‹ La Sainte Bible (volume 2)Chapitre 1 sur 752 · La Sainte Bible · texte numérisé non relu

La Sainte Bible

L'impression de cet ouvrage, interrompue apres le P"" volume par la niort de I'auteur, a ete continuee d'apres le nianuscrit laisse par M. Crampon, avec le concours de plusieurs professeurs d'Ecriture sainte, le R. P. Corluv, S. J., et les R. P, PiFFARD et Griesbach de la nieme Societe.

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ANS I'usage ordinaire du langage le prophete est celui qui predit I'avenir.

Dans les livres sacres ce mot revet une acception plus large.

D'une maniere generate le prophete est celui qui parle au nom et par I'autorite d'un autre dont il est I'organe. Ainsi, au livre de I'Exode, quand Moise, efifraye de la redoutable mission que le Seigneur lui impose, veut s'excuser sur sa difficulte de parler, " Voici, lui dit le Seigneur, tu seras le dieu de Pharaon, et Aaron ton frere sera ton prophete. Toi, tu diras tout ce que je t'aurai commande, et Aaron ton frere parlera a Pharaon " {Exod. vii, I sv.).

Dans la theocratie Israelite les prophetes etaient les representants attitres du Dieu de I'Alliance et son organe authentique aupres de la nation. Leur nom le plus ordinaire et qui exprime le plus exa6lement le cara61;ere propre de leur fon6lion est celui de Nabi\^ Plus anciennement on les appelait les Voyants. ^ lis regoivent encore assez frequemment les titres de pasteurs {Jer.

xvii, i6; Zach. xi, 4), de gardiens

{Is. Ixii, 6; Hab. ii, i etc.), de veilleurs (Js. Ivi, io;//r. vi, 17; Ezkh, iii, 17; xxxiii, I etc.). On les appelle aussi les hommes de I'Esprit, — HschruacJi, car les pensees qu'ils expriment ne sont pas les leurs, mais celles que I'Esprit leur inspire; ils sont surtout les serviteurs de Dieu {Is. XX, Z\ Am. iii, 7 ; //;', vii, 25 etc.), et au meme titre les hommes de Dieu (I Sam. ii, 27; ix, 6 etc.).

En efifet, Dieu seul choisit son prophete. Pour I'investir de son autorite et lui conferer sa mission, il le prend ou il lui plait, sans condition de naissance, de fortune, d'education, de sexe, ni d'age. Samuel appartenait a la tribu de Levi (I Sam. i, 20; ii, 18; I Par. vi, i sv. et 28; ix, 22); Elisee etait laboureur, de la tribu d'Ephraim (I (III) Rois, xix, 19), Isaie semble etre issu d'une famille distinguee de Jerusalem ; Amos, de la tribu de Juda, etait berger {Am. i, i); Jeremie et Ezechiel descendaient d'Aaron. I'un fils d'Helcias, au bourg d'Anathoth (//r. i, i), I'autre, fils de Buzi {Ezech. i, 3); tous deux etaient pretres.L'Ecriture nous fait connaitre egalement le nom de quelques femmes prophetesses, entre autres Debbora, au temps des Juges (iv, 4 sv.),

' L'etymologie du mot hebreu nabV est incertaine. Les LXX ont constamment rendu ce mot par celui de TTpocpTiTTji;, celui qui parle au nom d'un autre, la preposition n'ayant pas ici la signification temporelle, mais marquant une substitution. S. Augusiin, Quaest. in Hept. 17, M. 34,601 dit dans

le meme sens " ea loqui prophetas Dei quae audiunt ab eo, nihilque esse prophetam nisi enuntiatorem verborum Dei hominibus qui Deum non possunt vel non merentur audire."

2 En hdbreu ro'eh, le Voyant, c/tozek, le contemplant.

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et Holda, au temps du roi Josias (II (IV) Rois, xxii, 14).

Dicu n'exigeait pas davantage certaines dispositions naturelles ou surnaturelles, bien qu'il scmble en avoir tenu comptc. Encore moins serait-il question de preparation technique ou professionnelle. L'Ecriture ne parle nulla part d'ecoles de prophetes au sens ou nous entendrions ce terme aujourd'hui. II est seulement fait allusion en quelques rares passages a certains groupements ou associations, de caraftere religieux sans doute.

Deux fois, au plus, le recit sacre nous parle de prophetes qui allaient par bande {Hebel, yoooC), precedes de luths, tambourins, flutes et harpes, et prophetisant (I Sam. x, 5, 6; 10-13); une autre fois ils forment un groupe {laqahdh, r/./.X/iuia), ayant Samuel a leurtete; leur habitation est a Ramatha, dans un quartier appel^ Nayioth (I Sam. xix, 18-24). Nous savons encore que ces hommes etaient connus sous le nom de " fils de prophetes ", Benei-nebVim, c.-a-d. disciples (I (III) i?^/.y,xx, 35; II (IV) 7?^/^, ii, 3 etc.). On peut admettre que ces reunions constituaient des especes de congregations, d'abord temporaires, plus tard permanentes, dont les membres s'adonnaient, sous la presidence de quelquc prophete en renom, aux exercices de la priere, a la louange de Dieu, au chant et a la musique sacree, et sans doute aussi a I'etude de la loi. Que Dieu arretat parfois son choix sur ces hommes instruits, fideles, austeres, desinteresses, pleins de zele, et favorisant I'un d'cntre

eux, qu'il lui conf^rat avec la grace prophetique la fonftion elle-meme :

qui sen etonnerait? — L'a-t-il fait quelquefois? On n'en saurait donner aucun exemple certain parmi les prophetes dont nous connaissons les noms, I

Pour que le prophete eut le droit de parler avec autorite la vocation divine suffisait : le peuple avait des lors le devoir de I'ecouter. Et sans doute Dieu se devait d'accrediter son envoye. II le faisait soit par le miracle, soit par I'accomplissement de propheties a courte echeance, soit par le temoignage de quelque prophete deja reconnu. Quiconque, de sa propre autorite, s'ingerait dans ce ministere par orgueil {^Jer. vi, 14), avarice honteuse {Mich, iii, 1 1 ; Ezech. xiii, 19), ambition ou toute autre passion etait par le fait meme un prophete de mensonge {Jer. xiv, 14; Ezech. xiii, 2 etc.). Le peuple ecoutait ces imposteurs avec une faveur marquee, parce qu'ils flattaient ses vices.

Mais Dieu ne mettait pas sa parole dans leur bouche; souvent il les a fait confondre par ses serviteurs et luimeme les a severement chaties (//r.

xxiii,9-40; xxvii, 12-22; xxviii, 1-17).

Dieu communiquait avec ses prophetes de trois manieres surtout.

Quelquefois, mais rarement, cetait par le songe. Sous le rt^gime patriarcal ce mode de communication semble avoir ete plus frequent {Gen.

xxviii, II sv.; xxxi, ii sv.; xxxvii, 5 sv.; et voyez Nombr. xii, 6 sv.\Joel, ii, 28); dans la suite il n'en est plus de meme. Ccpendant Daniel, le pro-

^ Cependant I'auteur du 4^ livre des Rois ix, 4 (hebr.) signale — sans faire connai-

tre son nom prophete.

un fils de prophete, qui est

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phete de I'exil et dans un pays ou le songe ^tait en faveur, fut instruit pendant son sommeil, des mysteres du temps messianique.

D'ordinai're la communication prophetique se faisait par la vision. La vision elle-meme etait de plusieurs sortes. Tantot I'objet s'ofTrait aux sens exterieurs; tantot il n'affe6lait que les sens interieurs sous forme d'images ou de symboles. Ainsi Isaie contempla sur son trone le roi de gloire, entoure de Seraphins et entendit I'echo de I'eternel Sanclus (vi, I sv.); sur le mur qu'il allait cesser de crepir Amos vit le Seigneur debout (vii, 7 sv.); Ezechiel suivit avec stupeur la marche du chariot mysterieux, siege de la gloire de Jehovah et que trainaient des Cherubins (i, 3 sv.); c'est aussi dans une vision tout interieure qu'il vit le rouleau ecrit au dedans et au dehors, dans lequel il lut des lamentations, des oracles et des menaces (ii, 9); de meme le champ convert d'ossements (xxxvii, I sv.), et dans la Jerusalem restauree le nouveau temple, et le nouvel Israel etabli definitivement dans la nouvelle terre sainte (xl-xlviii); Jeremie apprend les dispositions du Dieu de I'Alliance a I'egard de la Nation, son epouse, dans la vision de la branche d'amandier fleurie (i, 11 sv.) etc.

Plus souvent, le prophete percevait les communications divines dire6lement dans une vision purement spirituelle. Mais comment? par quelle sorte d'illumination surnaturelle?

qu'etait cette parole interieure, en-

tendue de I'esprit seulement? Le texte sacre ne fournit aucun element precis de solution. Les auteurs inspires disent seulement qu'ils ont vu et qu'ils ont entendu.

Nous Savons pourtant par leur temoignage que la communication prophetique etait frequemment accompagnee d'extase ou de ravissement.

Toutefois, meme alors, le prophete n'alienait jamais sa liberte; il avait pleinement conscience de ce qui se passait en lui; il savait ce qu'il prophetisait, bien qu'il ne saisit pas toujours toute la signification et toute la portee de quelques-uns de ses oracles {Dan. xii, 8-13 ; Zach. iv, 5; I Pier, i, 10 sv.).

Revetus de I'autorite de Dieu, porteurs de sa parole, les prophetes avaient une double mission a remplir.

lis devaient, dans le present, maintenir au sein du peuple elu la purete de la religion mosa'ique, faire observer dans la theocratie les conditions de I'alliance, et ramener leurs contemporains a la pratique fidele de la loi morale. " lis avaient de plus pour fonction — essentielle aussi — de devoiler progressivement le plan de la Providence par rapport a la Redemption du genre humain, de marquer a I'avance les signes carafteristiques auxquels on reconnaitrait le Redempteur promis, et les conditions necessaires pour participer au salut qu'il devait apporter : tout cela en vue de preparer le peuple elu et le monde entier a recevoir le supreme bienfait." ^

De la, dit avec raison M. Vigouroux,2 les deux especes principales de

^ J. Brucker S.J. Les Prophetes d'Israel. Les predi<flions des Prophetes. Dans les Etudes rehgieuses, historiques et litteraires

par des Peres de la Compagnie de Jesus, Aoiit, 1893, p. 594.

^ Man. bibl. t. ii, n. 895.

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