‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 304 sur 506 · A Simon Pierre (I Cor. xv · texte numérisé non relu

A Simon Pierre (I Cor. xv

38. Des doutes : des reflexions en sens divers, oiaXoYt^H-ol.

EVANGELIUM SECUNDUM LUCAM. Cap. XXIV, 28—53. 309

28. Et appropinquaverunt castello quo ibaiit : et ipse se finxit longius ire. 29. Et coegerunt ilium, dicentes: Mane nobiscum,quoniani advesperascit, et inclinata est jam dies. Et intravit cum illis. 30. Et factum est, dum recumberet cum eis, accepit panem, et benedixit, ac fregit, et porrigebat illis. 31. Et aperti sunt oculi eorum, et cognoverunt eum : et ipse evanuit ex oculis eorum. 32. Et dixerunt ad invicem : Nonne cor nostrum ardens erat in nobis dum loqueretur in via, et aperiret nobis Scripturas.^ 22- Et surgentes eadem hora regressi sunt in Jerusalem : et invenerunt congregates undecim, et eos, qui cum illis erant, 34. dicentes :

quod surrexit Dominus vere, et apparuit Smioni. 35. Et ipsi narrabant quas gesta erant in via : et quomodo cognoverunteum in fractione panis.

36. ''Dum autem base loquuntur, stetit Jesus in medio eorum, et dicit eis : Pax vobis : ego sum, nolite timere. 37. Conturbati vero, et conterriti, existimabant se spiritum videre. 38. Et dixit eis : Quid turbati estis, et cogitationes ascendunt in corda vestra.^' 39. Videte manus meas, et pedes, quia ego ipse sum :

palpate, et videte : quia spiritus carnem, et ossa non habet, sicut me videtis habere, 40. Et cum hoc

Ps. 18, 6.

dixisset, ostetidit eis manus, et pedes. 41. Adhuc autem illis non credentibus, et mirantibus pra^ gaudio, dixit : Habetis hie aliquid, quod manducetur.^ 42. At illi obtulerunt ei partem piscis assi, et favum mellis. 43, Et cum manducasset coram eis, sumens reliquias dedit e's.

44. Et dixit ad eos : Hasc sunt verba, quas locutus sum ad vos, cum adhuc essem vobiscum, quoniam necesse est impleri omnia, quas scripta sunt in lege Moysi, et Prophetis, et Psalmis de me. 45. I'unc aperuit illis sensum ut intelligerent Scripturas. 46. Et dixit eis : 'Quoniam sic scriptum est, et sic oportebat Christum pati, et resurgere a niortuis tertia die : 47. et prfedicari in nomine ejus pocnitentiam, et remissionem peccatorum in omnes gentes, incipientibus ab Jerosolyma.

48. ^Vos autem testes estis horum. -^^t^^- i. s 45.'^Etego mitto promissum Patris mei in vos : vos autem sedete in civitate, quoadusque induamini virtute ex alto.

50. Eduxit autem eos foras in Bethaniam : et elevatis manibus suis benedixit eis. 51. "Et factum est, dum benediceret illis, recessit ab eis, et ferebatur in ccelum. 52. Et ipsi adorantes regressi sunt in Jerusalem cum gaudio magno : 53. et erant semper in templo, laudantes, et benedicentes Deum. Amen.

-^Joan. 14,

'' Marc.' 16, 19. Aol.i.g.

41. Da/!S leur joic : leur joie 6ta\t si grande qu'ils n'osaient pas y croire, craignant une trop amere deception.

43. Vulgate : Lorsqu'il eiit mange devant eux, prenant ce qui restait^ il le leur donna.

44. Puis il leur dit : apres cette vague indication chronologique, S. Luc semble resumer I'ensemble des instrucflions que le Sauveur donna a ses Apotres, pendant les 40 jours qui separeient la Resurrection de I'Ascension. — Dafis la Loi, etc. : telle etait, au temps de N.-S., la division des livres de I'ancien Testament, et tel est I'ordre ou ils sont ranges dans nos bibles hebraiques : en premier lieu la Loi, qui embrasse les cinq livres de Moise, le Pentateuque; puis les Prophe/es, comprenant Josue, les Juges, les quatre livres des Rois et les propht;tes,moins

Daniel; enfin les autres livres canonicjues, appeles Hagiographes, et par S. Luc Psau- ?nes, parce que ce recueil d'hymnes saints, place en tete, en etait aussi la partie la plus connue.

48. I'ous eles lenioius, etc. : votre role est d'en rendre temoignage : et comma ils I'cnt bien rempli I

49. Le don prontis, le Saint-Esprit (/rrt«, xiv, 16-26). — D' une force d'en liaut, de I'Esprit-Saint (comp. Luc, i, 35).

50. Jusque vers Beihanic : sur le mont des Oliviers {Act. i, 12).

Nous avons, dans ces derniers veisets, un recit anticipe de ce que S. Luc nous racontera avec plus de details, au debut du livre des Acles.

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— *— GlianiTilc raion saint •Jean. — :i:—

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Vie de S. Jean.

LES Evangiles, les A6les des Apotres et la tradition nous font admirer en S. Jean nne figure sublime et douce entre toutes celles qui composaient I'entourage de Jesus.

Jean etait fils du pecheur Zebedee, qui exercait sa profession sur le lac de Tiberiade, et demeurait, selon toute apparence, a Bethsaide, la patrie des Apotres Pierre, Andre et Philippe. Sa famille parait avoir joui d'une certaine aisance, car son pere avait des mercenaires a son service, et Salome, sa mere, faisait partie de cette troupe de pieuses femmes galileennes qui servaient Jesus, I'accompagnaient dans ses voyages, et fournissaient les choses necessaires a sa subsistance; a Jerusalem, elle acheta des parfums precieux pour embaumer le corps du Sauveur.

Jean n'etudia dans aucune ecole rabbinique^ ; avec son frere Jacques 2, il aidait son pere dans ses travaux.

Lorsque S. Jean-Baptiste vint precher au desert le bapteme de penitence, il se fijL SQJi disciple, jusqu'au jour oil son maitre lui designa Jesus comme I'Agneau de Dieu. Jean suivit Jesus et resta avec lui ce jour-la, a partir de la dixieme heure^. Pendant plusieurs mois il vecut aupres de son nouveau Maitre avec quelquesautres disciples, assista aux noces de Cana, alia celebrer la Paque a Jerusalem, et

intiDtottai. ^.^, ^^^^^ [

/^revmt en Galilee. Plus tard, pendant qu'il pechait sur le lac de Tiberiade, Jesus I'appela, d'une maniere definitive, au rolede disciple, avec Jacques, son frere, Pierre et Andre. Aussitot il quitta ses filets et son pere pour devenir pecheur d'hommes4.

Des I'origine, il occupe une place eminente dans le college des Apotres, oil, avec S. Pierre et S. Jacques, il forme le cercle privilegie des disciples intimesS. Aussi s'appelle-t-il luimeme le disciple que J csiis aiiiiait^, et nous le voyons, dans la derniere cenc, penche sur le sein de Jesus, occuper une place que les anciens ne donnaient qu'aux personnes les plus cheres. " Ardent convive, dit S. Augustin, auquel il ne suffisait pas de manger des mets de la table du Seigneur, s'il ne pouvait encore, hote sacre de sa poitrine, y boire comme a leur source, les secrets de la Divinite7." Jean repondit a ces faveurs par le plus tendre devouement ; au temps de la Passion, tandis que les autres fuyaient et se cachaient, il n'abandonna pas les traces de son Maitre, et se tint meme au pied de la croix, du haut de laquelle Jesus mourant le jugea digne de recevoir sa mere.

Apres la descente du Saint-Esprit, S. Jean parut le premier dans Jerusalem avec S. Pierre, annoncant la parole du Sauveur. II fut emprisonne avec Pierre pour avoir preche I'Evangile^. Plus tard, il se rendit a Samarie avec Pierre, et y confirma les nouveauxconvertis9. Avec Pierre encore.

^Ad. iv, 13.

" L'apotre S. Jacques, surnomme le Majeur, pour le distinguer de S. Jacques le Mineur, apotre aussi, cousin de Jesus, et auteur de la premiere epitre catholique.

^ Jean, i, 35-39.

* Matth. iv, 22.

'" Luc, viii, 51; ix, 28; Matth. xxvi, 37.

'^ Jean, xiii, 23; xix, 26; xxi, 7, 20.

'' Iti Ps. cxliv.

® A£l. iii, 1-4, 21.

^ A£l. viii, 14-17.

EVANGILE SELON SAINT JEAN

il revint a Je^rusalem ou il assista au concile des Apotres ; S. Paul, qui Vy trouva vers I'an 51. le compte parmi les colonnes de I'Eglise^. Une tradition ajoute qu'il vecut sur la montagne de Sion avec Marie, jusqu'au jour ou elle retourna au Seigneur^.

S. Irenee,Polycrate,cveque d'Ephese, Apollonius. Clement d'Alexandrie, S.Justin, etc., nous le montrent, apres lamort de S^aul,a6livennent occupe dans une region a laquelle I'Apotre des nations avaitspecialemcnt consacre ses soins. L'Asie Mineure, et surtout Ephese, sa capitale, ville riche et lettree, devinrent comme le domaine propre de S. Jean. Vieillard encore vigoureux a cette epoque, il donna a I'eglise d'Ephese et a toutes les communautes environnantes des soins assidus et infatigables. Clement d'Alexandrie nous en rapporte un trait touchant dans I'histoire du jeune homme qui se fait chef de brigands, et que I'Apotre desole poursuit a travers la montagne dans I'espoir de reconquerir le fils bien-aime qu'il a perdu.

Au temoignage de Tertu[HerL3, S, Jean souffrit a Rome pour la foi ; plonge dans une chaudiere d'huile bouillante, et miraculeusement preserve de la mort, il fut relegue dans une lie. Le persecuteur, qui le condamna ainsi a I'exil, etait, tres probablement, I'empereur Domitien, et le lieu de sa deportation, I'lle de Patmos, ou il redigea son Apocalypse.

Bientot apres, sous le regne de Nerva, il put retourner a Ephese. Mais alors, brise par I'age et la persecution, il fallait, dit S. Jerome, qu'on le portat au milieu des assemblees religieuses, ou il ne repetait plus qu'une parole : " Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres." Et comme on lui demandait pourquoi il revenait toujours sur le meme precepte, il repondit :

" C'est le precepte du Seigneur; bien

garde, il sufifit^." II mourut a Ephese, au commencement du regne de Trajan, vers ran ioi^

Authenticite du 4^ Evang-ile.

" Nul, dit M. Wallon, n'etait mieux prepare que S. Jean a ecrire I'Evangile, puisqu'il avait suivi Jesus depuis les premiers temps de sa predication jusqu'au Calvaire, et que, depuis le Calvaire, il avait avec lui la sainte Vierge que lui avait leguee le Sauveur. " C'est Ic temoin le plus considerable, et c'est en meme temps le moins conteste. A I'exception des AlogesS, se6laires du IP siecle, qui, repoussant la doftrine du Verbe et du Paraclet, ne voulaicnt point reconnaitre I'autorite de S. Jean, I'antiquite chretienne n'a jamais mis en doute son Evangile; et dans les temps modernes on avait a peu pres tout attaque, excepte lui, jusqu'a la fin du XVI IP siecle, et notamment jusqu'aux Pj-obahilia de Bretschneider (1820). Depuis lors. Strauss et I'ecole de Tubingue n'ont voulu voir dans le quatrieme P^vangile qu'une oeuvre de parti, d'origine tardive, defiguree par des Icgendes et des mythes, et par consequent, sans valeur historic]ue.

Plus recemment, d'autres rationalistes,comme Holtzmann,Julicher,etc.

pretendant s'appuyer sur la critique interne, ont declare ne pouvoir reconnaitre dans cet Evangile I'enseignemcnt apostolique du premier siecle, et lui ont refuse toute valeur historique. Mais en meme temps ils ont pretendu y decouvrir une doclrine theologique, a savoir : divinite de Tesus.

incarnation du Aoyo;, ou V^crbe, etc., do6lrine qui, selon eux, prit naissance apres I'ere des Apotres, au conta6l de la theosophie philoniennc

^ Gal. ii, 9.

" Niceph. Hist. eccl. ii, 4:

* De Prasscript., 36.

■* Comment, in Epi^t. ad Calat. ch. vi. ■'AlogeSjC'est-a-diie adversaires du Aoyo;, \'eibe.

EVANGILE SELON SAINT JEAN

d'Alcxandrie et des speculations gnostiques du deuxieme sieclc.

Siffnalons en fin la theorie d'Har-

nack. Elle se resume en ces deux affirmations : i" Pour attribuer a S. Jean, I'Apotre, lequatrieme Evangile, on invoque surtout I'autorite de S. Irenee. Or les sources d'Irenee se ramenent toutes a celles de Papias, temoin sans aiitnrii-p 2° Du reste, S. Irenee applique a tort a Jean, fils de Zebedee, ce que Papias dit d'un presbytre d'Ephese, simple homonyme de I'Apotre.

Pas n'est bcsoin de nous arreter a la refutation dirc6le de ces diverses theories; car, nous allons le montrer, des preuves intilnseques. corroborees par le temoignage de la tradition, etablissent vicloricusement que le quatrieme recit de la vie de Jesus est bien I'oeuvre de I'Apotre S. Jean.

Remarquons d'abord que cet Evangile est un livre d'un cara6lere tout a fait original. Son auteur a, au supreme degre, ce qui contribue le plus a la perfection de I'art.ce qui distingue en general la litterature bibliquc, la vie et Ic mouvement, la variete dans I'unite, de grands effets produits par les moyens les plus simples. II lui suffit de quelques idees qu'il oppose I'une a I'autre, la vie et la mort, la lumiere et les tenebres, Jesus-Christ et le monde; avec ce pcu de mots, il produit des effets admirables. De meme, parmi les innombrablcs particules dont les Grecs aiment a se servir pour nuancer la pensee et en indiquer la marche et les detours, il n'en connait qu'un petit nombre, oi\ dottc, c.t; mais comme chez lui I'ex'pression jaillit immediatement de la pensee, et se deverse dans le discours telle qu'elle vient de naitre dans I'esprit, quelquefois meme, selon la remarque d'Origene, sans se plier aux lois de la grammaire, il est toujours vif, limpide, interessant, jamais trainant ou

monotone. Aussi, a c6te d'une exposition sublime et transcendante, qui a fait I'admiration de tons les siecles, vous trouvez une grace enfantine et naive, qui exclut tout appret, tout effort, et montre un auteur partout a I'aise, aussi bien quand il s'eleve dans les plus hautes regions, que quand il descend aux plus humbles details.

PQUj:ejjqirimer sa pcjiSLce avec toute la clarte possible, tantot il la presente sous deux formes, I'une positive, I'autre negative ; tantot il insere des explications ^ propres a la montrer sous toutes ses faces. Au lieu de grouper ensemble, comme le fait S. Matthieu, plusicurs sentences du Sauveur et de les donner ainsi tout d'une suite, il prefere rendre les discours de Jesus dans leur liaison intimc avec les faits, c'est-a-dire sous la forme de dialogue. Parfois la reponse du Sauvcur ne semble pas direfle; elle est mysterieuse et devient le point de depart d'un discours plus etendu.^ Dans le recit des faits historiques, il entre dans les moindres details, il met tout sous les yeux ; que la narration perdc quelque chose en noblesse et en majeste, il ne s'en soucie pas, pourvu qu'elle soit claire, precise, vivante. L'histoire de la Samaritaine, les recits de la guerison de I'aveugle-ne, de la resurrection de Lazare, du lavement des pieds, de I'arrestation de Jesus, de la visite de Pierre et de Jean au sepulcre, etc., sont autant de petits drames pleins de mouvement qui font revivre le passe. Mais quelle scene incomparable, sous ce rapport, que celle de la Passion, ou des personnages tels que le Sauveur du monde, les Pharisiens haineux et cruels, Pilate tout a la fois orgueilleux et lache, sceptique et superstitieux, parlent, agissent sous les yeux des lefteurs et le tiennent jusqu'au denoumcnt sous les etreintes du plus poignant interet!

' Chnp. ii. 21 sv.; vi, 6, 64, 71; vii, 39; xi, 13, 31; .xii,6, 14-16, 33, 37 sv.;xxi, 19,23.

" Par ex. vi, 25, 26.

EVANGILE SELON SAINT JEAN

Certes ce style et ces accents, cette exposition si relevee et si vivante de la do6lrine du Verbe fait chair sont d'un auteur plein d'originalite et de genie.

Ce portrait si vrai et si touchant de la figure du Christ n'a pu etre dessine par un peintre qui n'aurait pas laisse de trace dans I'Eglise. II ne peut etre que roeuvre de celui qu'ont designe tous les Peres, de Jean, I'Apotre a I'ame si delicate,si tendre et si sincere.

D'ailleurs, jamais auteur ne s'est plus clairement revele dans son livre.

Non point qu'il se soit nomme directement. Comme les Evangelistes qui I'ont precede, Jean a voulu se cacher sous le voile de I'anonyme. Mais des caraftercs de son recit, de I'ensemble de la narration et de nombreux details, il ressort nettement que le quatrieme Evangile a pour auteur 1° Un Juif. 20 Un Juif de Palestine.

30 Un des membres du College apostolique. 4° Qui n'est autre que Jean, le fils de Zebedee, et le disciple bienaime de Jesus.

1° U auteur est juif d'origine. — Sous les mots grecs qui lui servent de vetement la pensee est nettement juive. La formule Amen, amen, dont il se sert jusqu'a vingt-cinq fois, la constru6lion uniforme des phrases, I'emploi frequent du parallelisme, la rarete des particules, des incidentes, des inversions et des periodes, ne sauraient etre d'un Grec.

Seul aussi un Juif a pu s'attacher a touj ou rs citer I'Ancien Testament d'apres I'hebreu, a y puiser ses images et ses comparaisons, et a emprunter a la Loi, aux Psaumes et aux Prophetes les figures du Christ et les oracles auxquels il est fait une si large place dans le quatrieme Evangile.

2° L' auteur est un Juif originaire de Palestine. — Ce qui le prouve, c'£sLJ'exa6litude. de ses remarques topographiques sur Jerusalem, sur le temple avec ses portiques et son gazophylacium, le Cedron et le jardin de Gethsemani, la piscine de Siloe et

la porte des Brebis, le Pretoire et le Golgotha. — Non moins precises, non moins instruclives, sont ses connaissances geographiqu^ sur la Judee, la Samarie, la Galilee et la Peree, sur la vallee de Sichem et le puits de Jacob, sur Cana, Nazareth, le lac de Tiberiade, etc.

30 L' auteur est un des membres du College apostolique. — On ne peut lire ses recits,par exemple la vocation des premiers disciples, les noces de Cana, le voyage de Jesus a travers la Samarie, la Passion et la Resurre6lion du Sauveur, sans etre frappe de la precision avec laquelle il localise lesj"aits, decrit les scenes, depeint les personnes. Or comment aurait-il pu connaitre si bien toutes ces circonstances de temps, de lieu, de nombre, d'attitude, de dispositions, s'il n'avait appartenu au groupe des disciples de Jesus.^

Et s'il n'avait pas vecu dans I'entourage immediat du Sauveur,auraitil pu entrer dans tant de details sur les pensees meme les plus secretes des Apotres, sur leurs sentiments intimes, leurs entretiens, soit entre eux, soit avec le divin Maitre, les lieux de leur retraite ou de leurs peregrinations.?

N'est-il pas evident, enfin, que seul un Apotre, un familier de Jesns a pu nous rapporter avec tant de naturel, de simplicite,d'elevation,de noblesse, et de fidelite, ce que le Fils de Dieu a dit et fait sur la terre, les sentiments qui I'animerent, les motifs qui le firent agir, ses entretiens si touchants et si profonds avec Andre, Nathanael, la Samaritaine, Marthe et Marie; les prieres qu'il adressa publiquement a son Pere;ses discours surle pain de vie et le bon Pasteur; ses confidences et ses exhortations durant la derniere Cene, ses manifestations aux Apotres apres la Resurreflion?

4° Cet auteur est Jean, le disciple bien-aime de Jesus. Amene souvent, par son sujet, a parler de I'apotre Jean, le quatrieme Evangeliste ne le nomme pas, ct se borne a I'appe-

EVANGILE SELON SAINT JEAN

ler, tantot un autre disciple, tantot le disciple que Jesus ainiait, celui qui, dans la derniere cene, reposa sur la poitrine de Jesus^. Ce langage suffirait deja a faire deviner qu'il s'agit de I'auteur lui-meme. Mais voici des indications plus explicites.

On lit au chap, xix, 35 : " EjLceliii^ui I'a vu (le sang et I'eau sortir de la plaie du Sauveur) est celui-la meme qui en rend temoignage^ "; et au chap, xxi, 20, 24 : " Le disciple que Jesus aimait, celui qui reposait sur sa poitrine pendant la derniere cene, est celui qui rend ce temoigiiage et a redige ce livre." Or, de I'aveu de tous, ces traits par lesquels I'auteur du quatrieme Evangile se revele a nous, conviennent a S. Jean, et a S. Jean seul. A moins d'avoir ecrit son nom en toutes lettres, il lui etait impossible de se designer plus clairement.

En outre, le caraclere du disciple "bien-aime, tel que les Peres nous I'ont depeint, a laisse une empreinte fidele dans notre Evangile. C'est bien I'ame de I'Apotre de I'amour qui respire a chaque page de ce livre divin.

L'auteur ne s'appelle jamais autrement que le disciple que Jcsits aiviait : cette affection dont S.Jean fut I'objet, etait pour lui le plus doux souvenir comme le plus beau titre de gloire.

Aucun Evangeliste ne repete aussi souvent que lui les noms du Sauveur, /esus et le Christ : S. Jean, qui payait son Maitre du retour le plus sincere et qui avait son nom sans cesse dans le coeur, faisait ses delices de le prononcer ou de I'ecrire.

Enfin, dans le dernier Evangile seulement, les deux verbes grecs qui expriment I'amour, avoTroy et (fileiv, reviennent plus de fois que dans les trois premiers ensemble; plus que tous les autres, S. Jean devait se complaire a montrer I'amabilite infinie de

Jesus-Christ, en rapportant ses discours remplis d'une douceur celeste.

Mais, outre son Evangile, S. Jean a compose plusieurs autres ecrits.

Pour ne parler que de sa premiere Epitre, oeuvre de peu d'etendue, mais acceptee comme authentique par les adversaires de la revelation, il y a entre elle et le quatrieme Evangile une telle ressemblance pour le fond et pour la forme, qu'il est impossible de ne pas y reconnaitre la meme main. La plupart des interpretes pensent meme que S. Jean ecrivit cette epitre lorsqu'il adressa son Evangile aux diverses Eglises, et la regardent comme la lettre d' envoi de celui-ci,

Avons-nous besoin d'ajouter que la tradition a toujours ete unanime a attribuer le quatrieme t^vangile au disciple bien-aime.'^ Des le commencement (ju IP siecle, c'est-a-dire aussitot apres sa publication, I'Evangile de S. Jean etait connu, cite, commente par les Peres, par S. Ignace martyr, S. Justin. Athenagore, I^uteur des CA7//'d7///>/^5,Theophile d'Antioche, Tertullien, S. Irenee; par les heretiques et les paiens eux-memes, tels que Basilides, Valentin, Heracleon, Mgntan, Celse, etc. Qu'il nous suffise ici d'invoquer I'autorite du Frag7nent de Muratori, document celebre qui remonte au milieu du 11^ siecle3 : " Le quatrieme Evangile est du disciple Jean. Des disciples du Seigneur et des eveques le pressant de le rediger, il leur dit : Jeunez avec inoi peiidant trois jours, et nous nous coiniHuniqucrons inutuellevient ce qui aura ete revele a chacun de nous.

Pendant la nuit, il fut revele a Andre, I'un des Apotres, que Jean devait tout ecrire sous son nom, avec I'approbation de tous les autres."

Or ce " disciple Jean " est bien I'Apotre, frere de Jacques le Majeur,

' Jean, xiii, 23; xxi, 20.

" On sait que S. Jean, seul parmi les .Apotres, se tint aupres de la croix.

•'' On appelle ainsi une espece de catalogue des livres canoniques du Nouveau Tes-

tament, retrouve et public au XVIII'-' siecle par le savant Muratori. Ouoique incomplet et e'crit en mauvais latin, il a une grande autorite en cette matieie, a cause de son incontestable anciennete.

EVAN(;iLE SELON SAINT JEAN.

et non un simple pretre d'Ephese, sinon les Aloges qui rejetaient tous les ecrits joanniques, parcc qu'ils pretendaient ne pouvoir y reconnaitre la vraie do6lrine du Christ et, par suite, une oeuvre apostolique, les auraient, semble-t-il,attribues a cc presbytre, et non, comme ils I'ont fait, au presbytre Cerinthe. D'ailleurs, I'existence reelle d'un pretre Jean, distinft de I'Apotre, n'est rien moins que certaine. Sans doute Eusebe a deduit d'un passage de Papias I'existence de deux Jean, I'un Apotre, I'autre simple pretre. Mais la phrase de Papias est obscure, et, en tout cas, la tradition ecclesiastique n'a pas connu ce presbytre, ou, du moins, n'a jamais songe a lui attribuer la composition du quatrieme Evangile. Eusebe lui-mcme accepte cet Evangile comme I'oeuvre incontestee de I'Apotre S. Jean.

Integrite du 4^ Evang-ile.

Nous devons dire un mot de quelques passages de notre Evangile qui ont paru suspecis a la critique rationaliste :

I ° L'A nge a la piscine de Betlisaide (chap. V, 3^ 4). Ce passage manque dans quelques versions anciennes,par exemple dans la version syriaque, dite de Cureton, dans quelques manuscrits grecs, en particulier dans ceux du Sinai et du Vatican, et dans un certain nombre de manuscrits coptes et armcniens ; d'autres le marquent comme douteux. Aussi un certain nombre de commentateurs modernes le regardent-ils comme une glose destinee a justifier la reponse du paralytique a Notre-Seigneur (vers. 7). Mais on le lit dans la plupart des versions (Vulgate, Peschito, etc.) et des manuscrits grecs. De plus il est reconnu par Tertullien, S. Ambroise, S. Chrysostome, S. Cyrille d'Alexandrie, S. Ephrem, etc. II n'y

a done pas de raison suffisante pour le rejeter, d'autant que le contexte et, surtout, le verset 7, plaident en faveur de son authenticite.

2° Le recit de la feninie adulter e (ch. viii, i-ii). II n'est pas de texte, dit M. Wallon,! qui soit plus souvent omis, ou du moins plus marque des signes du doute, plus charge de variantes. II manque dans plusieurs des grands m<anuscrits du IV*^ et du V*^ siecle, et dans une soixantaine de petits manuscrits. On ne le trouve pas non plus dans les versions syriaques (Cureton, Peschito), ni dans plusieurs copies de I'ltala. — Les Peres Grecs qui ont commente I'Evangile de S. Jean n'ont pas fait mention de ce passage. — Enfin, ajoutent les adversaires de I'authenticite, ces onze versets sont etrangers au contexte et ecrits en un style qui n'est pas celui de S. Jean.

Cette derniere objection, disons-le de suite, a bien peu de valeur. L'argument special traite ici par I'Evangeliste nedemandait-il pas qu'il employat des termes speciaux? D'ailleurs ces differences de style se retrouvent en maints autres endroits dont I'authenticite est admise par les critiques.

Quant au contexte, il semble bien fournir a I'authenticite de cette pericope un temoignage intrinseque. En effet, au verset 1 5^ de ce meme chapitre VI 11*^, Notre-Seigneur, s'adressant aux Pharisiens qui le prenaient pour un imposteur, leur dit : " Moi, je ne juge, je ne condamne personne." Or quoi de plus vrai; surtout quand ils viennent d'etre temoins de la conduite misericordieuse que le Sauveur a tenue a I'endroit de la pecheresse.^ — Reste la difficulte tiree des manuscrits, des versions, et des Peres, qui ne font aucune mention de ce fragment. A leur silence on pent opposer le temoignage formel d'un grand nombre de manuscrits onciaux, et de la plupart des cursifs. La Vulgate etles

^ De la croyance due a V Evangile^ p. 248.

^VANGILE SELON SAINT JEAN

versions arabo, cthiopienne, etc. renferment aussi ce passage, et on le trouve mentionne dans les Coiistitutions apostoliqnes, ainsi que dans les ecrits des Peres Latins, du moins a partir du quatrieme siecle.

Mais alors comment expliquer qu'un certain nombre dc temoius I'aient omis? Cette omission fut sans* motivee par une raison d'ordre pratique. On pouvait craindre que les femmes fussent plus tentees de s'appliquer les paroles de pardon du Sauveur, que sa recommandation de ne plus pecher.^ Letexte fut done moins lu dans les eglises.bien qu'on le trouve indique pour les fetes de sainte Marie I'Egyptienne, et de sainte Theodore d'Alexandrie, ou il avait son application naturelle; retranche de la le6lure publique, et par consequent des livres liturgiques, il fut omis ou note comme douteux par un grand hombre de copistes.

C'est done avec raison que saint Jerome a maintenu ce passage, et que beaucoup d'interpretes modernes n'hesitent pas, apres I'examen le plus approfondi, a le considerer comme partie integrante du texte primitif

3° Les objeftions elevees contre le deniier cJiapitrc meritent a peine qu'on s'y arrete. Son authenticite est parfaitement garantie par I'autorite de tous les manuscrits du quatrieme Evangile, par le temoignage de toutes les versions anciennes, et par les citations qu'en font les Peres. C'est d'ailleurs le meme ton que dans le reste de I'Evangile, ce sont les memes traits de caraftere chez les deux apotres mis en scene. S. Jean seul, selon la remarque de Richard Simon, et non, comme on le suppose gratui-

tement, un disciple de S. Jean, pouvait ajouter a son livre un chapitre ou le disciple bien-aime s'efface si completement devant S. Pierre (vers. 7, 15-19). Sans doute, si ce chapitre n'existait pas, on ne pourrait pas soupconner une mutilation de I'Evangile, car ila sa conclusion naturelle dans les deux derniers versets du chapitre xx^. Mais le chapitre xxi aura ete, semble-t-il, ajoute plus tard par I'auteur lui-meme, et il n'est peut-etre pas difficile de trouver la raison de cette addition. Apres le miracle de la Porte-Latine oi^i S. Jean etait sorti plein de vie d'une chaudiere d'huile bouillante, pour atteindre ensuite une vieillesse centenaire, le bruit s'etait repandu, fonde sur une parole obscure du Sauveur, que I'Apotre aime de Jesus ne devait pas mourir. S. Jean veut dissiper cette fausse opinion, et, pour montrer que telle n'avait pas ete la pensee de son Maitre, il.raconte la scene ou Jesus dit le mot qu'on avait mal compris.

Deux autres motifs peuvent aussi avoir porte S. Jean a ajouter tout ce chapitre a son evangile deja termine : confirmer par le recit de I'apparition du Sauveur sur le bord du lac de Tiberiade le miracle de la Resurre6lion, et, au triple reniement de S. Pierre, qu'il avait raconte au chapitre dix-huitieme (vers. 15-18, 25-27), opposer la triple profession de foi et d'amour de I'Apotre et son elevation definitive a la dignite de chef de I'Eglise. — Les doutes emis au sujet du dernier chapitre ne peuvent done s'appuyer sur aucun temoignage historique, ni sur aucun argument interne vraiment serieux.

^ Un manuscrit de Moscoii, cit^ par Matthiei, avoue naivement cette cause de defaveur, et saint Augustin nous la signale comme deja ancienne, quand il dit : " Des hommes de pen de foi, ou plulot ennemis de la foi, craignant sans doule de donner aux femmes I'lmpunite de pccher, ont retranche de leurs manuscrits le trait d'indul-

gence du Seigneur envers la femme adultere, comme s il avait donne I'impunite de pecher, celui qui a dit : Allez, et fie pechcz phis; ou que cette femme ne dut pas obtenir du divin Medecin la remission de sa faute pour ne pas causer de scandale a ces insens^s {De Conj. adtilt. ii, 7).

EVANGILE SELON SAINT JEAN

Les deux dernier s verse ts, eux aussi, bien que Ton rencontre quelque hesitation a leur sujet, meme chez des interpretes catholiques, qui en admettent I'inspiration mais non Torigine joannique, semblent bien avoir ete ecrits par S. Jean. (Voyez chap, xxi, vers. 24-25, note)

But du 4^ Evang-ile.

S. Jean lui-meme, a la fin de son Evangile, nous apprend le but qu'il s'est propose : " Ces miracles, dit-il, ont ete ecrits afin que vous croyiez que Jesus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, croyant, vous ayez la vie en son nom " (xx, 31). Sans doute, prouver que Jesus-Christ est le Messie, c'est le but de la predication de la foi en general, par consequent celui de tous les Evangelistes, et nous avons vu que S. Matthieu en particulier s'attache a convaincre les Juifs de cette verite. Mais I'Eglise eut a combattre, des la fin du premier siecle, des heresies speciales qui reclamaient de la part de I'Apotre un nouveau temoignage sur Jesus-Christ.

Aussi le but premier de notre Evangeliste fut-il de fortifier la foi des Chretiens centre les attaques dont etaient I'objet plusieurs dogmes, en particulier celui de la divinite de Jesus-Christ.

Mais d'ou venaient ces attaques?

La reponse a cette question, tres utile pour I'intelligence parfaite du quatrieme Evangile, se trouve dans les AHes et les Epitres des Apotres, et dans les ecrits des plus anciens Peres, surtout de S. Ignace et de S. Irenee.

Saint Paul fut, comme on le sait, le principal fondateur des Egliscs d'Ephese et d'Asie Mineure. Ce qui lui procura des adherents a Ephese, ville renommee par ses savants et ses magiciens, ce fut I'eclat des mira-

cles qu'il operait'. Mais cet eclat attira aussi bien des gens dont "le coeur n'etait pas droit 2." H frappa surtout des Juifs qui possedaient une certaine culture scientifiqueet qui,se faisant baptiser par la seule raison qu'ils croyaient que Jesus etait le Christ, avaient, quant au reste, une foi plus ou moins suspeftc. N'ayant qu'une idee tres imparfaite du Messie et de son royaume, ils n'etaient pas non plus assez dociles pour recevoir humblement ce qu'on leur annoncait sur la personne et la do6lrine de Jesus-Christ. lis se croyaient superieurs aux Apotres et essayaient d'expliquer la do6lrine apostolique^.

par leur pretendue science ou giiosc^ ^ d'ou leur nom de gnostiques, Cette manie de transformer scientifiquement le christianisme se repandit, comme une epidemic, parmi les Juifs orientaux convertis a la foi. Les premiers symptomes de ce mal se declarerent sous les yeux memes de S. Paul, qui s'en plaint amerement dans ses lettres pastorales 3; les epitres qu'il envoya de Rome en Orient sont egalement relatives a ces novateurs, qui tentaient de faire ecole. Les epitres catholiques nc s'elevent pas avec moins de force contre ces faux do^eurs gonfles d'orgueil, qui non seulement detournaient de leur vrai sens les verites de la foi, mais corrompaient encore les mosurs des fideles, et tendaient a se propager dans I'Eglise comme une gangrene devorante.4

Au fond, le gnosticisme consistait dans une alliance de la philosophic oricntale avec le christianisme. Les problemes dont il cherchait la solution etaient les vieilleset perpetuelles questions speculatives du passage de I'infini au fini, des rapports de Dieu avec le monde.

L'un des principaux gnostiques etait Cerinthe. juif d'origine, qui se

^ A^. xix, 11-20. — - AH. viii, 21.

^ I Tim. i, 3-7, 19 sv.; vi, 20, 21.

•* II Pier, ii, i sv. ; II Jean, 7 ■=,\.;Jude, 8 sv.

EVANGILE SELON SAINT JEAN

trouvait a Ephese en meme temps que S. Jean. II enseignait I'existence d'un Dieu superieur, pur esprit, relegue dans les abimes de son essence et sans relation immediate avec le monde, et d'un Dieu inferieur. emanc du premier, Ic Daiiinrge, ou createur du monde. Cerinthe distinguait ensuite Jesus du Christ : Jesus est un homme, ne~3[e I'union de Joseph et de Marie, et reste homme jusqu'au jour de son bapteme. Alors I'Etre primitif et souverain, le Dieu superieur, fit descendre en lui, sous la forme d'une colombe, une intelligence inferieure a luimeme, mais toutefois d'une nature tres parfaite et la premiere emanation divine, le Christ ou le Verbe : c'est ainsi que le Christ s'unit a Jesus, qui des lors annonce le Dieu superieur et fait des miracles. Mais le Christ est impassible : au moment de la Passion, il quitte Jesus, et c'est I'homme seul qfui souffre, meurt et ressuscite. — D'autres gnostiques, sur lesquels nous avons moins de details, niaient egalement I'incarnation veritable, ou I'union hypostatique (personnelle) du Verbe avec la chair. Ce sont les Nicolaites, ou Balaamites, dont parle S. Irenee; et les Docetes qui, regardant la matiere comme essentiellement mauvaise, enseignaient que le Verbe avait pris un corps, non reel, mais apparent^, un corps aqueux ou vaporeux, appartenant auxeaux celestes, et s'abtenaient de I'Eucharistie, comme ne renfermant pas le vrai corps et le vrai sang de J.-C.

Parmi les heretiques combattus par S. Jean, il faut compter aussi les Ehioiiitcs, se6le de chretiens judaisants, qui conservaient pour la loi ancietme un respe6l exagere, et estimaient Moi'se a I'egal de Jesus- Christ. Ajoutez les Sabiens appeles aussi Mendaites, qui, refusant a Jesus la qualite de Messie, rendaient les plus grands honneurs au Precurseur.

Les restes de cette sefte subsistent encore de nos jours, sous le nom de Chretiens de saint Jean, sur les bords du bas Euphrate, dans les environs de Bassora.

Tels etaient les adversaires que le quatrieme Evangeliste avait en vue de combattre. " L'apotre S. Jean, dit S. Jerome, ecrivit le dernier Evangile, sur la demande des eveques d'Asie, contre Cerinthe et d'autres heretiques, specialement contre I'erreurdes Ebionites,qui commengaient a se repandre, et qui pretendent que le Christ n'a pas existe avant Marie^."

Lexamen du livre lui-menie demontre I'exactitude de nos assertions.

D'abord S. Jean n'a pas eu pour objet d'ecrire une histoire complete de Jesus. II s'attache beaucoup plus aux discciurs et ajLLX-jenseignements, qu'aux a6lions; a I'exception des deux miracles de la multiplication des pains et de Jesus marchant sur les flots (chap, vi), il passe sous silence presque tous les faits racontes par les autres Evangelistes jusqu'a la derniere semaine. Rien de la naissance du Sauveur,rien de son enfance.

Chaque scene forme un tout complet, ayant un commencement et une fin ; mais les divers recits, quoique separes souvent par des intervalles de temps assez considerables, sont unis ensemble, soit par un ordre chronologique rigoureusement suivi, soit par I'unite de dessein et de pensee.

II est clair encore, par I'examen du livre, qu'il n'a pas ete ecrit en Judee, ni specialement pour les Hebreux.

Vous y chercheriez en vain I'emploi, si frequent chez les Synoptiques, de la parabolc, ce genre d'enseignement si cher au peuple d'Israel; ou les inve6lives contre I'orgueil et I'hypocrisie des Pharisiens; une fois seulement il est fait mention des Scribes, les maitres de la do6lrine3.

^ Docetes vient d'un mot grec, oo/.rjTi;, qui signifie apparence.

'- De Vir. ill. , cap. ix.

^ Chap, viii, 3 sv.

p:vangile selon saint jean.

D'autre part, des noms d'origine hebraique,et par consequent parfaitcment connus des Juifs, Ic mot Messie, par example, sont expHques par une tradu6lion grecque^ ; les lieux de la Judee et dc Jerusalem sont indiques, decrits, definis avec soin, comme ignores des lc6leurs; Ics coutumes judai'ques sont rappelees chaque fois que le demande rintelHgcnce du recit^; enfin le p£jjpj£jiiif est prescnte comme un peuple etranger :

S. Jean ne dit pas, comme les autres Evangelistes, \d.foule, \q peuple, mais \qs Juifs, ce que S. Matthicu ne fait qu'une seule fois3.

L'Evangile de S. Jean a done un cara6lere tout special : il est emincmment dogmatique. Des le debut, au soin que prend I'auteur de donner, pour ainsi dire, une idee dogmatique de son heros, on s'aper^oit que ce n'est pas une simple histoire qui commence. En outre, quoique nuUe part I'erreur ne soit designee par son nom, partout se revele I'existence d'adversaires que Ton veut convaincre. De la I'usage si frequent du verbe croire, particulier au quatrieme Evangile; de la cette attention a mettre en relief, dans les discours et les recits, tout ce qui interesse la foi au Sauveur, et cette conclusion ordinairemcnt ajoutee apres chaque narration :

Et Us crurent en lui'^. S. Jean a done compose son Evangile dans un but dos^matico-polevi ique, c'est-a-dire pour affermir la foi des fideles, en repoussant I'heresie. Toutefois, comme il a donnea son oeuvre la forme generale de I'histoire, il va bien au-dela de la refutation des erreurs de son temps :

en demontrant que le Verbe incarne est le Sauveurdu monde, et la foi en Jesus-Christ la condition du salut; en decrivant ra6lion du Saint-Esprit

dans chaque ame et dans toute I'Eglise, et en presentant par la meme une image abregee du royaume de Dieu, il imprime a son exposition un cara6lere universel, et en fait une sorte d'apologie generale.

Quant a I'opinion de plusieurs Peres, suivant laquelle S. Jean s'est propose de coniplcler le recit de ses devanciers, elle est vraic en ce sens que le quatrieme Evangeliste, dans le choix des materiaux qui lui etaient necessaires pour atteindre son but principal, aura omis a dessein presque toutes les parties traitees par les trois premiers, et supplee aux omissions de ceux-ci en produisant beaucoup dc faits et de discours nouveaux.

Date et lieu de la composition du 4^ Evang-ile.

La date de I'apparition des heresies gnostiques nous fournit un premier indice de I'epoque ou fut compose le quatrieme Evangile, et cet indice est d'accord avec la tradition unanime des anciens, qui presentent S. Jean comme le dernier Evangeliste dans I'ordre des temps.

Ce temoignage est encore confirme par I'examen intrinseque du livre.

Non seulement S.Jean ne mentionne pas la prediction de la ruine de Jerusalem (on pourrait dire, pour justifier cette omission, qu'il n'a pas voulu, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, reprendre le recit des Synoptiques) ; mais il parle de certains lieux de la ville sainte et du voi-

sinage cornme n'existant plus au

temps ou il ecrit : ce qui suppose une grande catastrophe qui aurait tout bouleverseS. Faut-il depasser beau-

^ Ch. i, 42; xiv, 24.

'^ Ch. ii, 6; iv, 9; v, 4; xix, 31, 40. ^ Matth. xxviii, 15.

•* Ch. ii, II, 22; iv, 39, 41, 42, 53; vi, 14; vii, 31, 40; viii, 30, etc.

^ Ch. xi, 18; xviii, i; xix, 41, 42. S'il parle

au present de la piscine de Bdthesda (v, 2), c'est qu'elle surv^cut a la ruine de Jerusalem; en eftet, Eusebe la mentionne, et M. de Saulcy I'a decrite dans son interessant voyage. — Voyez aussi la note du chap, i, 19.

evangilp: selon saint jean.

coup cette date de I'an 70 et aller jusqu'a la fin de la vie de I'Apotre? Ici les raisons tout a fait decisives font defaut. Si Ton respefte I'autorite du Fragiiir.iit de. Miiratori. d'apres lequel S. Jean, lorsqu'il redigea son Evangile, avait autour de lui plusieurs disciples de Notre-Seigneur.entre autres S. Andre, il faut choisir la dizaine qui suit I'an 70, et nous savons par les epitres de saint Paul que les raisons de I'ecrire existaient a cette epoque. D'autre part, la majorite des Peres descend jusqu'a la derniere dizaine de la vie de S. Jean (de I'an QO a I'an 100) et ce sentiment est adopte, de nos jours, par de nombreux et savants interpretes.

II y a deux traditions sur le lien oil fut ecrit le dernier Evangile : les uns designent Patmos, les autres Kphe.se. Mais les temoins en faveur de Patmos sont moins nombreux et moins anciens; ils avouent d'ailleurs que la publication en fut faite a P^phese par le pretre Gaius, ami de FApotrei.

Le 4^ Evangile et les Synoptiques.

Terminons cette esquisse par quelques reflexions sur les rapports du quatrieme Evangile avec les Synoptiques. Elles montreront que, malgre de grandes differences de forme et de fond, I'Evangile de S. Jean nous presente le meme Christ et la meme doctrine que celui des Synoptiques.

Et ainsi se trouvera pleinement resolu le probleme que les critiques ont, de nos jours, appele le probleme Joajiniqice.

Qu'il existe des differencps replies^ non seulement pour la forme et le st}-le, mais aussi pour le choix des matieres, entre S. Jean et les autres Evangelistes, c'est un fait trop frappant pour n'avoir pas ete remarque

des I'origine. "Jean, reste le dernier, nous dit Clement d'Alexandrie^, voyant que tout ce qui a rapport a VJminanitc du Christ avait ete raconte dans les autres Evangelistes, ecrivit, a la priere de ses amis et sous I'inspiration de I'Esprit-Saint, un evangile spiritueir " Apres que les trois premiers Evangiles furent arrives a la connaissance de tous, dit Eusebe3, Jean confirma la verite de leurs relations par son temoignage; mais, ayant remarque dans leurs livres I'absence de certains faits, il resolut de coniblej' ces laciines.^'

Des le He siecle, S. Jean, quoique le dernier des Evangelistes dans I'ordre des temps, etait mis par les Peres au premier rang pour la richesse et la sublimite du fond.

C'est pour lui que S. Irenee, parmi les quatre animaux symboliques d'Ezechiel, reserve le royal symbole de raigle4, parce que, des le debut de son Evangile, semblable a I'aigle, il s'eleve dans le sein meme de Dieu pour y saisir le mystere de la generation du Verbe et le reveler aux hommes. Cette sublimite, cette science divine, qui forme le caraftere propre de notre apotre, et I'a fait surnommer le theolo^ien, non-seulement les Peres la reconnaissent et I'admirent, mais ils tachent de I'expliquer. Selon S.Jerome et S. Ambroise, ce qui donna a I'esprit de S. Jean cette impulsion sublime vers la lumiere, c'est la virginite perpetuelle; elle fut le lien mysterieux de I'union qui exista entre Jesus et lui.

Ainsi ces differences entre S. Jean et les Synoptiques, 011 le rationalisme a cherche des armes contre I'autorite du quatrieme Evangile, etaient parfaitement connues des anciens. Arretons-nous-y quelques instants et considerons celles qui se rapportent soit aux recits, soit aux discours.

^ Iren. Adv. Haer. Ill, i, i; Synopsis S. Script, ap. S. Athanas.

- Hypotyp. ap. Euseb. Hist. eccl. vi, 24.

* Hist. eccl. iii, 24.

■• Adv. Haer. iii.

EVANGILE SELON SAINT JEAN

1° Differences dans les recits.

Dans les premiers Evangiles, la sphere d'aftivite du Sauveur ne s'etend guere au dela des frontieres de la Galilee, jusqu'au dernier voyage a Jerusalem ; S. Jean, au contraire, place la scene historique de son Evangile principalement a Jerusalem et dans la Judee : d'ou il arrive qu'il omet beaucoup de choses racontees par les autres, et en raconte un certain nombre qu'ils ont passees sous silenced Qui s'en etonnerait? II ecrivait le dernier, alors que les trois autres Evangiles etaient probablement entre toutes les mains. A cote du but principal que nous avons signale plus haut, il avait, nous I'avons dit aussi, un but secondaire, le dessein bien arrete de combler les lacunes des Evangiles anterieurs; beaucoup de Peres nous I'affirment, et I'etude attentive des omissions de S. Jean, des allusions qu'il fait, des eclaircissements qu'il donne aux Synoptiques, le demontre avec evidence-. II devait done choisir, dans la vie du Sauveur, les faits qui n'avaient pas encore ete fixes par I'ecriture, et negliger ceux qui etaient deja ecrits, non que ceux-ci fussent inutiles a son objet, mais parce qu'ils le servaient aussi bien, etant connus de tous3.

2° Differences dans les discours,

A. — Ecartons de suite une objection sur laquelle Strauss a particu-

lierement insiste : Ces discours, ditil, n'etaient pas susceptibles d'etre retenus.

Nous repondons : Notre-Seigneur avait promis a ses disciples (Jean, xiv, 26) de leur envoyer I'Esprit divin, qui leur rappellerait ses enseignements, et cette promesse d'un secours surnaturel nous est un sur garant de la verite des ecrits evangeliques. Mais nous avons des raisons naturelles suffisantes pour croire fermement a I'exaclitude db ces relations sur le point qui nous occupe :

1. La vie entiere des Apotres, depuis la mort de Notre-Seigneur, fut employee a mediter ce qu'ils avaient vu et entendu, a le repasser dans leur esprit et dans leur coeur, a le redire sans cesse de ville en ville, de contree en contree, pour I'imprimer partout dans les ames en cara6leres indelebiles. Leurs souvenirs et leurs recits durent evidemment acquerir ainsi une consistance inalterable. 2. Ce que raconte de lui-meme S. Irenee, dut, a plus forte raison, arnver aux Apotres : " Je t'ai vu dans ma jeunesse, en Asie Mineure, pres de Polycarpe, ecrit ce Pere a Florin ; et je me souviens mieux de ce que j'ai vu dans ce temps, que de ce qui s'est passe depuis peu. Ce que nous avons appris dans la jeunesse croit avec notre ame et s'unit ^troitement a elle : a tel point que je pourrais encore indiquer la place ou le bieiiheureux Polycarpe s'asseyait

^ II suffit de parcourir les colonnes de notre Harnioiiie pour se faire une idee des additions et des omissions de S. Jean par rapport aux Synoptiques.

" Cette etude est tres bien faite dans le livre de M.Wallon, De la croyance a VEvangile, p. 198.

^ On a demand^ pourquoi les premiers Evangiles ne racontent pas les voyages de Jesus k Jerusalem et les evenements qui s'y sont passes. Et I'on a, avec raison, repondu : 10 II est toujours excessivement difficile de dire pourquoi un historien, surtout un auteur de Memoires, parle d'une chose et en passe une autre sous silence. 2° Ce n'est pas que les Synoptiques ignorent les

sejours de Jesus k Jerusalem, ils les supposent au contraire. Jesus regu triomphalement a son entree a Jerusalem; Joseph d'Arimathie, membre du sanhedrin et disciple du Christ, voili des faits qui prouvent que Jesus avait enseigne dans la capitale (comp. Matih. xviii, 37; xxvi, 18; Luc, x, '^^ sv. ; xiii, 34). 3° Les Synoptiques resument I'enseignement qui fut donne d'abord k Jerusalem par les disciples galileens, devant des hommes instruits des evenements qui s'etaient passes dans cette ville. 4° Selon toute vraisemblance, plusieurs des faits racontes par saint Luc ix, 51 — xix , 28, se sont passes dans la capitale ou dans ses environs.

6VANGILE SELON SAINT JEAN

pour nous donner ses enseignements; je pourrais dire sa maniere de vivre, son exterieur, les discours qu'il adressait au peuple, la maniere dont il parlait de ses rapports avec Jean et avec les autres disciples du Seigneur, comment enfin il rapportait leurs paroles. II nous racontait, en cffet, tout ce qu'il avait appris sur le Seigneur, sur ses miracles, sur sa doctrine; et tous ces faits, qu'il tenait immediatement de temoins oculaires, etaient conformes a I'Ecriture. Par la grace de Dieu, j'ecoutais avidement tout cela, I'ecrivant avec soin, non sur le papier, mais dans mon cceur, et, par la grace de Dieu encore, je le medite continuellement " (Eusebe, Hist. Eccl. V, 20).

B. — Cependant il est incontestable, et c'est la une difficulte plus specieuse, que les discours rapportes par S. Jean n'ont pas tout a fait la rrteme couleur ni la meme forme que les discours rapportes par les Synoptiques. Mais on sait que toute nature puissante et riche a des aspe6ls varies qu'un seul historien ne peut saisir et rendre completement. Nous avons, par exemple, deux portraits de Socrate, I'un de Xenophon, I'autre de Platon, comme nous avons deux portraits du Christ, I'un dans les Evangiles synoptiques, I'autre dans I'Evangile de S. Jean. Les differences analogues que presentent ces portraits ne prouvent rien contre leur fidelite, encore moins contre leur authenticite, et les historiens de la philosophic s'accordent maintenant a penser que Platon, quoique plus speculatif, nous donne, aussi bien que le populaire Xenophon, une idee vraie de I'enseignement socratique^ Qui ne sait que, apres une meme lecon, un meme enseignement donne, certaines faces de la verite auront ete plus clairement apergues, plus puissamment saisies par certains audi-

teurs, pour lesquels d'autres faces, apercues par d'autres auditeurs, seront restees plus ou moins dans I'ombre.'' Cela tient a la force de conception, aux facultes dominantes, qui different selon les individus. Or, Jean etait une de ces ames qui se fondent, par un abandon intime, avec la personnalite de leur maitre, une ame comme celle de Marie, par opposition a celle de Marthe, elevee, contemplative, que la nature et la grace avaient preparee a I'intelligence plus parfaite des verites les plus sublimes : quoi d'etonnant qu'il ait compris et recueilli de I'enseignement commun du Makre bien des choses qui avaient moins frappe les autres.'

C. — D'ailleurs, les differences, entre le ton de S. Jean et celui des Synoptiques, ont ete souvent exagerees dans des intentions hostiles a la foi. A cote de passages d'une incomparable grandeur, on trouve dans le quatrieme Evangeliste des paraboles simples et touchantes, comme celles de la Vigne et du Bon Pasteur, des recits d'une candeur ineffable. Ouoi de plus ingenu pour la forme que le dialogue de Nicodeme, et le recit de la conversion de la Samaritaine pres du puits de Jacob? D'autre part, S. Jean n'a pas le monopole exclusif des idees chretiennes sur les rapports mystiques du Pere avec le Fils, du Sauveur avec les fideles. Saint Matthieu a des sentences toutes pareilles, qu'on dirait empruntees a notre Evangile, celle-ci, par exemple : " Toutes choses m'ont ete donnees par mon Pere.

Nul ne connait le Fils, si ce n'est le Pere; et nul ne connait le Pere, si ce n'est le P'ils, et celui a qui le Fils a voulu le reveler (xi, 27)."

D. — Enfin, il est facile de rendre ^°lSLP.t?J^^ 5^^s differences. Outre les raisons generales deja indiquees, il

^ Un ecrivain dont la tendance est com- | me Xenophon, etranger au cote ideal de pletement pratique, peut done rester, com- | son maitre.

EVANGILE SELON SAINT JEAN

en est d'autres qui se tirent, soit du choix des materiaux auquel le quatrieme Evangeliste crut devoir s'arreter, soit des adversaires qu'il avait a combattre.

S. Jean, nous I'avons dit, s'attache surtout a reproduire les enseignements de Jesus pendant ses divers sejours dans la capitale de la Judee, ou plus d'une fois il dut entrer en discussion avec les j)lus savants docteurs de la nation. Or, n'est-il pas naturel que, repondant aux arguties des Scribes et des Pharisiens, le Sauveur ait employe d'autres expressions, une autre methode, qu'en instruisant les populations simples et pauvres de la Galilee? Qui ne comprend que, dans un entretien avec les principaux lettres, ou bien encore dans le commerce de I'intimite avec ceux qu'il destinait a precher sa doctrine, avant de se separer d'eux, a la derniere Cene, par exemple; qui ne comprend que Jesus ait enseigne des verites qu'il ne livrait pas d'ordinaire a la multitude, du moins sous une forme aussi relevee?

Qu'on se rappelle, en outre, les adversaires que S. Jean avait a refuter.

Ephese, ville lettree, etait le principal foyer du gnosticisme, et nous avons vu comment les speculations de cette heresie, avec la pretention d'agrandir le christianisme, de le completer et de I'elever a I'etat de science, defiguraient en realite, non seulement I'idee de la personne de Jesus-Christ, mais tous les autres mysteres. Pour desabuser les ames sdduites par cette fausse science, S. Jean devait la suivre sur le terrain ou elle s'egarait, mettre en lumiere I'image vraie du Sauveur, et donner la notion exa6le de son oeuvre et des sacrements, principalement du Bapteme et de I'Eucharistie, en ramenant tout a Ylncarnation du Fils unique de Dieu, egald son Fere, et source, pour les Jionimes, de lumiere et de vie. Sa mission speciale et providentielle fut done de consigner par ecrit la partie dogma-

tique, sacramentelle, mystique, de la religion chretienne; et cette tache, nous osons le dire, devait etre celle du disciple vierge, du disciple aime de Jesus, du disciple qui reposa sur la poitrine de son Maitre; elle convenaita son genie speculatif,en meme temps qu'elle etait reclamee par les circonstances et le genre d'adversaires qu'il avait a combattre. Ainsi S.Jean a-t-il reproduit, ou du moins plus fortement accentue, certains traits omis ou a peine indiques par les autres evangelistes, et nous a-t-il laisse une peinture plus achevee de la physionomie divine de Jesus.

Ordre et plan du 4^ Evangile.

Lc quatrieme Evangile se divise en deux parties, precedees d'un Prologue et suivies d'un Appendice.

Chacune de ces deux parties peut se subdiviser en trois se6lions.

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