SCÈNE PREMIÈRE
CHARLES, LE COMTE DE RETZ, NANÇAY, SAUVES, PLUSIEURS SECRÉTAIRES, PAGES au fond.
M. de Sauves est assis devant une table, occupé à rédiger des dépêches. Derrière lui, à un autre bureau, deux secrétaires en font des copies. Le roi se promène avec action. — Le comte de Retz est debout à l'autre extrémité, et semble attendre les ordres du roi ; de temps en temps, il dit quelques mots à Toreille de Nançay.
CnABLES , tenant dans ses mains une dépêche qu'il achève de lire. Voilà qui est comme il faut. (Il se penche sur la table et
»îgne.) Je veux que toutes les cours de l'univers sachent bien que je déteste et punirai royalement un si exécrable attentat. — Kxpédiez, monsieur de Sauves, surtout la dépôche pour iMadrid ; qu'elle soit dans les termes les plus forts. Gela réjouira notre bon frère d'apprendre que j'ai à cœur la justice en mon royaume et la vie d'un féal sujet.
SAUVES
Votre Majesté sera satisfaite.
CHARLES
Je l'espère bien Entendez-vous, monsieur de
Sauves? — (n se promène.) Écrivez, messieurs mes clercs.
— Cependant ne se passe-t-il rien? Je ne vois
personne, on me laisse, on m'oublie On doit avoir
découvert quelque chose Et mes ordres? sont-ils
exécutés? Nul ne m'en rend compte. Qu'est-ce que
cela, jarnidiable? — (U s'arrête ea face de M. de Retz.) Se mo-
que-t-on de moi, monsieur de Retz?
RETZ
Qui l'oserait. Sire?
CHARLES
Des gens que je sais et qui s'en repentiront, ou
je meure Où est ma mère. Monsieur de Retz?
RETZ
Dans son oratoire, je pense. Elle s'est levée tard, m'a-t-on dit, ayant beaucoup veillé cette nuit.
CHARLES
Ai-je donc fermé l'œil? me voilà pourtant à mes
affaires Et quelle nuit! Je ne sais, sur mon âme,
si je rêvais endormi ou tout éveillé mais je n'ai
cru ouïr que coups d'arquebuse, bruit de tocsin, cris de mort. Je n'ai vu que haches d'armes et pertuisanes ensanglantées Hum! l'étrange chose! Croirais-tu ceci, Nancay? J'ai rêvé que je jouais à la paume avec... avec le duc de Guise, quand j'ai entendu crier : «A l'aide, on assassine l'amiral! »
J'ai ouvert oui, j'ai ouvert en songe la fenêtre.....
celle qui donne sur la rivière.... Là, j'ai vu l'amiral qui tombait dans un. bateau, le flanc ouvert d'une