LES LIEUX OU COLIGNY FUT DEUX FOIS ASSASSINÉ
Il a été dit ci-dessus (page 2) combien est nécessairement peu exacte la disposition des rues de Paris dans le tableau, puisque le peintre a voulu (et il le devait, se faisant historien) rassembler tous les faits notables à lui connus dans un seul et même étroit espace. On voit seulement qu'il a été fidèle lorsqu'il a pu l'être, notamment dans la reproduction du couvent des Grands-Augustins, du vert sommet de la montagne Ste-Geneviève*, des petits escaliers descendant à la rivière, de la porte de Nesle, de la porte St-Honoré, surtout du Louvre. Son Louvre est trop au bord de la rivière, mais l'entrée, composée d'une ouverture entre deux tours, est bien la grande porte du Louvre, regardant vers la ville ; c'est précisément la n^éme entrée qu'on voit aujourd'hui figurée dans la cour du palais par
^ Quelque louangeuse que soit la peine que prit quable que Texécution faile contre les huguenots
le prince François de Médicis d'écrire au peintre de France figure dans la salle des Rois. > (Gaye,
le 20 nov. 1572 : « Sa Sainteté agit sagement en Corteggio inedito éTartisH; Firenze, 1839).
voulant qu^un succès aussi saint et aussi remar- ' Voyez page 25.
FUT ASSASSINÉ
des lignes de pierre qui dessinent en blanc sur le noir de Tasphalte toul le périmètre quadrilatéral dû Louvre de Philippe-Auguste avec la tour-maltresse du royaume au centre.
Avec les deux plans que nous offrons au lecteur se rétablira facilement dans son esprit la vérité topographique troublée par la fantaisie du peintre. Le premier est composé à Taide du plan de Truschet et de celui de Du Cerceau. Celui qui est signé Truschet, nom d'ailleurs inconnu, fut publié par le libraire Corrozet pour servir de supplément à l'édition des Antiquités de Paris qu'il fit imprimer en 1550, et il fut suivi à quelques années d'intervalle par l'autre plan attribué au célèbre architecte Du Cerceau. Ce sont à peu près' les plus anciens plans de Paris que l'on ait; mais tous deux sont remplis d'erreurs'; ainsi la rue de Beauvais,au lieu d'être perpendiculaire à la rue St-Honoré, lui était parallèle et longeait le Louvre ; la rue des Poulies s'étendait (\e la rue St-Honoré jusqu'à la Seine et recueillait, en passant, la rue des Fossés St-Germain, au lieu de se trouver entre le Louvre et l'hôtel Bourbon. De plus, le Louvre avait encore en 1572 ses fossés pleins d'eau, et l'entrée A (qui existait peut-être en 1560) était bouchée en 1572. On a cru cependant utile de donner ce travail ici, parce qu'il fournit une idée claire de ce qu'était, généralement parlant, le quartier du Louvre et notamment de sa situation à l'égard des Tuileries dont il était séparé par les remparts de la ville. Notre deuxième plan est l'œuvre d'un des érudits actuels qui connaissent le mieux l'ancien Paris, M. Hoffbauer. La perspective, au lieu de regarder à l'Est, comme dans le précédent, regarde dans le sens opposé et fait très bien comprendre le chemin, du Louvre jusqu'au logis de l'amiral.
Dans son Recueil des choses ntémorables avenues en France^ Jean de Serres dit (éd. de 1603, p, 425) que l'amiral reçut l'arquebusade de Maurevers lorsqu'il était
^ Il n'y a d'antérieur que le plan dit de tapisserie, qui date d'environ Tan 1540.
* Les erreurs dans les anciens plans sont continuelles et pour la plupart inextricables, parce que ridée, qui nous parait si simple aujourd'hui, de représenter les choses telles qu'elles existent au moment où le dessinateur est à l'ouvrage, cette idée n'est qu'une résultante acquise par de longs
tâtonnements. Les anciens artistes croyaient bien faire en mettant dans leurs plans des bâtiments importants qui n'existaient plus, mais dont ils avaient bon souvenir, ou des dispositions qui n'existaient pas encore, mais qu'on avait résolues et qu'ils con« naissaient par avance. Cest ce qui a été vérifié et expliqué par les travaux des savants parisiens, notamment MM. Franklin, Bonnardot, Cousin, Hoffbauer,