ACTE DEUXIÈME. i
maison d'Autriche. Où trouver depuis bientôt cinquante ans un adversaire plus opiniâ'tre de votre couronne? En vous conseillant la guerre de Flandre, au fait, que vous proposé-je sinon d'acquérir puissance au dedans et gloire au dehors, sinon de venger l'aCfront de Pavie et la prison de votre aïeul?
CHARLES
Ah! mon aïeul, voilà un homme! et qui savait régner en dépit des partis.... Tenez, j'aurais une envie: ce serait, comme vous le dites, de reprendre ses traces, de suivre sa querelle avec la race de Charles-Quint, et en France de rétablir tous ses édits contre l'hérésie et la révolte. Voilà comme on est le maître !
COLIGNY
Vive Dieu ! Votre Majesté a-t-elle donc si grande envie d'avoir de ma cendre ? et pourtant elle n'en fera pas de reliques.
CUARLES.
Vous prenez toujours cela pour vous!... Allons, mon père, soyez tranquille. Vous êtes mon homme, et je n'en veux croire que vos avis.
COLIGNY
En ce cas. Sire, il faut que votre oreille demeure fermée aux discours de certaines gens.. Et pour commencer, je respecte infiniment madame la reine mère, mais sans compter qu'elle ne m'a point en sa bonne grâce, je pense qu'elle oublie quelquefois que son fils est roi de son chef, et majeur depuis neuf ans. Elle me semble le vouloir retenir en servitude de
femme et redouter une guerre qui de mettrait hors de page.
CHARLES
Vous la connaissez bien!....
COLIGNY
Pour votre frère Monsieur, vous n'en êtes pas à apprendre qu'il ne fait qu'un avec la reine mère, et qu'il est d'autant plus opposé à la guerre, qu'elle pourrait être une occasion pour d'autres que lui d'obtenir une renommée dont il s'est montré fort avide, vu qu'il affecte de dire qu'il a seul hérité des vertus belliqueuses de la maison de Valois.
CHARLES, grondant.
Feu d'enfer!....
COLIGNY
Tout cela est le fruit des leçons du sieur de Tavanes qui, pour l'avoir conduit à la bataille, ne voudrait pas permettre d'autres guerres que celles où commandera son élève, afin d'y commander sous son nom, jaloux qu'il est dès longtemps de la gloire que j'ai pu m'acquérir en d'autres rencontres.
CHARLES
Le beau monsieur, pour se comparer à vous !
Je ne parle pas de vos autres conseillers, pas même de M. de Retz, mauvais sycophante d'Italie, qui me caresse pour me perdre, et n'a dans le fond d'autre envie