L adoreront ; Vulgate, Vadorerent
parfait prophetique. — Des la fondation die monde : ces mots, comme le montre un passage semblable (xvii, 8) doivent se rapporter, non a l'immolation de 1 Agneau, mais a l'inscription dans le livre de vie. Voy. iii, 5 et comp. Eph. i, 4 sv. Dans la Vulgate, la position de la virgule serait a modifier.
10. Si quelqiiun, etc. : avertissement pour les persecuteurs, mais aussi pour les persecutes : que ceux-ci se souviennent qu'ils ne doivent attendre leur salut que de la patience et de la foi {Matth. xxvi, 52; f.uc, xxi, 19).
11. De la terre : la premiere bete sortait de la mer, c.-ii-d. de l'agitation et du bouleversement des peuples; celle-ci monte de la terre, element plus calme : elle nait dans un etat social tranquille, au sein de la civilisation. — Une autre bete : tous les traits qui suivent en font le symbole de la fausse
science, de la sagesse de ce monde au service de Piinpiete. Aussi est-elle designee plus loin comme " le faux-prophete " (xvi, 1 3 ; xix, 20; xx, 10). — Ses comes sont semblables a celles d'un agneau : elle n'a pas recours a la force materielle ; mais son langage est celui d'un serpent : ses amies sont la ruse et la seduction. Comp. Matth. vii, 15. De tout temps, cette puissance de la science orgueilleuse et impie a soutenu les pouvoirs persecuteurs; nous voyons les magiciens aupres de Pharaon (Exod. vii, n), les enchanteurs chaldeens aupres de Nabuchodonosor {Dan. ii, 1; Is. xlvii, 12), les devins et les aruspices aupres de Julien l'Apostat, etc. ; mais, le tableau ici trace" de la 2de bete et de son ceuvre, nous porte a croire qu'a l'epoque de l'Antechrist, la puissance de la science impie sera, comme la puissance politique, personnifiee dans un homme, " le faux-prophete " dont cette 2de bete est plus specialement le symbole (comp. xix, 20).
12. La 2^e bete exercait VautoHte de la Premiere bete, qui en avait fait comme son principal ministre. — Avait etegtierie (voy. v. 3 note) : d'apres cela, les faits annonces ici doivent etre rapportes au temps qui suivra Yapostasie des nations chretiennes, e'esta-dire, comme nous l'avons deja indiquc plus haut, aux temps de TAntechrist.
13. Descendre le feu du ciel : soit par l'intervention des demons, soit par quelque application savante des lois de la nature, de celles par exemple qui regissent relectricite atmospherique.
478 APOCALYPSE DE S. JEAN. Chap. XIII, 14—18; XIV, 1.
hommes, J4et elle s£duisait les habitants de la terre par les prodiges qu'il lui etait donne d'operer en presence de la bete, persuadant aux habitants de la terre de faire une image de la bete qui porte la blessure de l'epee et qui a repris vie. xsEt il lui fut donne d'animer l'image de la bete, afin que cette image aussi parlat et qu'elle fit mettre a mort tous ceux qui n'adoreraient pas l'image de la bete. l6Elle fit qu'a tous, petits et
grands, riches et pauvres, libres et esclaves, on mit une marque sur la main droite ou sur le front, J7et que nul ne put acheter ou vendre, s'il n'avait pas la marque du nom de la bete ou le nombre de son nom.
l8C'est ici que doit se montrer la sagesse! Que celui qui a de l'intelligence calcule le nombre de la bete; car c'est un nombre d'homme, et ce nombre est six cent soixante-six.
Signe. — L'Ag-neau et les Vierg-es [ch. xiv, i — 5] apparaissent sur le mont Sion, aux accents du cantique nouveau.
lui cent quarante-quatre mille personnes, qui avaient son nom et le nom
Ch. XIV. J PUIS je vis, et void que 1' Agneau etait sur la montagne de Sion, et avec
14. Elle se'duisait : cette ceuvre d'universelle seduction, opere'e par les prodiges de la science humaine et de la magie diabolique, est donnee comme un signe des derniers temps par N.-S. {Matth. xxiv, 24) et par vS. Paul, qui mentionne expressdment 1'intervention de Satan (II Tkess. ii, 9 sv.). Mais il n'est pas besoin d'attendre les jours de l'Antechrist pour voir le prestige de la science audacieusement et perfidement exploits au profit de l'antichristianisme.
15. Animer Vintage dr /<t bite : peut-ctre s'agit-il reellement d une statue de l'Ante'christ, proposed a l'adoration publique, comme autrefois celle de Nabuchodonosor {Dan. iii), et a laquelle certains procedes scientifiques ou magiques reussiraient a donner une apparence de vie. Cependant l'image de la bete pourrait aussi s'entendre d'un homnie, investi de la puissance publique et devenu ainsi la representation vivante de cette puissance symbolisee par la bete. Dans ce sens, tous les tyrans persecuteurs auraient ete des images de la bete, et les martyrs de tous les temps, en refusant d'obeir a leurs ordres impies, auraient reellement refuse ^adorer Vintage dc la bete (voy. xx, 4). Mais, dans les derniers temps, l'Antechrist en serait 1'image la plus caracte'ristique, et la science impie aurait done Persuade aux peuples de faire une image de la bete (v. 14), en leur persuadant de confier leur puissance politique a l'Antechrist, qui en deviendrait ainsi le representant,parlerait au nom de cette puissance, et condamnerait a mort tous ceux qui ne V adorer aicnt pas, refusant de courber, devant ses pretentions impies, leur foi et leur conscience.
16. Elle fit que etc. : cette action doit probablement etre rapportee a l'image de
la bete, qui est le sujet des deux subjonclifs qui pre'eedent. On pourrait peut-etre aussi la rapporter au faux-prophete, instigateur de ces mesures persecutrices.
17. Acheter et vendre : exercer les droits de citoyens. Ce serait la mise liors la lot de tous ceux qui ne porteraient pas la marque de la bete, e'est-a-dire qui ne feraient pas ostensiblentent profession de se soumettre a ses lois. Comp. vii, 3, les elus marques aussi du sceau de Dieu, et voy. II Tim. ii, 19.
18. La sagesse : pour echapper aux seductions de la science impie, et aussi pour se premunir contre l'apostasie, en calculant le iwmbre de la bete (de la ire, celle qui a le pouvoir et se fait adorer), lequel est un nombre d'/iomme, designant par consequent un etre faible et mortel en realite", malgre la puissance presque surhumaine dont il parait investi. — Ce nombre est 666 : a propos de ce nombre et des calculs fantaisistes auxquels il avait deja donne" lieu au He siecle, S. Irenee ecrivait : " Nous n'affirmerons pas avec assurance que l'Antechrist doit porter tel ou tel nom, sachant bien que, s'il eut fallu que ce nom fut des maintenant ouvertement publie, il l'aurait etc" assur^ment par celui-la meme qui avait eu la vision de TApocalypse " {Contr. Ha'r. 1. v, c. 30). II propose Aaxiivoc, Latinus, parce que le dernier empire de Daniel est l'empire 10main ou latin; mais il prefere encore Tst-av, Titan. La meme reserve chez S. Hippolyte {de Aniichr. 50) prouve l'absence de toute tradition apostolique au sujet de ce nom.
Parmi les modernes, on a propose le nom arameen de SOTHeR, le Destrucleur, et, dans l'ecole rationaliste, NeRON Qe"SaR, Ne'ron Cesar. Mais, d'abord, il est vraisemblable, comme le remarque deja S. Irenee
APOCALYPSIS B. JOANNIS AP. Cap. XIII. 14—18; XIV
ram in conspectu hominum. 14. Et seduxit habitantes in terra propter signa, quas data sunt illi facere in conspectu bestiae, dicens habitantibus in terra, ut faciant imaginem bestiae, quas habet plagam gladii, et vixit. 1 5. Et datum est illi ut daret spiritum imagini bestiae, et ut loquatur imago bestiae : et faciat ut quicumque non adoraverint imaginem bestiae, occidantur. 16. Et faciet omnes pusillos, et magnos, et divites, et pauperes, et liberos, et servos habere characterem in dextera manu sua, aut in frontibus suis. 17. Et ne quis possit emere, aut vendere, nisi qui habet characterem, aut nomen bestiae, aut numerum nominis ejus.
18. Hie sapientia est. Qui habet intellectum, computet numerum bestiae. Numerus enim hominis est :
et numerus ejus sexcenti sexaginta sex.
— ' *— CAPUT XIV. -*- Virgines cum Agno cantantes ambulant, Angelo uno Evangelium annuntiante, altero Babylonis lapsum, tertio vero cruciatum eorum qui bestiam adorarunt praedicante : porro duo habentes fakes jubentur, ille messem, hie autem vineam terra? demetere.
T vidi : et ecce Agnus stabat supra montem Sion, et cum eo centum quadraginta quatuor millia ha-
(1. cit.), qu'il s'agit ici de la valeur des lettres ^rar^w^puisque l'Apocalypse est ecrite en grec et adressee aux Eglises de lAsie grecque. De plus, pour arriver a la somme avec Neron Cesar, il faut, par une premiere irregularite, conserver au Nun final, qui dans l'usage vaut 700, la valeur du Nun ordinaire, a savoir 50. II faut en outre, par une seconde irregularite, admettre la suppression de l'lod dans le mot OeSaR qui se trouve ecrit QelSaR dans tous les exemples cites par Buxtorf dans son Lexicon rabbinicum. Enfin, dirons-nous, s'il est vrai qu'un auteur, ecrivant vers l'an 67, ait voulu designer ici Neron, comment expliquer qu'il n'ait pas su se faire comprendre des contemporains de ce prince, et qu'une interpretation, jugee si lumineuse par les exegetes rationalistes du XIXe siecle, ait ete totalement inconnue a des erudits tels que S. Irenee et S. Hippolyte?
La meilleure solution de l'e'nigme ne serait-elle pas de considerer le nombre 666, non plus comme la somme des valeurs numeriques des lettres d'un nom propre, mais comme un nombre symbolique exprimant par lui-meme, a la manicre d'un nom, la nature de l'Antechrist?
Le nombre 7, avons-nous dit dans l'lntrodu<ftion, est un nombre religieux, le nombre de la creation sanclifiee par le sabbat divin {Gen. ii, 3). Le nombre 8, d'apres une idee commune chez les Peres, est le symbole du grand jour de la beatitude cternelle, oclave glorieuse, succedant aux sept jours du Dieu createur et sanclificateur, pour achever la grande semaine divine (S. Aug. S. 259 in ocl. Pasch.); e'est done le nombre de la creation restauree et glorifiee par le Christ, et il
est certainement remarquable que la somme des lettres du nomde Jesus,IHSOVS en grec, donne precise'ment 888.
Ceci pose, le nombre 6, restant en dessous de 7, ne serait-il pas le nombre de la creation sans sabbat, de Vhomme sans religion, sans Dieu ? Ainsi Font pense, entre autres, le V. Bede et le B. Albert-le-Grand (in h. loc). De plus, comme N.-S. a dit 77 pour renforcer le nombre 7 (Matth. xviii, 22), ainsi 666 peut etre considere comme un superlatif du nombre 6, intentionnellement forme' pour caraeteriser Vhomme de pechc, et le grand adversaire du Christ, dont le nombre est 888.
A l'appui de cette maniere de voir, on peut remarquer encore que l'invitation a calculer le nombre de la bete serait illusoire, au moins jusqu'a l'epoque de son regne, s'il s'agissait de decouvrir sous ces chiffres un nom propre ordinaire, attendu qu'un nombre indefini de noms peut etre forme avec des lettres dont la somme donnerait 666. Quant au verbe •b-t)<?iZ,nv, calculer, rien n'empeche de lui donner le sens <\\ippre'cier, d'eslimer la valeur, la nature de la bete, d'apres le chiffre choisi pour la la designer.
CHAP. XIV
i.Jevis: entre les terribles visions qui precedent et celles qui vont suivre, Jean ddcouvre, pour la consolation et l'encouragement des fideles,une apparition de lagloire et de la felicite des elus : image de la vie du chretien ici-bas, de ces alternatives de jours sombres et lumineux, de tentations et de ddlivrances, de cris d'alarme et de chants de vicloire qui la remplissent. — La montagne de Sion, ou fut etabli le trone de Da-
APOCALYPSE DE S. JEAN. Chap. XIV, 2—12.
de son Pere ecrits sur leurs fronts. 2Et j'entendis un son qui venait du ciel, pareil au bruit de grandes eaux et a la voix d'un puissant tonnerre; et le son que j'entendis ressemblait a un concert de harpistes jouant de leurs instruments. 3Et ils chantaient comme un cantique nouveau devant le trone, et devant les quatre animaux et les vieillards; et nul ne pouvait apprendre ce cantique, si ce n'est les
cent quarante-quatre mille, les rachetes de la terre. 4Ce sont ceux qui ne se sont pas souilles avec des femmes, car ils sont vierges. Ce sont eux qui accompagnent l'Agneau partout 011 il va. Ils ont ete rachetes d'entre les hommes, comme des premices pour Dieu et pour l'Agneau; 5et il ne s'est point trouve de mensonge dans leur bouche, car ils sont irreprochables.
Ch.XIV.
5 SlGNE. — Les trois Anges [CH. XIV, 6—13] herauts des jugements de Dieu, annoncent 1° l'heure du jugement; 2° la chute de Babylone et 30 le chatiment eternel des impies. — Bonheur de ceux qui meurent dans le Seigneur.
jUis je vis un autre ange qui volait par lc milieu du ciel, tenant l'Evangile eternel, pour l'annoncer aux habitants de la terre, a toute nation, a toute tribu, a toute langue et a tout peuple. 7 II disait d'une voix forte : " Craignez Dieu et donnez-lui gloire, car l'heure de son jugement est venue; adorez Celui qui a fait le ciel et la terre, la mer et les sources des eaux. "
8Etun autre ange suivit.en disant:
" Elle est tombee, elle est tombee, Babylone la grande, qui a abreuve toutes les nations du vin de la fureur de son impudiciu ! "
9Et un troisieme ange les suivit, en disant d'une voix forte : " Si quel-
qu'un adore la bete et son image, et en prend la marque sur son front ou sur sa main, I0il boira, lui aussi, du vin de la fureur de Dieu, du vin pur verse dans la coupe de sa colere, et il sera tourmente dans le feu et dans le soufre, sous les yeux des saints anges et de l'Agneau. "Et la fumee de leur supplicc s'elevera aux siecles des siecles, et il n'y aura de repos, ni jour ni nuit, pour ceux qui adorent la bete et son image, ni pour quiconque aura recu la marque de son nom. "
I2C'est ici que doit se montrer la.
patience des saints, qui gardent les commandements de Dieu et la foi en Jesus.
vid, apparait aussi dans l'Ecriture comme le siege de l'empire du Messie, tils de David (Ps. ii, 6; Luc, i, 32). Plusieurs pensent que le mont Sion designe ici le ciel, la celeste Sion, comme dit S. Paul (He'br. xii, 22); cependant le texte semble indiquer que l'harmonie des chanteurs celestes descendant du ciel en terre, oil personne cependant ne pouvait apprendre leur cantique, si ce n'est les 144 mille, que S. Jean apercevait debout, avec l'Agneau, sur la montagne de Sion, comme au jour du jugement les elus seront rassembles aupres de Jesus- Christ descendu pour juger la terre. — 144 mille personneS) qui representent ici le nombre grand et parfait des elus. Au chapitre VI I, nous les avons vus marques d'un sceau preservateur; ici, nous les voyons decores du nom de l'Agneau, selon la promesse
faite au vainqueur (iii, 12), et du nom de Dieu son Pere. Comp. xxii, 4.