ACTE DEUXIÈME
CATHERINE, regardant le duc d'Anjou.
Cher enfant !....
TAVANES
Eh ! vive Dieu! Madame, à qui la faute? Gomment est-il entouré? Votre Majesté se plaint de choses qu'elle-même a faites. Que ne m'a-t-elle pas dit, dans le temps, sur le danger de céder aux huguenots, et elle a consenti au traité et aux édits. Elle craignait les avances que le roi leur ferait, et elle y a ajouté les siennes; si bien que la cour est maintenant pavée de huguenots, et que la survivance de Jacques Amyot, précepteur du roi Charles, a passé, je pense, à monsieur de Châtillon. Le roi ne voit que par ses yeux, n'entend que par ses oreilles, et n'a plus en tête que la guerre de Flandre, guerre anti-royale et anti-catholique s'il en fut, et dont le succès ne tend à rien de moins qu'à faire apostasier tout le royaume et son roi en tête. Certes ce ne sera pas merveille si dans peu nous ne sommes plus, nous autres, que des échappés de la potence, qui devrons grâce des biens et de la vie à nosseigneurs les huguenots.
LE DUC d'aNJOU.
11 a toujours le mot pour rire, le bon maréchal. Personne ne me plaît autant que lui.
RETZ
Mais, monsieur le Maréchal, c'est un conseil pour l'avenir que la reine voudrait.
TAVANES
Dame 1 les conseils que je donnerais, il faut des reins pour les porter.
RETZ
Mais encore?....
TAVANES
Une conférence a été demandée au roi. Apparemrnent on sait ce qu'on lui veut dire ? Ce n'est pas à moi de dicter à la reine, hormis qu'elle ne veuille un peu morigéner son fils et lui parler d'autorité.
CATHERINE
Auquel cas, que prétendez-vous que je lui dise?
TAVANES
Je n'entends pas.... Votre Majesté m'excusera.
CATHERINE, plus haut.
Je demande ce que vous voulez que je dise au roi.
TAVANES
Qu'il est en ce monde pour faire votre volonté, et que son amiral le mène à sa perdition, s'il ne le fait pendre par justice.
SAUVES
Est-ce là tout?
TAVANES
J'en pourrais dire beaucoup davantage, mais, ma foi, j'ai dit le meilleur.
RETZ
Voilà qui est très-sage, sans doute. Mais le roi est tellement prévenu qu'on ne peut songer à lui parler d'autorité, monsieur l'amiral lui répétant à toute heure que la reine et monseigneur veulent régner sous son nom.