ACTE TROISIÈME
CATHE-RINE.
Il se taisait toujours. Mais je l'ai tant pressé durant tout le trajet, qu'à la fin, rompant le silence, il m'a répondu que l'amiral lui avait dit la vérité, en lui remontrant que les rois ne se reconnaissaient en France qu'autant qu'ils avaient puissance de bien ou mal faire à leurs sujets ; or que cette puissance s'était finement écoulée entre nos mains ; et qu'entre nos mains, elle lui pouvait devenir funeste, qu'il eût donc à s'en défier, que c'était l'avis d'un fidèle serviteur avant de mourir. — « Eh bien, par la mort, a-t-il » ajouté, puisque vous l'avez voulu savoir, voilà ce » que me disait l'amiral. » — Ce sont ses propres paroles.
LE Diic d'anjou.
Nous sommes perdus !
CATHERINE, lui saisissant vivement le bras.
Perdus ! dites-vous? — Paix donc !
LE DUC d'anjou.
Ma; mère, je crois, Dieu me pardonne! que la main vous tremble encore.
CATHERINE, le lâchant.
Moi!... VOUS rêvez.
LE DUC d'anjou.
Et ce Montgommery, ma mère ! quels regards !
CATHERINE
Ne m'en parlez pas.
LE duc d'anjou.
Je croyais voir le basilic au fond d'un puits.
n6 LA SAINT-BARTHÉLÉMY.
CATHERINE, se promenant avec agitation.
Ah! c'est trop... c'est trop... Je ne puis vivre ainsi un jour de plus... Il faut qu'on me les tue... Il faut qu'on me les tue.
LE DUC d'aNJOU, avec joie.
Ah! ma mère!
CATHERINE, hors d'elle.
11 faut qu'on m'en débarrasse, demain, ce soir... Je ne sais... Je ne respirerai pas que cela ne soit fait... Les vilaines gens !... N'est-ce pas, Henri?... Mais parlez donc
LE DUC d'aNJOU.
Ma mère, je dis comme vous.
CATHERINE, lui prenant la tête et l'embrassant.
Henriot, mon pauvre enfant!... Va, nous nous tirerons de leurs mains... je te le promets.. . Les vilaines gens... Je veux que le bon Dieu me bénisse, si j'en laisse un seul en vie.
LE DUC d'aNJOU.
Ah ! ma bonne mère !
CATHERINE
J'ai trop patienté... Il faut en finir
LE DUC d'aNJOU.
Certainement il faut en finir.. . Quand, où, comment? n'importe !
CATHERINE
Que dites-vous là? il importe beaucoup.
LE DUC d'aNJOU.
Gomme vous voudrez. Je ne pensais pas. . .