‹ La Saint-Barthélemy, drame inédit, publiéChapitre 93 sur 237 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

COLIGNY

Ou plus tôt. Mais, Sire, qu'au moins derrière moi je laisse tout en sûreté. Votre Majesté se rappellera sa promesse concernant sa mère et son frère?

CUARLES.

Oui, vraiment.

COLIGNY

Voilà pour le roi. Voici pour mes réformés : j'en emmène un bon nombre, mais ceux qui restent, pour vous répondre de leur tranquillité, je dois leur répondre de leur salut.

CHARLES, riant.

Ah! leur salut! c'est le plus difficile ; demandez à notre Saint-Père.

COLIGNY

Je ne les défends qu'en ce monde, Sire, Dieu les défendra dans l'autre. Bref, votre ville de Paris nous tient en souci, la populace est chaque jour plus insolente, elle n'est ni réprimée ni punie.

Je ferai mander le prévôt des marchands et je lui dirai son fait.

COLIGNY

Ces douze cents hommes de vos gardes, qui sont entrés ces jours-ci, ont jeté l'alarme.

CHARLES

Vous savez que c'est justement pour maintenir la paix; je vous avais averti.

152 LA SAINT-BARÏHÉLEMY.

COLIGNY

Mais Votre Majesté m'avait assuré qu'elle en donnerait le commandement à gens dignes de confiance ; et jusqu'ici je n'entends parler ni de Turenne, ni même de M. de Biron. Quant à M. de Montmorency, il s'est éloigné, et je dois dire à Votre Majesté que, de toutes les inquiétudes des réformés, celle que leur cause son absence me paraît la plus raisonnable. Je ne partirai point tranquille, que Montmorency ne soit à la cour.

CHARLES

Tenez, vos Montmorency sont quatre fils Aymon qui m'ennuient; ne me parlez pas de ces gens qui ne sont m chair ni poisson.

COLIGNY

Ces gens-là sont vôtres. Sire ; voilà votre parti. Votre amiral lui-même ne sera bien à vous que lorsqu'il vous aura gagné des victoires.

CHARLES

Pardieu ! vous êtes un digne homme, je vous aime comme un père et vous veux embrasser... Les choses seront comme vous les souhaitez. — Écoutez, tout ce que vous m'avez dit se brouille un peu dans ma tête ; faites-moi du tout un bref mémoire, afin que je l'aie toujours présent et le consulte au besoin. Je l'accomplirai de point en point, je vous en donne ma parole d'Évangile, mille diables ! N'est-ce pas ? vous m'apporterez cela demain... ce soir... tout à l'heure. — Je ne saurais trop vous voir. . . Que je vous embrasse encore !

Page 1