ACTE PREMIER
d'eux.) Sur ce point, Messieurs, je veux vous dire ma pensée, et n'y plus revenir. Jusqu'ici, je ne cesse point de croire à la parole du roi. Mais fallût-il le payer bien cher, mon parti est pris : je ne romprai point le premier ; je ne retomberai jamais de mon chef aux ennuis et aux horreurs de la guerre civile. Pour mon compte, j'aime mieux mourir.
MONTGOMMERY
Parlez pour vous. Nous ne sommes pas encore si vieux ni si usés que le harnois nous pèse, et que nous n'aimions mieux dangers de guerre que pièges de paix.
COLIGNY, très-Tivement.
Tête-Dieu! Qu'entends-je là? Voilà la charrue qui
veut conduire les bœufs Tête-Dieu! Le sang me
bout dans les veines d'ouïr de pareilles choses !
MONTGOMMERY
Ma foi, Monsieur
COLIGNY
Paix, l'ami ! pas un mot de plus. — Point de guerre civile, 'Messieurs, c'est entendu. Les écervelés et les brouillons peuvent rêver de nouvelles révoltes. Mais pour les gens sages et vrais Français, pour qui aime la guerre et non le désordre, le champ est ouvert en Flandre. C'est là que je veux vous mener, Messieurs. Notre gloire est là, comme aussi notre salut. Soyez tranquille, Rohan, ayez bon espoir, Rosny, nous remonterons achevai avant peu. Avez-vous remarqué l'autre jour, Rosny, à cette noce, les drapeaux suspendus aux voûtes du temple Notre-Dame? Je les ai
m LA SAINT-BARTIIÉLEMY.
bien reconnus, moi! c'étaient drapeaux de triste mémoire, drapeaux de Jarnac et de Montcontour. Patience, patience, mon cher Rosny ; bientôt ils seront remplacés par des drapeaux plus agréables à voir.
ROSNY
Je l'espère, monsieur l'amiral ; mais hâtons-nous. Je languis que les fêtes de cette noce soient terminées ; j'ai toujours crainte que les livrées n'en finissent par être vermeilles.
COLIGNr.
Brisons là. Messieurs ; la conférence s'est beaucoup prolongée. — Je veille toujours, Messieurs, et le camp peut dormir sur la foi de son vieux capitaine.
ROHAN
Adieu donc, monsieur l'amiral.
ROSNY
Adieu, mon cher monsieur.
Rohan et Rosny font mine de se retirer. Bouchavannes fait aussi quelques pas pour sortir. Langoyran reste immobile, toujours éloigné des autres. Montgommery, qui voudrait s'en aller, semble embarrassé.
MONTGOMMERY, s'avançant un peu vers l'amiral et d'un ton d'excuse.
Monsieur l'amiral, quand j'ai dit
C CL IGN Y, sans l'écouter.
Adieu, monsieur de Bouchavannes.
MONTGOMMERY, il s'éloigne avec humeur.
Ah 1 tant pis
BOUCHAVANNES, à Coligny.
Monsieur, veuillez me compter toujours parmi vos serviteurs. Je donne des deux mains dans tout ce que vous faites.