‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 2 sur 506 · LE NOUVEAU TESTAMENT · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU TESTAMENT

' Les Epit7xs de S. Paul aux Remains.

— — I et II aux Corinthiens.

— — aux Galates.

— — aux Ephesiens.

— — aux Philippiens.

— — aux Colossiens.

— — I et II aux Thessaloniciens.

— — I et II a Timothee.

— — a Tite.

— — a Philemon.

— — aux Hebreux.

— de S. Pierre I et II.

— de S. Jean, I, II et III.

— de S. Jacques.

— de S. Jude.

, \J Apocalypse ou prop k^tie de S. Jean.

2 2 LiVRES DIDACTIQUES

Conformement a cette division, nous donnerons dans un premier volume les livres historiiptes, et les livi^es didafligties dans le second.

OlD TTrrrTTT-TT T T 1 1 n.^TT iiimiiiirmill rm iiiiiiii iiiiiTTrTiiifii

rriirix:riTiiiixi.rriTirri.-nmTncTTLmjj ,

jVw4^v7^ signifie lit-

E mot

teralement bonne nouvelle.

Or, la bonne nouvelle par excellence, c'est la venue de Jesus-Christ, Sauveur du monde, et I'etablissement sur la terre de son regne, c'est- a-dire de son Eglise, appelee aussi Royauiiie de Dieit.

Telle est I'acception biblique du mot e'vangile, dont I safe se servait deja en ce sens, lorsqu'il annoncait le salut a venir,^ et qu'emploie de meme saint Marc, quand il nous dit que " I'Evangile commenca a la predication de Jean-Baptiste dans le desert.2" Un peu plus tard, apres qu'on eut consigne dans des livres " I'histoire des actions, des souffrances et des enseignemcnts de Jesus- Christ,3" ou, comme park saint Luc, " le recit de tout ce que Jesus a fait et enseigne jusqu'au jour oii il monta au ciel,4 " le nom qui se presenta naturellement pour etre inscrit en tete de ces livres fut celui ^jEvangile. Ainsi,

tandis que, dans le premier sens, il n'y a qu'un seul Evangile, VEvangile du royaujiie de Dieu, ou de Jesus- Christ, dans le second il peut y en avoir autant qu'il a ete compose de relations authentiques, consacrees par I'autorite de TEglise, de la vie et des enseignements de Jesus-Christ.

Ces relations authentiques sont au nombre de quatre; deux ont pour auteur des Apotres, " qui ont vu euxmemes des le commencement, 5 " saint Matthieu et saint Jean, et les deux autres des disciples immediats des Apotres, saint Marc et saint Luc.

Chacune d'elles reflechit a sa maniere la lumiere unique qui a brille dans le Christ. De la cette expression des Peres qui, pour faire ressortir I'unite et la quaternite de I'Evangile, appellent I'ensemble de ces livres Evangile tetramor^ie, c'est-a-dire ayant quatre formes. La meme pensee se revele dans letitreque I'Eglise leur adonne:

" Le saint Evangile de Jesus-Christ selon saint Matthieu,... seloti saint Marc,6 " etc.

^ Isaie, xl, 9; Ixi, i.

^ Marc, i, 1-4. Les ecrivains du nouveau Testament se servent, comme synonymes du mot evangile, d'autres locutions qui expriment les differentes faces de ce grand objet, par exemple : Parole du Seigneur, ou simplement Parole, Tenioignage, Message, Predication, Mystcre, etc.

^ C'est ainsi qu'Origene definit les Evangiles.

'Aa. \, I.

^ Luc, i, 2.

*Des I'origine, et presque du vivant des

Apotres, on a regarde ce nombre de quatre Evangiles comme un fait providentiel dont on cherchait la raison mystique. L'explication la plus ordinaire qui avait cours des le temps de S. Irenee {Adv. Haer. 3, 11, 8), fut le parallele avec les cherubins__ailes d'Ezechiel (ch. i), ces ctres composes qui reunissaient dans un seul corps la figure d'un homme, d'un breuf, d'un lioii et d'un aigle. De chacune de ces figures, les saints Pires firent I'embleme d'un evangeliste, attribuant d'ordinaire I'homme a S. Matthieu, le lion k S. Marc, le boeuf a S. Luc,

LES QUATRE EVANGILES

Notre-Seigncur n'ecrivit pas ses enseignements. Semblable au semeur de la parabole, il jetait, en passant, ]a parole divine dans les ames. Ses Apotres commen^erent de la meme maniere. Pour accomplir leur mission, ils ne devaient pas, leur avait dit le Sauveur, se mettre en peine de ce qu'ils diraient, et n'avaient nul besoin de soutenir leur memoire par des ecrits; I'Esprit-Saint, qui leur etait promis, devait " les faire souvenir de tout. I " Mais, d'une part, le desir bien naturel des premiers Chretiens d'avoir sous les yeux un resume des a6lions et des enseignements de Jesus-Christ; de I'autre, les progres de I'Eglise naissante et I'eloignement des Apotres que leur zele emportait sans cesse a de nouvelles conquetes, firent sentir de bonne heure le besoin de consigner par ecrit le fond de la predication evangelique. Ainsi, independamment de saint Matthieu, qui ne voulut pas quitter les chretiens de la Palestine sans leur laisser un memorial de I'Evangile auquel ils pussent recourir avec securite; independamment de saint Marc, qui ecrivit a Rome le resume de la predication de saint Pierre, un grand nombre de fideles se mirent aussi a I'oeuvre et firent des tentatives en ce genre, ecrivant ce qu'ils savaient, sans pretention d'en faire une histoire suivie.

C'est ce que nous atteste dans son Prologue saint Luc, le troisieme Evangeliste; il ajoute que ces pre-

mieres reda6lions, qu'il ne blame pas autrement, ou bien sont incompletes, ou bien manquent d'ordre, ou bien n'ont pas ete composees par des temoins oculaires, et nous donne ainsi le premier motif de son o^uvre.^

Avec des differences dans la forme, I'ordre et le ton du recit, les trois premiers Evangiles presentent des rapports frappants de parente. Cette ressemblance apparait d'abord d'une maniere generale dans le contenu des trois ecrits. Ainsi on a constate que saint ]\Iarc a seulement vingt-quatre versetsquT lui sont propres; tout le reste de son Evangile se retrouve pour le fond soit dans saint Matthieu, soit dans saint Luc, ordinairement dans les deux ensemble. Souvent elle s'ctend meme jusqu'a de minimes details : a des mots, a des tours de phrase, a des transitions, etc. De la le nom de synoptiques donne aux trois premiers Evangelistes : ce qui veut dire que leur triple histoire pourrait, sans trop de lacunes, etre disposee sur trois colonnes paralleles, et embrassee comme d'un seul regard par le le6leur.

Un point de vue un peu different determina la composition et la forme du quatrieme Evangile. " Les premiers ecrits^ dit le D'' Reithmayr,3 suffirent tant que les auditeurs re^urent la parole evangelique avec simplicite, comme elle etait annoncee.

Mais il naquit bientot une disposition tout autre qui, sous le nom de

et Tai^leLji. S. Jean. Cette attribution est fondee, suivant S. Jerome, sur ce motif, que S. Matthieu commence son Evangile par la genealogie humaine de J.-C. ; S. Marc, par I'energique predication de Jean-Baptiste, semblable au rugissement du lion dans le

desert; S. Luc, par le sacerdoce de Zacharie; S. Jean, par l^eternelle divinite du Christ.

^Jcan, xiv, 26. — - Voy. dans les notes sur la Preface de S. Luc (i, 1-3) I'eNplication de cette affinite litteraire des Ev. synoptiques.

^ I/ilrod. au N. T. trad, de Valroger.

LES QUATRE EVANGILES

gnose(science), s'attacha a expliquer la nouvelle doftrine d'apres des principes contraires a la predication apostolique. La tradition, tant orale qu'ecrite, dut etre en partie confirmee, en partie completee et precisee sur les points qu'on avait entrepris d'alterer. Le disciple bicn-aime de Jesus vivait encore pour empecher cette subversion de la foi; il composa un nouvel Evangile, avec I'intention, non de rediger tous ses souvenirs sur I'histoire de Jesus-Christ, mais de rendre un nouveau temoignage au Verbe divin, en s'attachant de preference soit aux circonstances omiscs par les trois premiers Evangelistes, soit aux points attaques par I'heresie. "

Ce simple coup d'oeil sur I'origine et la formation des Evangiles indique la veritable idee qu'il faut se faire de ces livres. La critique et I'exegesc modernes auraient evite beaucoup d'erreurs, si elles n'eussent pas oublie ce que savaient deja les Peres du 11^ siecle,^ savoir, que les Evangiles sont, non pas des histoires proprement dites, des biographies dans Ic sens rigoureux du mot, mais la predication meme des Apotres touchant la do6lrine et la personne de Jesus- Christ, fixee par ecrit et presentee sous une forme historique.^

Que les Evangiles aient ete ecrits par les auteurs dont ils portent les noms, c'est un point qui repose sur des preuves historiques incontestables et sur lequel nous reviendrons dans la preface particuliere a chacun d'eux. Qu'il nous sufifise ici de presenter une simple observation de bon sens qui nous parait s'elever a la hauteur d'une demonstration veritable.

Nous I'empruntons a M. Wallon,3 lequell'empruntelui-memeauD'' Norton, auteur d'un savant ouvrage sur I'authenticite des Evangiles.4 La coexistence seulede nosquatre Evangiles, dit M. Wallon, prouve qu'ils sont du temps et des auteurs auxquels ils sont attribues. En efifet, les quatre Evangiles ont-ils ete publics tous a la fois ou I'un apres I'autre?

Tous a la fois, nul ne le pensera :

pourquoi quatre? Pourquoi tout particulierement les trois premiers avec leurs differences et leurs ressemblances aussi inexplicables ici que leurs ditferences ? — L'un apres I'autre?

Mais, l'un admis, on ne concoit plus que les autres aient pu I'etre : en tant que semblables, ils devenaient inutiles; en tant que differents, dangereux.

Ici, nous pouvons prendre les armes memes de nos adversaires pour les combattre. II y a, dites-vous, dans les Evangiles des divergences flagrantes

' S. Justin, martyr, appelle les Evangiles Memoires des Apotres (Apol. i, 33, 66); et Tertullien, Coiiunenfaires, en prenant ces mots dans le sens qu'y attachaient les anciens.

- Que de difficult^s s'evanouissent k ce point de vue ! On ne s'etonnera plus dhs lors, en comparant entre eux les Evangiles, d'y rencontrer, ici des omissions, la des differences dans la distribution des matieres,

quelquefois meme des contradicftions apparenles, qu'un examen attentif fait disparaitre. Seul, I'Evangile de S. Luc se rapproche d'une biogiaphie proprement dite.

3 De la Croyance due i\ P Evangile, p. 75 sv.

■♦ Norton, The Evidences of the genuiness of the Gospel, tome I, p. 183 sv. La premiere idee de cet argument se trouvedans S. Jean Chrysostome, Iloinil. i. Mutth. Protein.

LES QUATR?: l^VANGILES.

ct de temps et de lieu ; des faits que I'un raconte, un autre les ignore, ou les range dans un ordre different; on y trouve meme des contradi6lions qui frappent des le premier regard, par exemple dans les genealogies de S. Matthieu et de S. Luc. Pourtant lis ont et^ admis, quoique paraissant se contredire, tandis que les Evangiles apocryphes, dont la curiosite populaire devait, ce semble, accueillir avec faveur les inventions naives et souvent gracieuses, ont ete rej.etes.

Comment expliquerlerejetdeceux-ci et I'ad mission des premiers? II n'y a qu'une seule explication possible :

pour que des recits aussi divers et en apparence aussi contradi6loires que nos Evangiles, aient pu paraitre I'un apres I'autre et se faire recevoir en meme temps, il faut qu'ils n'aient pas pu etre rejetes, il faut qu'ils aient paru avec la marque de I'autorite d'ou ils derivent, c'est-a-dire qu'ils soient du temps des Apotres et de ceux a qui on les rapporte.

La diffusion des Evangiles se fit d'elle-meme, sous la sauvegarde de I'autorite, et par consequent sans aucune alteration. Aucune communaute chretienne n'etait etrangere a une autre; alors, comme aujourd'hui, un lien commun les unissait toutes. Pour rendre cette unite pratique, les Apotres engageaient les Eglises particulieres a resserrer le lien commun, soit en se pretant de mutuels secours, soit en se rendant le devoir de I'hospitalite; et ce n'etait la qu'une image exterieure de la communaute des biens spirituels. I Aussi voyons-nous par-

tout, dans les A6les des Apotres et les Epitres de S. Paul, qu'il existait entre les Eglises de frequents rapports, rend us faciles par le commerce aftif qui se faisait entre les pays situes sur les bords de la Mediterranee.

" Une autre circonstance, dit le D'' Reithmayr, contribua puissamment, soit a la propagation, soit a la colle6lion uniforme de ces recits : ce fut le systeme des metropoles. Les Apotres avaient eu soin de choisir les capitales des provinces pour faire rayonner leura6lion evangelique. Du sein de ces provinces, la parole divine se repandait dans les regions environnantes, et les Eglises apostoliques, qui avaient re^u les Ecritures de premiere main, devinrent ainsi les meres d'un cercle d'Eglises qui se rattachaient a elles comme leur devant I'existence. C'est de la que les Eglises subordonnees recevaient leur constitution, la discipline, la liturgie, la do61:rine, les Ecritures : en toutes choses, elles suivaient la tradition et la pratique de I'Eglise qui etait leur fondatrice immediate.... C'est ainsi que, d'un petit nombre de centres bien connus, Jerusalem, Antioche, Alexandrie, etc., le tresor des ecrits apostoliques se repandit dans les Eglises naissantes apres la predication de rEvangile.2"

Ce fut done sous la sauvegarde de I'autorite que se fit la diffusion des Evangiles, et cette seule consideration, a laquelle nous pourrions en ajouter plusieurs autres,3 suffit pour ccarter toute crainte, tout soupcon d'alteration dans le texte sacrc.

Tertullien, dc Prcescript. haer. 20.

' Op. cit. ii, 44.

^ On les trouvera dans les ouvrages citds plus haut de M. Wallon et de Reithmayr.

T.ES QUATRE £VANC;iLES.

xiu.

En offrant au public, il y a quelques annees, une nouvelle tradu6lion des Quatre Evangiles, accompagnee de dissertations^ notes, etc., nous nous exprimions ainsi dans la Preface :

" Nous n'avons eu en vue, en preparant cette nouvelle edition, aucune classe speciale de le6leurs, mais les hommesde^otre temps en general.

Ce livre ne s'adresse done pas seulement aux membres du clerge ou aux personnes qui font profession de piete. L'Evangile convient a tons :

d'une simplicite et d'une profondeur sans egale, il est accessible a un enfant et fait I'etonnement des sages, serpblable, selon la gracieuse comparaison d'un Pere de I'Eglise, a un fleuve merveilleux dans les eaux duquel pent marcher un agneau et nager un elephant. Les pensees, les expressions ont le rayonnemcnt tranquille et penetrant de la verite. Quiconque ouvrira a cette lumiere un ceil pur, a ces accents une oreille sincere et recueillie, sentira quelque chose de divin descendre dans les profondeurs de son etre." — Notre confiance n'a pas ete trompee. Non seulement un grand nombre deveques ont approuve et recommande notre ouvrage, des laTques instruits lui ont fait aussi le plus favorable accueil.

Parmi les articles publics a son occasion, il en est un qu'on nous pardonnera de reproduire ici, moins pour ce qu'il dit de nous, que parce qu'il est I'afte de foi d'une des intelligences les plus pures et les plus elevees de ce siecle, en meme temps qu'une belle page d'apologetique chretienne :

" De toutes les reponses qu'a provoquees la Vie de Jesus, la meilleure, a mon avis, est celle que vient de faire M. I'abbe Crampon, chanoinc d'Amiens, en publiant une nouvelle tradu6lion francaise des quatre Evangiles. Toute la question est la, en effet. Je ne comprends pas bien quels arguments pourraient convaincre ceux qui, en lisant le texte sacre, n'y sentent pas quelque chose de divin.

Je ne comprends pas davantage, ou plutot je comprends encore moins comment ceux qui trouvent I'idee divine empreinte a chaque ligne du recit evangelique, se laisseraient ebranler par les obje6lions plus ou moins specieuses d'une critique qui change et varie scion les siecles. Bien evidemment nous ne pouvons connaitre le divin que par I'idee que nous nous en formons. L'Evangile repondil parfaitement a cette idee? Si la Sagesse divine a voulu communiquer avec nous sous une forme humaine, n'a-t-elle pas du parler, agir, vivre comme Jesus-Christ a parle, agi et vecu? Lisez I'Evangile; lisez-le avec un esprit sincere, impartial, et resolvez vous-meme le probleme.

" Ce qu'il y a de sur, c'est que I'Evangile est un livre unique, auquel aucun livre ne ressemble. Toute ceuvre humaine parait faible et miserable des qu'on la rapproche de cette oeuvre sans art, sans suite,qui semble n'avoir d'autre cara6lere que celui d'un temoignage fidele. L'enseignement et les a^lions du Maitre s'y refletent comme dans un miroir. C'est un livre vivant. Les paroles qui le composent sont, a la lettre, des paroles de vie. Vous ne lisez pas ; vous voyez, vous cntendez. Vous etes assis avec la foule

LES QUATRE EVANGILES

au pied dc la montagne d'ou Jesus distribue ses enseignements, et vous vous ecriez avec ceux qui I'ecoutent :

Jamais homme n'a parle comme celui-la! Cc n'est pas un philosophe qui raisonne, un pretre qui catechise, c'cst la verite meme qui se revele et s'impose en se revelant. Lc recit dc la Passion en particulier est quelque chose d'inoui". Quand on a suivi Jesus- Christ jusqu'au pied de la croix, on ne s'etonne plus que cette croix soit devenue le signe immortel de la redemption du genre humain, que les rois en aient orne leur couronne, et que tout genou d'homme ait flechi devant ce symbole sacre.

" Dans I'Evangile tout se tient. En vain essaierait-on d'en detacher la morale. La morale de I'Evangile n'est rien, si ce n'est pas la morale du sacrifice et de la croix; et la morale de la croix n'est qu'une heroique chimere, si elle n'a pas pour fondement et pour cxemple une vie et une mort divines dans celui qui I'a prechee. La Passion du Christ a pu seule mettre le sceau a sa do6lrine et en faire comprendre la mysterieuse sublimite.

Jesus-Christ n'avait droit de parler comme il a parle qu'en agissant comme il a agi, en maitre de la nature et des cceurs, en Homme-Dieu.

Lisez, je ne dis pas seulement tous les livres des philosophes qui ne sont que philosophes, mais tous les ouvrages Chretiens faits de main d'homme:

tous ils pechent ou par exces d'indulgence ou par exces de rigueur ; I'Evangile seul allie d'une maniere incroyable la severite avec la misericorde. C'est que la meme bouche a le droit d'instruire et de pardonner, le pouvoir d'inspirer le repentir ei de

convertir les coeurs en eclairant les esprits. II y a des pardons de Jesus- Christ qui seraient des pardons scandaleux si ce n'etaient pas des pardons divins, et des abnegations qu'il n'a pu exiger qu'en les demandant du haut de sa croix. Lui seul a pu dire aux pauvres : Vous etes les amis de mon Pere ; acceptez votre pauvrete avec joie! aux riches : Votre condition est la plus perilleuse de toutes; soyez pauvres de coeur! Lui seul a pu, sans troubler la paix du monde, etablir en face des royaumes de la terre un royaume du ciel, et fonder I'ordre sur I'independance meme des consciences, se soumettant par devoir a toutes les lois qui ne violent pas la loi divine. Tout est merveilleux et tout semble naturel dans la vie et dans les enseignements du Christ. Ses miracles, sa parole, sa mort se fondent si bien ensemble et forment un tout si harmonieux, que Ton ne sait si Ton doit en admirer davantage, le prodige ou la simplicite.

" Pour moi, je le declare sincerement : dans quelque disposition d'esprit que je me sois trouve, jamais mes doutes,mes objeftions n'ont tenu contre un chapitre de I'Evangile. Je ne discute pas, je ne raisonne pas.

L'esprit de Dieu est la; je le sens, et si je me trompe, c'est le fond meme de mon jugement qui m'abuse, c'est I'idee de Dieu telle que je la concois. Je ne pourrais revenir de mon erreur sans me defier de tout et tomber dans un scepticisme absolu.

" Je pense done, comme je le disais tout a I'heure, qu'en publiant une nouvelle tradu6lion des quatre Evangiles, M. I'abbe Crampon a bien pose la question. Ce que j'aime de cette

LES QUATRE EVANGILES

trjttlu6lioiij,j;'est sa rigoureuse fidelite. M. I'abbe Crampon rend le texte sacre mot pour mot, fuyant avec soin les periphrases ct les expressions equivalentes. Ici la fidelite est de tons les merites le principal. L'Evangile n'a pas besoin d'elegance. II est beau d'une beaute naive et profonde qui se soutient par elle-meme. Je sais bien que cette beaute resiste aux plus maladroits tradu6leurs. Encore vautil mieux cependant avoir la beaute evangelique toute pure. M. I'abbc Crampon a joint a sa tradu6lion des notes destinees a eclaircir le texte, et de courtes dissertations. Quant aux difficultes dont la solution exigeait de plus amples developpements, il les a renvoyees a un vocabulaire qui termine le volume. Je ne demande pas, pour men compte, plus de critique.

" II ne me reste qu'a former un vceu : c'est que M. I'abbe Crampon acheve son oeuvre et traduise, en suivant la meme methode, le reste du Nouveau- Testament, les A6les des Apotres surtout, qui composent comme un cinquieme Evangile. La critique passcra; le Nouveau Testament ne passera pas. " — S. dti^S(7£2^ de f Academic fraiicaise.

Puisse notre humble travail contribuer a rendre a I'Evangile, au Nouveau Testament tout entier, son antique place au foyer de toute famille chretienne, I'honneur du premier rang dans toute bibliotheque serieuse. Puisse-t-il reveiller I'attention d'une generation trop distraite par les choses qui passent, et la ramener a la source unique, a la source divine de la vie et du salut!

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