COLIGNY, LUDOVIC DE NASSAU, LANOUE
Coligny est assis dans un grand fauteuil, devant une table sur laquelle sont étendus des plans et des cartes qu'il regarde souyent.
Le comte Ludovic de Nassau est assis à sa droite, et occupé de même.
François de Lanoue est debout à sa gauche, appuyé sur le fauteuil de l'amiral ; il est, ainsi que Nassau, en habit de voyage, avec des bottes et des éperons.
COLIGNY, à Nassau.
Ainsi, vous répondez d'avoir pris vos deux villes avant qu'il soit un mois ?
NASSAU
Sans difficulté, Mons et Valenciennes.
COLIGNY
Tenez parole, et puis comptez sur nous.
NASSAU
Vous pouvez faire partir vos gens d'armes. Je gagerais que le prince d'Orange est déjà maître de Mons.
« LA SAINT-BAHTIIÉLEMY.
Je suis tout prêt pour mon compte ; mais le roi ou son conseil ne vont pas si vite. Deux places sur la frontière, disent-ils ; tant que vous ou les vôtres ne les tiendrez pas, point d'hommes et point d'argent. Mais qu'ai-je dit là? N'emmenez-vous pas en Flandre mon brave compagnon? Vous donnant M. de Lanoue, je pense vous donner une armée.
Il se tourne vers Lanoue.
LANOUE
Grand merci, mon cher seigneur. Mais quelques milliers d'arquebuses et deux douzaines de coulevrines ne nous feraient pas de mal ; la besogne est forte, et M. le duc d'Albe est un rude ennemi.
NASSAU
Monsieur de Lanoue, vous verrez nos Flamands! L'incendie qui brûle aux Pays-Bas n'est point feu de paille qui s'évapore en fumée. Nous ne faisons point, nous autres, la guerre ni la paix à la légère. Allez, monsieur deLanoue, c'est grande joie pour nous que de vous recevoir dans nos rangs, mais vous verrez que nous méritons l'honneur de votre secours.
LANGUE
Tant mieux. Monsieur; et pourtant je ferai tout comme si je vous étais de quelque service.
NASSAU
Aussi l'êtes-vous, Monsieur, et en vous conduisant à mon frère, il me semble lui amener la victoire.
COLIGNY
Bien, bien ne nous écartons pas ; voilà donc qui