‹ La Saint-Barthélemy, drame inédit, publiéChapitre 9 sur 237 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

•est entendu. Une fois entrés dans Mons et Gomment appelez-vous l'autre ?

NASSAU

Valenciennes.

COLIGNY

Dans Valenciennes, soit, vous aurez de nos nouvelles. Les ordres sont donnés. Genlis est en Picardie, occupé à réunir du monde ; Strozzi prépare un armement à la Rochelle ; au signal convenu, vous me verrez sur la frontière avec mon armée : maintes fois nous l'avons réglé ainsi avec le roi. Que voulez-vous ? J'aurais pu sans tarder mettre à votre disposition toutes les forces du parti, mais où était la prudence de nous dégarnir ainsi ? Et puis que Gaspard de Goligny vienne en aide à Guillaume de Nassau, que les réformés de France tendent la main à ceux des Pays-Bas, la belle merveille'! Ce sont larrons qui s'entendent en foire, aurait ditlacour de Madrid ; au lieu qu'en patientant un peu, en attendant le roi, nous cessons d'être ni factieux, ni suspects; et c'est au nom du roi que nous marchons en Hainaut. Pour lors, monsieur de Nassau, soyez tranquille, nous vous rendrons ce que vous nous avez prêté dans l'occasion. Vous verrez comme nous payons nos dettes.

NASSAU

Je le sais d'avance, monsieur l'amiral. Mais, voyezvous, ne tardez pas ; il faut se presser aux affaires de cette sorte... Les temps peuvent changer... Enfin, ne tardez pas. Quant au roi, secret ou patent, son secours ne vous est-il pas assuré? Que faut-il de plus?

10 LA SAINT-BARTIIÉLEMY.

COLIGNY

Et le nom du roi, mon cher seigneur, le nom du roi!... Vos Flamands ne pensent pas à cela. Ah! si nous avions eu le nom du roi à Montcontour !... n'estpas, Lanoue?

LANGUE

Certes!... je me sens le cœur réjoui d'avoir enfin à tirer l'épée pour ma religion et mon roi tout ensemble. La guerre civile nous est rude, monsieur de Nassau, à nous pauvres gentilshommes qui ne sommes nés ni rois ni princes, il nous coûte d'en venir à de telles extrémités avec notre pays et notre maître. Non que je prétende qu'on doive se laisser molester, entendezvous? J'aimerais mieux ne voir le roi de ma vie que de vivre dans la servitude.

COLIGNY

Et remarquez, comte Ludovic, qu'un secours secret peut toujours être désavoué. Or cette cour-ci est le pays des désaveux, la reine mère estcoutumière de ces tours. Au contraire, si le roi s'engage publiquement, s'il remet son armée à son amiral, voilà le gant jeté, et la France a rompu avec l'Espagne.

NASSAU

J'entends, et ici, en France, j'entre assez dans votre sens; mais, passé la frontière, c'est tout autre chose. Ah ! monsieur l'amiral, que ne pouvez-vous partir avec moi, et sans attendre la permission de personne, venir en Flandre vous joindre à mon frère avec toute la fleur du parti! Si nous pouvions entre nous en finir de ce duc d'Albe et affranchir une fois les Pays-Bas, c'est le

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