ACTE DEUXIÈME
CHARLES
Diable d'homme!.... Voulez-vous du plus sérieux? En voici: c'est que je veux la paix que j'ai jurée, que j'entends qu'elle soit ferme et stable à toujours; je m'y attache comme à mon œuvre, et veux qu'elle s'appelle dans l'avenir la paix du roi Charles.
COLIGNY
Cela est bien,. pourvu que le roi Charles soit tout à fait le roi.
CHARLES
Amiral, pensez-vous à ce que vous dites?...
COLIGNY
J'y pense toujours, Sire, et c'est parce que j'y pense, que je dis à Votre Majesté que si elle ne se rend enfm souveraine en sa souveraineté, le jour approche où elle retombera sous le joug des partis. Déjà moi, je contiens les miens à grande peine, la guerre seule, m'en répondra. Il la leur faut, française ou étrangère.
CHARLES, avec violence.
Chiens d'hérétiques, engeance du diable qui puisse Remporter toute !
COLIGNY, souriant.
Tout beau, Sire, ce n'est point la satisfaction que je demande pour eux et pour moi.
CHARLES
Ah! mon père, je ne parle pas de vous, bien entendu.... Mais comment voulez-vous que j'en vienne à bout, puisqu'ils vous échappent à vous-même?
COLIGNY
En tenant parole, Sire, en les envoyant contre vos ennemis.
CUARLES.
Eh! jarnidiable, je n'en ai que trop d'envie !
COLIGNY
Cependant, Sire, on parle autour de vous d'un autre ton. Parmi vos conseillers privés, vos courtisans, vos valets, c'est à qui déclamera contre la guerre de Flandre; aies croire, le projet ne serait qu'un leurre offert au parti de la religion, et, vive Dieu! à l'amiral de Ghâtillon lui-même.
CHARLES
Qui dit cela, tête-bleu? Qui sont ces pendards-là? Je veux les traiter comme ils le méritent....
COLIGNY
Yotre Majesté n'a pas aies chercher bien loin d'elle. Je ne puis entrer céans sans me croiser avec eux.
CHARLES
Race d'enfer !... Ce n'est pas, amiral, qu'ils ne disent parfois des choses.... Au fait vos huguenots sont de grands brouillons, vous en convenez; ne serais-je pas trop bon de faire moi-môme leurs affaires?
COLIGNY
Les vôtres, Sire. Votre Majesté ne doit pas chercher ses ennemis en France, mais en Espagne. Ce n'est pas la maison de Bourbon, ni celle de Ghâtillon, ni enfin la maison de Lorraine qu'elle doit craindre, c'est la