SCÈNE II
LES MÊMES, M. MERLIN, puis MM. DE LA ROCHEFOUCAULD et DE PILLES.
COLIGNY, à Merlin.
.Ah! venez.... venez voir les bienfaits de Dieu. Je suis cruellement blessé. Mais je reconnais que c'est sa volonté, et je le remercie. Prions-le seulement afin qu'il m'accorde le don de persévérance.
PARÉ, à Guerchy.
Mais ne pourrait-on l'empêcher de parler ?
MERLIN, le regardant avec douleur.
Juste Dieu !
COLIGNY
Eh quoi, m'allez-vous pleurer aussi? ne voulez-vous pas me consoler?
MERLIN
Quelle consolation vous donner. Monseigneur, qui ne vous soit présente?.... La foi vous dit que Dieu vous honore en vous élisant martyr.
TÉLIGNY, sanglotant.
Martyr!.... ô ciel!'....
COLIGNY
Si Dieu me traitait selon sa justice, je devrais endurer beaucoup plus.
ils LA SAINT-BARTHÉLEMY.
MERLIN
Vous faites bien de détourner ain si avotre pensée de (;^ux qui vous ont fait tort pour l'élever vers celui qui frappe et qui guérit. ^ ^^''^'
Je vous assure que je pardonne de bon cœur à ceux qui m'ont valu ceci. Quel mal m'ont-ils fait? La mort n'est que rentrée de la vie éternelle.
PARÉ
Oh I nous n'en sommes pas là. J'y ai pourvu.
Bruit à la porte. — Un des gentilshommes veut empêcher qu'on n'ouvre 'du dehors.
LA ROCHEFOUCAULD, ouvrant de force.
Laissez-moi entrer, par Dieu ! Je viens de la part du roi.
Il entre avec Pilles.
PARÉ
Paix là, messieurs, de grâce.
COLIGNY
Qu'est-ce?.... Ah! c'est vous.
LA ROCHEFOUCAULD
Enfin je VOUS vois !.... Mon père, mon bon père !,..
il veut baiser sa main gauche, Paré le retient. PARÉ.
Prenez donc garde .
LA ROCHEFOUCAULD
Dieu soit béni! vous êtes vivant !.... Oui, vous voilà bien.... un peu pâli et où êtes-vous blessé?
COLIGNY
Vous quittez le roi? que vous a-t-il dit?
Tout ce qu'il fallait dire. 11 jure de vous venger
PILLES
Il vous engage à vous bien soigner, et à vous en remettre à lui pour le reste.
PARÉ
Vous entendez, Monseigneur ? il faut vous soigner. . . .
LA ROCHEFOUCAULD
J'admire votre courage, je ne vous vis jamais si calme.
MERLIN
Monsieur, apprenons à souffrir.
COLIGNY
Pardon, monsieur Merlin, un mot seulement avec
eux, et puis je suis à vous. (Les assistants reculent un peu, hors la Rochefoucauld et Pilles. — Coligny à ces derniers :) VoUS n'aVCZ
rien à me dire ?
LA ROCHEFOUCAULD
Pilles a quitté le roi après moi.
PILLES
Tout est bouleversé au Louvre ; le roi peut à peine donner des ordres. Mais il m'a chargé de vous répéter qu'il songe à votre sûreté.
COLIGNY, souriant.
Un peu tard. — N'importe, je lui rends grâces. — Et la reine mère?
PILLES
Elle appuie, elle encourage son fils... C'est une femme de tête.
LA ROCHEFOUCAULD
J'ai cru que je ne parviendrais jamais jusqu'ici, tant il y a de foule dans les rues voisines. Et puis j'ai rencontré Moneins qui venait de visiter la maison où s'était caché l'assassin. . .
GUERCHY, se rapprochant.
Eh bien?
COLIGNY
C'est dans la rue des Fossés Saint-Germain
LA ROCHEFOUCAULD
Oui, on m'a montré la fenêtre ; l'arquebuse y pend encore aux barreaux où elle était attachée
TÉLIGNY
Mais qu'a-t-on trouvé ?
LA ROCHEFOUCAULD
Une vieille servante, un petit laquais qui ne savent que dire. On prétend que la maison appartient à un secrétaire du duc d'Anjou. Moneins a rassemblé ce qui s'est trouvé là de nos gens, il continue ses recherches, il a mis des sentinelles à la porte.
Et le peuple?
LA ROCHEFOUCAULD
Gomme à l'ordinaire, très-mauvais. Je n'ai entendu que railleries et menaces. Mais, à chaque instant, il arrive des nôtres dans votre hôtel, et je pense qu'on mettra cette canaille à la raison.
COLIGNY
Tout beau, nulle violence. Guerchy, allez-y de ma