‹ La Saint-Barthélemy, drame inédit, publiéChapitre 120 sur 237 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

COLIGNY, LE ROI DE NAVARRE, LES MA- RÉCHAUX DE COSSÉ ET DE DAMVILLE, LA ROCHEFOUCAULD, ROSNY, SÉGUR, ROHAN, PARDAILLAN, MONTGOMMERY, BOUCHAVANNES, PILLES, MERLIN, TEX- TOR.

Quelques-uns des protestants sont armés ; Montgommery l'est de pied en cap, avec la dague et le poiguard à la ceinture.

HENRI

Entrez, messieurs, je veux vous voir tous. — Ah! Damville, et vous, monsieur de Cossé, je suis bien aise que vous soyez ici.

COLIGNY

Damville, Cossé, bonjour, je pensais bien que vous viendriez...

U s'efforce de leur tendre la niaiu.

DAMVILLE, avec expression.

Vous aviez raison de compter sur moi.

COSSÉ

Oui, Monsieur, je serais venu de moi-même. Mais j'aime mieux être ici de la part du roi, dont je vous apporte des nouvelles.

HENRI, à Cossé.

Qu'ya-t-il, Monsieur?

COSSÉ

Le roi m'a chargé, Sire, de dire à M. l'amiral

combien il est marri de l'action détestable que l'on a tentée sur lui, et qu'il n'a d'autre pensée que de le voir sauf et vengé; que pour l'une de ces choses, il allait lui envoyer son premier chirurgien, Ambroise Paré, si Sa Majesté n'eût appris qu'il était déjà ici, et elle l'a aussitôt mandé pour connaître l'état d'un si illustre blessé.

COLIGNY

Que je lui rends grâce !

COSSÉ

Quant à l'autre objet, le roi veut que vous sachiez qu'il a ordonné qu'on informât sur-le-champ, et il a donné commission expresse aux présidents de Thou et de Morsen et au conseiller Viole. Toutes les portes de la ville ont dû être fermées.... D'après le conseil de sa mère, il désire que tous les gentilshommes huguen...., de la religion, veux-je dire, se rassemblent en armes dans ce quartier, non loin du Louvre et autour de votre maison Le roi entend que vous demandiez, Monsieur, tout ce qu'il vous plaît de plus pour votre sûreté et celle de vos amis.

COLIGNY

Parlez-lui de ma reconnaissance, Monsieur. Téligny est allé lui porter ma seule prière qui serait de le voir. Quant à mes amis, ils ont auprès du roi un plus grand protecteur, et c'est le roi de Navarre.

COSSÉ, s'incliaant.

Sire

DENRI.

Oui, Messieurs, et je veux bien vous prévenir que je me rends de ce pas chez le roi pour y traiter de nos affaires. J'espère que vous me seconderez fidèlement. Mais sans négliger aucune mesure de prudence, gardez-vous de donner ombrage, ou prétexte à nos ennemis. Dites de ma part à tout notre monde que j'entends qu'on s'en remette à moi, et que nul ne s'ingère de tirer avant le signal. Moi seul, je le donnerai, s'il y a lieu, comme c'est le droit de mon rang et ma volonté. Je n'ignore pas que la plupart d'entre vous sont mes amis, mais ventre-saint-gris, j'espère leur avoir prouvé en temps et lieu que je suis bon cadet, de même foi qu'eux, d'autant de cœur, et, de plus, du sang de leurs rois.

ROSNY

Sire, vous savez que j'ai voué ma famille à votre maison

ROHAN

Tous les amis de M. l'amiral

COLIGNY

Sont comme lui les serviteurs du roi de Navarre, je l'espère ainsi, Messieurs.

MONTGOMMERY, à Ségur, bas.

Encore un qui veut qu'on se laisse écorcher sans crier I Maugrebleu de leur folle prudence!

HENRI

Monsieur de Cessé, vous reviendrez avec moi chez lo roi.

COSSÉ

Sire Monsieur l'amiral, je pourrai dire au roi

que vous êtes mieux?

COLIGNY

C'est la moindre des affaires Gossé, un mot encore. (Cossé s'approche, et se baisse Ters lui; l'amiral continue à demi-

voîx.) Eh bien, Gossé, que dites-vous de ceci? Vous souvenez-vous de ce que je vous ai annoncé il n'y a pas longtemps ? Monsieur de Gossé, prenez garde à vous.

GOSSÉ, se relevant.

Adieu, monsieur l'amiral.

HENRI

Venez, monsieur...

COLIGNY, à Cossé qui s'éloigne.

Gossé, une seule chose, obtenez que je voie le roi.

Henri sort avec Cossé, et tous saluent. — Avant de sortir, Damville s'approche de l'amiral.

DAMVILLE, très-bas.

Je vous quitte. — H y a trop de monde ici pour moi. Au reste, je n'ai rien à vous dire, nous nous connaissons, et vous savez où me trouver.

(il lui serre la main.)

COLIGNY, bas.

Avez-vous des nouvelles de Ghantilly?

DAMVILLE, bas.

Le roi a dû y envoyer, mais je ne crois pas que mon frère vienne.

COLIGNY, de même.

Vous me ferez dire sa réponse.

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