Les auvres so7tt vraies : comp. iii
Contre Tauthenticite du chap, iv, on a fait valoir cette objeiflion, que le fait de la folie de Nabuchodonosor ne figure dans aucun document historique de I'aiUiquite.
Mais, d'abord, cette maladie fut-elle de longue duree? La Bible dit qu'elle duiix sept temps, et nous avons vu qu'on peut entendre par la aussi bien 7 mois que 7 annees. Ceux qui administrcrent le royaume pendant ce temps savaient qu'il devait finir et que le monarque reviendrait h la sant^; ilsgouvernaient done au nom du roi. D'autre part, les sujets ne savaient qu'une chose, c'est que le souverain etait malade. Dans cette situation, aucun evenement grave, aucune complication politique ne dut se produire, capable d'attirer I'attention des historiens.
Au moins le pretre babylonien Berose qui, au temps d'Alexandre-le-Grand, redigea les annales de son pays, ne devait-il pas parler de cette maladie du roi.'' II ne nous reste de cet ecrivain que des fragments conserves par Josephe et Eusobe, et ces fragments eux-memes, ni Jos6phe ni Eusobe
PROPHETIA DANIELIS. Cap. IV, 25—34.
dime, et iniquitates tuas misericordiis pauperum : forsitan ignoscet delictis tuis.
25. Omnia haec venerunt super Nabuchodonosor regem. 26. Post finem mensium duodecim, in aula Babylonis deambulabat. 27. Responditque rex, et ait : Nonne hasc est Babylon magna, quam ego asdificavi in domum regni, in robore fortitudinis meae, et in gloria decoris mei.'' 28. Cumque sermo adhuc esset in ore regis, vox de coelo ruit : Tibi dicitur Nabuchodonosor rex:
Regnum tuum transibit a te, 29. et ab hominibus ejicient te, et cum bestiis et feris erit habitatio tua :
foenum quasi bos comedes,et septem tempora mutabuntur super te, donee scias quod dominetur Excelsus in regno hominum, et cuicumque voluerit, det illud. 30. Eadem hora sermo completus est super Nabuchodonosor, et ex hominibus abjectus est, et foenum ut bos comedit, et rore coeli corpus ejus intectum est : donee capilli ejus in similitudinem aquilarum crescerent, et ungues ejus quasi avium.
J I. Igitur post finem dierum ego
Nabuchodonosor oculos meos ad ccelum levavi, et sensus meus redditus est mihi : et Altissimo benedixi, et viventem in sempiternum laudavi, et glorificavi : ''quia potestas ejus potestas sempiterna, er regnum ejus in generationem et generationem. 32. Et omnes habitatores terras apud eum in nihilum reputati sunt : juxta voluntatem enim suam facit tam in virtutibus coeli quam in habitatoribus terras : et non est qui resistat manui ejus, et dicat ei :
Quare fecisti.? 23- I" ipso tempore sensus meus reversus est ad me, et ad honorem regni mei, decoremque perveni : et figura mea reversa est ad me : et optimates mei, et magistratus mei requisierunt me, et in regno meo restitutus sum : et magnificentia amplior addita est mihi.
34. Nunc igitur ergo Nabuchodonosor laudo, et magnifico et glorifico regem coeli : quia omnia opera ejus vera, et vias ejus judicia, et gradientes in superbia potest humiliare.
"'Supra 3, 100. Infra/,
ne les ont tires des livres de Berose, qu'ils n'avaient pas lus ; ils n'ont fait que les emprunter, sous leur forme fragmentaire, a Alexandre Polyhistor, qui vivait dans le siecle ant^rieur k Jesus-Christ. On le voit, le silence pretendu de Berose ne saurait fournir un argument s^rieux aux adversaires de I'authenticite.
Mais si Tobjeflion ne trouve aucun appui de ce cote, elle est fortement ebranlee par un recit d'un autre historien, conserve par Eusebe. Abydene raconte " que Nabuchodonosor, apres avoir fini de guerroyer en Occident (comp. vers. 4), etant monte sur le toit de son palais (vers. 29), avait ete saisi par une inspiration venant d'un dieu et avait annoncd dans un oracle aux Babyloniens la ruine de leur empire par le niulet persan (Cyrus allie aux Medes). II aurait souhaite k cet ennemi dont il etait menace les plus grands malheurs (comp. vers. 19), comme de perir dans les ilots de la mer ou d'errer dans une solitude, loin des hommes, et parmi les animaux. Ayant ainsi prophetise, Nabuchodonosor aurait disparu soudain," N'au-
rions-nous pas, dans ce recit dAbydene, la forme legendaire que la folie de Nabuchodonosor aurait prise dans la tradition babylonienne apres la conquete perse?
Ajoutons, avec MM. Oppert et Vigouroux, que cette maladie nous fournit peutetre la solution d'un probleme historique souleve par les inscriptions. Neriglissor, gendre de Nabuchodonosor et son second successeur, donne, dans ses documents officiels, a son propre pere, Bel-Sum-Iskun, le titre de roi de Babylone. Les listes royales ne contiennent cependant pas ce dernier nom; il faut done en conclure qu'il n'avait pas regne regulierement. Or on ne peut guere placer son regne que du temps de Nabuchodonosor, et une tentative heureuse d'usurpation n'etait guere possible sous un monarque si puissant et si redoute. Tout s'explique par la folie temporaire de ce dernier. Pendant la maladie du roi, il exerga la regence en sa qualite de rab-mag {Je'r, xxxix, 3), c.-k-d. chef des mages. S'il ne prit pas alors le titre de roi, son fils Neriglissor le lui aurait attribue plus tard pour cette raison.
PROPHETIE DE DANIEL. Chap. V, i— ii.
CHAP. V. — Le festin de Baltasar.
E roi Baltasar fit un grand festin a ses principaux seigneurs au nombre de mille, et en leur presence il but du vin. ^ Excite par le vin, Baltasar fit apporter les vases d'or et d'argent que Nabuchodonosor, son pere, avait enleves du temple de Jerusalem, afin que le roi et ses grands seigneurs, ses femmes et ses concubines, s'en servissent pour boire. sAlors on apporta les vases d'or qui avaient ete enleves du temple de la maison de Dieu a Jerusalem, et le roi et ses grands seigneurs, ses femmes et ses concubines, sen servirent pour boire. 4 lis burent du vin et ils louerent les dieux d'or et d'argent, d'airain et de fer, de bois et de pierre.
5A ce moment apparurent des doigts de main humaine qui ecrivaient, en face du candclabre, sur la chaux de la muraille du palais royal; et le roi vit ce bout de main qui ecrivait, ^Alors le roi changca de cou-
leur, et ses pensees le troublerent ; les jointures de ses reins se relacherent et ses genoux se heurterent I'un contre I'autre. 7 Le roi cria avec force qu'on fit venir les magiciens, les Chaldeens et les astrologues ; et le roi prit la parole et dit aux sages de Babylone : " Quiconque lira ce qui est ecrit et m'en fera connaitre le sens, sera revetu de pourpre et portera au cou une chaine d'or, et il commandera en troisieme dans le royaume. " ^Tous les sages du roi etant done entres, ils ne purent lire ce qui etait ecrit, ni en faire connaitre le sens au roi. 9Alors le roi Baltasar fut tres effraye ; il changea de couleur, et ses grands seigneurs furent consternes. ^^La reine, apprenant les paroles du roi et de ses grands seigneurs, entra dans la salle du festin ; elle prit la parole et dit : " O roi, vis eternellement! Oue tes pensees ne te troublent pas, et que ton visage ne change point de couleur! II II y a un homme de ton
CHAP. V
I. Le roi Baltasar : meme nom pour la consonnance, mais non pour rorthographe et le sens, que le nom babylonien de Daniel; il s'ecrit en assyro-chaldeen Be/Sar-C/sur, c.-a-d. Bel protege le r^;7Jusqu';\ ces derniers temps, il etait fort difficile de concilier les donnees du livre de Daniel sur ce personnage avec les historiens profanes.
D'apr^s ces derniers, Nabuchodonosor eut quatre successeurs : son fils E^nbncrodac (an. 561-559); le beau-frere de celui-ci. yV/rzV/m^r (559-556); le fils de ce dernier, Lahorosoarcod, un enfant qui ne rdgna que quelques mois (556), et I'usurpateur Nabo- 7tide, cjui fut vaincu par Cyrus (555-538). Or aucun d'eu.x ne porte le nom de Bal-Tasar. Mais des inscriptions recemment decouvertes ont beaucoup eclairci ce problcnie historique. Elles nous apprennent que Nabonide avait un fils nomm^ Baltasar; que ce prince, en la 7^ annee du r^gne de son pere, se trouvait avec les grands du royaume et I'armee a Accad, revetu sans doute d'un commandement, et que la 17^ annee, tandis que Nabonide commandait Tarmee h SepharvaVm, au norJ du royaume, ou il fut vaincu par Cyrus
et fait prisonnier, son fils Baltasar, d^jk associe au trone par son pere, ou au moins investi de la vice-royaute de Babylone, rdsidait dans cette capitale : c'est done ce dernier qui en etait souverain de fait quand Cyrus s'en empara. Xenophon dit expressement que Nabonide, apres sa defaite, se refugia dans la ville de Borsippa, sans rentrer k Babylone. Voy. Vigouroux, l)ul. de la Bible^ t. J, c. 1420 sv.
Uii grand festin : ces sortes de festins n'dtaient pas rares dans I'antiquite; Domitien regut un jour mille hommes a sa table; dix mille convives furent invites au banquet des noces d'Alexandre le Grand ci Babylone (Quinte-Curce). Comp. EstJi. i, 3. A Fabri de leurs epaisses murailles, dont les flc'ches des archers n'atteignaient pas la hauteur, n'ayant pas meme a craindre un assaut, et munis de vivres pour vingt ans, les habitants de Babylone se croyaient en parfaite surete. — Ses principaux seigneurs, g^neraux d'armee et hauts foncflionnaires; car la province etait occupee paries troupes viclorieuses de Cyrus. — En leur presence, lilt, en face des niillc : selon la coutume orientale, le roi elait assis a une table speciale, sur un siege eleve, ayant devant lui les convives et leur
PROPHETIA DANIELIS. Cap. V, i— ii.
— :i-- CAPUT V. — :i:—
Postquam Baltassar in convivio bibit cum suis, ex vasis templi Domini, laudando idola sua, vidit digitos in pariete scribentes : quam scripturam solus Daniel legere potuit at interpretari, nempe quod quia secutus ipsum Nabuchodonosor elevaverat cor suum contra Deum laudans idola, similiter auferetur ei regnum : honorato igitur Daniele, ac rege ea no(fle interempto, successit Darius Medus.
ALTASSAR rex fecit grande convivium optimatibussuis mille: etunusquisque secundum suam Dibebat ^tatem. 2. Prascepit ergo jam temulentus ut afferrentur vasa aurea et argentea, quas asportaverat Nabuchodonosor pater ejus de templo, quod fuit in Jerusalem, ut biberent in eis rex, et optimates ejus, uxoresqueejuSjetconcubinas.j.Tunc allata sunt vasa aurea, et argentea, quse asportaverat de tempio, quod fuerat in Jerusalem : et biberunt in eis rex, et optimates ejus, uxores et concubine illius. 4. ''Bibebant vinum, et laudabant deos suos aureos, et argenteos, asreos, ferreos, ligneosque et lapideos.
5. In eadem hora apparuerunt digiti, quasi manus hominis scribentis contra candelabrum in superficie parietis aulae regiae : et rex aspiciebat articulos manus scribentis.
6. Tunc facies regis commutata est, et cogitationes ejus conturbabant eum : et compages renum ejus solvebantur, et genua ejus ad se invicem coUidebantur. 7. Exclamavit itaque rex fortiter ut introducerent magos, Chaldasos, et aruspices. Et proloquens rex ait sapientibus Babylonis : Quicumque legerit scripturam hanc, et interpretationem ejus manifestam mihi fecerit, purpura vestietur, et torquem auream habebit in collo, et tertius in regno meo erit. 8, Tunc ingressi omnes sapientes regis non potuerunt nee scripturam legere, nee interpretationem indicare regi. 9. Unde rex Baltassar satis conturbatus est, et vultus illius immutatus est : sed et optimates ejus turbabantur. 10, Reginaautem pro re, quas acciderat regi, et optimatibus ejus, domum convivii ingressa est : et proloquens ait : Rex in asternum vive : non te conturbent cogitationes tuas, neque facies tua immutetur. 1 1, Est vir in regno
donnant le signal de boire. — // du^ du vin, il s'enivra. Xenophon dit de lui, sans le nommer : " Le roi de Babylone etait un jeune homme debauche, arrive depuis peu au gouvernement. II perit dans une nuit de fete pendant laquelle Cyrus s'empara de la ville. "
2. Nabuchodonosor^ son pere, son ancetre, dans le langage biblique. Nabonide avait Spouse sans doute une fille de Nabuchodonosor, peul-etre la soeur d'Evihn^rodach, afin de se concilier d'avance un appui dans tous les partis pour ses projets ambitieux. — Ses femmes : contrairement a I'usage des Perses et d'autres nations orientales, les Babylonians donnaient a leurs femmes une assez grande liberte et les admettaient a leurs banquets {Herod, v, 18).
3. Qui avatetif <?'// enleves. La Vulgate traduit : asportaverat au singulier. Mais il faut lire asportaverant, qu'on avait enleves.