‹ La Sainte Bible (volume 4)Chapitre 421 sur 559 · LES LIVRES APOCRYPHES DE LA VULGATE · texte numérisé non relu

LES LIVRES APOCRYPHES DE LA VULGATE

clame la reprobation desormais accomplie du peuple juif, et l'accession des Gentils a la foi et au salut dans I'Eglise chretienne, substitute a la Synagogue.

Suivant M. Le Hir, l'auteur a ecrit — probablement en hebreu — dans la Palestine on en Syrie, apres la derniere revoke des Juifs sous Adrien et avant la paix donnee a I'Eglise par Constantin, entre le milieu du ID siecle et la fin du IIIe, < plus naturellement, ajoute le doifte critique, vers le commencement que vers la fin de cette pe"i iode. » i

2° L'ecrit qui forme la deuxieme partie est de beaucoup le plus important. II comprend douze chapitres du IV* livre d'Esdras (iii — xiv) et se divise en sept aftes ou visions, imite'es d'Ezechiel et de Daniel. Dans ces developpements d'une beaute litteraire souvent remarquable, l'auteur aborde les plus graves problemes qui puissent occuper l'esprit humain; e'est Dieu lui-meme qu'il fait intervenir pour en donner la solution et reveler 1'avenir des peuples.

Les versions anciennes de cet opuscule derivent toutesd'un original grec. L'ouvrage a-t-il etc doit primitivement en cette langue? Otielques critiques, tels que Wellhausen, Le Hir, H. (iunkel, faisant etat de plusieurs particularites, qui paraissent caracteristiques, de langue et de style, ont pense que le texte grec lui-meme pour rait bien, du moins en partie, n'etie que la traduction on la paraphrase d'un ecrit plus ancien, dont la langue aurait ete riiebrea.-'

L'auteur est un pieux Israelite, qui a voulu consoler et encourager dans leur attente messianique ses coreligionnaires, si durement atteints par la grande catastrophe de Fan 70. 11 a ecrit avant les premieres annees du 2e siecle de I'ere chretienne, apres la mort de Titus (xi, 35) et avant le regne de Nerva,

du vivant de Domitien dont il attend la fin tragique (xii, 2. 14-28). La grande catastrophe qu'il deplore lui apparait dans un passe deja lointain : Jerusalem est reduite en solitude (iii, 2), elle n'est plus qu'un amas de mines (x, 48; xi, 42); consumee par l'incendie (xii, 44) elle est assise dans la desolation (xii, 48); son temple est detruit, son culte aboli (x, 21) et sa population emmenee captive et dispersed (v, 28; x, 22).

Mais l'ouvrage a certainement ete remanie, et probablement refondu, par une main chretienne. A quelle date? Suivant M. Le Hir, il n'aurait paru sous sa forme afftuelle que dans les premieres amines du I ID siecle, vers l'an 218.

30 Les chapitres xv et xvi — troisieme partie -contiennent l'annonce prophetique des catamites re'servees aux nations ennemies de Dieu. Pas plus que les ch. i et ii ils ne faisaient partie de l'ouvrage primitif. Ils ne se lisent ni dans la version arabe, ni dans l'ethiopienne, ni dans la syriaque. Sur treize manuscrits latins compulses par Lawrence, il ne s'en trouve qu'un seul oil ces 4 chapitres soient reunis aux douze precedents pour former avec eux un seul i orps d'ouvrage.

Ce petit ecrit « qui malgre quelques exage'rations patriotiques sur la puissance des Arabes, se distingue souvent par la justesse autant que par la vigueur du trait » est louvre d'un chretien. M. Le Hir place sa composition entre l'an 260 a 268 de not re ere.3

Le caraclere apocryphe du livre n'est pas conteste. Sans doute quelques Peres,4 specialement Clement d'Alexandrie et S. Ambroise l'ont cite comme Ecriture inspiree; et I'Eglise latine5 lui a fait plusieurs emprunts dans ses offices liturgiques. Cependant ni chez les Grecs ni chez les Latins, il n'a

1 Le Hir, Etudes bibliques, Paris, 1869 I, p. 238.

//. Gunkel, Das vierte Buch Esra, Einleitung dans Kautzsch, Die Apokryphen und Pseudepigraphen des A. T., 1900, I. p. 333; If Hir, Et. bibl. , p. 210. On trouvera la plupart de ces particularites dans les notes dont nous aeeonipagnons notre traduction.

3 Le Hir, Etudes bibl. I, p. 249.

■» Parmi les Peres grecs, Clement d'Alexandrie est le seul qui ait suiement allegue IV Esdras comme livre sacre : Strom, iii. 16 - //" Esdr, v, 35. Faut-il voir des citations de IV Esdras dans l'Epitre dite de Barnabi (xii = IV Esdr. v, 5), dans les Constitutiones apostolorum (viii, 7, I = IV Esdr. viii, 23), et dans ['Opus imperfeftum faussement attribue a 5, Jttin Chrysostome (Horn. 34 = //' Esdr. v, 42)? t ela n'est pas certain.

Dans I'Eglise latine, S. Ambroise a fait de cet apocryphe un usage assez frequent; mil doute qu'il ne l'ait tenu pour inspire; p. ex. de Bono mortis, 10-12 = I V Esdr. iii. 42; vi, 69; xiv, 9; de Spir. S., ii, 6= II' Esdr. vi, 41; de Excessu Satyr. =

IV Esdr. x, 6-11 ; in Evang. Luc. ii, 21 = IV Esdr. iii, 53-55; v. 18-30.

s P. ex. « 1'admirable Introii Accipite jucunditatem, de la messe du mardi de la Pentecote est tire de IV Esdr. ii, 36-37; de meme le verset Crastina die, de la Vigile de Noel = IV Esdr. xvi, 53; le repons Lux perpetua lucebit sanclis tuis du Commun des Martyrs au temps pascal = IV Esdr. ii, 35; le Modo coronantur dai.s le repons du second nocturne du Commun des Apotres = IV Esdr. ii, 45. L'office des morts, qui dans son ensemble est une composition liturgique au plus tard du 8e siecle, lui doit entre plusieurs autres textes, le verset Requiem tzteriiam... et lux perpetua = IV Esdr. ii, 34-35. On remarquera du reste que ces passages sont empruntes exclusivement a la premiere partie. ch. i. et ii).

On a fait aussi remarquer tres justement, que le IVe livre d'Esdras a, surtout dans I'Eglise latine " exerce une influence exceptionnelle sur la pensee populaire chretienne du haut Moyen-Age, particulierement sur la conception et sur la representation des tins dernieres. " Cfr. Diet, de la Bible, 1. c.

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