ACTE QUATRIÈME. 3H
LE DUC d'aNJOU.
Us vont sans cesse multipliant...
CATHERINE
Us poussent' comme l'ivraie...
CHARLES
Que diriez-vous si quelque coup du ciel vous en délivrait une bonne fois ?
HENNUYER
Je prierais Dieu de les recevoir en sa miséricorde.
CHARLES
Comment?
LE DUC d'aNJOU.
Une race de damnés !
HENNUYER
Aucun homme ne sait ce qui se passe au moment de la mort ; le dernier soupir peut être le verre d'eau de rÉvangUe qui rachète tout.
CHARLES
Ainsi, ce serait peut-être leur rendre service que de hâter pour eux ce moment-là?
LE DUC d'aNJOU.
Comment donc? mais ce serait travailler à leur salut.
C'est en parlant d'eux que le bon évêque de Bitonte a dit : Chepieta loi* ser crudele, che crudella loi' sei* pietosa.
HENNUYER
Pardon, Madame, je ne comprends pas.
312 LA SÂlNT-BARTIlELEMY.
CHARLES
Tous ne comprenez pas qu'on peut égorger la brebis pour la soustraire au loup dévorant?
HENNUYER
Le pasteur n'est pas le boucher, Sire.
CATHERINE
Mon fils veut dire, monsieur, que le temps est arrivé où l'Élat peut seul sauver l'Église en- lui prêtant son bras.
HENNUYER, naïvement.
Pour quoi faire, madame ?
LE DUC d'aNJOU.
Pour exterminer l'hérésie.
HENNUYER
Où est le bras qui persuade, monseigneur?
CHARLES
Mais n'y a~t-il pas, dans l'Écriture : Je suis venu apporter le glaive ?
HENNUYER
Oui, le glaive de la parole.
CHARLES
Et ailleurs : J'apporte la guerre et non la paix?
HENNUYER
Oui, la guerre aux passions du siècle, à celui que l'Écriture appelle le prince du monde, et le prince du monde est Satan.
CATHERINE, bas à son fils.
Vous n'en tirerez rien, c'est un cafard. — (a l'évêque.)