LE CULTIVATEUR
Pourquoi notre cultivateur ne célèbrerait-il pas comme nous la fête nationale ?
C'est sa fête à lui comme à nous, plus qu'à rous.
Dans tous les Pays et à tous les Ages, dans les moments les plus critiques, le cultivateur ne s'est-il pas montré le citoyen le plus profondément patriote ?
Caton, Cicéron, Columelle, etc., n'ont-ils pas écrit que ‘c'est pari les cultivateurs Que naissent les meilleurs citoyens et les meilleurs soldats”? Il n'est d'ailleurs pes nécessaire de parcourir l'histoire romaine pour en trouver des exempies.
Ici, au Canada, n'avons-nous pas vu, aux grands ours de bataille, alors que la patriotisme et la loyauté commandaient de combattre pour notre liberté, pour notre religion, pour nos droits où Potr la défense de la frontière, n’avons-nous pas vu le cultiva-
teur canadien répondre à l'appel et lutter avec un courage sans exemple?
Je l'ai écrit déjà, nous devons la Vitalité de notre race au cultivateur, qui, par la persistance de “es coutumes et par l'uniformité de ses mŒurs, à creusé dans la physionomie de notr peuple, ses traits caractéristiques. Son foyer à été, dans le temps, le dépôt de nos traditions s6culaires qui ont ronservé à notre rac* son originalité que l'influence des siles n'a pu faire disparaître et ne pourra jamais, espérons-le, ‘aire disparaitre.
Sa répugnance aux brusques innovations a fait contre-poids aux fantaisies révolutionnaires que faiv éclore l'atmosphère des grands centres, Cet te répugnance, il la marque sans Cesse par sa passive résistance plutôt que par son initiative turbulente, I dit aux réformateurs trop empressés de nos mœurs et de nos ‘ds, ce que Sydney Smith écrivait un jour à son premier ministre: ‘Je n'aime pas votre allure, vous allez trop vite :
j'ai toujours envie de vous crier “Doucement, John, pour descendre la colline, serrez le mécanique, nous allons verser, si Vous continuez”,
Ses qualités solides et ses convictions religieuses ont été comme un bloc immuable qui nous à assuré, dans ce pays, la conservation de l'ordre, de la propriété et de la religion
Pourquoi faut-il que t cela { ignoré, le jour de la St Jean & ste? Pourquoi notre féte nat le Passe-t-elle inaperçue à ce nobl et grand citoyen ?
Pourquoi ne dit-il pas, lui avec Victor T'ugo:
‘Ceux qui pieusement sont m Cbour la P ‘Ont droit qu'à leur vercueil ja 4 (le vienne et pri ‘Entre les plus beaux noms leur (noms sont les plus beaux ‘Toute gloire près d'eux Passe et (tombe éphémère Et comme ferait une mère La voix d'un peuple entier les berc (en leur tombeau
‘Le patriotisme, a dit Mercier, n’enflamme que le cœur du citoyen li-
bre, celui de l'esclave en ignore les nobles aspirations, car le sol auquel il est enchainé n'est pas une patrie; c'est le poteau du Galérien”’.
Pourtant, notre cultivateur n'est Pas un galérien, ilest libre, Pour- Quoi ne chante-t-il pas avec nous, le 24 juin? Il est libre, mais fl est d'une timidité qui lui fait manquer d'initiative.
Pourquoi ne paslui tracer la route ?Je crois que c'est un devoir Pour notre législature de le faire.
‘Le 20e siècie, à dit l'hon. sénateur Pascal Poirier, sera entre tous, le siècle du groupement des races, en Préparation de la lutte suprême, vour la suprématie linale. Du haut jusqu'au bas de l'échelle, nous voyons lès nations et leurs colonies s'allirmer et se grouper. Tous ceux d'une même origine, ou Parlant une langue commune, se rapprochent, inquiets, comme en prévision de quelque danger mystérieux qui les menacerait.'"
Toutes les paroisses de la province de Québec devraient donc fêter la St- Jean-Baptiste ? N'est-ce pas qu'il serait grandiose le spectacle de milliers de Canadiens-français célébrant la grande fête dans leurs localités respectives ; mettant de côté, ce jourlà, les travaux ordinaires, pour se réunir au vilage, d'abord dans le temple divin, puis dans une grande démonstration populaire
Quel chœur puissant pour chanter avec Sir George Etienne Cartier:
‘Comme le dit un vieil adage” ‘Rien n'est si beau que son pays.
‘De le chanter, c'est l'usage"?
“Le mien je chante à mes amis”.
Quelle frémissante admiration n'é- Prouveraient pas les autres races en entendant des milliers de Cunadiensfrançais chanter avec Routhier:
‘“O Canada, terre de nos ajieux
“Ton front est ceint de fleurons glorieux !
“Car ton bras sait port r l'épée.
“Il sait porter la croix ‘
“Ton histoire est une épopée
“Des plus brillants exploits
“Et ta valeur de foi trempée
‘“Protégera nos foyers et nos droits.”
Mais nous ne faisons encore rien d'aussi beau, d'aussi majestueux.
Nous chantons bien à Montréal, à Québec, mais cela ne suffit pas pour un peuple comme le nôtre.