‹ La Saint-Barthélemy, drame inédit, publiéChapitre 119 sur 237 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

mienne. Deux grands intérêts nous pressent : il faut garder le roi et veiller notre parti ; si l'un nous manque, l'autre nous échappe ; observez-les tous deux, et, vous rendant d'abord près du roi, assurez-vous de ses dispositions, et prenez au Louvre la place qui vous appartient, celle de représentant de la Réforme et de défenseur de la paix.

HENRI

J'entends. Comptez que je vais bien examiner le roi, surtout la reine mère... mais avant tout je veux presser la découverte et la punition...

COLIGNY

Songez à notre sûreté ; et, quant au meurtrier, souvenez-vous que je lui pardonne.

HENRI

Amiral, gardez votre clémence : vive Dieu, c'est vertu de roi qu'on offense. Je sais pardonner à mes ennemis, mais je ne ferai point grâce à qui porte la main sur mes amis.

COLIGNY

Sire, au moins un conseil : dans aucun cas, la guerre ne doit venir de nous.

HENRI

A qui le dites-vous? Amiral, avant tout, j'aime la France, et le cœur me saigne quand nos gens s'égorgent... Vrai, il me semble voir s'entre-battre mes frères ou mes enfants.

194 LA SAINT-BâRTIIÉLEMY.

COLIGNY

Ah! Sire!... vrai sang de nos rois, si jamais... si jamais le flot des affaires et le droit de votre naissance vous portaient sur ce trône aujourd'hui si dépouillé de gloire, heureux nos enfants, heureuse la France! Nos travaux seraient payés, notre sang n'aurait pas en vain coulé, nous aurions laissé un hon roi à notre pays... Grand Dieu, si tu lui gardes un tel sort, rendsmoi, rends-moi la vie qui m'échappe, que je le voie roi avant de mourir !

HENRI

Amiral, si votre prédiction devait s'accomplir, si quelque jour mon nom et mon épée me donnaient cette couronne, je veux que votre main la soutienne sur ma tête. Grand Dieu, ne me donne jamais de royaume, ou donne-moi un ami tel que lui!

COLIGNY

Je me sens attendri... et mes yeux... Sire, Sire, que faisons-nous ? où nous entraîne unepuérile émotion ?. . . Songeons à nous.

HENRI

Oui, pendant que nous rêvons à l'avenir, le présent nous presse. Je vais au Louvre; adieu, mon père, soignez-vous et comptez sur moi. — (Appelant.) Holà, Messieurs !

Sire, je remets tout entre vosmains... Désormais je mourrai plus tranquille.

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