‹ La Sainte Bible (volume 3)Chapitre 664 sur 941 · Voyez ii, 7 et iii · texte numérisé non relu

Voyez ii, 7 et iii

VIII, 5-7. Les Epoux se promettent un attachemetit eternel.

5. Comparez ce debut a celui de vi, 10. — " En se promenant, les Epoux mystiques rencontrent un arbre qui leur rappelle d'emouvants souvenii^s. C'est Ik qu'ils avaient echange leurs premieres paroles d'amour... Ibi corncpta ... La Vulg. doit se ramener a I'hebreu, qui dit beaucoup plus clairement : Oest la que ta mere fa enfanie'e. " (Fillion.)

6. Mets-moi comme un sceau sur ion coeur. " C'est I'Epoux qui continue a parler. Anciennement on portait des cassolettes sur le sein, et des bracelets assez larges sur les bras. Ces cassolettes et ces bracelets

etaient ornes de figures et de gravures. " (Dom Calmet.) D'autres I'entendent du cachet, dont on se sert pour apposer sa signature a une piece et qui joue un tres grand role chez les Orientaux encore aujourd'hui. 6, 7. Magnifiques images et metaphores pour marquer la force de I'amour. Elles ne sont vraies que de I'amour pur, et de celui surtout qui s'eleve tout a fait au-dessus des sens, de I'amour spirituel. Car rien, au contraire, n'est plus volage et fragile que I'amour charnel.

VI 1 1, 8-14. LEpouse vajouir avec V Epoux dhaie f elicits sans fin.

Ce passage jusqu'k la fin du poeme est bien obscur, et le lien des idees bien difficile a marquer.

8. C'est probablement I'Epouse qui, au sujet de sa jeune soeur, consulte I'Epoux, lui temoignant par la une entiere confiance.

9. " Toutes ces manieres de parler marquent qu'il faut la marier. Une fille a marier, une femme sans mari, est comme un mur sans tours et sans defense... II lui faut un homme riche, puissant, illustre, qualites figurees par les tours ou les creneaux d'argent." (Dom Calmet.)

II. "C'est ici une ficftion poetique, ou I'Epoux sous la personne d'un homme de

436 LE CANTIQUE DES CANTIQUES. Chap. VIII, 12—14.

12 La vigne qui est a moi, j'en dispose : A toi, Salomon, les mille sides,

Et deux cents aux gardiens de ses fruits.

13 — Toi qui habites les jardins,

Les compagnons pretent I'oreille a ta voix, Daigne me la faire entendre.

14 — Cours, mon bien-aime,

Et sois semblable a la gazelle ou au faon des biches, Sur les montagnes des aromates!

campagne, compare son bien a celui du roi Salomon, et dit qu'il ne donnerait point sa vigne, (il entend son Epouse) pour toutes celles de Salomon." (id.)

12. " La vigne de Salomon represente la Synagogue; et la vigne de I'Epoux, I'Eglise chrdtienne. Que Salomon vante la beaute et la fertilite de sa vigne tant qu'il lui plaira... qu'il loue son antiquite, son etendue, sa beaute : on ne lui envie aucun de ces avantages." (id.)

13. L'Epoux desire entendre, dans le calme et le silence des jardins, la voix tres douce de la Bien-aimee.

14. C'est probablement une chanson chantee par I'Epouse, a la priere de son Bien-aime; et c'est, en meme temps, une invitation a fuir plus loin et plus haut dans la solitude, au milieu des parfums : " Nescit habitare, nisi in sublimitate virtutum ; nescit commorari, nisi in talibus Ecclesias filiabus, qu^e possunt dicere : " Christi bonics odor swnus." (S. Ambroise, 1. \U.de Vtrg.)

L'exposition des anciens est encore ici la plus satisfaisante. Toute cette fin du cantique a une signification eschatologique par rapport a ses premiers lefleurs.

CANTICUM CANTICORUM. Cap. VIII, 12—14.

habet populos : tradidit earn custodibus, vir afFert pro fructu ejus mjlle argenteos. 12. Vinea mea coram me est. Mille tui pacifici, et ducenti his, qui custodiunt fructus

ejus. 13. Quas habitas in hortis, amici auscultant : fac me audire vocem tuam. 14. Fuge dilecte mi, et assimilare capreae hinnuloque cervorum super montes aromatum.

1° Les freres de I'Epouse [la Synagogue] d^lib&rent entre eux du mariage de leur jeune soeur. Le trait carafleristique de cette union, c'est la haute fortune dont par elle va jouir cette jeune soeur. Ce progrcs, cette perfe^ion sont compares k des crdneaux, k un palais d'argent qu'on eleverait par dessus des murs de pierre; ou encore a une porte pour laquelle on sculpterait des battants en cedre. Ces images sont d'autant mieux ad rem que I'Epouse n'est pas une personne, mais une societe, la cite de Dieti. Tout cela est une prophetie de VEglise batie par dessus la Synagogue par le Verbe incarnc. (ler moment de I'exaltation de TEpouse.)

2° Ce qui suit (10-13) ddcrit la condition de VEglise inilitafite, telle que les paraboles du N. T. et en particulier celle de la vigne nous la font connaitre. C'est une vigne qui donne des fruits k son maitre et aux ouvriers qui la travaillent. Cfr. Matt, xx, xxi, et loc. ^2ir.',Joa?t. iv, 35-38. (2^ moment de I'union definitive.)

30 Apres la transit, du v. 13, qui est un appel de I'Epoux invitant I'Epouse au repos eternel, c'est au v. 14 la reponse de I'Epouse qui s'elance sur les traces de I'Epoux vers le ciel. — DEglise triomphante. (3^ moment ou consommation de I'union.)

311X1 imiiir-

lie liilire be la Haitrssc^

Intrndiictiaiu

LE titre de ce livre, dans la version des Septante, est : 2o©ia lotXcoiJiorjrot; ou 2a/wa(6v. De meme, dans la version syriaque, il est intitule : Liber magnce Sapientics Salomonis, filii David. Plusieurs Peres des premiers siecles le citent egalement sous ce titre. Neanmoins St Jerome le traite de pseiidt'pigraphe, ('lEu^STTtypa^oc), et St Augustin, remarquant que ce titre n'est donne a cet ouvrage qu'a raison d'une certaine ressemblance, qitadam similitndine (Do6l, christ. ii, 8), avec les livres de Salomon, dit formellement ailleurs (de Civ. Dei xvii, 2o) : " Non esse ipsius non dubitant do6liores. " ■ — La Vulgate a6luelle a retranche dans le titre le nom de Salomon, et le nomme simplement : Liber Sapi entice. Cette suppression se trouvait deja dans les Canons scripturairesdes Conciles de Trente, de Florence, etc.

Le but de I'ouvrage nous est indique par le titre meme. Faire connaitre la Sagesse dans sa source, dans ses oeuvres, dans les fruits qu'elle apporte a ceux qui pratiquent ses preceptes. C'est, en effet, tout d'abord de la Sagesse pratique qu'il s'agit, de la Sagesse communiquee a I'homme, par laquelle il connait Dieu et les commandements qu'il lui impose pour atteindre sa fin. Mais, de la notion de Sagesse participee, I'auteur s'eleve a celle de la Sagesse increce, qui se revele par ses oeuvres et par la Providence qui preside au gouvernement des creatures. Penetrant meme plus profondement dans la nature de Dieu, I'auteur inspire nous fait entrevoir des Personnes subsistant dans cette nature : le Verbe de Dieu et

son Esprit-Saint se manifestant par leurs operations divines. St Paul {Hebr. i) appliquera les paroles memes de la Sagesse au Verbe de Dieu.

" La Sagesse est le souffle de la puissance de Dieu, une pure emanation de la gloire du Tout-Puissant. El'le est le resplendissement de la lumiere eternelle, le miroir sans tache de I'activite de Dieu, et I'image de sa bonte. Etant unique, elle peut tout; restant la meme, elle se repand dans toutes les ames saintes, et en fait des amis de Dieu " {Sag. vii, 25-27).

La divinite, la personnalite du Saint-Esprit sera egalement devoilee dans ces pages dont les clartes annoncent deja les grandes revelations du Nouveau Testament : " L'Esprit- Saint remplit tout I'univers...; il fuit la duplicite et se retire de I'ame perverse..., il aime les hommes (Ch. i).

"J'ai prie, et I'Esprit de Sagesse est venu en moi " (vii, 7). " Qui pourra connaitre votre pensee. Seigneur, si du haut du ciel, vous ne lui envoyez votre Esprit-Saint" (ix, 17)? Ces passages, qu'on pourrait multiplier, sont si explicites, que quelques auteurs, hostiles a toute idee de revelation, n'ont pas craint d'y soupconner les retouches d'une main chretienne.

Le livre de la Sagesse se divise naturellement en deux parties : I'une theorique (ch. i-ix), I'autre historique (ch. x-xix).

La premiere, plus dida6lique, considere la Sagesse en elle-meme et dans ses effets sur Tame. La deuxieme fait connaitre ses oeuvres exterieures:

les bienfaits qu'elle prodigue a ses serviteurs, les chatiments dont elle frappe ses ennemis.

LE LIVRE DE LA SAGESSE

On peut distinguer, dans ces grandes lignes :

D'abord, dans la partie theorique (ch. i-v), la Sagesse nous montre la fin a obtenir, c'est-a-dire, la bienheureuse immortalite; puis (ch. vi-ix), elle se fait notre guide, a travers cette vie, en se revelant a nous, pour nous conduire au but desire.

Dans la partie historique, la Sagesse nous apparait : i° (ch. x-xii), comme source de salut et de chatiment. Prote6lion du juste et punition de I'impie : tel est le resume de ses oeuvres. L'histoire sainte, depuis Adam jusqu'aux chatiments des Egyptiens et des Chananeens prouve la these de I'auteur. 2° (ch. xiii-xiv), comme I'ennemie de I'idolatrie, source de tous les chatiments. Digression sur les origines du culte des idoles et ses funestes consequences. 3o(ch.xv-xix), comme I'auteur de la Providence speciale qui a frappe I'Egypte idolatre et sauve Israel adorateur du vrai Dieu.

L'auteur, proprement dit, du livre de la Sa£-esse ne peut etre Salomon.

Les autorites que nous avons deja alleguees suffiraient a le prouver. On ne peut opposer a cette assertion la coutume ancienne de le mettre au nombre des ouvrages de Salomon.

Quand on parlait des Qninque libri Salofnonis on savait que cette formule, adoptee par quelques conciles, ne prejugeait en rien la question d'authenticite.Ce qui importait,c'etait inspiration, la canonicite, generalement admise et defendue par ceux memes qui niaient I'origine Salomonienne.

Les raisons de nier cette origine sont tres fortes.

1° La Sagesse n'a pas ete origin airement ecrite en hebreu. Nul n'a jamais parle d'un original dans cette langue. De plus cet ouvrage est compose en grec, il ne porte aucun vestige de tradu6lion. S'il contient quel-

ques hebraismes, c'est que I'auteur, juif pieux, etait nourri de la litterature des h'vres saints. Salomon ne peut done I'avoir ecrit.

2° Non seulemeiit la langue, mais les idees, mais les doftrines refletent la philosophie grecque et revelent une epoque posterieure a Salomon de 7 a 8 siecles. La lecture du livre et du commentaire en fournira abondamment la preuve.

y^ Aucun juif n'a pense que la Sagesse remontat a Salomon. lis I'ont toujours repoussee de leur Canon, ou plutot n'ont jamais songe a I'y inserer, tant il est vrai, qu'a I'epoque de sa composition, nul ne se meprit sur I'origine du livre.

Quelques auteurs ont imagine une opinion moyenne qui concilierait la donnee du titre grec et syriaque ainsi que I'opinion de quelques Peres avec les arguments contre I'authenticite.

L'auteur, quel qu'il soit, aurait mis en oeuvre d'anciens^rrzVi'de Salomon.

Cette opinion est nouvelle et sans fondement. Si Ton se bornait a dire qu'il a mis en oeuvre les idees de Salomon, rien de plus naturel ; par exemple, la premiere partie des Pj'ovei'bes, et c'est sans doute la raison pour laquelle, des le chap, vi, l'auteur se personnifie dans Salomon. Mais alleguer des ecrits qu'Esdras eut ignores, dont nul n'a jamais parle :

hypothese gratuite, a laquelle les anciens auraient eu recours, si elle avait eu quelque vraisemblance.

S'il est facile de refuser la composition de la Sagesse a Salomon, il est difficile d'en assigner l'auteur.

St Augustin avait pense au fils de Sirach, auteur de V Ecclesiastique.

Mais celui-ci a ecrit en hebreu, il a vecu avant I'epoque ou fut compose notre ouvrage. Les Retra^ations (ii, 4) du saint docleur font justice de cette opinion.

Zorobabel a ete mis en avant, mais il n'aurait pas ecrit en grec, et les juifs auraient mis son ouvrage darts leur Canon.

LE LIVRE DE LA SACESSE

Philon, le juif, est trop recent, et la Sagesse n'est pas de son style. Philon I'ancien etait pai'en.

Le philosophe Aristobule, ami des Ptolemee et leur flatteur, n'aurait point parle aux rois comme I'auteur de la Sag esse.

Aucun nom propre ne pouvant convenir, il reste a dire que I'ouvrage suppose un juif verse dans les lettres et la philosophie grecques, vivant dans un centre intelleftuel, qui ne peut etre qu'Alexandrie, a une epoque de scepticisme et de corruption, tels qu'il les depeint a chaque page de son livre. Or nous savons que le regne des Ptolemee, depuis 200 ans environ avant J.-C, fut signale par une recrudescence d'irreligion, d'immoralite, de persecution contre les Juifs. L'auteur aura ecrit pendant ces temps calamiteux, afin de premunir ses compatriotes contre la corruption du siecle, les exhorter a la patience et les encouragerpar le souvenir des bienfaits de Dieu dans le passe, et I'esperance des biens futurs.

Ces considerations nous amenent a placer la composition du livre de la Sagesse, en Egypte, plus probablement a Alexandrie, pendant le cours du 2^ siecle av. J.-C.

Les controverses qui se sont elevees, des les premiers siecles, au sujet de la Sagesse, ont jete quelque doute sur I'inspiration de ce livre. Quelques Peres, malgre leur respe6l pour cet ouvrage, et I'usage meme qu'ils en faisaient, ont pense qu'il n'etait pas destin^ a soutenir et a confirmer la verite dogmatique, mais seulement a edifier les fideles par sa leclure, Les definitions des Conciles ont tranche de bonne heure la question en faveur de inspiration. Au 16^ siecle, les Protestants I'ont renouvelee. Le Concile de Trente, confirm<^ recemment par celui du Vatican, a maintenu la tradition de I'Eglisequi a toujoursreconnu la Sagesse pour un livre inspire.

La perpetuite et I'universalite de cette tradition sont, en efifet, manifestes.

Les ecrivains du N. T., sans citer expressement, lui empruntent plusieurs passages et jusqu'aux expressions elles-memes (Comp. Heb. i, 1-3 et Sap. vii, 26; Rom. i, 20-32 et Sap. xiii-xvi; Rom. ix, 21 sv. et Sap.

XV, 17-xii, 20 etc. etc.; voir le Commentaire). Ces rapprochements prouvent que St Paul, non plus que St Pierre, et St Jacques ne considerait pas la Sagesse covavaQ un livre profane.

La tradition des Peres est plus explicite. A partir de St Clement Remain, ils citent expressement.

Avec Clement d'Alexandrie la Sagesse est alleguee comme livre divin, et cela au lieu meme ou il a du etre compose. Tous les Peres grecs, sans excepter ceux qui admettent quelque doute au sujet de son inspiration, par ex. St Athanase, la citent comme un livre sacre et un temoignage scripturaire. Les Peres latins, si Ton excepte St Jerome, trop partisan du Canon palestinien, n'hesitent pas davantage a admettre et meme a defendre son inspiration. St Augustin, qui ne reconnait pas Salomon pour auteur, en revendique energiquement I'inspiration vis a vis des semipelagiens.

Les Conciles, a partir de celui d'Hippone (393), les lettres et les decrets des Papes, les anciens Canons scripturaires, comme celui de Muratori, mettent la Sagesse au nombre des livres inspires.

La tradition de I'Eglise est evidente, au point que les premiers protestants, Luther en tete, ne la contestaient pas. Depuis, dans notre siecle surtout, le terrain de la tradition n'etant pas favorable, on a allegue des erreurs qui ne peuvent, dit-on, se concilier avec la parole de Dieu.

Nous en dirons un mot seulement en terminant.

L'auteur de la Sagesse est accuse de meconnaitre la creation ex nihilo

LE LIVRE DE LA SAGESSE

(xi, i8); d'enseigner la preexistence des ames (viii, 19-20); d'admettre la corruption du corps comme cause du peche (i, 4; viii, 20; ix, I5);de donner dans les erreurs de I'emanatisme (vii, 25), etc. Ces accusations, on les trouvera refutees dans le Commentaire. Elles trouvent leur source dans une exegese defeftueuse des passages incrimines.

Les faits racontes touchant les plaies d'Egypte sont aussi I'objet de recriminations. Pour n'etre pas tous contenus dans les recits de I'Exode, ils peuvent etre fondes sur une tradi-

tion connue de I'auteur et consignee dans son oeuvre.

Outre letexte grec,nous possedons de la Sagesse I'ancienne version latine du 1 6'" ou du 2^ siecle, contenue dans la Vulgate; la version syriaque, et quelques autres versions moins anciennes. On a suivi dans cette tradu6lion le texte officiel public en 1 586 par le Pape Sixte-Quint, d'apres le manuscrit du Vatican. Quelques passages qui existent dans la Vulgate, mais ne se trouvent pas dans les manuscrits grecs, ont ete mis entre crochets, v. g. II, 8, etc.

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