La Sainte Bible
L'impression de cet ouvrage, interrompue apres le P' volume par la mori de Tauteur, a ete continuee d'apres le manuscrit laisse par M. Crampon, avec le concours du R. P. Corluy, S. J., du R. P. Piffard, et d'autres professeurs d'Ecriture sainte de la meme Societe.
Xn^ P0aume0.
Introbuctian.
is
LES Psaumes sont un recueil de chants religieux et nationaux en usage chez les Juifs, qui les appelaient cantiques de louange ou simplement loiianges. Comme, chez les Hebreux, et en general dans I'antiquite, la poesie, le chant et la musique etaient etroitement unis, le tradu6leur grec donna a ces cantiques le nom de Psauuies, qui designe une poesie destinee a etre chantee avec accompagnementd'instrumentsacordes, tels que la harpe ou la lyre ; de meme il appela Psautier la coUeftion entiere, et ces deux noms ont passe en latin et dans nos langues modcrnes.
Quelques Peres ont attribue tous les Psaumes au roi Qaviij ; mais la difference de langage, le contenu et les titres memes ou inscriptions de ces chants sacres prouvent qu'ils appartiennent a des auteurs divers et a des epoques eloignees les unes des autres^. C'est ce que S. Jerome reconnaissait deja de son temps. David est celui qui en a compose le plus grand nombre, environ la moitie, et c'est pourquoi le recueil tout entier, qui en compte cent cinquante, porte justement son nom.
MoTse est designe com me I'auteur du Psaume 89; il n'y a pas de raison serieuse pour mettre en doute cette indication. — Douze sont attribues a Asaplk tous remarquables par la noblesse du style et I'elevation des idees; plusieurs d'entre eux sont de petits poemes dida6liques,contenant, non des prieres, mais des lecons de
morale. Asaph, que I'auteur des Paralipomenes appelle le Voyant, c'esta-dire le chantre inspire de Dieu,etait I'un des principaux musiciens etablis par David dans la maison du Seigneur. Mais tous les Psaumes qui portent son nom ne sont pas de lui ; quelques-uns ren ferment des traces evidentes d'une epoque posterieure; ils sont I'oeuvre de I'un de ses descendants. — Onze Psaumes, egalementdistingues parmi tous les autres par leur beaute litteraire, sont attribues aux enfants de CorCj autre famille de chantres de la tribu de Levi. La plupart se rapportent aux derniers siecles de la royaute, a la captivite ou aux annees qui I'ont suivie.
— Deux enfin portent le nom de 3aloiuori, mais un seul parait lui appartenir, le 71^, qui decrit d'avance le regne du Messie. — Les autres sont sans nom d'auteur; les anciens rabbins les appelaient orphelins. lis ont ete composes a differentes epoques, la plupart au retour de I'exil de Babylone, par divers auteurs inconnus ; mais les Juifs aussi bien que les Chretiens les regardaient comme ecrits sous inspiration divine. Rien ne prouve qu'aucun de nos Psaumes soit posterieur a Esdras, et qu'il en existe du temps des Macchabees.
Le nombre des Psaumes est de cent cinquante, repartis en cinq livres, d'inegale etendue; chacun d'eux a sa conclusion sous la forme d'une doxologie : amen, avien, pour les trois premiers; amen, alleluia, pour le qua-
U 1 La plupart des Psaumes sont precedes
t3 d'un fitre qui nous fait connaitre soit leur
■*" auteur, soit leur caracflere et la maniere de
les chanter, soit I'occasion historique de
leur composition. La haute antiquite de ces titres leur assure une grande autorite; un petit nombre seulement paraissent donner des indications inexadles.
LES PSAUMES
trieme; alleluia, pour le cinquieme.
C'est Esdras qui, au retour de la captivite, mit la dernicre main a cette colle61;ioni. Mais il existait dans les temps anterieurs des recueils particuliers, moins complets, de chants sacres, puisque nous lisons au 11^ livre des Paralipomenes (xxix, 30), que le roi Ezechias donna I'ordre aux levites de chanter les louanges de Dieu en se servant des paroles de David et d'Asaph le Voyant.De plus,on trouve a la fin du Psaume 71 une note ainsi congue : " Ici finissent les hymnes ou prieres de David, fils d'lsai". " Cette note ne saurait etre de I'auteur de la coUeftion generale, puisqu'il se rencontre encore dans les livres suivants plusieurs Psaumes qui portent le nom de David. II y avait done, bien anterieurement a Esdras, des recueils particuliers de Psaumes; et ce sont ces recueils separes que Nehemie fit reunir en une colle6lion unique pour en former notre Psautier acluel.
Par qui et a quelle epoque avaient ete rassembl^es ces collections partielles? On ne pent faire a ce sujet que des conjeftures. Les Psaumes du premier livre, au nombre de quarante, tons composes par David, ont sans doute ete reunis de sonlemps et par ce roi lui-meme^ pour servir a la priere publique aupres du tabernacle.
— Les Psaumes ^i a 2j composent un second recueil ajoute au premier probablement sous le roi Ezechias.
II s'ouvre par huit cantiques deFBls de Core, dont plusieurs sont posterieurs a David, et un d'Asaph, et se termine par un de Salomon ; les autres sont des Psaumes de David recueillis apres sa mort. Le P. Cornelys fait remarquer que, dans ce second livre, Dieu est appele ordinairement Elohim {Deus\ et non plus Jehovah {Doniinus), d'ou ce savant
exegete conjecture que le recueil avait pour destination prochaine plutot I'usage prive des pieux Israelites, que les ceremonies publiques du culte.
— La plupart des cantiques du troisieme livre (Ps. 72-88) portent le nom d'Asaph ; quelques-uns sont attribues aux fils de Core, un seul a David. Ce recueil parait avoir ete aussi forme par I'ordre d'Ezechias. — Le quatrieme livre (Ps. 89-105J et le cinquieme (Ps. 106- 150) renferment, avec un Psaume de Salomon, treize cantiques attribues a David, qui avaient ete omis dans les recueils precedents; les autres ne portent pas de nom d'auteur. Ces derniers ont ete composes soit pendant la captivite, soit surtout apres le retour de Babylone.
Esdras est I'auteur probable de ces deux colle61;ions; il les joignit aux trois recueils deja formes avant lui et reunit ainsi en un seul corps toutes les poesies religieuses d'Israel, pour les faire servir a la priere publique dans le nouveau temple et fournir en meme temps un aliment a la piete dans les assemblees des synagogues et dans la vie privee. Cette poesie nationale, composee en giande partie de louanges et de prieres, renfermait er. meme temps le souvenir et I'abrege de I'histpire dlsrael. 11 y avait un merveilleux accord entre tous ces chants, composes a de longs interxalles, dans les circonstances les plus diverses, mais formant dans leur ensemble une suite non interrompue de faits, de souvenirs, de pensees et de sentiments connus et compris de tous. L'ame religieuse des Hebreux y trouvait tout ce qui eleve, tout ce qui console, tout ce qui encourage, tout ce qui attache la creature intelligente a Dieu, son Pere et son Seigneur; c'etait vraiment, comme on I'a dit, I'evangile d'Israel .4
^ Le second livre des Macchabe'es (ii, 13) attribue ce travail k Nehemie; mais Ndhemie en avait confie I'exe'cution a Esdras, qui ^tait charge de rdorganiser le culte public.
^ Voy. I Par. xiv; II, xxiv, 25.
•' Iiitrodti^io in sacros Vet. Testamenii libros. 1 1-2. p. 112.
■* Mabire.
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L'Eglise chretienne a recueilli I'heritage d'Israel. Des I'origine, les Psaumes furent son Hvre de priere par excellence. Familiers aux fideles, qui en recueillaient avidement I'explication de la bouche de leurs pasteurs, ils formaient et forment encore aujourd'hui la partie principale de rOffice divin. Tandis que les autres llvres deTa'sainte Ecriture n'y figurent qu'une fois chaque annee, et encore par fragments, I'Eglise veut que le Psautier soit a toutes les heures du jour entre les mains de ses ministres et de ses religieux, qu'il passe tout entier sur leurs levres une fois par semaine^. Ce n'est pas seulement a I'edification du premier peuple de Dieu que I'Esprit-Saint a destine ces pieux et sublimes cantiques; ils conviennent a toutes les conditions et a toutes les situations de I'ame humaine; venus du ciel par I'inspiration, ils doivent y remonter, en aspirations vives et ardentes, jusqu'a la fin des siecles.
Les Psaumes ne sont done pas une oeuvre purement hebrai'que, comme on pourrait le penser au premier coup d'oeil. Plusieurs, nous le montrerons, annoncent dire6lement le Messie futur, sa passion, sa resurrection, son regne glorieux : propheties eclatantes qui attestent la verite de I'Eglise chretienne, et qu'elle se plait a redire et a chanter dans ses jours de fete.
Un certain nombre sont des hymnes en I'honneur de Dieu et de ses perfe6lions infinies : sa toute-puissance, sa bonte pour toutes ses creatures, les rigueurs terribles de sa justice et les merveilleuses effusions de sa misericorde; d'autres, des poesies didactiques qui celebrent les charmes de la loi divine et le bonheur des justes : ceux-la aussi ont un cara6lere universel dont le temps ne les a pas depouilles. La plupart, il est vrai, se rapportent soit a la personne de David, soit a I'histoire d'Israel, aux gloi-
res et aux malheurs de Jerusalem.
Mais David, c'est le type du Messie :
Jesus-Christ reproduira dans sa vie les epreuves et les triomphes de celui dont il sera le fils selon la chair; lui seul realisera dans leur plenitude les gloires promises a son royal ancetre.
Mais Jerusalem, c'est la figure de I'Eglise chretienne, et dans I'existence de I'Eglise, toujours persecutee et toujours triomphante, se renouvelle et s'acheve I'histoire du premier peuple de Dieu ; elle est la veritable Sion a laquelle doivent venir toutes les nations de la terre, pour apprendre a connaitre et a adorer le vrai Dieu (/s. ii, 2 : comp. Ps. Ixxxvi). Le Psautier renferme done en abrege toute I'histoire de la religion depuis la creation jusqu'au jugement final :
la lutte des bons et des mechants sur la terre, le choix d'une famille benie d'ou sortira le peuple de Dieu, les prodiges operes en faveur de ce peuple singulier, qui est en meme temps une prophetie et une grande figure de I'avenir ; I'attente du Messie, le tableau de ses abaissements et la splendeur de son regne eternel, les persecutions et les vi6loires de son Eglise, son retour a la fin des temps, et la consommation du royaume de Dieu.
II y a plus : chaque ame chretienne trouve dans les Psaumes sa propre histoire : ses infidelites et ses regrets, ses joies et ses tristesses, ses inquietudes et ses esperances, S'il est parle du desert et du voyage qu'y firent les Hebreux pour arriver a la terre promise, elle se souvient que tout leur arrivait en figure ; cette longue route, semee de tant d'epreuves et de fatigues, et plus encore de bienfaits divins et d'eclatants prodiges, c'est I'image de son pelerinage sur la terre et des secours surnaturels de la grace que Dieu lui menage a chaque pas.
Elle n'a pas de peine a trouver quelle
1 Dans rOffice du temps.
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est la nianne, ce pain dcscendu du del, que Ic Seigneur lui donne en nourriture; quelles sont les eaux rafraichissantes dont il ctanche sa soif : S. Paul lui a appris que le rocher d'ou clles jaillissent, c'est le Christ. La captivite de Babylone est finie depuis des siecles, mais la captivite du peche et du mal existe toujours, et les memes cantiques qui ne raconterent d'abord que les tristesses de Texil, disent maintenant les douleurs de I'ame eloignee de la patrie celeste, de I'ame surtout separee de Dieu par le peche, et les joies de celle qu'ont ramenee a lui les larmes du repentir.
Et que dire, a ce point de vue, des Psaumes composes par David, I'homme qui a le mieux, peut-etre, connu toutes les vicissitudes de la vie humaine? Petit patre, du haut des collines de Bethleem, il admirait deja la beaute des cieux qui proclament la gloire du Seigneur; il entendait les voix secretes du jour redisant au jour, de la nuit redisant a la nuit la louange divine (Ps. xviii). A ces premieres impressions de I'adolescent, succedent bientot les emotions les plus diverses. Un prophete lui annonce qu'il sera roi et fait couler I'huile sainte sur son front. Arme de sa fronde et de sa confiance en Dieu, il renverse le geant Goliath. Tour a tour favori de Saiil et I'objet de sa haine, il est traque comme une bete fauve. Dans le meme temps, il goute la fraternelle amitie de Jonathas, et la trahison des hommes de cceur le remplit d'amertume et de colere. Le voila enfin roi d'lsrael; il triomphe de ses ennemis dans des guerres longues et difficiles. Sur le mont Sion, pres de son propre palais, il dresse un riche tabernacle pour y recevoir I'arche sainte, gage de la faveur de Dieu, et symbole de sa presence au milieu de son peuple. Cependant un jour arrive oil ce meme homme qui avait vu les m^chants a I'oeuvre et qui avait crie vengeance contre la
mcchancete et I'injustice, devient luimeme injuste et criminel. Mais a peine est-il tombe dans cet abime, qu'il voit toute I'horreur de sa situation et qu'il se prend en haine et en pitie. Alors il confesse a ciel ouvert ses erreurs et ses crimes et sollicite son pardon comme le plus humble des mortels. II I'obtient, mais au prix des plus dures expiations. Son propre fils, Absalon, se revolte contre lui, et le vieux roi s'enfuit de sa capitale en prenant Dieu a temoin de son bon droit. La mort du rebelle, en lui rendant le trone, fait a son ccEur de pere une incurable blessure, et il trouve a peine quelques jours de repos sur le bord de la tombe. C'est bien de lui qu'on pent dire qu'il a passe " par toutes les extremites des choses humaines ", qu'il a connu tous les sentiments, toutes les emotions, depuis les plus douces jusqu'aux plus ameres.
Or les Psaumes de David sont I'image fidele de sa vie; et comme cette vie resume les vicissitudes presque infinies de toute existence humaine, c'est I'histoire, non d'une ame, mais de toutes les ames, qu'ils racontent. II n'est pas un sentiment du cceur qui n'y soit exprime. La douleur, la tristesse, la crainte, I'esperance, le repentir, la joie, la confiance, la reconnaissance, y font entendre tour a tour, souvent dans le meme Psaume, leurs accents joyeux ou dechirants. Est-ce un roi qui parle.^ Oui, dans quelques passages oil I'Oint du Seigneur,dans la conscience du choix que le Seigneur a fait de lui et des sublimes promesses qu'il en a recues, rappelle a ses ennemis qu'en I'outrageant c'est Dieu meme qu'ils outragent. Mais habituellement c'est un homme, un homme comme nous, ce pauvre, comme il s'appelle (^Fs.
xxxiii, 7), qui se plaint et qui gemit, ou plutot qui prie. Car " tous sessentiments,toutessespensees,dit deMaistre, se tournent en prieres. " Et ces prieres jaillissent de son ame avcc
LES PSAUMES
tant de foi et d'ardeur, qu'on sent qu'elles seront infailliblement exaucees; lancees vers le ciel de toute la force du desir et de la confiance, " elles atteindront surement leur but, elles iront tomber aux pieds de Dieu avec la vitesse et la precision d'une fieche ^." Pour David, Dieu est vraiment le Dieu vivant ; il lui parle, tantot comme a son juge avec la terreur d'un coupable, tantot comme a son ami avec I'assurance d'un juste persecute; il se repent et il pleure comme un pecheur,il se tient assure du triomphe de son droit comme un saint qui n'a jamais failli. De la un accent inimitable ou sont fondues a la fois la grandeur et I'humilite, I'inquietude et la confiance, et qui est I'accent vrai de la priere. Et c'est la aussi ce qui donne a ces prieres un cara6lere d'universelle a6luaHte : comme le Pater, elles sont applicables a tous les hommes sans exception; elles sont conformes a toutes les conditions et a toutes les situations de la vie. Le I'salmiste ne fait pour ainsi dire qu'un avec nous : ce qu'il confesse nous est arrive hier, nous menace aujourd'hui, nous surprendra demain.
Les Psaumes conviennent done aux fideles de I'Eglise chretienne, comme ils convenaient aux enfants d'Israel. Ce livre est le tresor commun de toutes les ames qui connaissent et qui aiment le vrai Dieu, le Dieu juste et bon, le Dieu pere et maitre de toutes les creatures. Le Chretien y trouve.comme autrefois le pieux israelite, non seulement I'histoire de la religion et les grandes verites qui sont I'objet de sa foi et le fondement de ses immortelles esperances, mais I'histoire intime de son ame.
De tous les livres de la sainte Ecriture, le Psautier a toujours ete le plus populaire et le plus repandu.
Non seulement I'Eglise lui a donne la place d'honneur dans sa liturgie, mais elle le regarde comme eminemment propre a la formation morale du Chretien et au developpement de la piete dans les ames. Dans les premiers siecles, ses ministres et ceux qui aspiraient a la vie religieuse devaient le savoir par coeur^. Ces pieux cantiques, dit S. Augustin, reconfortaient les martyrs au milieu des tourments, et leur inspiraient cette joie et cette intrepidite qui etonnaient leurs bourreaux.3 Les fideles les recitaient dans leurs maisons pendant qu'ils prenaient leurs repas et avant de se livrer au repos de la nuit; ils en faisaient retentir les places pubHques.4 Partout, dans les campagnes de la Palestine, au temoignage des saintes Paula et Eustochium, " le laboureur, tenant le manche de sa charrue.chantait alleluia ; le moissonneur se reposait de ses fatigues par le chant d'un Psaume, et le vendangeur, la faucille a la main, modulait quelque hymne de David. 5 " Ces cantiques n'etaient pas moins populaires dans la Gaule chretienne, et Sidoine Apollinaire, dans una de ses poesies, decrit en vers gracieux les mariniers et les passagers chantant des Psaumes en suivant le cours d'un fleuve, image de la vie.
Ce qu'ont ete les Psaumes pour les Hebreux, ce qu'ils etaient pour les Chretiens des siecles passes, pourquoi ne le seraient-ils plus pour nous?
Descendus du ciel, ces chants religieux ne vieillissent pas; des qu'on les comprend, ils reprennent leur eclat et leur jeunesse primitive. En les recitant, nous parlons a Dieu un
^ E. Montegut, Op. cif. p. 41.
-Regie de S. Paconie, 140.
^ Cite de Dieu, xiii, 52.
■* Clement d'Alex. : Psalmi autem dum cibus sumitur, et anteqaam eatur ad cubitum, etc. Stromat. vii, 7.
S. Basile : Psalmorum oracula et domi
modulantur et in forum circiimferunt. Iti Ps. i, I.
^Quocumque te vertas, arator stivam tenens alleluia decantat, sudans messor Psalmis se avocat,et curva attendens vitem falce vinitor aliquid canit Davidicum. SS. Paiike et Eustoch. Epist. ad Marcell.
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langagc qui lui est connu ; nous lui adressons des formules de prieres, d'aftes de contrition ou d'a6lions de graces que lui-meme a inspirees. II y a plus encore : ces saints cantiques, Jesus les connaissait, il les a recites en son nom et au notre; beaucoup meme ne pouvaient lui convenir qu'autant qu'il tenait notre place et s'appropriait nos etats; les Apotres et les disciples autour de lui les ont recites, et apres eux tous les saints, tous les do6leurs, tous les hommes pieux de toutes les contrees de la terre. Un grand nombre, a leur derniere heure, comme le Sauveur sur la croix, comme Etienne son premier martyr, en murmuraient des passages de leur bouche mourante. Les Psaumes s'offrent k nous comme embaumes de la ferveur, des saintes aspirations, des repentirs et de I'amour de toutes les ames fortes et grandes qui s'en sont servi pour prier : semblables a ces pieuses images qui se transmettent dans les families chretiennes d'une generation a I'autre, rendues plus venerables par toutes les mains qui les ont touchees, par toutes les levres qui les ont baisees, par toutes les larmes qui sont tombeessur elles, par la foi et I'ardeur des prieres qu'elles ont inspirees.
Notre Psautier latin est la traduction litterale et comme le caique de la version grecque dite des Septante, et, de tous les livres de I'Ancien Testament, les Psaumes sont, avec I'Ecclesiaste, la partie la plus faible de cette version grecque. Expliquons cela brievement.
Ce qu'on appelle version grecque des Septante n'est pas une ceuvre homogene, d'une seule epoque, ayant le meme ou les memes auteurs. Les Septante primitifs, ceux de Ptolemee
Philadelphe, ne traduisirent que la Thoiuxh, la Loi, c'est-a-dire les cinq livres de Moise, et ce travail a ete execute par eux d'une maniere superieure. Les autres livres de I'Ancien Testament furentsuccessivement traduits en grec par des auteurs inconnus, plus ou moins habiles. Or il est incontestable, dit Le Hir, que le traducleur des Psaumes "ne connaissait assez bien ni I'hebreu ni le grec ^."
C'est sur cette version grecque, non sur I'original hebreu, qu'a ete faite notre traduction latine des Psaumes; c'est la version d'une version, et d'une version quelque peu defe6lueuse. Elleparticipe done a toutes les imperfections de celle-ci, si meme elle n'y ajoute; car elle suit le grec de si pres, qu'elle emploie des expressions et des constru6lions de phrase que I'usage de la langue grecque pent seul expliquer. II est vrai que S.Terome. a la demande du pape S. Damase, retoucha a deux reprises differentes cette tradu6lion latine primitive; mais il ne lui fit subir que des corre6lions Icgeres et peu nombreuses, de peur, nous dit-il, de troubler par de trop grands changements les habitudes des pretres et des fideles, qui savaient les Psaumes par cceur sous leur ancienne formule, et en faisaient le plus frequent usage aussi bien dans la vie privee que dans les offices publics de i'Eglise 2. Lui-meme se montra peu satisfait de ce premier travail. Afin, selon ses expressions favorites, de se rapprocher davantage de la verite hebra'iqiie et de puiscr a la source meme une eaii phis pure, il entreprit une traduction des Psaumes toute nouvelle sur le texte hebreu. Cette version est une ceuvre de grand merite, que les travaux des exegetes modernes n'ont pu qu'amender sur des points de detail.3 Neanmoins, toujours par res-
^ Op. at. Preface, p. xxxvi.
-" Ne nimia novitate leefloris stadium terreremus. "
« On la trouve, non seiilement dans les Qiuvres de S. Jerome, mais encore dans la
courte Explication des Psaumes de Bossuet, ainsi que dans le volume des Psaumes qui complete les Commentaires de Corn, de Lapierre edites par M. Vives.
LES PSAUMES
pe6l pour les habitudes des fideles, I'Eglise ne jugea pas a propos de I'adopter officiellement. De la premiere revision de S.Jeromc etait sorti le Psautier roinain, adopte en Italic et employe dans le Missel et le Breviaire jusqu'a S. Pie V. La seconde recension porte Ic nom de Psautier £a//u-an, par ce que,apportee de Rome en Gaulc par S. Gregoire de Tours, clle fut introduite dans les Offices de ce pays. Une plus haute fortune lui etait reservee : c'est le Psautier gallican que S. Pie V adopta plus tard pour le Breviaire; c'est lui que le Concile de Trente fit entrer dans I'edition authentique de La Bible. ^
DU PARA(Jfcfc£LISME.
Le cara6lere le plus saillant de la poesie hebrai'que, c'est le parallelisme.
Le D'' Lowth, qui a signale le premier, vers le milieu du dernier siecle, ce mecanisme poetique, lui a aussi donne son nom. II le definit la correspondance d'tin vers avec un autre.
C'est, dit M. I'abbe Vigouroux, une sorte de rime de la pensee, une relation de I'idee, exprimee ordinairement deux fois, quelquefois trois, en termes differents, tantot synonymes, tantot opposes. Exemple tire du Ps. 113 Qn exitu) :
Quand Israel sortit de I'Egypte,
La maison de Jacob du milieu d'un peiiple
barbare, Juda devint son san6luaire, Israel son royaume.
La mer le vit, et elle s'enfuit,
Le Jourdain recula vers sa source;
Les montagnes bondirent comme des be-
liers, Et les collines comme des agneaux.
Qu'avais-tu done, 6 mer, pour t'enfuir,
Et toi, Jourdain, pour reculer vers ta source?
Montagnes, pourquoi bondissiez-vous comme des beliers,
Et vous, collines, comme des agneaux?
Autres exemples :
Quid est homo, quod memor es ejus, Aut filius hominis, quoniam visitas eum?
Ps. viii, 5.
Sitivit anima mea ad Deum fortem, vivum, Quando veniam... ante faciem Dei?
Ps. xli, 3.
Dans ces phrases oil les membres de chaque verset se correspondent en exprimant le meme sens en termes equivalents, le parallelisme est dit syuonyuiique.
D'autres fois le parallelisme procede par opposition; on I'appelle alors antithetique. Ex.
Hi in curribus, et hi in equis (confidunt) ; Nos autem in nomine Domini invocabimus.
Ipsi obligati sunt et ceciderunt, Nos autem surreximus et erecfli sumus.
Ps. xix. 8 sv.
Enfin il arrive souvent que le sens des membres paralleles n'est ni le meme, ni oppose; le parallelisme consiste alors dans I'analogie de la stru6lure de la phrase poetique, se developpant en deux ou trois vers. Ex.
Voce mea ad Dominum clamavi, Et exaudivit me de monte sancflo suo.
Ps. iii, 5.