SCÈNE PREMIÈRE
COLIGNY, TÉLIGNY, GUERGHY, AMBROISE PARÉ, UN AIDE-CHIRURGIEN, DEUX GEN- TILSHOMMES-
Coligny est étendu sur un lit de camp. La manche gauche de son pourpoint est coupée et découvre le bras qu'Ambroise Parc est occupé à panser. Celui-ci est incliné du côté gauche du lit en face de Coligny. Au chevet du même côté, se tient i\n aide- chirurgien, à genoux, tenant une aiguière et de la charpie. Guerchy est debout près de lui et soutient la tête de l'amiral. — Du côté droit, Téligny est h genoux, la tôte penchée sur le lit ; on ne voit point son visage, et il paraît perdu dans sa douleur. — Deux gentilshommes sont plus en arrière, et tantôt s'approchent de l'amiral pour son service, tantôt sortent et rentrent pour porter ou rapporter des nouvelles.
i»AHÉ.
Voilà la balle.
Il la donne à Guehsby; GUEReUY.
Bonté divine î elle est de poids* Et pourvu qu'elle ne soit pas empoisonnée !
COLIGNY
C'est comme il plaira à Dieu.
PARÉ
Mais, en attendant, buvez-moi ceci. — Encore.
(Montrant un breu-vage que l'aide verse à l'amiral.) En CaS de poisOn,
voilà pour y mettre ordre.
TÉLIGNY, sanglotant.
Dieu ! . . . Dieu ! . . . mon pauvre père I . . .
COLIGNY
Pourquoi pleurer? je me sens trop heureux d'avoir été ainsi blessé pour le nom de Jésus.
PARÉ
Ne bougez, s'il vous plaît. (Il lul bande le bras gauche.) — Ah !
monsieur de Guerchy, quel coup pour la religion !
COLIGNY
Pensez-vous que notre sainte religion tienne à un chrétien de plus ou de moins ?
PARÉ
Ne parlez pas, je vous prie. — Ce linge est trop court Quand on est pris au dépourvu.... n'importe,
cela tiendra. Il se redresse et ie regarde.
GUERCHY
Si je mettais quelque chose sous son bras?
Il prend un coussin.
PARÉ
Faites doucement! — (Regardant l'amirai.) L'œil est
bon. — (A Guerchy.) Si bien, monsieur de Guerchy, que vous ne soupçonnez pas d'où le coup peut partir?
GUERCHY
Je n'y ai pas encore pensé.
PARÉ
Hum ! cela met bas toutes nos affaires.
COLIGNY
Est-ce qu'on n'est point allé chercher M. Merlin?