ACTE PREMIER
LA ROCHEFOUCAULD
Rien n*y ressemble ; nous étions des amnistiés, et ■maintenant nous sommes les maîtres.
TÉLIGNY
S'il y avait du danger, le moyen de leprévenir serait de le braver.
LA ROCHEFOUCAULD
Sans doute ; il est étrange de proposer au plus fort de fuir.
ROSNY
J'ai ouï dire que la veille des fameuses Vêpres siciliennes les Français aussi étaient maîtres de la Si- <îile.
Oh ! quelle différence !
BOUCHAVANNES.
Il est certain que cela ne peut se comparer.
MONTGOMMERY
Laissez faire nos Italiens, et vous verrez la ressemblance.
LA ROCHEFOUCAULD
Ceci passe la raillerie, Montgommery. Il n'est pas permis de soupçonner de pareilles choses.
MONTGOMMERY
De cette cour-ci, je soupçonne tout.
TÉLIGNY
C'est trop fort. Il y a des pensées qui ne viennent point à un bon sujet du roi.
MONTGOMMERY
Bon sujet, bonne dupe.
LA ROCHEFOUCAULD
OÙ sommes-nous?... Je vous déclare, Monsieur, que je ne souffre point de telles paroles...
MONTGOMMERY
Il faudra bien les souffrir, mon courtisan.
Nous verrons.
TÉLIGNY
Nous verrons !
ROHAN
Holà... Messieurs!
ROSNY
Messieurs, liberté entière aux opinions.
MONTGOMMERY
C'est qu'il est merveilleux que les aveugles prétendent empêcher les autres d'y voir clair.
LA ROCHEFOUCAULD
D'y voir trouble.
ROHAN
Mais, sérieusement, Montgommery, voyons, mettons les choses au pis ; qu'y aurait-il à faire, si ce n'est de se tenir sur ses gardes? Je ne sais point d'autre parti.
MONTGOMMERY
Et la guerre ?
LA ROCHEFOUCAULD
L'y voilà!
ROHAN
La guerre civile !
COLIGNY, sortant de sa méditation et levant la tête.
Qui parle de guerre civile ! (ii se lève et vient au milieu