ACTE DEUXIÈME
Donnez-moi vos gardes, et je vous promets de tomber à rimproviste sur les Espagnols, et de vous laisser le temps d'assembler votre armée.
CHARLES
Y pensez-vous, amiral? Partir tout soudain quand les fêtes de la noce ne sont pas Unies?
COLIGNY
Sire, je ne suis ni bon convive, ni beau danseur.
CIIARLES, se promenant avec embarras.
Et puis que ferais-je sans vous? Non, mordieu! je ne puis m'y résoudre.... Quoi? vous me laisseriez seul ici, entouré de nos ennemis ?....
COLIGNY
Je les craindrais moins dans mon camp.
CIIARLES, continuant.
Au milieu de vos huguenots, sans secours, sans ami... non, non. Vous ne partirez qu'avec une grande et belle armée, digne de moi, digne de mon amiral.... Morbleu! je veux que vous entriez comme un prince en Flandre, et j'entends dès à présent vous nommer vice-roi de mes nouvelles provinces.
Je vous rends grâces. Sire, mais avant tout il faut les tenir.
CHARLES
Et vous les tiendrez dans peu. Mille diables ! mes gens se battent bien, vous verrez.... Au reste vous en savez quelque chose ?
COLIGNY
Et j'ai hâte, Sire, de confondre nos drapeaux et notre sang.
CHARLES
Yivat ! vous êtes un brave homme... Eh bien ! soit, disposez tout pour votre départ. La semaine prochaine ne se passera pas...
COLIGNY
Dès celle-ci, vrai Dieu, dès celle-ci ! Sire, Sire, je veux faire de Votre Majesté le plus puissant roi de la chrétienté.
CHARLES
Je suis en bon chemin.
COLIGNY
Vous verrez, vous verrez. Une fois le premier coup porté à la maison d'Autriche, nous ne lui donnons plus de relâche. Je veux qu'elle me retrouve partout, jusque sur ces mers lointaines, jusque dans ces contrées inconnues dont elle se croit seule et légitime maîtresse.
Oui, ouï, le pays des mines d'or, n'est-ce pas ?
COLIGNY
Nous aurons aussi notre marine, nos colonies... Puissé-je vivre assez pour de si glorieux projets ! mais le temps est court à mon âge, ne le perdons point. Je pars donc...
CHARLES
Vers la fin de la semaine prochaine.