ACTE DEUXIÈME
CATHERINE
Et pourquoi? Les braves gens ornent les bals comme les batailles... n'est-ce pas, Henri? (Le duc d'Anjou est resté
à l'écart et paraît mécontent. Elle lui fait signe d'approcher.) VOUS le
trouvez aussi, mon cher fils , vous qui vous plaigniez si fort hier de ne plus voir M. de Ghâtillon?
LE DUC d'aNJOU.
11 n'y a guère de jour que je ne le voie pour affaire. Madame.
COLIGNY
Ma charge en est cause, Monsieur.
Et j'entends bien qu'on se voie aussi par plaisir et par affection. N'est-ce pas, mon frère d'Anjou, les bonnes fêtes sont pour vous avec l'amiral?
LE DUC d'aNJOU.
Je... mais... sûrement, monsieur l'amiral et moi, nous sommes de vieilles connaissances, nous nous sommes rencontrés ailleurs qu'à la noce.
CATHERINE, interrompant.
Ah! monsieur de Ghâtillon, donnez-moi donc des nouvelles de mon gendre. 11 m'a tout à fait abandonnée. Pauvres mères que nous sommes, on délaisse l'arbre, dès qu'on a cueilli le fruit.
COLIGNY
11 faut passer quelque chose aux nouveaux mariés, Madame. Personne ne voit le roi de Navarre.
lo8 LA SAINT-BARTHELEMY.
LA ROCHEFOUCAULD
Excepté moi pourtant; ce matin même...
CHARLES
Ah ! ah ! notre beau-frère n'a pas rompu avec ceux de ta sorte. . . Tant pis pour la nouvelle épousée !
CATHERINE
Eh! monsieur de La Rochefoucauld, vous ne me dites rien. N'oseriez-vous approcher de mes filles?
LA ROCHEFOUCAULD
• Ce serait grande sagesse à moi, Madame ; la vue en est périlleuse, mais celle de leur maîtresse passe tout autre danger.
Grand merci, monsieur le Comte, et pour vous récompenser, écoutez-moi bien. Devinez un peu, habile que vous êtes, devinez, lorsqu'on m'est venu quérir de la part du roi, qui s'est troublé, qui a rougi, qui a regardé sa cherusque et laissé tomber son éventail?
Toutes les filles se mettent à rire hors uqc seule qui affecte ua peu d'embarras.
LA ROCHEFOUCAULD, les regardant.
Je serais bien malheureux de l'ignorer, Madame, et bien coupable de le dire.
PARDAILLAN, à demi-\oix à La Rochefoucauld.
Dis toujours, nous en garderons le secret à la princesse de Condé.
LE DUC d'aNJOU, s'approchant de M. de Retz et très-bas.
La reine ne t'a fait aucun signe ?