ACTE QUATRIÈME
pensé, mon cousin, et ne manquercz-vous pas de chevaux pour emmener tant de monde?
RETZ, à Nevers.
L'y voilà.
GUISE
Qu'est-ce, Sire?
CnARLES.
Oui, ôtes-vous bien certain de n'avoir pas prêté, donné, que sais-je? les meilleurs et les plus sûrs à gens qui eussent emprunté des ailes au diable, s'ils avaient pu, afin de s'enfuir plus vite?
GUISE
Je ne vous comprends pas, Sire; mais ce n'est pas à fuir que sont dressés les chevaux des écuries de l'hôtel de Guise.
CHARLES
C'est selon le temps, mon cousin.
GUISE, vivement.
En tout temps, Sire. Mon glorieux père portait sur son visage la marque qu'il était habitué à braver l'ennemi en face, et j'espère ne pas mourir sans que ma figure en dise autant.
CUARLES.
La cicatrice était belle, je l'avoue; mais j'ai vu hierune blessure qui rapporte moins d'honneur à ceux qui l'ont faite...
GUISE
Et à ceux qui l'ont reçue, Sire.
CIU.RLES.
Et croyez-vous, mon cousin, qu'elle se guérisse et se ferme sans laisser plus de trace que la balafre de votre père?
264 L.\ SÂlNT-BARTIIÉLEMY. GUISE.
Sire, onpeut faire blessure silarge et si profonde
CHARLES
Oui, avec l'arquebuse de Maurevel
GUISE
Ou avec le pistolet de Jean Poltrot, Sire. — Adieu. (Aux siens.) Suivez-ttioi, Mcssicurs
CHARLES, en colère.
Eh bien, mort du diable, partez tous! mais souvenez-vous qu'en quelque lieu que vous alliez, je saurai bien toujours vous ravoir; et si c'est vous ou les vôtres qui ont fait tuer l'amiral de Goligny, je jure bien
GUISE, l'interrompant .
Sire, si j'avais tué l'amiral de Goligny, comme ce serait acte de bon fils et de bon chrétien, je m'en accuserais si haut qu'on songerait à m'en remercier plus qu'à m'en punir.
Il sort suivi des siens.
CHARLES
Que dit-il là? Toute l'insolence de Lorraine est
incarnée en lui. — Qu'on le surveille, Gossé, qu'on le suive, assurez-vous si réellement il part.
COSSÉ
Sire, il va traverser tout Paris, le peuple est pour lui; qui peut répondre qu'il n'excite pas quelque émeute ?
CHARLES
Vous dites vrai. Il pourrait, s'il en avait fantaisie,
faire briser les portes du logis de l'amiral Qui me
répondra du peuple? Nançay, il faut décidément que je voie le prévôt des marchands.