SCÈNE LIV
( Chez Catherine de Mcdicia. )
CHARLES IX, CATHERINE DE MÉDICIS, LE DUC D'ANJOU , HENRI D'ANGOULÊME , LE DUC DE GUISE , GONZAGUES, TAVANNES ,
GQNDI. ( Ils sont tous assis. ) '
CHARLES
J'ai voulu me trouver au milieu de vous, Messieurs, pour vous demander encore une fois si voug persistez toujours à penser qu'il importe à la sûreté de ma couronne que tous les calvinistes périssent. Je vous prie de réfléchir mûrement sur l'état des choses avant de prendre une détermination définitive, car ma réputation est entre vos mains. Vous allez décider si Ton étouffera en France le calvinisme encore au berceau , si mon nom sera ou ne sera point en horreur dans la postérité. Je n'ignore pas qu'un prince, sans rien perdre de sa gloire, peut se défendre, par tous les moyens possibles, contre des sujets dangereux ; mais il faut au moins que ce
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danger soit bien prouvé ; il faut que la tranquillité de. l'état, soit réellement menacée. N'oubliez pas, Messieurs, que le glaive qui tombe du trône ne doit jamais frapper par vengeance, et que la clémence est aussi la justice des rois. ( Au duc de Guise. ) Parlez , Monsieur Je duc.
GUISE. (lise lève.)
Sire , la justice d'un prince est tout entière dans le salut de son peuple. Quand Dieu voulut qu'il y eût des rois, il leur imposa l'obligation d'être justes envers. leurs sujets, c'est-à-dire, de récompenser les bons et de punir les méchans. Il est sans doute des circonstances heureuses où l'on peut écouter la clémence et pardonner aux coupables : mais ces douces inspirations du cœur doivent être étouffées quand la raison d'état l'exige. La générosité, qui traîne après elle le repentir et les regrets, n'est pas vertu chez les princes ; c'est faiblesse. Jetons un coup d'œil, Sire , sur l'état de la France depuis la naissance de l'hérésie jusqu'à nos jours, et Votre Majesté pourra décider , dans sa haute sagesse , ce que méritent des hommes avides de nouveautés et de bouleversemens.
A peine le venin de l'hérésie fiit-il répandu parmi nous, que le trône chancela sur sa base. Valdo, Wiclef , Jean Hus, Luther, Zuingle, Calvin, ont excité dans les esprits une indocile curiosité des choses saintes, la fureur de l'examen dans tout ce qui doit être respecté , une tendance criminelle à la
rébellion. L'histoire entière des derniers temps se lève en témoignage du fatal ascendant des prétendus réformateurs. C'est à ces hommes , nés pour le malheur des. rois et l'affliction de l'église, que nous de vons aujourd'hui le déplorable spectacle d'un peuple qui a eu l'audace de créer une république au milieu de la monarchie espagnole, et de faire entendre des cri& d'indépendance et de liberté à côté du trône, de Charles-Quint. Les mots de ralliement de vos sujets calvinistes, Liberté de conscience, ne paraissent d'abord que l'expression simple d'un droit nature] ; mais l'expériçnce prouve malheureusement que cette doctrine avouée n'a jamais été chez eux qu'un prétexte pour arriver au pouvoir et imposer des lois à Votre Majesté. Des rebelles veulent surprendre la cour à Blois , se saisir de la personne du prince, l'obliger même de déclarer Louis de Condé lieutenant général du royaume, et ils crient: Liberté de conscience ! Ils veulent renouveler ce scandale à Monceaux, sous les yeux du connétable de Montmorency , et ils crient encore : Liberté de conscience ! Non , Sire , non , ce n'est pas a des hommes dévorés d'ambition et qui ne cherchent à renverser les autels que pour parvenir à limiter le pouvoir du gouvernement ; ce n'est pas à des hommes dont la doctrine cachée est plus anti-monarchique peut-être que leur croyance religieuse n'est opposée à la nôtre, que Votre Majesté doit accorder sa confiance,
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ni même pardonner le sang qu'ils ont fait répandre. H faut qu'un grand exemple de rigueur mette le trône de mon roi h l'abri des tempêtes révolutionnaires qui grondent encore dans le lointain. Que le calvinisme, frappé à mort dans tout le royaume, tombe ett sacrifiée aux mânes de ces nobles guerriers qui ont péri pour leur prince et la religion sous le fer des rébelles de Dreux, de Jarnac, de Moncontoun Et puisse cette haute justice d'état ramener la pai* depuis si long-temps exilée, raffermir le trône sur une base inébranlable, et consoler mon père dans sa tombe du crime de Coligni et de Théodore de
Bèzè (58), (n«jrt5 8 « î d.(*)
CHARLES, à Ta vannes.
Quel est votre avis, Monsieur le Maréchal?
TAVAW NES. (Il «élève. )
Sire, M. le duc de Guise, digne fils du vainqueur de Metz et de Calais, a été le fidèle interprète de
(*) Ce discours de Guise n'est qu'un sophisme perpétuel, qui ne pouvait entraîner qu'un roi dominé par les affreux conseils de sa mère. Il serait très- facile de prouver, l'histoire à la main , que ta première paix conclue avec les calvinistes en i563j la Seconde en i568 , et la troisième en 1^70 , furent rompues par la cour, et que les prédécesseurs de Charles IX, , et lui-même, n'auraient jamais eu rien à redouter des réformés , si ceux-ci n'avaient pas été continuellement en butte à d'atroces persécutions.
Î)RÀME. Iig
mes sentUoen*. Le* calviniste» doivent tomber sous nos coups, non-seulement pour assurer le triomphe de la religion que l'on outrage, mais pour sauver la monarchie des dangers dont elle est menacée.
PENRI d'aNGOULÊME.
Rien n'ayant pu extirper l'hérésie parmi nous, ni les supplices des réformés sous le règne de Frai*çois I, ni l'éloquence du cardinal de Lorraine au colloque de Poissi, ni mêipe les chambres ardentes des parlemens, il faut en finir par un massacre général.
GONDI
Exterminons sans pitié des rebelles qui ont eu l'audace d'ouvrir le port du Havre aux Anglais.
GONZAGUES
Et de demander des auxiliaires au Palatinat (09). lï: ntjc d'anjou.
Des hommes qui ont arboré l'étendard de l'impiété, parce qu'ils savent que le catholicisme est le plus solide appui de la royauté, de la royauté telle que Votre Majesté la tient de ses ancêtres , et telle qu'elle a le droit de la transmettre à ses descendans.
TAVANNES
N'oublions pas que les huguenots, couverts de Sacrilèges, ont abattu la sainte croix, renversé les images, dispersé les hosties consacrées, et insulté aux cendres de nos rois.
\%o LA SAINT-BARTEÉLEMI.