte; et cependant Jéhovak voyait cela de la montagne de Sinaî, tout près, et ne l'a point empêché : cela est arrivé dans le désert de Sinaî près de la montagne : que Jéhovah ne les ait pas détournés de ce culte criminel, cela est conforme à toutes les lois de la Divine Providence, qui ont été rapportées jusqu'ici, et aussi à celles qui suivent. Ce mal leur fut permis pour qu'ils ne périssent pas tous; car les fils d'Israël avaient été tirés de l'Égyple, afin qu'ils représentassent l'Église du Seigneur, et ils n'auraient pas pu la représenter, si l'idolâtrie Égyptienne n'avait pas été d'abord déracinée de leur cœur; et cela n'aurait pas pu être fait, s'il ne leur eût pas été libre d'agir selon ce qui était dans leur cœur, et ainsi de l'en arracher par suite d'une punition rigoureuse. Quant à ce qui est en outre signifié par ce culte, et par la menace qu'ils seraient pleinement rejetés, et qu'une nouvelle nation serait suscitée de Moïse, on le voit dans les Arcanes Célestes sur l'Exode, Chap. XXXII, où ces sujets sont traités.

Ilik. IV. David a fait le dénombrement du peuple, et à cause de cela il a été envoyé une peste qui a fait périr plusieurs miltiers d'hommes, et Dieu lui a envoyé te prophète Gad non avant l'acte, mais après, pour lui annoncer la punition : celui qui se confirme contre la Divine Providence peut aussi sur ce sujet penser et rouler dans son esprit diverses choses, principalement pourquoi David n'a pas été averti auparavant, et pourquoi le peuple après la transgression du roi a été si rigoureusement puni. Que David n'ait pas été averti auparavant, cela est conforme aux lois de la Divine Providence démontrées jusqu'ici, principale me ni aux

deux lois expliquées ci-dessus, N" 129 à 153, et N™ 15ïi à llà. si le peuple a été si rigoureusement puni pour la transgression du roi, et si soixante-dix mille hommes ont été frappés de peste, ce fut non pas à cause du roi, mais a cause du peuple, car on lit : «La colère de Jéhovah continua à s'enflammer contre Israël; c'est pourquoi il incita David contre eux, en disant : Va, dénombre Israël et Jehudah. » — II Sam. XXIV. 1.

245. V. // a été permis à Salomon d'instaurer des cultes idolâtres : c'était afin qu'il représentât le Royaume du Seigneur ou l'Église avec toutes les religiosités dans le Monde entier, car l'Église instituée chez la Nation Israélite et Juive était une Église représentative ; c'est pourquoi tous les jugements et tous les statuts de cette Église représentaient les spirituels de l'Église, qui en sont les internes, le peuple lui-même l'Église, le Roi le Seigneur, David le Seigneur qui devait venir dans le Monde, et Salomon le Seigneur après son avènement; et comme le Seigneur après la glorification de son Humain a eu pouvoir dans le cieletsur terre, comme Lui-Meme le dit,— Matth. XXVIII. 18, — c'est pour cela que son représentant Salomon s'est montré dans la gloire et la magnificence, et qu'il a été dans la sagesse plus que tous les rois de la terre, et qu'en outre il a bâti le Temple, et que depuis il permit et institua les cultes de plusieurs nations, par lesquels étaient représentées les diverses religiosités dans le Monde; ses épouses, au nombre de sept cents, et ses concubines, au nombre de trois cenls, signifiaient des choses semblables,— I Rois, XI. 3 ; — car l'épouse dans la Parole signifie l'Église, et la concubine la religiosité. D'après cela on peut voir pourquoi il a été donné à Salomon de bâtir le Temple, par lequel était signifié le Divin Humain du Seigneur, — Jean, II. 19, 21, — et aussi l'Église; puis, pourquoi il lui a été permis d'instaurer des cultes idolâtres, et d'avoir tant d'épouses. Que par David, dans un grand nombre de passages de la Parole, il soit entendu le Seigneur qui devait venir dans le monde, on le voit dans la Doctrire de la Nouvelle Jérusalem sur le Seigneur, N" 43, hk.

2ù6. VI. H a été permis à pttisieurs rois, après Salomon, de profaner le Temple et tes choses saintes de l'Église : c'était parce que le peuple représentait l'Église, et que le roi était leur

chef; et comme la Nation Israélite et Juive élail telle, qu'ils ne pouvaient pas représenter longtemps l'Église, car ils étaient idolâtres de cœur, c'est pour cela qu'ils se retirèrent peu a peu du culte représentatif, en pervertissant toutes les choses de l'Église, au point qu'enfin ils la dévastèrent; cela a été représenté par les profanations du Temple de la part des rois, et par leurs idolâtries ; la dévastation même de l'Église par la destruction de ce Temple, par la transporta lion du peuple Israélite, et par la captivité du peuple Juif dans la Babylonie. Ce fut là la cause ; et tout ce qui se fait d'après quelque cause, se fait d'après la Divine Providence selon une de ses lois.

247. VII. Il a été permis à cette Nation de crucifier le Seigneur : c'était parce que l'Église chez cette nation avait élé entièrement dévastée, et était devenue telle, que non-seulement ils ne connaissaient ni ne reconnaissaient le Seigneur, niais que même ils avaient de la haine contre lui : néanmoins toutes les chosesqu'ils lui tirent étaient selon les lois de sa Divine Providence. Que la Passion de la croix ail été la dernière Tentation, ou le dernier Comhat, par lequel le Seigneur a pleinement vaincu les enfers, et pleinement glorifié son Humain, on le voit dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur le Seignëur, N°* 12 a ih ; et dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur la Foi, N m 3ù, 35.

îiiB. Jusqu'ici les faits, dont l'énuméralion a été donnée cideBsus dans le V 236, ont été expliqués ; ce sont certains faits tirés de la Parole, par lesquels l'homme naturel qui raisonne contre la Divine Providence peut se confirmer; car, ainsi qu'il a été déjà dit, tout ce qu'un tel homme voit, entend et lit, peut lui servir d'argument contre elle : toutefois, peu d'hommes se confirment contre la Divine Providence d'après les faits qui sont dans la Parole, mais un grand nombre se confirment d'après les choses qui existent sous leurs yeux, et qui sont contenues dans le N° 237 ; celles-ci vont donc pareillement être expliquées.

2Û9. L Tout adorateur de soi-wiCme et de ta nature se conf»me contre la Divine Providence, quand dans le monde il voit tant d'impies,ct tant d'impiétés de leur part, et en même temps (a gloire que quelques-uns d'eux en tirent, sans que pour cela Dieu leur inflige aucune punition. Toutes les impiétés et aussi la lu*.

gloire qu'on en lire, sont des permissions dont les causes sont des lois de la Divine Providence. Tout homme peut librement, et même très-librement, penser ce qu'il veut, tant contre Dieu que pour Dieu; et celui qui pense contre Dieu est rarement puni dans le Monde naturel, parce qu'il y est toujours dans l'état de réformation ; mais il est puni dans le Monde spirituel, ce qui arrive après la mort, car alors il ne plus être réformé. Que les causes des permissions soient des lois de la Divine Providence, cela est évident d'après les lois ci-dessus rapportées, si on se les rappelle et qu'on les examine ; ce sont celles-ci : L'homme doit agir d'après le libre, selon la raison, N" 71 à 97. L'homme ne doit pas être contraint par des moyens externes à penser et à vouloir, ainsi à croire et à aimer les choses qui appartiennent à la religion, mais il doit se porter lui-même à cela, et parfois s'y contraindre, S™ 129 à 15/u La propre prudence est nulle, et seulement apparaît exister, el aussi doit apparaître comme exister; mais la Divine Providence d'après les très-singuliers est universelle, N™ 191 à 213. La Divine Providence considère les choses éternelles, et ne considère les temporelles qu'autant qu'elles font un avec les éternelles, N" 214 à 220. L'homme n'est introduit intérieurement dans les vrais de la foi et dans les biens de la charité, qu'autant qu'il peut y être tenu jusqu'à la fin de la vie, N™ 221 a 233. Que les causes des permissions soient des Lois de la Divine Providence, on le verra encore clairement par les Articles qui suivent, par exemple, par celui-ci : Les maux sont permis pour une fin, qui est la salvaliou; puis par celui-ci : La Divine Providence est continuelle chez les méchants de même que chez les bons; et enfin par celui-ci : Le Seigneur ne peut agir contre les lois de sa Divine Providence, parce qu'agir contre elles, ce serait agir contre son Divin Amour et contre sa Divine Sagesse, ainsi contre Lui-Mème. Ces Lois, si on les confère, peuvent manifester les causes pour lesquelles les impiétés sont permises par le Seigneur, et ne sont point punies lorsqu'elles sont seulement dans la pensée, et le sont même rarement lorsqu'elles sont dans l'intention et par conséquent aussi dans la volonté, et non dans te fait Mais toujours est-il que ton t mal est suivi de sa peine; c'est comme si dans le mal était inscrite sa peine, que l'impie subit après la mort. Par les considérations qui viennent

d'Être présentées se trouve aussi expliquée la proposition suivante rapportée ti-dessus, N" 237, à savoir, Que l'adorateur de soi-même et de la nature se confirme encore plus contre la Divine Providence, quand il voit réussir tes machinations, les astuces et tes fourberies, même contre les hommes pieux, justes et sincères; et que l'injustice triomphe sur ta justice dans les jugements et dans tes affaires. Toutes les lois de la Divine Providence sont des nécessités; et comme elles sont les causes pour lesquelles de telles choses sont permises, il est évident que pour que l'homme puisse vivre homme, être réformé et sauvé, ces choses ne peuvent être ôtées à l'homme par le Seigneur, si ce n'est médiatement par la Parole, et spécialement par les préceptes du Décaloguc chez ceux qui reconnaissent comme péchés les homicides de tout genre, les adultères, les vols et les faux témoignages: mais, chez ceux qui ne les reconnaissent point comme péchés, médiatement par les lois civiles et par la crainte des peines qu'elles infligent; puis médiatement aussi par les lois morales el par la crainte de perdre réputation, honneur et profit : par ces moyensci le Seigneur conduit les méchants, mais seulement en les détournant de faire ces maux, et non de les penser et de les vouloir; mais par les premiers moyens le Seigneur conduit les bons en les détournant non-seulement de faire ces maux, mais même de les penser et de les vouloir.

250. II. L'adorateur de soi-même et de lanature se confirme contre la Divine Providence, lorsqu'il voit les impies élevés aux honneurs, et devenir des grands et des primats ; puis aussi abonder en richesses, et vivre dans la somptuosité et la magnificence, tandis que les adorateurs de Dieu sont dans te mépris et la pauvreté : l'adorateur de soi-même et de la nature croit quo les dignités et les richesses sont les plus grandes et les seules félicités qui puissent exister, ainsi les félicités mêmes; et si, d'après le culte auquel il a été initié dés l'enfance, il pense quelque chose de Dieu, il les appelle des bénédictions Divines ; et tant qu'il n'aspire pas à des choses plus élevées, il pense qu'il y a un Dieu, et même il l'adore; mais dans le culte il y a de caché, ce que luimême alors ignore, un désir d'être élevé par Dieu à des dignités encore supérieures, et a des richesses encore plus abondantes ; et

s'il y parvient, son culte va de plus en plus vers les extérieurs, jusqu'au point qu'il devient nul, et que lui-même enfin méprise et nie Dieu : il agit de même, s'il est privé des dignités et de l'opulence, dans lesquelles il avait placé son cœur. Que sont alors les dignités et les richesses, sinon des pierres d'achoppement pour les méchants, mais non pas pour les bons, parce que ceux-ci placent leur cœur non en elles, mais dans les usages ou les biens, pour l'accomplissement desquels les dignités el les richesses servent de moyens? c'est pourquoi nul autre que l'adorateur de soimême et de la nature ne peut se confirmer contre la Divine Providence, par cela que les impies parviennent aux honneurs el aux richesses, et deviennent des grands et des primats. D'ailleurs, qu'est-ce qu'une dignité plus grande ou plus petite, et une opulence plus grande ou plus petite? N'est-ce pas seulement une chose qui en elle-même est imaginaire? Est-ce que l'un est plus fortuné et plus heureux que l'autre? La dignité chez un grand, el même chez un roi et un empereur, après l'espace d'une année, est-elle regardée autrement que comme quelque chose de commun qui n'exalte plus de joie son cœur, et qui même peut devenir vil a ses yeux? Est-ce que ceux-là par leurs dignités sont dans un plus grand degré de félicité que ceux qui sont dans une dignité moindre, ou même dans la plus petite dignité, comme sont les fermiers et leurs serviteurs? Ceux-ci peuvent Sire dans un plus grand degré de félicité, quand ils prospèrent et sont contents de leur sort. Qui est plus inquiet de cœur, plus souvent indigné, plus vivement irrité, que l'amour de soi? Cela lui arrive loules les fois qu'il n'est pas honoré selon l'exaltation de son cœur, et toutes les fois que quelque chose ne réussit pas à son gré et selon son vœu. Qu'est-ce donc que la dignité, si elle n'est pas pour la chose ou l'usage, sinon une idée? Est-ce qu'une telle idée peut être dans une autre pensée que dans une pensée sur soi et sur le monde? et en elle-même cette idée n'est-elle pas que le monde est tout, et que l'éternel n'est rien ? Maintenant, au sujet de la Divine Providence, il sera dit en quelques mots pourquoi elle permet que les impies de cœur soient élevés aux dignités et acquièrent des richesses : Les impies ou méchants peuvent faire des usages comme les hommes pieux ou bons, et même avec une plus grande

ardeur, car ils se regardent eux-mêmes dans les usages, et regardent les honneurs comme des usages; c'est pourquoi plus l'amour de soi s'élève, plus s'enflamme en lui le désir de faire des usages pour sa gloire : une telle ardeur n'existe pas chez les hommes pieux ou bons, a moins qu'elle n'ait été fomentée en dessous par l'honneur : le Seigneur conduit donc, par l'amour de la réputation, les impies de cœur qui sont dans les dignités, et il les excite à faire des usages pour le Commun ou la Patrie, pour la Société ou la Ville dans laquelle ils sont, et aussi pour le concitoyen ou le prochain avec lequel ils sont : tel est avec eux le gouvernement du Seigneur, qui est appelé Divine Providence : en effet, le Royaume du Seigneur est le Royaume des usages ; et où il n'y a qu'un petit nombre d'hommes qui remplissent des usages pour les usages, il fait que des adorateurs d'eux-mêmes sont promus aux emplois les plus élevés, dans lesquels chacun par son amour est excité à faire le bien. Suppose dans le Monde, quoiqu'il n'en existe pas, un royaume infernal où ne régnent que les amours de soi,— l'Amour de;soi est lui-même le diable,— est-ce que chacun par le feu de l'amour de soi, et par l'éclat de sa gloire, ne fera pas des usages plus que dans un autre royaume? cependant tous ceux-là ont à la bouche le bien public, mais dans le cœur leur propre bien ; et comme chacun regarde son prince pour devenir plus grand, car chacun aspire à être le plus grand, est-ce qu'on peut y voir qu'il y a un Dieu? on est entouré d'une fumée comme celle d'un incendie, à travers laquelle aucun vrai spirituel dans sa lumière ne peut passer; j'ai vu cette fumée autour des enfers de ceux qui s'adorent eux-mêmes. Allume une lanterne, et cherche combien, dans les Royaumes d'aujourd'hui, parmi ceux qui aspirent aux dignités, il y en a qui ne soient pas des amours de sol et du monde? sur mille en trouveras-tu cinquante qui soient des amours de Dieu, et parmi ceux-ci seulement quelques-uns qui aspirent aux dignités? Puis donc qu'il y en a si peu qui soient des amours de Dieu, et un si grand nombre qui sont des amours de soi et du monde, et puisque ces amours-ci par leurs feux produisent plus d'usages que les amours de Dieu par les leurs, comment alors quelqu'un peut-il se confirmer contre la Divine Providence, par cela que les méchants sonlplus que les bons dans la prééminence et dans l'opulence? Cela

est même confirmé par ces paroles du Seigneur ; a Le Seigneur loua l'intendant injuste de ce qu'il avait prudemment agi; car les fils de ce siècle sont plus prudents que tes fils de ta lumière dans leur génération. Ainsi, Moi, je vous dis : Faites-vous des amis du Mammon de l'injustice, afin que quand vous manquerez, ils vous reçoivent dans les tentes étei-nettcs. n — Luc, XVI. 6, 9; — ce qui est entendu par ces paroles dans le sens naturel est évident ; mais, dans le sens spirituel, par le Mammon de l'injustice sont entendues les connaissances du vrai et du bien que les méchants possèdent, et dont ils se servent seulement pour acquérir des dignités et des richesses; c'est d'après ces connaissances que les bous ou les fils de la lumière se feront des amis, et ce sont elles qui les recevront dans les tentes éternelles. Que les amours de soi et du monde soient en grand nombre, et les amours de Dieu en petit nombre, le Seigneur l'enseigne aussi en ces termes : n Large est ta porte et spacieux le chemin qui mène à ta perdition, et il y en a beaucoup qui y entrent; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à ta vie, et il y en a peu qui te trouvent. » — Matlh. VIL 13, 14. — Que les dignités et les richesses soient ou des malédictions ou des bénédictions, et chez qui elles le sont, on le voit ci-dessus. H* 217.

251. III. L'adorateur de soi-même et de la nature se confirme contre la Divine Providence, quand H pense que les guerres sont permises, et qu'alors tant d'hommes sont massacrés, et que leurs richesses sont pillées. Ce n'est pas d'après la Divine Providence qu'il y a des guerres, car elles sont jointes aux homicides, aux pillages, aux violences, aux cruautés et autres maux énormes, qui sont diamétralement opposés a la charité chrétienne ; mais néanmoins elles ne peuvent pas ne pas être permises, parce que, après les très-anciens, qui sont entendus par Adam et son épouse, et dont il a été parlé ci-dessus, N* 241, l'amour de la vie des hommes est devenu tel, qu'il veut dominer sur les autres, et enfin sur tous, et qu'il veut posséder les richesses du monde, et enfin toutes les richesses; ces deux amours ne peuvent pas être tenus enchaînés, puisqu'il est selon la Divine Providence, qu'il soit permis à chacun d'agir d'après le libre selon la raison, voir ci-dessus, W 71 à 97; et que, sans les permissions, l'homme

De peut être détourné du mal par te Seigneur, ni par conséquent être réformé et sauvé ; car s'il n'était pas permis que les maux fissent irruption, l'homme ne les verrait pas, par conséquent ne les reconnaîtrait pas, et ainsi ne pourrait être amené a y résister: de la vient que les maux ne peuvent êlre empêchés par aucun moyen de la Providence ; car ainsi ils resteraient renfermés, et comme ces maladies, appelées cancer et gangrène, ils s'étendraient de tout coté et consumeraient tout le vital humain. En effet, l'homme par naissance est un pelit enfer, entre lequel et le ciel il y a un perpétuel débat; nul homme ne peut être tiré de son enfer par le Seigneur, à moins de voir qu'il y est, et de vouloir en être retiré, et cela ne peut pas être fait sans des permissions dont les causes sont des lois de la Divine Providence. C'est pour cette raison qu'il y a des guerres petites et des guerres grandes; des petites, entre les possesseurs de biens-fonds et leurs voisins, et des grandes entre les Monarques de royaumes et leurs voisins; les petites diffèrent seulement des grandes, en ce que les petites sont tenues dans des limites par les lois de la nation, et les grandes par les lois des nations; et en ce que, quoique les petites aussi bien que les grandes veuillent transgresser leurs lois, les petites ne le peuvent pas et les grandes le peuvent, mais néanmoins non au-delà du possible. Si les grandes guerres faites par des rois et des généraux, quoiqu'elles soient jointes aux homicides, aux pillages, aux violences et aux cruautés, ne sont point empêchées par le Seigneur, ni dans leur commencement, ni dans leurs progrès, mais seulement à la (In, quand la puissance de l'un ou de l'autre est devenue si faible, qu'il y a pour lui péril imminent de destruction, cela est dù à plusieurs causes qui sont cachées dans le trésor de la Divine Sagesse; quelques-unes de ces causes m'ont été révélées; parmi elles est celle-ci, que toutes les guerres, lors même que ce sont des guerres civiles, sont représentatives des états de l'Église dans le Ciel, et sont des correspondances : telles ont été toutes les guerres décrites dans la Parole, et (elles sont aussi toutes les guerres aujourd'hui : les guerres décrites dans la Parole sont celles que les fils d'Israël eurent avec différentes nations, par exemple, avec les Émorréens, les Ammonites, lesMoabites, les Philistins, les Syriens, les Égyptiens, les chaldéens, les Assyriens; et quand les fils d'Is-

raêl, qui représentaient l'Église, s'écartaient des préceptes et des statuts, et tombaient dans les maux qui étaient signifiés par ces nations, — car chaque nation avec laquelle les fils d'Israël eurent la guerre, signifiait quelque genredu mal,— alors ils étaient punis par cette nation : par exemple, quand ils profanaient les choses saintes de l'Église par d'infâmes idolâtries, ils étaient punis par les Assyriens et par ies Chaldéens, parce que la profanation de ce qui est saint est signifiée par l'Assyrie et par la Chaldée : ce qui était signifié par les guerres contre les Philistins, on le voit dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sdr la Foi, H" 50 a 5ù. Des choses semblables sont représentées par les guerres d'aujourd'hui, en quelque endroit qu'elles se fassent; car toutes ies choses qui sont faites dans le Monde naturel correspondent à des choses spirituelles dans leMonde spirituel, et toutes les choses spirituelles concernent l'Église. On ne sait pas dans ce Monde quels royaumes dans la Chrétienté ont un rapport avec les Moabites et les Ammonites, avec les Syriens et les Philistins, avec les Chaldéens et. les Assyriens, et avec les autres nations contre qui les fils d'Israël ont fait la guerre; cependant il y en a qui ont un rapport avec eux. Mais quelle est l'Église dans les terres, et quels sont les maux dans lesquels elle tombe, et pour lesquels elle est punie par des guerres, on ne peut nullement le voir dans le Monde naturel, parce que dans ce Monde il n'y a de manifeste que les externes, qui ne font pas l'Église ; mais on le voit dans le Monde spirituel où. se montrent les internes dans lesquels est l'Église même; et là tous sont conjoints selon leurs différents états : les conflits de ceux-ci dans le Monde spirituel correspondent aux guerres, qui de part et d'autre sont dirigées d'une manière correspondante par le Seigneur selon sa Divine Providence. Que les guerres dans le Monde soient dirigées par la Divine Providence du Seigneur, cela est reconnu par l'homme spirituel, mais non par l'homme naturel, excepté quand il est célébré une fête à l'occasion d'une victoire, en ce qu'alors il peut rendre à genoux des actions de grâces a Dieu pour la victoire qu'il a accordée; il peut aussi avant de commencer le combat invoquer Dieu en quelques mois ; mais quand il rentre en lui-même, il attribue la victoire ou à la prudence du général, ou à quelque mesure ou incident au milieu du

combat, sans qu'on y ait pensé, d'où cependant est résultée la victoire. Que la Divine Providence , qui est appelée Fortune, soit dans les plus petites particularités des choses même les plus frivoles, on le voit ci-dessus, M" 212 ; si en elles tu reconnais la Divine Providence, tu la reconnaîtras tout à fait dans les événements de la guerre ; les succès et les avantages obtenus dans une guerre sont même appelés communément Fortune de la guerre ; et celleci est la Divine Providence, principalement dans les conseils et les méditations du général, lors même que lui, alors et dans la suite, les attribuerait tous à sa prudence. Du reste, qu'il le fasse s'il le veut, car il est dans 1a pleine liberté de penser pour la Divine Providence ou contre elle, et même pour Dieu et contre Dieu ; mais qu'il sache que rien de ce qui concerne les conseils et les méditations ne vient de lui ; tout influe ou du ciel ou de l'enfer, de l'enfer d'après la permission, du ciel d'après la Providence.

252. IV. L'adorateur de soi-même et de la nature se confirme contre ki Divine Providence, quand, selon sa perception, il pense que les victoires sont du côté de la prudence, et non pas toujours du côté de la justice; et que peu importe que te général soit un homme de bien ou un homme' sans probité. S'il semble que les victoires soient du côté de la prudence, et non pas toujours du côté de la justice, c'est parce que l'homme juge d'après l'apparence, et est favorable à un parti plus qu'à l'autre; et ce qu'il favorise, il peut le confirmer par des raisonnements; et il ne sait pas que la justice de la cause dans le ciel est spirituelle, et dans le monde est naturelle, comme il a été dit dans ce qui précède, et que l'une et l'autre sont conjointes par l'enchaînement des choses passées et en même temps des choses futures qui sont connues du Seigneur seul. S'il importe peu que le générai soit un homme de bien ou un homme sans probité, c'est d'après celte raison, qui a été confirmée ci-dessus, W 250, que les méchants, de même que les bons, font des usages, et que les méchants d'après leur feu en font avec plus d'ardeur que les bons ; principalement dans les guerres, parce que le méchant est plus habile et plus adroit que le bon à machiner des ruses, et que par l'amour de la gloire il éprouve de la volupté à tuer et a piller ceux qu'il sait et déclare ennemis; le bon a seulement de la prudence et du

zèle pour protéger, mais rarement pour envahir. Il en est de cela comme des esprits de l'enfer et des anges du ciel; les esprits de l'enfer attaquent, el les anges du ciel se défendent. De là se tire cette conclusion, qu'il est permis à chacun de défendre sa patrie et ses concitoyens contre des ennemis envahisseurs, même en employant des généraux méchants ; mais qu'il n'est pas permis de se déclarer ennemi sans motif : le motif pour la gloire seule est en lui-même diabolique, car il appartient a l'amour de soi.

253. Jusqu'ici ont été expliquées les choses rapportées ci-dessus, S° 237, par lesquelles l'homme entièrement naturel se con- Grme contre la Divine Providence; maintenant vont être expliquées celles du N° 238, qui concernent les religiosités de diverses nations, et qui peuvent aussi servir d'arguments à l'homme entièrement naturel conlre la Divine Providence; car il dit dans son cœur : « Comment peut-il exister tant de religions différentes, et pourquoi n'en exisle-t-il pas une seule, vraie, sur tout le globe, si, comme il a été montré ci-dessus, K" 27 à 45, la Divine Providence a pour fin un Ciel provenant du Genre Humain? » Mais écoute, je te prie : Tous ceux qui sont nés hommes, dans quelque religion qu'ils soient, peuvent être sauvés, pourvu qu'ils reconnaissent un Dieu, et qu'ils vivent selon les préceptes du Décalcgue, qui sont de ne point tuer, de ne point commettre adultère, de ne point voler, de ne point porter de faux témoignages, par cette raison qu'il est contre la religion, par conséquent contre Dieu, de faire de telles actions : chez ceux-là il y a la crainte de Dieu, et l'amour du prochain; la crainte de Dieu, parce qu'ils pensent qu'il est conlre Dieu de faire ces actions; et l'amour du prochain, parce qu'il est contre le prochain de luer, de commettre adultère, de voler, de porter de faux témoignages, et de convoiter sa maison etson épouse ; comme ceux-ci dans ieurvie portent leurs regards vers Dieu, et ne font point de mal au prochain, ils sont conduits par le Seigneur, et ceux qui sont conduits par le Seigneur sont aussi instruits selon leur religion au sujet de Dieu et du prochain; car ceux qui vivent ainsi aiment à être instruits, mais ceux qui vivent autrement n'aiment point à Être instruits; et comme ils aiment à être instruits, ils le sont aussi par les anges après la mort, quand Ils deviennent espriis, et ils reçoivent

volontiers les vrais tels qu'ils sont dans la Parole. Sur ce sujet, voir quelques explications dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Écriture Sainte, N™ 91 à 97, et lOZi a 113.

25ù. I. L'homme entièrement naturel se confirme contre la Divine Providence, quand il considère les religiosités de diverses nations, par exempte, qu'il y a des hommes qui n'ont absolument aucune notion de Dieu, et qu'il y en a qui adorent le soleil et la lune, et d'autres qui adorent des idoles et des images taillées. Ceux qui tirent de là des arguments contre la Divine Providence ne connaissent pas les arcanes Un ciel, qui sont innombrables, et dont a peine un seul est connu de l'homme; au nombre de ces arcanes est celui-ci, que l'homme n'est pas instruit du ciel immédiatement, mais qu'il l'est médiatement, voir ci-dessus sur ce sujet, les M" 154 à 17A; et puisqu'il est instruit médiatement, et que l'Évangile n'a pu parvenir par des émissaires a lous ceux qui habitent sur le globe entier, mais que cependant une religion a pu passer, par divers moyens, même aux nations qui sont aux coins du monde, voilà pourquoi cela aeu lieu paria Divine Providence; en effet, aucun homme ne tire de lui-même la religion, mais il la tient d'un autre qui, ou lui-même, ou d'après d'autres, par tradition avait su d'après la Parole qu'il y a un Dieu, qu'il y a un ciel et un enfer, qu'il y a une vie après la mort, et qu'il faut adorer Dieu pour devenir heureux. Que la Religion ait été transportée dans le Monde entier d'après l'ancienne Parole, et ensuite d'après la Parole israélile, on le voit dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Écriture Sainte, h™ 101 a 103 ; et que s'il n'y avait pas eu de Parole, personne n'aurait eu connaissance de Dieu, du ciel et de l'enfer, de la vie après la mort, ni à plus forte raison du Seigneur, on le voit dans le même Traité, M™ 114 à 118. Quand une fois une Religion a été implantée chez une nation, celle nation est conduite par le Seigneur selon les préceptes et les dogmes de celle religion ; et le Seigneur a pourvu a ce que dans chaque religion il y eût des préceptes tels que ceux qui sont dans le Décalogue ; ainsi, adorer Dieu, ne point profaner son Nom, observer un jour de fete, honorer son père et sa mère, ne point tuer, ne point commettre adultère, ne point voler, ne point porter de faux témoignage; la nation qui fait Divins ces préceptes, et y

conforme sa vie par religion, est sauvée, comme il a été dit cidessus, N°253 ; et même la plupart des nations éloignées du Monde chrétien regardent ces lois non comme civiles, mais comme Divines, et les tiennent pour saintes ; que l'homme soit sauvé par la vie selon ces préceptes, on le voit dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem d'après les préceptes du Décalocde, depuis le commencement jusqu'à la fin. Au nombre des Arcanes du ciel, il y a aussi celui-ci, que le Ciel Angélique devant le Seigneur est comme un seul Homme, dont l'âme et la vie est le Seigneur, et que ce Divin Homme est en toute forme homme, non-seulement quant aux membres et aux organes externes, mais même quant aux membres et aux organes internes, qui sont en grand nombre, puis aussi quant aux peaux, aux membranes, aux cartilages et aux os; toutefois, ces parties tant externes qu'internes, dans cet Homme, ne sont point matérielles, mais elles sont spirituelles ; et il a été pourvu par le Seigneur a ce que ceux auxquels l'Évangile n'a pu parvenir, mais-qui ont seulement une religion, pussent aussi avoir une place dans ce Divin Homme, c'est-à-dire, dans le Ciel, en constituant ces parties qui sont appelées peaux, membranes, cartilages et os; et à ce qu'ils fussent, de même que les autres, dans la joie céleste : car peu importe, si l'on est dans la joie, que ce soit dans la joie telle qu'elle est pour les anges du ciel suprême, ou dans la joie telle qu'elle est pour les anges du dernier ciel ; en effet, quiconque vient dans ie ciel vient dans la joie suprême de son cœur, et n'en soutiendrait pas une plus grande, car il en serait suffoqué. Il en est de cela, par comparaison, comme d'un laboureur et d'un Roi ; le laboureur peut être au comble de la joie quand il marche vêtu d'un habit neuf de gros drap, et qu'il est assis à une table où il y a de la chair de porc, un morceau de bœuf, du fromage, de la bière et du vin cuit; il aurait le cœur a la gêne si, comme un Roi, il était vêtu de pourpre, de soie, d'or et d'argent, et qu'il fût devant une table où il y aurait des mets exquis et somptueux de plusieurs genres avec des vins délicats : de la, il est évident qu'il y a félicité céleste pour les derniers comme pour les premiers, pour chacun dans son degré ; par conséquent aussi pour ceux qui sont hors du monde Chrétien, pourvu qu'ils •fuient les maux comme péchés contre Dieu, parce qu'ils sont con-

tre la religion. Il y en a peu qui n'aient absolument aucune connaissance de Dieu; que ceux-ci, s'ils ont mené une vie morale, soient instruits par les anges après la mort, et reçoivent le spirituel dans leur vie morale, on le voit dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Écriture Sainte, W° 116, Pareillement ceux qui adorent le Soleil et la Lune, et croient que là est Dieu ; ils ne savent pas autre chose, aussi cela ne leur est-il pas imputé à péché, car le Seigneur dit : » Si vous Étiez aveugles, a c'est-adire, si vous ne saviez pas, « vous n'auriez pas de péché. » — Jean, IX. ûl. — Mais il y en a plusieurs qui adorent des idoles et des images taillées, même dans ie Monde chrétien ; cela, il est vrai, est de l'idolâtrie, mais non chez tous; en effet, il y en a à qui les images taillées servent de moyens d'excitation h penser à Dieu ; car d'après l'influx qui procède du Ciel, il arrive que celui qui reconnaît un Dieu veut le voir; et comme ceux-ci ne peuvent pas, comme ceux qui sont spirituels-intérieurs, élever le mental au-dessus des sensuels, ils s'excitent à cela au moyen d'une image taillée ou gravée; ceux qui agissent ainsi, et n'adorent pas l'image elle-même comme Dieu, sont sauvés, s'ils vivent aussi par religion selon les préceptes du Décalogue. D'après ces explications il est évident que, puisque le Seigneur veut le salut de tous, il a pourvu aussi a ce que chacun puisse avoir sa place dans le ciel, s'il vit bien. Que le ciel devant le Seigneur soit comme un seul Homme, et que par suite le ciel corresponde à toutes et à chacune des choses qui sont chez l'homme; et qu'il y en ait aussi qui ont un rapport avec les peaux, les membranes, les cartilages et les os, on le voit dans le Traité do Ciel et db l'Enfer, publié à Londres en 1758, N°* 59 à 103; et aussi dans les Arcanes Célestes, H" 5552 à 5556 ; et ci-dessus, H" 201 à 204.

255. IL L'homme entièrement naturel se confirme contre la Divine Providence, quand it considère que la Religiosité Mahométanc a été reçue par tant d'empires et de royaumes. Que cette Religiosité ait été reçue par plus de Royaumes que la Religion chrétienne, cela peut être un scandale pour ceux qui pensent à la Divine Providence, et en même lemps croient qu'on ne peut être sauvé que si l'on est né chrétien, ainsi dans un pays où il y a la Parole, et où par elle le Seigneur est connu : mais la Religiosité 20*.

Maiiomélane n'est pas un scandale pour ceux qui croient que toutes choses viennenlde la Divine Providence; ceux-ci cherchent en quoi la Providence y esl, et ils le trouvent aussi : c'est en ce que la Religion Mahomélane reconnaît le Seigneur pour le Fils de Dieu, pour le plus Sage des hommes, et pour le plus grand Prophète, lequel est venu dans le Monde pour instruire les hommes; la majeure partie des manométans le font plus grand que Mahomet. Pour qu'on sache pleinement que cette Religiosité a été suscitée par la Divine Providence du Seigneur, afin de détruire les idolâtries d'un grand nombre de nations, ce Bujet va être exposé dans un certain ordre; en conséquence il sera d'abord parlé de l'origine des idolâtries. Avant cette Religiosité, le culte des idoles était commun sur toute la terre : cela provenait de ce que les Églises avant l'avènement du Seigneur avaient toutes été des Églises Représentatives; telle avait été aussi l'Église Israélite; là, le tabernacle, les habits d'Aharon, les sacrifices, toutes les choses du Temple de Jérusalem, et aussi les statuts, étaient représentatifs; et, chez les anciens, il y avait la science des correspondances, qui esl aussi la science des représentations, la science même des sages, cultivée principalement en Égypte ; de là leurs hiéroglyphes : par celte science ils savaient ce que signifiaient les animaux de tout genre, et les arbres de tout genre, puis les montagnes, les collines, les fleuves, les fontaines , et aussi le soleil, la lune, les étoiles; et comme tout leur culte était un culte représentatif, consistant en de pures correspondances, c'est pour cela qu'ils le célébraient sur des montagnes et des collines, et aussi dans des bocages et des jardins; et qu'ils consacraient des fontaines, et tournaient leurs faces vers le soleil levant quand ils adoraient Dieu ; et qu'en outre ils faisaient des images taillées de chevaux, de bœufs, de veaux, d'agneaux, et même d'oiseaux, de poissons, de serpents, et les plaçaient dans leurs maisons et dans d'autres lieux dans un certain ordre selon les spirituels de l'Église auxquels ils correspondaient, ou qu'ils représentaient, lis plaçaient aussi de semblables objets dans leurs Temples, pour rappeler à leur souvenir les choses saintes qu'ils signifiaient. Après ce temps, quand la science des correspondances fut oblitérée, leur postérité commença à adorer ces images taillées comme saintes en elles-mêmes, ne sachant pas

que leurs ancêtres n'avaient rien vu de saint en elles, mais qu'ils les considéraient seulement comme représentant et par suite signifiant des cboses saintes selon leurs correspondances. De là sont nées les idolâtries qui ont rempli toute la terre, tant l'Asie avec les Iles adjacentes, que l'Afrique et l'Europe. Afin que toutes ces idolâtries fussent extirpées, il est arrivé que, par la Divine Providence du Seigneur, il s'éleva une nouvelle Religion accommodée aux génies des orientaux, dans laquelle ily eut quelque chose de l'unetde l'autre Testament de la Parole, et qui enseigna que le Seigneur est venu dans le Monde, et qu'il était le plus grand Prophète, le plus sage de tous, et le Fils de Dieu : cela a été fait par Mahomet, de qui celle Religion a été nommée Religion Mahométane. Celte Religion a été suscitée par la Divine Providence du Seigneur, et accommodée, comme il a été dit, aux génies des orientaux, afin de détruire les idolâtries de tant de nations, et de leur donner quelque connaissance du Seigneur, avant qu'ils vinssent dans le Monde spirituel; elle n'aurait pas été reçue par tant de royaumes, et n'aurait pas pu extirper les idolâtries, si elle n'avait pas été faite de manière a être conforme et adéquate aux idées des pensées et à la vie de tous ces peuples. Si elle n'a point reconnu le Seigneur pour le Dieu du ciel et de la terre, c'est parce que les Orientaux reconnaissaient un Dieu Créateur de l'Univers, et n'ont pas pu comprendre que ce Dieu soit venu dans le Monde et ait pris l'Humain, de même que ne le comprennent pas non plus les Chrétiens, qui pour cela même dans leur pensée séparent son Divin de son Humain, et placent son Divin près du Père dans le Ciel, et son Humain ils ne savent où. D'après cela, on peut voir que la Religion Mahométane doit aussi son origine à la Divine Providence du Seigneur; et que tous ceux de celle religion qui reconnaissent le Seigneur pour Fils de Dieu, et en même temps vivent selon les préceptes du Décalogue, qui sont aussi les leurs, en fuyant les maux comme péchés, viennent dans le Ciel, qui est appelé Ciel mahométan : ce Ciel a aussi été divisé en trois Cieux, le suprême, le moyen et l'infime; dans le Ciel suprême sont ceux qui reconnaissent que le Seigneur est un avec le Père, et qu'ainsi il est Lui- Môme le seul Dieu; dans le second Ciel sont ceux qui renoncent à avoir plusieurs épouses et vivent avec une seule; et dans le der-

nier ceux qui sont initiés. Sur cette Religion, voir de plus grands détails dans la Continuation sun le Jugement Dernier et sur le M oh de Spirituel, N" 68 à 72, où il est traité des Mahométans et de Mahomet

256. III. L'homme entièrement naturel se confirme contre la Divine Providence, quand il voit que la Religion Chrétienne est seulement dans la plus petite partie du Globe habitable, qui est nommée Europe, et que là elle est divisée. Si la Religion Chrétienne est seulement dans la plus petite partie du Globe habitable, qui est nommée Europe, c'est parce qu'elle n'a pas été accommodée aux génies des Orientaux, comme la Religion M ah orné ta ne, qui est mixte, ainsi qu'il vient d'être montré ; et une Religion non accommodée au génie d'un homme n'est point reçue par lui; par exemple, une religion qui déclare qu'il n'est pas permis d'avoir plusieurs épouses n'est point reçue par ceux qui depuis des siècles ont été polygames, mais elle est rejelée ; il en est aussi de même de quelques autres déclarations de la Religion Chrétienne. Peu importe que la plus petite ou la plus grande partie du Monde l'ait reçue, pourvu qu'il y ait des peuples chez qui il y a la Parole ; car il en résulte toujours de la lumière pour ceux qui sont hors de l'Église et n'ont point la Parole, comme il a été montré dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Écriture Sainte, N™ 104 à 113. Et, ce qui est admirable, partout où la Parole est lue saintement, et le Seigneur adoré d'après la Parole, la est le Seigneur avec le Ciel; et cela, parce que le Seigneur est la Parole, et que la Parole est le Divin Vrai, qui fait le Ciel, c'est pourquoi le Seigneur dit : « Où deux ou trois sont assemblés en mon nom, là je suis au milieu d'eux.-— Matth. XVIII, 20;— c'est ce qui peut être fait avec la Parole par des Européens dans un grand nombre d'endroits du Globe habitable, parce qu'ils ont communication avec le globe entier, etque par tout par eux, ou!a Parole est lue, ou il y a enseignement d'après la Parole : cela semble inventé, mais est néanmoins vrai. Si la Religion Chrétienne est divisée, c'est parce qu'elle est fondée sur la Parole, et que la Parole a été écrite par de pures correspondances; or, les correspondances, quant à la plus grande partie, sont des apparences du vrai, dans lesquelles cependant les vrais réels sont cachés ; et comme la Doctrine de l'Église doit être

puisée dans le sens de la lettre de la Parole, qui est tel, il était impossible que dans l'Église il n'y eût pas des disputes, des controverses el des dissensions, surtout quant a l'entendement de la Parole, mais non quant à la Parole elle-même, ni quant au Divin Même du Seigneur ; en effet, partout il est reconnu que la Parole est sainte, et que le Divin est au Seigneur, el ces deux points sont les essentiels de l'Église ; c'est pourquoi aussi ceux qui nient le Divin du Seigneur, lesquels sont ceux qui sont appelés Sociniens, ont été excommuniés de l'Église ; et ceux qui nient la sainteté de la Parole ne sont point réputés Chrétiens. A ces explications j'ajouterai sur la Parole quelque chose de mémorable, d'où l'on peut conclure que la Parole est intérieurement le Divin Vrai même, et intimement le Seigneur : Quand un esprit ouvre la Parole, et en Trotte sa face ou son vêlement, par ce seul frottement sa face ou son vêtement brille avec autant d'éclat que la lune ou qu'une étoile, et cela à la vue de tous ceux qu'il rencontre ; cela atteste que dans le Monde il n'y a rien de plus saint que la Parole. Que la Parole ait été écrite par de pures correspondances, on le voit dans la Doctrine de la Nouvelle Jérdsalem sur l'Écriture Sainte, Pi" 5 à 26. On y voit aussi que la Doctrine de l'Église doit être tirée du sens littéral de la Parole, et être confirmée par ce sens, N" 50 à 61. Que des hérésies peuvent être tirées du sens littéral de la Parole, mais qu'il est dangereux de les confirmer, Pi" 91 à 97. Que l'Église existe par la Parole, et que tel est dans l'Église l'entendement de la Parole, telle est l'Église elle-même, N"' 76 à 79.

257. IV. L'homme entièrement naturel se confirme contre la Divine Providence, par cela que dans plusieurs Royaumes oit la Religion Chrétienne a été reçue, il y a des hommes qui s'attribuent le pouvoir Divin, et veulent être adorés comme des dieux, et parce qu'on y invoque des hommes morls. Ils disent, il est vrai, qu'ils ne se sont point arrogé le pouvoir Divin, el qu'ils ne veulent point être adorés comme des dieux ; niais néanmoins ils disent qu'ils peuvent ouvrir et fermer le Ciel, remettre et retenir les péchés, par conséquent sauver et condamner les hommes, et cela est le Divin Même; car la Divine Providence n'a pour unique fin que la réformation el par suite la salvation; c'est la sou opération continuelle chez chacun; el la salvation ne peut être

opérée que par la reconnaissance du Divin du Seigneur, et par la confiance que le Seigneur Lui-Môme opère, quand l'homme vil selon Ses préceptes. Oui est-ce qui ne peut pas voir que cela est la liabylonie décrite dans l'Apocalypse, et la Babel dont il est parlé çà et ladans les Prophètes? Que ce soil aussi Lucifer, dans Ésaie Chap. XIV, cela est évident par les Vers, à et 22 de ce chapitre, où sont cesparoles:«r« prononceras cette parabole sur le RoideBaoet,» — Vers. lt; — ensuite : u Je retrancherai à Babel nom et reste.» — Vers. 22 ; — d'où il est clair que, dans ce passage , Babel est Lucifer de qui il est dit : « Gomment es-tu tombé du ciel, Lucifer, fils de l'aurore? Cependant, toi, tu avais dit dans ton cœur: Aux deux je monterai ; au-dessus des étoiles de Dieu j'élèverai mon trône, et je m'assiérai en la montagne de convention, dans tes côtés du septentrion ; je monterai au-dessus des hauts lieux de la nuée ; je deviendrai semblable au Très-Haut, a — Vers, 12, 13, là. — Qu'on y invoque des hommes morts, et qu'on les prie de porter secours, cela est notoire ; il est dit qu'on les invoque, parce que leur invocation a élé établie par une bulle papale confirmant le décret du Concile de Trente, par laquelle il est dit ouvertement qu'on doit les invoquer. Qui est-ce qui ne sait pas cependant que c'est Dieu seul qu'on doit invoquer, et non aucun homme mortï Mais il va Être dit maintenant pourquoi Dieu a permis ces choses ; qu'elles aient été permises pour une fin, qui est la salvation, cela ne peut pas être nié ; on sait, en effet, que sans le Seigneur il n'y a point de salut; et, puisqu'il en est ainsi, il a élé nécessaire que le Seigneur fût prêché d'après la Parole, et que par la l'Église Chrétienne fût instaurée ; mais cela n'a pu être fait que par des promoteurs qui le fissent par zèle; et il n'y en a pas eu d'autres que ceux qui, par le feu de l'amour de soi, étaient dans une ardeur semblable au zèle ; ce feu les excita d'abord à prêcher le Seigneur et à enseigner la Parole; c'est d'après ce primitif état des promoteurs que Lucifer est dit fils de l'aurore, Vers. 12. Mais à mesure qu'ils virent que par les choses saintes de la Parole et de l'Église ils pouvaient dominer, l'amour de soi, par lequel ils avaient d'abord été excités à prêcher le Seigneur, s'élança de leur intérieur, et s'éleva enfin a celte hauteur, qu'ils transférèrent en eux toute la Divine puissance du Seigneur,

sans lui en rien laisser. Cela n'a pu êlre empêché par la Divine Providence du Seigneur, car si cela eût été empêché, ils auraient publié à haute voix que le Seigneur n'était pas Dieu et que la Parole n'était pas sainte, et ils se seraient faits Socinieus ou Ariens, et ainsi ils auraient détruit entièrement l'Église, laquelle, quels que soient les chefs, se maintient cependant chez les peuples qui sont sous leur domination ; car tous ceux de cette religion qui s'adressent aussi au Seigneur, et fuient les maux comme péchés, sont sauvés; c'est pourquoi, il y a même dans le Monde spirituel plusieurs sociétés célestes qui en ont été composées ; et il a aussi élé pourvu à ce qu'il y eût parmi eux une nation qui n'a point subi le joug d'une telle domination, et qui regarde la Parole comme sainte ; cette noble Nation est la Nation Française. Mais qu'est-il arrivée Quand l'Amour de soi eut porté la domination jusqu'au trône du Seigneur, il l'en chassa, et s'y plaça lui-même ; cet Amour, qui est Lucifer, ne pouvait que profaner toutes les choses de la Parole et de l'Église; pour que cela ne fût pas fait, le Seigneur par sa Divine Providence a pourvu à ce qu'ils se retirassent de son culte, qu'ils invoquassent des hommes morts, qu'ils adressassent des prières a leurs statues, qu'ils baiBassent leurs os, qu'ils se prosternassent vers leurs tombeaux, qu'ils défendissent de lire la Parole, qu'ils missent la sainteté du culte dans des messes que le vulgaire ne comprend pas, et qu'ils vendissent le salut à prix d'argent ; parce que s'ils n'avaient pas fait ces choses, ils auraient profané les choses saintes de la Parole et de l'Église : en effet, ainsi qu'il a été montré dans le Paragraphe précédent, il n'y a que mix qui connaissent les choses saintes, qui peuvent les profaner. C'est pourquoi, afin qu'ils ne profanassent pas la Ires-sainle Gène, il a élé pourvu par la Divine Providence à ce qu'ils la divisassent, qu'ils donnassent au peuple le pain, et qu'ils prissent eux-mêmes le vin ; car dans la sainte Cène le vin signifie le saint vrai, et le pain le saint bien ; mais, quand ils ont été divisés, le vin signifie le vrai profané, et le pain le bien adultéré ; et en outre il a été pourvu à ce qu'ils la fissent corporelle et matérielle, et qu'ils prissent cela pour la principale chose de la religion. Quiconque fait attention à ces particularités, et les examine dans une certaine illustration du mental, peut voir les merveilleuses opérations de la

Divine Providence pour préserver les choses saintes de l'Église, et pour sauver tous ceux qui peuvent être sauvés, et arracher comme d'un incendie ceux qui veulent en être retirés.

258. V. L'homme entièrement naturel se confirme contre ta Divine Providence, par cela que, parmi ceux qui professent ta Religion Chrétienne, il y en a qui placent la salvation dans certaines paroles qu'on pense et prononce, et non dans les biens qu'on fait. Que tels soient ceux qui font salvifique la foi seule, et non la vie de la charité, par conséquent ceux qui séparent la fol d'avec la charité, on le voit prouvé dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur la Foi ; et Pon y voit aussi que ceux-là sont entendus dans la Parole par les Philistins, par le dragon et par les boucs. Qu'une telle Doctrine aussi ait été permise, c'est d'après la Divine Providence, afin que le Divin du Seigneur et le Saint de la Parole ne fussent point profanés; le Divin du Seigneur n'est point profané, quand la salvation est placéedans cette phrase: «Que Dieu le Père ait compassion à cause du Fils, qui a souffert sur la croix et a satisfait pour nous; » car ainsi ils s'adressent non au Divin du Seigneur, mais à son Humain, qu'ils ne reconnaissent pas pour Divin; et la Parole n'est point profanée, parce qu'ils ne font pas attention a ces passages où sont les expressions amour, charité, faire, œuvres; ils disent que toutes ces choses sont dans la foi qui consiste dans la phrase ci-dessus ; et ceux qui le confirfirment disent en eux-mêmes : » La loi ne me condamne pas, ni par conséquent le mal, et le bien ne sauve pas, puisque le bien venant de moi n'est pas le bien ; » ils sont donc comme ceux qui ne connaissent aucun des vrais de la Parole, et par cela même ne peuvent la profaner. Mais la foi qui consiste dans cette phrase n'est confirmée que par ceux qui sont d'après l'amour de soi dans le faste de la propre intelligence ; ceux-ci non plus ne sont pas chrétiens de cœur, mats seulement ils veulent le paraître. Que cependant la Divine Providence du Seigneur opère continuellement pour sauver ceux chez qui la foi, séparée de la charité, est devenue chose de religion, c'est ce qui va maintenant être dit : C'est d'après la Divine Providence du Seigneur, que, quoique celte foi soit devenue chose de religion, chacun sait néanmoins que ce qui sauve, c'est non pas celle foi, mais ta vie de la charité avec laquelle la foi fait

SUit LA DIVINE PBOVIDF.XCE. 2Û1

un ; en effet, dans toutes les Églises, où cette Religion a été reçue, il est enseigné qu'il n'y a point de salvation, à moins que l'homme ne s'examine, ne voie ses péchés, ne les reconnaisse, n'en fasse pénitence, n'y renonce, et ne commence une vie nouvelle; cela est lu avec beaucoup de zèle devant tous ceux qui s'approchent de la Sainte Cène; on y ajoute que s'ils ne le font pas, ils mêlent les choses saintes avec les profanes, et se jettent dans la damnalion éternelle; et de plus, en Angleterre, que s'ils ne le font pas, le diable entrera en eux comme dans Judas, et les détruira quant à Time 'et au corps : d'après cela, il est évident que, dans les Églises où la foi seule a été reçue, chacun néanmoins est instruit qu'il faut fuir les maux comme péchés. Outre cela, quiconque est né chrétien sait aussi qu'il faut fuir les maux comme péchés, puisque le Décalogue est mis dans les mains de tout jeune garçon et de toute jeune fille, et est enseigné par les parents et par les mai- Ires; et que tous les citoyens d'un Royaume, spécialement le vulgaire, sont examinés par le prêtre, d'après le seul Décalogue récité de mémoire, sur ce qu'ils savent de la Religion Chrétienne, et sont aussi avertis de faire ce qu'il contient; il ne leur est jamais dit alors par aucun ecclésiastique, qu'ils ne sont point sous le joug de celte Loi, ni qu'ils ne peuvent pas faire ce qui est commandé parce qu'aucun bien ne vient d'eux-mêmes. Le symbole d'Athanase a aussi été reçu dans tout le Monde Chrétien, et ce qu'il contient vers la fin est aussi reconnu, à savoir, que le Seigneur viendra pour juger les vivants et les morts, et qu'alors ceux qui ont fait, de bonhes oeuvbes entreront dans la vie éternelle, et que ceux qui en ont fait de mauvaises iront dans le feu étemel. En Suède, où la Religion de la foi seule a été reçue, il est clairement enseigné aussi qu'il n'y a pas do foi séparée d'avec la charité ou sans les bonnes œuvres, et cela, dans un Appendice Mémorial annexé à tous les livres de psaumes, ayant pour titre Empêcliements ou Causes de chute des impénitents, Obotferdigas foerbindeh, où sont ces paroles : a Ceux qui sont riches en bonnes œuvres montrent par la qu'ils sont riches en foi, parce que, quand la foi est salviflquo, elle opère par la charité; caria foi justifiante n'existe jamais seule et séparée des bonnes œuvres, de même qu'nn bon arbre n'est point sans fruit, ni le soleil sans lumière et sans clia-

leur, ni l'eau sans l'humide, a Ces quelques détails ont été donnés, afin qu'on sache que, quoique la Religiosité de la foi seule ait été reçue, cependant les biens de la charité, qui sont les bonnes œuvres, sont partout enseignés, et que cela vient de la Divine Providence du Seigneur, afin que le vulgaire ne soit point séduit par cette foi. J'ai entendu Luther, avec qui je nie suis entretenu quelquefois dans le Monde spirituel, maudire la foi seule, et dire que, quand il l'a établie, il fut averti par un Ange du Seigneur de ne pas faire cela ; mais qu'il avait pensé en lui-même que, s'il ne rejetait pas les œuvres, la séparation d'avec le Catholicisme-Romain ne s'eflec tuerait pas ; c'est pour cela qu'il a confirmé cette foi malgré l'avertissement

259. Vf. L'Iiomme entièrement naturel se confirme contre la Divine Providence, par cela que, dam te Monde chrétien, il y a eu tant d'hérésies, et qu'il y en a encore, telles que celles des Quakers, des Moraves, des Anabaptistes, et plusieurs autres. En effet, il peut penser en lui-même : « Si la Divine Providence dans les très-singuliers était universelle, et avait pour fin le salut de tous, elle aurait fait qu'il n'y eût eu sur tout le globe que la vraie Religion, et qu'elle n'eût point été divisée, ni, à plus forte raison, déchirée par des hérésies. » Mais fais usage de ta raison, et pense plus profondément, si tu peux : Est-ce que l'homme peut être sauvé, s'il n'est auparavant réformé ? En effet, il est né dans l'amour de soi et dans l'amour du monde ; et comme ces amours n'ont en eux-mêmes rien de l'amour envers Dieu, ni rien de l'amour à l'égard du prochain, si ce n'est en vue de soi, il est né aussi dans les maux de tout genre; peut-il exister dans ces amours quelque chose de l'amour ou de la miséricorde? Ne regarde-t-il pas comme rien de tromper autrui, de blasphémer contre lui, de le haïr jusqu'à 1a mort, de commettre adultère avec son épouse, de sévir contre lui quand il est poussé par la vengeance, puisqu'il veut être au-dessus de tous, et posséder les biens de tous les autres, par conséquent puisqu'il regarde les autres en les comparant à lui-même comme vils et de nulle importance? Pour qu'un tel homme soit sauvé, ne faut-il pas que d'abord il soit détourné de ces maux, et qu'ainsi il soit réformé? Que cela ne puisse être fait que selon plusieurs lois, qui sont des lois de la Divine Providence,

c'est ce qui a été montré ci-dessus; ces lois, quant à la plus grande partie, ne sont point connues, et cependant ce sont des lois de la Divine Sagesse et en même temps du Divin Amour, contre lesquelles le Seigneur ne peut agir; car agir contre elles, ce serait perdre l'homme et non le sauver ; parcours les Lois qui ont été exposées, confère-les, et tu verras. Puis donc qu'il est aussi selon ces Lois qu'il n'y ait aucun influx immédiat du ciel, mais que l'influx soit médiat par la Parole, les doctrines et les prédications, et que la Parole, pour qu'elle fût Divine, n'a pu être écrite que par de pures correspondances, il s'ensuit que les dissensions et les hérésies sont inévitables, et que leur permission est aussi selon les lois de la Divine Providence ; et encore plus, parce que l'Église elle-même avait pris pour ses essentiels des choses qui appartiennent à l'entendement seul; ainsi à la Doctrine, et non des choses qui appartiennent à la volonté, ainsi a la vie; et quand les choses qui appartiennent à la vie ne sont point les essentiels de l'Église, l'homme est alors par l'entendement dans de pures ténèbres, et il erre comme un aveugle qui heurte partout et tombe dans les fosses : en effet, la volonté doit voir dans l'entendement, et non l'entendement dans la volonté, ou, ce qui est la même chose, la vie et son amour doivent conduire l'entendement à penser, à parler et à agir, et non pas le contraire; si le contraire avait lieu, l'entendement pourrait, d'après un amour mauvais, et même diabolique, saisir tout ce qui tombe sous les sens, et enjoindre a la volonté de le faire. D'après ces explications, on peut voir d'où viennent les dissensions et les hérésies. Mais toujours est-il qu'il a été pourvu à ce que chacun, dans quelque hérésie qu'il soit quant à l'entendement, puisse néanmoins être réformé et sauvé, pourvu qu'il fuie les maux comme péchés, et qu'il ne confirme pas chez lui les faux hérétiques; car par fuir les maux comme péchés la volonté est réformée, et par la volonté l'entendement, qui alors pour la première fois passe des ténèbres dans la lumière. Il y a trois essentiels de l'Église, la reconnaissance du Divin du Seigneur, la reconnaissance de la sainteté de la Parole, et la vie qui est appelée Charité; selon la vie, qui est la charité, chaque homme a la foi ; d'après la Parole il sait quelle doit êlre la vie ; et par le Seigneur il y a pour lui réformalion et salvation. Si l'Église avait

eu ces trois choses comme ses essentiels, les dissensions intellectuelles ne l'eussent pas divisée ; mais elles l'auraient seulement variée, comme la lumière varie les couleurs dans les beaux objets, et comme une variété de diamants fait la beauté d'une couronne de lioi.

260. VIL L'homme entièrement naturel se confirme contre la Divine Providence, par cela que le Judaïsme continue encore; c'est-à-dire, parce que les Juifs, après tant de siècles, ne se sont point convertis, quoiqu'ils vivent parmi les Chrétiens, et parce qu'ils ne confessent point le Seigneur selon les prédictions dans la Parole, et ne Le reconnaissent point pour le Messie qui doit, comme ils se l'imaginent, les ramener dans la terre de Canaan, mais qu'ils persistent constamment à le renier, et cependant les choses continuent à bien aller pour eux. Mais ceux qui pensent ainsi, et qui pour cela révoquent en doute la Divine Providence, ne savent pas que par les Juifs, dans la Parole, il est entendu tous ceux qui sont de l'Église et reconnaissent le Seigneur, et que par la terre de Canaan, dans laquelle il est dit qu'ils seront introduits, il est entendu l'Église du Seigneur : que s'ils persistent à renier le Seigneur, c'est parce qu'ils sont tels, que s'ils recevaient et reconnaissaient le Divin du Seigneur et les choses saintes de son Église, ils les profaneraient; c'est pourquoi le Seigneur dit en parlant d'eux -.alla aveuglé leurs yeux, et il a endurci leur cœur, de peur qu'ils ne voient de leurs yeux, et ne comprennent de leur cœur, et qu'ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. » — Jean, XII. Û0. Matin. XIIL 14. Marc, IV. 12. Lun, VUL 10. Ésaie, VI. 9, 10; — il est dit c de peur qu'ils ne se convertissent et que je ne les guérisse, » parce que s'ils eussent été convertis et guéris, ils auraient profané; et selon une loi de la Divine Providence, dont il a été traité ci-dessus, N°* 221 à 233, personne n'est introduit intérieurement par le Seigneur dans les vrais de la foi et dans les biens de la charité, qu'autant qu'il peut y être tenu jusqu'à la lin de la vie, et que s'il en était autrement, il profanerait les choses saintes. Si cette Nation a été conservée, et répandue sur une grande partie du Globe, c'est à cause de la Parole dans sa Langue Originale, qu'elle regarde comme sainte plus que ne le font les Chrétiens ; et dans chaque chose de la Parole il y a le Divin

du Seigneur, car le Divin Vrai y es! uni au Divin Bien qui procède du Seigneur, et par là la Parole est la conjonction du Seigneur avec l'Église, et !a présence du ciel, ainsi qu'il a été montré dons la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Écriture Sainte, H™ 62 à 69 ; et la présence du Seigneur et du Ciel est partout où la Parole est lue saintement. C'est là la fin que la Divine Providence a eue en vue, en conservant les Juifs et en les dispersant sur une grande partie du globe. Quel est leur sort après la mort, on le voit dans la Continuation sur le Jugement Dernier et sur le Monde Spirituel, M" 79 à 82.

261. Ce sont là les choses, rapportées ci-dessus, N° 238, par lesquelles l'homme naturel se confirme, ou peut se confirmer contre la Divine Providence; il en est encore quelques autres, mentionnées ci-dessus, N" 239, qui peuvent de même servir d'arguments à l'homme naturel contre la Divine Providence, el aussi tomber dans les mentais (animas) des autres, et exciter quelques doutes, ce sont celles-ci :

2B2. I. Il peut s'élever un doute contre la Divine Providence, de ce que tout le Monde Chrétien adore un Dieu sous trois Personnes, ce qui est adorer trois Dieux, et de ce que jusqu'à présent il n'a pas su que Dieu est un en personne et en essence, dans lequel il y a la Trinité, et que ce Dieu est te Seigneu?: Celui qui raisonne sur la Divine Providence peut dire : « Les trois Personnes ne sont-elles pas trois Dieux, puisque chaque personne par elle-même est Dieu? » Qui est-ce qui peut penser autrement, et même qui est-ce qui pense autrement? Athanase lui-même ne l'a pas pu; c'est pourquoi, dans la Foi symbolique qui porte son nom, il dit : « Quoique d'ap?-ès ta vérité chrétienne nous devions reconnaitre que chaque Personne est Dieu et Seigneur, néanmoins il n'est pas permis, d'après ta foi chrétienne, de dire ou de nommer trois Dieux ou trois Seigneurs ; •> par là il n'est entendu autre chose, sinon que nous devons reconnaître trois Dieux cl trois Seigneurs, mais qu'il n'est pas permis de dire ou de nommer trois Dieux et trois Seigneurs. Qui est-ce qui peut jamais percevoir un seul Dieu, à moins que ce Dieu ne soit aussi un en Personne? Si l'on dit qu'on peut le percevoir, pourvu que l'on pense que les trois personne sont une seule Essence,— qui est-ce qui par 21*.

là perçoit ou peut percevoir autre chose, sinon que de cetle manière les trois sont unanimes et d'accord, mais que néanmoins ce sont trois Dieux? Et si l'on pense plus profondément, on se dit à soi-même : Comment la Divine Essence, qui est infinie, peut-elle Être divisée? et comment peut-elle de toute éternité engendrer un autre, et encore produire un autre qui procède de l'un et de Tau- Ire? L'on dit qu'il faut croire cela, et n'y pas penser; mais qui est-ce qui ne pense pas à ce qu'on lui dit qu'il faut croire? Autrement d'où viendrait la reconnaissance qui est la foi dans son essence? N'est-ce pas de la pensée à l'égard de Dieu comme à l'égard de trois personnes que sont nés le Socinianisme et l'Arianisme, qui régnent dans le cœur de plus de personnes qu'on ne croit ? La foi d'un seul Dieu, et que ce Dieu unique est le Seigneur, fait l'Église, car en Lui est la Divine Trinité ; qu'il en soil ainsi, on le voit dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur le Seigneur, depuis le commencement jusqu'à la fin. Mais qu'est-ce que l'on pense aujourd'hui au sujet du Seigneur? Pense-t-on qu'il est Dieu et Homme, Dieu par Jéhovah son Père, de qui il a été conçu, et Homme par la Vierge Marie, de qui il est né? Qui est-ce qui pense qu'en Lui Dieu et l'Homme, ou son Divin et son Humain sont une seule Personne, et qu'ils sont un comme l'ame et le corps sont un? Est-ce que quelqu'un sait cela? Interroge les Docteurs de l'Église, et ils diront qu'ils ne le savent pas, lorsque cependant cela est conforme a la Doctrine de l'Église reçue dans tout le monde chrétien, dans laquelle sont ces paroles : « Notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, est Dieu et Homme; et, quoiqu'il soit Dieu et Homme, néanmoins its ne sont pas deux, mais il est un seul Christ; il est un,parce que le Divin a pris sur soi l'Humain; et même il est absolument un, car il est une seule personne, puisque coinme l'âme et le corps font un seul lumime, de môme Dieu et l'Homme sont un seul Christ; n ceci est tiré de la Foi ou Symbole d'Athanase : s'ils ce l'ont pas su, c'est parce que, quand ils ont lu ce passage, ils ont pensé au Seigneur, non pas comme étant Dieu, mais seulement comme étant Homme. Qu'on demande à ces docteurs s'ils savent de qui il a été conçu, si c'est de Dieu le Père, ou si c'est de son propre Divin, ils répondront que c'est de Dieu le Père, car cela est conforme à l'Écriture; est-ce qu'alors le

SUR LA DJV1KE PR0V1UEMCE. 2Û7

Père et Lui ne sont pas un, comme l'âme et le corps sont unî Qui est-ce qui peut penser qu'il a été conçu de deux Divins, et, si c'est du Sien, que ce Divin était son Pèreï Si tu leur demandes encore : « Quelle est votre idée sur le Divin du Seigneur, et quelle est-elle sur son Humain?» Ils diront que son Divin est de l'Essence du Père, et son Humain de l'Essence de la mère, et que son Divin est chez le Père. Et si alors lu leur demandes : « Où est son Humain?» Ils ne répondront rien; car dans leur idée ils séparent son Divin et son Humain, ils font son Divin égal au Divin du Père, et son Humain semblable à l'humain d'un autre homme, et ils ne savent pas qu'ainsi ils séparent l'âme et le corps; ils ne voient pas non plus la contradiction, que dans ce cas il serait né homme rationnel d'après la mère seule. De l'impression de cette idée sur l'Humain du Seigneur, qui était semblable à l'humain d'un aulre homme, il est arrivé que le Chrétien peut difficilement être amené à penser au Divin Humain, quand bien même on lui dirait que l'âme ou la vie du Seigneur a élé et est, par la conception, Jéhovah Lui-Méme. Rassemble maintenant ces raisons, et examine s'il y a un aulre Dieu de l'univers que le Seigneur seul, dans lequel est le Divin Même à quo qui est appelé le Père, le Divin Humain qui est appelé le Fils, et le Divin Procédant qui est appelé l'Esprit Saint, et qu'ainsi Dieu est un en Personne et en Essence, et que ce Dieu est le Seigneur: Si tu insistes, en disant que le Seigneur Lui-Même en a nommé Trois dans Matthieu : « Allez et faites disciples toutes tes nations, tes baptisant au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. »— XXVIII. 19 ;— je répondrai qu'il a dit cela, afin qu'on sût qu'en Lui, alors glorifié, il y avait la Divine Trinité, comme il est évident par le Verset qui précède immédiatement, et par celui qui suit; dans le Verset qui précède il dit que tout pouvoir lui a élé donné dans le ciel et sur terre; et, dans le Verset qui suit, que Lui-Mème serait avec eux jusqu'à la consommation du siècle; ainsi il parle de Lui Seul et Don de Trois. Maintenant, quant à ce qui concerne la Divine Providence, et pourquoi elle a permis que les Chrétiens adorassent un seul Dieu sous trois personnes, ce qui est adorer trois Dieux, et comment il se fait que jusqu'ici ils aient ignoré que Dieu est un en Personne et en Essence, dans lequel il y a la Trinité, el que ce-

Dieu est le Seigneur, ce n'est pas le Seigneur, mais c'esl l'homme lui-même qui en est la cause; le Seigneur l'a enseigné clairement dans sa Parole, comme on peut le voir par tous les passages qui ont été rapportés dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sdr le Seigneur; il l'a aussi enseigné dans la Doctrine de toutes les Églises, dans laquelle il est dit, que son Divin et Bon Humain sont, non pas deux, mais une seule Personne, unis comme l'ame et le corps. Mais si on a divisé le Divin et l'Humain, et si on a tait le Divin égal au Divin de Jéhovah le Père, et l'Humain égal a l'humain d'un autre homme, la cause première fut que l'Église, après son lever, tomba en une Babylonie qui transféra en elle le pouvoir Divin du Seigneur; toutefois, pour qu'on ne dit pas que c'était le pouvoir Divin, mais seulement l'humain, les chefs firent l'Humain duSeigneur semblable à l'humain d'un autre homme : et plus tard, quand l'Église eut été réformée, et que la foi seule, qui esl que Dieu le Père a pitié à cause du Fils, eut été reçue pour unique moyen de saivalion, l'Humain du Seigneur ne put pas non plus être considéré autrement : s'il ne le put pas, c'est parce que personne ne peut s'adresser au Seigneur, ni le reconnaître de cœur pour Dieu du ciel et de la terre, excepté celui qui vit selon Ses préceptes ; dans le Monde spirituel, où chacun est tenu de parler comme il pense, nul ne peut même nommer Jésus, que celui qui dans le monde a vécu comme chrétien ; et cela, d'après la Divine Providence, afin que son Nom ne soit point profané.

263. Maïs, afin que ce qui vient d'être dit devienne plus évident, j'ajouterai ce qui a été rapporté dans la Doctrine de là Nouvelle Jérusalem sur le Seigneur, vers ia fin, N" 60, 61; le voici : u Que Dieu et l'Homme dans le Seigneur, selon la Doctrine, » soient non deux Personnes mais une seule, et absolument une, » comme l'âme et le corps sont un, on le voit clairement par un » grand nombre de déclarations du Seigneur Lui-Même;parexem- » pie, que le Père et Lui sont un; que tout ce qui est au Père est » à Lui, et que tout ce qui est a Lui est au Père; que Lui est dans » le Père, et que le Père est en Lui ; que toutes choses Lui ont élé » données en la main; que tout pouvoir Lut appartient; qu'il est » le Dieu du Ciel et de la terre ; que celui qui croit en Lui a la vie » éternelle; et que la colère de Dieu demeure sur celui qui ne

croit pas en Lui ; et, de plus, que non-seulomeni le Divin, mais aussi l'Humain ont été élevés au Ciel, et que quant à l'un et a l'autre il est assis à la droite de Dieu, c'est-à-dire, qu'il est Tout- Puissant; et beaucoup d'autres passages de la Parole sur son Divin Humain, rapportés ci-dessus en grande quantité, qui tous attestent, Que Dieu est un tant en Personne qu'en Essence, qu'en Lui est ta Trinité, et que ce Dieu est le Seigneur. Si ces choses concernant le Seigneur sont divulguées maintenant pour la première fois, c'est parce qu'il a été prédit dans l'Apocalypse, Chap. XXI et XXII, qu'une Nouvelle Église, dans laquelle ce Doctrinal tiendrait la première place, serait instituée par le Seigneur à la fin de la précédente : c'est celte Église qui est entendue là par la Nouvelle Jérusalem, dans laquelle nul ne peut entrer a moins qu'il ne reconnaisse le Seigneur seul pour le Dieu du Ciel et de la terre ; c'est pourquoi cette Église y est appelée I'Épouse de l'Agnead : et je puis annoncer ceci, que tout le Ciel reconnaît le Seigneur seul, et que celui qui ne le reconnaît pas n'est point admis dans le Ciel ; car c'est par le Seigneur que le Ciel est le Ciel : cette reconnaissance elle-même, procédant de l'amour et de la foi, fait que tous y sont dans le Seigneur, et que le Seigneur est en eux, comme Lui-Même l'enseigne dans Jean : Ere ce jour-là vous connaîtrez que Moi (je suis) dans mon Père, et vous en Moi, et Moicnvous. — XIV. 20; — puis dans le Même : Demeurez en Moi, et Moi en vous : Moi, je suis le cep ; vous, les sarments ; celui qui demeure en Moi, et Moi en tut, celui-là porte du fruit beaucoup; car sans Moi vous ne pouvez faire rien. Si quelqu'un ne demeure pas en Moi, il est jeté de/tors.~ XV. h, 5, 6; et aussi XVII. 22, 23.— Si ce doctrinal, tiré de la Parole, n'a pas été vu auparavant, c'est parce que s'il eût été vu plus tût, il n'eût toutefois pas été reçu ; car le Jugement dernier n'avait pas encore été fait, et avant ce Jugement la puissance de l'enfer prévalait sur la puissance du ciel, et l'homme est dans le milieu entre le ciel et l'enfer; si donc ce doctrinal eut été vu auparavant, le diable, c'est-à-dire, l'enfer, l'aurait arraché du cœur des liommes, et môme l'aurait profané. Cet état de puissance de l'enfer a été entièrement détruit par le Jugement dernier, qui est maintenant terminé : de-

LA SAGESSE AHGKLIQOE

» puis ce jugement, ainsi maintenant, tout homme qui veut être » illustré et devenir sage le peut. *

26û. II. Jl peut s'élever un doute contre la Divine Providence, de ce que jusqu'à présent on a ignoré que dans chaque chose de ta Parole il y a un sens spirituet } et que de là vient ta sainteté de la Parole. En effet, on peut faire naître un doute contre la Divine Providence, en disant : Pourquoi cela a-t-il été révélé maintenant pour la première foisî puis : Pourquoi cela l'at-il été par celui-ci ou par celui-là, et non par un Primat de l'Église î Mais que ce soit un Primat, ou le serviteur d'un Primat, c'est au bon plaisir du Seigneur, il sait quel est l'un et quel est l'autre. Toutefois, si ce sens de la Parole n'a pas été révélé plus tût, en voici les raisons : h C'est que, s'il eût été révélé plus tût, l'Église l'aurait profané, et par là elle aurait profané la sainteté même de la Parole. II. Les vrais réels aussi, dans lesquels consiste le sens spirituel de la Parole, n'ont été révélés par le Seigneur qu'après que le Jugement dernier eut été accompli, et lorsqu'une nouvelle Église, qui est entendue par la Sainte Jérusalem, allait être instaurée par le Seigneur. Mais ces deux points vont être examinés séparément : Prehièremeht. Le sens spirituel de ta Parole n'a pas été révélé plus tôt, parce que s'il l'eût été plus tôt, l'Église t'aurait profané, et par là elle aurait profané ta sainteté même de la Parole : L'Église, peu de temps après son instauration, a été changée en Babylonie, et ensuite en Pliilislbée ; la Babylonie, il est vrai, reconnaît la Parole, mais néanmoins elle la méprise, en disant que l'Esprit Saint les inspire dans leur suprême jugement de même qu'il a inspiré les Prophètes : s'ils reconnaissent la Parole, c'est a cause du vicariat établi d'après les paroles du Seigneur à Pierre ; mais toujours est-il qu'ils la méprisent, parce qu'elle ne s'accorde pas avec leurs vues : c'est même pour cela qu'elle a été enlevée au peuple, et renfermée dans les monastères, où peu de personnes la lisent ; si donc le sens spirituel de la Parole, dans lequel est le Seigneur et en même temps toute la sagesse angélique, eût été découvert, la Parole eût été profanée, non-seulement, comme cela a lieu, dans ses derniers qui sont ce qu'elle contient dans le sens de la lettre, mais aussi dans ses intimes. La Pliilislhée, par laquelle il est entendu la foi

Di j ! :l'"J Lv Ci

séparée de la charilé, aurait aussi profané le sens spirituel de la Parole, parce qu'elle place la salvalion dans quelques mots que l'on pense et prononce, et non dans les biens que l'on Tait, comme il a été montré ci-dessus, et ainsi fait salvifique ce qui n'est point salvifique, et de plus éloigne l'entendement des choses que l'on doit croire; que peuvent-ils avoir de commun avec la lumière, dans laquelle est le sens spirituel de la Parole? Ne serait-elle pas changée en ténèbres? Quand le sens naturel est changé en ténèbres, que n'arriverait-il pas pour le sens spirituel? Parmi ceux qui se sont confirmés dans la loi séparée de la charité, et dans la justification par elle seule, qui est celui qui veut savoir ce que c'est que le bien, ce que c'est que l'amour envers le Seigneur et à l'égard du prochain, ce que c'est que la charité et les biens de la charité, ce que c'est que les bonnes œuvres, et ce que c'est que faire, et même ce que c'est que la foi dans son essence, et connaître quelque vrai réel qui la constitue? Ils écrivent des volumes, et ils confirment seulement ce qu'ils appellent la foi ; et, toutes les choses qui viennent d'être nommées, ils disent qu'elles sont dans cette foi. D'après cela, il est évident que si le sens spirituel de la Parole eût été découvert auparavant, il serait arrivé ce que le Seigneur dit dans Matthieu : « Si ton œil est mauvais, tout ton corps sera ténébreux; si donc ta lumière qui est en toi devient ténèbres, combien grandes les ténèbres! n — VI. 23 ; — par l'œil, dans le sens spirituel de fa Parole, il est entendu l'entendement. Secondement. tes vrais réels aussi, dans lesquels consiste le sens spirituel de la Parole n'ont été révélés par le Seigneur qu'après que le Jugement dernier eut été accompli, et lorsqu'une nouvelle Église, qui est entendue par la Sainte Jérusalem, allait être instaurée par te Seigneur : Il a été prédit par le Seigneur, dans l'Apocalypse, qu'après que le Jugement dernier serait accompli, les vrais réels seraient découverts, une nouvelle Église serait instaurée, et le sens spirituel dévoilé : que le Jugement dernier ait été accompli , cela a été montré dans l'Opuscule sur le Jugement Dernier, et ensuite dans la Continuation de cet opuscule ; c'est là ce qui est entendu par le ciel et la terre qui devaient passer, — Apoc Chap. XXI. 1.— Que les vrais réels devaient alors être découverts, cela est prédit par ces paroles dans

l'Apocalypse : u Celui qui Était assis sur te Trône dit : Voici, nouvelles toutes choses je fais, n — Vers. 5; et aussi Chap. XIX. 17, 18. XXI. 18 à 21. XXII. i, 2.— Qu'alors le sens spirituel de la Parole devait être dévoilé, od le voit, Chap. XIX. 11 à 16; cela est entendu par le Cheval blaoc sur lequel était assis celui qui était appelé la Parole de Dieu, et qui était le Seigneur des seigneurs el le Roi des rois; voir à ce sujet l'Opuscule sur le Cheval Blanc. Que par la Sainle Jérusalem il soit entendu une Nouvelle Église, qui doit alors être instaurée par le Seigneur, on le voit dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur le Seigneur, M" 62 à 65, où cela a été montré. De là donc il est évident que le sens spirituel de la Parole devait être révélé pour la nouvelle Église, qui reconnaîtra et adorera le Seigneur seul, regardera sa Parole comme sainte, aimera les Divins Vrais, et rejettera la foi séparée de la charité ; mais sur ce sens de la Parole, voir de plus grands détails dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Écriture Sainte, N°' 5 à 26, et suiv. ; par exemple, ce que c'est que le sens spirituel, N°* 5 a 26; qu'il y a un sens spirituel dans toutes et dans chacune des choses de la Parole, N" 9 à 17; que c'est d'après le sens spirituel que la Parole est divinement inspirée, et sainte dans chaque mot, N" 18, 19; que le sens spirituel de la Parole n'a pas été connu jusqu'à présent, et pourquoi il n'a pas été révélé auparavant, N°" 20 à 25; que le sens spirituel ne sera donné par la suite qu'à celui qui est par le Seigneur dans les vrais réels, N° 26. D'après ces explications, on peut maintenant voir que c'est d'après la Divine Providence du Seigneur que le sens spirituel a été caché au monde jusqu'à ce siècle, et que pendant ce leinps-là il a été réservé, dans le Ciel chez les Anges, qui y puisent leur sagesse. Ce sens a été connu et aussi cultivé chez les anciens qui ont vécu avant Moïse; mais comme leurs descendants avaien t converti les correspondances,— desquelles seules était composée leur Parole et par suite la religion, — en diverses idolâtries, et dans l'Égypte en magies, ce sens a été fermé d'après la Divine Providence du Seigneur, d'abord chez les fils d'Israël, et ensuite chez les Chrétiens, pour les raisons mentionnées ci-dessus, et maintenant pour la première fois il a été ouvert pour la Nouvelle Église du Seigneur.

265. III. Il peut s'élever un doute contre ta Divine Providence, de ce que jusqu'à présent on n'a pas su que fuir les maux comme péchés, c'est ta Religion Chrétienne même. Que ce soit là la Religion Chrétienne infime, cela a été montré dans la Doctrine de vie pour la Nodvelle Jérusalem, depuis le commencement jusqu'à !a Tin ; et comme la foi séparée de la charité est le seul obstacle ace que cela soit reçu, il a aussi été traité de cette foi. I! esl dit qu'on n'a pas su que fuir les maux comme péchés esl la Religion Chrétienne même, c'est parce que presque tous nele savent pas, et cependant chacun le sait, voir ci-dessus, PJ° 258; si néanmoins presque tous ne le savent pas, c'est parce que la foi séparée l'a oblitéré, car elle enseigne que c'est la foi seule qui sauve, et non aucune bonne œuvre ou aucun bien de la charité; puis aussi, qu'on n'est plus sous le joug de la loi, mais dans la liberté ; ceux qui ont entendu quelquefois une telle doctrine ne pensent plus à aucun mal de ia vie, ni a aucun bien de la vie ; chaque homme est même enclin par sa nature à embrasser celte doctrine, et quand une fois il l'a embrassée, il ne pense plus ù l'état de sa vie : voila ce qui fait qu'on ne le sait pas. Qu'on ne le sache pas, c'est ce qui m'a été découvert dans le monde spirituel ; j'ai demandé à plus de mille nouveaux venus du monde, s'ils savaient que fuir les maux comme péchés est la Religion même; ils m'ont dit qu'ils ne le savaient pas, et que c'était quelque chose de nouveau dont ils n'avaient pas entendu parler jusqu'alors, mais qu'ils avaient entendu dire qu'on ne peut pas faire le bien par soi-même, et qu'on n'est plus sous le joug de la loi ; quand je leur demandais s'ils ne savaient pas que l'homme doit s'examiner, voir ses péchés, faire pénitence, et ensuite commencer une nouvelle vie, et qu'autrement les péchés ne sont pas remis, et que si les péchés ne sont pas remis, on n'est pas sauvé, et que cela était lu à haute voix devant eux toutes les fois qu'ils se présentaient à la Sainte-Cène, ils répondaient qu'ils avaient fait attention non pas à cela, mais seulement a ce que par le Sacrement de la Cène il y avait pour eux rémission des péchés, et que la foi opérait le reste a leur insu. Je leur disais encore : « Pourquoi avez-vous appris ie Décalogue à vos enfants? N'était-ce pas afin qu'ils sussent quels sont les maux qui sont des péchés qu'il faut fuir! Était-ce seulement afin qu'ils sus-

sent el crussent, et non aiin qu'ils ne les fissent pasî Pourquoi donc dites-vous que cela est du nouveau? « A ces questions ils ne pouvaient rien répondre, sinon qu'ils le savaient, et cependant ne le savaient pas ; qu'ils ne pensaient nullement au siiieme précepte quand ils commettaient adultère, au septième quand ils commettaient clandestinement quelque vol ou quelque fraude, et ainsi des autres préceptes; qu'ils pensaient encore moins que de telles actions fussent contre la Loi Divine, par conséquent contre Dieu. Quand je leur rappelais plusieurs choses tirées des Doctrines des Églises et de la Parole, qui confirmaient que fuir et avoir en aversion les maux comme péchés, c'est la Religion Chrétienne même, et que chacun a la foi selon qu'il les fuit et tes a en aversion, ils gardaient ic silence; mais ils furent confirmés que cela est vrai, quand ils virent que tous étaient examinés quant à la vie, et jugés selon les faits, et que personne ne l'était selon la foi séparée de la vie, puisque chacun a la foi selon la vie. Si te Monde chrétien, quant a la plus grande partie, n'a pas su cette vérité, c'est d'après cette Loi de la Divine Providence, qu'il soit laissé îi chacun d'agir d'après le libre selon la raison, pr 71 à 99, et M™ 100 ù 128 : puis, d'après cette Loi, que personne ne soit enseigné immédiatement du Ciel, mats le soit médiate m eut par la Parole, par la Doctrine et par les Prédications d'après la Parole, Pi"' 154 à 174 : et, en outre, d'après toutes les Lois de permission, qui sont aussi des Lois de la Divine Providence. Voir sur ces lois plusieurs détails, ci-dessus, N" 258.

274. IV. /( peut s'Élever un doute contre la Divine Providence, de ce que jusqu'à présent on n'a pas su que l'homme vit homme après la mort, et de ce qtie cela n'a pas été découvert auparavant. Si on ne l'a pas su, c'est parce que chez ceus qui ne fuient point les maux comme péchés il y a intérieurement caché la croyance que l'homme ne vit pas après la mort, et c'est pour cela qu'ils regardent comme de nulle importance, soit qu'on dise que l'homme vit après la mort, soit qu'on dise qu'il ressuscitera au jour du jugement dernier; et si par hasard quelqu'un a foi en la résurrection, il dit en soi-même : « Il ne m' arrivera pas pire qu'aux aulres; si je vais eu enfer, j'y serai en nombreuse compagnie ; et de même, si je vais au ciel, n Mais néanmoins chez lous

ceux qui ont quelque religion, il y a d'insilé la connaissance qu'ils vivent hommes après la morl ; l'idée qu'ils vivent Ames et non hommes est seulement chez ceux que la propre intelligence a infatués, et non chez les autres. Que chez quiconque a quelque religion il y ait d'insilé la connaissance qu'il vit homme après la mort, cela est Évident d'après les considérations suivantes : 1° Qui est-ce qui pense autrement au moment de la mort? 2" Est-il un panégyriste qui, dans ses lamentations sur les morts, ne les élève dans le ciel, ne les place parmi les anges, en conversation avec eux et partageant leur joie? Sans parler de l'apolhcose de quelques-uns. 3° Qui est-ce, parmi le vulgaire, qui ne croit pas que, quand il mourra, s'il a hien vécu, il ira dans le paradis céleste, sera revêtu d'un habillement blanc, el jouira de la vie éternelle 7 U° Qui est le prêtre qui ne dit pas de telles ou de semblables choses à un mouranlî Et quand il dit cela, il le croit aussi lui-même, pourvu qu'en même temps il ne pense pas au jugement dernier, G" Qui est-ce qui ne croit pas que ses enfants sont dans le ciel, et qu'après la mort il y verra son épouse qu'il a aimée? Qui est-ce qui pense que ce sont des spectres, ou, qui plus est, que ce sont des ûmes ou des mentais voltigeant dans l'univers? 6" Qui esl-ce qui contredit, quand quelqu'un parle du sort el de l'état de ceux qui sont passés du temps dans la vie éternelle? J'ai parlé a plusieurs de l'état et du sort de telles et telles personnes, c( je n'ai encore entendu aucun d'eux me répondre qu'il n'y avait maintenant pour eux aucun sort, mais qu'il y en aurait un au temps du jugement. 7° Qui est-ce qui, en voyant des anges ou en peinture ou en sculpture, ne reconnaît pas qu'ils sont tels? Qui est-ce qui pense alors que ce sont des esprits sans corps, des souffles ou des nuées, comme se l'imaginent quelques savants? 8° Les Catholiques-Romains croient que leurs saints sont hommes dans le ciel, et les autres ailleurs ; les Mahomélans te croient aussi de leurs défunts; les Africains plus que les autres; pareillement un grand nombre de nations; pourquoi les Chrétiens réformés ne le croiraient-ils pas, eux qui le savent d'après la Parole? 9° De cette connaissance in si tée chez chacun.il résulte aussi que quelques-uns aspirent â l'immortalité de la renommée, car celle connaissance se change en amour de la renommée chez quelques-uns, el en fait des

héros et de vaillants hommes de guerre. 10° On a recherché, dans le monde spirituel, si celle connaissance était insilée chez tous, et l'on a découvert qu'elle était chez tous dans leur idée spirituelle, qui appartient a la pensée interne, mais non de même daus leur idée naturelle qui appartient a la pensée externe. D'après ces considérations on peut voir qu'aucun doute ne doit s'élever contre la Divine Providence du Seigneur, de ce que l'on croit que maintenant, pour la première fois, il a été découvert que l'homme vil homme après la mort. C'est seulement le sensuel de l'homme, qui veut voir et toucher ce qu'il doit croire ; celui qui ne pense pas au-dessus du sensuel est dans les ténèbres de la nuit sur l'état de sa vie.

Les maux sont permis pour une fin, qui est la salvation.

275. Si l'homme naissait dans l'amour dans lequel il a été créé, il ne serait dans aucun mal, et même il ne saurait pas ce que c'est que le mal, car celui qui n'a pas été dans le mal, et qui par suite n'est pas dans le mal, ne peut pas savoir ce que c'est que le mal; si on lui disait que telle ou telle chose est un mal, il ne croirait pas cela possible ; cet étal est l'état d'innocence, dans lequel ont été Adam et Ève son épouse; la nudité, dont ils ne rougissaient pas, signifiait cel état. La connaissance du mal, après la chute, est entendue par l'action de manger de l'arbre de la science du bien et du mal. L'amour, dans lequel l'homme a été créé, est l'amour du prochain, afin qu'il lui veuille autant de bien qu'il s'en veut à lui-même, et plus encore, et qu'il soit dans le plaisir de son amour, quand il lui fait du bien, presque comme un père qui en fait à ses enfants. Cet amour est véritablement humain, cor en lui il y a le spirituel par lequel il est distingué de l'amour naturel, dans lequel sont les animaux brutes : si l'homme naissait dans cet amour, il naîtrait non pas dons l'obscurité de l'ignorance, comme tout homme maintenant, mais dans une certaine lumière de la science et aussi de l'intelligence, dans lesquelles même il viendrait en peu de temps; et d'abord, il est vrai, il ramperait comme un quadrupède, mais avec un effort insité de se dresser sur les pieds ; car, bien que quadrupède, toujours esl-il qu'il

ne baisserait pas sa face vers la terre, mais il la tiendrait en avant vers le ciel, et se dresserait debout,- comme il en aurait aussi le pouvoir.

276. Mais quand l'amour du prochain fui changé en amour de soi et que cet amour se fut accru, l'amour Immain fui changé en amour animal, et d'homme qu'il était l'homme devint bêle, avec celte différence, qu'il pouvait penser ce que par le corps il sentait, et distinguer rationnellement une chose d'avec une autre, cl qu'il pouvait être instruit, et devenir homme civil et moral, et enfin homme spirituel ; car, ainsi qu'il a été dit, il y a chez l'homme le spirituel, par lequel il est distingué de l'animal brute; par le spirituel, en effet, il peut savoir ce que c'est que le mal civil et le bien civil; puis, ce que c'est que le mal moral et le bien moral ; et aussi, s'il le veut, ce que c'est que le mal spirituel et le bien spirituel. Quand l'amour du prochain eut été changé en amour de soi, il ne fut plus possible que l'homme naquit dans la lumière de la science et de l'intelligf-nce, mais il ne pouvait plus que naître dans l'obscurité de l'ignorance, parce qu'il naissait entiercmcnl dans le dernier de la vie, qui est appelé sensuel-corporel, et qu'être introduit par lui dans les intérieurs du mental naturel au moyen des instructions, le spirituel l'accompagnant toujours. On verra dans la suite pourquoi il naît dans le dernier de la vie, qui est appelé sensuel-corporel, et par conséquent dans l'obscurité de l'ignorance. Que l'amour du prochain et l'amour de soi soient des amours opposés, chacun peut le voir ; en effet, l'amour du prochain vent de soi-même du bien ù tons, mais l'amour de soi veut que tous lui fassent du bien ; l'amour du prochain veut servir tous les autres, cl l'amour de soi veut que tous les autres le servent ; l'amour du prochain regarde tous les autres comme ses frères et comme ses amis, mais l'amour de soi regarde tous tes autres comme ses domestiques, et, s'ils ne se mettent pas à son service, comme ses ennemis ; en un mot, l'amour de soi se regarde seul, et regarde les autres a peine comme des hommes, que dans son cœur il estime moins que ses chevaux et ses chiens ; et comme ils sont si vils a ses yeux, il considère comme rien de leur faire du mal ; de la les haines et les vengeances, les adultères et les scorlalions, les vols et les fraudes, les mensonges et les blasphèmes, les violences et les cruautés, et 22*.

autres excès semblables. Ce sont là les maux dans lesquels est l'homme par la naissance. Que ces maux soient permis pour uue fin, qui est la salvation, c'est ce qui va être démontré dans cet ordre : I. Tout homme est dans le mal, et il doit être retire du mal pour qu'il soit réformé. II. Les maux ne peuvent être éloignés à moins qu'ils ne se montrent lit Autant les maux sont éloignés, autant ils sont remis. IV. Ainsi la permission du mal est pour cette fin qu'il y ait salvation.

277. I. Tout homme est dans le mal, et il doit être retiré du mat pour qu'il soit réformé. Que dans chaque homme il y ail le mal héréditaire, et que d'après ce mal l'homme soit dans la convoitise de plusieurs maux, c'est ce qui est connu dans l'Église; et de là vient que l'homme par lui-même ne peut pas faire le bien, car le mal ne fait pas le bien, à moins que ce ne soit un bien dans lequel intérieurement est le mal ; le mal qui est intérieurement consiste en ce qu'il fait le bien pour lui-même, et ainsi afin qu'il soit en évidence. Que ce mal héréditaire vienne des parents, cela est connu ; on dit qu'il vient d'Adam et de son épouse, mais c'est une erreur; car chacun naît dans ce mal par son père, et son père y était par le sien, et celui-ci aussi par le sien, et il est ainsi transféré successivement de l'un dans l'autre, par conséquent il s'augmente et s'accroît comme en un monceau, et il est transmis dans la postérité; c'est de là que chez l'homme il n'y a rien d'intègre, mais que tout entier il est le mal. Qui est-ce qui sent que s'aimer plus que les autres est un mal? qui est-ce qui, par suile, sait que cela est le malî et cependant c'est la tète des maux. Que le mal héréditaire vienne des pères, des aïeuls et des aïeux, cela est évident par beaucoup de choses connues dans le monde; ainsi, par la distinction des maisons, des familles, et môme des nations à la seule inspection des faces ; or les faces sont les types des mentais ( animi), et les mentais sont selon les affections qui appartiennent à l'amour; parfois aussi ia face de l'aïeul revient dans le petitfils ou l'arrière-petit-fils : je connais à la seule inspection de la (ace si un homme est Juif ou ne l'est pas; je connais de même de quelie souche sortent quelques personnes; et je ne doute pas que d'autres aussi ne le connaissent pareillement. Si les affections qui appartiennent à l'amour sont ainsi dérivées des parenls et trans-

mises, ii s'ensuit qu'il en est de même des maux, puisque ceux-ci appartiennent aux affections. Mais il va Être dit maintenant d'où vient cette ressemblance : L'âme de chacun vient du père, et elle est seulement revêtue d'un corps par la mère; que l'aine vienne du père, cela résulte non-seulement de ce qui vient d'être rapporté ci-dessus, mais aussi de plusieurs autres indices, et même de celui-ci, que l'enfant d'un nègre ou maure, par une femme blanche ou européenne, naît noir, et vice vcrsd; et principalement de ce que Pâme est dans la semence, car c'est par la semence que se fait l'imprégnation, et c'est la semence qui est revêtue d'un corps par la mère; la semence est la première forme de l'amour dans lequel est le père, c'est la forme de son amour dominant avec les plus proches dérivations, qui sont les affections intimes de cet amour. Ces affections chez chacun sont voilées de tout coté par des choses décentes qui appartiennent a la vie morale, et par des biens qui appartiennent en partie à la vie civile, et en partie à la vie spirituelle; c'est là ce qui fait l'externe de la vie, même chez les méchants : dans cet externe de la vie naît tout enfant; de là vient qu'il est aimable ; mais à mesure qu'il grandit ou devient adolescent, il va de cet externe vers les intérieurs, et enfin vers l'amour dominant de son père ; si cet amour a été mauvais, et qu'il n'ait pas été tempéré et ployé chez lui par des moyens d'éducation, son amour devient tel qu'a été celui de son père. Toutefois, le mal n'est jamais extirpé, mais seulement il est éloigné; il en sera parlé dans ce qui suit. D'après cela on peut voir que tout homme est dans le mal.

277 (bis). Que l'homme doive être retiré du mal pour qu'il soit réformé, cela est évident sans explication : en effet, celui qui est dans le mal dans le monde est dans le mal après sa sortie du monde; si donc dans le monde le mal n'a pas été éloigné, il ne peut pas être éloigné plus tard ; où l'arbre tombe, il reste étendu ; de même aussi la vie de l'homme reste telle qu'elle a été quand il meurt ; chacun aussi est jugé selon ses faits, non pas qu'ils soient cnumérés, mais parce qu'il y revient et agit pareillement; car la mort est la continuation de la vie, avec cette différence, qu'alors l'homme ne peut plus être réformé. Toute réformation se fait dans le plein, c'est-à-dire, dans les premiers et en même temps dans

les derniers; et les derniers sont réformés dans le monde d'une manière conforme aux premiers, et ne peuvent l'être plus lard, parce que les derniers de la vie, que l'homme emporLe avec lui après la mort, se reposent, et conspirent, c'est-à-dire, font un avec ses intérieurs.

278. II. Les maux ne peuvent être éloignés, à moins qtCiU ne se montrent. 11 est entendu par là non pas que l'homme doit faire les maui pour cette fin qu'ils se montrent, mais qu'il doit s'examiner et rechercher non-seulement ses actions, mais aussi ses pensées, et ce qu'il ferait s'il ne craignait pas les lois et le déshonneur, principalement quels sont les maux que dans son esprit il regarde comme licites, et qu'il ne considère pas comme péchés, car ceux-ci néanmoins il les commet. C'est pour que l'homme s'examine que l'entendement lui a été donné, et cet entendement a été séparé de la volonté, afin qu'il sache, comprenne el reconnaisse ce que c'est que le hien et ce que c'est que le mal, puis aussi alin qu'il voie quelle est sa volonté, ou ce qu'il aime et ce qu'il désire; pour que l'homme voie cola, il a été donné a son entendement une pensée supérieure et une pensée inférieure, ou une pensée intérieure et une pensée extérieure, afin que d'après la pensée supérieure ou intérieure il voie ce dont la volonté s'occupe dans la pensée inférieure ou extérieure;il le voit comme un homme voit sa face dans un miroir; et quand il le voit, et qu'il connaît que c'est un péciié, il peut, s'il implore le secours du Seigneur, ne pas vouloir ce péché, le fuir, et ensuite agir contre lui, sinon librement, du moins le réduire par un combat, et enfin l'avoir en aversion et en abomination ; et alors pour la première fois il perçoit cl sent aussi que le mal est le mal, el que le hien est le bien, mais non auparavant. C'est donc la s'examiner, voir ses maux et les reconnaître, les confesser et ensuite y renoncer. Mais comme il y en a peu qui sachent que cela est la Religion Chrétienne même, parce que ceux-là seuls qui agissent ainsi ont la charité et ta foi, et qu'eux seuls sont conduits par le Seigneur, cl font le hien d'après Lui, il sera dit quelque chose de ceux qui n'agissent pas ainsi, et qui néanmoins s'imaginent avoir de la religion; ceux-ci sont : 1" Ceux qui se confessent coupables de tous les péchés, et n'en recherchent aucun chez eux. 2° Ceux qui, par reli-

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gion, omettent de rechercher. 3° Ceux qui, à cause des choses mondaines, ne pensent nullement aux péchés, et par suite ne les connaissent point- h" Ceux qui donnent leur faveur aux péchés, et qui par conséquent ne peuvent ies connaître. 5' Chez tous ceux-là les péchés ne se montrent pas, et par conséquent ne peuvent Être éloignés. 6° En dernier lieu, il sera dévoilé quelle est ia cause, jusqu'à présent inconnue, pour laquelle les maux ne peuvent être éloignés, à moins qu'ils ne soient recherchés, qu'ils ne se montrent, qu'ils ne soient reconnus, ne soient confessés, et qu'on n'y résiste.

278 (bis). Mais il faut examiner séparément chacun de ces points, parce que ce sont là les principales choses de la Religion Chrétienne, de la part de l'homme. Premièrement. De ceux qui se confessent coupables de tous tes péchés, et n'en recherchent atwunchez eux. Ils disent: «Je suis un pécheur; je suis né dans les péchés; il n'y a rien de sain en moi de la tète aux pieds; je ne suis que mal; Dieu boni sois-moi propice, pardonne-moi, purifie-moi, sauve-moi; fais que je marche dans la pureté, et dans le chemin du juste, » outre plusieurs autres choses semblables; et cependant nul d'entre eux ne s'examine, et par conséquent ne connaît aucun mal en soi; or, personne ne peut fuir ce qu'il ne connaît pas, et encore moins le combattre; un tel homme aussi se croit pur et lavé après ses confessions, lorsque cependant de la lete à la plante des pieds il est impur et non-lavé; car une confession de tous les péchés, est un assoupissement, et enfin un aveuglement; c'est comme un universel sans aucun singulier, ce qui n'est rien. Secondement. De ceux qui, par religion, omettent de rechercher. Ce sont principalement ceux qui séparent la charité d'avec la foi, car ils disent en eux-mêmes : m Pourquoi rechercherai-je si c'est un mal ou un bien? Pourquoi, si c'est un mal, puisque cela ne me damne pas! Pourquoi, si c'est un bien, puisque cela ne me sauve pas î C'est la foi seule, pensée et énoncée avec assurance et confiance, qui justifie et purifie de tout péché ; et quand une fois j'ai élé justifié, je suis pur devant Dieu ; je suis, il est vrai, dans le mal; mais Dieu le lave aussitôt qu'il se fait, et ainsi il n'apparaît plus, » outre plusieurs autres choses semblables. Mais qui est-ce qui ne voit pas, pour peu qu'il ouvre les veux,

que ce sont-là de vaines paroles, dans lesquelles il n'y a rien d'effectif, parce qu'il n'y a rien du bien? Qui est-ce qui ne peut penser ainsi et parier ainsi, même avec assurance et confiance, quanden même temps il pense à l'enfer el à la damnation éternelle? Est-ce qu'un tel homme veut savoir quelque chose de plus, soit vrai, soit bien? Au sujet du vrai, il dit : u Qu'est-ce que le vrai, sinon ce qui confirme cette foi? » Au sujet du bien, il dit : « Qu'est-ce que le bien, sinon ce qui est en moi d'après cette foi? Mais pour qu'il soit en moi, je ne le ferai pas comme par moi-même, puisque cela est méritoire, et que le bien méritoire n'est pas le bien. » Ainsi il omet toutes choses jusqu'à ne plus savoir ce que c'est que le mal; alors qu'cxaminera-t-il, el que verra-t-il chez lui? Alors son état ne devient-il pas celui-ci, a savoir, que le feu renfermé des convoiliscs du mal consume les intérieurs de son mental, et les dévaste jusqu'à la porte? il garde seulement cette porte, afin que l'incendie ne se manifeste pas; mais elle est ouverte après la mort, el alors cet incendie se manifeste devant tous. Troisièmement. De ceux qui, à cause des clioses mondaines, ne pensent nullement aux péchés, et qui par conséquent ne peuvent les connaître. Ce sont ceux qui aiment le monde par dessus toutes choses, el n'admettent aucun vrai qui les détourne de quelque faux de leur religion, se disant à eux-mêmes : « Qu'est-ce que cela pour moi? cela n'appartient pas à ma pensée. » Ainsi ils rejettent le vrai aussitôt qu'ils l'entendent; et s'ils l'entendent, ils l'étouiïent. Ils agissent presque de la même manière quand ils entendent des prédications; ils n'en retiennent que quelques mots, sans en retenir aucune chose substantielle. Comme ils agissent ainsi à l'égard des vrais, ils ne savent pas par conséquent ce que c'esl que le bien, car le vrai et le bien font un, et par le bien qui ne vient pas du vrai on ne connaît pas le mal, sinon pour dire aussi que c'est un bien, ce qui se fait par des raisonnements fondés sur des faux. Ce sont eux qui sonl entendus par les semences qui tombèrent parmi les Épines, et dont le Seigneur parle ainsi : u D'autres semences tombèrent parmi les épines, et les épines montèrent, et les étouffèrent. Ce sont ceux qui entendent ta Parole, mais le souci de ce siècle,et la tromperie des richesses étouffent ta Parole, en sorte qu'elle devient infructueuse. * — Matih. XW. 7, 22. Marc, IV.

7,18, 13. Luc, VIII. 7, lit.— Quatrièmement. De ceux qui donnent leur faveur aux péchés, et qui par conséquent ne peuvent tes connaître. Ce sont ceux qui reconnaissent Dieu, et lui rendent un culte, selon les formes ordinaires, et qui se confirment dans l'idée qu'un certain mal, qui est un péché, n'est point un péché ; car ils le déguisent au moyen d'illusions et d'apparences, et ils en cachent ainsi l'éaormité ; quand ils ont fait cela, ils lui donnent leur faveur, et ils se le rendent ami et familier. Il est dit que ce sont ceux qui reconnaissent Dieu qui font cela, pareeque les autres ne considèrent aucun mal comme péché, car tout péché est contre Dieu. Mais ceci va Être illustré par des exemples : L'homme avide de gain, qui par des raisons qu'il invente regarde comme permises quelques espèces de fraudes, no considère pas ce ma! comme un péché : de même agit celui qui confirme en lui la vengeance contre des ennemis; et celui qui se confirme au sujet du pillage de ceux qui ne sont pas des ennemis de guerre. Cinquièmement. Chez tous ceux-là les péchés ne se montrent pas, et par conséquent ne peuvent être éloignés. Tout mal qui ne se montre pas reste en fomentation; il est comme le feu dans du bois sous la cendre ; il est aussi comme la sanie dans une plaie qui n'est pas ouverte; car tout mal renfermé s'accroît, et ne cesse pas avant que le tout ait été consumé; c'est pourquoi, afin qu'aucun mal ne soit renfermé, il est permis à chacun de penser en faveur de Dieu ou contre Dieu, en faveur des choses saintes de l'Église ou contre elles, sans pour cela Être puni dans le monde. Le Seigneur s'exprime ainsi sur ce sujet dans feaîe : « Depuis la plante du pied jusqu'à la tête point d'intégrité, blessure et cicatrice, et plaie récente, lesquelles n'ont été ni pressées, ni bandées, ni adoucies par l'huile. Lacez-vous, purifiez-vous, éloignez la malice de vos œuvres de devant mes yeux ; cessez de faire le mal : apprenez à faire le bien ; alors quand seraient vos péchés comme l'écarlate , comme la neige ils deviendront blancs ; quand rouges ils seraient comme la pourp>-e, comme la laine Us seront. Si cous refusez et vous rebellez, par Cépée vous serez dévorés. »— r. 6, 16, 17, 18, 20; — Être dévoré par l'épée signifie périr par le faux du mal. Sixièmement. Cause, jusqu'à présent inconnue, pour laquelle tes maux ne peuvent être éloi-

gnés, à moins qu'ils ne soient recherchés, qu'ils ne se montrent, qu'Us ne soient reconnus, ne soient confessés, et qu'on n'y résiste. Dans ce qui précède, il a élé rapporté que le Ciel lout entier a Été disposé en sociétés selon les affections du bien opposées aux convoitises du mal, et que l'enfer tout entier a été disposé en sociétés selon les convoitises du mat opposées aux affections du bien: chaque homme, quant à son esprit, est dans quelque société, dans une société céleste s'il est dans l'affection du bien, et dans une société infernale s'il est dans la convoitise du mal; l'homme l'ignore, quand il vit dans le monde; mais néanmoins, quant à son esprit, il est dans quelque société; sans cela il ne peut vivre, et par là il est gouverné par le Seigneur : s'il est dans une société infernale, il ne peut en être tiré par le Seigneur que selon les lois de sa Divine Providence, parmi lesquelles est celle-ci, que l'homme voie qu'il y est, qu'il veuille en sortir, et qu'il fasse pour cela des efforts par lui-même; l'homme le peut quand il est dans le monde, mais non après la mort; car alors il reste pour l'éternité dans la société où il s'esl introduit quand il était dans le monde : c'est pour cette cause, que l'homme doit s'examiner, voir et reconnaître ses péchés, et faire pénitence, et ensuite persévérer jusqu'à la fin de sa vie. Que cela soit ainsi, je pourrais le confirmer jusqu'à la pleine croyance par de nombreuses expériences, mais ce n'est pas ici le lieu de produire des preuves tirées de l'expérience.

279. III. Autant les maux sont éloignés, autant ils sont remis. L'erreur du siècle est de croire que les maux sont sépares de l'homme, et même jetés dehors, quand ils sont remis ; et que l'état de la vie de l'homme peut être changé en un moment, même en un état opposé, qu'ainsi de méchant l'homme peut devenir bon, par conséquent être tiré de l'enfer, et transféré aussitôt dans le Ciel, et cela par la Miséricorde immédiate du Seigneur : mais ceux qui ont celle croyance et cette opinion ne savent nullement ce que c'est que le mal, ni ce que c'est que le bien, et n'ont aucune connaissance de l'état de la vie de l'homme; et ils ne savent nullement que les affections, qui appartiennent à la volonté, sont de simples changements et variations d'état des substances purement organiques du mental; que les pensées, qui appartiennent à l'entendement, sont de simples changements et variations de forme

SDR I.A DIVISE PROVIDENCE. 265

(le ces substances; et que la mémoire est l'étal permanent de ces changements. D'après la connaissance de toutes ces choses on peut voir clairement qu'un mal ne peut être éloigné que successivement, et que la rémission du ma! n'en est pas l'étoigneinent. Mais ces choses ont été dites sommairement ; et si elles ne sont pas démontrées, elles peuvent, il est vrai, être reconnues, mais non être saisies; et ce qui n'est pas saisi est comme une roue qu'on fait tourner avec la main ; les choses donc qui viennent d'être dites vont être démontrées l'une après l'autre selon l'ordre dans lequel elles ont été présentées. Premièremem. L'erreur du siècle est de croire que les maux ont été séparés, et même jetés dehors, quand ils sont remis. Que tout mal, dans lequel natt l'homme, et dont lui-même s'est imbu en actualité, ne soit point séparé de l'homme, mais soit éloigné, au point qu'il ne se montre pas, c'est ce qu'il m'a été donné de savoir du Ciel ; avant cela, j'étais dans la croyance, où la plupart sont dans le Monde, que les maux, quand ils sont remis, sont rejetés, et qu'ils sont lavés et nettoyés, comme les saletés du visage par l'eau : mais il n'en est pas ainsi des maux ou péchés ; tous restent, et quand après la pénitence ils sont remis, ils sont repoussés du milieu sur les cotés; et alors ce qui est au milieu, se trouvant directement sous l'intuition, se montre comme dans la lumière du jour, et ce qui est sur les cotés se présente dans l'ombre, et parfois comme dans les ténèbres de la nuit : et puisque les maux ne sont point séparés, mais sont seulement Éloignés, c'est-a-dire, relégués sur les cûlés, et que l'homme peut être transféré du milieu vers les périphéries, il peut aussi arriver qu'il retourne a ses maux qu'il a cru avoir été rejetés: en effet, l'homme est tel, qu'il peutvenir d'une affection dans une autre, et parfois dans l'affection opposée, et ainsi d'un milieu dans un autre ; l'affection de l'homme fait le milieu tant qu'il est en elle, car alors il est dans le plaisir et dans la lumière de cette affection. Il y a quelques hommes qui, après la mort, sont élevés par le Seigneur dans le Ciel, parce qu'ils ont bien vécu, mais qui cependant ont emporté avec eux la croyance qu'ils sont nets et purs de péchés, el que par conséquent ils ne sont dans aucune faute ; ceux-ci, d'abord, sont revêtus d'habillements blancs selon leur croyance ; car les vêlements blancs signifient l'état purifié des

maux; mais ensuite ils commencent a penser, de morne quedanslc Monde, qu'ils sont comme lavés do tout mal, et par suite à se glorifier de ne plus être pécheurs comme les autres, ce qui peut difficilement être séparé d'une sorte d'orgueil, et d'une sorte de mépris pour les autres en les comparant a soi ; alors donc, afin qu'ils soient détournés de leur croyance imaginaire, ils sont renvovés du Ciel, et remis dans leurs maux, qu'ils avaient contractés dans le Monde; et en môme temps il leur est montré qu'ils sont aussi dans les maux héréditaires, dont ils n'avaient pas eu connaissance auparavant; et après qu'ils ont élé ainsi conduits à reconnaître que leurs maux ne sont pas séparés d'eux, mais sont seulement éloignés, et qu'ainsi par eux-mêmes ils sont impurs, que même ils ce sont que mal, que c'est par le Seigneur qu'ils sont détournés des maux et tenus dans les biens, et qu'il leur semble à eux que c'est comme par eux-mêmes, ils sont élevés de nouveau par le Seigneur dans le Ciel. Secondement. L'erreur du siùclc est de croire que l'État de la vie de l'homme peut Être changé en un moment, qu'ainsi de méchant l'homme peut devenir bon, par conséquent (tre tiré de l'enfer, et transféré aussitôt dans le Ciel, et cela par la Misériaird>: immédiate du. Seigneur. Dans cette erreur sont ceux qui séparent la charité d'avec la foi, et placent la salvatiou dans la foi seule; car ils s'imaginent que la seule pensée et énoncialion de mots qui appartiennent à cette foi, si c'est avec assurance et confiance, justifie et sauve; plusieurs supposent même que cela s'opère en un moment, sinon avant, du moins a la dernière heure de la vie de l'homme; ceux-ci ne peuvent faire autrement que de croire que l'état de la vie de l'homme peut être changé en un moment, et que l'homme est sauvé par Miséricorde immédiate : mais que la Miséricorde du Seigneur ne soit pas immédiate, et que l'homme ne puisse de méchant devenir bon eu un moment, ni être tiré de l'enfer et transféré dans le ciel, que par de continuelles opérations de la Divine Providence depuis l'enfance jusqu'à la fin de la vie de l'homme, on le verra dans le dernier Paragraphe de ce Traité : ici, il sera seulement observé que les lois de la Divine Providence ont pour fia la réformation cl ainsi la salvation de l'homme, par conséquent le renversement de son état, qui par naissance est infernal, en l'oppose, qui est cé-

leste; cela ne peut êlre fait que progressivement, à mesure que l'homme se retire du ma! et du plaisir du mal, et entre dans le bien et dans le plaisir du bien. Troisièmemert. Ceux qui ont cette croyance ne savent nullement ce que c'est que le mal, ni ce que c'est que le bien. En effet, ils ne savent pas que le mal est le plaisir de !a convoitise d'agir et de penser conlre l'ordre Divin, et que le bien est le plaisir de l'affection d'agir et de penser selon l'ordre Divin ; qu'il y a des myriades de convoitises qui entrent dans chaque mal et le composent, et qu'il y a des myriades d'affections qui pareillement entrent dans chaque hien et le composent ; et que ces myriades de convoitises dans les intérieurs de l'homme sont dans un tel ordre et un tel enchaînement, qu'un seul mal ne peut être changé, à moins que tous ne le soient en même temps. Ceux quine savent pas cela, peuvent avoirla croyance ou l'opinion, que le mat, qui se présente devant eux comme unique, peut facilement être repoussé, et que le bien, qui se présente aussi comme unique, peut être mis à la place du mal. Comme ceux-ci ne savent pas ce que c'est que le mal, ni ce que c'est que le bien, ils ne peuvent que croire que la salvation se fait en un moment et que la miséricorde est immédiate ; mais qu'il n'en soit pas ainsi, on le verra dans le dernier Paragraphe de ce Traité. Quàïrièmement. Ceux qui croient que tu salvation se fuit en un moment et que ta miséricorde est immédiate ne savent pas que tes affections, qui appartiennent à ta volonté, sont de simples changements d'état des substances purement organiques du mental ; que les pensées, qui appartiennent à l'entendement, sont de simples changements et variations de forme de ces substances ; et que la mémoire est l'état permanent de ces changements et de ces variations. Qui est-ce qui, en l'entendant dire, ne reconnaît pas que les affections et les pensées n'existent que dans des substances et dans les formes de ces substances, qui sont les sujets ? et comme elles existent dans les cerveaux, qui sont pleins de substances et de formes, elles sont nommées formes purement organiques. Aucun homme, qui pense rationnellement, ne peut s'empêcher de rire des fantaisies de ceux qui supposent que les affections et les pensées ne sont pas dans des sujets substanciés, mais que ce sont des vapeurs modifiées par la chaleur et

par la lumière, comme des images qui apparaissent dans l'air et dans i'éthcr, lorsque cependant la pensée ne peut pas plus eiister séparée d'une forme substantielle, que la vue ne le peut sans sa forme qui est l'œil, l'ouïe sans la sienne qui est l'oreille, et le goût sans la sienne qui est la langue. Considère le cerveau, el tu verras d'innombrables substances et d'innombrables fibres, et qu'il n'y a rien qui n'y ait été organisé ; qu'est-il besoin d'une confirmation aulre que celle-ci donnée par l'œil 7 Mais on demande ce que c'est qu'une affection et ce que c'est qu'une pensée dans des sujets substanciés ; cela peut être déduit de toutes et de chacune des choses qui sont dans le corps ; il y a là un grand nombre de viscères, chacun dans sa place fixe, et ils accomplissent leurs fondions par des changements et des variations d'état et de foraie ; qu'ils soient chacun dans ses opérations, cela est notoire, l'estomac dans les siennes, les intestins dans les leurs, les reins dans les leurs, le foie, le pancréas, la rate, chacun dans les siennes, le cœur et le poumon dans les leurs, et toutes ces opérations sont mues seulement intrinsèquement; or, être mu intrinsèquement, c'est l'être par des changements et des variations d'état et de forme. Par là on peut voir que les opérations des substances purement organiques du mental sont d'une semblable nature, avec celle différence que les opérations des substances organiques du corps sont naturelles, et que celles du mental sont spirituelles, et que les unes et les autres font un par les correspondances. On ne peut pas montrer à l'œil quels sont les changements et les variations d'état et de forme des substances organiques du mental, qui sont les affections et les pensées ; mais néanmoins ou peut les voir, comme dans un miroir, par les changements et les variations d'état du poumon dans le langage et dans le chant; et même il y a correspondance, car le son du langage et du chant, et aussi les articulations du son, qui sont les mots du langage et les modulations du chant, se font par le poumon ; or, le son correspond à l'affection, et le langage à la pensée; ils sont aussi produits d'après l'affection et la pensée, et cela se fait par les changements et variations d'étal et de forme des substances organiques dans le poumon, et d'après le poumon par la trachée-artère dans le laryn* et dans la glotte, puis dans la langue, et enfin dans les Ifc-

SUR LA MYHE MOV ln EN CE.

VT68 ; les premiers changements et variations d'État cl de forme du son se font dans le poumon, les seconds dans la trachée et dans le larynx, les troisièmes dans la glotte par les différentes ouvertures de son orifice, les quatrièmes dans la langue par ses différentes applications au palais et aux dents, les cinquièmes dans ies lèvres par différentes formes : d'après cela, on peut voir que les simples changements et variations d'état des formes organiques, successivement continuées, produisent les sons et leurs articulations qui appartiennent au langage et au chant, maintenant, comme le son et le langage ne sont pas produits d'autre part que par les affections et les pensées du mental, car c'est par elles qu'ils existent, et sans elles ils n'existeraient pas, il est évident que les affections de la volonté sont les changements et variations d'état des substances purement organiques du mental, et que les pensées de l'entendement sont les changements et varialions de forme de ces substances ; pareillement comme dans les substances pulmonaires. Puisque les affections et les pensées sont de purs changements d'état des formes du mental, il s'ensuit que la Mémoire n'est autre chose que l'état permanent de ces changements ; car tous les changements et variations d'étal dans les substances organiques sont tels, qu'une fois devenus habituels, ils persistent ; ainsi le poumon est habitué à produire divers sons dans la trachée, à les varier dans la glotte, à les articuler dans la langue, et à les modifier dans la bouche ; et quand ces parties organiques y ont été nue fois habituées, ces sons sont en elles et peuvent être reproduits. Que ces changements et variations soient infiniment plus parfaits dans ies parties organiques du mental qne dans les parties organiques du corps, on le voit d'après ce qui a été dit dans le Traité dd Divin Ajiocr et de i.a Divise Sagesse, N" 119 a 204, où il a été montré que toutes les perfections croissent et montent avec les degrés et selon les degrés ; sur ce sujet, voir de plus grands détails ci- dessons, N" 319.

280. Que les péchés, quand ils ont été remis, aient aussi été éloignés, c'est encore là une erreurdu siècle; dans celte erreur sont ceux qui croient que par le sacrement de la Cène les péchés leur ont été remis, quoiqu'ils ne les aient pas éloignés d'eux par la pénitence: dans cette erreur sont aussi ceux qui croient être sauvés par la 23*.

foi seule ; puis encore ceux qui croient l'être par les dispenses du pape; tous ceux-là croient à la Miséricorde immédiate et à !a sa\vation en un moment. Mais quand la proposition est retournée, elle devient une vérité; à savoir, que quand les péchés ont été éloignés, ils ont aussi été remis; car la pénitence doit précéder la rémission, et sans la pénitence, il n'y a aucune rémission ; c'est pourquoi le Seigneur a commandé aux disciples de prêcher la pénitence pour la rémission des pécliés,— Luc, XXIV. 47; — et Jean a prêche un baptême de pénitence pour rémission des péchés, — Luc, III. 3. — A tous le Seigneur remet leurs péchés, il n'accuse point et n'impute point, mais néanmoins il ne peut les enlever que selon les lois de sa Divine Providence; car puisqu'il a dit à Pierre, — qui lui demandait combien de fois il devait pardonner a son frère qui pécherait contre lui, si c'était jusqu'à sept fois, — qu'il devait lui pardonner non-seulement sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois, — Mal th. XVIII. 21, 22; — qu'est-ce que ne doit pas faire le Seigneur, qui est la Miséricorde même!

281. IV. Ainsi la permission du mat est pour cette fin qu'il y ait satvation. On sait que l'homme est dans la pleine liberté de penser et de vouloir, mais non dans la pleine liberté de dire et de faire ce qu'il pense et veut; car il peut penser comme un athée, nier Dieu, et blasphémer les choses saintes de la Parole et de l'Église; H peut même vouloir par des paroles et des actions les détruire entièrement, mais les lois civiles, morales et ecclésiastiques s'y opposent; c'est pourquoi il entretient dans son intérieur ces impiétés et ces scélératesses en y pensant et en les voulant, et aussi en y tendant, sans néanmoins les faire. L'homme qui n'est pas athée est aussi dans la pleine liberté de penser plusieurs choses qui appartiennent au mal, par exemple, des fraudes, des lascivetés, des vengeances, et autres folies, ce qu'il faiL même parfois. Qui est-ce qui peut croire que si l'homme n'avait pas une pleine liberté, non-seulement il ne pourrait Cire sauvé, mais que même il périrait en entier? Qu'on en apprenne donc la cause : Tout homme par naissance est dans des maux de plusieurs genres; ces maux sont dans sa volonté, et les choses qui sont dans la volonté sont aimées, car ce que l'homme veut d'après l'intérieur il l'aime, et ce qu'il aime il le veut; et l'amour de la volonté influe dans l'en-

lendement, el fait que son plaisir y est senti; delà il vient dans les pensées, et aussi dans les intentions; si donc i! n'était pas permis a l'homme <îc penser selon l'amour de sa volonté, amour qui a été insilé en lui d'après l'héréditaire, cet amour resterait renfermé et ne viendrait jamais à la vue de l'homme ; or, l'amour du mal qui ne se montre pas est comme un ennemi en embuscade, comme la sanie dans un ulcère, comme du poison dans le sang, et comme une pourriture dans la poitrine; si ces choses sont ter ducs renfermées, elles amènent la mort. Mais quand il est permis a i'homme de penser les maux de l'amour de sa vie jusqu'à les avoir en intention, ces maux sont guéris par des moyens spirituels comme les maladies par des moyens naturels. Ce que deviendrait l'homme, s'il ne lui était pas permis de penser selon les plaisirs de l'amour de sa vie, c'est ce qui va être dit maintenant : 11 ne serait plus homme, il perdrait ses deux facultés, qui sont nommées liberté et rationalité, dans lesquelles consiste l'humanité même ; les plaisirs de ces maux occuperaient les intérieurs de son mental, jusqu'au point de fermer la porte; et alors il ne pourrait que dire et faire des choses en conformité avec ces maux, et par conséquent il serait fou non-seulement à ses propres yeux, mais encore aux yeux du monde, et enfin il ne saurait pas voiler sa nudité : mais pour qu'il ne devienne pas Ici, il lui est permis, il est vrai, de penser el de vouloir les maux de son héritage, mais non de les dire et de les faire ; et pendant ce temps-là il s'instruit des choses civiles, morales et spirituelles, qui entrent même dans ses pensées, et éloignent ces folies, et de cette manière il est guéri par le Seigneur, mais cependant non au-delà que de savoir garder la porte, à moins qu'il ne reconnaisse aussi Dieu, et n'implore son secours pour pouvoir résister à ces maux; et alors autant il y résiste, autant il n'admet pas ces folies dans ses intentions, ni enfin dans ses pensées. Puis donc qu'il est dans la liberté de l'homme de penser comme il lui plaiL, pour celte fin que l'amour de sa vie sorte de sa cachette pour venir dans la lumière de son entendement, et puisqu'autremenl il ne saurait rieu de son mal, et par conséquent ne saurait pas non plus le fuir, il s'ensuit que ce mal s'accroîtrait chez lui au point qu'il ne lui resterait pas de moyens de réintégration, el qu'il y en aurait difficilement chez ses enfants.

s'il en engendrait ; car le mal du père passe dans sa race ; niais le Seigneur pourvoit à ce que cela n'arrive pas.

282. Le Seigneur pourrait guérir l'entendement chez lout homme, et ainsi faire que chaque homme pense non les maux, mais les Liens, il le pourrait au moyen de diverses craintes, de miracles, de conversations avec les défunts, de visions et de songes; mais guérir seulement l'entendement, c'est guérir seulement l'homme à l'extérieur; car l'entendement avec sa pensée est l'externe de la vie de l'homme, et la volonté avec son affection est l'interne de sa vie ; la guérison de l'entendement seul serait donc comme une guérison palliative, par laquelle la malignité intérieure, renfermée sans pouvoir sortir, consumerait d'abord les parties voisines, et ensuite les parties plus éloignées, jusqu'à ce que le tout tombât dans un état de mort. C'est la volonté elle-même qui doit être guérie, non par l'influx de l'entendement en elle, parce que cet influx n'a pas lieu, mais par l'instruction et l'exhortation d'après l'en tende m en t. Si l'entendement était seul guéri, l'homme deviendrait comme un cadavre embaumé, ou enveloppé d'aromates odoriférants et de roses, qui bientôt tireraient du cadavre une telle puanteur, que pérsonne ne pourrait en approcher; il en serait de même des vrais célestes dans l'entendement, si l'amour mauvais de la volonté était tenu renferme.

283. S'il est permis à l'homme de penser les maux jusqu'à les avoir en intention, c'est, comme il a été dit, afin qu'ils soient éloignés au moyen des choses civiles, des choses morales et des choses spirituelles, ce qui a lieu quand il pense que cela est contre le juste et l'équitable, contre l'honnête et le décent, et contre le bien et le vrai.ainsi contre la tranquillité, l'allégresse et le bonheur de la vie; le Seigneur au moyen de ces trois sortes de choses guérit l'amour de la volonté de l'homme, et d'abord, il est vrai, par les craintes, mais ensuite par les amours. Néanmoins, les maux ne sont ni séparés ni rejetés de l'homme, ils sont seulement repoussés et relégués sur les eûtes; et quand ils sont là, et le bien dans le milieu, les maux alors ne se montrent point ; car tout ce qui est dans le milieu est directement sous l'intuition , et est vu et perçu. Mais il faut savoir que, quoique le bien soit dans le milieu, l'homme cependant n'est pas pour cela dans le bien, si les maux qui sont sur les

cotés ne penchent pas vers le bas ou en dehors; s'ils regardent en haut ou en dedans, ils n'ont pas été éloignés, car ils s'efforcent toujours de revenir au milieu ; ils penchent et regardent vers le bas ou en dehors, quand l'homme fuit ses maux comme péchés, et plus encore quand il les a en aversion, car alors il les condamne et les dévoue a l'enfer, et fait qu'ils regardent de ce côté-là.

38ù. L'entendement de l'homme est un récipient tant du bien que du mal, et tant du vrai que du faux, mais il n'en est pas ainsi de la volonté même de l'homme ; celle-ci doit Être ou dans le mal ou dans le bien, elle ne peut être dans l'un et dans l'autre, car la volonté est l'homme même, et là est l'amour de sa vie : mais le bien et le mal dans l'entendement ont été séparés comme l'interne et l'externe; de la l'homme peut être intérieurement dans le mal, et extérieurement dans le bien. Toutefois, cependant, quand l'homme est réformé, le bien et le mal sont mis ensemble, et alors il y a conflit et combat; si le combat est violent, il est appelé tentation ; mais s'il n'est pas violent, c'est comme lorsque le vin ou la bière fermente; si alors le bien est vainqueur, le mal avec son faux est repoussé sur les côtés de même que la lie tombe au fond du tonneau, et le bien devient comme un vin généreux et une bière claire après la fermentation; mais si le mal est vainqueur, le bien alors avec son vrai est repoussé sur les côtés, et il devient trouble et corrompu comme le vin et la bière qui n'ont pas fermenté. La comparaison est faite avec le ferment, parce que dans la Parole le ferment (ou levain) signifie le faux du mal, comme dans Hosée, VU. lu Luc, XIL l ; et ailleurs.

La Divine Providence est également chez les méchants et chez tes bons.

285. Chez chaque homme, tant chez le bon que chez le méchant, il y a deux facultés, dont l'une fait l'entendement et l'autre la volonté; la faculté qui fait l'entendement, c'est qu'il peut comprendre et penser, celle-ci par suite est appelée Rationalité ; et la faculté qui fait la volonté, c'est qu'il le peut librement, à savoir, penser, et par suite aussi parler et faire, pourvu que ce ne soit pas contre la raison ou la rationalité; car agir librement, c'est

27Zl LA SAGESSE ANGÉLIQUE

agir toutes les fois qu'on le veut, et comme on le veut; (celle faculté est appelée Liberté). Comme ces deux facultés sont perpétuelles, et continuelles depuis les premiers jusqu'aux derniers dans toutes et dans chacune des choses que l'homme pense el fait, et qu'elles ne sont pas dans l'homme par lui-même, mais sont chez l'homme par le Seigneur, il s'ensuit que la présence du Seigneur étant en elles est aussi dans les singuliers et même dans les très-singuliers (les plus petites choses) de l'enlendement et de la pensée de l'homme, et aussi de la volonté cl de l'affection, et par suite dans tes très-singuliers du langage et de l'action ; éloigne ces facultés de l'un de ces Irês-singuliers, et tune pourras ni le penser ni le prononcer comme homme. Que par cesdeux facultés l'homme soit homme, puisse penser el parler, percevoir les biens et comprendre les vrais, non-seulement civils et moraux, mais même spirituels, el être réformé et régénéré, en un mot, puisse être conjoint au Seigneur, et par là vivre pour l'éternité, c'est ce qui a été montré abondamment ci-dessus : il a aussi élé montré que ces deux facultés sont non-seulement chez les hommes bons, mais encore chez les méchants. Maintenant, puisque ces facultés sont chez l'homme par le Seigneur, et n'ont pas élé appropriées a l'homme comme siennes, car le Divin ne peut pas Être approprié a l'homme comme sien, mais peut lui être adjoint et par là apparaître comme sien ; et puisque ce Divin chez l'homme est dans les très-singuliers de l'homme, il s'ensuit que le Seigneur gouverne les très-singuliers, lant chez l'homme méchant que chez l'homme bon; or, le gouvernement du Seigneur est ce qui est appelé la Divine Providence.

286. Maintenant, puisque c'est une Loi de la Divine Providence que l'homme puisse agir d'après le libre selon la raison, c'csl-adire, d'après ces deux facultés, la Liberté et la Rationalité; el puisque c'esl aussi une Loi de la Divine Providence que ce que l'homme fait lui semble fait comme par lui-même, et par suite comme étant à lui, et que c'est encore une loi que les maux soient permis, afin qu'il puisse en être retiré, il s'ensuit que l'homme peut abuser de ces facultés, el d'après le libre selon la raison confirmer toul ce qui lui plaît, car il peut rendre conforme à la raison tout ce qu'il veul, que cela y soit ou n'y soit pas conforme en soi-

même; c'est pourquoi quelques hommes disent : « Qu'est-ce que le Vrai? Est-ce que je ne peux pas rendre vrai tout ce que je veuxî Est-ce que le inonde n'agit pas aussi de cette manière? » Et celui qui le peut, le fait par des raisonnements. Prends la proposition la plus fausse, et dis a un homme adroit : « Confirme-la ; » et il la confirmera; dis-lui, par exemple, de confirmer que l'homme est une bêle ; ou, que l'âme est comme une petite araignée dans sa toile, et gouverne le corps ainsi que fait l'araignée par ses fils ; ou que la religion n'est autre chose qu'un lien ; et il confirmera chacune de ces propositions, au point qu'elle se présentera comme vraie. Quoi de plus facile, puisqu'il ne sait pas ce que c'est que l'apparence, ni ce que c'est que le faux pris pour le vrai d'après une foi aveugle 7 De la vient que l'homme ne peut pas voir ce vrai, que la Divine Providence est dans les très-singuliers de l'entendement et de la volonté, ou, ce qui revient au même, dans les très -singuliers des pensées et des affections chez chaque homme, chez le méchant comme chez le bon; ce qui surtout le confond, c'est que dans ce cas les maux viendraient aussi du Seigneur; maïs, néanmoins, que du Seigneur il ne vienne pas le moindre mal, et que tout mal vienne de l'homme, parce que l'homme a confirmé chez lui l'apparence qu'il pense, veut, parle et agit par lui-même, c'est ce qu'on verra dans ce qui va suivre; ce sujet, pour qu'il soit clairement vu, va être démontré dans cet ordre : I. La Divine Providence est universelle dans les trèssinguliers, non-seulement chez les bons, mais aussi chez les méchants, et néanmoins elle n'est point dans leurs maux. II. Les méchants se jettent continuellement eux-mêmes dans les maux, mais le Seigneur les retire continuellement des maux. III. Les méchants ne peuvent pas être entièrement retirés du mal et conduits dans le bien par le Seigneur, tant qu'ils croient que la propre intelligence est tout, et que la Divine Providence n'est rien. IV. Le Seigneur gouverne l'enfer parles opposés; et les méchants, qui sont dans le monde, il les gouverne dans l'enfer quant aux intérieurs, mais non quant aux extérieurs.

287. I. La Divine Providence esl universelle dans les trèssinguliers, non- seulement chez les bons, mais aussi clw~ les méchants, et néanmoins elle n'est point dans leurs maux. Il

a été montré ci-dessus, que la Divine Providence est dans les trèssinguliers des pensées et des affections de l'homme, et par la il est entendu que l'homme ne peut rien penser ni rien vouloir ]>ar lui-même, mais que tout ce qu'il pense et veut, et que par suite il dit et l'ait, vient de l'influx ; si c'est le hien, c'est de l'influx du Ciel ; et si c'est le mal, c'est de l'influx de l'enfer ; ou, ce qui est la même chose, que le bien vient de l'influx qui procède du Seigneur, et que le mal vient du propre de l'homme. Mais je sais que ceci peut difficilement être compris, parce qu'il est fait une distinction entre ce qui influe du Ciel ou du Seigneur, et ce qui influe de l'enfer ou du propre de l'homme, et que néanmoins il est dit que la Divine Providence est dans les très-singuliers des pensées eL des affections de l'homme, à un tel point que l'homme ne peut rien penser ni rien vouloir par lui-même : mais comme il est dit qu'il peut aussi penser et vouloir par l'enfer, et par son propre, cela parait comme contradictoire, mais toujours est-il que cela ne l'est pas; que cela ne le soit pas, on le verra dans la suite, après quelques préliminaires qui illustreront ce sujet.

288. Tous les anges du Ciel avouent que nul ne peut penser par soi-même, mais que chacun pense d'après le Seigneur; au contraire, tous les esprits de l'enfer disent que nul ne peut penser par un autre que soi ; toutefois, il a été souvent montré a ceux-ci, qu'aucun d'eux ne pense et ne peut penser par lui-même, mais que la pensée influe ; néanmoins cela a été montré en vain, ils n'ont pas voulu l'admettre. L'expérience cependant enseignera, d'abord, que le tout de la pensée et de l'affection influe aussi du Ciel chez les esprits de l'enfer, mais que le bien qui y influe est changé en mal, et le vrai en faux, ainsi chaque chose en son opposé ; cela a été montré de cette manière : Un vrai puisé dans la Parole fut envoyé du Ciet, et fui reçu par ceux qui étaient dans les enfers supérieurs, et envoyé par eux dans les enfers inférieurs jusqu'à l'enfer le plus profond; et ce vrai, dans le trajet, fut successivement changé en faux, et enfin en un faux absolument opposé au vrai ; or, ceux chez qui il était changé pensaient la faux comme par eux-mêmes, sans se douter d'autre chose, lorsque cependant ce qu'ils pensaient était ce vrai descendant du Ciel, et ainsi falsifié et perverti dans son trajet jusqu'à l'enfer le plus pro-

fond. J'ai été informé trois ou quatre fois que cela avait été fait ainsi. Il on arriva de même pour le bien ; le bien qui découle du Ciel est progressivement changé en un mal opposé a ce bien. Par là, il est devenu évident que le vrai et le bien procédant du Seigneur, quand ils sont reçus par ceux qui sont dans le faux et dans le mal, sont changés et passent dans une autre forme, au point que la première forme ne se montre pas. La même chose se fait chez tout homme méchant; car le méchant est, quant à son esprit, dans l'enfer.

289. Il m'a aussi été montré très-souvent que, dans l'enfer, personne ne pense par soi-même, mais que chacun pense d'après d'autres autour de lui, el que ces autres pensent non par euxmêmes, mais aussi d'après d'autres, el que les pensées et les affections vont en ordre d'une société à une autre, sans que nul sache autre chose, sinon qu'elles viennent de lui. Quelques-uns, qui croyaient penser et vouloir par eux-mêmes, furent envoyés dans une société,— lacommunicalîon avec les sociétés voisines vers lesquelles leurs pensées avaient coutume de s'étendre ayant élé interceptée, — et ils furent retenus dans cette société; alors il leur fut dit de penser autrement que ne pensaient les esprits de celte société, et de s'efforcer de penser le contraire ; mais ils avouèrent que cela leur était impossible. Ceci a élé fait avec plusieurs, et aussi avec Leibnitz, qui même fut convaincu que personne ne. pense par soi-même, mais qu'on pense d'après d'autres, et que ces autres ne pensent pas non plus par eux-mêmes, et que tous pensent d'après l'influx qui vient du Ciel, et le Ciel d'après l'influx qui vient du Seigneur. Quelques-uns, ayant médité sur ce sujet, dirent que cela était clonnant, et qu'il y avait a peine quelqu'un qui pût être amené à !e croire, parce que cela est absolument contre l'apparence, mais que néanmoins ils ne pouvaient le nier, puisque cela leur avait été pleinement démontré ; cependant, pendant qu'ils étaient dans l'admiration, ils dirent, qu'ainsi on n'est pas eu faute quand on pense le mal ; puis aussi, qu'ainsi ii semble que le mal vienne du Seigneur; et, en outre, qu'ils ne comprenaient pas comment le Seigneur seul peut faire que tous pensent de tant de manières différentes. Mais ces trois points vont être développés dans ce qui suit.

290. Aux expériences qui viennent d'Être rapportées, il sera encore ajouté celle-ci : Quand il m'a été donné par le Seigneur de parler avec les esprits et les anges, cet arcane me fui aussitôt découvert; car il me fut dit du Ciel, que je croyais, comme les outres, penser et vouloir par moi-même, lorsque cependant ce n'était nullement par moi-même, mais d'après le Seigneur si c'était le bien, et d'après l'enfer si c'était le mal : il me fut infime démontré au vif (ad vivum) par diverses pensées et diverses affections introduites en moi que cela était ainsi, et if me fut donné successivement de le percevoir et de le sentir; c'est pourquoi, dans la suite, dès qu'il s'insinuait quelque mal dans ma volonté ou quelque faux dans ma pensée, je m'informais d'où venait ce mal ou ce faux, et cela m'était dévoilé; et il m'était aussi donné de parler avec ceux qui l'insinuaient, de les réprimander et de les forcer à s'éloigner, et par conséquent à retirer leur mal et leur faux, à les retenir chez eux, et à ne plus insinuer rien de tel dans ma pensée; cela m'est arrivé des milliers de fois ; et j'ai demeuré dans cet état pendant plusieurs années, et j'y demeure encore ; et néanmoins il me semble, comme aux autres, sans aucune différence, penser et vouloir par moi-même ; car c'est d'après la Divine l>rovidence du Seigneur qu'il semble ainsi à chacun, comme il a été montré ci-dessus dans un Article spécial. Les esprits novices s'étonnent de cet état qui m'est particulier, s'imaginant que je ne pense et ne veux rien par moi-même, et que par conséquent je suis comme quelque chose de vide ; mais je leur découvris l'arcane; et de pins je leur dis, que même je pense intérieurement, et perçois ce qui influe dans ma pensée extérieure, si l'influx est du Ciel ou s'il est de l'enfer; que je rejette celui-ci, et reçois celuilà; et que toujours il me semble, comme à eux, penser et vouloir par moi-même.

291. Que tout bien vienne du Ciel, et que tout mal vienne de l'enfer, cela n'est point inconnu dans le monde; chacun dans l'Église le sait; qui est celui qui, initié dans le sacerdoce, n'enseigne pas que tout bien vient de Dieu, et que l'homme ne peut de luimême rien prendre qui ne lui ait été donné du Ciel; puis aussi, que le diable infuse les maux dans la pensée, et qu'il séduit et excite à les faire ï C'est pourquoi le prêtre, qui croit prêcher d'à-

près un saint zèle, prie l'Esprit saint de l'instruire, de diriger ses pensées et son langage; et quelques-uns disent avoir sensiblement perçu qu'ils avaient été poussés, et, quand on loue leurs sermons, répondent pieusement qu'ils ont parlé non par eux-mêmes, mais d'après Dieu. C'est pourquoi encore, quand ils voient quelqu'un bien parler et bien agir, ils disent qu'il a élé conduit à cela par Dieu ; et, vice versâ, quand ils voient quelqu'un mal parler et mal agir, ils disent qu'il a été conduit à cela par le diable : ou sait que tel est le langage que l'on tient dans l'Église ; mais qui est-ce qui croit que cela est ainsi?

292. Que tout ce que l'homme pense et veut, et par suite tout ce qu'il dit et fait, influe de l'unique source de la vie, et que néanmoins Tunique source de la vie, qui est le Soigneur, ne soit point cause que l'homme pense le mal et le faux, c'est ce qui peut être illustré par les observations suivantes dans le Monde naturel : Du Soleil de ce monde procèdent la chaleur et la lumière, et ces deux choses influent dans tous les sujets et dans tous les objets qui se présentent devant les yeux, non-seulement dans les sujets bons et dans les objets beaux, mais aussi dans les sujets mauvais et dans les objets laids, et produisent en eux des effets divers; car elles influent non-seulement dans les arbres qui portent de bons fruits, mais aussi dans les arbres qui portent de mauvais fruits, et bien plus dans les fruits eux-mêmes, et les font croître; elles influent pareillement dans la bonne semence et aussi dans l'ivraie ; puis encore dans les arbrisseaux utiles ou salubres, et aussi dans les arbrisseaux nuisibles ou vénéneux ; et cependant c'est la même chaleur et la même lumière, dans lesquelles il n'y a aucune cause du mal, mais celte cause est dans les sujets et dans les objets récipients. La chaleur qui fait éclore des œufs où il y a une chouette, un hibou, ou un aspic, agit de la même manière que lorsqu'elle fait éclore des œufs où il y a une colombe, un bel oiseau ou un cygne; mets des œufs de l'une ou de l'autre espèce sous une poule, et par sa chaleur, qui en elle-même est inoffensive, ils éclôront; qu'est-ce que cette chaleur a donc de commun avec ces êtres méchants et nuisibles? La chaleur en influant dans des substances marécageuses, stercoraires, putrides et cadavéreuses, agit de la même manière qu'en influant dans les

substances vineuses, odoriférantes, vigoureuses cl vives; qui estce qui ne voit pas que la cause est dans le sujet récipient, et non dans la chaleur? La même lumière, aussi, produit dans un objet des couleurs agréables, et dans un autre des couleurs désagréables ; bien plus, elle s'illustre elle-même dans les objets blancs et brille d'un vif éclat, et dans les objets qui tirent sur le noir elle s'obscurcit et s'assombrit. Il en est de même dans le Monde spirituel ; là aussi il y a une chaleur et une lumière procédant de son Soleil, qui est le Seigneur; elles influent de ce Soleil dans leurs sujets et dans leurs objets; les sujets et les objets y sont les anges et les esprits, spécialement leurs volontaires et leurs intellectuels; la Chaleur y est le Divin amour procédant, et la Lumière y est la Divine sagesse procédante ; elles ne sont point cause qu'elles sont reçues par l'un autrement que par l'autre; en effet, le Seigneur dit u qu'il fait lever son Soleil snr méchants et bons, et envoie la pluie sur justes et injustes. « — Matlh. V. a5 ; — dans le sens interne suprême, par le Soleil il est entendu le Divin Amour, et par ta pluie ta Divine Sagesse.

293. A ces explications j'ajouterai l'opinion des anges sur la volonté el l'intelligence chez l'homme; cette opinion est, que chez l'homme il n'y a pas un grain de volonté et de prudence, qui lui appartienne en propre ; ils disent que s'il y en avait un grain chez chaque homme, ni le Ciel ni l'enfer ne subsisteraient, et que tout le genre humain périrait ; ils donnent pour raison, que ce sont des myriades de myiiades d'hommes, autant qu'il en est né depuis la création du monde, qui constituent le Ciel et l'enfer dont l'un est sous l'antre dans un tel ordre, que de part el d'autre ils font un, le Cielun seul Homme beau, et l'enfer un seul Homme monstrueux; si dans chaque homme il y avait un grain de propre volonté et de propre intelligence, cet un ne pourrait pas eiister, mais il se dissoudrait, et avec lui périrait cette Forme Divine, qui ne peut être stable et permanente, qu'autant que le Seigneur est tout dans tous, et eus rien dans le tout. Ils donnent encore pour raison, que penser et vouloir par soi-même, c'est le Divin même, et penser et vouloir d'après Dieu, l'Humain même; el que le Divin Même ne peut être approprié à aucun homme, car ainsi l'homme serait Dieu. Retiens ceci, el tu seras, si tu le veux, confirmé par les an-

SUR LA liiHM: PKOVIDEÎiCE.

ges quand, après la mort, Lu viendras dans le Monde spirituel.

394. U a été dit ci-dessus, N° 389, que quand quelques-uns eurent élé convaincus que personne ne pense par soi-même, mais pense d'après d'autres, et que ces autres ne pensent pas non plus par eux-mêmes, mais que tous pensent d'après l'influx procédant du Seigneur par le Ciel, ils dirent dans leur admiration, qu'ainsi on n'est pas en faute quand on fait le mal; puis aussi, qu'ainsi il semble que le mal vienne du Seigneur; et, en outre, qu'ils ne comprenaient pas comment le Seigneur seul peut faire que tous pensent de tant de manières différentes. Maintenant, comme ces trois sentiments ne peuvent pas ne pas inlluer dans les pensées chez ceux qui pensent seulement aux effets par les effets, et non aux effets par les causes, il est nécessaire de s'en emparer et de les dévoiler d'après les causes. Premièrement. Qu'ainsi on ne sérail pas en faute quand on fait le mal : en effet, si tout ce que l'homme pense vient des autres par influx, il semble que la faute est chez ceux de qui vient l'influx; mais néanmoins la faute ellemême est chez celui qui le reçoit, car il le reçoit comme sien; il ne sait pas non plus autre chose, et il ne veut pas savoir autre chose : en effet, chacun veut être soi, et être conduit par soimême, surtout penser et vouloir par soi-même ; car c'est là le libre même, qui apparaît comme le propre dans lequel est chaque homme ; c'est pourquoi, s'il savait que ce qu'il pense et veut vient d'un autre par influx, il se regarderait comme enchaîné et captif, n'étant plus maître de lui-même, et ainsi périrait tout plaisir de sa vie, et enfin l'humain même. Que cela soit ainsi, je l'ai vu trèssouvent confirmé ; il fut donué a quelques esprits de percevoir et de sentir qu'ils étaient conduits par d'autres, alors ils se mirent tellement en colère, qu'ils étaient comme hors d'eux-mêmes, et ils dirent qu'ils préféraient être tenus enchaînés dans l'enfer, plutôt que de ne pas avoir la faculté de penser comme ils veulent et de vouloir comme ils pensent : ne pas avoir cette faculté, ils appelaient cela Être enchaîné quant à la vie même, ce qui est plus dur et plus intolérable que d'être enchaîné quant au corps; ne pas avoir la faculté de parler et de faire comme on pense et comme on veut, ils n'appelaient pas cela être enchaîné, parce que le plaisir de la vie civile et de la vie morale, qui consiste 24".

a parler et à faire, y met un frein, et en infime temps l'adoucit pour ainsi dire. Maintenant, puisque l'homme ne veut pas savoir qu'il est conduit par d'autres à penser, mais veut penser par lui même, et même croit penser ainsi, il s'ensuit qu'il est lui-mêrae en faute, et qu'il ne peut rejeter de lui la faute, tant qu'il aime ii penser ce qu'il pense; mais s'il ne l'aime pas, il rompt son lien avec ceux de qui lui viennent ses pensées ; cela a lieu quand il sait que c'est un mal, et qu'en conséquence il veut le fuir et y renoncer; alors aussi il est, par le Soigneur, retiré de la société qui est dans ce mal, et transféré dans une société où ce mal n'est pas ; mais s'il sait que c'est un mal et ne le fuit pas, la faute alors lui est imputée, et il devient coupable de ce mal. Tout ce donc que l'homme croit faire d'après lui-même, est dit être fait d'après l'homme, et non d'après le Soigneur. SECONnEsiEsr. Qu'ainsi il sembla que le mal vienne du Seigneur. Ce point peut être regardé comme résolu d'après ce qui a été montré ci-dessus, N° 288, à savoir, que le hien qui inûue du Seigneur est changé en mal, et le vrai en faux dans l'enfer : mais qui est-ce qui ne peut voir que le mal et le faux ne viennent pas du bien et du vrai, par conséquent du Seigneur, mais qu'ils viennent du sujet et de l'objet récipient, qui est dans le mal et dans le faux, et qui pervertit et change le bien et le vrai, comme il a été pleinement montré cidessus, N° 292? Quant a l'origine du mal et du faux chez l'homme, il en a été traité plusieurs fois dans ce qui précède. Il a aussi été fait une expérience, dans le Monde spirituel, avec ceux qui ont cru que le Seigneur pouvait chez les méchants éloigner les maux, et mettre les biens à la place des maux, et ainsi transférer tout l'enfer dans te Ciel, et les sauver tous; mais que cela soit impossible, on le verra à la fin de ce Traité, lorsqu'il sera question de la saivation en un moment, et de la Miséricorde immédiate. Troisièmement. Qu'ils ne comprenaient pas comment te Seigneur seul ■peut faire ipte tous pensent de tant de manières différentes. Le Divin Amour du Seigneur est Infini, et sa Divine Sagesse est Infinie; or, les Infinis de l'amour et les Infinis de la sagesse procèdent du Seigneur, et ils influent chez tous dans le Ciel, et par suite chez ious dans l'enfer, et de l'un et de l'autre chez tous dans le Monde; nul ne peut donc manquer de penser cl de vouloir, car

les infinis sonl infiniment toutes choses. Ces infinis, qui procèdent du Seigneur, influent non-seulement universellement, mais aussi Irès-singulièrement, car le Divin est universel d'après les Irèssinguliers, et ce sont les Divins très-singuliers qui sont appelés l'Universel, comme il a été montré ci-dessus ; et un Divin trèssingulier est infini aussi. D'après ces explications, on peut voir que le Seigneur Seul fait que chacun pense et veut selon sa qualité et selon les lois de la Divine Providence. Que toules les choses qui sonl dans le Seigneur, et qui procèdent du Seigneur, soient Infinies, cela a été montré ci-dessus, H™ Û6 à 69; el aussi dans le Traité sur le Divin Asiobr et la Divise Sagesse, N" 17 a 22.

295. II. Les méchants se jettent continuellement eux-mfmes dams tes maux, mais te Seigneur tes retire continuellement des maux, II est plus facile de comprendre quelle est la Divine Providence chez les bons, que de comprendre quelle elle est chez les méchants ; et puisque maintenant il s'agit de la Divine Providence chez les méchants, il en sera traité dans cette série : 1° Il y a des choses innombrables dans chaque mal. 2" Le méchant s'enfonce de lui-même sans cesse de plus en plus profondément dans ses maux. 3° La Divine Providence, à l'égard des méchants, est une continuelle permission du mal, dans le but qu'ils en soient continuellement retirés. 4° Le détachement du mal est effectué par le Seigneur par mille moyens, même par des moyens très-secrets.

296. Afin donc que la Divine Providence, à l'égard des méchants, soit distinctement perçue, et par conséquent comprise,- les propositions ci-dessus vont être expliquées dans la série selon laquelle elles ont été présentées : Premièrement. Il y a des cliûscs innombrables dans chaque mat. Chaque mal se présente devant l'homme comme une simple chose; ainsi se présentent la haine et la vengeance, ainsi le vol et la fraude, ainsi l'adultère et la scorlation, ainsi l'orgueil ellafierlé, ainsi tous les autres maux; et l'on ne sait pas que dans chaque mal il y a des choses innombrables, et en plus grande quantité qu'il n'y a de fibres et de vaisseaux dans le corps de l'homme ; car l'homme méchant est l'enfer tlans la forme la plus petite; or, l'enfer consiste en des myriades de myriades d'esprits, et chacun y est dans la forme comme homme, mais homme-moustre, et en lui toutes les fibres et tous les vais-

seaux sont retournés; l'esprit lui-même est un mal, gui lui semble être un, mais autant sont innombrables les choses qui sont en lui, autant sont innombrables les convoitises de ce mal; car chaque homme est son mal ou son bien delà tête a la plante des pieds: puis donc que tel est le méchant, il est évident qu'il estun seul mal, composé d'innombrables choses différentes, qui sont di sti ne leme ut des maux, et sont appelées convoitises du mal. Il suit de là, que toutes ces choses, dans l'ordre où elles sont, doivent être réparées et retournées par le Seigneur, afin que l'homme puisse être réformé, et que cela ne peut être fait que par la Diviue Providence du Seigneur successivement depuis le premier âge de l'homme jusqu'au derniei'. Chaque convoitise du mal apparaît dans l'enfer, quand elle y est représentée, comme un animal nuisible, par exemple, ou comme un dragon, ou comme un basilic, ou comme une vipère, ou comme un hibou, ou comme une chouette, et ainsi du reste; de même apparaissent les convoitises du mal chez l'homme méchant, quand il est vu par les anges; toutes ces formes de convoitises doivent être retournées l'une après l'autre ; l'homme luimême qui apparaît, quant à l'esprit, comme un homme-monstre ou comme un diable, doit élre retourné pour qu'il soit comme un ange beau, et chacune des convoitises du mal doit Être retournée, pour qu'elle apparaisse comme un agneau ou une brebis, ou comme une colombe ou une tourterelle, de même qu'apparaissent les affections du bien des anges dans le Ciel, quand elles sont représentées; or, transformer un dragon en agneau, un basilic en brebis, et un hibou en colombe, ne peut se faire que successivement, en déracinant le mal d'avec sa semence, et en implantant à la place une bonne semence. Mais cela ne peut être fait que comme se fuit la greffe des arbres, dont les racines restent avec le tronc; mais néanmoins la branche greffée change la sève, tirée au moyen de l'ancienne racine, en une sève qui produit de bons fruits; cette branche greffée ne peut être prise que du Seigneur, qui est l'Arbre de vie; cela aussi est conforme aux paroles du Seigneur,— Jean, XV. 1 a 7.— Secondement. Le méclianl s'enfonce de lui-même sans cesse de plus en plus profondément dans ses maux. l! est dit de lui-même, parce que tout mal vient de l'homme, car l'homme change en mal le bien qui vient du Sci-

SUR LA DIVINE l'ROVIDF.NCE.

gneur, comme il a été dit ci-dessus. Si le méchant s'enfonce de plus en plus profondément dans le ma!, c'est par cela même qu'il s'introduit de plus eu plus intérieurement, et aussi de plus en plus profondément, dans les sociétés infernales, à mesure qu'il veut et fait le mal; par suite aussi le plaisir du mal s'accroît, et s'empare tellement de ses pensées, qu'enfin il ne sent rien de plus doux; et celui qui B'est introduit intérieurement et profondément dans les sociétés infernales devient comme s'il était lié de chaînes; mais tant qu'il vit dans le monde, il ne sent pas ses chaînes ; elles sont comme de laine douce, ou comme de légers fils de soie, qu'il aime, parce qu'ils produisent un chatouillement ; mais après la mort ces chaînes, de douces qu'elles étaient, deviennent dures, et au lieu d'un chatouillement elles produisent des meurtrissures. Que le plaisir du mal prenne de l'accroissement, cela est notoire d'après les vols, les brigandages, les déprédations, les vengeances, l'esprit de domination, l'avidité du gain, et autres mauvaises passions; qui est-ce qui n'y sent pas augmenter le plaisir selon les succès, et selon que l'exercice n'en est pas empêché? On sait que le voleur trouve un tel plaisir dans les vols, qu'il ne peut pas y renoncer; et, ce qui est étonnant, il aime mieux un écu volé que dix écus donnés gratuitement : il en serait aussi de même des adultères, s'il n'avait pas été pourvu a ce que ce mal décroisse en puissance selon l'abus; mais toujours est-il que chez un grand «ombre d'adultères il reste le plaisir d'y penser et d'en parler, et sinon plus, du moins la lubricité du toucher. Mais on ignore que cela vient de ce que l'homme s'enfonce de plus en plus intérieurement, et aussi de plus en plus profondément, dans les sociétés infernales, selon qu'il commet les maux d'après la volonlé et en même temps d'après ta pensée; si les maux sont seulement dans la pensée et non dans la volonté , il n'est pas encore avec le mal dans une société infernale, mais il y entre dès qu'ils sont dans la volonté ; si même alors il pense que ce mal est contre les préceptes du décalogue, et qu'il considère ces préceptes comme Divins, il le commet de propos délibéré, et par là il se plonge profondément dans l'enfer, d'où il ne peut être retiré que par une pénitence actuelle. 11 faut qu'on sache que tout homme, quant à son esprit, est dans le Monde spirituel, et là dans quelque société, l'homme

LA SAGESSE iflGÉLlQUfi

méchant dans une société infernale, et l'homme bon dans une société céleste; il y apparaît même parfois, quand il est dans une profonde méditation. 11 faut aussi qu'on sache que, de même que dans le monde naturel , le son avec le langage se répand île tout coté dans l'air, de même dans le monde spirituel l'affection avec la pensée se répand de tout côté dans les sociétés; il y a aussi correspondance, car l'affection correspond au son, et la pensée au langage. Troisièmement. La Divine Providence, à l'égard des méchants, est une continuelle permission du mat, dans te but qu'Us en soient continuellement retirés. Si la Divine Providence chez les hommes méchants est une continuelle permission, c'est parce que de leur vie il ne peut sortir que du mal; car l'homme est ou dans le bien ou dans le mal, t! ne peut être dans l'un et l'autre en même temps, ni tour à tour a moins qu'il ne soit tiède; et le mal de la vie n'est pas introduit par le Seigneur dans la volonté et par elle dans la pensée, mais il est introduit par l'homme, et cela est appelé permission. Maintenant, puisque toutes les choses que l'homme méchant veut et pense sont de permission, on demande ce qu'est alors là la Divine Providence, qui est dite être dans les très-singuliers chez chaque homme, tant chez le méchant que chez le hon ; je réponds qu'elle consiste en cela, qu'elle permet continuellement pour une fin, et qu'elle permet les choses qui concernent celte fin, et non d'autres, et que continuellement elle examine, sépare, et purifie les maux qui sortent par permission, et relègue ceui qui ne conviennent pas, et les expulse par des voies inconnues; ces opérations se font principalement dans la volonté intérieure de l'homme , et d'après elle dans sa pensée intérieure : la Divine Providence est continuelle aussi en cela, qu'elle veille à ce que les choses qui doivent être reléguées et expulsées ne soient pas de nouveau reçues par la volonté, parce que tout ce qui est reçu par la volonté est approprié à l'homme; mais les choses qui sont reçues par la pensée, et non par la volonté, sont séparées et écartées. C'est là la continuelle Providence du Seigneur chez les méchants, laquelle, comme il a été dit, est une continuelle permission du mat, dans le but qu'ils en soient continuellement retirés. L'homme sait à peine quelque cliose de ces opéralions, parce qu'il ne les perçoit pas; s'il ne les perçoit pas,

SDR LA DIVINE PROVIDBHCK.

la principale raison, c'est parce qu'il y a chez lui les maux des convoitises de l'amour de sa vie, et que ces maux sont sentis non comme des maux, mais comme des plaisirs, auxquels personne ne fait attention; qui est-ce quifait attention auxplaisirsdesonamourî la pensée de l'homme y nage comme une barque qui est entraînée par le courant d'un fleuve; et elle est perçue comme une atmosphère embaumée qui est attirée à pleine aspiration; il peut seulement en sentir quelque chose dans sa pensée externe, néanmoins il n'y fait pas non plus attention, à moins qu'il ne sache bien que ce sont des maux. Mais i! en sera dit davantage sur ce sujet dansce qui va suivre. Quatrièmement. Le détachement du mal est effectué par le Seigneur par mille moyens, même par des moyens très-secrets. Quelques-uns d'eux seulement m'ont élé découverts, mais ce ne sont que les plus communs; ce sont ceuxci : Que les plaisirs des convoitises, au sujet desquels l'homme ne sait rien, sont jetés en foule et en faisceaux dans les pensées intérieures, qui appartiennent à l'esprit de l'homme, et par suite dans ses pensées extérieures, dans lesquelles ils se présentent sous un certain sens d'agrément, de charme ou de désir, eL s'y mêlent avec ses plaisirs naturels et sensuels; là sont les moyens de séparation et de purification, et aussi les voies de détachement et d'expulsion : les moyens sont principalement les plaisirs de la méditation, de la pensée, de la réflexion pour certaines fins, qui appartiennent à l'usage; et les fins qui appartiennent a l'usage sont en aussi grand nombre que les particuliers et les singuliers de l'occupation et de la fonction de l'homme ; puis, en aussi grand nombre qu'il y a de plaisirs de la réflexion dans le but de se présenter comme homme civil et moral, et aussi comme homme spirituel, outre les déplaisirs qui s'interposent; ces plaisirs, parce qu'ils appartiennent à son amour dans l'homme externe, sont des moyens de séparation, de purifleation, d'expulsion et de détachement des plaisirs des convoitises du ma! de l'homme interne. Soit, pour exemple, un juge injuste, qui regarde les présents ou les amitiés comme fins ou comme usages de sa fonction; ce juge intérieurement est sans cesse dans ces fins, mais extérieurement son but est d'agir en jurisconsulte et en homme juste; il est continuellement dans un plaisir de méditation, de pensée, de réflexion et

d'intention, pour faire fléchir le droit, le tourner, l'adapter et l'accommoder, jusqu'à ce qu'il paraisse conforme aux lois et analogue à la justice; et il ne sait pas que son plaisir interne consiste dans des ruses, des fraudes, des fourberies, des vols clandestins, et plusieurs autres choses, et que ce plaisir, composé de tant de plaisirs dos convoitises du mat , domine dans toutes et dans chacune des choses de sa pensée externe, dans laquelle sont les plaisirs de paraître juste et sincère ; dans ces plaisirs externes s'abaissent les plaisirs internes, et ils sont mêlés comme les aliments dans l'estomac; et la, ils sont séparés, purifiés et éloignes; mais toutefois ces plaisirs des convoitises du mal sont seulement ceux qui sont les plus dangereux : car cher, l'homme méchant il n'y a séparation, purification et détachement que des maux plus graves d'avec des maux qui le sont moins, tandis que chez l'homme bon il y a séparation, purification et détachement des maux non-seulement les plus graves, mais aussi les moins graves, et cela se fait par les plaisirs des affections du bien et du vrai, du juste et du sincère, dans lesquels il vient en tant qu'il regarde les maux comme péchés,'et que pour cette raison il les fuit et les a en aversion, et plus encore s'il combat contre eux ; ce sont la les moyens par lesquels le Seigneur purifie tous ceux qui sont sauvés; il les purifie aussi par des moyens externes, qui concernent la réputation et l'honneur, et parfois le lucre; mais dans ces moyens le Seigneur insère les plaisirs des affections du bien et du vrai, par lesquels ils sont dirigés et disposés pour qu'ils deviennent des plaisirs de l'amour du prochain. Si quelqu'un voyait les plaisirs des convoitises du mal ensemble dans une forme, ou s'il les percevait distinctement par quelque sens, il les verrait et les percevrait en un tel nombre, qu'ils ne pourraient être déterminés; car l'enfer tout entier n'est que la forme de toutes les convoitises du mal ; et là, il n'y a aucune convoitise du mal qui soit absolument semblable à une autre, ou la même qu'une autre, et il ne peut pas dans toute l'éternité y en avoir une seule qui soit absolument semblable à une autre, ou la même qu'une autre; or, a l'égard de ces innombrables convoitises l'homme sait à peine quelque chose, il sait encore moins comment elles sont liées entre elles; et cependant le Seigneur par sa Divine Providence permet continuel-

lemcnt qu'elles sortent, afin qu'elles soient éloignées, ce qui a lieu dans chaque ordre et dans chaque série; l'homme méchant est l'enfer dans la forme la plus petite, comme l'homme hon est le ciel dans la forme la plus petite. Que le détachement des maux soit effectué par le Seigneur par mille moyens, même par des moyens Irès-secrels, on ne peut mieux le voir, et ainsi le conclure, que par les opérations secrètes de l'âme dans le corps; les opérations dont l'homme a connaissance sont celles-ci : 11 regarde l'aliment qu'il doit manger, il le perçoit par l'odeur, ill'appele, legoûte, le broie avec les dents, et au moyen de la langue il l'avale, et ainsi le fait descendre dans l'estomac; mais les opérations secrètes de rame dont l'homme ne sait rien, parce qu'il ne les sent pas, sont celles-ci : L'eslomac roule les aliments reçus ; par des menstrues il les ouvre et sépare, c'est-à-dire, les digère; il en présente les parties convenables a de petites bouches, là, entr'ou vertes, et â des veines qui «'en imbibent; il envoie quelques-unes de ces parties dans te sang, d'autres dans les vaisseaux lymphatiques, d'autres dans les vaisseaux lactés du mésentère, et il en précipite d'autres dans les intestins; ensuite le chyle, relire de sa citerne dans le mésentère par le canal thorachique, est porté dans la veine cave, et ainsi dans le cœur, et du cœur dans le poumon, et du poumon par le ventricule gauche du cœur dans l'aorte, et de l'aorte par des ramifications dans les viscères de tout le corps, et aussi dans les reins, dans chacun desquels se fait la séparation du sang, sa purification, et le détachement des parties hétérogènes; sans mentionner comment le cœur envoie dans le cerveau son sang qui a été purifié dans le poumon.ce qui se fait par des artères nommées carotides, ni comment le cerveau renvoie le sang vivifié, dans la veine cave ci-dessus mentionnée où le canal thorachique porte le chyle, et ainsi de nouveau dans le cœur. Ces opérations, et d'autres en quantité innombrable, sont des opérations secrètes de l'urne dans le corps; l'homme ne sent rien de tout cela, et celui qui ne possède pas l'anatomie n'en sait rien; et cependant de semblables opérations se font dans les intérieurs du mental de l'homme, car rien ne se peut faire dans le corps, sinon d'après le mental, puisque le mental de l'homme est son esprit,et que son esprit est également homme, avec la seule différence que les choses

qui se font dans le corps se font naturellement, et que celles quf se font dans le mental se font spirituellement; la ressemblance est parfaite. D'après ces explications, il est évident que laDivine Providence opère par mille moyens, même par des moyens très-secrets, chez chaque homme, et qu'elle est continuelle dans la fin de le purifier, parce qu'elle est dans la fin de le sauver, et que l'homme n'a pas à s'embarasser d'autre chose que d'éloigner les maux dans l'homme externe; le Seigneur, s'il est imploré, pourvoit a tout le teste.

297. III, Les méchants rte peuvent pas (ire entièrement retires des maux et conduits dans les biens par te Seigneur, tant qu'ils croient que la propre intelligence est tout, et que la Di- Divine Providence n'est rien. 11 Bemble que l'homme peut luimême se retirer du mal, pourvu qu'il pense que telle ou telle chose est contre le bien commun, contre ce qui est utile, contre les lois de son pays et contre le droit des gens; le méchant, aussi bien que le bon, peut penser ainsi, pourvu que par naissance ou par exercice il soit tel, qu'il puisse en dedans de lui-même penser analyliquementet rationnellement d'une manière distincte; mais toujours estil cependant qu'il ne peut pas lui-même se retirer du mal; la raison de cela, c'est que, quoique la faculté de comprendre et de percevoir les choses, même abstractivement, ait été donnée par le Seigneur à chacun, tan tau méchant qu'au bon, comme il a clé montré ça et la ci-dessus, cependant l'homme ne peut pas par cette faculté se retirer du mal ; en effet, le mal appartient â la volonté, et l'entendement n'influe pas dans la volonté, si ce n'est seulement avec la lumière ; il illustre et enseigne, et si la chaleur de la volonté, c'est-à-dire, l'amour de la vie de l'homme est bouillant par la convoitise du mal, il est alors froid quant à l'affection du bien ; il ne le reçoit donc pas, mais ou il le rejette, ou il l'éteint, ou par quelque faux qu'il a inventé il le change en mal. Il en est de cela comme de la lumière de l'hiver, qui est aussi claire que celle de l'été, et qui en influant dans les arbres froids produit un semblable effet. Mais ceci pourra être vu plus pleinement dans l'ordre qui suit : 1" La propre intelligence, quand la volonté est dans le mal, ne voit que le faux, et elle ne veut voir et ne peut voir autre chose. 2" Si la propre intelligence voit alors le vrai, elle s'en dé-

SUH LA DIVINE PROVWEKCE. 291

loume, ou elle le falsifie. 3" La Divine Providence fait continuellement que l'homme voit le vrai, et même elle lui donne l'affection de le percevoir, et aussi de ie recevoir. 4° L'homme est par la retiré du mal, non par lui-même, mais par le Seigneur.

298. Ces propositions vont être expliquées dans leur ordre devant l'homme rationnel, qu'il soit ou méchant ou bon, par conséquent qu'il soit dans la lumière de L'hiver, ou dans la lumière do l'été, car dans l'une et dans l'autre les couleurs apparaissent également. Premièrement, ha propre intelligence, quand la volonté est dans te mal, ne voit que te faux, et elle ne veut voir et ne peut voir auti-e chose. Cela a été montré très-souvent dans lo Monde spirituel : Chaque homme, quand il devient esprit, ce qui arrive après la mort, car alors il se dépouille du corps matériel et se revêt du corps spirituel, est mis alternativement dans les deux états de sa vie, l'externe et l'interne ; lorsqu'il est dans l'état externe, il parle et même agit rationnellement et sagement, tout à fait comme un homme rationnel et sage dans le monde, et 11 peut aussi enseigner aux autres plusieurs choses qui concernent la vie morale et la vie civile ; et s'il a été prédicateur, il peut même enseigner les choses qui concernent la vie spirituelle : mais quand de cet étal externe il est mis dans son état interne, et que l'homme externe est assoupi et l'homme interne réveillé, alors, s'il est méchant, la scène change, de rationnel il devient sensuel, et de sage insensé ; car alors il pense d'après le mal de sa volonté et d'après le plaisir de ce mal, ainsi d'après la propre intelligence, et il ne voit que le faux et ne fait que le mal, croyant que la malice est sagesse et que la ruse est prudence ; et d'après la propre intelligence il se croit une déité, et il puise de tout son mental des artifices abominables : j'ai vu de telles folies un grand nombre de fois ; j'ai vu aussi des esprits mis dans ces états alternatifs deux OU trois fois en une heure, et alors il leur fut donné de voir leurs folies, et aussi de les reconnaître; néanmoins'ils ne voulurent pas rester dans l'état rationnel et moral, mais ils se tournaient eux-mêmes de plein gré dans l'état interne sensuel et insensé, car ils l'aimaient plus que l'autre, parce qu'il y avait en lui le plaisir de l'amour de leur vie. Oui est-ce qui peut supposer que l'homme méchant en dedans de sa face soit tel, et qu'il subisse une telle me-

tamorphose, quand il vient en dedans de lui-même! Par celte expérience seule on peut voir quelle est la propre intelligence, quand l'homme pense et agit d'après le ma! de sa volonté. Il en est tout autrement des bons ; quand de l'état externe ceux-ci sont mis dans l'état interne, ils deviennent encore plus sages et plus moraux. Secondement. Si la propre intelligence voit alors te vrai, ou elle s'en détourne, ou elle le falsifie. Il y a chez l'homme un propre volontaire, et il y a un propre intellectuel ; le propre volontaire est le mal, et le propre intellectuel est le faux du mal; celui-ci est entendu par volonté d'homme, et celui-là par volonté de chair, — Jean, i. 13. — Le propre volontaire est dans son essence l'amour de soi, et le propre intellectuel est le faste qui provient de cet amour; ces deux sont comme deux époux, et leur mariage est appelé mariage du mal et du faux ; chaque esprit mauvais est mis dans ce mariage avant d'Être envoyé en enfer, et quand il est dans cet état, il ne sait pas ce que c'est que le bien, car il appelle son mal bien, parce qu'il le sent comme un plaisir, et alors aussi il se détourne du vrai et ne veut pas le voir, parce qu'il voit le faux qui concorde avec son mal de même que l'œil voit un objet beau, et il l'entend de même que l'oreille entend un son harmonieux. Troisième meut. La Divine Providence fait continuellement que l'homme voit te vrai, et môme elle lui donne l'affection de le percevoir et de le recevoir. Cela arrive, parce que la Divine Providence agit par l'intérieur, et influe par là dans les extérieurs, ou par l'homme spirituel dans les choses qui sont dans l'homme naturel, et par la lumière du ciel elle éclaire l'entendement, et par la chaleur du ciel elle vivifie la volonté; la lumière du ciel dans son essence est la Divine Sagesse, et la chaleur du ciel dans son essence est le Divin Amour, et de la Divine Sagesse il ne peut influer que le vrai, et du Divin Amour il ne peut influer que le bien, et d'aprës le bien le Seigneur donne dans l'entendement l'affection de voir le vrai, et aussi de le percevoir cl de le recevoir : ainsi l'homme devient homme non-seulement quant à la face externe, mais aussi quant à la face interne. Qui est-ce qui ne veut pas paraître comme homme rationnel et spirituel ï El qui est-ce qui ne sait pas que l'homme veut paraître ainsi, afin que les autres croient qu'il est un homme vérilableï

SDR LA DIVINE HtOVIDENCE. 293

si donc il esl seulement rationnel et spirituel clans lu forme externe, et non en même temps dans la forme interne, esl-ce qu'il est homme? esl-ce qu'il est autre chose qu'un histrion sur un théâtre, ou qu'un singe dont la face est presque semblable a celle de l'homme? Par là ne peut-on pas connaître que celui-là seul est homme, qui l'est intérieurement, comme il veut le paraître aux autres? Qui reconnaît l'un, reconnaîtra l'autre. La propre intelligence peut seulement introduire dans les externes la forme humaine, mais la Divine Providence l'introduit dans les internes, et par les internes dans les externes; el, quand celte forme a été introduite, l'homme non -seulement apparaît comme homme, mais il e6l homme. Quatrièmement. L'homme est par là retiré du mai, non par lui-même, mais par le Seigneur. Si, quand la Divine Providence donne de voir le vrai, et en môme temps l'affection du vrai, l'homme peut être retiré du mal, c'est parce que le vrai montre et dicte, et que, quand ta volonté fait ce qui a élé montré et dicté, elle se conjoint avec le vrai, et change en elle le vrai en bien, car le vrai devient une chose de l'amour de l'homme, et ce qui appartient à l'amour esl le bien : toute réformalion se fait par le vrai, et non san3 lui, car sans le vrai la volonté est continuellement dans son mal, el si elle consulte l'entendement, elle n'est pas instruite, mais le mat est confirmé par les faux. Quant à ce qui concerne l'intelligence, elle se présente laul chez l'homme bon que chez l'homme méchant comme sienne et propre, et le bon, de même que le méchant, esl aussi tenu d'agir d'après l'intelligence comme propre; mais celui qui croit à la Divine Providence est retiré du mal, tandis que celui qui n'y croit pas n'en est pas retiré; et celui-là y croit, qui reconnaît que le mal est un péché et veut en Être retiré, et celui-là n'y croit pas, qui ne reconnaît ni ne veut : la différence entre ces deux intelligences est comme la différence entre une chose que l'on croit exister en soi, et une chose que l'on croit exister non en soi mais comme en soi ; elle est aussi comme la différence entre l'externe sans son ressemblant interneet l'externe avec son ressemblant interne, ainsi comme la différence entre les discours et gestes de mimes et de comédiens jouant des rôles de rois, de princes et de généraux, et les rois, princes et généraux eux-mêmes ; ceux-ci le sont intérieurement 25*.

et en même temps extérieurement, mais ceux-là ne le sont qu'extérieurement, et quand l'extérieur est dépouillé, ils sont appelés comédiens, histrions et baladins.

299. IV. Le Seigneur gouverne l'enfer par les opposés; et les méchants, qui sont dans le monde, il tes gouverne dans l'enfer quant aux intérieurs, mais non quant aux extérieurs. Celui qui ne sait pas quel est le ciel, ni quel est l'enfer, ne peut nullement savoir quel est le mental de l'homme ; le mental de l'homme est son esprit qui vit après la mort; et cela, parce que le mental ou l'esprit de l'homme est dans toute la forme dans laquelle est le ciel ou l'enfer; il n'y a aucune différence, excepté que le ciel ou l'enfer est très-grand et le mental très-petit, ou que l'un est l'effigie et l'autre le type; c'est pourquoi l'homme, quant au mental ou a l'esprit, est dans une très-petite forme ou le ciel ou l'enfer; celui qui est conduit par le Seigneur est le ciel, et celui qui est conduit par son propre est l'enfer. Maintenant, comme i! m'a été donné de savoir quel est le ciel et quel est l'enfer, et qu'il est important de savoir quel est l'homme quant à son mental ou à son esprit, je vais décrire en peu de mots l'un et l'autre.

300. Tous ceux qui sont dans le ciel ne sont que des affections du bien, et d'après cela des pensées du vrai, et tous ceux qui sont dans l'enfer ne sont que des convoitises du mal, et d'après cela des imaginations du faux, lesquelles de part et d'autre ont été tellement disposées, que les convoitises du mal et les imaginations du faux dans l'enfer ont été absolument opposées aui affections du bien et aux pensées du vrai dans le ciel ; c'est pourquoi l'enfer est sous ic ciel, et diamétralement opposé au ciel ; ainsi le ciel et l'enfer sont comme deux hommes étendus à l'opposé l'un de l'autre, ou debout comme deux antipodes, par conséquent tournés en sens contraire, et conjoints quant aux plantes des pieds et se repoussant avec les talons; parfois même l'enfer apparaît dans une semblable situation, ou un semblable renversement, par rapport au ciel : cela vient de ce que ceux qui sont dans l'enfer font des convoitises du mal la tête, et des affections du bien les pieds, et que ceux qui sont dans le ciel font des affections du bien la téte, et des convoitises du mal les plantes des pieds; de la l'opposition mutuelle. 11 est dit que dans le ciel il y a les affections du bien et par suite les

pensées du vrai, et que dans l'enfer il y a les convoitises du mal et par suite les imagina lio ns du faux, et il est entendu que ce sont les esprits et les anges qui sont tels, car chacun est son affection ou sa convoitise, l'ange du ciel est son affection, et l'esprit do l'enfer sa convoitise.

301. Si les anges du ciel sont des affections du bien et d'après cela des pensées du vrai, c'est parce qu'ils sont des récipients du Divin Amour et de la Divine Sagesse procédant du Seigneur, et parce que toutes les affections du bien viennent du Divin Amour, et que toutes les pensées du vrai viennent de la Divine Sagesse : et si les esprits de l'enfer sont des convoitises du mal et d'après cela des imaginations du faux, c'est parce qu'ils sont dans l'amour de soi et dans la propre intelligence, et parce que toutes les convoitises du mal viennent de l'amour de soi, et que toutes les imaginations du faux viennent de la propre intelligence.

302. L'ordination des affections dans le ciel et des convoitises dans l'enfer est admirable, et connue du Seigneur seul ; les affections et les convoitises sont de part et d'autre distinguées en genres et en espèces, et ainsi conjointes pour faire un ; et comme elles ont été distinguées en genres et en espèces, elles ont été distinguées en sociétés plus grandes ou plus petites ; et comme elles ont été conjointes pour faire un, elles ont été conjointes comme toutes les choses qui sont chez l'homme; par suite le ciel dans sa forme est comme un homme beau, dont l'âme est le Divin Amour et la Divine Sagesse, ainsi le Seigneur ; et l'enfer dans sa forme est comme un homme monstrueux, dont l'âme est l'amour de soi et la propre intelligence, ainsi le diable : en effet, il n'y a aucun diable, qui seul soit le maître dans l'enfer; c'est l'amour de soi qui est appelé le diable.

303. Mais pour qu'on sache mieux quel est le ciel et quel est l'enfer, nu lieu des affections du bien, qu'on prenne les plaisirs du bien, et au lieu des convoitises du mal qu'on prenne les plaisirs du mal, car il n'y a pas d'affections ni de convoitises sans les plaisirs; en effet, ce sont les plaisirs qui font la vie de chacun : ces plaisirs ont été ainsi distingués et conjoints, commeil a été dit plus haut des affections du bien et des convoitises du mal : le plaisir de son affection remplit el entoure chaque ange-

du ciel, et aussi le plaisir commun remplit et entoure chaque société du ciel, et le plaisir de tous ensemble ou le plaisir le plus commun remplit et entoure le ciel entier; de même le plaisir de sa convoitise remplit et entoure chaque esprit de l'enfer, et le plaisir commun chaque société de l'enfer, el le plaisir de loue ou le plus commun l'enfer entier. Puisque les alTecliuns du ciel et les convoitises de l'enfer sont, comme il vient d'être dit, diamétralement opposées les unes aux autres, il est évident que le plaisir du ciel est pour l'enfer un tel déplaisir qu'il est impossible de l'y supporter, el que vice versd le plaisir de l'enfer est pour le ciel un Ici déplaisir qu'il est impossible aussi de l'y supporter : de là l'antipathie, l'aversion et la séparation.

304. Ces plaisirs, parce qu'ils font la vie de chacun dans le singulier, et de tous dans le commun, ne sont pas sentis par ceux qui sont en eux, mais les opposés sont sentis quaud ils approchent, principalement quand ils sont changés en odeurs, car chaque plaisir correspond a une odeur, et peut dans le monde spirituel être changé en cette odeur; et alors le plaisir commun est senti dans le ciel comme l'odeur d'un jardin, avec variété selon les exhalaisons odoriférantes des Heurs et des fruits; el le plaisir commun dans l'enfer est senti comme une eau croupie dans laquelle on a jeté diverses ordures, avec variété selon les puanteurs qui s'exhalent des matières pourries et infectes. Mais comment est senti le plaisir de chaque affection du bien dans le ciel, et le plaisir de chaque convoitise du mal dans l'enfer, il m'a aussi été donné de le savoir ; mais il serait trop long de l'exposer ici.

305. J'ai entendu plusieurs nouveaux venus du monde se plaindre de n'avoir pas su que le sort de leur vie serait selon les affections de leur amour; ils disaient que dans le monde ils n'avaient pas pensé à ces affections, ni ù plus forte raison aux plaisirs de ces affections, parce qu'ils avaient aimé ce qui élail un plaisir pour eux; et que seulement ils avaient cru que le sort de chacun serait selon les pensées provenant de l'intelligence, principalement selon les pensées provenant de la piété, et aussi de la foi ; mais il leur fut répondu que, s'ils l'avaient voulu, ils auraient pu savoir que le mal de la vie est désagréable au ciel el déplaît à Dieu, et est agréable à l'enfer et plaît au diable; cl que vice wrsâ le bien

de la vie est agréable au ciel et plaît à Dieu, et est désagréable à l'enfer et déplaît au diable, et que par suite aussi le mal en soi a une odeur puante, et le bien en soi une odeur bonne; que, puisqu'ils auraient pu, s'ils l'avaient voulu, savoir cela, pourquoi n'avaient-ils pas fui les maux comme infernaux et diaboliques, et pourquoi les avaient-ils favorisés par l'unique motif qu'ils étaient des plaisirs; et que maintenant, puisqu'ils savaient que les plaisirs du mal ont une si mauvaise odeur, ils pouvaient aussi savoir que ceux qui exhalent une telle odeur ne peuvent pas venir dans le ciel. Apres celle réponse, ils' se retirèrent vers ceux qui étaient dans de semblables plaisirs, parce que la ils pouvaient respirer et non ailleurs.

306. D'après l'idée qui vient d'être donnée du ciel et de l'enfer, on peut voir quel est le mental de l'homme,— car, ainsi qu'il a été dit, le mental ou l'esprit de l'homme est dans une très-petite forme ou le ciel ou l'enfer,— à savoir, que ses intérieurs sont de pures affections el de pures pensées, distinguées en genres et en espèces, comme en sociétés plus grandes ou plus petites, et conjointes pour faire un ; et que le Seigneur les gouverne de mémo qu'il gouverne le ciel ou l'enfer. Que l'homme soit dans une trespelite forme ou le ciel ou l'enfer, on le voit dans le Traité do Ciel et de l'Enfer, publié à Londres en 1758, N"' 51 à 87.

307. Maintenant, je reviens à cette proposition, que le Seigneur gouverne l'enfer par les opposés; et que les méciiauts, qui sont dans le monde, il les gouverne dans l'enfer quant aux intérieurs et non quant aux extérieurs. Premièrehent. Le Seigneur gouverne l'enfer par les opposés. Il a été montré ci-dessus, M" 288, 289, que les anges du ciel sont dans l'amour et dans la sagesse, ou dans l'affection du bien et par suite dans la pensée du vrai, non par eux-mêmes, mais par le Seigneur; et que le bien et le vrai influent du ciel dans l'enfer, et y sont changés le bien en mal et le vrai en faux, par la raison que les intérieurs du mental des infernaux sont tournés en sens contraire : maintenant, comme loutes les choses de l'enfer sont opposées à toutes les choses du ciel, il s'ensuit que le Seigneur gouverne l'enfer par les opposés. Secondement. Les méchants qui sont dans le monde, le Seigneur les gouverne dans l'enfer. C'est parce que l'homme quant

à son esprit est dans le monde spirituel, et là dans quelque société, dans une société infernale s'il est méchant, et dans une société céleste s'il est bon ; car le mental de l'homme, qui en soi est spirituel, ne peut être que parmi des spirituels, dans la société desquels il vient aussi après la mort; que cela soit ainsi, c'est aussi ce qui a été dit cl montré ci-dessus. Mais l'homme n'est pas là de même qu'un esprit qui a été enregistré dans la sociélé, car l'homme est continuellement dans l'étal de réformation ; c'est pourquoi, scion sa vie et ses changements, il est transféré par le Seigneur d'une société de l'enfer dans une autre, s'il est méchant; mais s'il se laisse réformer, il est retiré de l'enfer et conduit vers le ciel, et là aussi il est transféré d'une société dans une autre, et cela jusqu'à la mort, après laquelle il n'y est plus porté de sociélé en société, parce qu'alors il n'est plus dans aucun étal de réformalion, mais il reste dans l'état où il est Belon la vie; c'est pourquoi, quand l'homme meurt, il a été inscrit dans sa place. Troisièmement. Les méchants dans te monde,ie Seigneur les gouverne ainsi quant aux intérieurs, mais autrement quant aux extérieurs. Le Seigneur gouverne les intérieurs du mental de l'homme comme il vient d'être dit; mais il gouverne les extérieurs dans le monde des esprits, qui lient le milieu entre le ciel et l'enfer; la raison de cela, c'est que l'homme pour l'ordinaire est autre dans les externes qu'il n'est dans les internes ; car il peut dans tes externes simuler l'ange de lumière, et cependant dans les internes èLre un esprit de ténèbres; c'est pourquoi, autrement est gouverné son externe, et autrement son interne; l'externe est gouverné dans le Monde des esprits, mais l'interne est gouverné dans le Ciel ou dans l'Enfer, tant qu'il est dans le monde; c'est pourquoi aussi, quand il meurt, il va d'abord dans le Monde des esprits, et il y est dans son externe, qu'il y dépouille; et, quand il l'a dépouillé, il est porté dans sa place, dans laquelle il a été inscrit. Ce que c'est que le Monde des esprits, et quel il est, on le voit dans le Traité du Ciel et de l'Enfer, publié à Londres en 1758, N" à 535.

La Divine Providence n'approprie à qui que ce soit (c mat ni à qui que ce soit te bien, mais la propre prudence approprie l'un et l'autre.

308. Presque tout le monde croit que l'homme pense et veut par lui-même, et par suite parle et agit par lui-même; qui peut croire autrement, lorsque c'est d'après lui-même qu'il croit, puisque l'apparence que cela est ainsi est si forte, qu'il n'y a pas de différence entre elle et penser, vouloir, parler et agir réellement par soi-même, ce qui cependant n'est pas possible? Dans la Sagesse Angélique sur le Divin Aboor et la Divine Sagesse, il a été démontré qu'il y a une vie unique, et que les hommes sont des récipients de la vie ; puis aussi, que la volonté de l'homme est le réceptacle de l'amour, et l'entendement de l'homme le réceptacle de la sagesse, amour et sagesse qui tous deux constituent cette vie unique. Il a aussi été démontré que c'est d'après la création, et par suite d'après l'action continuelle de la Divine Providence, que cette vie apparaît dans l'homme avec la même ressemblance que si elle lui appartenait, et par conséquent lui était propre, mais que c'est une apparence pour celte fin que l'homme puisse être un réceptacle II a encore été démontré, ci-dessus N" 288 a 294, que nul homme ne pense par soi-même, mais qu'on pense d'après d'autres, et que ces autres ne pensent pas non plus par eux-mêmes, mais que tous pensent d'après le Seigneur, ainsi le méchant aussi bien que le bon ; puis aussi, que cela est connu dans le monde chrétien, surtout chez ceux qui non-seulement disent, mais même croient que tout bien et tout vrai viennent du Seigneur, et aussi toute sagesse, par conséquent la foi et la charité; et que tout mal et tout faux viennent du diable ou de l'enfer. De toutes ces propositions on ne peut conclure autre chose, sinon que tout ce que l'homme pense et veut vient par influx, el que, puisque tout langage découle de la pensée comme l'effet découle de sa cause, et qu'il en est de même de toute action à l'égard de la volonté, tout ce que l'homme dit et fait vient aussi par influx, quoique d'une manière dérivative ou médiate. Oue tout ce que l'homme voit, entend, odore, goille et sent vienne par influx, on

ne peut le nier, pourquoi n'en serait-il pas de mémo de ce que l'homme pense et veut 7 Est-ce qu'il peut y avoir d'autre différence, sinon que dans les organes des sens externes ou du corps influent des choses qui sont dans le monde naturel, et que dans les substances organiques des sens internes ou du mental influent des choses qui sont dans le monde spirituel ; que par conséquent de même que les organes des sens externes ou du corps sont les réceptacles des objets naturels, de même les substances organiques des sens internes ou du mental sont les réceptacles des objets spirituels? Puique tel est l'état de l'homme, qu'est-ce alors que son propre? Son propre ne consiste pas en ce qu'il est tel ou tel réceptacle, parce que ce propre n'est autre chose que sa qualité quant a la réception, mais n'est point le propre de la vie; car par le propre personne n'entend autre chose que de vivre par soi, et par conséquent de penser et de vouloir par soi ; mais que ce propre ne soit pas chez l'homme, et que même il ne puisse exister chez aucun homme, c'est la conséquence de ce qui a été dit plus haut.

309. Hais je vais rapporter ce que j'ai enlendu dire par quelques-uns dans le monde spirituel. Ceux-lù étaient du nombre de ceux qui avaient cru que- la propre prudence est tout, et que la Divine Providence n'est rien. Je leur disais que l'homme n'a aucun propre, à moins qu'on ne veuille appeler propre de l'homme ce qui fait qu'il est tel ou tel sujet, tel ou tel organe, telle ou telle forme, mais que ce n'est pas là ce qui est entendu par le propre, car c'est seulement sa qualité; et que nul homme n'a aucun propre, tel qu'est communément entendu le propre. Eux donc, qui avaient attribué toutes choses à la propre prudence, et qui même peuvent être appelés propriétaires dans leur image, prirent tellement feu, qu'une flamme semblait sortir de leurs narines, et ils me dirent : u Tu profères des paradoxes et des folies; dans ce cas l'homme ne serait rien, et serait vide, ou ce serait une idée et une fantaisie, ou ce serait une image taillée ou une statue. ■ Je ne pus que leur répondre,que c'est un paradoxe et une folie de croire que l'homme est la vie par soi, et que la sagesse et la prudence n'influent pas de Dieu, mais sont dans l'homme, et qu'il en est de même du bien qui appartient à la charité et du vrai qui appartient a la foi; que

SUn LA DIVINE PROVIDENCE.

s'attribuer ces choses est appelé folie par le sage, el par suite aussi est un paradoxe; que, de plus, ils étaient comme ceux qui habitent dans la maison et dans la propriété d'un autre, el qui alors se persuadent que ces choses leur appartiennent; ou comme des économes et des intendants qui croient que les possessions de leurs maîtres sont à eux ; et comme auraient été les serviteurs auxquels le seigneur donna des talents et des mines à faire valoir, s'ils n'en eussent pas rendu compte, mais les eussent retenus comme étant à eux, et eussent par conséquent agi en voleurs; que l'on peut dire des uns et des autres qu'ils sont fous, et même qu'ils ne sont rien, qu'ils sont vides, et que ce sont des idéalistes, parce qu'ils n'ont point chez eux d'après le Seigneur le bien qui est l'Être même de la vie, ni par conséquent le vrai, aussi ceux-là sont-ils appelés morts, hommes de néant et vides, — Èsaïe, XL. 17, 23 ; — et ailleurs, faiseurs d'image, puis images taillées et statues. Mais, dans ce qui suit, ce sujet va être traité plus amplement dans cet ordre : I. Ce que c'est que la propre Prudence, et ce que c'est que la Prudence non propre. II. L'homme d'après la propre prudence se persuade, et confirme chez lui, que tout bien et tout vrai viennent de lui et sont en lui, et qu'il en est de même de tout mal et de tout faux. III, Tout ce que l'homme s'est persuadé, et en quoi il s'est confirmé, demeure comme propre chez lui. IV. SI l'homme croyait, comme c'est la vérité, que tout bien et tout vrai viennent du Seigneur, et que tout mal et tout faux viennent de l'enfer, il ne s'approprierait pas le bien et ne le ferait pas méritoire, et il ne s'approprierait pas le mal et no s'en ferait pas responsable.

310. I. Ce que c'est que la propre Prudence, et ce que c'est que ta Prudence non propre. Dans la propre lïudence sont ceux qui confirment chez eux les apparences et en font des vérités, surtout cette apparence que la propre prudence est tout, el que la Divine Providence n'est rien, sinon quelque universel, lequel cependant ne peut exister sans des singuliers qui le composent, comme il a été dit ci-dessus : ceux-là aussi sont dans les illusions, car toute apparence confirmée comme vérité devient une illusion; et autant ils se confirment par les illusions, autant ils deviennent naturalistes, el ne croient que ce qu'ils peuvent en même temps

percevoir par quelque sens du corps, surtout par le sens de la vue, parce que celui-ci fait principalement un avec la pensée ; enfin ils deviennent sensuels; et, s'ils se confirment pour la nature contre Dieu, ils ferment les intérieurs de leur mental, et interposent pour ainsi dire un voile, et ensuite ils pensent au-dessous du voile, et ne pensent aucune des choses qui sont au-dessus. Ces sensuels ont été appelés serpents de l'arbre de la science par les anciens : il est dit d'eux, dans le monde spirituel, qu'a mesure qu'ils se confirment, ils bouchent les intérieurs de leur mental, et enfin jusqu'au nez, car le nez signifie la perception du vrai; et quand il est bouché, cela signifie qu'il n'y a aucune perception. Maintenant, il sera dit quels ils sont ; Plus que tous les autres, ils sont adroits et rusés; ce sont des raisonneurs ingénieux, et ils appellent intelligence et sagesse l'adresse et la ruse, et ne les considèrent pas autrement; ceux qui ne sont pas tels qu'eux, ils les regardent comme simples et stupides, surtout ceux qui adorent Dieu et ceux qui reconnaissent la Divine Providence : quant aux principes intérieurs de leur mental, dont ils savent eux-mêmes peu de chose, ils sont comme ceux qu'on appelle Machiavélisles, qui regardent comme rien les homicides, les adultères, les vols et les faux témoignages considérés en eux-mêmes, et qui, s'ils raisonnent contre ces actions, ne le font que par prudence, afin de ne pas paraître tels qu'ils sont. De la vie de l'homme dans le monde, ils pensent qu'elle n'est que semblable a la vie de la bête; et de la vie de l'homme après la mort, qu'elle est comme une vapeur vitale qui, s'élevant du cadavre ou du sépulcre, retombe et ainsi meurt t de cette folie vient l'idée que les esprits et les anges sont des souffles aériens, et chez ceux auxquels il est enjoint de croire à la vie éternelle, l'idée qu'il en est de même des âmes des hommes, et qu'ainsi elles ne voient, n'entendent ni ne parlent, que par conséquent elles sont aveugles, sourdes et muettes, et que seulement elles pensent dans la particule de leur air ; n comment l'ame, disent-ils, peut-elle être autre chose? Les sens externes ne sont-ils pas morts en même temps que le Corps? et comment peut-on les recevoir de nouveau avant que l'âme ait été réunie au corpsî «Et comme ils n'ont pu comprendre que sensuellement et non spirituellement l'étal de l'âme après la mort, ils ont

établi cet état sensuel, autrement la croyance à la vie éternelle aurait péri. Ils confirment principale nient chez eux l'amour de soi, l'appelant feu de ia vie et aiguillon pour divers usages dans la société ; et comme ils sont lels, ils sont aussi des idoles d'euxmêmes, et leurs pensées étant des illusions, et provenant d'illusions, sont des images du faux; et parce qu'ils favorisent les plaisirs des convoitises, ils sont, eux, des salans et des diables; sont appelés satans ceux qui confirment chez eux les convoitises du mal, et diables ceux qui vivent selon ces convoitises. Il m'a aussi été donné de connaître quels sont les hommes sensuels les plus astucieux : Leur enfer est par derrière au fond, et ils désirent être invisibles ; c'est pourquoi ils y apparaissent volant comme des spectres, qui sont leurs fantaisies, et ils sont appelés Génies : Un jour, quelques-uns furent envoyés de leur enfer, afin que je connusse quels y sont ; aussitôt ils s'appliquèrent à ma nuque sous l'occiput, et de la Ils entraient dans mes affections, sans vouloir entrer dans mes pensées, qu'ils évitaient adroitement; et Us variaient l'une après l'autre mes affections, dans l'intention de les tourner insensiblement en affections opposées, qui sont les convoitises du mal ; et comme ils ne touchaient en rien à mes pensées, Us auraient, à mon insu, tourné et retourné mes affections, si le Seigneur ne l'eût empêché. Tels deviennent ceux qui dans le monde ne croient pas qu'il existe quelque chose de la Divine Providence, et qui n'examinent chez les autres que leurs cupidités et leurs désirs, et les dirigent ainsi jusqu'au point de dominer sur eux ; comme ils font cela d'une manière si clandestine et si astucieuse, que les autres ne s'en aperçoivent pas, et comme après la mort ils deviennent semblables à eux-mêmes, ils sont jetés dans cet enfer aussitôt qu'ils arrivent dans le monde spirituel. Vus dans la lumière du ciel, ils apparaissent sans nez; et, ce qui est étonnant, quoiqu'ils soient si subtils, ils sont néanmoins sensuels plus que tous les autres. Comme les Anciens ont appelé serpent l'homme sensuel, et qu'un tel homme est adroit, rusé, et raisonneur ingénieux plus que les autres, c'est pour cela qu'il est dit, « que te serpent était rusé plus que toute bite du champ. » — Gen. III. 1; — et que le Seigneur Ht ta Soyez prudents comme les serpents, et simples comme les colombes, u — Mallh. 5. 16;

— el que le Dragon, qui est aussi appelé serpent ancien, diable et satan, est décrit comme h ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses tites sept diadèmes.» — Apoc XII. 3,9; — parles sept têtes il est signifié l'astuce, par les dix cornes la puissance de persuader au moyen d'illusions, et par les sept diadèmes les choses saintes de la Parole et de l'iïglise profanées.

311. Par l;t description de la propre prudence et de ceux qui sont dans celte prudence, ou peut voir quelle est la prudence nou propre, et quels sont ceux qui sont dans celle-ci, à savoir, que la prudence non propre est la prudence chez ceux qui ne confirment point chez eux, que l'intelligence ella sagesse viennent de l'homme; ceux-^i disent :« tournent quelqu'un peul-il être sage par luiîncmeî et comment quelqu'un peut-il faire le Lien par lui-mèmeî» et, en disant cela, ils voient en eux-mêmes qu'il en est ainsi ; car ils pensent intérieurement, et croient aussi, que les autres pensent de même, principalement les érudils, parce qu'ils ne savent pas que quelqu'un puisse penser seulement extérieurement. Ils ne sont point dans les illusions par quelques confirmations des apparences; c'est pourquoi, ils savent el perçoivent que les liomicides, les adultères, les vols el les faux témoignages sont des péchés, et pour cela même ils les fuient; puis aussi, que la malice n'est pas de la sagesse, et que l'astuce n'est pas de l'intelligence ; quand ils entendent des raisonnements ingénieux, fondés sur des illusions, ils s'en étonnent, et en eux-mêmes ils rient;et cela, parce que chez eux il n'y a pas de voile entre les intérieurs et les extérieurs, ou entre les spirituels cl les naturels du mental, comme il y en a un chez les sensuels; c'est pourquoi ils reçoivent du ciel un influx, d'après lequel ils voient intérieurement de telles choses. Ils parlent avec plus de simplicité et de sincérité que les autres, et ils placent la sagesse dans la vie et non dans le discours ; ils sont relativement comme des agneaux cl des brebis, tandis que ceux qui sont dans la propre prudence sont comme des loups el des renards; ils sont comme ceux qui habitent une maison et voient par les fenêtres le ciel, tandis que ceux qui sont dans la propre prudence sont comme ceux qui habitent les caves de la maison et ne voient par leurs fenêtres que ce qui esl sous terre ; ils sont aussi comme ceux qui se tiennent sur une montagne, el ils voient ceux qui sont

SUR LA DlVIiie PHOVIDEflOE.

dans la propre prudence, errants dans les vallées cl dans les forêts. D'après cela, on peut voir que la prudence non propre est une prudence d'après le Seigneur, semblable en apparence dans les externes à la propre prudence, mais absolument différente dans les internes; dans les internes la prudence non propre apparaît dans le Monde spirituel comme un homme, el la prudence propre apparaît comme un simulacre qui ne semble avoir la vie que par cela seul, que ceux qui sont dans cette prudence ont néanmoins la rationalité et la liberté, ou la faculté de comprendre et celle de vouloir, et par conséquent de parler et d'agir, et que par ces facultés ils peuvent feindre qu'ils sont aussi hommes : s'ils sont de tels simulacres, c'est parce que les maux el les faux ne vivent pas, mais qu'il n'y a que les biens et les vrais qui vivent; et comme d'après leur rationalité ils savent cela, — car s'ils ne le savaient pas, ils ne feindraient pas les biens et les vrais, — ils possèdent le vital humain dans leurs simulacres. Qui est-ce qui ne peut savoir que tel est l'homme intérieurement, le! il est; que par conséquent celui-là, qui est intérieurement tel qu'il veut Être vu extérieurement, est un homme; et que celui-là, qui est homme seulement extérieurement et non intérieurement, est un simulacre : pense à l'égard de Dieu, de la religion, de la justice et de la sincérité, de même que tu en parles, et tu seras un homme, el alors la Divine Providence sera la prudence, et lu verras chez les aulres que la propre prudence est une folie.

312. II. L'Iiomme d'après la propre prudence se persuade, et confirme citez lui, que tout bien et tout vrai viennent de lui et sont en lui, et qu'il en est de mime de tout mal et de tout faux. L'argumentation aura lieu par l'analogie entre le bien et le vrai naturels et le bien et le vrai spirituels. On demande ce que c'est que le vrai et le bien dans la vue de l'œil : Est-ce que la le vrai n'est pas ce qui est appelé beau, et le bien ce qui est appelé plaisir? en effet, on sent du plaisir en vojant de beaux objets. On demande ce que c'est que le vrai el le bien dans l'ouïe : Esl-ce que là le vrai n'esl pas ce qui est appelé harmonieux, et le bien ce qui est appelé charme î en effet, on sent du charme en entendant des sons harmonieux. Il en est de même pour les autres sons. Par là on voit clairement ce que c'est que le vrai el le bien natu- 26*.

rels. Qu'on examine maintenant ce que c'est que le vrai et le bien spirituels : Est-ce que le vrai spirituel est autre chose que le beau el l'harmonieux des choses el des objets spirituels? et est-ce que le bien spirituel est autre chose que le plaisir et le charme d'après la perception de leur beauté ou de leur harmonie? Voyons, maintenant, si l'on peut dire de l'un autre chose que de l'autre, ou du spirituel autre chose que du naturel : On dit du naturel que le beau et le plaisir dans l'œil influent des objets, et que l'harmonieux el le charme dans l'oreille influent des instruments. Est-ce qu'il en est autrement dans les substances organiques du mental! On dit d'elles, que ces choses {a savoir, le beau et le plaisir, l'harmonieux et le charme,) sont en elles; et l'on dit de l'œil et de l'oreille, que ces mêmes choses y influent. Mais si l'on demande pourquoi l'on dit qu'elles influent, on ne peut répondre autre chose, sinon que c'est parce qu'il apparaît une distance (entre l'organe du sens et l'objet). Et si on demande pourquoi dans l'autre cas on dit qu'elles sont en elles, on ne peut répondre autre chose sinon que c'est parce qu'il n'apparatt pas de distance. Par conséquent, c'est l'apparence de distance qui fait qu'au sujet des choses que l'homme pense et perçoit l'on croit autrement qu'au sujet de celles qu'il voit et entend. Mais cela tombe, quand on sait que le spirituel n'est point dans la distance comme y est le naturel; pense au soleil et a la lune, ou a Home et a Conslantinople, est-ce qu'ils ne sont pas dans la pensée sans distance ..pourvu que cette pensée ne soit pas conjointe avec l'expérience acquise par la vue ou par l'ouïe? Pourquoi donc te persuades-tu que, parce qu'il n'apparatt pas de distance dans la pensée, le bien et le vrai et aussi le mal et le faux y sont, et n'influent pas? JJajou terai a cela une expérience qui, dans le .Monde spirituel, est commune ; Un esprit peut infuser ses pensées et ses affections dans un autre esprit, et celui-ci ne sait autre chose sinon que ces pensées et ces affections sont ses propres pensées et ses propres affections; cela y est appelé penser d'après un autre et penser dans un autre; j'ai vu cette expérience des milliers de fois, et je l'ai faite moi-même des centaines de fois; et cependant l'apparence de distance était considérable ; mais dès que les esprits savaient que c'était un autre qui infusait ces pensées et ces affections, ils en étaient indignés et se détournaient,

eu reconnaissant cependant que la distance n'apparaît point dans la vue interne ou la pensée à moins que cela ne soit dévoilé, comme elle apparaît dans la vue externe ou l'œil, d'où i! résulte qu'on croit qu'il y a influx. A celte expérience j'en ajouterai une qui m'est journalière : Les mauvais esprits ont très-souvent lancé dans ma pensée des maux et des faux, qui me semblaient être en moi et venir de moi, ou comme si je les pensais moi-même; mais, comme je savais que c'étaient des maux et des faux, je recherchais qui étaient ceux qui les avaient lancés, et ils étaient découverts et mis en fuite; ils étaient à une distance considérable de moi. D'après cela on peut voir que tout mal avec son faux influe de l'enfer, et que tout bien avec son vrai influe du Seigneur, et que l'un et l'autre apparaît comme dans l'homme.

313. Quels sont ceux qui sont dans la propre prudence, et quels sont ceux qui sont dans la prudence non-propre et par suite dans la Divine Providence, cela est décrit dans la Parole par Adam et par Ève son épouse dans le Jardin d'Éden, où étaient deux arbres, l'un de ia vie, et l'autre de la science du bien et du mal, et par leur action d'avoir mangé de celui-ci. Que par Adam et par Ève son épouse, dans le sens interne ou spirituel, soil entendue et décrite la Très- Ancienne Église du Seigneur sur cette terre, Église qui fut noble et céleste plus que celles qui l'ont suivie, on le voit ci-dessus, N° 2^1 ; les autres choses ont les significations suivantes : Par le jardin d'Édcn, il est signifié la sagesse des hommes de cette Église; par l'arbre de vie, le Seigneur quant a la Divine Providence, et par l'arbre de la science l'homme quant à la propre prudence; par le serpent, le sensuel et le propre de l'homme, qui en lui-même est l'amour de soi et le faslc de la propre intelligence, ainsi le diable et satan ; par l'action de manger de l'arbre de la science, l'appropriation du bien et du vrai, comme si le bien et le vrai venaient de l'homme et non du Seigneur, et par suite comme s'ils appartenaient a l'homme et non au Seigneur; or, comme le bien et le vrai sont les Divins eux-mêmes chez l'homme, car par le bien il est entendu le tout de l'amour, et par le vrai le tout de la sagesse, si donc l'homme les revendique comme siens, il ne peut faire autrement que de croire qu'il est comme Dieu; c'est pourquoi le serpent dit : « Au jour où vous m

■mangerez, ouverts seront vos yeux, et vous serez comme Dieu, sachant le bien et te mal, »— Gen. 111. 5; — de même aussi font ceux qui sont dans l'amour de soi et par suite dans le faste de la propre intelligence dans l'enfer ; par la condamnation du serpent, il es! signifié la condamnation du propre amour el de la propre intelligence; par la condamnation d'Ève, la condamnation du propre volontaire, el par la condamnation d'Adam celle du propre intellectuel ; par l'épine et le cliardon que la terre loi produira, il est signifié absolument le faux et le mal ; par leur bannissement du jardin, la privation totale de sagesse; par la garde du chemin conduisant a l'arbre de vie, la surveillance du Seigneur afin que les choses saintes de la Parole et de l'Église ne soient point violées; par les feuilles de figuier, avec lesquelles ils couvrirent leur nudilé, sont signifiées les vrais moraux par lesquels sont voilées les choses qui appartiennent à leur amour el à leur faste ; et par les tuniques de peau, dont ensuite ils se vêtirent, sont signifiées les apparences du vrai dans lesquelles seuls ils sont C'est là la signification spirituelle de ces choses. Mais que celui qui veut rester dans le sens de la lettre y reste ; qu'il sache seulement que ce sens est entendu ainsi dans le cieL

314. Quels sont ceux qui ont été infatués par la propre intelligence, on peut le voir par le produit de leur imagination concernant des choses d'un jugement intérieur, par exemple, concernant l'influx, la Pensée et la Vie. Concernant I'Influx, ils pensent, le contraire de ce qui a lieu, que la vue de l'œil influe dans la vue interne du mental, qui esL l'entendement, el que l'ouïe de l'oreille influe dans l'ouïe inlerne, qui aussi est l'entendement ; et ils ue perçoivent pas que l'entendement d'apr.ès la volonté influe dans l'œil et dans l'oreille, el non-seulement fait ces sens, mais même s'en sert comme de ses instruments dans le monde naturel : mais parce que cela n'est pas selon l'apparence, ils rie le perçoivent pas; seulement si l'on dit que le naturel n'influe pas dans le spirituel, maïs que le spirituel influe dans le naturel, alors ils pensent toujours: Qu'est-ce que le spirituel, sinon un naturel plus pur? Puis : Est-ce qu'il n'apparaît pas que si l'œil voit quelque objet beau, et si l'oreille entend quelque son harmonieux, le mental, qui est l'entendement et la volonté, en est délcclc? Us ne savent pas que

Tœit ne voit point par lui-même, que la langue ne goule poiul par elle-même, que les narines n'odorent point par elles-mêmes, que la peau ne sent point par elle-même, mais que c'est le mental ou l'esprit de l'homme, qui y perçoit ces clioses par le sens, et en est affecté selon la qualité du sens ; et que néanmoins le mental ou l'esprit de l'homme les sent non d'après lui-même, mais d'après le Seigneur; et que penser autrement, c'est penser d'après les apparences; et, si cela est confirme", c'est d'après des illusions. Concernant la Pensée, ils disent que c'est quelque chose de modilié dans l'air, qui varie selon les objets, et s'agrandit selon que cela est cultivé; qu'ainsi les idées des pensées sont des images, comme des météores apparaissant dans l'air; et que la mémoire est une table sur laquelle elles sont imprimées; ils ne savent pas que les pensées sont également dans des substances purement organiques, comme la vue et Toute sont dans les leurs; qu'ils considèrent seulement le cerveau, et ils le verront plein de telles substances ; blesse ces substances, et tu seras dans le délire ; détruis-les, et tu mourras : mais ce que c'est que la pensée, et ce que c'est que la mémoire, on le voit ci-dessus, N° 279, vers la fin. Concernant la Vie, ils ne savent autre chose, sinon que c'est une certaine activité de la nature, qui se fait sentir de diverses manières, selon que le corps qui vit se meut organiquement : si l'on dit que par conséquent la nature vit, ils le nient , mais ils allèguent que la nature fait vivre; si l'on dit : « Est-ce qu'alors la vie est dissipée, quand le corps meurt?* Ils répondent que la vie reste dans la particule d'air, qui est appelée âme : si l'on dit : « Qu'est-ce alors que Dieuî Est-ce qu'il n'est pas, Lui, la vie même?» A cette question, ils se taisent, et ne veulent pas déclarer ce qu'ils pensent : si l'on dit : a Ne voulez-vous pas que le Divin Amour et la Divine Sagesse soient la Vie même? » Ils répondent : u Qu'est-ce que l'amour, et qu'est-ce que la sagesse? » car dans leurs illusions ils ne voient ni ce que c'est que l'amour et la sagesse, ni ce que c'est que Dieu. Ces raisonnements ont été rapportés, afin qu'on voie comment l'homme est infatué par la propre prudence, par cela qu'en toutes choses il conclut d'après les apparences et par suite d'après des illusions.

310. Si la propre prudence persuade et confirme que tout bien

et tout vrai viennent de l'homme, et sont dans l'homme, c'est parce quela propre prudence estle propre intellectuel de l'homme, influant de l'amour de soi qui est le propre volontaire de l'homme, et que le propre ne peut que faire siennes toutes choses, car il ne peut cire élevé par l'homme. Tous ceux qui sont conduits par h Divine Providence du Seigneur sont élevés au-dessus du propre, et alors ils voient que tout bien et tout vrai viennent du Seigneur; et même ils voient aussi que ce qui vient du Seigneur dans l'homme appartient perpétuellement au Seigneur, et jamais à l'homme. Celui qui croit autrement est comme celui qui a en dépôt chez lui les biens de son maître, et qui les revendique ou se les approprie comme siens, lequel n'est pas un intendant, mais est un voleur; et comme le propre de l'homme n'est que mal, c'est pourquoi celui-là aussi plonge ces biens dans son mal, par lequel ils sont détruits comme des perles jetées dans du fumier ou dissoutes dans du vinaigre.

317. III, Tout ce que l'homme s'est persuadé, et en quoi il s'est confirmé, demeure comme propre chez lui. Plusieurs croient qu'aucun vrai ne peut Être vu par l'homme, à moins que ce ne soit d'après des choses confirmées, mais cela est faux. Dans les choses civiles et économiques d'un Royaume ou d'une République, on ne peut voir l'utile et le bon, à moins qu'on ne connaisse plusieurs statuts et ordonnances; dans les choses judiciaires.a moins qu'on ne connaisse les lois; dans les choses naturelles, comme sont celles de physique, de chimie, d'analomie, de mécanique et autres, a moins que l'homme ne soit instruit dans les sciences; mais dans les choses purement rationnelles, morales et spirituelles, les vrais apparaissent dans leur lumière même, pourvu que l'homme par une éducation convenable soit devenu quelque peu rationnel, moral el spirituel. La raison de cela, c'est que, quanta sou esprit qui est ce qui pense, chaque homme est dans le Monde spirituel, et un parmi ceux qui y sont, par conséquent dans la lumière spirituelle qui illustre les intérieurs de son entendement, et, pour ainsi dire, dicte; car la lumière spirituelle dans son essence est le Divin Vrai de la Divine Sagesse du Seigneur ; de la vienL que l'homme peut penser analytiquement, conclure sur le juslc et l'équitable dans les jugements, et voir l'honnête dans

5tm tA DIVINE PROVIDENCE.

In vie morale, el le bien dans la vie spirituelle; et aussi beaucoup de vrais qui ne tombent dans les ténèbres que d'après des faux confirmés : l'homme les voit à peu près de la même manière qu'il voit l'intention d'un autre d'après sa face, et qu'il en perçoit les affcclions d'après le son de sa voix, sans autre science que celle qui a été insitée en chacun : pourquoi l'homme ne verrait-il pas en quelque façon par l'influx les intérieurs de sa vie, qui sont les choses spirituelles et morales, quand il n'y a pas un animal qui ne sache par l'influx les choses qui lui sont nécessaires, lesquelles sont naturelles 7 l'oiseau sait faire son nid, y déposer ses œufs, faire éclore ses petits, et il connaît leur nourriture; outre d'autres merveilles, qui sont appelées inslinct.

318. Mais comment est' changé l'état de l'homme d'après les confirmations el par suite d'après les persuasions, c'est ce qui va êlre dit maintenant, mais dans cet ordre : 1" Il n'y a rien qui ne puisse être confirmé; et le faux peut êlre confirmé plus que le vrai. T Le faux étant confirmé, le vrai ne se montre pas; mais d'après le vrai confirmé le faux se montre. 3" Pouvoir confirmer lotit ce qu'on veut, ce n'est pas de l'intelligence, c'est seulement une subtilité, qui peut exister même chez les plus méchants. ù° il y a une confirmation intellectuelle et non en même temps volontaire, mais toute confirmation volontaire est intellectuelle aussi. 5. La confirmation du mal, volontaire et en même iemps intellectuelle, fait que l'homme croit que la propre prudence est tout, et que la Divine Providence n'est rien; mais il n'en est pas ainsi de la seule confirmation intellectuelle. 6" Toute chose confirmée par la volonté et en même temps par l'entendement demeure éternellement, mais non ce qui a été seulement confirmé par l'entendement. Premièrement. Il n'y a rien qui ne puisse être confirmé; et le faux peut être confirmé plus que te vrai. Quelle est la chose qui ne puisse être confirmée, quand il est confirmé par les athées que Dieu n'est point le Créateur de l'univers, mais que la nature est la créatrice d'elle-même ; que la Religion est seulement un lien, et pour les simples et le vulgaire ; que l'homme est comme la bête, et qu'il meurt pareillement : quand il est confirmé que les adullères sont permis, et pareillement les vols clandestins, les fraudes, les machinations insidieuses; que l'asluce csl l'Intel-

ligcnce, et que la malice est la sagesse? Qui est-ce qui ne confirme pas son hérésie? N'y a-t-il pas des volumes pleins de confirmations en faveur des deux hérésies qui régnent dans le monde chrétien? Compose dix hérésies même abstruses, et dis à un homme ingénieux de les confirmer, et il les confirmera toutes ; si ensuite lu les examines seulement d'après les confirmalifs, ne verras-tn pas les faux comme des vrais? Puisque tout faux brille dans l'homme naturel d'après les apparences et d'après les illusions de cet homme, el que le vrai ne brille que dans l'homme spirituel, il est évident que le faux peut Être confirmé plus que le vrai. Afin qu'on sache que tout faux et tout mal peuvent être confirmés, au point que le faux apparaisse comme vrai, et le mal comme bien, soit pour exemple : Confirmer que la lumière est les ténèbres, et que les ténèbres sont la lumière. Ne peut-on pas dire : «Qu'est-ce que la lumière en elle-même? Est-ce autre chose qu'une certaine apparence dans l'œil selon son état? Qu'est-ce que la lumière quand l'œil est fermé ? Les chauves-souris et les hiboux n'ont-ils pas des yeux tels, qu'ils voient la lumière comme ténèbres, et les ténèbres comme lumière? J'ai appris au sujet de certains hommes, qu'ils voient de cette manière; et, au sujet des infernaux, que quoiqu'ils soient dans les ténèbres, néanmoins ils se voient mutuellement. Est-ce qu'il n'y a pas lumière pour l'homme dans les songes au milieu de la nuit? Ainsi les ténèbres ne sont-ils pas lumière, et la lumière ténèbres? » Mais on peut répondre : « Qu'est-ce que cela prouve? la lumière est la lumière comme le vrai est le vrai, et les ténèbres sont les ténèbres comme le faux est le faux. » Soit encore un exemple : Confirmer que le corbeau est blanc. Ne peul-on pas dire : « Sa noirceur est seulement une ombre qui n'est pas sa couleur réelle ; ses plumes sont blanches en dedans, son corps pareillement ; ce sont là les substances dont il est composé ; comme sa noirceur est une ombre, c'est pour cela que le corbeau blanchit quand il devient vieux, on en a vu de tels. Qu'est-ce que le noir en lui-même, sinon le blanc? Réduis en poudre du verre noir, et tu verras que la poussière est blanche; lors donc que tu appelles noir le corbeau, tu parles de l'ombre, et non do la réalité, n Mais ou peut répondre : « Qu'estce que cela prouve? de cette manière on pourrait dire que tous les

oiseaux sont blancs. » Quoique ces raisonnements soient contre la saine raison, ils ont été rapportés, afin qu'on puisse voir qu'un faux diamétralement opposé à un vrai, et qu'un mal diamétralement opposé à un bien, peuvent être confirmés. Secondement. Le faux étant confirmé, te vrai ne se montre pas ; mais d'après le vrai confirmé le faux se montre. Tout faux est dans les ténèbres, et tout vrai est dans la lumière; et dans les ténèbres aucune chose ne se montre; bien plus, on ne sait pas quelle chose il y a, à moins qu'on ne palpe; il en est autrement dans la lumière; c'est même pour cela que dans la Parole les faux sont appelés ténèbres, et que par suite ceux qui sont dans les faux sont dits marcher dans des ténèbres, et dans une ombre de mort; et que, vice versa", les vrais y sont appelés lumière, et que par suite ceux qui sont dans les vrais sont dits marcher dans la lumière, et sont appelés fds de lumière. Que, le faux étant confirmé, le vrai ne se montre pas, et que d'après le vrai confirmé le faux se montre, cela est évident d'après plusieurs considérations; par exemple, qui est-ce qui verrait quelque vrai spirituel, si la Parole ne l'enseignait pasî N'y aurait-il pas une épaisse obscurité, qui n'a pu être dissipée que par la lumière dans laquelle est la Parole, et seulement chez celui qui veut être illustré? Quel hérétique peut voir ses faux, s'il n'admet pas le vrai réel de l'Église? Il ne les voit pas auparavant Tai eu des conversations avec ceux qui s'étaient confirmés dans la foi séparée de la charité; et quand je leur demandais si dans la Parole ils n'avaient pas vu de si nombreux passages sur l'amour et la charité, sur les œuvres et les actes, sur les préceptes à observer, et qu'il est dit que l'homme heureux et sage est celui qui fait, el l'insensé celui qui ne fait pas, ils me répondaient que quand ils avaient lu ces passages, ils n'y avaient vu autre chose que la foi, el qu'ainsi ils avaient passé outre, comme s'ils avaient eu les yeux fermés. Ceux qui se sont confirmés dans les faux sont comme ceux qui voient sur une muraille des rayures, et qui, lorsqu'ils sont dans l'ombre du soir, voient dans leur fantaisie l'ensemble de ces rayures comme un cavalier ou un homme, image visionnaire qui est dissipée quand vient la lumière du jour. Qui est-ce qui peut sentir l'impureté spirituelle de l'adultère, sinon ceiui qui est dans la pureté spirituelle de la chasteté? qui est-ce qui peut

sentir quelle est la cruauté de la vengeance, sinon celui quiest flans le bien d'après l'amour du prochain? quel est l'adultère, et quel est l'homme avide de vengeance, qui ne ae moquent pas de ceux qui appellent infernaux leurs plaisirs, et célestes les plaisirs de l'amour conjugal et de l'amour du prochain? et ainsi du reste. Troisièmement, Pouvoir confirmer tout ce qu'on veut, ce n'est pas de t'inteUîgence, c'est seulement une subtilité, qui peut exister même chez tes plus méchants. Il v a des confirmateurs très-adroits, qui ne connaissent aucun vrai, et néanmoins peuvent confirmer et le vrai et le faux, et quelques-uns d'eux disent : « Qu'est-ce que le vrai? existe-t-il? ce que je fais vrai, n'est-il pas le vrai?» Et ceuxlàdans le monde sont toujours crus intelligents; et cependant ce ne sont que des recrépisseurs de murailles; il n'y a d'intelligents que ceux qui perçoivent que le vrai est le vrai, et qui le confirment par des vérités continuellement perçues : les uns et les autres peuvent difficilement Être distingués, parce qu'on ne peut pas distinguer entre la lumière de la confirmation et la lumière de la perception du vrai, et qu'il semble absolument que ceux qui sont dans la lumière de la confirmation sont aussi dans la lumière de la perception du vrai, lorsque cependant il y a une différence comme entre une lumière chimérique et la lumière réelle, et la lumière chimérique dans le monde spirituel est lelle, qu'elle est changée en ténèbres quand la lumière réelle influe; dans l'enfer il y a une pareille lumière chimérique chez plusieurs, qui ne voient absolument rien, quand ils sont introduits dans la lumière réelle. D'après cela, il est évident que pouvoir confirmer tout ce qu'on veut, c'est seulement une subtilité, qui peut exister même chez les plus méchants. Quatrièmes! eut. Il y a une confirmation intellectuelle et non en môme temps volontaire, mais toute confirmation volontaire est intellectuelle aussi. Soient des exemples pour illustration : Ceux qui confirment la foi séparée d'avec la charité, et cependant vivent la vie de la charité, et en général ceux qui confirment le faux de la doctrine, et cependant ne vivent pas selon ce faux, sont ceux qui sont dans la confirmation intellectuelle et non en même temps dans la confirmation volontaire; mais ceux qui confirment le faux de la doctrine, et qui vivent selon ce faux, sont ceux qui sont dans la confirmation vo-

SUR LA DIVINS riïOVIDEftCE. 315

Ion taire el en même temps dans la confirmation intellectuelle : cela vient de ce que l'entendement n'influe pas dans la volonté, mais que la volonté influe dans l'entendement. De là, aussi, l'on voit ce que c'est que le faux du mal, et le faux qui n'est pas le faux du mal ; que celui-ci peut être conjoint au bien, mais non celui-là; et cela, parce que le faux qui n'est pas le faux du mal est le faux dans l'entendement et non dans la volonté, et que le faux du mal est le faux dans l'entendement d'après le mal dans la volonté. &NQOIÈMËMEHT. La confirmation du mal, volontaire et en même temps intellectuelle, fait que l'homme croit que la propre prudence est tout, cl que la Divine Providence n'est rien; mais il n'en est pas ainsi de ta seule confirmation intellectuelle. Il en est plusieurs qui confirment chez eux la proprft prudence d'après les apparences dans le monde, mais néanmoins ne nient pas la Divine Providence ; chez ceux-ci il y a seulement confirmation intellectuelle; mais chez ceux qui en même temps nient la Divine Providence, il y a aussi confirmation volontaire; et cette confirmation jointe a la persuasion est principalement chez ceux qu! sont adorateurs de la nature et en même temps adorateurs d'eux-mêmes. Sixièmement. Toute chose confirmée par la volonté et en même temps par l'entendement demeure éternellement, mais non ce qui a e'ïe seulement confirmé par l'entendement. En effet, ce qui appartient â l'entendement seul n'est pas dans l'homme, mais est hors de lui; cela est seulement dans la pensée ; et rien n'entre dans l'homme, ni ne lui est approprié, que ce qui est reçu par In volonté, car cela devient ciiose de l'amour de sa vie; que cela demeure éternellement, c'est ce qui va être dit dans le numéro suivant.

319. Si toute chose confirmée par la volonté et en même temps par l'entendement demeure éternellement, c'est parce que chacun est son amour, et que son amour appartient a sa volonté; puis aussi, parce que chaque homme est son bien ou son mal, car est appelé bien tout ce qui appartient à l'amour, et mal tout ce qui est opposé. Puisque l'homme est son amour, il est aussi la forme de son amour, et peut être appelé l'organe de l'amour de sa vie. Ci-dessus, N° 279, il a été dit que les affections de l'amour et par suite les pensées de l'homme sont les changements et varia-

lions de l'état et de la forme des substances organiques de son mental, maintenant il sera dit ce que c'est que ces change m culs et ces variations, et quels ils sont : on peut en avoir une idée d'après le Cœur et le Poumon, en ce qu'il y a des expansions et des compressions, ou des dilatations et des contractions alternatives, qui dans le cœur sont appelées systole et diastole, el dans le poumon respirations, lesquelles sont des extensions et des rétentions, ou des élargissements el des rétrécissements réciproques de ses lobes : ce sont la les changements et variations d'état du cœur el du poumon : il y en a de semblables dans les autres viscères du corps, et aussi de semblables dans leurs parties, par lesquelles le sang et le suc animal sont reçus et poussés. 11 y en a aussi de semblables dans les formes organiques du mental, qui sont les sujets des affections et des pensées de l'homme, comme il a été montré cidessus; avec celte différence, que leurs expansions el compressions, ou réciprocalions, sont respectivement dans une perfection tellement supérieure qu'elles ne peuvent être exprimées par des mots de la langue naturelle, mais seulement par des mots de la langue spirituelle, qui ne peuvent être rendus qu'en disant que ce sont des ingyrations et des égyrations vorlicillaircs, selon la manière des hélices perpétuelles et indexes, admirablement liées ensemble dans des formes réceptives de la vie. Maintenant il sera dil quelles sont ces substances et ces formes purement organiques chez les méchants, et quelles elles sont chez les bons : chez les bons elles sont en spirales en avant, mais chez les méchants en arriére; celles qui sont en spirales en avant sont tournées vers le Seigneur et reçoivent de lui l'inllux ; mais celles qui sont en spirales en arriére sont tournées vers l'enfer, et en reçoivent l'influx : il faut qu'on sache qu'autant elles sont tournées en arriére, autant elles sont ouvertes par derrière et fermées par devant, el que, vice ver sâ, autant elles sont tournées en avant, autant elles sont ouvertes par devant et fermées par derrière. D'après cela, on peut voir quelle forme ou quel organe est l'homme méchanl, et quelle forme ou quel organe est l'homme bon, et qu'ils sont tournés en sens contraire; et comme un sens, une fois contracté, ne peut pas être retourné, il est évident que tel est le sens quand l'homme meurt, Ici il reste pour l'élernilé : c'est l'amour de la volonté de

l'homme qui fait ce sens, ou qui tourne et retourne; car, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, chaque homme est son amour; de là vient que chacun après la mort suit le chemin de son amour, vers le ciel, celui qui est dans un amour bon, et vers l'enfer, celui qui est dans un amour mauvais, et ue se repose que dans la société où est son amour régnant; et, ce qui est étonnant, chacun connaît le chemin ; c'est comme s'il le flairait par les narines.

320. IV. Si l'homme croyait, comme c'est la vérité, que tout bien et tout vrai viennent du Seigneur, et que tout mal et tout faux viennent de l'enfer, il ne s'approprierait pas le bien et ne le ferait pas méritoire, et il ne s'approprierait pas te mat et ne s'en ferait pas responsable. Mais comme ces propositions sont contre la croyance de ceux qui ont confirmé chez euï l'apparence que la sagesse et ia prudence viennent de l'homme, et n'influent pas selon l'étal de l'organisation do leur mental, voir ci-dessus, ri" 319, elles vont être démontrées; et pour que cela soit fait distinctement, ce sera dans cet ordre : 1" Celui qui confirme chez lui l'apparence que la sagesse et la prudence viennent de l'homme, et par suite sont en lui comme lui appartenant, ne peut que voir que s'il en était autrement, il ne serait pas un homme, mais serait ou une bête ou une statue; et cependant c'est le contraire. 2° Croire et penser, comme c'est la vérité, que tout bien et tout vrai viennent du Seigneur, et que tout mal et tout faux viennent de l'enfer, parait comme impossible ; et cependant cela est véritablement humain et par suite angélique. 3° Croire et penser ainBi est impossible pour ceux qui ne reconnaissent pas le Divin du Seigneur, et qui ne reconnaissent pas que les maux sont des péchés; mais cela est possible pour ceux qui reconnaissent ces deux points. I\° Ceux qui reconnaissent ces deux points réfléchissent seulement sur les maux qui sont en eux, et ils les chassent hors d'eux-mêmes vers l'enfer d'où ils viennent, en tant qu'ils les fuient et les ont en aversion comme péchés. 5" Ainsi la Divine Providence n'approprie à personne le mal, ni à personne le bien ; mais la propre prudence approprie l'un et l'autre.

321. Mais ces propositions vont être expliquées dans l'ordre proposé : Premier émeut. Celui qui confirme chez tui l'apparence que ta sagesse et la prudence viennent de l'homme, et

par suite sont en lui comme lui appartenant, ne peut que voir que s'il en était autrement, il ne serait pas un homme, mais serait ou une bâte ou une statue; et cependant c'est le contraire. C'est une loi de la Divine Providence, que l'homme pense comme par lui-même et qu'il agisse prudemment comme par luimême, mais que néanmoins il reconnaisse que c'esl par le Seigneur; il suit de là que celui qui pense et agit prudemment comme par lui-même, et qui reconnaît en même temps que c'est par le Seigneur, est homme, mais non celui qui confirme chez lui que tout ce qu'il pense et ce qu'il fait est par lui-même; ni celui qui, parce qu'il sait que la sagesse et la prudence viennent de Dieu, attend toujours l'influx; car celui-ci devient comme une statue, et celui-là comme une bêle : que celui qui attend l'influx devienne comme une statue, cela est évident; car il faut qu'il se tienne debout ou assis, immobile, les mains pondantes, les yeux ou fermés ou ouverts sans le moindre mouvement, ne pensant point, et ne respirant point; qu'est-ce qu'il y a alors de vie en lui? Que celui qui croit que toutes les choses qu'il pense et fait sont de lui, ne soit pas différent de la bête, cela est encore évident; car il pense seulement d'après le mental naturel, qui est commun à l'homme et aux bêtes, et non d'après lu mental rationnel- spirituel, qui est le mental véritablement humain ; car ce menlal-ci reconnaît que Dieu seul pense d'après soi-même, et que l'homme pense d'après Dieu ; c'est même pour cela qu'un tel homme ne connaît pas d'autre différence entre l'homme et la bête, sinon que l'homme parle et que la b&te profère des sons, et il croit que l'un et l'autre meurent pareillement. Il sera encore dit quelque chose sur ceux qui attendent l'influx : Ils n'en reçoivent aucun, excepté quelquesuns qui le désirent de tout coeur; ceux-ci parfois reçoivent quelque réponse par une vive perception dans la pensée, ou par un langage lacite en elle, et rarement par un langage manifeste, et cela alors, afin qu'ils pensent et agissent comme ils veulent et comme ils peuvent, et que celui qui agit sagement soit sage, et que celui'qui agit follement soit fou, et jamais ils ne sont instruits de ce qu'ils doivent croire ni de ce qu'ils doivent faire; et cela, afin que le rationnel et le libre humain, qui consistent en ce que chacun agisse d'après le libre selon la raison, avec toule anpa-

SUR LA DIVINE l'ROVInENCE.

rencc comme par soi-même, ne périssent point. Ceux qui par l'indu sont instruits de ce qu'ils doivent croire, ou de ce qu'ils doivent faire, sont instruits non pas par le Seigneur, ni par aucun ange du ciel, mais par quelque esprit enthousiaste, Quaker ou Moravien, et ils sont séduits. Tout influx venant du Seigneur se fait par l'illustration de l'entendement et par l'affection du vrai, et par celle-ci dans celle-là. Secondement. Croire et penser, comme c'est la vérité, que tout bien et tout vrai viennent du Seigneur, et que tout mal et tout [aux viennent de l'enfer, parait comme impossible; et cependant cela est véritablement humain et par suite angéiique. Croire et penser que tout bien et tout vrai viennent de Dieu, paraît possible, pourvu qu'on ne dise rien au-delà; et cela, parce que c'est conforme à la foi Ibéologique, contre laquelle il n'est pas permis de penser ; mais croire et penser que tout mal et tout faux viennent de l'enfer parait impossible, parce que dans ce cas ce serait aussi croire que l'homme ne peut rien penser; mais toujours est-il que l'homme pense comme par lui-même, quoique ce soit par l'enfer, parce qu'il est donné par le Seigneur à chacun, que la pensée, de quelque part qu'elle vienne, paraisse en lui comme sienne; autrement l'homme ne vivrait pas homme, et ne pourrait pas être tiré de l'enfer et introduit dans le ciel, c'est-à-dire, être réformé, ainsi qu'il a été abondamment montré ci-dessus. C'est même pour cela que le Seigneur donne à l'homme de savoir et par conséquent de penser qu'il est dans l'enfer s'il est dans le mal, et qu'il pense d'après l'enfer s'il pense d'après le mal, et lui donne aussi de penser aux moyens par lesquels il peut sortir de l'enfer et ne pas penser d'après l'enfer, mais venir dans le ciel, et là penser d'après le Seigneur; et enfin donne à l'homme la liberté du choix. D'après cela, on peut voir que l'homme peut penser le mal et le faux comme par luimême, et aussi penser que telle ou telle chose est un mal et un faux, que par conséquent il y a seulement apparence qu'il pense par lui-même, apparence sans laquelle l'homme ne serait pashomme. L'humain même, et par suite l'angélique, est de penser d'après la vérité, et ceci est la vérité, que l'homme ne pense pas par lui-même, mais qu'il lui est donné par le Seigneur de penser en toute apparence comme par lui-même. Troisièmement. Gtom

et penser ainsi est impossible pour ceux qui ne reconnaissent pas le Divin du Seigneur, et qui ne reconnaissent pas que tes maux sont des péchés ; mais cela est possible pour ceux qui reconnaissent ces deux points. Si cela est impossible pour ceux qui ne reconnaissent pas le Divin du Seigneur, c'est parce que ie Seigneur seul donne à l'homme de penser et de vouloir, et que ceux qui ne reconnaissent pas le Divin du Seigneur, étant disjoints d'avec lui, croient qu'ils pensent par eux-mêmes : si cela est impossible aussi pour ceux qui ne reconnaissent pas que les maux sont des péchés, c'est parce que ceux-ci pensent d'après l'enfer, et que là chacun s'imagine penser par soi-même. Mais que cela soit possible pour ceux qui reconnaissent ces deux points, c'est ce qu'on peut voir d'après ce qui a été rapporté avec de longs détails cidessus, N" 288 a 29a. Quatrième me h t. Ceux qui reconnaissent ces deux points réfléchissent seulement sur les maux qui sont en eux, et ils les chassent hors d'eux-mêmes vers l'enfer d'où ils viennent, en tant qu'ils les fuient et tes ont en aversion comme pèches. Qui est-ce qui ne sait ou ne peut savoir que le mal vient de l'enfer, et que le bien vient du ciel! et qui est-ce qui par suite ne peut savoir que.autant l'homme fuit et a en aversion le mal, autant il fuit et a en aversion l'enfer? el qui est-ce qui ne peut par suite savoir que, autant quelqu'un fuit et a en aversion le mal, autant il veut et aime ie bien, et est par conséquent tiré de l'enfer par le Soigneur et conduit au cielî Toutes ces choses, l'homme rationnel peut les voir, pourvu qu'il sache qu'il y a un enfer et un ciel, et que le mal vient de son origine et le bien de la sienne : si donc l'homme réfléchit sur les maux qui sont en lui, ce qui est la même chose que s'examiner, et s'il les fuit, il se détache de l'enfer et le rejette derrière lui, et il s'introduit dans le ciel, et y voit le Seigneur en face; il est dit que l'homme fait cela, mais il le fait comme ]iar luimême, alors d'après le Seigneur. Quand l'homme reconnaît ce vrai d'un cœur bon et d'une foi pieuse, ce vrai est alors intérieurement caché dans tout ce que par la suite il pense et fait comme par lui-même, de même que dans une semence le prolifique qui l'accompagne intérieurement jusqu'à une nouvelle semence, et de même que l'agrément dans l'appétit d'un aliment que l'homme a une fois reconnu Cire salutaire; en un mol, c'est comme le cœur et

l'âme dans tout ce qu'il pense et fait. Cinquièmement, Ainsi laDivinc Providence n'approprie à personne le mat, ni à personne le bien ; mais la propre prudence approprie t'un et l'autre. C'est la conséquence de tout ce qui vient d'Être dit : La fin de la Divine Providence est le bien ; elle tend donc au bien dans toute opération; c'est pourquoi elle n'approprie à personne le bien, car ainsi le Lien deviendrait méritoire; et elle n'approprie à personne le mal, car ainsi ce serait rendre l'homme coupable du mal : cependant l'homme fait l'un et l'autre d'après le propre, parce que le propre n'est que mal; le propre de sa volonté est l'amour de soi, et le propre de son entendement est le faste de la propre intelligence, et de là vient la propre prudence.

Tout homme peut être réforme, et it n'y a point de Prédestination.

322. La saine raison dicte que tous ont été prédestinés pour le ciel, et que personne ne l'a été pour l'enfer; car tous sont nés hommes, et par suite l'image de Dieu est en eux; l'image de Dieu en eui, c'est qu'ils peuvent comprendre le vrai et qu'ils peuvent faire le bien; pouvoir comprendre le vrai vient de la Divine Sagesse, et pouvoir faire le bien vient du Divin Amour ; cette puissance est l'image de Dieu, laquelle demeure dans l'homme d'un mental sain et n'en est pas déracinée : de là résulte que l'homme peut devenir civil et moral, et celui qui est civil et moral peut aussi devenir spirituel, car ce qui est civil et moral est le réceptacle de ce qui est spirituel ; est appelé civil l'homme qui connaît les lois du royaume dont il est citoyen, et qui vil selon ces lois; et est appelé moral l'homme qui fait de ces lois ses mœurs et ses vertus, et y conforme par raison sa vie. Maintenant, je dirai comment la vie civile et morale est le réceptacle de la vie spirituelle : Vis selon ces lois, non-seulement comme lois civiles et morales, mais aussi comme Lois Divines, et tu seras .homme spirituel. Il est a peine une nation, si barbare qu'elle soit, qui n'ait sanctionné par des lois, qu'il ne faut point tuer, ni commettre scortatiou avec la femme d'autrui, ni voler, ni rendre de faux témoignage, ni violer les droits d'un autre ; l'homme civil et moral observe ces lois, afin d'être ou de paraître bon citoyen; mais s'il ne considère pas

en même temps ces lots comme Divines, il est seulement homme civil et moral naturel, tandis que s'il les considère aussi comme Divines, il devient homme civil et moral spirituel; la différence est, que celui-ci D'est pas seulement bon citoyen d'un royaume terrestre, mais est bon citoyen aussi du Royaume céleste, tandis que celui-là est bon citoyen d'un royaume terrestre mais non du Itoyaume céleste : les biens qu'ils font les distinguent ; les biens que font les hommes civils et moraux naturels ne sont pas des biens en soi, car l'homme et le monde sont dans ces biens; les biens que font les hommc3 civils et moraux spirituels sont des biens en soi, parce que le Seigneur et le ciel sont dans ces biens. D'après ces explications, on peut voir que chaque homme, parce qu'il est né pour qu'il puisse devenir civil et moral naturel, est né aussi pour qu'il puisse devenir civil et moral spirituel; il suffit qu'il reconnaisse Dieu, et ne fasse pas les maux parce qu'ils sont contre Dieu, mais fasse les biens parce qu'ils sont avec Dieu; par là l'esprit vient dans les choses civiles et morales de l'homme, et elles vivent, mais sans cela il n'y a aucun esprit en elles, et par suite elles ne vivent point; c'est pourquoi l'homme naturel, de quelque manière qu'il agisse civilement et moralement, est appelé mort, tandis que l'homme spirituel est appelé vivant C'est d'après la Divine Providence du Seigneur, que chaque nation a quelque religion, et que le principal de toute religion est de reconnattre qu'il y a un Dieu, car autrement on ne l'appellerait pas religion; et toute nation qui vit selon sa religion, c'est-à-dire, qui ne fait pas le mal, parce que le mal est contre son Dieu, reçoit quelque spirituel dans son naturel. Qui est celui qui, lorsqu'il entend quelque gentil dire qu'il ne veut pas faire tel ou tel mal parce que le mal est contre son Dieu, ne dit pas en lui-même : « Est-ce que cet homme ne sera pas sauvé? 11 me semble qu'il ne peut pas en être autrement;» la saine raison lui dicte cela. Et, d'un autre côté, qui est celui qui, lorsqu'il entend un chrétien dire « Je regarde comme rien tel ou tel mal, que m'importe qu'on prétende que cela est contre Dieu, » ne dit pas en lui-même : a Est-ce que cet homme sera sauvé? 11 me semble que cela n'est pas possible; » la saine raison dicte aussi cela. Si cet homme dit : n Je suis né chrétien, je suis baptisé, je connais le Seigneur, j'ai lu la Parole, j'ai

participé au sacrement do la cène; » est-ce que tout cela est quelque chose, lorsqu'il ne regarde pas comme péchés les homicides ou les vengeances tendant au meurtre, les adultères, les vols clandestins, les faux témoignages ou les mensonges, et diverses violences? Est-ce qu'un tel homme pense à Dieu ou à quelque vie éternelle? Est-ce qu'il pense même qu'il y a un Dieu et une vie éternelle? La saine raison ne dictc-t-elle pas qu'un te! homme ne peut être sauvé? Ceci a été dit du chrétien, parce que le gentil, plus que le chrétien, pense a Dieu d'après la religion dans sa vie. Mais dans ce qui va suivre, il en sera dit davantage sur ce sujet, en cet ordre : I, La fin de la création est le ciel provenant du Genre humain. II. Par suite il est de la Divine Providence, que tout homme puisse être sauvé, et que soient sauvés ceux qui reconnaissent un Dieu et vivent bien. III. C'est la faute de l'homme lui-même, s'il n'est pas sauvé. IV. Ainsi tous ont été prédestinés pour le ciel, et personne ne l'a été pour l'enfer.

323. I. La fin de la création est le. ciel provenant du genre humain. Que le ciel ne soit composé que de cens qui sont nés hommes, cela a été montré dans le Traité du Ciel et de l'Enfer, publié à Londres, en 1758, et aussi ci-dessus; et puisque le ciel n'est pas composé par d'autres, il s'ensuit que la fin de la création est le ciel provenant du genre humain. Que telle ait été la fin de la création, cela, il est vrai, a été démontré ci-dessus, N™ 27 à Û5; mais on le verra encore plus clairement par l'explication des propositions suivantes : 1° Tout homme a été créé pour vivre éternellement. 2° Tout homme a été créé pour vivre éternellement dans un état heureux. 3° Ainsi tout homme a été créé pour venir dans le ciel. h° Le Divin Amour ne peut faire autrement que do vouloir cela, ni la Divine Sagesse faire autrement que de pourvoir a cela.

32û. Comme d'après ces explications, on peut aussi voir que la Divine Providence n'est une prédestination que pour le ciel, et qu'elle ne peut pas non plus être changée en une autre prédestination, il sera démontré ici, que la fin de la création est le ciel provenant du Genre Humain, et cela, dans l'ordre proposé. Premièrement. Tout liomme a été créé pour vivre éternellement. Dans le Traité do Divin Amour et de la Divine Sagesse, Parties III et V, il a été montré que chez l'homme il y a trois degrés de

la vie, qui sont appelés naturel, spirituel et céleste, et que ces degrés sont en actualité chez chaque homme ; et que chez les bêtes il n'y a qu'un seul degré de la vie, lequel est semblable au dernier degré qui, chez l'homme, est appelé naturel : de la il suit que l'homme, par l'élévation de sa vie vers le Seigneur, est, de plus que les bêles, dans cet état qu'il peut comprendre des choses qui appartiennent à la Divine Sagesse, et vouloir des choses qui appartiennent au Divin Amour, aiusi recevoir le Divin; et celui qui peut recevoir le Divin, au point de le voir et de le percevoir en lui, ne peut qu'être conjoint au Seigneur, et par cette conjonction vivre éternellement, A quoi aurait servi au Seigneur toute la création de l'Univers, s'il n'eût pas créé aussi des images et ressemblances de Lui -Même, auxquelles il pût communiquer sou Divin ? Autrement, qu'aurait-ce été, si ce n'est faire que quelque chose soit et ne soit pas, ou que quelque chose existe et n'eiiste pas, et cela sans autre but que de pouvoir contempler de loin de pures vicissitudes et de continuelles variations comme sur quelque théâtre ï Que serait le Divin dans ces images et ressemblances, si elles n'étaient pas pour cette fin, qu'elles servissent de sujets qui recevraient le Divin de plus près, et qui le verraient et le sentiraient? Et comme le Divin est d'une gloire inépuisable, retiendrait- il cela chez soi seul, et le pourrait-il ? car l'amour veut communiquer ce qui est sien à un autre, et même donner du sien autant qu'il peut; a combien plus forte raison le Divin Amour, qui est Infini 7 Est-ce qu'il peut donner et reprendre? Donner ce qui doit périr, ne serait-ce pas donner ce qui intérieurement en soi n'est pas quelque chose, puisqu'en périssant cela devient rien, et qu'en cela il n'y a pas ce qui Est? mais il donne ce qui Est, ou ce qui ne cesse pas d'Élrc, et cela est éternel. Pour que tout homme vive Éternellement, ce qu'il y a en lui de mortel lui est Oté ; le mortel chez lui est le corps matériel, qui est ùté par sa mort; ainsi est mis à nu son immortel, qui est son mental, et il devient alors un esprit dans une forme humaine; son mental est cet esprit. Que le Mental de l'homme ne puisse mourir, c'est ce que virent les Sophi ou sages anciens; car ils disaient : « Comment Vanimus ou le mental pcul-it mourir, puisqu'il peut Olre sage? » Peu d'hommes aujourd'hui connaissent

l'idée intérieure de ces philosophes sur ce point; celle idée, qui tombait du ciel dans leur commune perception, élait que Dieu est la sagesse même, dont l'homme est participant, et que Dieu est immortel ou éternel. Puisqu'il m'a été donné de converser avec les Anges, je dirai aussi quelque chose d'après l'expérience : J'ai eu des entreliens avec ceux qui ont vécu il y a un grand nombre de siècles, avec ceux qui existaient avant le déluge et avec quelques-uns qui ont vécu après le déluge, avec ceux qui ont vécu au temps du Seigneur et avec l'un de ses apôtres, avec plusieurs qui ont vécu dans les siècles suivants, et tous m'ont paru comme des hommes d'un Age moyen, et m'ont dit qu'ils ignorent ce que c'est que la mort, que seulement ils savent que c'est la damnation. Tous ceux même qui ont bien vécu, quand ils arrivent dans le Ciel, reviennent dans leur jeune âge du monde, et y restent éternellement, même ceux qui dans le monde étaient parvenus à la vieillesse et à la décrépitude ; et les femmes, quoiqu'elles aient été vieilles et décrépites, reviennent dans la fleur de l'âge et de la beauté. Que l'homme après la mort vive éternellement, cela est bien évident d'après la Parole, où îa vie dans le Ciel est appelée vie éternelle, comme dans Matin. , XIX. 20. XXV. 46. Marc, X. 17. Luc, X. 25. XVIII. 30. Jean, Ht. 15, 16, 36. V. 24, 25, 39. VI. 27, 40, 68. Xlt. 50 ; puis aussi simplement Vie, Mallh., XVIII. 8, 9. Jean, V. 40. XX. 31. Le Seigneur a dit aussi aux Disciples : h Parce que, Moi, je vis; vous aussi, vous vivrez, a — Jean, XIV. 19; — et au sujet de la résurrection, que h Dieu est un Dieu de vivants, et non un Dieu de morls; » et aussi qu'ils ne peuvent plus mourir,— Luc, XX. 36,38. — Secondement. Tout homme a ëttà créé pour vivre éternellement dans un état heureux; c'en est la conséquence; car celui qui veut que l'homme vive éternellement, veut aussi qu'il vive dans un état heureux; qu'est-ce que la vie éternelle sans cet état? tout amour veut du bien à un autre; i'amour des parents veut du bien aux enfants, l'amour du fiancé et du mari veut du bien a la fiancée et a t'épouse, et l'amour de l'amitié veut du bien aux amis ; que ne doit pas vouloir le Divin Amour ! Et le hien, qu'est-ce autre chose que le plaisir? et le Divin Bien, qu'estce autre chose que la béatitude éternelle? Tout hien est appelé bien d'après le plaisir ou la béatitude de ce bien ; on appelle bien,

il est vrai, ne qui est donné et est possédé, mais s'il n'y a pas le plaisir, c'est un bien stérile, qui en soi n'est pas un bien ; d'après ces explications il est évident que la vie éternelle est aussi la béatitude éternelle. Cet état de l'homme est la fin de la création; mais si ceux-là seulement qui viennent dans le ciel sont dans cet état, ce n'est pas la faute du Seigneur, mais c'est celle de l'homme; que ce soit la faute de l'homme, on le verra dans ce qui suit. Thoisièmement. Ainsi tout homme a été créé pour venir dans le ciel. Cela est la fin de la création : mais si tous ne viennent pas dans le ciel, c'est parce qu'ils s'imbibent des plaisirs de l'enfer opposés à la béatitude du ciel ; et ceux qui ne sont pas dans la béatitude du ciel ne peuvent entrer dans le ciel, car ils ne le peuvent supporter. Il n'est refusé à qui que ce soit qui vient dans le monde spirituel de monter dans le ciel ; mais quand celui qui est dans le plaisir de l'enfer vient dans le ciel, son cœur palpite, sa respiration est pénible, la vie commence à périr, il suffoque, il est dans la torture, et il se roule comme un serpent approché du feu; il en est ainsi, parce que l'opposé agit contre l'opposé. Ncanmoias, comme ils sont nés hommes, et que par là ils sont dans la faculté de penser et de vouloir, et par suite dans la faculté de parler et d'agir, ils ne peuvent pas mourir : mais comme ils ne peuvent pas vivre avec d'autres que ceux qui sont dans un semblable plaisir de la vie, Us sont renvoyés vers ceux-ci; par conséquent ceusqui sont dans les plaisirs du mal, et ceux qui sont dans les plaisirs du bien, sont respectivement envoyés vers leurs semblables : il est même donné à chacun d'être dans le plaisir de son mal, pourvu qu'il n'infeste pas ceux qui sont dans le plaisir du bien ; mais comme le mal ne peut faire autrement que d'infester le bien, car dans le mal il y a la haine contre le bien, c'est pour cela que, afin qu'ils ne causent pas de dommage, ils sont éloignés, et précipités dans leurs places en enfer, où leur plaisir est changé en déplaisir. Mais cela n'empêche pas que par création et par suite par naissance l'homme ne soit tel, qu'il puisse venir dans le ciel; car quiconque meurt enfant vient dans le ciel , il y est élevé et instruit comme l'homme dans le monde; et, par l'affection du bien et du vrai, il est imbu de sagesse et devient un ange : il pourrait en être de même de l'homme qui est élevé et instruit dans le monde, car

la infime capacité qui est dans l'enfant est en lui; sur les enfants dans le Monde spirituel, voir dans le Traité du Ciel et de l'Enfer, publie à Londres en 1758, les N™ 329 à 3Ù5. S'il n'en est pas ainsi pour un très-grand nombre dans le Monde, c'est parce qu'ils aiment le premier degré de leur vie, qui est appelé naturel, et qu'ils ne veulent pas s'en retirer et devenir spirituels; or, considéré en lui-même, le premier degré de la vie n'aime que soi et le monde ; car il est en cohérence avec les sens du corps, qui appartiennent aussi au monde ; mais, considéré en lui-même, le degré spirituel de la vie aime le Seigneur et le ciel, et il aime aussi et lui-même et le monde, mais Dieu et le ciel comme supérieur, principal et dominant, et lui-même et le monde comme inférieur, instrumental et servant. Quatrièmement. Le Divin Amour ne peut faire autrement que de vouloir cela, ni la Divine Sagesse faire autrement que de pourvoir à cela. Que la Divine Essence soil le Divin Amour et la Divine Sagesse, cela a été pleinement démontré dans le Traité sur le Divin Amour et la Divine Sagesse ; il y a aussi été démontré, îï°' 358 à 370, que dans tout embryon humain le Seigneur forme deux réceptacles, l'un du Divin Amour et l'autre de ta Divine Sagesse, le réceptacle du Divin Amour pour la future Volonté de l'homme, et le réceptacle de la Divine Sagesse pour son futur Entendement; et qu'ainsi il amis dans chaque homme la faculté de vouloir le bien et la faculté de comprendre le vrai. Maintenant, comme l'homme a par naissance ces deux facultés qui lui sont données par le Seigneur, et que le Seigneur est en elles comme dans ce qui lui appartient chez l'homme, il est évident que son Divin Amour ne peut faire autrement que de vouloir que l'homme vienne dans le ciel, et y jouisse de la béatitude éternelle, et que la Divine Sagesse ne peut non plus faire autrement que de pourvoir à cela. Mais comme il est du Divin Amour du Seigneur que l'homme sente le bonheur céleste en soi comme sien, et que cela ne peut se faire, a moins que l'homme ne soit tenu dans toute l'apparence qu'il pense, veut, parle et agit par lui-même, le Seigneur par cela même ne peut conduire l'homme que selon les lois de sa Divine Providence.

325. II. Par suite il est de la Divine Providence, que tout homme puisse être sauve, et que soient sauvés ceux qui recon-

sas

naissent un Dieu et vivent bien. Que tout homme puisse être sauvé, cela est évident d'après ce qui a été démontré ci-dessus. Quelques-uns sont dans l'opinion que l'Église du Seigneur est seulement dans le Monde chrétien, parce que là seulement est connu le Seigneur, et que là seulement est la Parole; mais cependant il y en a beaucoup qui croient que l'Église de Dieu est commune, ou étendue et répandue sur tout le globe terrestre, ainsi même chez ceux qui ne connaissent pas le Seigneur, et n'ont pas sa Parole ; ils disent que ce n'est pas la faute de ceux-ci, qu'il y a pour eux ignorance invincible, et qu'il est contre l'Amour et la Miséricorde de Dieu que certains hommes naissent pour l'enfer, lorsque cependant ils sont également hommes. Maintenant, puisque chez les chrétiens, sinon chez tous, du moins chez un grand nombre, il y a la croyance que l'Église est commune, — et même elle est appelée Communion, — il s'ensuit qu'il y a des choses très-communes de l'Église, qui entrent dans toutes les religions, et font celte Communion : que ces choses très-communes soient la reconnaissance de Dieu et le bien de la vie, on le verra dans l'ordre qui suit : 1" La reconnaissance de Dieu fait la conjonction de Dieu avec l'homme et de l'homme avec Dieu, et la négation de Dieu fait la disjonction. 2° Chacun reconnaît Dieu et est conjoint à Dieu selon le bien de sa vie. 3" Le bien de la vie, ou vivre bien, c'eslfuir les maux parce qu'ils sont contre la religion, ainsi contre Dieu. h" Ce sont là les choses communes de toutes les religions, et par lesquelles chacun peut être sauvé.

326. Mais ces propositions vont être examinées el démontrées séparément : Premièrement. La reconnaissance de Dieu fait tu conjonction de Dieu avec l'homme et de l'homme avec Dieu, el ta négation de Dieu fait la disjonction. Quelques-uns peuvent penser que ceux qui ne reconnaissent pas Dieu peuvent être sauvés comme ceux qui le reconnaissent, pourvu qu'ils mènent une vie morale ; ils disent : « Qu'est-ce qu'opère la reconnaissance î n'est-elle pas une pensée seulement? Ke puis-je pas facilement reconnaître, quand je sais pour certain qu'il y a un Dieuî J'ai entendu parler de Lui, mais je ne L'ai pas vu; fais que je Le voie, et jo croirai. » — Tel est le langage que tiennent beaucoup de ceux qui nient Dieu, quand il leur est permis de raisonner librement avec

St!H U DIVINE PROVIDENCE. 329

un homme qui reconnaît Dieu. Mais que In reconnaissance de Dieu conjoigne, cl que la négation de Dieu disjoigne, cela va être illustré par certaines choses dont j'ai eu connaissance dans le Monde spirituel : La, quand quelqu'un pense à un autre et veut s'entretenir avec lui, aussitôt Taulre est présent; ceci y est commun, et ne manque jamais; la raison en est, que dans le Monde spirituel il n'y a point de distance, comme dans le Monde naturel, mais qu'il y a seulement apparence de dislance. Cne autre chose, c'est que, de même que la pensée d'après quelque connaissance d'un autre fait la présence, de même l'amour d'après quelque affection pour un autre fait la conjonction, d'après laquelle il arrive que les deux vont ensemble et causent amicalement, qu'ils demeurent dans la même maison ou dans la même société, qu'ils se réunissent souvent, et se rendent mutuellement des services. Le contraire aussi arrive; ainsi, quand l'un n'aime pas l'autre, et plus encore quand il le hait, il ne le voit pas et ne vient pas vers lui, et ils sont d'autant plus éloignés l'un de l'autre qu'il ne l'aime pas, ou qu'il le hait, et même s'il est présent, et qu'alors il se rappelle sa haine, il devient invisible. D'après ce peu d'exemples, on peut voir d'où vient la présence et d'où vient la conjonction dans le Monde spirituel, c'est-à-dire que la présence vient du ressouvenir d'un autre avec désir de le voir, et que la conjonction vient de l'affection qui appartient a l'amour. Il en est de même de toutes les choses qui sont dans le mental humain ; il y en a d'innombrables, et elles y sont toutes consociées et conjointes selon les affections, ou selon que l'une aime l'autre. Cette conjonction est la conjonction spirituelle, qui est semblable a elle-même dans les communs et dans les particuliers : cette conjonction spirituelle lire son origine de la conjonction du Seigneur avec le Monde spirituel, et avec le Monde naturel, dans le commun et dans le particulier : d'après cela il est évident que, autant quelqu'un connaît le Seigneur, et y pense d'après les connaissances, autant le Seigneur est présent, et qu'autant quelqu'un le reconnaît d'après l'affection de l'amour, autant le Seigneur lui a été conjoint ; el que, vice versâ, autant quelqu'un ne connaît pas le Seigneur, autant le Soigneur est absent, el qu'autant quelqu'un le nie, autant il en a été disjoint. La conjonction fait que le Seigneur tourne la face 28*.

de l'homme vers Soi, el alors le conduit; et la disjonction fait que l'enfer tourne la face de l'homme vers soi, et le conduit : c'est pourquoi, tous les angea du ciel tournent leurs faces vers le Seigneur comme Soleil, et tous les esprits de l'enfer détournent leurs faces du Seigneur. D'après ces explications, on voit clairement ce qu'opère la reconnaissance de Dieu, et ce qu'opère la négation de Dieu. Ceux-là aussi qui nient Dieu dans le Monde, le nient après la mort ; et ils deviennent organisés selon la description ci-dessus, fi° 310, et l'organisation contractée dans le monde demeure éternellement. Secondehkht. Chacun reconnaît Dieu et est conjoint à Dieu scion te bien de sa vie. Tous ceux qui savent quelque chose de la religion peuvent connaître Dieu ; ils peuvent aussi parler de Dieu d'après la science OU la mémoire, Cl même quelques-uns penser de Dieu d'après l'entendement ; mais cela, si l'homme ne vit pas bien, ne fait que la présence, car il peut néanmoins se détourner de Diou, et so tourner vers l'enfer, ce qui a lieu s'il vit mal. Mais reconnaître de cœur Dieu, nui autre ne le peut que ceux qui vivent bien; ceux-ci, le Seigneur selon le bien de leur vie les détourne de l'enfer, et les tourne vers Lui : cela vient de ce que eux seuls aiment Dieu, car ils aiment les Divins, qui procèdent de Lui, en les faisant; les Divins qui procèdent de Diou sont les préceptes de sa loi; ces Divins sont Dieu, parce que Lui-Môme est son Divin procédant, et c'est là aimer Dieu; c'est pourquoi le Seigneur dit ; t Celui qui fait mes commandements, c'est celui-là qui m'aime; mais celui qui ne fait pas vies commandements, celui-là ne m'aime pas.» — Jean, XJV. 21 â24.— C'est pour celle raison qu'il y a deux Tables du Décalogue, Tune pour Dieu, el l'autre pour l'homme ; Dieu opère continuellement pour que l'homme reçoive les choses qui sont dans la Table de Dieu, mais si l'homme n e fait pas ies choses qui sont dans sa Table, il ne reçoit pas par la reconnaissance du cœur celles qui sont dans ia Table de Dieu, et s'il ne les reçoit pas, il n'est pas conjoint : c'est pour cela que ces deux Tables ont été conjointes pour être un, et ont été appelées Tables de l'alliance; et alliance signifie conjonction. Ce qui fait que chacun reconnaît Dieu et est conjoint à Dieu selon le bien de sa vie, c'est que le bien de la vie est semblable au m'en qui est dans.lo Seigneur, cl par conséquent qui vient

du Seigneur; lors donc que l'homme est dans le bien de la vie, la conjonction se fait. Le contraire a lieu avec le mal de la vie; ce mal rejette le Seigneur. Troisièmement. Le bien de la vie, ou vivre bien, c'est fuir les maux parce qu'Us sont contre ta religioit, ainsi contre Dieu. Que ce soit là le bien de la vie, ou vivre bien, c'est ce qui a été pleinement démontre dans la Doctrine de vie pour la Nouvelle Jérusalem, depuis le commencement jusqu'à la fin. Voici seulement ce que j'y ajouterai : Si lu fais des biens en toute abondance, par exemple, si tu bâtis des temples, et que tu les embellisses et les remplisses de dons, si tu pourvois à des dépenses d'hôpitaux et d'hospices, si lu fuis chaque jour des aumônes, si lu secoures les veuves et les orphelin s, si lu assistes régulièrement aux cérémonies du culte, si même au sujet des choses saintes tu penses, parles et prêches comme de cœur, et que cependant tu ne fuies pas les maux comme péchés contre Dieu, tous ces biens ne sont point des biens, ce son t des choses ou hypocrites ou méritoires ; car il y a néanmoins intérieurement on elles le mal, puisque la viede chacun est dans toutes etdans chacune des choses qu'il fait. D'après cela il est évident que fuir les maux parce qu'ils sont contre la religion, ainsi contre Dieu, c'est vivre bien. Quatrièmement. Ce sont là les choses communes de toutes les religions, et par lesquelles chacun peut être sauvé. Reconnaître un Dieu, et ne point faire ie mal parce qu'il esl contre Dieu, sont les deux choses qui font qu'une religion est une religion ; si l'une manque, on ne peut pas dire qu'il y a religion; car reconnaître un Dieu et faire le mal, cela esl contradictoire; de même faire le bien et ne point reconnaître un Dieu; car l'un ne peut pas avoir lieu sans l'autre. Il a été pourvu par le Seigneur à ce que presque partout il y ait une religion, et à ce que dans chaque religion il y ail ces deux choses; el il a aussi été pourvu par le Seigneur à ce que quiconque reconnaît un Dieu, et ne fait pas le mal parce qu'il esl contre Dieu, ait une place dans le Ciel; carie Ciel dans le complexe présente la ressemblance d'un Homme, dont la vie ou l'aroe est le Seigneur : dans cet Homme célesle sont toutes les choses qui sont dans l'homme naturel, avec une différence telle que celle qui existe entre les célesles et les naturels. On sait que dans l'homme il y a iion-BCulcmcnt des formes organisées, consistant

cd vaisseaux sanguins el en fibres nerveuses, qui sont appelées viscères, mais qu'il y a aussi des peaux, des membranes, des tendons, des cartilages, des os, des ongles et des dénis; ces parties-ci sont vives dans un moindre degré que les formes organisées auxquelles elles servent de ligaments, de téguments et de soutiens : cet Homme céleste, qui est le Ciel, pour qu'en lui il y ait toutes ces choses, ne peut pas être composé d'hommes d'une seule religion, mais il faut qu'il le soit d'hommes de plusieurs religions; de là tous ceux qui appliquent à leur vie ces deux universaux de l'Église ont une place dans cet Homme céleste, c'est-à-dire, dans le Ciel, el jouissent de la félicité dans leur degré; mais sur ce sujet, on voil de plus grands détails ci-dessus, N" 25û. Que ces deux choses soient les principales dans toute religion, on peut le voir en ce que ce sont les deux choses qu'enseigne le Décalogue; et le Décalogue a été le commencement de la Parole; il a été promulgué de vive voix par Jéhovah du haut de la montagne de Sinaï; et écrit du doigt de Dieu sur deux Tables de pierre; et, ayant été ensuite placé dans l'Arche, il était appelé Jéhovah, et constituait le saint des saints dans le Tabernacle et le sanctuaire dans le Temple de Jérusalem, et d'après lui seul tout ce qui était dans l'Arche était saint; sans parler de plusieurs autres choses concernant le Décalogue dans l'Arche, lesquelles ont élé rapportées, d'après ia Parole, dans la Doctrine de vie pour la Nouvelle Jérusalem, H™ 53 à 61 ; j'y ajouterai celles-ci : On sait, d'après !a Parole, que l'Arche, où étaient les deux Tables sur lesquelles le Décalogue avait été gravé, fut prise par les Philistins, et placée dans le temple de Dagon à Aschdod; que Dagon tomba par terre devant elle, et qu'ensuite sa tête el ses deux mains séparées du corps furent trouvées étendues sur le seuil du lemple ; que les Asclidodiens et les Ékroniles, au nombre de plusieurs milliers, furent frappés d'hémorroïdes â cause de l'Arche, et que leur terre fut dévastée par des rats : puis aussi, que les Philistins par le conseil des principaux de leur nation tirent cinq hémorroïdes et cinq rats d'or, et un chariot neuf, et sur le chariot placèrent l'Arche, el près d'elle les hémorroïdes et les rais d'or; el que, par deux vaches qui beuglaient dans le chemin devant le chariot, ils renvoyèrent l'Arche aux fils d'Israël, qui sacrifièrent les vaches et le

chariot; voir I Samuel, V el VI. — Il sera dit maintenant ce que toutes ces choses signifiaient : Les Philistins signifiaient ceux qui sont dans la foi séparée d'avec la charité; Dagon représentait cette religiosité ; les hémorroïdes dont ils furent frappés signifiaient les amours naturels qui, étant séparés de l'amour spirituel, sont impurs, et les rats signifiaient la dévastation de l'Église par les falsifications du vrai; le chariot neuf, sur lequel ils avaient renvoyé l'Arche, signifiait la doctrine nouvelle, mais naturelle, car le char dans la Parole signifie la doctrine d'après les vrais spirituels; les vaches signifiaient les affections naturelles bonnes ; les hémorroïdes d'or signifiaient les amours naturels purifiés et devenus bons ; les rats d'or signifiaient que la vastation de l'Église est enlevée par le bien, car l'or dans la Parole signifie le bien; le beuglement des vaches dans le chemin signifiait la difficile conversion des convoitises du mal de l'homme naturel en des affections bonnes ; le sacrifice en holocauste des vaches avec le chariot signifiait qu'ainsi le Seigneur est devenu propice. Ce sont la les choses qui sont entendues spirituellement par ces historiques; réunis-les en un seul sens, et fais-en l'application. Que ceux qui sont dans la foi séparée d'avec la charité aient été représentés par les Philistins, on le voit dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur la roi, N" ù9 à 54. Et que l'Arche, à cause du Décalogue qui y était renfermé, ait été la chose la plus sainte de l'Église, on le voit dans la Doctrine de vie pour la Nouvelle Jérusalem, N" 53 à 61,

327. III. C'est la faute de l'Iwmme lui-même, s'il n'est pas sauvé. C'est un vrai reconnu par tout homme rationnel dés qu'il l'entend énoncer, que du bien ne peut découler le mal, ni du mal le bien, parce qu'ils sont opposés ; que par conséquent du bien il ne découle que le bien, et du mal que le mal : quand ce vrai est reconnu, il est reconnu aussi que le bien peut être tourné en mal, non par un bon récipient, mais par uu mauvais, car toute forme change eu sa propre qualité ce qui influe en elle; voir ci-dessus, M" 292. Maintenant, comme le Seigneur est le Bien dans son essence même, ou le Bien Même, il est évident que le mal ne peut découler du Seigneur ni être produit par lui, mais que le bien peut être tourné en mal par un sujet récipient, dont la forme est la forme du mal : un tel sujet est l'homme quant a son propre; ce

sujet reçoit continuellement du Seigneur le bien, et continuellement il le tourne en la qualité de sa forme, qui est la forme du mal : il suit de là que c'est la faute de l'homme s'il n'est pas sauvé. Le mal, il est vrai, vient de l'enfer, mais de ce que l'homme le reçoit de là comme sien, et par là se l'approprie, il s'ensuit que c'est la même chose, soit qu'on dise que le mal vient de l'homme, soit qu'on dise que le mal vient de l'enfer. Mais d'où vient l'appropriation du mal jusqu'à ce point qu'enfin la religion périsse, c'est ce qui va être dit dans cet ordre : i" Toute religion par succession de temps décroît et est consommée. 2° Toute religion décroît et est consommée par le renversement de l'image de Dieu chez l'homme. 3" Cela a lieu par les accroissements continuels du mal héréditaire dans les générations. h° Néanmoins il est pourvu par le Seigneur a ce que chacun puisse être sauvé. 5° Il est aussi pourvu à ce qu'une nouvelle Église succède à l'Église précédente dévastée.

328. Ces propositions vont être démontrées en séries. Premièrement, Toute religion par succession de tetnps décroît et est consommée. Sur cette Terre il y a eu plusieurs Églises, l'une après l'autre ; car où il y a genre humain, là il y a Église, puisque le Ciel, qui est la fin de la création, se compose du genre humain, comme il a été démontré ci-dessus, el aucun homme ne peut venir dans le Ciel, s'il n'est pas dans les deux uni versaux de l'Église, qui sont de reconnaître un Dieu et de vivre bien, comme il vient d'être montré ci-dessus, N° 326; il suit de là que sur celte Terre il y a eu des Églises depuis le temps très-ancien jusqu'au temps actuel. Ces Églises sont décrites dans la Parole, mais non historiquement, excepté l'Église Israélite et Juive, avant laquelle cependant il y en a eu plusieurs, et celles-ci ont été seulement décrites par des noms de nations et de personnes, et par certaines particularités qui les concernent. La Très-Ancienne Église, qui a élé la Première, a été décrite par Adam et Kve son épouse. L'Église suivante, qui doit être appelée l'Église Ancienne, a été décrite par Tfoach et ses trois fils, et par leurs descendants ; celle-ci fut vasle et répandue dans plusieurs royaumes de l'Asie, nommément dans la Terre de Canaan en deçà et au-delà du Jourdain, dans la Syrie, l'Assyrie et la Chaldée, la Mésopotamie, l'Egypte, l'Arabie, Tyrel Sidon ; chez eux était l'ancienne Parole, dont il a été parlé dans la

SUR LA DIVINE l'ROVIDEiNCE. 335

Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Écriture Sainte, N" 101, 102, 103. Que celle Église ait existé dans ces royaumes, cela est évident par diverses particularités qui les concernent, rapportées dans les Prophétiques de la Parole. Cette Église, cependant, a été notablement changée par Éber, de qui l'Église Hébraïque tire son origine ; c'est dans celle-ci que le culte par des sacrifices a d'abord été institué. De l'Église Hébraïque est née l'Église Israélite et Juive, instituée cependant avec solennité à cause de la Parole qui devait y être écrite. Ces quatre Églises sont entendues par la statue que Nabucliadnézar vil en songe, de laquelle la léte était d'or pur, la poitrine et les bras d'argent, le ventre et les cuisses d'airain, les jambes et les pieds de fer et d'argile, — Daniel, IL 32, 33. — Il n'est pas non plus entendu autre chose par les Siècles d'or, d'argent, d'airain et de fer, dont parlent les écrivains de l'antiquité. Qu'à l'Église Juive ait succédé l'Église Chrétienne, cela est connu. Que toutes ces Églises, par succession de temps, aient décru jusqu'à leur Tin, qui est appelée Consommation, on peut le voir aussi d'après la Parole. La Consommation de la Très-Ancienne Église, qui eut lieu par l'action de manger de l'arbre de la science, action qui signifie le faste de la propre intelligence, est décrite par le Déluge. La Consommation de l'Église Ancienne est décrite par les diverses dévaslalions des nations, dont il est parlé dans la Parole tant Historique que Prophétique, principalement par l'expulsion des nations hors de la terre de Canaan par les fils d'Israël. Là Consommation de l'Église Israélite et Juive est entendue par la destruction du Temple de Jérusalem, et par la translation du peuple Israélite en captivité perpétuelle, et celle de la nation Juive dans la Babylonie ; et enfin par la seconde destruction du Temple et en même temps de Jérusalem, et par la dispersion de cette nation : cette Consommation est prédite dans un grand nombre de passages dans les Prophètes, et dans Daniel, IX. 2û à 27. Quant a l'Église Chrétienne, sa vastation successive jusqu'àlaflnest décrite parle Seigneur dans Matthieu, Chap.XXIV; dans Marc, Chap. XIII ; et dans Luc, Chap. XXI; et sa Consommation elle-même est décrite dans l'Apocalypse. D'après cela, on peut ïoir que par succession de temps l'Église décroît et est consommée ; par conséquent aussi la religion. Secondement. Toute

religion dëcrott et est consommée par te renversement de l'image de Dieu chez l'homme. On sait que l'homme a été créé à l'image de Dieu, selon la ressemblance de Dien,— -fien. I. 26; — mais il va Être dit ce que c'est que l'image et ce que c'est que la ressemblance de Dieu : Dieu seul est l'Amour et la Sagesse; l'homme a été créé pour être nn réceptacle de l'un et de l'autre, sa volonté pour être un réceptacle du Divin Amour, et son entendement pour ûtre un réceptacle de la Divine Sagesse. Que ces deux soient par création chez l'homme, et constituent l'homme, et que même chez chacun ils soient formés dans l'utérus, c'est ce qui a été montré ci-dessus; l'homme donc est l'image de Dieu, en ce qu'il est un récipient de la Divine Sagesse, et il est la ressemblance de Dieu, en ce qu'il est un récipient du Divin Amour; c'est pourquoi le réceptacle qui est appelé entendement est l'image de Dieu, et le réceptacle qui est appelé volonté est la ressemblance de Dieu; puis donc que l'homme a été créé et formé pour être réceptacle, il s'ensuit qu'il a été créé et formé pour que sa volonté reçoive de Dieu l'amour, et que son entendement reçoive de Dieu la sagesse; l'homme aussi les reçoit, quand il reconnaît Dieu et vit selon ses préceptes, mais dans un moindre ou un plus grand degré, selon que d'après la religion il connaît Dieu et les préceptes; par conséquent selon qu'il connaît les vrais, car les vrais enseignent ce que c'est que Dieu et comment il doit être reconnu, et aussi ce que c'est que les préceptes et comment on doit y conformer sa vie. L'image et la ressemblance de Dieu ne sont pasdétruiles- chez l'homme, mais elles sont comme si elles étaient détruites; en effet, elles restent insitées dans ses deux facultés, qui sont appelées Liberté et Rationalité, dont il a été parlé en beaucoup d'endroits ci-dessus : elles sont devenues comme si elles étaient détruites, quand l'homme a fait du réceptacle du Divin Amour, qui est sa volonté, le réceptacle de l'amour de soi, et do réceptacle de la Divine Sagesse, qui est son entendement, le réceptacle de la propre intelligence ; par là il renverse l'image et la ressemblance de Dieu, car il détourne de Dieu ces réceptacles, et il les tourne vers lui-même; de la vient qu'ils ont été fermés par en haut, et ouverts par en bas, ou fermés par devant et ouverts par derrière, lorsque cependant par création ils ont été ouverts

par diivant et formés par derrière ; et quand ils ont été ainsi ouverts et fermes à rebours, le réceptacle de l'amour, ou la volonté, reçoit l'influx de l'enfer ou de son propre; pareillement te réceptacle de la sagesse ou l'entendement. Par suite, dans les Églises, s'est établi le culte des hommes au lieu du culte de Dieu, et le culte provenant des doctrines du faux au lieu du culte provenant des doctrines du vrai, celui-ci d'après la propre intelligence, celui-là d'après l'amour de soi. D'après ces explications, il est évident que la religion, par succession de temps, décroît et est consommée parle renversement de l'image de Dieu chez l'homme. Troisièmement. Cela a lieu par tes accroissements continuels dit mal héréditaire dans les générations. Que le mal héréditaire ne vienne pas d'Adam et d'fcve son épouse par cela qu'ils ont inangé de l'arbre de la science, mais qu'il découle et se transmette successivement des pères aux enfants, et s'augmente ainsi par de continuels accroissements dans les générations, cela a été dit et montré ci-dessus. Quand par suite le mai s'est augmenté chez un grand nombre, il se répand de lui-même dans un plus grand nombre; car dans tout mal il y a le désir de séduire, dans quelquesuns brûlant de colère contre le bien, de là la contagion du mal ; quand celle-ci a envahi les dignitaires, les chefs et les docteurs de l'Église, la religion est pervertie, et les moyens de guérison, qui sont les vrais, sont corrompus par les falsifications ; de là vient donc la successive vastalion du bien et la successive désolation du vrai dans l'Église jusqu'à sa consommation. Qcàtmèmement. Néanmoins il est pourvu par te Seigneur à ce que chacun puisse être sauvé. Il est pourvu par le Seigneur à ce que partout il y ait une religion, et à ce que dans chaque religion il y ait deux essentiels du salut, qui sont, de reconnaître un Dieu, et de ne point faire le mal parce qu'il est contre Dieu; il est pourvu, pour chacun selon sa vie, à toutes les autres choses qui appartiennent à l'entendement et par suite à la pensée, et qui sont appelées choses de la foi, car elles sont les accessoires de la vie ; et si elles précèdent, toujours est-il qu'elles ne reçoivent pas la vie auparavant. Il est aussi pourvu à ce que tous ceux qui ont bien vécu, et ont reconnu un Dieu, soient instruits après la mort par des anges; et alors ceux qui, dans le monde, ont été dans ces deux essentiels d'une reliai).

giOD, acceptent tes vrais de l'Église tels qu'ils sont dans la Parole, et reconnaissent le Seigneur pour le Dieu du Ciel el de l'Église; el ils reçoivent cela plus facilement que les chrétiens, qui ont emporté avec eus do monde l'idée de l'Humain du Seigneur séparé d'avec son Divin. Il a encore été pourvu par le Seigneur à ce, que tous ceux qui meurent enfants, en quelque lieu qu'ils soient nés, soient sauvés. A chaque homme aussi après la mort il esl donné faculté d'amender sa vie, s'il est possible ; tous sont instruits et dirigés par le Seigneur au moyen des anges; el comme alors ils savent qu'ils vivent après la mort, et qu'il y a un ciel et un enfer, d'abord ils reçoivent les vrais; mais ceux qui n'ont pas reconnu un Dieu, et n'ont pas fui les maux comme péchés dans le monde, éprouvent peu après du dégoût pour les vrais el se retirent; et ceux qui les ont reconnus de bouche, elnon de cœur, sont comme les vierges insensées qui avaient des lampes sans huile, el demandèrent de l'huile aux autres vierges, puis s'en allèrent en acheter, et cependant ne furent pas introduites dans la salle des noces; les lampes signifient les vrais de la foi, et l'huile signifie le bien de la charité. Par là on peut voir qu'il est de la Divine Providence que chacun puisse être sauvé, et que si l'homme n'est pas sauvé, c'est à lui qu'en esl la faute. Cinquièmement. Il est aussi pourvu à ce qu'une nouvelle Église succède à l'Église précédente dévastée. Cela a eu lieu dès les temps très-anciens, c'est-à-dire qu'à une précédente Église dévastée en succédait une nouvelle ; à la Très-Ancienne Église succéda l'Ancienne Église; à l'Ancienne Église succéda l'Église Israélite ou Juive ; à celle-ci succéda l'Église Chrétienne; qu'une nouvelle Église doive succéder à l'Église Chrétienne, cela esl prédit dans l'Apocalypse ; elle y est entendue par la Nouvelle Jérusalem descendant du Ciel. La raison, pour laquelle il est pourvu parle Seigneur à ce qu'une nouvelle Église succède à l'Église précédente dévastée, a été donnée dans la DOC-

TRISE DE LA NOUVELLE JÉRUSALEM SUR L'ÉCRITCRE SAINTE; Wrff

329. IV. Ainsi tous ont été prédestinés pour te Ciel, et personne ne t'a été pour l'enfer. Que le Seigneur ne précipite personne dans l'enfer, mais que l'esprit s'y précipite lui-même, cela a élé montré dans le Traité du Ciel et de l'Enfer, publié à Lon-

dres en 1758, N- 5Ù5 a 550 : c'est ce qui arrive à tout méchant et à tout impie après la mort; c'est pareillement ce qui arrive à tout méchant el à tout impie dans le monde, avec la différence que dans le monde il peut être réforme, et embrasser les moyens de salvalion et s'en pénétrer, mais non après sa sortie du monde. Les moyens de salvation se réfèrent à ces deux-ci : Fuir les maux parce qu'ils sont contre les lois Divines dans le Décalogue, et reconnaître qu'il y a un Dieu : chacun le peut, pourvu qu'il n'aime pas les maux; car le Seigneur influe continuellement avec puissance dans la volonté de l'homme, afin qu'il puisse fuir les maux, et avec puissance dans l'entendement alin qu'il puisse penser qu'il y a un Dieu; mais néanmoins personne ne peut l'un sans l'autre: ces deux sont conjoints comme ont été conjointes les deux Tables du Décalogue, dont l'une est pour le Seigneur et l'autre pour l'homme; le Seigneur d'après sa Table illustre chacun et donne la puissance, mais autant l'homme fait les choses qui sont dans sa Table, autant il reçoit la puissance et l'illustration; avant cela, ces deux tables apparaissent comme couchées l'une sur l'autre et fermées avec un sceau; mais, à mesure que l'homme fait les choses qui sont dans sa Table, elles sont descellées et s'ouvrent. Qu'estce aujourd'hui que le Décalogue, sinon un petit livre ou codicille fermé, et ouvert seulement dans les mains des enfants? Dis à quelqu'un d'un âge adulte : « IYe fais pas cela, parce que c'est contre le Décalogue, » est-ce qu'il fera attention a tes paroles? Mais si tu lui dis :«Ne fais pas cela, parce que c'est contre les lois divines.» il peut y faire attention; et cependant les préceptes du Décalogue sont les lois Divines mêmes : l'expérience en a été faite dans le monde spirituel à l'égard de plusieurs, qui, lorsqu'on leur parla du Décalogue ou Catéchisme, le rejetèrent avec mépris ; cela vient de ce que le Décalogue dans la seconde table, qui est la table de l'homme, enseigne qu'il faut fuir les maux ; et celui qui ne les fuit pas, soit par impiété, soit par la croyance religieuse que les œuvres ne font rien et que la foi seule fait tout, entend avec une sorte de mépris nommer le Décalogue ou Catéchisme, comme s'il entendait nommer quelque livre d'enfance qui ne lui est plus d'aucun usage. Ces choses ont été dites, afin qu'on sache qu'à aucun homme ne manque la connaissance des moyens, par lesquels il

peut Être sauvé, ni la puissance s'il veut Être sauvé, d'où il suit que tous oui été prédestinés pour le ciel, et que personne ne l'a été pour l'enfer. Mais comme chez quelques-uns a prévalu la croyance a une Prédestination pour la non-salvation, qui est la damnation, et que celle croyance est dangereuse, et ne peut être dissipée, a moins que la raison aussi ne voie ce qu'il y a d'insensé et de cruel en elle, il va par conséquent en Être Iraité dans celte série : 1° Une Prédestination autre que pour le Ciel esl contre le Divin Amour et contre son infinité. 2° Une Prédestination autre que pour le Ciel est contre la Divine Sagesse et contre son infinité. 3° Supposer qu'il n'y a de sauvés que ceux qui sont nés au dedans de l'Église est une hérésie insensée. h° Supposer que quelquesuns du genre humain ont été damnés par prédestination est une hérésie cruelle.

330. Mais pour montrer combien est funeste la croyance à la Prédestination communément entendue, il faut reprendre et confirmer ces quatre propositions. Phehièhement. Une Prédestination autre que pour le Ciel est contre le Divin Amour, qui est infini. Que Jéhovah ou le Seigneur soit le Divin Amour, et que cet Amour soil infini et l'Être de toute vie; puis aussi, que l'homme ait 616 créé à l'image de Dieu selon la ressemblance de Dieu, c'est ce qui a été démontré dans le Traité do Divin Aiiodb et de Là Divine Sagesse: et comme tout homme est formé, dans l'utérus, â cette image selou cette ressemblance par le Seigneur, ainsi qu'il a aussi 616 d6montré, il s'ensuit que le Seigneur est le Père céleste de tous les hommes, et que les hommes sont ses fils spirituels ; et même, ainsi est appelé Jéhovah ou le Seigneur dans la Parole, et ainsi y sont appelés les hommes ; c'est pourquoi il dit : n Père n'appelez pas votre père sur (a terre, car un seul est votre Père, celui qui est dans tes deux, »— Mat th. XXIII. 9; — par la il est entendu que seul il est le Pere quant à la vie, et que le pere sur la terre est seulement le père quant à l'enveloppe de la vie, qui est le corps, c'est pourquoi dans le ciel nul autre que le Seigneur n'est nommé Pere : que les hommes qui n'ont point renversé celle vie soient appelés fils et nés de Dieu, c'est aussi ce qu'on voit clairement par beaucoup de passages dans la Parole. D'après cela, on peut voir que le Divin Amour est dans

SDH LA DIVINE PP.OVWENCE.

lout homme, soit méchant, soit bon; que par conséquent le Seigneur, qui esl le Divin Amour, ne peut pas agir avec les hommes autrement que comme un pere sur la terre avec ses enfants, et infiniment mieux, parce que le Divin Amour est infini ; puis aussi, qu'il ne peut se retirer d'aucun homme, parce que la vie de chacun vient de Lui; il semble qu'il se relire des méchants, mais ce sont les méchants qui se retirent, et toujours esl-il que par amour il les conduit ; c'est pourquoi le Seigneur dit : « Demandez, et il vous sera donné ; cherchez, et vous trouverez; heurtez, et il vous sera ouvert; qui est d'entre vous l'homme qui, si son fds lui demande du pain, lui donnera une pierre? Si donc vous, qui êtes méchants, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Pire, qui est dans les deux, en donnera-t-il de bonnes à ceux qui les lui demandent.»— Mat th. VII. 7411; — et ailleurs :<ill fait lever son soleil sur méchants et bons, et fuit pleuvoir sur justes et iîijustes. «—Matin, V. Û5. — On sait aussi dans l'Église que le Seigneur veut le salut de tous, et non la mort de qui que ce soit. D'après cela, on peut voir qu'une Prédestination autre que pour le Ciel est contre le Divin Amour. Secondehe.it. Une Prédestination autre que pour le Ciel est contre ta Divine Sagesse, qui est infinie. Le Divin Amour par sa Divine Sagesse pourvoit aux moyens par lesquels chaque homme peut êLre sauvé; c'est pourquoi, dire qu'il y a une Prédestination autre que pour le Ciel, c'est dire qu'il ne peut pas pourvoir aux moyens par lesquels il y a salvatioD, lorsque cependant ces moyens sont pour tous, ainsi qu'il a été montré ci-dessus, et ces moyens viennent de la Divine Providence, qui est infinie. S'il y a des hommes qui ne sont pas sauvés, c'est parce que le Divin Amour veut que l'homme seule en lui-même la félicité et la béatitude du Ciel, car autrement il n'aurait pas le Ciel; et cela ne peut pas se faire, à moins qu'il n'apparaisse à l'homme qu'il pense et veut par lui-même, car sans celte apparence rien ne lui serait approprié, et il ne serait pas homme ; c'est pour cela qu'il y a une Divine Providence, qui appartient a la Divine Sagesse d'après le Divin Amour. Mais cela ne détruit pas la vérité, que tous ont été prédestinés pour le ciel, et que nul ne l'a été pour l'enfer ; si, au contraire, les moyens de salut manquaient, cela la détruirait; or, il

a été démontré ci-dessus qu'il a été pourvu aux moyens de salva- Uon uour chacun, et que le Ciel est tel, que tous ceux qui vivent bien, de quelque religion qu'ils soient, y ont une place. L'homme est comme la terre qui produit des fruits de toute espèce, faculté d'après laquelle la terre est terre ; que si elle produit aussi des fruits mauvais, cela ne lui enlève pas la faculté de pouvoir aussi en produire de bous, mais celte faculté serait enlevée, si elle n'en pouvait produire que de mauvais. L'homme est encore comme un objet qui bigarre en soi les rayons de la lumière; si cet objet no présente qne des couleurs désagréables, ce n'est pas la lumière qui en est cause; les rayons de la lumière peuvent aussi être bigarrés en des couleurs agréables. Troisièmement, Supposer qu'il n'y a de sauvés que ceux qui sont nés au dedans de l'Église est une hérésie insensée. Ceux qui sont nés hors de l'Église sont hommes de même que ceux qui sont nés au dedans de l'Église; ils sont d'une semblable origine céleste; ce sont également des Ames vivantes et immortelles; ils ont aussi une religion, d'après laquelle ils reconnaissent qu'il y a un Dieu, et qu'il faut vivre bien ; et celui qui reconnaît un Dieu et vit bien, devient spirituel dans son degré et est sauvé, comme il a été montré ci-dessus. On dit qu'ils ne sont pas baptisés; mais le baptême ne sauve que ceux qui sont lavés spirituellement, c'est-à-dire, qui sont régénérés, car le baptême est pour signe et mémorial de la régénération. On dit que le Seigneur ne leur est pas connu, et que sans le Seigneur il n'y a pas de salut; mais aucun homme n'a le salut par cela que le Seigneur lui est connu, mais l'homme a le salut parce qu'il vit selon les préceptes du Seigneur ; et le Seigneur est connu de quiconque reconnaît un Dieu, car le Seigneur est le Dieu du ciel et de la terre, comme Lui-Même l'enseigne, — Matin. XXVIH. 18, et ailleurs; — et, en outre, ceux qui sont hors de l'Église ODt plus que les chrétiens l'idée de Dieu comme Homme, et ceux qui ont l'idée de Dieu comme homme, et qui vivent bien, sont acceptés par le Seigneur; ils reconnaissent même Dieu un en personne et en essence, ce que ne font pas les chrétiens ; ils pensent aussi à Dieu dans leur vie, car ils considèrent les maux comme péchés contre Dieu, et ceux qui les considèrent ainsi pensent a Dieu dans leur vie. Les chrétiens ont les préceptes de leur religion d'après la fa-

rôle, niais il eo esl peu qui y puisent quelques préceptes de la vie; les Catholiques-Romains ne la lisent pas ; et les Réformés, qui sont dans la foi séparée d'avec la charité, font attention non pas aux choses qui y concernent la vie, niais seulement â celles qui concernent la foi, et cependant toute la Parole n'est absolument que la doctrine de la vie. Le Christianisme esl seulement en Europe, le Mahoinétisme et le Gentilismc sont en Asie, aux Indes, en Afrique et en Amérique, et le genre humain dans ces parties du Globe surpasse dix fois en multitude ce genre humain qui est dans la partie du monde chrétien, et dans cette partie il y en a peu qui placent la religion dans la vie : que peut-il donc y avoir de plus insensé que de croire que ceux-ci seulement sont sauvés, et que ceux-là sont damnés, et que le Ciel est à l'homme par la naissance et non par la vie? Aussi le Seigneur dit-il : « Je vous dis que beaucoup viendront d'Orient et d'Occident, et s'assiéront à ta~ ble avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux; mais les fils du Royaume seront rejetât, b— Matth, VDX 11, 12. — Quatrièmement. Supposer que quelques-uns du genre humain ont été damnés par prédestination est une hérésie cruelle. \\ est cruel de croire que le Seigneur, qui est l'Amour même et la Miséricorde même, souffre qu'une si graude multitude d'hommes naissent pour l'enfer, ou que tant de myriades de myriades naissent damnés et dévoués, c'esl-a-dire, naissent diables et satans, et que d'après sa Divine Sagesse il ne pourvoie pas o ce que ceux qui vivent bien,et reconnaissent un Dieu, ne soient pas jetés dans unfeu et un tourment élernel : le Seigneur cependant esl le Créateur cl le Sauveur de tous, Lui Seul les conduit tous, et il ne veut la mort d'aucun ; il est donc cruel de croire et de penser qu'une si grande multitude de nations et de peuples sous son auspicc et sous son inspection serait livrée en proie au diable par prédestination.

Le Seigneur rte peut agir contre les lois de la Divine Providence, parce que agir contre ces lois, ce serait agir contre son Divin Amour et contre sa Divine Sagesse, ainsi contre Lui-Mcme.

331. Dans la Sagesse Angélique sur le Divin Ahour et sur la Divine Sagesse, il a été montré que le Seigneur est le Divin

Z!\k LA SAGESSE ANGÉLIQUE

Amour et la Divine Sagesse, et que ces deux sont l'Être même et la Vie même d'après lesquels tout Est et Vit; il a aussi été montré que le semblable procède de Lui, et que le Divin Procédant est Lui-Méme : parmi les choses qui procèdent est au premier rang la Divine Providence; carcelle-ci est continuellement dansla fin pour laquelle a été créé l'univers : l'opération et la progression de la fin par les moyens, c'est ce qui est appelé la Divine Providence. Maintenant, puisque le Divin Procédant est le Seigneur Lui-Même, et que la Divine Providence est, au premier rang, ce qui procède, il s'ensuit qu'agir contre les lois de sa Divine Providence, ce serait agir contre Lui-Même. On peut même dire que le Seigneur est la Providence, comme on dit que Dieu est l'Ordre; car la Divine Providence est l'Ordre Divin principalement à l'égard de la salvation des hommes; et comme il n'y a point d'ordre sans lois, car les lois le constituent, et chaque loi lient de l'ordre, qu'elle est aussi l'ordre, il s'ensuit que comme Dieu est l'Ordre, il est aussi la Loi de son ordre : de même on doit dire de la Divine Providence, que comme le Seigneur est sa Providence, il est aussi la Loi de sa Providence : de la il est évident que le Seigneur ne peut agir contre les Lois de sa Divine Providence, parce que, agir contre ces lois, ce serait agir contre Lui-Même. De plus, il n'y a aucune opération, si ce n'est dans un sujet et par des moyens sur ce sujet; l'opération, a moins que ce ne soit dans un sujet et par des moyens sur ce sujet, n'est pas possible; le sujet de la Divine Providence est l'homme, les moyens sont les Divins Vrais par lesquels il a la sagesse, et les Divins Biens par lesquels il a l'amour ; la Divine Providence par ces moyens opère sa fin, qui est la salvalion de l'homme; car qui veut la fin veut aussi les moyens; lors donc que celui qui veut opère la fin, il l'opère par les moyens. Mais ces propositions deviendront plus évidentes, quand eiles auront été examinées dans l'ordre suivant : I. L'opération de la Divine Providence pour sauver l'homme commence dès sa naissance, et continue jusqu'à la fin de sa vie, el ensuite dans l'éternité. II. L'opération de la Divine Providence se fait continuellement par des moyens de pure miséricorde. III. La salvalion opérée en un moment par miséricorde immédiate n'est pas possible. IV. La salvalion opérée en un moment par miséricorde immédiate est un serpent de feu volant dans l'Eglise,

SUlt LA DIVIM. PBOVIDïHCE. 3£l5

332. L L'opération de lu Divine Providence pour sauver l'homme commence dûs su naissunec, cl continue jusqu'à la fat de sa vie, et ensuite dam l'éternité. Il a été montré ci-dessus, que le Ciel provenant du Genre Humain est lu fin même de la création de l'univers. Cl que cette fin, dans son opération et dans sa progression, est la Divine Providence pour sauver les hommes, et que toutes les choses qui sont hors de l'homme, et qui lui servent pour l'usage, sont les lins secondaires de la création, qui, en somme, se réfèrent a tout ce qui existe dans les trois Rognes, l'Animal, le Végétal et le Minéral ; quand les choses qui sont dans ccb régnes procèdent constamment selon les lois de l'Ordre Divin établies dans la première création, comment alors la fin première, qui est la salvation du genre humain, peut-elle ne pas procéder constamment selon les lois de son ordre, qui sont les lois de la Divine Providence'/ Regarde seulement un arbre fruitier,- d'abord, ne nalt-il pas d'une petite semence comme un tendre jet; puis, ne crotlrii pas en tige, et n'éLend-il pas des branches, eL celles-ci ne se garnissent-elles pas de feuilles; et ensuite ne fait-il pas sortir des fleurs, n'enfante-l-il pas des fruits, et ne placc-t-il pas en oui do nouvelles semences, par lesquelles il pourvoit a sa perpétuitéî II en est de même de tout arbuste, et de toute herbe des champs. Dans ces sujets, toutes et chacune dos choses ne procèdent-elles pas, d'une manière constante et admirable selon les lois de leur ordre, d'une fin a une fin? Pourquoi n'en serait-il pas de même de la fin principale, qui est le Ciel provenant du genre humain? Peut-il y avoir dans sa progression quelque chose qui ne procède pas très-constamment selon les lois de la Divine Providence! Puisqu'il y a correspondance de la vie de l'homme avec la végétation de l'arbre, tirons-en un parallèle ou une comparaison; L'enfance de l'homme peut être comparée au tendre jet de l'arbre sortant de la terre d'après la semence; le second âge de l'enfonce et l'adolescence de l'homme sont comme ce jet croissant en tige et en petites branches; les vrais naturels, dont tout homme est d'abord imbu, sont comme les feuilles dont les branches se garnissent, les feuilles ne signifient pas autre chose dans la Parole ; les initiations de l'homme dans le mariage du bien et du vrai, ou mariage spirituel, sont comme les fleurs que cet arbre produit

dans la saison du printemps, les vrais spirituels sont les folioles de ces fleurs; les choses primitives du mariage spirituel sont comme fes commencements du fruit; les biens spirituels, qui sont les biens de la charité, sont comme les fruits, ils sont signifiés aussi par les fruits dans la Parole; les procréations de la sagesse d'après l'amour, sont comme les semences; par ces procréations, l'homme devient comme un jardin et un paradis : l'homme aussi dans la Parole est décrit par l'arbre, et sa sagesse d'après l'amour par le jardin ; il n'est pas signifié autre chose par le jardin d'Éden. L'homme, il est vrai, est un mauvais arbre d'après la semence, mois néanmoins il lui est donné une greffe ou inoculation de petites branches prises de l'Arbre de vie, par lesquelles le suc sortant de la vieille racine est changé en un suc qui produit de bons fruits. Celte comparaison a été faite, afin qu'on sache que, puisqu'il y a dans la végétation et la reproduction des arbres une si constante progression de la Divine Providence, il doit y en avoir une tout à fait constante dans la réformation et la régénération des hommes, qui sont de beaucoup préférables aux arbres, selon ces paroles du Seigneur : « Cinq passereaux ne sont-ils pas vendus deux sous? cependant pas un seul d'entre eux n'est en oubli devant Dieu. Mais même les cheveux de votre tête sont tous comptés ; ne craignez donc point, plus que beaucoup de passereaux vous valez. En out/-e, qui de vous, par des soucis, peut ajouter à sa taille une coudée? Si donc vous ne pouvez pas même la plus petite chose, pourquoi êtes-vous en souci du reste. Considérez les lis, comment ils croissent. Or, si l'herbe qui est dans te champ aujourd'hui, et qui demain dans le four est jetée, Dieu la revit ainsi, combien plus vous, gens de peu de foi! » — Luc, XII. 6, 7, 25, 26, 27, 28.

333. Il est dit que l'opération de la Divine Providence pour sauver l'homme commence dés sa naissance, et continue jusqu'à la fin de sa vie; pour comprendre cela, il faut savoir que le Seigneur voit quel est l'homme, et prévoit quel il veut être, ainsi quel il sera ; et afin qu'il soit homme et par suite immortel, le libre de sa volonté ne peut être Ûté, ainsi qu'il a été abondamment montré ci-dessus ; c'est pourquoi le Seigneur prévoit son état après la mort, et il y pourvoit dès sa naissance jusqu'à la fin de sa vie;

chez les mêchanls il y pourvoit en permettant les maux, et en les en détournant sans cesse, et fiiez les bons il y pourvoit en conduisant au bien; ainsi la Divine Providence est continuellement ëq opération pour sauver l'homme; mais oe peuvent être sauvés que ceu< qui veulent être sauvés ; et ceux-là veulent tire sauvés, qui reconnaissent Dieu, et sont conduits par Lui; et ceux-la ne le veulent pas, qui ne reconnaissent pas Dieu, et se conduisent euxmêmes; car ceux-ci ne pensent ni a la vie éternelle, ni à la salvation, mais ceux-là y pensent : le Seigneur le voit, cl toujours il les conduit, et il les conduit selon les lois de sa Divine Providence, contre lesquelles il ne peut agir, puisque agir contre elies, ce serait agir contre son Divio Amour et contre sa Divine Sagesse, c'està-dire, contre Lui-Même. Maintenant, comme il prévoit les étals de tous après !a mort, et qu'il prévoit aussi les places de ceux qui ne veulent pas être sauvés, dans l'enfer, et les places de ceux qui veulent être sauvés, dans le ciel, il s'ensuit que, ainsi qu'il a été dit, il pourvoit pour les méchants à leurs places en permettant et en détournant, et pour les bons à leurs places en conduisant; s'il ne faisait pas cela continuellement depuis la naissance de chacun jusqu'à la lin de sa vie, le ciel ne subsisterait pas, ni l'enfer non plus; car sans cette Prévoyance, et sans en même temps ceLLe Providence, le ciel et l'enfer ne seraient qu'une sorte de confusion : que chacun ait sa place, à laquelle il a été pourvu par ie Seigneur d'après la prévision, on le voit ci-dessus, N" 202, 203. Ceci peut être illusLré par cette comparaison : Si un archer ou un arquebusier visait un but, et qu'au-delà du but on prolongeât la ligne droite jusqu'à la distance d'un mille ; si, en visant, il se trompait seulement de la largeur d'un ongle, le trait ou la balle à la Tin du mille s'éloignerait immensément de la ligne prolongée audelà du but; il en serait de même, si le Seigneur à chaque moment, et même à chaque petit moment, ne considérait l'éternel en prévoyant la place de chacun après la mort et en y pourvoyant; mais cela est fait par le Seigneur, parce que tout futur est présent pour Lui, et que tout présent est pour Lui éternel. Que la Divine Providence dans tout ce qu'elle fait considère l'infini et l'éternel, on le voit ci-dessus, N" Û6 à 69, 21i, et suiv. 334. Il est dit aussi que l'opération de la Divine Providence

continue dans L'éternité, parce que tout ange est perfectionné en sagesse dans l'éternité, mais chacun selon le degré de l'affection du Lien et du vrai, dans lequel il était quand il est sorti du monde: c'est ce degré qui est perfectionné dans l'éternité ; ce qui est audelà de ce degré est hors de l'ange, et n'est pas en dedans de lui, et ce qui est hors de lui ne peut être perfectionné en dedans de lui. Cela est entendu par « la mesure bonne, pressée, secouée et se répandant par-dessus, qui sera donnée dans le sein de ceux qui pardonnent et donnent aux autres, » — Luc, VI. 37, 38, — c'estn-dire, qui sont dans le bien de la charité.

335. IL L'opération de ta Divine Providence se fait continuellement par des moyens de pure miséricorde. Il y a les mofens et les modes de la Divine Providence; les moyens sont les choses par lesquelles L'homme devient homme, et est perfectionné quant a l'entendement et quant a la volonté; les modes sont les choses par lesquelles les moyens sont effectués. Les moyens par lesquels l'homme devient homme et est perfectionné quant a l'entendement sont, par un mot commun, appelés les vrais, lesquels deviennent idées dans la pensée, et sont appelés choses dans lamémoire, et en eux-mêmes ce sont des connaissances d'où résultent les sciences. Tous ces moyens, considérés en eux-mêmes, sont des spirituels ; mais comme ils sont dans les naturels, d'après leur couverture ou leur vêtement ils apparaissent comme des naturels, et quelques-uns comme des matériels. Ces moyens sont infinis en nombre et infinis en variété; ils sont simples et composés plus ou moins, et ils sont imparfaits et parfaits plus ou moins. Il y a des moyens pour former et perfectionner la vie civile naturelle; puis, pour former et perfectionner la vie morale rationnelle, comme aussi pour former et perfectionner la vie spirituelle céleste. Ces moyens se succèdent, un genre après un autre, depuis l'enfance jusqu'au dernier âge de l'homme, et après cela dans l'éternité; et, comme ils se succèdent en croissant, les antérieurs deviennent les moyens des postérieurs ; en effet, ils entrent comme causes moyennes dans toute chose formée, car d'après eux tout effet ou toute chose conclue est efficiente, et par suite devient cause; ainsi les postérieurs deviennent successivement les moyens; et comme cela se fait éternellement, il n'y a pas le postremnm ou dernier

SUR LA DIVINE FliOVIDENCE.

qui clût ; car de même que l'éternel est sans Un, de infime la sagesse qui croll dans l'éternité est sans fin : s'il y avait une fin à In sagesse chez le sage, le plaisir de sa sagesse, qui consiste dans sa perpétuelle multiplication ot fructification, périrait, et par conséquent le plaisir de sa vie, et il serait remplacé par le plaisir de la gloire, lequel, étant seul, n'a pas en lui la vie céleste; alors cet nomme sage ne deviendrait plus comme un jeune homme, mais il deviendrait comme un vieillard, et enfin comme un homme décrépit. Quoique la sagesse du sage dans le Ciel croisse éternellement, cependant la sagesse angélique n'approche jamais de la Sagesse Divine à un tel point qu'elle puisse l'atteindre ; c'est par comparaison comme ce que l'on dit de la ligne droite (asymptote) tirée près de l'hyperbole, droite qui en approche continuellement et ne la louche jamais; et aussi par ce que l'on dit de la quadrature du cercle. D'après cela, on peut voir ce qui est entendu par les moyens par lesquels la Divine Providence opère pourque l'homme soit homme, et pour qu'il soit perfectionné quant à l'entendement, et que ces moyens sont, d'un mot commun, appelés des vrais. Il y a aussi autant de moyens, par lesquels l'homme est formé et perfectionné quant à la volonté, mais ceux-ci sont, d'un mot commun, appelés des biens ; par ceux-ci l'homme a l'amour, et par ceux-là l'homme a la sagesse t leur conjonction fait l'homme, car telle est celte conjonction, tel est l'homme : c'est celte conjonction qui est appelée le mariage du bien et du vrai.

336. Quant aux modes, par lesquels la Divine Providence opère sur les moyens et par les moyens pour former l'homme, et pour le perfectionner, ils sont de mfime infinis en nombre, et infinis en variété ; il y en a autant qu'il y a d'opérations de la Divine Sagesse d'après le Divin Amour pour sauver l'homme, ainsi aulant qu'il y a d'opérations de la Divine Providence selon ses lois, dont il vient d'être traité. Que ces modes soient très-secrets, cela a été illustré ci-dessus par les opérations de l'âme dans le corps, opérations dont l'homme a si peu de connaissance, qu'il en sait à peine quelque chose ; par exemple, comment l'œil, l'oreille, le3 narines, la langue, et la peau sentent, et comment l'estomac digère, le mésentère prépare le chyle, le foie élabore le sang, le pancréas et la rate le purifient, les reins le séparent des humeurs impures, le

cœur le rassemble et le distribue, le poumon le décante, et comment le cerveau le sublime, et de nouveau le vivifie, outre d'innombrables autres choses, qui toutes sont secrètes, dans lesquelles a peine quelque science peut entrer. D'après cela, il est évident qu'on peut encore moins entrer dans les opérations secrètes de la Divine Providence ; il suffit qu'on en connaisse les Lois.

337. Si la Divine Providence effectue toutes choses par pure Miséricorde, c'est parce que l'Essence Divine même est le pur Amour; c'est cet Amour qui opère par la Divine Sagesse, et c'est celte opération qui est appelée Divine Providence. Si ce pur Amour est la pure Miséricorde, c'est 1° parce qu'il opère chez tous ceux qui sont sur le globe terrestre, lesquels sont tels, qu'ils ne peuvent rien par eux-mêmes; 2° parce qu'il opère chez les méchants et les injustes aussi bien que chez les bons et les justes; 3" parce qu'il les dirige dans l'enfer et les en arrache ; h° parce que là continuellement il lutte avec eux et combat pour eux contre le diable, c'està-dire, contre les maus de l'enfer; 5" parce que c'est pour cela qu'il est venu dans le monde, et a subi des tentations jusqu'à la dernière, qui a été la passion de la croix ; 6* parce que continuellement il agit avec les impurs pour les rendre purs, et avec les insensés pour les guérir de leur folie, et qu'ainsi continuellement il travaille par pure Miséricorde.

338. lit. La salvation opérée en un moment par pure Miséricorde n'est pas possible. Dans les articles qui précèdent il a été montré, que l'opération de la Divine Providence pour sauver l'homme commence dès sa naissance, et continue jusqu'à la fin de sa vie, et ensuite dans l'éternité; et aussi, que celte opération se fail continuellement par des moyens de pure miséricorde; de la, il résulte qu'il n'y a ni salvation opérée en un moment, ni miséricorde immédiate. Mais comme beaucoup de personnes, qui ne pensent rien d'après l'entendement au sujet des choses de l'Église ou de la religion, croient qu'on est sauvé par une miséricorde immédiate, et qu'ainsi la salvation est opérée en un moment, lorsque cependant cela est contre la véiité, et qu'en outre cette croyance est dangereuse, il est important d'examiner la chose dans son ordre : 1° La croyance à une salvation opérée en un moment par miséricorde immédiate aété prise de l'étal naturel de l'homme.

2° Celle croyance vient de l'ignorance de l'élat spirituel, qui est totalement différent de l'étal naturel. 3° Considérées intérieurement, les doctrines de toutes les Églises dans le monde chrétien sont contre la salvalion opérée en un moment par la miséricorde immédiate, mais néanmoins les hommes externes de l'Église la soutiennent, Premièrement. La croyance à une salvatitm opérée en un moment par miséricorde immédiate a été prise de l'état naturel de V homme. L'homme naturel, d'après son état, no sait autre chose, sinon que la joie céleste est comme la joie mondaine, et qu'elle influe et est reçue de la môme manière; que c'est, par exemple, comme lorsque celui qui est pauvre devient riche, et passe ainsi du triste état de l'indigence dans l'élat heureux de l'opulence; ou comme lorsque celui qui est méprisé devient honoré, et passe ainsi du mépris dans la gloire; ou comme lorsqu'on passe d'une maison de deuil dans une salle de noces. Comme ces états peuvent être changés en un jour, et qu'on n'a pas d'autre idée de l'élat de l'homme après la mort, on voil d'où vient la croyance à une salvalion opérée en un moment par miséricorde immédiate. Dans le monde aussi plusieurs personnes peuvent être dans une même compagnie et dans une même société civile, et se réjouir ensemble, et cependant Être toutes d'un mental ( animas) différent ; cela a lieu dans le monde naturel, par la raison que l'externe d'un homme peut s'accommoder de l'externe d'un autre, quoique les internes soient dissemblables : de cet état naturel on conclut aussi que la salvalion est seulement une admission parmi les anges dans le Ciel, et que cette admission est un effet de la miséricorde immédiate : c'est même pour cela qu'on croit que le Ciel peut être donné aux méchants aussi bien qu'aux bons, et qu'alors il y a une consocialion semblable à celle qui existe dans le Monde, avec la différence que celle-là est pleine de joie. Secondement. Cette croyance vient de l'ignm-ance de l'état spirituel, qui est totalement différent de l'état naturel. Dans beaucoup d'endroits cidessus, il a été parlé de l'état spirituel, qui est l'état de l'homme après la mort, et il a été montré que chacun est son amour, et que nul ne peut vivre avec d'aulres qu'avec ceux qui sont dans un amour semblable au sien, et que s'il vient vers d'aulres, on ne peut respirer sa vie : de lù résulte que chacun après la mort vient

dans la société des siens, c'est-à-dire, de ceux qui sont dans un semblable amour, et qu'il les connaît comme des parents et comme des amis; et, ce qui est étonnant, quand il vient vers eux et les voit, il est comme s'il les avait connus des l'enfance; cela est le résultat de l'affinité et de l'amitié spirituelles : bien plus, dans une société personne ne peut habiter une autre maison que la sienne; chacun dans sa société a une maison, qu'il trouve préparée pour ■lui, dés qu'il entre dans la société : il peut être en compagnie avec d'autres hors de sa maison, mais néanmoins il ne peut pas demeurer ailleurs que dans la sienne; et, qui plus est encore, dans l'appartement d'un autre, quelqu'un ne peut s'asseoir qu'àsa p!ace,s'il s'assied a une autre, il devient comme insensé et muet; et, ce qui est merveilleux, chacun, en entrant dans un appartement, connaît sa place; de même dans les Temples, et aussi dans les lieux d'assembiées, quand on s'y réunit. D'après cela, il est évident que l'état spirituel est totalement différent de l'état naturel, et qu'il est tel, que nul ne peut être ailleurs que la où est son amour dominant, car là est le plaisir de sa vie, et chacun veut Être dans le plaisir de sa vie; et l'esprit de l'homme ne peut être ailleurs, car cela fait sa .vie, frien plus sa respiration même, comme aussi le battement de' son cœur; il en est autrement dans le Monde naturel, dans ce monde l'externe de l'homme a été instruit dés l'enfance à feindre par la face, le langage et le geste, des plaisirs autres que ceux qui appartiennent à son interne ; on ne peut donc pas, de l'étal de l'homme dans le Monde naturel, conclure à son état après la mort ; car l'état de chacun après la mort est spirituel, et cet état consiste en ce qu'on ne peut être ailleurs que dans le plaisir de son amour, qu'on s'est acquis dans le Monde naturel par la vie. D'après ces explications, on peut voir clairement que quiconque est dans le plaisir de l'enfer ne peut être mis dans le plaisir du ciel, qu'on appelle communément joie céleste, ou, ce qui est la même chose, que quiconque est dans le plaisir du mal ne peut être mis dans le plaisir du bien ; c'est encore ce qu'on peut conclure plus clairement de ce que, après la mort, il n'est refusé à qui que ce soit de' monter dans le Ciel, le chemin lui en est montré, la faculté lui en est donnée, et il est introduit; mais dés qu'il entre dans le Ciel, et que par aspiration il en attire le plaisir, sa poitrine com-

jneiicc fi Mre oppressée, son cœur a ûlrc torturé, cl il éprouve une défaillance dans laquelle il se tord comme uu serpent approché du feu; et, la face détournée du ciel et tournée vers l'enfer, il s'enfuit en se précipitant, et n'a de repos que dans la société de son amour : par là on peut voir que personne ne peut venir dans le ciel par miséricorde immédiate, que par conséquent il ne suffit pas d'y être admis, comme se l'imaginent beaucoup de personnes dans le monde; puis aussi, qu'il n'y a pas de salvation opérée en un moment, car cela suppose une miséricorde immédiate. Il y en avait quelques-uns qui, dans le monde, avaient cru à la salvation opérée en un moment par miséricorde immédiate, et qui, lorsqu'ils furent devenus esprits, voulurent que leur plaisir infernal ou leur plaisir du mal fût par la Toute -Puissance Divine, et en même temps par la Divine Miséricorde, changé eu plaisir céleste ou en plaisir du bien ; et comme ils le désirèrent ardemment, il fui même permis que cela fut fait par des anges, qui alors leur ûtèrent le plaisir infernal ; mais aussitôt ceux-là, parce que ce plaisir éLail le plaisir de l'amour de leur vie, par conséquent leur vie, tombèrent comme morts, sans aucun sentiment et sans aucun mouvement, et il ne fut pas possible de leur insuffler une autre vie que la leur, parce que toutes les choses de leur mental et de leur corps, qui avaient été tournées en arrière, ne purent Être retournées dans le sens contraire; c'est pourquoi ils furent rappelés à la vie par 11mmission du plaisir de l'amour de leur vie; ensuite ils dirent que dans cet état ils avaient senti intérieurement quelque chose de cruel et d'horrible, qu'ils ne voulurent point faire connaître. C'est pour cela que dans le Ciel on dit qu'il est plus facile de changer un hibou en tourterelle, et un serpent en agneau, que de changer un esprit infernal en un auge du Ciel. Troisièmement. Considérées intérieurement, tes doctrines de toutes tes Églises dans le monde chrétien sont contre ta salvation opérée en un moment par miséricorde immédiate, mais néanmoins tes hommes externes de l'Église la soutiennent. Considérées intérieurement, les doctrines de toutes les Églises enseignent la vie ; est-il une Église, dont la doctrine n'enseigne pas que l'homme doit s'examiner, voir et reconnaître ses péchés, les confesser, faire pénitence, et enfin vivre une nouvelle vie 7 Qui est-ce qui est admis à 30".

la Sainte Communion, sans cet avertissement et sans ce commandement? Informe-t'en, et lu en auras la confirmation. Est-il une Église dont la doctrine ne soit pas fondée sur les préceptes du Décalogue, et les préceptes du Décalogue ne sont-ils pas les préceptes de la vie? Quel est l'homme de l'Église, dans lequel il y a quelque chosede l'Église, qui ne reconnaisse pas, dès qu'il l'entend dire, que celui qui vit bien est sauvé, et que celui qui vit mal est condamné? C'est pourquoi, dans la Foi symbolique Athanasienne, qui est aussi la Doctrine reçue dans tout le Monde Chrétien, il est dit i< que le Seigneur viendra pour juger les vivants et les morts, et que ceux qui ont fail de bonnes œuvres entreront dans la vie éternelle, et que ceux qui en ont fait de mauvaises iront dans le feu éternel, n D'après cela il est évident que, considérées intérieurement, les doctrines de toutes les Églises enseignent la vie; et puisqu'elles enseignent la vie, elles enseignent que la salvalion est selon la vie; or, la vie de l'homme n'est point inspirée en un moment, mais elle est formée successivement, et réformée à mesure que l'homme fuit les maux comme péchés, par conséquent à mesure qu'il sait ce que c'est que le péché et qu'il le connaît et le reconnaît, et à mesure qu'il ne le veut point et que par suite il y renonce , et a mesure qu'il connaît aussi ces moyens qui se réfèrent a la connaissance de Dieu ; la vie de l'homme est formée et réformée par toutes ces choses, qui ne peuvent pas être infusées en un moment; car il faut que le mal héréditaire, qui en lui-même est infernal, soit éloigné, et que le bien, qui en lui-même est célesLc, soit implanté à la place de ce mal ; l'homme par son mal héréditaire peut être comparé à un hibou quant à l'entendement, et a un serpent quant à la volonté ; et l'homme réformé peut être comparé a une colombe quant à l'entendement, et a une brebis quant à la volonté; c'est pourquoi la réformation et par suite la salvalion, opérées en un moment, seraient comme le changement subit d'un hibou en une colombe, et d'un serpent en une brebis; qui est-ce qui ne voit pas, pourvu qu'il sache quelque chose de la vie de l'homme, que cela ne peut avoir lieu, à moins que la nature du hibou et du serpent ne soit ôtée, et que la nature de la colombe et de la brebis ne soit implantée? On sait aussi que tout Intelligent peut devenir plus intelligent, et tout sage plus sage, et

SUR LA DIVINE l'ROVIDENCE. 355

que l'intelligence et la sagesse chez l'homme peuvent croître, et croissent chez quelques-uns, depuis l'enfance jusqu'à la On de la vie, et que l'homme est ainsi continuellement perfectionné; pourquoi n'en serait-il pas mieux encore de l'intelligence et de la sagesse spirituelles, elles qui montent par deux degrés au-dessus de l'intelligence et de la sagesse naturelle, et qui en montant deviennent angéliques, c'est-â-dire, ineffables! Que celles-ci chez les anges croissent éternellement, c'est ce qui a été dit ci-dessus : qui est-ce qui ne peut comprendre, s'il le veut, qu'il est impossible que ce qui est perfectionné éternellement soit parfait en un instant?

339. D'après cela il est donc évident que tous ceux qui pensent d'après la vie à la salvation, ne pensent nullement à la salvation opérée en un moment par miséricorde immédiate, mais qu'ils pensent aux moyens de salut sur lesquels et par lesquels le Seigneur opère selon les lois de sa Divine Providence, ainsi par lesquels l'homme est conduit par le Seigneur d'après la pure Miséricorde. Mais ceux qui ne pensent pas d'après la vie au salut, supposent l'instantané dans la salvation, et l'immédiat dans la Miséricorde; ainsi font ceux qui séparent la foi de la charité; la charité est la vie ; ils supposent que la foi est donnée en un moment, et même à la dernière heure de la mort, sinon auparavant; et c'est aussi ce que font ceux qui croient que la rémission des péchés sans la pénitence est l'absolution des péchés, et ainsi la salvation, et qui se présentent à la Sainte Cène ; puis aussi ceux qui ont confiance dans les indulgences des moines, dans les prières de ceus-ci pour les défunts, et dans les dispenses provenant du pouvoir qu'ils se sont attribué sur les âmes des hommes.

3Ù0. IV. La salvation opérée en un moment par miséricorde immédiate est un serpent de feu volant dans l'Église. Par un serpent de feu volant il est entendu un mal qui brille d'un feu infernal; la même chose est signifiée par le serpent de feu volant dans Ésaïe : «Ne te réjouis pas, Philistée tout entière, de ce qu'a été brisée ta verge qui te frappait, car de la racine du serpent sortira un basilic, dont le fruit sera un serpent de feu votant. » — XIV. 29, — Un tel mal vole dans l'Église, quand on y croit à la salvation opérée en un moment par miséricorde immé-

diale; car par la, 1" la religion est abolie; 2° la sécurité est introduite; 3" el la damnation est imputée au Seigneur. Quant à ce qui concerne le Premier point, que par là ta religion est abolie; il y a deux essentiels et eu même temps deux univemux de la religion, la Reconnaissance de Dieu et la Pénitence ; ce sont là deux choses vaines pour ceux qui croient être sauvés par la Miséricorde seule, de quelque manière qu'ils vivent; car qu'cst-il besoin d'autre chose que de dire : « Mon Dieu, aie pitié de moi ! » Sur tout le reste concernant la religion ils sont dans l'obscurité, et même ils aiment celte obscurité; sur le premier essentiel de l'Église, c'està-dire, la Ile connaissance de Dieu, ils ne pensent rien, sinon : Qu'est-ce que Dieu? qui est-ce qui l'a vu! Si l'on dit qu'il existe, et qu'il est un, ils disent qu'il est un; si l'on dit qu'ils sont trois, ils disent aussi qu'ils sont trois, mais que les trois doivent être nommés Un ; telle est la reconnaissance de Dieu chez eux. Sur l'autre essentiel de l'Église, c'est-à-dire, la Pénitence, ils ne pensent rien, par conséquent rien non plus sur aucun péché; et enfin ils ignorent qu'il y ail quelque péché, et alors c'est avec volupté qu'ils entendent dire et reçoivent, que la Loi ne damne point, parce que le Chrétien n'est pas sous son joug; et que, pourvu qu'on dise : « Mon Dieu, aie pitié de moi à cause de ton Fils, * on sera sauvé; telle est la pénitence de la vie chez eux. Mais ôle la pénitence, ou, ce qui est la même chose, sépare la vie d'avec la religion, que Teste-l-il, sinon ces mots : « Aie pitié de moi? » De là vient qu'ils n'ont pas pu dire autre chose, sinon que par ces mots la salvation est opérée en un moment, et même à l'heure de la mort, si ce n'est auparavant Qu'est-ce alors que la Parole pour eux, sinon une voix obscure et énigmatique proférée de dessus le trépied dans l'antre, ou comme une réponse inintelligible de l'oracle d'une idole? En un mot, si lu Ûtes la pénitence, c'est-à-dire, si tu sépares la vie d'avec la religion, qu'est-ce alors que l'homme, sinon un mal qui brille d'un feu infernal, ou un serpent de feu volant dans l'Église ï car sans la pénitence l'homme est dans le mal, et le mal est l'enfer. Secondement. Par ta croyance à ta salvation opérée en un moment par pure et seule miséricorde la sécurité de ta vie est introduite. La sécurité de la vie tire son origine ou de la croyance de l'impie qu'il n'y a point de

vie après la mort, ou de la croyance de celui qui sépare la vie d'avec la salvalion ; lors même que celui-ci croirait à la vie éternelle, toujours est-il qu'il pense : Soit que je vive bien, ou que je vive mal, je peux êlre sauvé, puisque la salvation est une pure Miséricorde, et que la Miséricorde de Dieu est universelle, parce qu'il ne veut la mort de personne. Et si par hasard il lui vient à la pensée que la Miséricorde doit Être implorée par les mots de la croyance reçue, il peut penser : Cela peut être fait, sinon d'avance, du moins à l'instant de la mort. Tout homme qui est dans cette sécurité regarde comme rien les adultères, les fraudes, les injustices, les violences, les blasphèmes, les vengeances; mais il abandonne sans frein sa chair et son esprit à tous ces maux ; il ne sait pas non plus ce que c'est que le "mal spirituel et la convoitise de ce mal; s'il en apprend quelque chose d'après la Parole, cela est comme ce qui tombe sur de l'ébène et rebondit, ou comme ce qui tombe dans une fosse et est englouti. Troisièmement. Par celte croyance la damnation est imputée au Seigneur. Quiest-cc qui ne peut conclure que ce n'est pas la faute de l'homme, mais celle du Seigneur, si l'homme n'est pas sauvé, quand le Seigneur peut sauver chacun par pure Miséricorde? Si l'on dit que le moyen de salvation est la foi ; mais quel est l'homme à qui celte foi ne puisse pas être donnée, car cette foi est seulement une pensée, laquelle peut être infusée dans tout état de l'esprit abstrait des choses mondaines, même avec la confiance? et celui-là aussi peut dire : Je ne puis de moi-même la prendre; si donc elle n'est pas donnée, et que l'homme soit damné, qu'esl-ce que peut penser le damné, sinon que c'est la faute du Seigneur, qui a pu et- n'a pas voulu? Ne serait-ce pas là appeler le Seigneur immiscricordieux? et, de plus, dans l'ardeur de sa foi, ne peul-il pas dire : Comment le Seigneur peut-il voir tant de damnés dans l'enfer, lorsque cependant il peut en un seul moment les sauver tous par pure miséricorde ? sans parler de beaucoup d'autres raisonnements semblables, qui ne peuvent être considérés que comme d'infâmes accusations contre le Divin. Maintenant, d'après ces explications, on peut voir que la foi à une salvation opérée en un moment par pure Miséricorde est un serpent de feu volant dans l'Église.

358 LA SAGESSE ANGÉLIQUE SUR LA DIVINE PHOViDEtlCE.

Qu'on m'excuse si, pour remplir ce resta de papier, j'ajoute cette relalioo. Quelques esprits par permission montèrent de l'enfer, et me dirent :« Tu as écrit beaucoup de choses d'après le Seigneur, écris aussi quelque chosed'après nous.oJe répondis :«Qu'écriral-je? n Ils dirent : « Écris, que chaque esprit, qu'il soit bon ou qu'il soit mauvais, est dans son plaisir; le bon, dans le plaisir de son bien, et le mauvais dans le plaisir de son mal n Je ils celle question : a Qu'est-ce que votre plaisir? » Ils dirent que c'était le plaisir de commettre adultère, de voler, de frauder, de mentir. El de nouveau je demandai : a Quels sont ces plaisirs? ■ Ils dirent : u Ils sonl sentis par les autres comme des puanteurs d'excréments, comme des infections cadavéreuses, et comme des odeurs d'urines croupies. » Je dis :o Ce sont donc là de3 choses agréables pour vous? » Ils dirent : «Très-agréables. » Je dis : «Alors vous êtes comme les bètes immondes, qui vivent dans de pareilles ordures, d Ils répondirent :« Si nous le sommes, nous le sommes, mais ces odeurs sont les délices de nos narines, n Je demandai : o Qu'écrirai-je de plus d'après vousïo Ils dirent :« ceci, qu'il est permis à chacun d'ûlre dans son plaisir, même le plus immonde, ainsi qu'on l'appelle, pourvu qu'il n'infeste ni les bons esprits, ni les anges; maïs comme nous n'avons pu faire autrement que de les infester, nous avons été chassés et précipités dans l'enfer, où nous souffrons cruellement. » Je dis :« Pourquoi avez-vous infesté les bons? a Ils répondirent qu'ils n'avaient pas pu faire autrement; c'est comme une fureur qui s'empare d'eux, quand ils voient quelque ange, et qu'ils senlenl la sphère Divine qui l'entoure. Alors je dis : « Par conséquent vous êtes aussi comme des bétes féroces. » En entendant ces mots, il leur survint une fureur, qui apparut comme le feu de la haine, et de peur qu'ils ne causassent du dommage, ils furent replongés dans l'enfer. Sur les Plaisirs sentis comme odeurs et comme puanteurs dans le Monde spirituel, voir ci ; dessus, N°' 303, 30û, 305, m.

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